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Synthèse de la presse : MARDI 28 NOVEMBRE 2006

le 28 novembre 2006

Les Unes des quotidiens :

Le PS investit Ségolène Royal, l'UMP attend Nicolas Sarkozy (Le Monde) Turquie Le pape par la petite porte (Libération) Olmert tend la main aux Palestiniens (Le Figaro) Eurotunnel franchit une étape cruciale pour sa survie (Les Echos) Eurotunnel : feu vert au plan de sauvetage (La Tribune) La voiture en ville , ça va être dur ! (Le Parisien) Benoît XVI, un voyage compliqué en Orient (La Croix) Echappez au racket des fourrières (France Soir) Harcèlement moral au travail « Il voulait avoir notre peau » (L'Humanité).

Les thèmes dominants :

La visite de Benoît XVI en Turquie :

Benoît XVI se rend en Turquie du mardi 28 novembre au vendredi 1er décembre pour son premier voyage dans un pays musulman. Trois enjeux majeurs l'attendent : l'islam, l'Europe et l'oecuménisme (17 articles et 2 éditoriaux).

Le sommet de l'Otan à Riga :

Les chefs d'État et de gouvernement de l'Alliance se réunissent en sommet à Riga, en Lettonie. Pour Paris, l'Otan doit rester sur le registre militaire et euro-atlantique. (11 articles et 1 éditorial).

Autres thèmes : la campagne de S. Royal, la déclaration de candidature de Sarkozy, le sauvetage d'Eurotunnel, la représentativité syndicale, le cessez-le-feu en Palestine, le désaveu à Merkel.

A Signaler :

Politique :

Présidentielles. La campagne de S. Royal. Ségolène Royal devrait annoncer la composition de son équipe de campagne. Selon plusieurs membres de son entourage, Royal, qui réunit ce matin ses proche, devrait nommer une équipe restreinte avec des fonctions opérationnelles, qui pourrait être complétée en janvier par une autre liste de responsables par secteur de compétence. Qualité indispensable pour être du premier cercle : la disponibilité, a prévenu la candidate. Royal, qui a déclaré dimanche qu'« aucune bonne volonté ne doit être écartée », pourrait aussi associer un membre de l'équipe de Laurent Fabius et un de celle de Dominique Strauss-Kahn, recrutés pour leur bonne connaissance du parti. Dans les couloirs de Solferino, la phrase qui revenait le plus souvent, hier, était une mise en garde : « Il ne faut pas recommencer les erreurs de 2002. » Hollande a donc insisté pour que la campagne intègre dans son rythme les rendez-vous du parti, comme la réunion des secrétaires de section de la fin janvier, et celle des premiers fédéraux, en décembre. Royal, elle, a déclaré vouloir s'appuyer sur le parti et les groupes parlementaires, mais aussi sur Internet. (Figaro).

Le principal souci de la candidate socialiste, ce n'est pas d'exprimer des idées, mais c'est bien de trouver des idées à exprimer. Prenons un exemple. Ségolène Royal a bâti l'essentiel de son discours, depuis un an maintenant, sur le « désir de construire et d'établir un ordre juste ». Soit. Il n'a jamais été possible d'en savoir un peu plus. À tel point que, lorsqu'il y a une semaine, au journal télévisé, le présentateur a tenté de pousser la candidate dans ses retranchements, sa réponse a été : « Aux Français de me dire ce qu'ils entendent par ordre juste. » Ségolène Royal a donc fait le choix de suivre cette opinion. C'est ce qu'elle appelle la « démocratie participative ». Deux mots pompeux qui reviennent à dire : j'adopterai les idées du plus grand nombre de manière à ce que la popularité que j'ai acquise ne s'effrite pas au moment du choc des projets. Le danger de cette démarche, c'est que le bon sens n'est pas forcément mieux réparti dans les foules que dans les élites. La contribution des Français à son programme risque donc d'être malheureusement sans grande surprise. Et l'ordre juste sera, sans doute, une banale litanie de mesures ultraconservatrices, c'est-à-dire de mesures visant à conserver une France telle qu'elle est, mais surtout pas à lui permettre de prendre toute sa part dans la mondialisation. Ils vont donc entraîner la pseudo-blairiste Ségolène Royal vers un terrain proche de la gauche antilibérale. Le deuxième point sur lequel il n'y aura pas de surprise, c'est évidemment la préservation du modèle social français. Ségolène Royal va bien sûr seriner que son « ordre juste » vise à faire en sorte qu'il faille consolider tous les acquis de ce modèle social. (Figaro).

M. Gauchet : « .. je dirais qu'elle incarne la décomposition du mitterrandisme. On s'attendait à ce que la sortie du mitterrandisme se fasse par la doctrine. Or, une telle rénovation intellectuelle était en fait assez improbable. Le « droit d'inventaire » de Jospin a vite tourné court. Comme tout parti, le PS a eu peur d'ouvrir la boîte de Pandore des révisions idéologiques, dont on ne sait jamais jusqu'où elles peuvent conduire, et a préféré s'en tenir à une doctrine qui a montré sa capacité à gagner des élections.. C'est par une voie de contournement que l'affaire s'est faite. Elle s'est jouée sur le terrain de l'image et du symbole, et par l'incarnation dans une personne singulière.. Le phénomène montre à quel point l'esprit du système présidentiel est entré dans les têtes. Autour de sa personne est en train de se produire un processus de catalyse politique qui, quelle que soit l'issue du scrutin présidentiel, sera difficile à arrêter.. Quelque chose du vieux style masculin d'autorité ne passe plus. Sarkozy a du souci à se faire, de ce point de vue. Ses postures de matamore sont à revoir. Mais la véritable force politique de Ségolène Royal réside dans le fait qu'elle est la seule à avoir saisi la profonde crise d'autorité qui travaille la société française.. En admettant sans rechigner qu'elle n'a pas toujours la solution, elle manifeste un rapport plus sain à la réalité. Et comme en même temps elle apparaît très capable de fermeté, elle dessine une autre image du pouvoir, probablement beaucoup plus en phase avec les aspirations populaires.. Elle risque d'avoir plus de mal sur le social. L'Etat-providence est diabolique de complexité. Les questions de société demandent beaucoup de doigté.. Tout dépendra de sa capacité de se saisir de quelques points déterminants, où elle peut marquer des points.. Au fond, elle a intérêt à traiter le système social par bouts plutôt que de le prendre comme un bloc.. Il se peut que, en sortant de ses ambiguïtés, cette candidate hors norme soit vouée à se banaliser... et à se révéler pas très performante en tant que candidate classique.. Une seule chose est sûre : le rejet de la politique traditionnelle est tel que les Français paraissent prêts au saut dans l'inconnu. » (Libération).

UMP. Le temps presse pour l'UMP, qui veut organiser avant Noël des « forums interrégionaux » afin que « toutes les sensibilités du mouvement puissent s'exprimer » avant la désignation du candidat à la présidentielle du parti majoritaire. L'objectif est de montrer que le Parti socialiste n'a pas le monopole du débat et de couper l'herbe sous le pied des chiraquiens qui critiquent l'absence de démocratie au sein du parti majoritaire. Jean-Pierre Raffarin, qui se veut « le Casque bleu de l'union », a accepté de présider le groupe de travail chargé d'échafauder ces « débats » Sur le fond comme sur la forme, rien n'est encore décidé. Ni la localisation des débats, ni le calendrier, ni les modalités de participation du public et des intervenants, ni leur éventuelle retransmission par les télévisions, ni les thématiques retenues. Le succès des primaires socialistes a pris l'UMP de court. Même s'ils s'en défendent, Nicolas Sarkozy et ses proches ne s'attendaient pas à ce que les débats internes organisés au PS renforcent à ce point Ségolène Royal et aient une telle tenue. (Echos). Les élues du parti majoritaire souhaitent que Nicolas Sarkozy affronte la candidate PS « projet contre projet », sans tenir compte du fait qu'elle est une femme. Porte-parole de l'UMP, Valérie Pécresse juge « scandaleuse l'instrumentalisation de la cause des femmes » par la candidate officielle du PS pour 2007. (Figaro).

Nicolas Sarkozy devrait se déclarer jeudi soir, devant les Français, à l'occasion de l'émission « À vous de juger » sur France 2. Un scénario quasi validé par l'intéressé, même s'« il envisage encore une autre piste », confie l'un de ses proches amis. Pour le moment, il ne veut pas encore se mesurer à Ségolène Royal en jouant sur son terrain, celui de la proximité et de l'écoute. Il veut abattre ses cartes sur ce qu'il juge être ses points forts : la maîtrise des dossiers sur le fond. Il a donc choisi quatre grands thèmes qui correspondent aux « quatre attentes prioritaires des Français : la sécurité, l'immigration, le pouvoir d'achat et l'éducation »,précise-t-on Place Beauvau. Si Sarkozy entend bien laisser Royal se « déployer et faire la course en tête », il veut rester au plus prêt, dans les sondages, de la nouvelle championne de la gauche. Le projet législatif de l'UMP a été adopté par près de 98 % des adhérents de l'UMP ayant pris part au vote. Un adhérent sur deux a voté entre les 20 et 26 novembre, dates de la consultation par Internet sur ce projet, soit 145 923 votants sur les 291 461 enregistrés au premier jour du vote. (Figaro).

Economie-Social : Représentativité syndicale. Le Conseil économique et social rend aujourd'hui un avis sur la représentation des syndicats. Il propose de remettre en cause celle accordée de droit aux grandes centrales, CGT, CFDT, FO, CFTC et CGC. Le texte - qui suggère l'instauration d'une nouvelle « représentativité nationale » fondée sur des élections ouvertes à tous les salariés - a été adopté à l'issue du vote. Difficile en tout cas de demander aux organisations syndicales, les principales intéressées, de revenir sur leurs acquis. Certains syndicats, dont l'audience s'effrite au fil des années, pourraient bien être sanctionnés par les urnes. Ils peuvent cette fois compter sur un patronat plutôt en retrait, qui voit d'un mauvais oeil un changement des règles du jeu dont il s'est accommodé et craint lui aussi de se voir imposer une mesure d'audience. (Tribune)

Suez-GDF. SUEZ et Gaz de Francen'en ont pas fini avec les aléas juridiques. Une semaine après la décision de la cour d'appel d'obliger GDF à reporter le conseil d'administration destiné à entériner la fusion, c'est maintenant au Conseil constitutionnel de se prononcer. Il dira en principe jeudi si, oui ou non, l'article 10 de la loi sur l'énergie votée le 8 novembre dernier est conforme à la Constitution. Cette nouvelle échéance entretient une certaine tension. Le texte a beau être limpide, les interprétations sont nombreuses. Il y a ceux pour qui l'énergie, à travers les opérations de transport et de distribution, relève intégralement du service public. Ce scénario catastrophe est pris au sérieux au plus haut niveau de l'État. Le Conseil constitutionnel ne prendrait pas le risque de déjuger le gouvernement qui, depuis plusieurs mois, n'a pas ménagé ses efforts en faveur de la fusion. D'autant que si l'on interprète de manière restrictive l'alinéa 9, seuls quelques services publics sont inscrits dans la Constitution : l'armée, les forces de police, la Sécurité sociale ou encore la justice. Dans le cas du service public de l'eau, 71 % de la population française est desservie par des opérateurs privés. Sans compter qu'en matière de transport de gaz, le pétrolier Total dispose en France de quelque 5 000 km de canalisations. (Figaro).

Eurotunnel. F-X. Oietri édito : « Incroyable, mais vrai : Eurotunnel est sauvé ! Ou en tout cas sur le point de l'être puisque ses créanciers ont finalement voté le plan de restructuration de la dette que proposait le PDG de l'entreprise. Il reste bien sûr quelques étapes, mais le parcours d'obstacle paraît cette fois plus facile à franchir. Il était moins une pour l'exploitant du tunnel sous la Manche, au bord du dépôt de bilan et de l'asphyxie financière avec ses 9 milliards d'euros de dettes. Moins une, donc, pour le chantier du siècle qui s'est transformé, au fil des ans, en cauchemar du siècle, celui de centaines de milliers d'actionnaires qui ont presque tout perdu dans cette aventure ; celui aussi d'une entreprise née sur les fondements artificiels d'hypothétiques objectifs de trafic sous la Manche qui n'ont jamais tenu leurs promesses.. » (Tribune).

Low cost. J-M. Thénard édito : « .. Le low-cost, c'est la conviction de jouer un bon tour à la société marchande, l'impression de payer au plus juste prix, de ne pas se laisser abuser par le pouvoir des marques, de manifester son libre arbitre devant la puissance du marketing.. Mais ce qui fait le bonheur du consommateur peut être à l'origine du malheur de bien des travailleurs. Car, pour vivre, les entreprises de low-cost rognent des deux côtés : sur les prestations offertes aux acheteurs et sur les garanties accordées aux salariés. La logique à terme d'une société qui serait gagnée par le tout low-cost est naturellement d'aligner le monde du travail sur ses normes qui finissent par imposer le low-wage et le low-social à ceux qu'elle emploie. Il revient au citoyen de prendre conscience de cette schizophrénie.. » (Libération).

Europe : Euro. La crainte d'une nouvelle poussée de fièvre de l'euro, face à un dollar affaibli par le ralentissement économique américain, était à l'ordre du jour des débats de l'Eurogroupe, hier soir à Bruxelles. T. Breton a déclaré hier que la dépréciation du billet vert appelait « une grande vigilance collective ». Une préoccupation nullement partagée par son homologue néerlandais, qui estime que « l'euro fort est une bonne chose pour les consommateurs », ni par l'Autrichien Karl Heinz Grasser, qui souligne que « le taux de change actuel n'est pas un problème pour nos exportations ». Mais les déclarations politiques ne pèseront que peu de poids si la Banque centrale européenne poursuit sa politique de resserrement monétaire amorcée il y a un an. (Echos).

Commission européenne. Le Parlement européen auditionnait hier les candidats bulgare, Meglena Kuneva, et roumain, Leonard Orban, à la Commission. Ils élargiront le cercle des commissaires issus d'Europe centrale. Les États d'Europe centrale et orientale ont des intérêts très divers. Au Conseil, ils ne forment pas un bloc cohérent. Mais s'il est un sujet qui les unit, à la Commission, c'est leur histoire récente et douloureuse avec l'ancienne URSS. (Tribune).

International : Voyage de Benoît XVI en Turquie. D. Quinio édito : « Le contexte mondial durcit la confrontation entre chrétiens et musulmans. Les négociations sur la candidature de la Turquie à l'Union européenne se grippent. Et ce que l'on a appelé la controverse de Ratisbonne fait de cette première visite du pape en terre d'islam un « test ». Dans son discours aux universitaires allemands, Benoît XVI, pour illustrer son intervention sur l'usage de la violence par la religion, avait cité un propos très sévère sur le prophète Mohammed. Malgré les multiples précisions apportées par la suite, malgré l'assurance donnée par le pape que cette citation ne représentait pas sa propre pensée, la polémique a grossi, exploitée largement par les mouvements extrémistes.. » (Croix). P. Haski édito : « Un voyage peut en cacher un autre. La levée de boucliers d'une partie de l'opinion turque contre la venue de celui qu'ils considèrent comme le « croisé » Ratzinger a ceci de paradoxal que ce premier déplacement de Benoît XVI en terre d'islam n'avait pas pour objectif d'aller à la rencontre des musulmans, mais... des chrétiens d'Orient.. Le problème est que le débat est monopolisé par une partie seulement des protagonistes : le pape européen d'une chrétienté de moins en moins européenne, et les porte-parole de la radicalité islamique. Tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce face-à-face, et notamment les adeptes d'une tradition laïque européenne, soumise à rude épreuve, se sentent otages d'un choc de civilisations promis et annoncé.. » (Libération).

Le sommet de l'Otan. P. Rousselin édito : « l'Alliance atlantique joue son avenir en Afghanistan.. Compte tenu de ces précédents, l'analyse de la situation présente est sombre. Depuis que les forces de l'Otan ont étendu, cet été, leurs opérations à l'ensemble du territoire afghan, la dégradation est manifeste. Militairement de retour, les talibans infligent des pertes sévères aux contingents américain, britannique, canadien et hollandais déployés dans le sud et l'est du pays.. Face au risque de naufrage de l'opération militaire la plus importante jamais entreprise par l'Alliance atlantique, le sommet de l'Otan, qui s'ouvre ce soir à Riga, devrait être un conseil de guerre où une révision de la stratégie suivie en Afghanistan devrait s'imposer à tous. Malheureusement, les querelles doctrinales entre alliés risquent de paralyser toute prise de décision.. Au lieu d'oeuvrer au maintien de la paix et au renforcement d'un gouvernement légitime, les 33 000 hommes de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) doivent aujourd'hui se battre, sans les moyens nécessaires, contre un ennemi résolu à les chasser du pays. La France ne veut pas se prêter à ce glissement progressif du rôle de l'Alliance atlantique.. » (Figaro).