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L'Humain d'abord - Rapport d'Olivier Dartigolles au Conseil national du PCF (3 et 4 septembre 2011)

Rapport prononcé devant le Conseil national des 4 et 5 septembre 2011.

 
 

  Nous sommes dans une situation mobile. Les événements, petits et grands, mais toujours significatifs, se sont succédé dans la dernière période. Beaucoup de choses peuvent changer dans les semaines et les mois à venir. Comment faire, dans ces conditions, pour qu'émergent de vraies solutions aux problèmes de notre peuple, du pays, en Europe. Je n'aborde pas ici les dimensions internatioanles qui seront présentées demain par Jacques Fath. Les deux rapports se complètent, se nourrissent l'un, l'autre. Une approche globale est indispensable. Au sortir de l'été, avec une crise qui atteint désormais un niveau gravissime et spectaculaire, le catastrophisme entretenu, le pilonnage des idées dominantes, la droitisation des débats ont été incessants. On a envie de dire que l'opinion est traversée par un mouvement contradictoire : d'un côté, un sentiment de fatalité, de régression inéluctable, d'écrasement sous une montagne de mauvais coups, toutes choses qui poussent à la résignation ou à la recherche du moindre mal ; et dans le même temps, il y a aussi, très fort, le sentiment diffus d'être manipulé, d'assister à un jeu de bonneteau où les vraies questions, l'emploi, les salaires, l'école, la santé mais aussi les formidables inégalités à l'œuvre dans la société, toutes ces questions auraient subitement disparu de l'ordre du jour. Il y a un doute formidable sur les capacités et les volontés de faire des dirigeants. Il y a des interrogations à n'en plus finir sur la crise, ses raisons, ses issues. Il y a un besoin évident de comprendre ce qui se passe vraiment, une disponibilité à écouter, échanger, débattre, partager. Bref, une situation aux apparences paradoxales où les gens sont à la fois étourdis de propagande mais désireux de déchiffrer le monde et leur avenir. Jamais le sarkozysme n'a été à ce point impopulaire. L'attente d'en finir et de passer à autre chose est grande. Les dernières mesures annoncées par Fillon renforcent encore l'exaspération. Nous entrons dans une période où beaucoup de gens se posent et vont se poser la question du changement, la question de la conquête des pouvoirs politiques. Avec le Front de gauche, serons-nous la force de construction qui redonne l'espoir ? C'est la principale question traitée dans ce rapport introductif à nos travaux : dire à la fois la gravité de la situation qui « plombe » l'horizon, qui peut parfois décourager certains, et l'immense disponibilité de tant de nos concitoyens à parler et agir. A deux semaines de l'ouverture de la Fête de l'Humanité et alors que les casseurs d'avenir multiplient les déclarations allant dans la même direction, celle de l'austérité comme seul et unique horizon, notre Conseil national doit donc à la fois porter une appréciation politique sur ce qui vient de se passer, en mesurer les conséquences, et proposer une riposte d'ampleur. Nous ne sommes nullement impressionnés par le déferlement de mensonges et par le matraquage idéologique des dernières semaines. La responsabilité qui est la nôtre invite, tout au contraire, à une offensive résolue, déterminée, avec nos partenaires du Front de gauche, avec toutes celles et ceux qui disent avec nous, «  maintenant, ça suffit ! ». Nous voulons en finir avec cette trop longue nuit du Fouquet's, en finir avec cette clique qui saigne notre pays. Avec, d'un côté, une oligarchie financière qui fixe ses règles et de l'autre un véritable massacre social. Aggravation ou basculement ? Notre université d'été témoigne de la grande disponibilité des communistes, et d'un très grand nombre d'intellectuels pour le faire avec nous, à questionner cette nouvelle donne. Il y a beaucoup de travail devant nous. Cet indispensable effort d'analyse, de décryptage, de compréhension des contradictions à l'œuvre, des périls et des possibles, doit s'accompagner d'une mise en mouvement. Il faut agir. Et agir vite et bien : dans une situation où il y a urgence, face aux fausses solutions présentées comme inéluctable pour ne pas laisser croire à la disparition pure et simple d'une vraie alternative pour un progrès social, économique, écologique et humain. Dans le prolongement de la réunion de notre Comité exécutif national du début de semaine, et dans le temps prévu pour ce rapport introductif à notre discussion, il faut peut-être se poser une première question. Ce qui vient de se produire n'est-il qu’un nouvel épisode de la crise financière ouverte en 2008 ? L'accélération soudaine des dernières semaines dans l'aggravation de cette crise n'a-t-elle pas provoquée un véritable basculement ? Hier, il s'agissait de sauver des banques. Aujourd'hui, la menace concerne des États... Les gouvernements, les dirigeants de l'Union européenne sont confrontés à des problèmes inédits dont ils n'ont pas la solution car ils excluent de desserrer l'étau des exigences des plus gros détenteurs de capitaux, de ceux qui sont les grands opérateurs sur les marchés financiers, de ceux pour qui travaillent les nouvellement célèbres agences de notation. Ce que ces gouvernements savent faire, c'est utiliser la crise pour accélérer le processus de démolition sociale, attaquer au bazooka l'école, l'assurance maladie, la solidarité envers les plus fragiles, les statuts, les collectivités territoriales...j'en passe et des pires. Ces politiques, en Europe comme aux États-Unis, sacrifient les peuples, les ressources naturelles et la planète. Mais si, comme le disait le grand timonier Jean-Pierre Raffarin, « la pente est rude », la route n'est pas droite et bien des incertitudes et des inquiétudes se font jour dans les milieux dirigeants. Bien malin qui peut dire comment les choses peuvent évoluer. Regardez, les mesures adoptées à la mi-août, où pour la première fois une brèche s'est ouverte dans les sacro-saints statuts de la Banque centrale européenne, sont déjà de l'histoire ancienne. L'endettement de la Grèce est désormais incontrôlable. Partout, les mesures prises sont tout simplement catastrophiques du point de vue même de ce qu'elles prétendent résoudre : la dette. Les récentes déclarations des principaux dirigeants capitalistes à l'échelle de la planète en disent long sur l'état de sidération, de très vive préoccupation, qui, jour après jour, gagne du terrain. La vérité, c'est qu'ils ne savent plus comment faire pour stopper cet engrenage infernal, cette fuite en avant dans une hyper-austérité mondiale qui conduit tout droit à la récession et au chaos.   C'est en tout ce qui se dégage de la dernière vague d’enquête sur le moral des cadres : l’indice perd trente points, c'est historique, un record de faiblesse depuis la création du baromètre en 2004. Concernant la croissance, 70 % des cadres pensent que « la France va être à nouveau en récession au cours des mois qui viennent ». Concernant l’emploi, 78 % estiment que « le nombre de chômeurs en France augmentera » au cours des mois qui viennent, soit un score en augmentation brutale et exceptionnelle de 39 points.   Tout ceci est le résultat des politiques menées au cours des vingt et quelques dernières années contre l'emploi, les salaires, la formation, les investissements utiles. La situation aux États-Unis, trop sous-estimée dans le débat public, est une véritable bombe à retardement. Autre exemple, faut-il que l’actuelle Union européenne soit dans un bien sale état pour qu’un Jacques Delors en vienne à affirmer que « l’euro et l’Europe sont au bord du gouffre » tout en qualifiant de « gadget farfelu » une proposition solennelle de Jean-Claude Trichet ! Nous pourrions ici, et à la pelle, multiplier les citations pour décrire les âmes aujourd'hui tourmentées et fiévreuses de celles et ceux qui, après la tempête provoquée par la faillite de la banque Lehman and Brothers, avaient pris des engagements sur l'avenir. Le fiasco était prévisible. Ce qui n'était pas imaginable, c'est la rapidité du processus de décomposition, l'enchaînement véritablement spectaculaire des derniers événements. Il peut y avoir de l'inconfort dans l'inattendu, pour emprunter cette belle expression au livre de Francette Lazard et René Piquet, Les vérités du matin. Tant mieux. L'effort d'inventivité auquel nous devons répondre est le plus sûr chemin pour, avec le Front de gauche, impulser une dynamique à l'ensemble de la gauche, une dynamique qui se fixe l'objectif de rompre avec les politiques d'austérité. Notre seule et unique règle d'or : l'humain d'abord. Pour cet objectif, celui d'un développement humain durable, mesurons bien, sans sous-estimer les obstacles et les difficultés, combien il existe aujourd'hui des potentialités exceptionnelles dont peut émerger un mouvement d'idées et d'actions majoritaire pour faire autrement, pour mettre un terme à ce désastre. Austérité et processus autoritaire Chômage de masse, explosion de la pauvreté, jeunesse toujours plus précarisée, pression sur les salaires, destruction systématique des services publics, de la sécurité sociale, des pensions, durcissement des conditions de vie et de travail composent le cocktail explosif des plans d'austérité adoptés par les gouvernements et des politiques patronales. De G7 en G 20, de sommets européens en rencontres bilatérales, du pacte de l'Euro-plus à la dernière proposition Sarkozy-Merkel, c'est à chaque fois un nouveau coup d'État de la finance qui demande toujours plus. D'une main, il faut rassurer temporairement les investisseurs et les spéculateurs, de l'autre serrer plus encore le nœud qui étrangle les peuples. L'austérité interdit toute relance et casse la croissance. Ce véritable cercle vicieux nourrit les comportements les plus spéculatifs et des régressions sociales d'un niveau inégalé. Dans le même temps, nous assistons à un processus autoritaire et anti-démocratique. Les exemples sont nombreux. En Italie, l'intervention de la Banque centrale européenne a pris les allures d'une quasi mise sous tutelle du pays en imposant le calendrier et les outils législatifs à mettre en œuvre. L'offensive en cours sur la nouvelle gouvernance économique européenne s'inscrit dans cette logique. Les peuples ne l'acceptent plus. Les émeutes, les manifestations de protestations, les appels sont autant de signes d'une exaspération grandissante, d'une colère populaire et citoyenne qui, pour se déployer et ne pas être dévoyées, a besoin d'une perspective politique. Si les plus grandes fortunes, dans un pitoyable exercice de charity-business, ont pris l'initiative laissant croire qu'elles voulaient apporter leur contribution financière face à la crise, c'est qu'elles sentent bien que la marmite de l'indignation peut leur sauter au visage. Les pièces jaunes ne nous intéressent pas. C'est le coffre-fort que nous visons... Il n'y aurait qu'une voie, qu'une technique pour se sortir de la crise. Évidement oui, pour la conservation de la domination du capital. Mais il y en a bien d'autres, si le système économique et social avait comme centre, comme objectif premier, la vie des hommes. S'expliquer sur la dette... Comment faire comprendre le sérieux de la situation sans nourrir un affolement ? Par une campagne de très haut niveau faisant appel, comme en 2005 sur le TCE, au bon sens, à la capacité de jugement, d'analyse et de compréhension des citoyennes et des citoyens. La meilleure façon de faire reculer le fatalisme est une nouvelle fois une campagne ambitieuse et exigeante sur des contenus. Il faut du solide. Dans les familles, au travail, entre amis, l'endettement des États est aujourd'hui l'un des sujets les plus discutés. L'offensive idéologique estivale vise ni plus ni moins qu'à une diabolisation de la dette. Quand l'inénarrable Alain Minc déclare dernièrement que l'essentiel est de parler de l'endettement et non de l'emploi, c'est l'aveu d'une très grande fébrilité. Ils redoutent plus que tout que le débat puisse, enfin, porter sur les préoccupations du plus grand nombre. Le thème de l'union nationale autour de la dette est une grossière manipulation qui consiste à prendre appui sur une opinion publique fabriquée et qui devient légitiment inquiète pour interdire, confisquer, l'indispensable confrontation politique sur les moyens, les solutions d'une sortie de crise. La ficelle est un peu grosse. A neuf mois de l'élection présidentielle, de quoi doit-on prioritairement débattre ? Voilà la bataille politique des prochaines semaines. Comment y répondre ? D'abord en permettant aux communistes, aux forces militantes engagées dans le Front de gauche, d'être à l'aise pour parler de la dette et des déficits, pour s'expliquer sur cette question, qui est un vrai problème, mais qui doit permettre non pas un « enfumage » mais un débat sur le choix de société. Quotidiennement le journal l'Humanité, et chaque semaine l'Humanité dimanche, fournissent des explications solides et accessibles et qui sont d'une grande aide pour comprendre et débattre. Nous disposons d'un argumentaire élaboré par le secteur communication de notre Parti sous la forme d'une dizaine de fiches répondant à des questions simples : d'où vient la dette publique ? C'est quoi la soumission aux marchés financiers ? Quel est le coût des cadeaux accordés aux riches et aux entreprises ? Quel est le rôle de l'euro aujourd'hui ? Quel est le lien entre austérité et récession ? Quel lien entre Bourse et économie réelle ? La création monétaire, comment marche-t-elle ? Est-il possible de libérer la dette publique des marchés financiers ? Quelques mots rapides sur le sujet. Les échanges lors de notre Conseil national permettront certainement d'approfondir la question. Les dettes publiques ont brutalement augmenté en 2008/2009 avec l'intervention massive des États face à l'explosion de l'endettement privé. Tout cet argent public pour remettre à flot les marchés financiers et les banques a été accordé sans aucun changement des critères du crédit et sans la moindre contrepartie en termes d'emploi, de formation, de salaire. Aucune leçon n'a été tirée. L'argent emprunté a de nouveau servi à la croissance financière des capitaux et à la spéculation. Certes, face aux nouvelles menaces, notamment celle d'une implosion de la zone euro, des réponses ont été apportées mais elles demeurent insuffisantes et contradictoires. Une question est aujourd'hui totalement occultée dans le débat public : l'utilisation de l'argent emprunté. S'il était utilisé pour accroître les richesses réelles pour l'emploi, les salaires, l'éducation, la formation, la recherche, la santé, le logement social, l'environnement, cela ferait de la croissance, saine et durable, ce qui permettrait de rembourser l'argent emprunté. Au contraire, l'utilisation qui en est faite sert à spéculer sur les marchés boursiers et immobiliers, à délocaliser, à détruire l'emploi, à déqualifier et à tirer les salaires vers le bas, cela casse la croissance, diminue les recettes et creuse les déficits et les dettes. Bref, la dette est tout simplement la conséquence directe de choix politiques. Nous avons des réponses : une réforme de la fiscalité, non seulement pour accroître les recettes des impôts et faire reculer les inégalités mais aussi pour pénaliser la croissance financière des capitaux, la recherche de l'argent pour l'argent et, au contraire, encourager les actions favorables à la croissance de l'emploi et des richesses réelles. Allons vers un contrôle et une évaluation de la dépense et de la dette publique. Les baisses de cotisations sociales patronales au nom de la compétitivité sont un échec complet. Décidons d'un financement efficace de la protection sociale, d'un pôle financier public, avec des banques renationalisées, transformant la politique et les critères du crédit, de la création d'un Fonds national et de fonds régionaux pour l'emploi et la formation. Il faut faire appel à la création monétaire de la BCE avec l'objectif d'une vigoureuse relance européenne et nationale pour les dépenses sociales, les services publics. Regardez combien la question de la mise en place d'une taxe financière rencontre aujourd'hui un large soutien après avoir été maintenue pendant des années dans le périmètre des militants, dont nous sommes, des organisations soutenant le principe de cette taxation. Je veux insister ici sur l'écho très favorable auprès du mouvement syndical européen de la proposition d'un Fonds social et solidaire de développement européen. Menons la bataille sur cette belle proposition. ...et la « règle d'or » budgétaire. Il nous faut procéder à ce même travail d'explication sur la règle d'or. Rappelons d'abord que cette règle d'or existe déjà avec les traités de Maastricht et de Lisbonne. Dans la logique du Pacte pour l'Euro-plus, c'est une « arme de destruction massive » contre les missions de l'État et les biens communs publics. Nicolas Sarkozy a réussi à entraîner une partie de la gauche dans une course à la rigueur. Il ne relâchera pas la pression. Le poison distillé a déjà fait son effet. Alors que le programme du Parti socialiste se fixait l'horizon de 2014 pour atteindre les 3% de déficit, les candidats à la primaire proposent aujourd'hui 2013. François Hollande allant jusqu'à promettre un équilibre des comptes publics pour 2017 ! Cela serait une véritable capitulation devant le mur de l'argent, la promesse d'une austérité à perpétuité. Il y a autre chose à faire que d'inscrire ses pas dans ceux du PSOE qui vient, au Parlement espagnol, avec le Parti populaire, d'inclure dans la constitution le principe d'une limite du déficit public. La règle d'or, il ne suffit pas de ne pas la voter comme s'y engage aujourd'hui le Parti socialiste – et si le Congrès était convoqué aucune voix ne doit manquer – il s'agit de ne pas l'appliquer, et de faire le choix de dépenses utiles au développement humain durable. Une campagne de révélation Et puis, et j'en termine sur ce sujet, il faut très certainement faire connaître un certain nombre de réalités, de faits, de chiffres pour, comme en 2005, permettre la révélation de ce qui est tenu secret. La recette prévue pour l'impôt exceptionnel sur les plus fortunés est de 200 millions quand la seule baisse de l'ISF atteint les 2 milliards ! Autre chiffre : le nombre d'heures supplémentaires a battu un nouveau record, 186 millions d'heures au second trimestre, soit l'équivalent de 400 000 emplois !Autre chiffre : Pour les 100 Français les plus riches, les actions et les obligations représentent 91% des revenus ! Ce qui éclaire la nécessité d'une réforme fiscale en profondeur. Pourquoi ne pas demander l'unité nationale pour retrouver les près de 8 milliards perdus avec la suppression de la taxe professionnelle et les 6 milliards de la niche « Copé » sur les cessions de filiales d'entreprises. Ou encore, est-il possible de faire un point précis sur la situation actuelle des banques françaises et européennes, qui détiennent l'essentiel des titres de la dette souveraine émis par les États européens, et qui ont spéculé sur les cours avec une nouvelle fuite en avant ? De nouveau, les banques risquent de ne plus se faire confiance entre elles. On connait la suite, on a déjà donné... Ce travail de pédagogie et de révélation sur la crise doit nous amener aussi à redire cette vérité sinon cachée du moins trop rapidement évoquée par les médias : la société va mal mais les capitalistes prospèrent. Le système déraille mais les groupes du CAC 40 se portent très bien, ils sont florissants, ils n'ont même jamais été aussi riches. On annonce pour 2011 une hausse de leurs profits de 10 %, pour atteindre quasiment les 100 milliards, « un des meilleurs crus pour le capitalisme français » comme titre cette semaine Le Monde, qui ajoute, « ces groupes poursuivent leur croissance malgré la crise » Malgré, vraiment ? Ou ne profitent-ils pas de la crise, des politiques systématiques d'aide au capital ? Tout se passe en vérité comme si la détresse sociale, l'austérité, les restrictions d'un côté étaient le prix à payer pour engrosser les gros, enrichir les riches, goinfrer les goinfres. Avec le Front de gauche, nous proposons de taxer les revenus financiers de la spéculation, de faire contribuer les profits, d’encourager le pouvoir d'achat, d’investir dans l'industrie et les services publics. Bref, aux logiques destructrices de la rentabilité financière, nous opposons un nouveau type de croissance et de développement. Il faut pouvoir en débattre. Sur le climat moral L'état d'une démocratie se mesure à la qualité de son débat public, sur son aptitude à assumer de réelles confrontations sur les grandes questions politiques de la période, à ne pas les esquiver. Quand, dans le même temps, un parti xénophobe, raciste et populiste comme le Front national, qui a montré son vrai visage, père et fille confondus, dans sa réaction à la tuerie d'Oslo, bénéficie d'un traitement visant à sa banalisation, alors ce sont les fondements même des grands principes républicains qui sont menacés. Nous sommes prêts à une bataille nationale, relayée partout où cela sera nécessaire, pour faire reculer le Front national, pour faire respecter des valeurs de solidarité, de respect, de dignité contre toutes les formes de division, de violence et de discrimination qui minent notre société. Honte à jamais pour ceux qui ont autorisé que les wagons d'un tramway de la RATP soit utilisé pour l'expulsion de familles Roms, par groupes de dix, avec ballots et enfants sous les bras. Témoin de cette ignominie, Gilles Garnier, maire adjoint (PCF) à Noisy-le-Sec et conseiller général de Seine-Saint-Denis, observe : « pour la première fois depuis 1961, il y a eu une réquisition, non pas de droit mais de fait, de moyens de transports de la RATP pour des tâches dépendantes de la seule autorité policière ». C'est très grave. Les possédants ont un problème pour "vendre" la crise à l'opinion ; il leur faut en permanence justifier leurs choix, faire mine d'actualiser leur argumentation, renouveler sans cesse le stock des boucs émissaires, l'étranger pour l'autochtone, le jeune pour le vieux, le fonctionnaire pour le privé, l'enseignant pour le parent d'élèves. La démocratie, la discussion contradictoire, l'envie de chacun de compter leur posent une vraie difficulté. La tentation est grande de plus réprimer et de militariser. Jusqu'ici, ils se heurtent à des résistances populaires tenaces, mais l'exemple britannique et ce que Le Figaro appelle cette semaine « le virage à droite de Cameron » (répression sans nuances, justice expéditive, dérive policière, vertige sécuritaire, anti-féminisme, anti-IVG et, à l'arrivée, atteintes aux droits de l'homme) est une tentation qui taraude fortement les puissants en Europe. D'affaires en affaires, de buzz médiatiques en petites phrases, ce qui est donné à voir de la politique dans les grands médias ne permet pas un grand débat traitant des préoccupations du plus grand nombre. Et cela n'a que trop duré. Quand, comme pour l'affaire DSK, l'idée que la crédibilité d'une femme serait moins forte que celle d'un homme, d'une femme noire moins solide que celle d'un homme blanc et, au final, la parole d'une immigrée plus fragile qu'une autre, et que tout cela bénéficie de tant de micros et de caméras, alors c'est tout simplement le climat moral qui se détériore dangereusement. Nous ne l'accepterons pas. La période est à l'éloge de la vulgarité avec, par exemple, la prochaine nomination de Renaud Muselier à le tête de l'Institut de Monde arabe, ou encore quand David de Rotchild intervient lors de la plénière de clôture de l'université du Medef pour déclarer : «  le monde d'aujourd'hui évolue vers plus de générosité car la sphère publique aura moins d'argent ». Cette riche citation sera t-elle proposée, sous forme de circulaire, aux professeurs pour le retour de la morale à l'école ? Conseillons plutôt au fils du baron de relire, ou lire, Lord Halifax qui écrivait : «  on poursuit une politique jusqu'à un certain point. A un moment donné, il devient évident qu'on ne saurait la soutenir plus longtemps. De nouveaux faits interviennent, qui la rendent surannée; de nouvelles difficultés, qui la rendent impraticable. Une nouvelle solution – peut-être l'opposée – s'impose avec une force irrésistible ». L'enjeu de l'alternative politique L'enjeu de l'alternative politique est énorme. Des millions de personnes savent aujourd'hui ce dont elles ne veulent plus. Mais, à peine effleuré de l'esprit ce qui serait souhaitable, la question qui est posée, et qui aujourd'hui alimente un doute toujours aussi persistant, est le fait de savoir si cela est possible, réaliste dans les conditions actuelles, ou pas. Et quand la réponse d'une partie de la gauche est « un peu plus de justice dans l'austérité » et que cette orientation est celle qui bénéficie de la plus forte couverture médiatique, alors ce qui se dit dans les quartiers populaires, dans le monde du travail, chez les jeunes, c'est que rien de bon n'est à attendre. C'est que la vie continuera par tous les bouts à être bouffée par la dureté du quotidien et la peur de l'avenir. Aujourd'hui, les demi-mesures sociales-libérales apparaissent un peu comme la voiture balai des politiques de casse sociale. « Ils vous font très mal. Avec nous, vous aurez droit, on s'y engage, à un accompagnement pour mieux supporter la douleur  », voilà la prescription de certains docteurs à gauche. Quant à droite, c'est massacre à la tronçonneuse, en face, il y aurait autre chose à proposer qu'un remake de « l'Arnaque ». Comme le propose Pierre Laurent dans un entretien à l'Humanité jeudi dernier, «  le devoir de la gauche est de dire la vérité sur l'échec des recettes actuelles et d'engager un débat national sur les solutions à mettre en œuvre ». Le ras-le-bol généralisé, les difficultés de la vie de tous les jours, la précarité qui explose avec 8 millions de pauvres peuvent être des arguments pour accepter le pansement social-libéral. Il nous faut faire la démonstration que notre pays est riche, qu'il est possible de créer et de répartir les richesses autrement. La condition est une politique d'attaque du fondement de l'ordre établi. Dimanche, au nom du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon a avancé une offre de débat public à toute la gauche. Après l'été politique des grands mensonges, et un été social particulièrement violent, être de gauche, c'est accepter de tout mettre en œuvre pour sortir notre pays de l'échec dans lequel les forces réactionnaires l’enferment. Quand la pauvreté augmente à un tel niveau, avec plus de 8 millions de pauvres, quand une rentrée scolaire se présente dans de telles conditions, avec la suppression de 4 800 postes en collèges et lycées, quand des familles, de très jeunes enfants, se bousculent dans les services d'urgences des grands hôpitaux pour se reposer quelques heures à défaut d'un hébergement d'urgence, quand des milliers de personnes redoutent l'expulsion de leur logement, quand l'État en est à serrer la vis aux personnes en perte d'autonomie, alors il faut replacer le débat à gauche sur le projet et les valeurs et non pas sur l'attitude que pourrait avoir l'agence de notation Standard and Poor's face à une nouvelle majorité, et proposer un gouvernement de gauche qui affirmerait : l'humain d'abord! Si, pour témoigner de cette combativité, des responsables politiques de gauche veulent nous accompagner prochainement dans une nouvelle visite des locaux parisiens des agences de notation, nous sommes prêts à organiser le déplacement. Nous proposons, avec le Front de gauche, notre candidat commun à l'élection présidentielle, et les futurs candidates et candidats aux élections législatives, une relance du débat à gauche. Il n'est, par exemple, plus possible de ne pas briser le tabou sur l'augmentation des salaires. Nous n'allons pas rester sagement dans notre coin, à cultiver notre jardin. La Fête de l'Humanité va être le premier grand rendez-vous pour franchir une étape dans l'investissement populaire, avec le Front de gauche, pour rassembler, gagner et réussir à gauche en 2012. L'intervention des communistes, la qualité de leur apport dans le débat et l'action, vont être un élément déterminant pour réussir l'entrée en campagne du Front de gauche. Notre feuille de route en cette rentrée politique et sociale, au delà des différents terrains d'intervention sur lesquels nous agissons, vise à la mise en mouvement du plus grand nombre possible de citoyens et de citoyennes sur la crise, les solutions, l'alternative. En France, mais aussi à l'échelle européenne, le refus de l'austérité, la mise en cause de la toute puissance des marchés financiers et la défense de la démocratie sont trois sujets qui peuvent trouver un écho considérable. A partir du processus de rassemblement engagé avec le Front de gauche, nous devons aller de l'avant, sans frilosité, dans la recherche de nouveaux chemins pour le rassemblement. La composition du futur comité national de campagne, présidé par le secrétaire national du PCF, sera à l'image de ce rassemblement, tout comme le Front des luttes animé par Marie-George avec un lancement vendredi 16 septembre, à 16 heures, lors de l'inauguration du stand du Front de gauche sur la Fête de l'Humanité. Partout dans le pays, multiplions les contacts, les échanges avec les syndicalistes, les acteurs du monde associatifs, les salariés du public et du privé, les militants politiques de toutes les familles de gauche. Comme y invite Patrick Le Hyaric : « Il faut avoir le courage pour toute la gauche, pour tous les écologistes sincères, d’ouvrir, dans des termes inédits, le grand chantier du changement de société. Telle est la question. Il y va de la crédibilité de la gauche. Le haut niveau des solutions aujourd’hui nécessaires pour répondre aux besoins humains, ne s’oppose pas à un large rassemblement populaire et démocratique. Bien au contraire ! » Dans ce rassemblement, Je crois qu'il nous faut apporter une attention particulière à la place faite à la jeunesse. Le mouvement des indignés, en Espagne et en Grèce, rejette des systèmes dominés par le bipartisme pour des alternances sans changement de politique. En France, cette jeunesse est comme ailleurs la variable d'ajustement aux politiques de rigueur, c'est elle qui en paye le plus lourd tribut. Il faut donner à cette jeunesse toute la place qu'elle mérite mais aussi du pouvoir pour décider et agir. La Fête de l'Huma est le plus beau des terrains pour engager le dialogue. Il sera aussi beaucoup question dans la prochaine période des enjeux européens. La Confédération européenne des syndicats organise une euro-manifestation «  pour plus de solidarité européenne et pour l'emploi » en Pologne, le 17 septembre 2011, à l'occasion de la réunion des ministres de l'économie et des finances. Le Parti de la Gauche européenne donne rendez-vous le 7 octobre prochain, à Paris, pour un grand meeting de riposte contre l'austérité. La Fête de l'Humanité avec des débats sur le stand du Conseil national et à l'Agora proposera des échanges avec des personnalités progressistes européennes. Les indignés de toute l'Europe s'organisent en cette rentrée, nous les accueillerons lors de la Fête. Nos campagnes Si notre Conseil national en retenait le principe, nous proposons en cette rentrée l'organisation de débats publics partout dans le pays sur la crise pour faire la clarté et mettre en discussion les solutions. Nous pourrions être à l'initiative d'une série de grands débats nationaux sur cette question avec la participation de personnalités du mouvement social et associatif, des intellectuels dont la parole et les analyses, absente des plateaux télé, sont pourtant indispensable pour mieux comprendre et analyser les enjeux de la période. La Fête de l'Humanité va, par sa force, l'énergie qui s'en dégagera, permettre de franchir une étape dans l'adhésion populaire à l'espoir créé par le Front de gauche. Cet espoir était présent le 29 juin place Stalingrad à Paris et, par la suite, dans nos fêtes et initiatives estivales. La période est propice pour une belle campagne de renforcement du Parti communiste français. Quand notre organisation est plus forte, c'est un point d'appui pour l'ensemble de la dynamique du Front de gauche. Dans les allées de la Fête, nous allons recueillir à l'aide d'un matériel de communication spécifique des dizaines de milliers de noms et d'adresses permettant à celles et ceux qui auront rempli ce bulletin d'être informés et associés à la campagne du Front de gauche. Avec nos partenaires, les militants communistes diffuseront très largement les 80 000 premiers exemplaires du Programme populaire et partagé – que nous appellerons désormais L'humain d'abord – . Nous devons avoir dans ce moment là beaucoup d'attention, prendre soin de bien répondre aux questions qui nous seront posées quant à nos objectifs politiques, à la démarche collective et citoyenne proposée pour les atteindre. Ce programme n'est pas un recueil de solutions toutes faites. Nous pensons que seule l'intervention directe du plus grand nombre peut dégager l'avenir. Nous proposons un cadre général de débat ouvert à l'implication populaire. Après la Fête, les assemblées citoyennes et populaires, les ateliers législatifs, toutes les initiatives créant l'indispensable bouillonnement, permettront d'engager une seconde étape. La Fête sera aussi l'occasion de réunir les 250 000 signatures « contre la vie chère », recueillies depuis le lancement de la campagne en juin dernier. Nous allons amplifier cette campagne contre l'austérité généralisée et pour l'augmentation des salaires et la création d'emplois. Avec l'ambition de répondre aux enjeux de la période actuelle, notre Conseil national pourrait proposer à toutes celles et ceux qui le souhaitent, d'organiser dans toute la France des marches contre les politiques d’austérité qui frappent le logement, la santé, le pouvoir d’achat, l’éducation etc. Initiées par de larges rassemblements des signataires de la pétition, du Front de Gauche, les mouvements de jeunesse, des luttes, ces marches pourraient s'organiser par département, par commune, par entreprise pour converger à Paris. Et pourquoi ne pas imaginer des actions convergentes avec les « indignés » et les Grecs, les Espagnols ou les Italiens qui également ont décidé de poursuivre leurs mobilisations. Nous participerons aux grandes journées d'action fixées dans l'agenda social avec notamment, le mardi 11 octobre, la journée nationale d’action interprofessionnelle. Nos parlementaires mèneront la bataille législative dès la session extraordinaire puis lors de la discussion sur le projet de loi de Finances 2012 qui va poser la question du choix de société : austérité ou relance sociale. D'ici là, auront eu lieu les élections sénatoriales. La droite peut être battue. Cette majorité sénatoriale est aujourd'hui confrontée à une lame de fond, venant de très nombreuses collectivités locales qui, avec beaucoup de vigueur, dénoncent les modalités, notamment la brutalité dans la méthode et l'absence d'engagement sur le plan des ressources financières, de la mise en œuvre de la réforme territoriale. Dans les villes et les campagnes, les élus locaux, de toutes les sensibilités politiques, votent des délibérations exprimant un avis défavorable aux schémas départementaux de coopérations intercommunales. Je parlais, en introduction de ce rapport, du processus autoritaire accompagnant les mesures d'austérité, c'est le cas ici car cette réforme territoriale est une nouvelle RGPP déguisée. Et bien voilà une riposte à laquelle les élus communistes et républicains participent – nous sommes le plus souvent aux avant-postes – pour rappeler le principe de libre administration des collectivités locales, notamment dans le fait de choisir la nature, le calendrier, les objectifs partagés dans le cadre des partenariats territoriaux. Concernant la préparation des élections législatives, les partenaires du Front de gauche se sont rencontrés dès la semaine dernière et entendent finaliser l'accord national dans les prochains jours. Le collectif national de travail, piloté par Marie-George Buffet et Lydie Benoist, a continué à travailler depuis le dernier courrier adressé à toutes les fédérations à la mi-juillet. La désignation de nos candidates et candidats devra être achevée courant octobre afin que le conseil national des 21 et 22 octobre prochains puisse lancer la campagne des législatives avec l'ensemble de nos candidates et candidats désignés. Cette étape est décisive pour choisir celle ou celui qui saura rassembler, convaincre, animer une campagne collective et citoyenne. Je ne pense pas inutile de rappeler ici que l'ensemble des titulaires à l'échelle nationale doivent être à parité. Ceci est d'abord une question politique avant d'être un impératif fixé par la loi. *** Pour conclure, les forces capitalistes ont aujourd'hui fait le choix de fermer la porte du développement humain pour plusieurs décennies. La bataille de riposte et d'alternative prend dans ce contexte une tout autre dimension. Nous sommes d'incorrigibles optimistes. Et notre espoir, c'est pouvoir répondre aux attentes, relever ce pays, redonner confiance avec une belle et grande campagne 2012, avec notre candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, à la présidentielle, avec nos candidates et candidats aux élections législatives. Il s'agit aussi de « refaire du Parti communiste français, en poussant les transformations qu'il a décidé d'entreprendre, un acteur majeur de la vie politique nationale » comme le propose Pierre Laurent dans son livre Le nouveau pari communiste. J'en termine par quelques paroles d'un chant occitan, « L'immortelle », un hymne à la liberté et à l'amour, deux valeurs dont notre société aurait tant besoin. Au som deu malh, que i a ua lutz, Qu'i cau guardar los uelhs dessús, Que'ns cau traucar tot lo segàs, Lhèu veiram pas jamei la fin, La libertat qu'ei lo camin, Après lo malh, un aute malh, Après la lutz, ua auta lutz, En haut du pic, il y a une lumière, Il faut y garder les yeux dessus, Il faut traverser toutes les ronces, Peut-être n'en verra-t-on jamais la fin, La liberté, c'est le chemin, Après le pic, un autre pic, Après la lumière, une autre lumière.

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