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La question de l'alternative

Dans toute l’Union européenne, toutes celles et ceux qui aspirent à une Europe sociale, solidaire, démocratique, écologiste, pacifique, sont confrontés à une question fondamentale : comment rassembler suffisamment de forces de transformation sociale et politique pour échapper au rouleau compresseur de la finance servi par les traités européens et le pacte pour l’Euro plus ? Comment maîtriser un destin qui aujourd’hui échappe aux différents peuples qui composent l’Union ? Comment faire pour que ces derniers défrichent les chemins inédits d’un changement qui tire les enseignements des échecs du passé ? Une contradiction extrêmement aigüe travaille désormais leur conscience et les réalités.

D’un côté, des mouvements syndicaux et sociaux, des votes comme celui des Islandais qui, dans un référendum, ont refusé de renflouer une banque en faillite, des mouvements citoyens et culturels comme celui des indignés en Espagne et en Grèce, porteurs de fortes demandes politiques de changement. De l’autre, dimanche après dimanche, les pouvoirs politiques en place, qu’ils soient classés à droite ou sociaux démocrates, sont désavoués lors d’élections locales ou nationales en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Grèce et dimanche dernier encore au Portugal. Les électrices et les électeurs pouvaient certes choisir entre la droite et la gauche, mais le changement d’étiquette n’est pas le changement de politique. L’abstention massive est une signification du rejet de l’austérité, du chômage et du précariat. Elle ne constitue pas non plus une issue positive. Ce scénario satisfait les rapaces de la finance qui font ainsi croire qu’il n’y a qu’une politique possible. Le plus emblématique vient de se produire au Portugal où les socialistes sont battus par le parti de M. Barroso, celui-là même qui, à la tête de la Commission européenne, fait appliquer avec acharnement les  politiques d’hyper austérité qui ruinent les travailleurs portugais, précarisent la jeunesse. Qui osera prétendre que le problème ne concernerait pas la France ? Des forces de droite et de gauche n’y ont-elles pas comme guide politique et économique  le traité de Lisbonne, le pacte de stabilité et maintenant peu ou prou, le cadre du pacte de saignée sociale que constitue le pacte diabolique  Euro plus ? On assiste d’ailleurs à de curieux mélanges. Ainsi celui qui fait dire à M. Hulot qu’il pourrait s’allier avec celui qui a failli devenir Premier ministre de l’actuel Président de la République, M. Borloo, lequel est courtisé à la fois par M. De Villepin et M. Sarkozy. Quelle mélasse ! Quelle tristesse !  Quelle vacuité de notre débat politique, engoncé dans le conformisme, les coups médiatiques, le bavassage creux, la politicaillerie, quand tant de nos concitoyens souffrent et alors que le monde est confronté à de si grands défis.

L’exigence de démocratie radicale monte des mouvements partout en Europe et dans le monde arabe. Il convient de se hisser à sa hauteur. Ces mouvements sont citoyens au sens le plus élevé du mot ; politiques en cela qu’ils mettent en cause des décennies de politique de soutien au capitalisme qui conduit à une vie toujours plus dure, à la flexibilité et à la précarisation des contrats de travail. Ils refusent d’être les intermittents du travail, variable d’ajustement du grand capital au service des profits. Un nouveau projet d’avenir devrait donc en finir avec une telle insécurité et avancer vers une sécurité sociale professionnelle. Ils refusent avec force la sous-rémunération permanente du travail. L’enjeu d’une nouvelle répartition des richesses avec de meilleurs salaires, une nouvelle fiscalité, un nouveau crédit, est à l’ordre du jour. De nouveaux services publics seraient un atout pour progresser vers la justice, l’égalité de l’accès au logement, à l’éducation, à l’énergie, aux soins, au transport et à une autre utilisation des richesses et de l’argent.

Les mouvements en Europe butteront sur l’issue politique tant que la gauche ne débattra pas au grand jour et ne pensera pas des solutions radicalement nouvelles, adaptées aux nouveaux enjeux de l’heure pour améliorer la vie de la majorité de celles et ceux qui n’en peuvent plus de la vie qui leur est faite. Autant de terrains dans lesquels le Front de gauche pourrait se sentir comme un poisson dans l’eau à condition qu’il soit à la fois plus audacieux, plus clair, plus ouvert, plus unitaire, dans une conception visant non pas à « commander » un mouvement pour le changement, mais à se mettre à la disposition de celui-ci. De ce point de vue, un effort considérable doit être déployé pour surmonter l’actuelle crise de compréhension, facilitée par un système médiatico-politique brouilleur de repères et de choix. Cette difficulté ne peut être levée que si les forces progressistes sortent elles-mêmes d’une certaine crise d’idée alternative. Un débat approfondi, des confrontations honnêtes sont indispensables. Ce sont à des actes forts pour défendre nos concitoyens, pour proposer une alternative crédible et audacieuse que doit s’attacher à proposer un Front de gauche de nouvelle génération, de telle sorte que la majorité de celles et ceux qui aspirent à changer puissent en devenir propriétaires pour en faire un Front populaire, un Front citoyen, un Front progressiste, fer de lance au cœur de toute la gauche.

C’est à y contribuer que s’attache votre Humanité-Dimanche chaque semaine. Les leçons des scrutins qui se déroulent depuis des semaines dans l’Union européenne nous encouragent à poursuivre dans ce sens. Le Parlement européen a été contraint de repousser le vote sur les directives d’approbation du pacte européen Euro plus. Mettons à profit ces jours supplémentaires pour en faire connaître les extrêmes dangers sociaux et démocratiques. Organisons, à l’image des combats contre la directive Bolkestein et de celles et ceux qui, dans l’union, ont mené à la victoire d’un non progressiste au traité constitutionnel le 29 Mai 2005, un front uni, solidaire et progressiste européen contre le pacte des rapaces. C’est ce mouvement qui est en germe dans toute l’Union européenne. Raison de plus pour débattre de la question de l’alternative progressiste ici et en Europe.

 

Publié le 9 juin 2011 par Patrick le Hyaric.

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Par Patrick Le Hyaric, le 20 juin 2011