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Rapport annuel sur l’état de la France

Chers collègues, chers rapporteurs, Pierre et Guillaume, chère présidente Hélène, Madame la Ministre,

 

Cette année le Rapport annuel sur l’état de la France a une originalité : il relativise les 10 indicateurs sur lesquels il était basé depuis quelque temps.

Et pour cause. En matière de chômage et d’inégalités, on ne peut en rester à ceux-ci.

D’abord sur le constat.

1. Ainsi, dénombrer le nombre de gens ayant occupé un emploi, quelqu’il soit, un certain temps durant le mois écoulé pose des problèmes qui se voient de plus en plus. Nous observons certes un recul du taux de chômage ainsi calculé, mais il s’accompagne d’une augmentation du « halo » du chômage, comme on dit, c'est-à-dire du nombre gens qui passent à un moment ou un autre au chômage, d’une augmentation des emplois à temps partiel ou à temps incomplet, d’une augmentation notable du nombre de contrats précaire dans le « stock » de l’emploi (et pas seulement dans les flux d’embauche).

Au total, une précarisation accélérée de l’emploi et dans le même temps une précarisation des revenus et des situations.

Bref, nous pourrions être en marche, « en marche » je dis bien, vers ce qu’on observe en Angleterre ou aux Pays-Bas (par exemple) et que les économistes dominants appellent de façon trompeuse le « plein-emploi ». C'est-à-dire plus d’emplois mais mités, précaires et appauvris.

Ce n’est pas ce genre de taux de chômage qui doit être notre cible. Ce n’est efficace ni pour la société, ni pour l’écologie, ni pour l’économie.

2. Au contraire, il s’agit de viser la sécurisation de chacune et chacun dans l’emploi, dans un parcours professionnel et de vie. Avec mes amis je parle d’une « sécurité d’emploi et de formation ». Mais peu importe, il nous faut en définitive des indicateurs de la sécurisation de l’emploi, du développement des personnes et de leur revenu.

Votre rapport a le mérite de permettre de s’en apercevoir.

3. Il a aussi le mérite d’insister sur les problèmes posés dans l’enseignement et dans la Recherche (services publics et R&D des entreprises), sans trop se censurer sur la question des moyens financiers nécessaires e des politiques passées.

4. Vous avez raison d’insister sur l’enjeu majeur : non pas remettre en cause notre devise, « Liberté, Egalité, Fraternité », mais se donner les moyens de la réaliser.

5. Vous insistez à juste titre sur les discriminations de genre, même si le « mieux » dont vous parlez concerne plutôt le long terme que le court terme. Ce dernier faisant plutôt ressortir des tensions accrues, au croisement du genre et des classes sociales.

6. Vous abordez aussi les discriminations de type raciste (sans les nommer ainsi, ce qui est regrettable). C’est une bonne chose, mais je tiens à vous faire remarquer que l’outil statistique pour les mesurer est fort contesté, et souvent à juste titre.

Donc des éléments de diagnostic que je partage. Et une insistance sur les problèmes, car il faut bien les affronter. Sans pessimisme forcé. Et vous évitez aussi l’optimisme bien excessif du Rapport de l’an dernier.

Mais. Car il y a un mais. Et même plusieurs.

1. D’abord votre souci juste de distinguer le vécu subjectif et la réalité objective. Il ne vous évite pas le travers de culpabiliser les gens : le problème français serait-il surtout un manque de confiance dans l’avenir ?

Non. Je ne le crois pas.

Il faut mettre notre situation en regard de choix, d’orientations et d’idées, voire aussi de pouvoirs et d’institutions.

2. Ainsi, il faut s’interroger sur les politiques continuelles de baisse du coût du travail, engagées depuis des décennies. Et qu’on veut poursuivre ! Comme s’il n’y avait qu’un seul coût ! Comme si le coût du capital n’existait pas ! Et alors que les dépenses nouvelles devraient viser l’immatériel et les capacités humaines, y compris le développement des services publics.

3. Pourquoi cette insistance sur la transmission du patrimoine ? patrimoine dont on déplore par ailleurs qu’il soit une forte source d’inégalités.

4. Je suis aussi en désaccord avec la proposition concernant le logement social : demander aux gens de les quitter lorsqu’ils dépassent un certain seuil est un principe qui conduirait à « ghetttoiser » encore plus nos cités populaire, voire à donner un signal de précarisation des situations, et qui ne pose pas le problème majeur qui est celui du volume global de nouveaux logements sociaux.

Et puis, quels sont nos atouts et moyens ?

1. D’abord, les ingénieurs, les chercheurs, les ouvriers, tous les salariés, les créateurs, le stock de connaissances, de savoir-faire ; bref, le monde du travail et de la création, et toute la capacité de notre tissu économique, d’entreprises et de services publics. Peut-être faudrait-il mieux en faire l’état des lieux, notamment si nous nous considérons comme « l’assemblée du futur » : leur précarisation devrait nous inquiéter !

2. Deuxièmement nos services publics. Ce sont des atouts décisifs. Il leur manque des indicateurs plus systématiques.

3. Enfin l’argent. Plus précisément nos banques. Elles font partie de nos atouts. Elles peuvent être un formidable levier. Nous en avons convenu lors de l’avis sur les PME/TPE voté ici à la majorité. Or quelle est leur situation et quelle a été leur activité durant l’année 2016 ? Elles utilisent pourtant essentiellement l’argent des salariés et des retraités.

Mais comment cet argent est-il utilisé ?

Malheureusement, les indicateurs qu’on a, par ailleurs, montrent un accroissement des exportations de capitaux. Ils ne sont pas encourageants, de mêmes ceux montrant la financiarisation accrue des revenus et leur extraversion exagérée ou la disparition de l’excédent des services – possible indication d’une recrudescence de fuite de matière fiscale par les grandes multinationales vers des pays à fiscalité dite « accommodante ».

4. On devrait aussi s’interroger sur l’utilisation des disponibilités financières nouvelles des entreprises en 2016.

Bref, nous aurions pu mettre en lumière des leviers, voire des pouvoirs et institutions pour faire évoluer dans le bon sens cette utilisation de l’argent. Ceci non seulement en France, mais aussi en Europe, en questionnant, là, l’activité et les modes d’action de la BCE.

Il est regrettable que cela n’ait pas été fait.

Les problèmes posés par le Rapport résident sur tout dans les silences du diagnostic comme des recommandations. J’ai bien peur de ne pas en partager les silences, si l’on peut dire… !

Dans le doute, et en poussant à une amélioration pour le prochain rapport, j’ai choisi finalement de voter pour.

 

Voir le rapport sur le site du CESE

 

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