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1920-2018 Un nouvel apport du PCF est indispensable

Intervention prononcée à Tours le 14 juin 2008 à l’occasion des 3es rencontres nationales des communistes

Il y a dix ans, en un moment où l’existence du PCF en tant que parti révolutionnaire était déjà mise en cause, Yves Dimicoli avait eu l’occasion de rappeler l’actualité de certains choix cruciaux faits à Tours en 1920 et d’appeler à une transformation du Parti pour répondre aux enjeux du 21e siècle.

Certains choix cruciaux faits à Tours en 1920 demeurent d’actualité :

– c’est, d’abord, la nécessité affirmée d’un parti révolutionnaire ancré dans les luttes, depuis les entreprises ;

– c’est aussi la nécessité d’une théorie révolutionnaire pour ne pas être suiviste des idées dominantes et accomplir une œuvre transformatrice, avec le rôle irremplaçable du marxisme ;

– c’est, encore, le rejet de l’électoralisme, sans mésestimer l’importance des élections et du rôle des élus.

À Tours, jadis, une immense majorité des délégués exprimait son exigence d’en finir avec une conception du débat coupée de l’organisation de luttes pratiques. Elle réclamait une « unité d’action révolutionnaire » des militants, au lieu de leur paralysie par un type de débat asservi aux manœuvres de sommet.

La question de l’existence du PCF ne se pose pas en soi ou pour soi, mais en tant qu’elle exprime le choix d’une option révolutionnaire dans des conditions historiques données. Aujourd’hui, elle renvoie inséparablement à trois dimensions mêlées :

– la nécessité d’un combat transformateur face aux tentatives de « révolution conservatrice » des droites en France, en Europe et dans le monde ;

– le devenir de la gauche et de son rassemblement ;

– les besoins et possibilités, désormais beaucoup plus mûrs, d’une révolution réussie avec un dépassement de civilisation du fait des antagonismes engendrés par les tentatives capitalistes de répondre aux défis actuels.

L’objectif de dépassement est essentiel. Il a acquis une crédibilité nouvelle avec la maturation de la crise systémique du capitalisme.

La critique grandit de toute part contre la domination des marchés et le libéralisme. Et puis, il y a cette prise de conscience progressant dans nos rangs de la nouveauté de la situation, d’un avenir pour le PCF avec l’actualité d’un combat révolutionnaire rassembleur.

Oui, il faut mesurer la nouveauté de la situation s’affirmant depuis la fin des années 1990 au lieu de rester accroché à la recherche de solutions de moindre mal quand, avec la perte de certitude que le capitalisme est en crise, et avec l’effondrement des vieux repères révolutionnaires, on a pu désespérer d’en construire de nouveaux.

Soyons attentifs à la conjonction d’évènements politiques récents.

C’est d’abord, après le double échec avéré de la « gauche plurielle » et des collectifs antilibéraux, notre assemblée extraordinaire de décembre dernier. Elle a exprimé un attachement formidable des communistes à l’existence du PCF et elle a témoigné de leur conscience, pour pouvoir le continuer, de devoir le transformer audacieusement.

C’est aussi le défi de la LCR qui entend capter l’aspiration à une transformation sociale radicale sans proposer d’éléments pour une construction alternative réaliste, ce qui tend à neutraliser cette aspiration au profit d’un bipartisme avec des alternances sans alternative.

C’est, enfin, l’échec fracassant de la « gauche unie » en Espagne, mais aussi de la coalition « Arc-en-ciel » en Italie.

Je tire de tout cela qu’il faut refuser tout effacement du PCF et, au contraire, le développer comme force autonome et rassembleuse, à partir de ses meilleurs acquis, de ses avancées récentes, comme la « Sécurité d’emploi ou de formation » et un nouveau crédit, et pour de nouvelles avancées, particulièrement sur les services publics.

Je conteste l’idée que nous aurions définitivement échoué à nous transformer et que nous aurions tout à inventer. Au contraire, osons enfin prendre en mains nos idées les plus neuves. Cela requiert un double engagement de direction :

– organiser l’action et ne pas se contenter de débats où nos propositions sont abordées de façon allusive ;

– analyser, pour les dépasser, nos biais récurrents dans le travail de rassemblement avec la tendance à l’effacement du PCF, le poids grandissant de l’électoralisme, le tout marchant de pair avec le recul de la formation à un marxisme vivant.

Cela nécessite d’opérer de très profondes transformations en visant une véritable novation de notre organisation.

Il y a besoin de construire un vaste rassemblement unitaire de tout le peuple de gauche, et au-delà, mais sans jamais en rabattre sur l’audace sociale et démocratique, avec des propositions se démarquant nettement de la droite par une cohérence alternative et susceptibles d’être développées dans des luttes nouvelles à organiser.

Ce nouvel apport du PCF est indispensable, car la France a besoin de sa double originalité, tant vis-à-vis du réalisme de conciliation du PS que de la radicalité chimérique et sectaire de l’extrême gauche, avec :

– des mesures réalistes et la possibilité de participer au gouvernement ;

– et en même temps, des mesures de portée révolutionnaire et le développement, en toutes circonstances, de luttes indépendantes dès le terrain.

C’est en construisant leur « unité d’action révolutionnaire » que les communistes pourront faire de leur diversité une richesse vraiment créative et œuvrer à un vaste rassemblement unitaire de tout le peuple de gauche. 

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1. V.F. Vorontsov (V. V.), Destinées du capitalisme en Russie (1882), Nos tendances (1883), Esquisse d’une théorie de l’économie politique (Saint-Pétersbourg, 1895). N. Danielson (Nikolai), Esquisses de notre économie sociale après la réforme (Saint-Pétersbourg, 1893).

2. Sorte de « compagnons de route » des révolutionnaires marxistes, occupant des positions officielles et s’exprimant avec succès dans l’Université et les publications économiques vers 1895.

3. « Sismondi… oubliant ses réserves… déclare tout net : « Ainsi donc, par la concen­tration des fortunes, le marché intérieur se resserre toujours plus (!) et l’industrie est toujours plus réduite à chercher ses débouchés dans les marchés étrangers. » (Pour caractériser le romantisme économique, p. 11).

4. Lénine attirera l’attention, dans l’édition de 1908 de son ouvrage, sur le jugement de Marx (dans les Théories sur la plus-value) concernant le caractère sentimental de la critique s’élevant contre le but qu’est « la production pour la production » capitaliste. Marx, dit-il, oppose à cette critique, à juste titre, l’attitude « objective » « stoïque » de Ricardo, considérant avec la « production pour la production », le dé­veloppement des forces productives par le capitalisme, dont néanmoins le caractère antagonique est décortiqué par Sismondi (Ibidem, p.91).

On pourrait aussi citer la comparaison entre Ricardo et Sismondi faite par Marx dans ses Théories sur la plus-value. « Ricardo conçoit […] la production capitaliste comme la forme absolue de la production […] Sismondi a le sentiment profond que la production capitaliste se contredit […] Il ressent notamment la contradiction fonda­mentale : d’une part, développement sans entraves des forces productives ; d’autre part […] limitation de la masse des productions aux necessaries (biens nécessaires) […] les crises ne sont pas chez lui fortuites, comme chez Ricardo, mais sont à grande échelle et à des périodes déterminées, des explosions essentielles des contradictions immanentes. » (Théories sur la plus-value, Éditions sociales, 1976, t. III, p. 58.)

 

 

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