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Europe : il y a les frères...et les autres...

 
 
 
 

 

«Tous les hommes deviennent frères», proclament bellement les paroles de l’Hymne 
à la joie de Beethoven et Schiller devenu l’hymne européen. Tous frères, sauf tous ceux dont on ne veut pas. Il faut une certaine naïveté, disons-le comme ça, pour croire, comme l’écrit l’éditorialiste de Libération, que l’espace Schengen a été « un progrès historique et une avancée démocratique ». Cela, c’était la façon dont le paquet était ficelé pour le vendre aux peuples. Mais le « tous frères » européen était aussi le pendant de la libre circulation des capitaux et l’un des instruments du dumping social entre les pays. Un instrument au demeurant à usage très différencié en fonction de la couleur, de l’origine, limité aux ressortissants de l’UE, ouvert à certains pays amis mais fermé à d’autres, essentielle­ment dans le Sud. Les petits arrangements d’hier entre Sarkozy et Berlusconi ne font qu’éclairer cela. La libre circulation s’arrête où commencent les intérêts des pays dominants, ou de ceux qui les dirigent. Sarkozy est dans la continuité de 
sa politique d’instrumentalisation de l’immigration et de manipulations xénophobes. Les Roms, l’islam, maintenant les flots d’im­migrés tunisiens, lesquels 
ne sont au demeurant que 20 000, ce qui ne serait pas une affaire si l’Union européenne décidait 
de la gérer dans 
la coopération, la justice 
et la générosité. Mais voilà, elle n’a pas été con­çue pour cela. 
La seule immigration que souhaitent le pouvoir, 
la droite et l’UMP, 
et c’est la même chose dans pratiquement tous les pays de l’Union, c’est une immigration « choisie », pas par les immigrés bien entendu, mais pour les besoins du capital. Au vrai, cette Europe est mer­cantile, égoïste, navrante et les marchandages à Rome n’en rehaussent pas l’image. Il n’était pas besoin de mettre les conversations de Berlusconi et de Sarkozy sur écoute pour deviner les contours du deal. On se met d’accord sur une lettre commune aux autres dirigeants 
de l’UE pour bricoler Schengen, la France soutient 
la candidature de l’Italien Mario Draghi à la présidence de la Banque centrale européenne et Silvio Berlusconi ne s’inquiète plus du tout de l’OPA du groupe français Altadis sur l’italien Parmalat, on se serre la main 
et l’Italie se dit prête à bombar­der à son tour la Libye. Au nom de quoi tout cela ? Des peuples, de la démocratie ? Le pacte pour l’euro, qui vient sous forme de loi organique à l’Assemblée natio­nale, est à lui seul une réponse, car c’est précisément un pacte contre les peuples et contre la démocratie. Jusqu’à présent la Gauche unie euro­péenne et ses députés sont les seuls à alerter, en appelant à se mobili­ser. C’est un pacte autoritaire, piloté par les marchés financiers, 
de baisse des salaires, de destruction des services publics 
et des systèmes de protection sociale, de mise 
en concurrence généralisée des régions. En France, Sarkozy voudrait constitutionnaliser la logique de ce pacte et toutes ses « réformes » vont dans ce même sens. On reprend, ça et là, comme dans le Monde, la charge selon laquelle les adversaires 
de cette Europe-là, de ce pacte-là, seraient des dinosaures enfermés dans une sorte de Jurassic Park xénophobe 
et nostalgique. C’est tout le contraire. Ils veulent une autre Europe, solidaire, de coopé­ration, de progrès social, d’accueil. Une Europe de l’Hymne à la joie, par exemple.   Gérard Streiff.

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