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Pierre Ivorra, "Dans les coulisses du CAC 40", éditions du Croquant, Paris, 2017 (Note de lecture)

Ils sont tous là ! BNP Paribas, Bolloré, Orange, l’Oréal, Saint-Gobain, Peugeot, Renault, LVMH… avec le livre de Pierre Ivorra, le capitalisme et la finance ont des noms, des visages. Sa carrière de journaliste et d’expert auprès des comités d’entreprises a permis à l’auteur de rencontrer, en diverses occasions, les hauts dirigeants du CAC 40 et d’avoir un aperçu de la façon dont ils exercent ce pouvoir exorbitant : contrôler le capital des principaux groupes qui structurent l’économie française.

Le livre est donc riche en scènes prises sur le vif de la vie quotidienne de la haute bourgeoisie, de la fin du xxe siècle à nos jours. Ce n’est cependant pas son seul intérêt. Chaque anecdote conduit le lecteur à un exposé rigoureux des ressorts qui animent le capitalisme financiarisé et mondialisé dans lequel nous vivons. L’évocation de Pierre-André de Chalendar et de son prédécesseur à la tête de Saint-Gobain, Jean-Louis Beffa, ouvre sur une analyse de la place des multinationales dans l’économie française et de la place de l’économie française dans la mondialisation, nourrie des sources les plus pertinentes et les plus à jour. La carrière de Marc Ladreit de Lacharrière est l’occasion de présenter avec précision le rôle des agences de notation, ces rouages de la finance de marchés. Le récit d’une rencontre avec André Azoulay, conseiller du roi du Maroc à la fin du siècle dernier et père de la toute nouvelle présidente de l’UNESCO, lève un coin du voile qui enveloppe la Françafrique. Derrière le portrait des nouveaux empereurs des médias, Bolloré, Niel, Drahi, c’est toute la révolution informationnelle et ses effets sur les moyens d’information qui apparaissent. Quand Pierre Ivorra évoque Arcelor Mittal et la tragédie de la sidérurgie depuis les promesses de François Mitterrand en 1981, c’est aussi pour souligner l’importance de la lutte pour de nouveaux critères de gestion des entreprises. Ses souvenirs à propos de Michelin ouvrent sur toute la problématique des accidents du travail et de leurs ravages humains et économiques. La fortune des Bettencourt donne un exemple des techniques par lesquelles les grands groupes, à travers holdings et montages financiers, mettent leurs profits hors de portée du fisc et leur pouvoir hors de portée des salariés et des citoyens ordinaires. Bien sûr, l’évasion fiscale, le scandale des rémunérations des dirigeants de multinationales… et la signification précise du sigle « CAC 40 » sont dûment traités, par la même méthode associant récits vivants et documentation riche, précise et rigoureuse. Le lecteur reconnaîtra les talents pédagogiques et la solide connaissance des faits déployés dans les précédents ouvrages de l’auteur.

La force de l’ouvrage tient enfin, pour une part importante, à ce qu’il n’en reste pas à une dénonciation des mœurs capitalistes contemporaines. S’appuyant sur les analyses marxistes inspirées des travaux de Paul Boccara, il préconise, au fil de ses pages, des solutions concrètes pour une alternative radicale à la domination du capital et à la régulation de l’économie par la rentabilité financière. Non pas pour s’abstraire par magie de la réalité économique et politique que constituent les grands groupes mais pour la dépasser en s’appuyant sur les contradictions qui la mettent en crise. Une lecture à conseiller sans réserve à quiconque voudra mettre à jour ses idées et ses connaissances sur ces sujets de grande actualité.

 

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