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Alstom : la fusion avec Siemens n’est pas encore acquise

L’appel que nous reproduisons dans ce numéro a été adopté à une réunion débat organisée au CESE le 15 janvier dernier, avec la participation d’économistes et de syndicalistes. Il a été repris par différents titres (l’Humanité, Libération, l’Usine Nouvelle, Médiapart). Il fait suite aux démarches engagées pour combattre le bradage d’Alstom à Siemens orchestré par le gouvernement (voir Évelyne Ternant et Alain Tournebise, Alstom : arrêter la grande braderie dans notre numéro 758-759).

Quelques jours après, le CCE d’Alstom a donné un avis négatif sur le projet d’absorption par Siemens.

L’appel a été largement diffusé lors de réunions qui se sont tenues au cours des derniers mois dans un grand nombre de sites français d’Alstom. Il a été transmis au président de la République ainsi qu’aux présidents de groupes de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Par ailleurs, une démarche a été engagée au niveau européen (par le groupe GUE-GNL au Parlement européen) qui a donné lieu à une déclaration des syndicats européens et à une prise de position de députés européens de différents pays (notamment Allemands et Français) reprenant notre proposition de coopération entre acteurs européens et exigeant « la présentation par les décideurs européens, dans les plus brefs délais, d’une politique industrielle ferroviaire ambitieuse qui soutienne la compétitivité et les perspectives de développement à long terme de l’industrie de l’équipement ferroviaire en Europe ».

Les commissions d’enquêtes parlementaires françaises constituées pour expertiser le dossier Alstom ont rendu leurs rapports il y a quelques jours. Sans entrer dans le détail, elles confirment largement les appréciations portées dans l’appel et sont accablantes.

D’abord du point de vue du renoncement industriel que constitue cette opération. Ainsi, les deux rapporteurs de la commission sénatoriale n’ont -ils pas hésité à affirmer : « Il est contestable d’avoir privilégié une opération capitalistique très favorable à Siemens, qui contrôlera Alstom sans débourser un euro, alors que ses carnets de commande sont pleins et que sa trésorerie est saine. D’autres modalités de rapprochement, sous la forme d’un “Airbus du ferroviaire”, étaient envisageables et tout aussi pertinentes, en termes de développement industriel, qui ne justifiaient pas une prise de contrôle par Siemens ».

Mais aussi du point de vue du rôle ambigu qu’a joué l’État au plus haut niveau pour favoriser les intérêts de groupes privés, comme l’a révélé Mediapart mais aussi comme l’a dénoncé O. Marleix, président de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale : « Au terme de six mois d’investigation, j’ai acquis la conviction qu’en autorisant la vente d’Alstom à GE, l’État a failli à préserver les intérêts nationaux », a-t-il déclaré en préambule du rapport d’enquête remis le 19 avril.

Tout cela signifie que la fusion d’Alstom avec Siemens n’est pas encore acquise, d’autant plus qu’elle repose sur la vente – qui n’est pas encore faite – des détentions de capital par Alstom dans les co-entreprises avec GE (General electric) pour financer un dividende exceptionnel à verser aux actionnaires (Bouygues etc.). Les initiatives pour lui faire échec vont donc se multiplier. Économie et politique continuera d’y contribuer activement. 

Alstom ne doit pas être bradé

Construire une alternative industrielle, écologique, sociale et efficace

Après avoir laissé le groupe General Electric (GE) s’emparer de la branche Energie du groupe Alstom, Emmanuel Macron et les pouvoirs publics s’apprêtent à laisser brader Alstom Transports au groupe Siemens. Ce bradage est pire qu’un don. C’est pourtant un fleuron de l’industrie française de matériel ferroviaire, créateur notamment du TGV, avec un réseau mondial, des brevets, le savoir-faire de 33 000 salariés et de nombreux sous-traitants.

Nous n’acceptons pas cela.

Il s’agit d’une industrie d’avenir. Sa maîtrise est décisive. Elle est au cœur des modes de vie, des défis urbains et écologiques. Elle joue un rôle clé dans le tissu industriel français, avec les PME, les services publics de transport (SNCF, RATP…), dans l’activité et l’emploi des territoires. Elle est au cœur de l’innovation technologique.

Cette fusion, loin d’une coopération francoallemande, est particulièrement déséquilibrée. Dans les faits c’est Siemens qui est l’actionnaire principal et qui aura la main sur les décisions stratégiques sans débourser un seul euro. On peut redouter de cette fusion la disparition, en France, de pans décisifs de cette industrie d’avenir. Rien ne garantit que Siemens, qui ne s’est engagé que pour 4 ans et va supprimer 7 000 postes, maintiendra l’emploi et les sites de production Alstom sur notre territoire. D’ailleurs, les promesses d’emploi faites naguère par GE sont aujourd’hui bafouées.

Il n’est pas trop tard pour faire d’autres choix. Alstom n’a pas de difficultés financières. Son endettement est faible et sa trésorerie confortable. Son carnet de commande de plus de 30 milliards d’euros est plein pour cinq ans ! La concurrence, notamment chinoise, est un mauvais prétexte : en Europe, elle est tout juste émergente et avec des problèmes de qualité. Il n’y a aucune urgence. Les vrais problèmes d’Alstom sont ailleurs : perte de savoir-faire, de qualifications liés aux restructurations incessantes, installations vieillissantes fautes d’investissement, fuite en avant dans l’externalisation, dépenses de recherches et de formation insuffisantes.

L’opération envisagée ne résoudra aucun de ces problèmes et ne fera que les aggraver. C’est une opération de concentration pour répondre aux exigences des capitaux financiers, en réduisant les « coûts du travail ». Elle permettra aux actionnaires – notamment Bouygues – d’engranger près de 2 milliards d’euros de dividendes exceptionnels, après 3 milliards déjà perçus lors de l’absorption de la branche énergie par GE. Elle privera ainsi Alstom de moyens pour la recherche, l’innovation, l’investissement, la formation, les qualifications et l’emploi.

Alstom peut innover et baisser les coûts autrement, avec des dépenses nouvelles de R & D, en développant l’emploi qualifié avec une politique de formation ambitieuse pour toutes et tous, avec une ambition pour la jeunesse et avec des investissements nouveaux. La fusion obérerait ces dépenses.

Améliorer l’efficacité économique, répondre aux besoins sociaux et écologiques, développer des solutions pour mieux répondre aux besoins de services publics de transports en France et en Europe nécessite des coopérations entre acteurs européens. Mais l’opération envisagée n’identifie aucune piste de coopération concrète. C’est une pure absorption aux antipodes d’un prétendu « Airbus du ferroviaire ». Des solutions sont possibles sous forme de GIE (groupement d’intérêt économique), par exemple, pour des projets de coopération, sans nécessiter une dépense en capital financier et avec une structure égalitaire. Avec les salariés d’Alstom, usagers des transports, citoyens soucieux d’une véritable transition énergétique et révoltés par la désindustrialisation de notre pays, intellectuels, salariés de la filière industrielle, de services et de recherche, salariés des entreprises de transport directement concernées (SNCF, RATP, traminots…), salariés et syndicalistes des banques et du secteur financier convaincus que les puissants groupes bancaires français peuvent jouer un rôle déterminant pour l’avenir du Groupe ALSTOM, élus territoriaux et nationaux, nous disons : Alstom ne doit pas être bradée.

Les pouvoirs publics, impliqués à de multiples niveaux, y compris comme actionnaire d’Alstom, doivent prendre toutes leurs responsabilités en suspendant l’opération et en appuyant la recherche d’une alternative d’intérêt général répondant aux défis économiques, écologiques et sociaux.

 

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