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Ça bouge en Italie !

le 16 juin 2011

Ça bouge en Italie !

 

Le scrutin 
de dimanche sonne-t-il déjà le glas du système Berlusconi ? Trois ans après avoir été laminée aux élec­tions législatives, 
la gauche retrouve des couleurs. La petite histoire retiendra qu’à l’annonce de la défaite de Berlusconi dans son fief milanais, l’animateur d’une sta­tion de radio proche de la Ligue du Nord a diffusé sur les ondes Bandiera rossa, le célèbre chant des communistes italiens, afin, a-t-il dit, de se mettre en conformité avec l’opinion publique... Il fallait y voir le signe de dépit de la droite italienne exprimé avec une pointe d’humour. Le président du Conseil avait mené une campagne d’une rare violence, maniant l’anticommunisme le plus éculé à l’encon­tre de Giuliano Pisapia, qui siégeait de 2001 à 2006 au Parlement sur les bancs de Refondation communiste, et le racisme le plus sordide, brandissant l’épouvantail de « l’islamisme » dans une ville qui devien­drait, avec la gauche, « Tziganopolis ». On remarquera au passage que Silvio Berlusconi a joué dans ses propos mila­nais sur le même registre anti-Roms que Nicolas Sarkozy il y a un an dans son dis­cours de Grenoble. Le vent de contestation n’a pas seulement balayé la droite dans la ville natale du chef du gouvernement italien. De Trieste à Naples, de Cagliari à Novare, nul dans la coalition n’échappe à la sanction popu­laire, ni le Peuple des libertés de Berlus­coni ni ses alliés de la Ligue du Nord. Des élections municipales ne font pas chuter un gouvernement mais le magnat de la presse italienne avait voulu faire de ce rendez-vous politique un plébiscite pour mieux échapper aux affaires judiciaires emblématiques du berlusconisme mêlant scandales sexuels, accusations de corrup­tion de témoins et fraudes sur les droits télévisés à Mediaset. Une victoire aux municipales eût renforcé sa position face aux juges « gauchistes » qu’il voue aux gémonies. À deux ans de la date prévue des élections parlementaires (à moins que la montée du mécontentement social et des tensions au sein de la coalition ne précipitent les échéances) le scrutin sonne-t-il déjà le glas du système Berlusconi ? Trois ans après avoir été laminés aux élec­tions législatives, le centre gauche et la gauche retrouvent des couleurs, notam­ment grâce à l’aile la plus radicale, la plus progressiste de l’opposition, qui a devancé au premier tour le Parti démocrate à Milan et à Naples. Le bling-bling à l’italienne lasse enfin l’opinion publique que ne fai­saient pas rêver la gauche molle incarnée par Romano Prodi ni la division des divers héritiers de l’ancien Parti communiste italien. Les transgressions à la morale publique et à l’éthique politique de l’homme le plus riche d’Italie ne sont pas les seules causes vraisemblables de son rejet actuel. La crise du néolibéralisme européen dont il Cavaliere est un des plus chauds partisans élargit le champ des con­testations dans tous les pays de l’UE. Les électeurs espagnols l’ont signifié au Parti socialiste (PSOE) il y a deux semaines et les jeunes de la Puerta del Sol l’expriment à leur façon. Le peuple grec refuse de ven­dre son pays sur injonction du FMI. Le Portugal, où l’on vote dimanche prochain, a connu dans la dernière période ses plus massives manifestations jamais réunies depuis la « révolution des œillets » en 1974. Si une hirondelle milanaise ne fait pas le printemps, un climat d’indignation hante l’Europe des libéraux. À Rome, mais peut-être aussi à Paris.   Gérard Streiff.

 

Le Front de gauche

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