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Synthèse de la presse : LUNDI 18 DECEMBRE 2006

le 18 décembre 2006

Les Unes des quotidiens :

Le cas Halliday rouvre le débat sur l'imposition du patrimoine (Le Monde) Racisme antinoir L'indulgence coupable (Libération) Le président palestinien engage l'épreuve de force avec le Hamas (Le Figaro) Impôt sur le revenu : le projet choc de Thierry Breton (Les Echos) Areva essuie un revers cuisant en Chine (La Tribune) L'agonie de Cuba (Le Parisien) Comment les candidats financent leur campagne (La Croix) Johnny ne part pas ! (France Soir) Crise palestinienne Les urnes contre le chaos (L'Humanité).

Les thèmes dominants :

La crise palestinienne :

Les partisans du Hamas et ceux du président Mahmoud Abbas s'affrontent dans la rue après l'annonce d'un scrutin anticipé. En appelant à des élections anticipées, le président palestinien a pris le risque d'un conflit ouvert avec le gouvernement dirigé par le Hamas. (13 articles et 3 éditoriaux).

Le sommet européen de Bruxelles :

Les Vingt-Cinq veulent tourner la page d'une politique d'élargissement jugée trop laxiste par les opinions publiques. Sans renier leurs engagements, ils se montreront plus exigeants vis-à-vis des candidats et sur la capacité de l'Union à continuer à fonctionner. (9 articles et 1 éditorial).

Autres thèmes : La campagne de Ségolène Royal, le sommet Chine-Etats-Unis, la campagne de N. Sarkozy, l'impôt sur le revenu et la fiscalité du patrimoine, la réforme du temps de travail des profs, la colère de la communauté noire.

A Signaler :

Politique : Elections présidentielles.

La campagne de Ségolène Royal. La candidate du PS a choisi le thème de l'emploi et de la vie chère pour le premier débat de sa campagne officielle. Ségolène Royal a réuni ses troupes samedi à Paris pour leur donner leur feuille de route pour 2007. Chaque premier secrétaire de fédération socialiste et responsable de comité Désirs d'avenir est reparti avec, sous le bras, un kit de campagne, intitulé « Réussir un débat participatif ». Et Ségolène Royal de donner à ses soutiens, pendant près d'une heure, une leçon de « démocratie participative ». Sur le fond, la candidate du Parti socialiste entend secouer « un certain nombre de tabous, d'idées reçues, de confort intellectuel » pour « ramener à gauche le vote populaire ». Si elle a déclaré à plusieurs reprises vouloir « réconcilier les Français avec l'entreprise », elle a pour objectif d'apporter de « l'agilité » aux entreprises, notamment celles qui investissent dans l'innovation. Hier soir sur France 5, Ségolène Royal a également développé trois « exigences » pour l'emploi. Premier point : entamer « une étape décisive sur l'innovation et la recherche » pour « développer les emplois de demain ». La député des Deux-Sèvres est revenue sur le thème de la « revalorisation de la valeur travail ». « Le contrat à durée indéterminée doit devenir la règle », a-t-elle réaffirmé, en voulant aussi « encourager le passage du RMI au retour au travail » en créant un « revenu de solidarité active ». (Echos). Pendant quatre-vingt-dix minutes d'échange, Royal a pratiqué l'art de l'esquive. Quand l'animateur de l'émission, Serge Moati, tente de la confesser sur son enfance, elle s'échappe : « Mon rôle n'est pas de raconter mon histoire personnelle. » On lui fait lire la lettre de l'écrivain Catherine Millet qui la dépeint comme une mère la pudeur voulant restaurer la morale ? « La morale est une très bonne chose, réplique-t-elle doucement. Les sociétés sans morale sont le règne du plus fort. » Quand la joute s'engage sur l'économie, Royal déballe face à Laurence Parisot, la patronne des patrons, de belles généralités. Sa première mesure économique si elle était élue ? « Un vaste plan pour l'innovation et la recherche ». Pas de quoi « cliver ». Manifestement, la candidate n'a pas encore définitivement calé (ce sera fait fin février) ses propositions. Mêmes esquives sur la justice - sinon que sa priorité sera de lui « donner des moyens » - et réponses rapides sur la toxicomanie. » (Parisien) Ségolène Royal reste ostensiblement discrète sur l'épineuse question des 35 heures. Elles ont constitué « un formidable progrès social », s'est-elle contentée de rappeler hier. La candidate socialiste a volontiers reconnu que la seconde loi Aubry « aurait dû être négociée avec les syndicats ». Mais elle s'est gardée de faire sien le principe de « généralisation des 35 heures » inscrit dans le programme du PS. Tout juste a-t-elle indiqué du bout des lèvres qu'elle ne proposerait pas de réforme supplémentaire car, rappelle-t-elle, « il y a les autorisations d'heures supplémentaires aujourd'hui ». (Parisien).

La campagne de Sarkozy. Le président de l'UMP se rend aujourd'hui dans les Ardennes. Avec l'intention d'aller à la rencontre des gens. On le verra présider une table ronde avec les élèves d'un lycée agricole, avant de visiter une forge spécialisée dans la fabrication d'équipements automobiles. Puis tenir une réunion publique sur le thème de « La France qui souffre ». Le ministre a un double défi à relever pour conquérir les Français. Rassurer ceux qui redoutent sa « brutalité », et se défaire de l'image d'un candidat qui ne connaîtrait de la France que « Paris, Deauville, les Hauts-de-Seine, et le 9-3 ». Il faut qu'il devienne un piéton dans la société française », lance même Jean-Pierre Raffarin. Reste que l'intention est désormais claire : « Peu à peu, Nicolas s'infiltre dans les méandres de la France », explique Franck Louvrier, son conseiller pour la presse et la communication. Nicolas Sarkozy, qui confie au Figaro : « Il faut être sérieux, calme, prendre du recul », et ajoute, à propos de la « séquence Ségolène Royal », commencée en fanfare le jour de son investiture, le 16 novembre dernier : « On nous a expliqué qu'on allait voir ce qu'on allait voir. On ne voit rien. J'ai essuyé une vague de ségolénomania sans précédent. Et je suis toujours à 50-50. Si j'avais su, il y a un an, que je serais là où je suis, je n'aurais pas demandé mieux. » (Figaro).

J-L. Borloo. « Je ne suis pas dans un système de ralliement ou de non-ralliement, a-t-il dit au cours du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. Refusant mordicus d'envisager qu'il y ait la moindre contradiction entre l'appartenance du Parti radical à l'UMP et le refus de se rallier au candidat choisi par l'UMP le 14 janvier prochain, Jean-Louis Borloo a redit qu'il voulait d'abord « débattre sur les idées ». Le coprésident du Parti radical a souligné qu'il n'apporterait son soutien à Nicolas Sarkozy qu'après avoir négocié avec lui, « sur le fond ». Exemple de désaccord entre les deux hommes : la transmission du patrimoine, qui est une des idées fortes du projet de l'UMP, est une mauvaise piste, selon Jean-Louis Borloo. « C'est statique », dit-il, ajoutant : « Il s'agit de faire une révolution dans notre pays pour rendre du pouvoir d'achat et augmenter la compétitivité. » Interrogé sur le coût d'une telle mesure, il s'est exclamé : « Ce n'est pas de la dépense, c'est de l'investissement ! Ce n'est pas du déficit, ce sont des recettes. » (Figaro).

Verts. Lors de son conseil national, le parti écologiste s'est doté ce week-end d'une nouvelle direction. Adhérente depuis moins de six ans et âgée de 31 ans, Cécile Duflot a été désignée samedi après-midi secrétaire nationale des Verts par le conseil national du parti écologiste réuni ce week-end à Paris. Élue dès le premier tour - une première depuis près de dix ans chez les Verts - avec tout juste la majorité qualifiée requise à 60 %, Cécile Duflot, après avoir fait littéralement ovationner son prédécesseur par la salle pour « son travail qui a permis de stabiliser le parti », a aussitôt assuré Dominique Voynet qu'elle pouvait « compter sur la nouvelle équipe » pour porter sa campagne et « donner aux Verts la place que leurs idées méritent ». (Figaro).

Communauté noire. L. Joffrin édito : « Les dérapages d'un Sevran ou d'un Frêche contre les Français noirs, venant après plusieurs autres, ont heurté l'élémentaire correction humaine. Mais ce qui fâche le plus, c'est la facilité avec laquelle les intéressés se faufilent vers une impunité tranquille. Pascal Sevran, girouette irresponsable, a balbutié quelques excuses. Georges Frêche, cacique tenant son fief à coups de menaces et de manoeuvres, défie les instances du PS, qui n'osent pas affronter un féodal récidiviste, soutien de Ségolène Royal.. Alors les associations noires se sont fâchées. Qui ne les comprendrait ? Qui ne voit que l'exhibition de ces clichés archaïques par des membres de l'establishment médiatique ou politique blesse la conscience d'une population déjà soumise à discrimination ? Dans un pays qui a admis il y a seulement cinq ans que la traite des Noirs était bien un crime de masse.. La condition noire ne saurait excuser les dérapages d'un Dieudonné ou d'un Raphaël Confiant. Mais en quoi les associations noires, qui demandent une meilleure représentation au sommet de la société et récusent la discrimination qui les frappe, sont-elles « communautaristes » ? En quoi l'exigence d'une histoire nationale qui fasse droit à leur propre histoire, à la mémoire des crimes qui les ont frappés, est-elle menaçante ?.. » (Libération).

Environnement. A. G. Slama : « Nous autres civilisations, nous savons maintenant que la menace écologique n'est pas un fantasme, projeté dans un lointain avenir… À partir de ce bilan, deux attitudes sont possibles. L'une, qui est de simple sagesse, persiste à vouloir s'inspirer des principes démocratiques, en respectant les libertés publiques. C'était, jusqu'à présent, le choix de la France, qui bénéficie d'une sérieuse avance grâce à ses capacités d'énergie nucléaire, et c'est l'option retenue par le plan d'action de la Commission européenne présenté le 19 octobre dernier…L'autre attitude, qui est celle des mouvements altermondialistes et écologistes, considère que l'effet de serre condamne le modèle capitaliste de développement et le système représentatif de la démocratie parlementaire. Ses moyens, inspirés du marxisme-léninisme, sont ceux du volontarisme révolutionnaire. Ils reposent sur l'interdiction, la planification en matière de production, de communication et d'urbanisme ; ils censurent les ­libertés de s'exprimer et de circuler, encadrent dans un réseau illimité de normes les modes de consommation et de comportement. À tous égards, la pensée écologiste, hantée depuis longtemps par la nostalgie d'un âge préindustriel et communautaire, est, avec les fondamentalismes religieux, l'avatar le plus dangereux des idéologies totalitaires du XXI e siècle. Voilà pourquoi il est permis de regretter que l'inscription du principe de précaution dans la Constitution française, qui autorise la censure de la recherche, ait contribué à banaliser certaines de ces thèses. » (Figaro).

Economie-social : Fiscalité. F-X. Pietri édito : « Merci Johnny ! La star aura au moins eu le mérite d'introduire le débat sur la fiscalité dans la campagne électorale. Certes, pas de la plus belle manière puisque ce choix de la Suisse provoque depuis quelques jours une de ces polémiques politiques, dont la France a le secret, exaspérée qui plus est par le contexte électoral.. Le terrain est d'autant plus facile que les Français ont massivement une sainte adoration pour l'ISF, l'impôt que la plupart des observateurs sensés considèrent comme imbécile, mais qui a le mérite politique d'accorder sa revanche à une classe moyenne... qui se dit elle-même submergée par la fiscalité.. Que proposent Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal pour que ces foyers fiscaux n'aient plus, demain, la bougeotte ? Comment faire pour que, plus largement, les Français n'aient pas le sentiment de ployer sous le poids de la charge fiscale ?.. » (Tribune). P. Breton : « ..Je propose que 2008 soit une année blanche sur le plan fiscal. Autrement dit, les revenus de cette année-là ne seront pas imposés. Les contribuables acquitteront en 2008 l'impôt sur leurs revenus de 2007 et, dès janvier 2009, celui sur leurs revenus de l'année en cours. C'est une solution où chacun est gagnant : le contribuable qui ne paiera pas d'impôt sur ses revenus 2008, mais aussi l'Etat, car il percevra en 2009 des recettes fiscales plus élevées que si l'assiette avait été celle des revenus 2008… prélever l'impôt à la source, je le redis, ne présente que des avantages. Je l'ai du reste annoncé dès le premier jour de mes fonctions à Bercy. Avec Jean-François Copé, on n'a pas attendu Ségolène Royal pour cela. Je ne vois aucune raison de priver la France de cette réforme qu'ont mise en oeuvre la quasi-totalité des pays de l'OCDE.. » (Echos).

Politique industrielle. L'Etat porte une lourde part de responsabilité à cet état de choses. Il est, en effet, actionnaire de la plupart de ces sociétés. Il dispose de la quasi-totalité du capital d'Areva, de 85 % d'EDF et de 15 % d'EADS. Il a été également au tour de table d'Alstom avant de céder la place à Bouygues. C'est donc l'Etat qui est responsable du choix des hommes et des stratégies. Or, le constat de faillite s'impose à cet égard. Et on pourrait étendre la liste de ses errements à d'autres entreprises de son périmètre, comme par exemple Safran, où il a laissé se dérouler pendant trop longtemps une « guerre des chefs », ou Gaz de France qu'il ne parvient toujours pas à marier avec Suez. Pourquoi l'Etat est-il un si mauvais actionnaire ? 1. D'abord parce qu'il n'a pas de stratégie. Ainsi dans l'énergie, où il contrôle les principaux acteurs, il n'a pas réussi à dicter une action coordonnée. A l'inverse, l'Etat s'est rallié trop vite, sans même faire procéder aux dues diligences nécessaires, au mariage de la carpe et du lapin, celui de Snecma et de Sagem, qui a donné naissance à Safran. 2. Cette absence de vision stratégique fait que la puissance publique navigue à vue et dans l'improvisation. 3. Dans le choix des dirigeants des entreprises, l'Etat n'est guère pertinent. Soit il délègue trop facilement ses pouvoirs. Soit, il se prononce plus en fonction de critères politiques que de compétences. 4. Enfin, l'Etat est dépourvu de moyens d'intervention. Il n'a souvent à sa disposition que l'arme de la parole. Tout cela doit amener l'Etat à repenser sérieusement son mode et ses moyens d'intervention dans l'industrie. Enfin, il convient sans doute d'être moins frileux vis-à-vis d'alliances et de partenariats avec nos voisins européens. (Echos).

Europe : Sommet de Bruxelles. F. Crouïgneau édito : « Freiner dans l'espoir de mieux repartir... Ce consensus des Vingt-Cinq, lors du dernier Conseil européen de 2006, n'a rien d'enthousiasmant. Il marque pourtant le début d'une certaine sagesse : la nécessité de tirer les leçons du malaise né d'élargissements successifs mal expliqués aux opinions publiques et difficiles à gérer par des institutions fourbues.. les chefs d'Etat et de gouvernement ont fait assaut de bonne volonté pour tenter de résoudre la quadrature du cercle : réformer des institutions qui s'enrayent à 25 en tirant la substantifique moelle du projet de Constitution rejeté par les Français et les Néerlandais. Mais nul ne se fait d'illusions.. Peut-on au moins caresser l'espoir d'avancées économiques, à défaut de rêver de percée stratégique internationale ? Les résultats du sommet de Bruxelles sont, là, franchement inquiétants.. Ces frictions et cette frilosité n'empêcheront pas de petits pas d'être franchis. Ni l'intégration européenne de se faire de façon presque imperceptible. Mais tel est bien le problème : faire passer la construction de l'Union de l'ombre à la lumière, du rôle de bouc émissaire à celui d'élément moteur.. » (Echos).

International : Palestine. P. Haski édito : « Trois morts et une trentaine de blessés : derrière la statistique guerrière de ce dimanche, à Gaza, se cache une réalité humaine insupportable.. Ces victimes sont le symbole de ce qui prend de plus en plus l'allure d'une guerre civile larvée, dans laquelle plus personne n'est épargné, ni les enfants d'un leader du Fatah, assassinés la semaine dernière, ni le journaliste étranger venu témoigner. L'initiative du président Mahmoud Abbas de convoquer des élections anticipées est interprétée par beaucoup comme le déclencheur de cette guerre interpalestinienne qui couve.. Le diktat électoral de Mahmoud Abbas n'est sans doute qu'un ultime coup de bluff pour faire plier le Hamas. Mais si celui-ci refuse de céder, il ne restera plus que l'argument des armes pour départager les deux courants rivaux. En quatre décennies de lutte pour conquérir le droit à une patrie, le peuple palestinien a survécu à de nombreuses menaces. La guerre civile est sans doute la plus sérieuse aujourd'hui, si personne ne parvient à arrêter cette descente aux enfers. » (Libération).

Iran. L'élection à l'Assemblée des experts a connu une forte participation populaire. Le bon score de l'ancien président Rafsandjani sonne comme une défaite pour les ultraconservateurs. Ce collège de 86 personnalités, élues tous les huit ans, a pour rôle de choisir, superviser et, éventuellement, révoquer le guide suprême, actuellement l'ayatollah Ali Khamenei. Hier soir, Hachemi Rafsandjani, grand rival d'Ahmadinejad aux dernières élections présidentielles, arrivait en tête des votes dans la province de Téhéran. Au niveau local, l'offensive des ultraconservateurs semble également avoir échoué. Les résultats partiels des élections municipales, où les partisans d'Ahmadinejad avaient fait leur première percée en politique en 2003, laisse entrevoir un net recul du clan du président. (Figaro).

Chine. J-M. Salvator édito : « Samedi, après deux jours de négociations entre les deux gouvernements, Pékin confiait la construction de quatre réacteurs nucléaires civils à Westing­house Electric (dont le capital vient de passer entre les mains du japonais Toshiba). Une douche froide pour Areva, alors que la Chine se prépare à commander des centrales nucléaires par dizaines.. Sur ce dossier, les efforts de Jacques Chirac auront été vains alors que la Chine est l'une de ses priorités : n'y a-t-il pas effectué quatre voyages officiels depuis son élection !.. Ces déconvenues n'ont rien d'une malédiction. Elles découlent du rapport de forces né de la montée en puissance de la Chine. Les critères de choix pour des marchés comme le nucléaire sont techniques, mais surtout politiques. Et là, Paris, Washington et Tokyo ne pèsent pas le même poids. En retenant la technologie américaine, Pékin espère, du même coup, calmer l'exaspération améri­caine et l'inquiétude japonaise face au déferlement des produits made in China.. » (Figaro).