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Pierre Laurent - Rencontre avec le mouvement associatif, syndical, politique et le monde de la culture

Rencontre amicale avec le mouvement associatif,
syndical, politique et le monde de la culture

 

Mesdames Messieurs,

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs et représentants de partis amis,
Chers amis, Chers camarades,

 

C'est toujours avec un immense plaisir que je m'adresse à vous, personnalités progressistes, responsables politiques, syndicaux , associatifs…

Ce rendez vous du samedi est désormais dans nos agenda respectifs, chaque année.

C'est un moment privilégié pour m'exprimer devant vous bien sûr, mais aussi et surtout pour écouter, dialoguer, construire du commun.

 

 

Nous vivons une époque tumultueuse, qui appelle de notre part le combat. Je présenterai demain à 16h lors du grand meeting de la fête nos axes d'action. Je voudrais donc profiter de ce moment pour prendre avec vous plus de recul et vous parler de la démarche qui nous anime à l'occasion de cette fête à nouveau très réussie.

 

Et d’abord, j'ai entendu la joie, l'émotion, le bonheur de jeunes sportifs en devenir de l'INSEP, à l'annonce officielle de l'attribution des JO à Paris.

Pour elles, pour eux commence une aventure magnifique de 7 ans.

Pendant 7 ans, ils vont travailler, s’entraîner, s’entraîner dur. Ils vont rêver. Rêver de devenir meilleurs, d'être les meilleurs, pour elles, pour eux, pour leurs familles, pour le pays.

Rêver d'une fête magique, de fraternité, de paix, de confrontation amicale. D'être le cœur d'une fête mondiale.

 

Non seulement j'aimerais partager leur rêve, mais qu'il soit partagé par toute la jeunesse, tout le peuple de France.

 

Je veux 7 ans de bonheur !

 

J'aimerais que toute la jeunesse, tout le pays accompagnent durant ces années les efforts de ces jeunes sportifs.

En faisant reconnaître que le travail est la plus belle, la seule richesse et non un coût insupportable.

En faisant reconnaître qu'on n’est rien tout seul et que rien ne s’obtient sans effort collectif.

En faisant reconnaître que les investissements utiles n'endettent pas un pays et les générations futures mais les enrichissent.

En faisant reconnaître que l'argent, non seulement n'est pas tout mais qu’il corrompt tout.

 

Voilà les jeux que nous voulons !

Personne ne peut prétendre détenir la vérité à lui tout seul.

Cette réalité, intemporelle, est particulièrement d'actualité aujourd'hui, dans un monde en évolution permanente, capable de progrès fulgurants des sciences et des techniques, où le développement du numérique ouvre de nouveaux horizons à l'humanité et où, pourtant, des inégalités inégalées se creusent, où la précarité dans le travail et dans la vie gangrène nos sociétés, où les risques de guerre s'accroissent, où le réchauffement climatique joint à l’irresponsabilité des dirigeants de ce monde, qu'ils soient politiques ou actionnaires de grandes multinationales, font courir aux habitants, notamment les plus pauvres, des risques et des malheurs dont nous pensons que l'Humanité ne devraient plus au 21ème siècle avoir à les connaître.

Je tiens à commencer par dire, ici à la Fête de l'Humanité, la solidarité active des communistes envers les populations des Antilles, celle de Cuba et du Sud ouest des Etats Unis aussi touchées dans leur chair et dans leurs biens par les ouragans qui se sont abattus sur elles.

 

Ici, à la Fête de l'Humanité comme dans le monde entier depuis une semaine, se développent des initiatives de solidarité en direction des victimes de ces ouragans dantesques.

Ces ouragans jettent aussi une lumière crue sur l’ampleur des inégalités. Un monde séparant les propriétés des milliardaires de Saint Barth des bidonvilles d’Haïti.

Ce monde devient insupportable pour tous les humanistes.

Ces ouragans ont trouvé leur inimaginable puissance dans le réchauffement des océans. Ils disent avec cruauté que la lutte pour empêcher la température planétaire de progresser est une priorité pour l’avenir de l’Humanité.

 

Pour nous, cette période de l'Histoire de l'Humanité dit avec force le divorce devenu intenable entre les besoins des habitants, l'avenir de la planète et un système capitaliste ultra concurrentiel totalement orienté vers le profit à court terme, incapable d'unir la planète pour le bien commun universel.

Ouvrir un nouvel âge de l'Humanité, un monde de la solidarité, de coopération, d'égalité et de justice pour chaque individu comme pour tous les peuples, relève plus que jamais de l'urgence et du projet.

Je le dirai demain, lors du meeting sur la scène centrale, nous voulons contribuer à ouvrir un nouvel âge pour la civilisation humaine.

Nous voulons être les « bâtisseurs du commun ».

Cela passe par des dialogues multiples, des actions construites dans le respect de chacun des acteurs.

 

Changer le monde aujourd'hui , cela ne peut plus seulement passer par le ralliement à un projet, une idée, encore moins à une personnalité, mais par des ponts patiemment construits entre toutes celles et ceux qui agissent pour le progrès humain et social, qu'ils soient associatifs, syndicalistes, membres d'ONG, politiques.

Ce sont ces ponts que, trois jours durant, construit la Fête de l'Humanité. Et c'est cet état d'esprit qui est le mien, celui des communistes, en ce rendez-vous avec vous, comme une invitation à l'invention et à la construction commune dans le respect de ce que nous sommes les uns et les autres.

Personne ne détient la vérité tout seul, disais-je en entamant mon propos. Nous avons tout intérêt à faire front commun, car une tornade, anti-sociale et anti-démocratique celle-là, menace notre pays.

Le rapport de forces politique, tel que les échéances électorales du printemps l'ont établi, est déjà sur le point de voler en éclat.

Le masque que s'est donné Macron, celui de la nouveauté, du « ni droite, ni gauche », est en train de se fissurer.

Les annonces qui s'accumulent depuis le début de l'été dessinent un projet de droite, et même très à droite.

Dès lors, la nouveauté annoncée s'évanouit jour après jour.

Et une réalité va resurgir très vite : si le Président a une majorité de députés au Parlement, il n'a pas de majorité dans la population pour la casse du Code du Travail par ordonnances, pour la baisse des APL, pour l’étranglement des collectivités locales et la suppression des contrats aidés…

Ces mesures n’obéissent qu'à une pensée vieille de plusieurs décennies, toujours la même : le travail est un coût à réduire, les droits des salariés des entraves, la loi et les conventions collectives des freins à la liberté d'entreprendre, à la mise en concurrence.

La logique qui consiste à s'attaquer aux « privilégiés » que sont les « cheminots », alors que la lutte contre le réchauffement climatique appellerait plus de ferroviaire et moins de camions et de bus, pour les opposer à ceux dont on réduit les droits en leur promettant une ubérisation à vie, en épargnant, en même temps, par la baisse de l'ISF, les plus fortunés, ou en donnant aux patronat des pouvoirs exorbitants sur la vie et les conditions de travail des salariés est une logique aussi vieille et ridée que le capitalisme lui même.

Elle n'est qu'une politique au service des puissants avec une morgue et une arrogance d'un autre temps en direction des plus faibles.

C'est cette prise de conscience que traduit la dégringolade dans les sondages de l'exécutif.

Et c'est aussi cette prise de conscience qui est la source de la très belle mobilisation de la journée d'action syndicale de mardi dernier qui a surpris plus d'un commentateur.

Le mépris avec lequel Emmanuel Macron fustige je ne sais qu'elle réticence des Français aux réformes, est insupportable.

Le Président parle beaucoup de révolution mais il devrait se méfier car les français aiment tellement les réformes de progrès social qu'ils en ont souvent fait des révolutions, justement !

 

Que se passe-t-il dans notre pays précisément ?

Les élections présidentielle et législatives ont en réalité été marquées par une volonté très profonde des français de bousculer un système politique et des partis qui ont dominé la vie politique française depuis 40 ans, en leur expliquant qu'il fallait toujours plus se serrer la ceinture, sans aucun résultat ni pour eux, ni pour le pays.

Les Français ont bousculé tous les scénarii successifs qu'on leur proposait :

les pièges de la présidentialisation du débat politique, les confusions politiques qui règnent encore très largement sur la nature des alternatives à construire ont, certes, permis à E. Macron de remporter une victoire provisoire, mais la percée de Jean-Luc Mélenchon a incarné la recherche d'une nouvelle alternative à gauche.

 

Une très large majorité de français a clairement repoussé le danger de Marine Le Pen, l'empêchant d'utiliser le second tour comme un tremplin pour la suite.

Aux législatives, les français ont su, malgré un système électoral inique, dévalorisant le Parlement et faisant des législatives le troisième tour de la présidentielle, se donner des députés combatifs, élire un groupe communiste rajeuni et renouvelé et un groupe de la France insoumise.

Je les salue car ils sont nombreux à être sur la Fête.

Depuis qu'ils sont en fonction, ils et elles agissent pied à pied pour s'opposer aux choix de Macron et d'Edouard Philippe.

A partir de ces éléments, je veux vous dire deux de mes convictions :

- La première est que, malgré l'écran de fumée dressé par Macron sur le « ni droite, ni gauche », une majorité potentielle existe dans notre peuple pour un rassemblement de politiques réellement à gauche, rompant avec les politiques d'austérité.

Elle existe dans le peuple, chez ceux qui se sont abstenus, chez les 7 millions d’électrices et d’électeurs qui ont voté Mélenchon, chez celles et ceux qui ont voté Benoît Hamon, dont je salue également la présence, et même, pour une part parmi celles et ceux qui ont voté Macron au premier tour.

Elle existe chez de nombreux élus locaux sidérés par la cure d'austérité imposée aux collectivités.

Elle existe dans la population, qui recherche une issue progressiste à de nombreux défis contemporains, sociaux, écologiques, démocratiques, et à qui nous avons la responsabilité de proposer une perspective crédible et mobilisatrice.

Toutes ces forces, qui sont considérables, ne seront efficaces et ne pourront faire majorité que si elles s’additionnent, si des espaces de dialogue sont crées entre elles partout : la fête de l'Humanité est un de ces espaces.

 

Chacune a des champs d'action qui lui sont propres, chacune a son agenda, chacune est amenée à prendre ses propres initiatives et le Parti communiste le fera. Cela est légitime.

Mais nous avons toutes et tous à créer les conditions pour que chaque initiative ressemble le plus largement et s'appuie sur la diversité qui existe dans le camp progressiste.

Créer les conditions pour qu'aucune ne clive ou n'instaure des fossés mais, au contraire, des passerelles, des espaces réellement communs.

C'est ce que veut le Parti communiste.

C'est ainsi que je conçois son rôle et son utilité.

Notre disponibilité est entière.

- La seconde de mes convictions, concerne précisément la mobilisation contre les ordonnances Macron et, plus globalement, la mobilisation contre l'accélération insensée des politiques d'austérité annoncées contre le budget des collectivités, contre le logement, contre la sécurité sociale et les services publics.

La vérité est en train de se faire jour sur les ordonnances Macron. Les multiples débats organisés dans la Fête à ce propos vont amplifier le décryptage populaire des dangers portés par ce texte.

Au fond, deux logiques s'opposent : celle qui prétend que les salariés n'ont plus d'autre avenir pour avoir un emploi que de devenir des pions de la mondialisation ; et celle que nous portons, qui affirme que le temps est venu -parce que c'est la mondialisation, parce que c'est la révolution numérique, parce que c'est l'heure d'un nouveau modèle de développement social et écologique-, d'une nouvelle conception du travail, d'une nouvelle autonomie, d'une nouvelle sécurisation des travailleurs.

C'est ce débat que nous voulons ouvrir et même imposer au gouvernement, qui cherche à passer en force.

La première logique s'accroche au vieux monde de la compétitivité capitaliste à outrance.

 

La nôtre regarde vers l'avenir d'un nouveau modèle social de coopération et solidaire, assis sur les droits d'intervention des travailleurs.

Nous porterons dans la bataille qui s'engage, les propositions alternatives pour un Code du Travail, de la sécurisation de l'emploi et de la formation.

Je m'exprimerai demain sur la grande scène pour proposer, au nom du PCF, d'amplifier la riposte engagée.

Je veux saluer les organisations syndicales qui sont en première ligne, et tout particulièrement la CGT, dont je salue le Secrétaire général, mon ami Philippe Martinez, la FSU dont je salue la Secrétaire générale Bernadette Groison, Solidaires, dont je salue le porte-parole.

La journée du 12 est une étape essentielle, qui n'aurait pas été possible sans leur travail.

La journée du 21 en sera une autre.

Nous serons présents à chacun des rendez-vous d'action qu'ils fixeront au monde du travail.

Nous avons tout intérêt à ce que grandissent les prises de conscience impulsées par ceux qui ont pour responsabilité première la défense des salariés, l'aboutissement de leurs revendications, l'extension de leur droit.

Il n'y aura pas de transformation sociale, ni de projet politique de transformation sociale sans cette capacité de mobilisation des syndicats auprès des salariés, ni sans celle des associations dans chacun des domaines dans lesquels elles agissent.

Nous avons besoin les uns des autres.

Nous avons besoin de nos expériences diverses.

Nous avons besoin de dialoguer ensemble, de nous comprendre, pas de nous dissoudre ni de fusionner !

Je partage l'appréciation de Philippe Martinez, exprimée dans « l'Humanité Dimanche », qu'il « n'y a aucun lien entre le niveau de protection des salariés et celui du chômage ».

 

Je pense même que le meilleur atout pour lutter contre le chômage et toutes les inégalités qui en découlent est, au contraire, d'étendre les droits des salariés, dans l'entreprise comme dans la cité, de considérer le travail non comme un coût mais comme une richesse.

La civilisation nouvelle que nous voulons créer est celle-ci, celle des communs, d'une extension de tous les droits, d'une extension de la démocratie.

C'est un projet politique, c'est le projet politique de notre communisme de nouvelle génération, qui veut substituer aux logiques d'aliénation du travail des logiques d'émancipation individuelle et collective.

Les contradictions du système capitaliste entravent aujourd'hui fondamentalement les possibilités de libérer les immenses potentialités nouvelles du travail.

 

Ce système n'est pas neuf, c'est vrai.

On vient de fêter les 150 ans de l’ouvrage qui en a le mieux démonté les mécanismes et prédit son évolution : « le Capital » de Karl Marx.

Ce système capitaliste, dès ses débuts, portait en lui de terribles malédictions : celles de l’injustice et des inégalités, de l’exploitation et de l’aliénation des travailleurs, des saccages de la nature, des violences et des guerres.

Tous ces malheurs, la société capitaliste, les «porte en elle, comme une nuée dormante porte l'orage » disait Jaurès.

Mais si le capitalisme était dès le départ cette société d’injustice, de violence et de guerre, il portait en même temps un progrès de développement de la civilisation « fantastique », comme le disait Karl Marx, pour les pays concernés.

Aujourd’hui mondialisé, ayant poussé à bout toutes ses logiques, il a fait son temps.

Aujourd’hui, je l’affirme, sa mission progressiste s’est épuisée.

 

S’il peut survivre un temps, ce n’est plus que pour détruire, ce n’est plus que pour aiguiser les inégalités et les tensions, ce n’est plus qu’en provoquant misères, insécurités et régressions, c’est au risque de la destruction de la planète et de la civilisation humaine, c’est au risque de la barbarie.

« Puisque le monde 

est ainsi fait 

nos rêves devront être 

encore plus têtus »,

disait Abdellatif Laâbi.

 

C’est pourquoi notre combat, le combat communiste, loin d’avoir dépassé sa date de péremption, est une urgente nécessité et une nécessité d’avenir.

Le 21ème siècle sera le siècle du combat pour un nouveau mode de développement post-capitaliste, si nous sommes capables d'inventer un monde à la mesure des défis humains contemporains.

Tout appelle l’émergence du commun.

C'est même la seule manière de répondre aux défis humains et écologiques d'un même mouvement, d'assurer le développement de tous et de chacun, de satisfaire des besoins sociaux et culturels élargis, tout en évitant les gaspillages des ressources naturelles et l’exploitation du travail humain.

C’est cette nouvelle civilisation qu’il nous faut inventer. Et c’est là notre combat communiste.

Disant cela, je ne veux pas me présenter en dirigeant sûr de moi et de conceptions immuables.

J’affirme que le communisme, c'est le mouvement de cette construction du commun.

 

C'est un chemin d'invention perpétuelle, le contraire d'un dogme à appliquer.

J’affirme donc en même temps que ces luttes et ces recherches doivent être sans cesse réinventées. Le temps est venu que le Parti communiste qui les accompagne fasse, avec force et courage, sa propre révolution.

Le Parti communiste a beaucoup évolué, profondément modifié ses conceptions depuis plusieurs décennies maintenant.

Nous avons accumulé les travaux, les recherches, les expériences, les propositions programmatiques, affiné nos projets.

Mais nous l’avons fait alors que nous avons été confrontés à une offensive généralisée des forces libérales qui ont sidéré notre peuple et particulièrement le peuple de gauche.

Face à cette offensive, nous n’avons pas su, et donc pas pu, expérimenter jusqu’au bout nos avancées conceptuelles.

Nous devons le faire maintenant dans un paysage politique bouleversé.

Nous devons le faire en urgence parce que les menaces s’accumulent dans cette obstination qu’est devenu aujourd’hui le libéralisme, dans la mise en œuvre de politiques destructrices, dans les tensions d’un monde menaçant.

Mais nous devons le faire surtout parce que les aspirations nouvelles frappent à la porte avec insistance, parce que ces aspirations rendent aujourd'hui possibles de nouvelles conquêtes.

Dans les bouleversements politiques de la dernière séquence électorale, il y a l’inquiétude des impasses et des pièges tendus à notre peuple.

Mais il y a aussi les ressorts formidables qui se tendent si on en libère l’énergie.

Nous voulons y répondre en déjouant les pièges tendus au mouvement populaire.

L'un de ces pièges est la fin prétendue de la politique, de la démocratie et des partis.

Les campagnes selon lesquelles l’évolution nous entraîne nécessairement dans la post-démocratie et la fin des partis, ne sont pas menées pour nous faire entrer dans un nouveau monde mais ne sont là que pour prolonger l’agonie destructrice du monde ancien. Elles favorisent une droite décomplexée et le Front national. Elles favorisent également le libéralisme décomplexé d’un Macron et de ceux qui l’ont rejoint de quelque camp qu’ils viennent.

Cette campagne idéologique vise au dessaisissement populaire.

Pour les libéraux, de Macron aux dirigeants LR et aux sociaux libéraux, l’abstention aux élections, la mise à l’écart des couches populaires n’est pas un problème, c’est un projet.

Quant au vote Front national, si on ne dresse pas barrage, il enferme les couches populaires dans un ghetto politique, une mise à l’écart, un apartheid social et politique.

Le FN est en difficulté en cette rentrée politique.

Et je veux répéter combien je pense que nous avons eu raison, au second tour de la présidentielle, d’appeler à faire barrage clairement à Le Pen.

Le score, anormalement élevé du Front national est, nous le savons, un des obstacles majeurs à la perspective d'une majorité politique nouvelle de gauche dans ce pays.

Nous ne transigerons jamais sur cette question et nous sommes fiers que l’échec de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle ait eu pour suite et conséquence l'incapacité du FN à constituer un groupe à l'Assemblée nationale.

 

Si nous voulons gagner ce combat jusqu'au bout et ouvrir à nouveau la voie à une alternative de progrès, je ne crois pas qu'il faille continuer à entonner les sirènes dégagistes dont on a vu, combien, dans la confusion politique, elles pouvaient servir des forces aussi contraires que Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron ou Marine Le Pen.

Je crois qu'il convient désormais d'assigner au mouvement populaire des objectifs résolument positifs et constructifs.

Et c'est pourquoi aussi je ne crois pas que nous soyons condamnés à subir « un moment populiste ».

Je crois que nous vivons au contraire le moment des grandes aspirations démocratiques, des aspirations contrariées, corsetées, dévoyées, d’abord par les tenants de l’obstination libérale.

Il n’a échappé à personne que depuis le milieu des années 90, chaque fois que le peuple a pu exprimer son avis, il a contesté, désapprouvé les solutions libérales.

Ce fut le cas en 1995 dans le grand mouvement social sur les retraites, lors du referendum sur la Constitution européenne en 2005, en 2006 contre le CPE, en 2008-2009 pour refuser que les travailleurs paient la note de la crise puis à nouveau les retraites, ces dernières années contre la loi El Khomri.

Et tout confirme que ce sera le cas sur le démantèlement du Code du Travail.

A chaque fois, les dirigeants libéraux s'assoient sur l’opinion majoritaire pour imposer leurs réformes, que ce soit par le pur et simple mépris d’une expression qu’ils ont eux-mêmes organisée comme en 2005, ou à coup de 49-3 et d’ordonnances.

En vérité, le capitalisme, dont les logiques sont de plus en plus incapables de résoudre les grands défis de développement de l'humanité, supporte de moins en moins la démocratie.

Je ne veux pas dire que nous sombrons partout dans la dictature mais force est de constater que le recours aux pratiques autoritaires et répressives, aux états d'urgence, aux pleins pouvoirs présidentiels ne cesse de s'étendre.

Que la complaisance à l'égard des régimes autoritaires devient une règle au sein même de l'Europe.

Et que dire de l'invitation à Donald Trump le 14 juillet !

Les dirigeants libéraux, les oligarchies économiques cherchent pour prolonger leur système, à vider de son sens la démocratie représentative elle-même.

 

C’est, en France, le sens qu’il faut donner au mouvement de regroupement des communes et des régions et aux projets Macron de réforme constitutionnelle, la diminution du nombre des parlementaires et des élus territoriaux.

Eloigner les pouvoirs des citoyens et, surtout, mettre définitivement à l’écart des institutions et des pouvoirs les classes populaires.

J’en suis convaincu, la lutte pour la démocratie, pour des droits et des pouvoirs nouveaux dans tous les domaines, est devenue le cœur de l’affrontement de classe.

 

Nous poursuivons notre combat.

Au moment où l’humanité a les moyens à peu près de tout faire, mais où elle ne peut pas tout se permettre, la question de choisir ce qu’on peut faire ou pas devient décisive.

Mais qui choisit ?

Qui décide ce que l’entreprise doit produire, où elle doit produire, de quelle façon, par quelles méthodes, en utilisant quelles matières premières, quelles énergies ?

Ces décisions sont aujourd’hui aux mains des seuls représentants des actionnaires. Et on sait qu’ils n’ont qu’un cap : les dividendes.

Est-ce raisonnable ? Est-ce humainement tenable ?

Je pense qu’un immense mouvement pour la démocratie doit permettre aux salariés, aux chercheurs, aux agriculteurs, aux citoyens, aux habitants de quartiers, aux locataires, aux jeunes, aux étudiants et lycéens, aux usagers des services publics… de s’emparer de lieux de pouvoir ou d’en créer de nouveaux.

Je pense que de nouvelles formes de démocratie, participatives, coopératives, délibératives, doivent étendre considérablement le champ actuel des pouvoirs populaires.

 

Je pense que la démocratie ne peut se concevoir qu’en continue et non seulement le temps des votes.

Pour moi, le communisme, la mise en commun des capacités humaines et des ressources naturelles, s’identifie totalement à la démocratie.

Une démocratie renouvelée, étendue, continue.

La démocratie, c’est le pouvoir du peuple et le moyen du développement de l’humanité et de chaque individu.

Les expériences ne manquent pas : j'ai rencontré par exemple hier des jeunes salariés qui sont en train d'inventer une plateforme alternative baptisée « Coop Cycles », et permettant aux 30 000 coursiers à vélo de France d'échapper aux pratiques d'esclavagisme moderne des plateformes comme Deliveroo.

Passionnant !

« Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière » disait le poète René Char.

Je milite pour que le Parti communiste se mette au service de ces expériences et de leur généralisation.

Dans un monde où la bataille des pouvoirs doit se mener à toutes les échelles, locale, nationale, européenne, mondiale, nous ne pouvons pas attendre la seule conquête du pouvoir d'état, au soir d'une victoire électorale.

Ce n’est pas ainsi que nous concevons de répondre aux défis de notre siècle, de dépasser le capitalisme et d’en finir avec ce système.

Nous n’allons pas passer les cinq prochaines années à seulement préparer les échéances de 2022.

Nous voulons au contraire susciter, encourager les mouvements pour des conquêtes citoyennes, concrètes, immédiates.

 

Nous pouvons renouer avec une pratique des communistes et du mouvement ouvrier de France quand il a créé la Sécurité sociale, les colonies de vacances, créé le tourisme social, développé la politique des logements sociaux, etc.

Et nous devons nous-mêmes construire des pouvoirs sur les moyens considérables que nous offrent les technologies numériques pour y parvenir.

Nous voulons, en multipliant les initiatives de solidarités concrètes, les espaces citoyens de délibérations, les fabriques solidaires, libérer toutes les énergies démocratiques, leur donner sens et possibilité de s’associer.

À l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, il est possible d’associer ces conquêtes citoyennes dispersées, de leur donner vie et sens, du local au national puis au mondial.

C’est pour mener ce combat que le Parti communiste doit encore profondément changer, engager maintenant le processus de sa révolution.

Nous avons beaucoup changé ces dernières décennies et je le dis avec fierté, plus que tout autre parti, mouvement politique, nous avons fait du Parti communiste une organisation où chacun compte pour un.

Une organisation où les adhérentes et les adhérents décident de tous les choix, des choix de démarches et d’initiatives politiques comme des dirigeants ou des candidats qu’ils présentent.

La parole y est libre, le pluralisme respecté. Le débat y est permanent.

Regardez cet immense Forum démocratique qu'est la Fête !

Ces évolutions considérables que nous avons impulsées au sein du PCF, nous avons toutes les raisons d’en être fiers. D’autant que les évolutions que nous pouvons observer dans les autres formations politiques, et qui sont parfois présentées comme des innovations miraculeuses, nous paraissent prendre le chemin contraire de nos propres innovations démocratiques.

Alors, dans quel sens le Parti communiste doit-il faire sa révolution ?

Dans un sens de conquête très offensif d’abord parce que, je l’ai déjà dit, notre audace à révolutionner notre Parti tient à ce que cette révolution ne procède d’aucun renoncement, mais, au contraire, vise à nous rendre capables d'animer une stratégie de conquêtes citoyennes concrètes et immédiates, d’expériences à entreprendre.

Nous voulons être un parti « plateforme », mais une plateforme de réseaux, coopérative, qui libère l'initiative militante.

 

En tout premier lieu, le Parti communiste doit redevenir un réseau d’éducation populaire et militante du 21ème siècle de qualité, un lieu de formation individuelle et collective, ouvert non seulement aux militants communistes, mais plus largement aux ouvriers, aux employés, aux salariés et travailleurs indépendants, qui doivent par l’élévation de leur formation et de leur culture, permettre que s’exprime avec force, la voix de celles et ceux qui vivent de leur travail.

Permettre que les couches populaires soient en état réel, y compris culturel, de disputer le pouvoir à la classe dominante.

Permettre d’engager et de gagner ce que Gramsci appelait la « guerre de position » pour la conquête d’une hégémonie politique et idéologique nécessaire au processus de transformation sociale.

Alors que le marxisme, débarrassé de ses dérives dogmatiques et figées, vit un regain de vigueur, le Parti communiste peut avoir cette ambition de devenir un espace de recherches et d’éducation populaire où se rencontrent et se confrontent les travaux, réflexions et pratiques des chercheurs, des universitaires et des militants des classes populaires.

 

Le Parti communiste doit être toujours mieux un réseau de solidarité active.

Ces dernières années, nous avons multiplié et commencé à généraliser des pratiques solidaires.

Avec les initiatives solidaires du Parti communiste, 40 000 personnes ont participé cet été aux journées à la mer.

Les ventes solidaires de fruits et légumes connaissent un succès croissant et commence à se généraliser sur le territoire et dans le temps.

 

Les initiatives de solidarité locales deviennent un réflexe militant des communistes et c’est une très bonne chose.

Et des initiatives communistes de solidarité avec les migrants se multiplient sur tout le territoire.

Notre parti doit redéployer aussi son activité de réseau internationaliste : notamment les campagnes pour la solidarité avec le peuple palestinien, la libération des prisonniers politiques, Salah Hamouri, dont je salue l'épouse, Elsa Lefort présente à la Fête, et Marwan Barghouti.

Nous lutterons jusqu'au bout pour leur libération, pour la paix et la défense des libertés partout où elles sont menacées et mises en cause.

Réseau d’élévation culturelle, réseau solidaire, réseau d'expérimentation politique pour la conquête de nouveaux pouvoirs, réseau internationaliste.

 

Voilà le PCF du 21ème siècle.

Le Parti communiste souhaite être un creuset de tous les mouvements, toutes les expérimentations de transformation sociale, écologique et démocratique.

Un creuset de débats, un espace citoyen ouvert où se cherchent, s’échangent, s’expérimentent, se mettent en commun tous ces combats pour nourrir un grand mouvement transformateur.

Ce sont ces chantiers, et tous ceux que les adhérents décideront de traiter, qui seront au cœur du Congrès que nous tiendrons en 2018.

 

* - * - *

Chers amis et camarades,

Je vous ai livré sans fard quelques-unes de mes convictions, mais aussi de mes intuitions.

Je ne mésestime ni les difficultés de la période, ni la complexité du monde que nous voulons transformer, ni la sévérité du combat à livrer.

Mais je vous demande aussi de mesurer les ressorts formidables qui existent dans la société et le monde.

Nous sommes dans le moment rude et dangereux où le système bascule.

Mais s'il bascule, nous pouvons faire en sorte que ce soit dans le sens d’une nouvelle civilisation.

C’est notre espoir et notre combat.

C’est pour être à la hauteur de ce combat que le Parti communiste doit beaucoup réfléchir, réinventer une stratégie et se révolutionner lui-même.

C’est l’affaire des communistes et nous attendons beaucoup de notre Congrès.

Mais c’est aussi l’affaire de tous.

J’ai l’intention de vous rencontrer, de savoir ce que vous pensez de tout ça, de connaître vos réactions mais aussi vos propres réflexions.

Les communistes ont besoin de vos expertises, de vos opinions, mais aussi des recherches actuelles sur la société et son devenir.

C’est une invitation et sans attendre, faites-nous part de votre opinion.

Nous allons multiplier dans la prochaine période les espaces de rencontre pour échanger et nous participerons à tous ceux qui s’ouvriront à ces questionnements et ces débats.

 

« On t’accompagnera / Si tu trouves ta route »
disait le poète Eugène Guillevic.

 

 

Seul le prononcé fait foi

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