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Rapport introductif de Jacques Fath sur les enjeux de la situation internationale

Rapport prononcé devant le Conseil national des 4 et 5 septembre 2011.

 
 

Quand les peuples n'acceptent plus

 Sur la situation internationale aujourd’hui

Un fait majeur domine aujourd’hui : les peuples ne supportent plus les politiques qu’on leur impose. Les soulèvements du monde arabe, les révoltes qui grondent dans quelques pays d’Afrique, le développement de luttes et de mouvements citoyens et indignés en Europe, la recherche de vrais changements en Amérique latine… Tout cela témoigne d’une montée diversifiée mais très forte d’exigences sociales et politiques, d’une aspiration à des changements politiques véritables. Nous vivons la reconstitution d’un potentiel d’émancipation.

Mesurons le sens de ces mouvements qui changent la donne par pays et sur le plan international. Voyons aussi leurs limites. Dans le monde arabe, Washington et ses alliés choisissent de s’adapter et de faire front. En Tunisie et en Egypte les forces de la réaction en convergence, parfois, avec les Frères musulmans, ne veulent pas lâcher prise, au contraire. Mais la pression populaire reste importante contre des régimes à bout de souffle, incapables d’offrir un avenir à leur peuple. C'est un basculement de l'histoire politique du monde arabe. Les femmes y tiennent une place particulière. Les organisations de la mouvance de l’islamisme politique cherchent à bénéficier de ce mouvement même si elles n’ont pas joué, pour l’essentiel, de rôle décisif dans les soulèvements.

Dans ces confrontations de haut niveau, marquées par des contextes économiques et sociaux difficiles, par le chômage et la pauvreté, par des risques de divisions, les peuples jouent un rôle essentiel en réussissant des mobilisations considérables et des formes de politisation nouvelles. Ils disent que le changement est possible.

L’exigence de dignité, l’irrépressible besoin de démocratie, de justice sociale et de souveraineté, la volonté d’unité cherchent à s’imposer, souvent contre une répression féroce, comme en Syrie.

En Amérique latine la gauche et les progressistes - qui ont permis de vraies avancées - cherchent maintenant les conditions de transformations sociales, de droits nouveaux et de projet nationaux de développement dans des contextes où le néo-libéralisme et la stratégie des Etats-Unis pèsent toujours.

Ce monde arabe en révolution, cette montée de luttes dans plusieurs régions du monde donnent une grande responsabilité aux communistes et aux progressistes en France mais aussi en Europe. Et singulièrement au Parti de la Gauche européenne.

Les politiques européennes, celles des principales puissances occidentales et des institutions financières constituent une cause essentielle de la crise qui frappe le monde arabe et l’ensemble des pays ayant conclu des accords avec l’UE. Les 5 pays d’Afrique de l’Est touchés par la famine sont d’ailleurs tous membres d’un partenariat avec l’Union européenne (UE/ACP), fondé en 1975 sur l’ambition de la coopération pour le développement. On voit ce qu’il en est 36 ans après !

Les accords d’association avec les Pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée, le partenariat avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), avec les Pays d’Amérique latine… tous ces projets de coopération, que les pays de l’Union ont établis en zones de libre échange, ont directement contribué aux politiques anti-sociales mises en œuvre dans le monde arabe, en Afrique subsaharienne, en Amérique du Sud : pressions sur les budgets sociaux et sur les salaires au nom de la compétitivité, privatisations et libéralisations, alignement ou surenchères sur les règles de l’OMC… ces politiques ont accompagné les directives néo-libérales d’ajustement structurel et les conditionnalités du FMI, l’étranglement financier par la dette en particulier dans les décennies 80/90. Elles ont créé les impasses politiques et sociales d’aujourd’hui sans répondre aux besoins du développement. Elles se heurtent à une double limite : elles sont de plus en plus rejetées par les peuples. Elles produisent aussi un tel niveau de contradictions et de problèmes qu’elles en deviennent de plus en plus ingérables.

L’Union européenne - comme la France - fut prise de court par les révolutions arabes alors que l’Union pour la Méditerranée, qui aurait dû constituer un fleuron de la politique de coopération européenne, est déjà dans un échec manifeste : ni la paix et la stabilité commune, ni la prospérité partagée, et encore moins le partenariat social prévus ne voient un début de réalisation. Cet échec est aggravé par l’incapacité - ou le refus - des pays de l’UE à contribuer concrètement à un règlement de la question de Palestine. La responsabilité de l’UE dans les crises et les impasses du monde arabe est considérable.

Vous le savez, les politiques de force et les guerres furent hier au cœur des prétentions stratégiques de G.W. Bush. Elles restent les réponses néo-impériales privilégiées des pays de l’Alliance atlantique et du monde capitaliste face à des crises et des enjeux politiques et stratégiques majeurs comme l’accès à l’énergie et aux ressources.

L’Irak (La guerre engagée en 2003 a entraîné la mort de 110 000 civils, de 4500 soldats américains, + 32000 soldats US blessés, et 3 millions de réfugiés et déplacés.) est aujourd’hui déstructuré, politiquement divisé dans un système de pouvoir confessionnel. Sa reconstruction s’avère chaotique et la sécurité s’y révèle aléatoire.

 

En Afghanistan (La guerre engagée en 2001 a entraîné la mort de 15 000 civils, de 1700 soldats américains, 2600 pour la coalition dont 74 français, + 11000 soldats US blessés.), la guerre de l’OTAN n’a fait qu’élargir et radicaliser une rébellion islamo-nationaliste diversifiée. Une grande partie de la population considère les troupes étrangères de la coalition, sous direction de Washington, comme des forces d’occupation. Et celles-ci n’apportent ni la sécurité, ni la moindre reconstruction crédible de ce pays dévasté. Malgré l’exécution de Ben Laden, après 10 ans d’enlisement militaire, c’est un échec stratégique pour l’OTAN et pour les Etats Unis incapables de contrôler le pays et obligés d’annoncer un calendrier de retrait malgré la faiblesse du régime d’Hamid Karzaï. En sachant très bien que les Talibans ont toutes les chances de revenir au pouvoir après ce retrait. La faillite est telle, 10 ans après le 11 septembre, qu’elle a conduit l’ancien chef d’état major français, le général Bentegeat, à déclarer le 8 juin dernier que cette guerre pose «une question à laquelle personne aujourd’hui n’est capable de répondre: qu’allons nous faire maintenant ?». Ce qui donne raison à une opinion française profondément opposée à cette guerre.

En Libye, (aucun bilan des victimes connu.) après la chute du régime de Kadhafi, qui est un véritable bienfait pour le peuple libyen et pour ses voisins tunisiens, quelques questions se posent. Le colonel français Michel Goya, 3 jours après seulement le vote de la résolution 1973 du Conseil de sécurité, autorisant «toutes les mesures nécessaires» pour la protection des civils, a exprimé l'objectif réel des opérations militaires.

Ce colonel, Directeur d’études à l’Institut de recherches stratégiques de l’Ecole militaire, déclare en effet sur RFI le 21 mars dernier : «On est dans la situation stratégique d’un directoire entre américains, britanniques et français (…). La meilleure façon d’empêcher la population de souffrir c’est encore d’abattre le régime de Kadhafi (..). In fine, la chute du régime est l’objectif réel de cette opération même s’il n’est pas avoué. Il y a eu des frappes sur le bunker de Kadhafi. On a essayé d’éliminer directement Kadhafi». Le Colonel Goya, ce haut cadre de la grande muette, parle beaucoup. Il révèle ainsi un mensonge d’Etats.

La guerre civile inter-libyenne a révélé les faiblesses et les divisions de la rébellion: une force très composite – avec des éléments préoccupants de l'islamisme politique – mais globalement pro-occidentale. Cette guerre a fait aussi ressurgir les contradictions des pays de l’OTAN et de l’UE dont une majorité a refusé de participer aux opérations militaires. L’Allemagne est restée à l’écart. La Norvège et l’Italie ont fini par retirer leurs forces. Les Pays de l’UE ont montré une fois encore leur incapacité à définir une politique étrangère et de sécurité commune positive et indépendante de Washington.

Barak Obama a laissé la France et la Grande-Bretagne – sous direction de l’OTAN – prendre une part substantielle dans cette nouvelle confrontation poussée par N. Sarkozy et destinée à installer un régime plus occidentalo-compatible, capable de mieux garantir les intérêts pétroliers et politiques de la France et des puissances dominantes.

Les Etats-Unis ont maintenant deux préoccupations internationales principales: le recul relatif de la puissance américaine, notamment face aux coûts exorbitants de leurs engagements à l’extérieur, face à l’émergence de nouveaux acteurs et de nouvelles puissances, comme la Chine, mais aussi la gestion des conséquences stratégiques et politique des révolutions arabes. Un Proche-Orient plus démocratique, en effet, sera certainement moins favorable aux politiques américaine et israélienne.

Malgré une puissance inégalée les Etats-Unis ne maîtrisent plus les relations internationales à leur guise. Au nom d’une prétendue guerre contre le terrorisme et au prix d’un recul des libertés à l’intérieur, ils ont engagé en Irak et en Afghanistan des guerres d’intérêt stratégique et d’affirmation de leur suprématie, qui se traduisent finalement par deux revers flagrants, signes d’une reconfiguration des rapports de forces et des relations internationales.

On voit donc comment la crise systémique et les politiques d’austérité ont délégitimé les modes de gestion néo-libéraux. On voit comment les guerres, leurs résultats, leurs forfaitures ont délégitimé les logiques de forces de l’OTAN et des Etats-Unis. Le capitalisme, ses règles et les stratégies de puissance qu’il alimente ont atteint des limites et des impasses. On voit la montée en puissance de la Chine et d'autres émergences qui transforment le monde. L’hégémonie occidentale dans l’histoire du capitalisme et des rapports de puissance est en cause. Dans ce basculement de l'histoire le capitalisme lui-même est en question.

De grandes problématiques de civilisation et des tragédies sociales s’imposent comme des défis collectifs: famine gravissime en Afrique, pauvreté et inégalités massives, sous-développement, chômage et exclusions, catastrophes naturelles, conflits armés, émigrations contraintes…On sait que 1,4 milliard d’habitants survivent sous le seuil de l’extrême pauvreté, soit moins de 1,25 dollar par jour. Les progrès réalisés en Amérique latine et en Asie de l’Est montrent qu’il n’y a pas de fatalité. Il reste que les Objectifs du Millénaire pour le développement adoptés en 2000 sous l’égide de l’ONU, et qui fixent des niveaux minimum de droits sociaux pour les pays les moins avancés, ne seront pas atteints à l’horizon prévu de 2015. Non seulement les Etats et les classes dirigeantes, responsables de la situation, n’apportent évidemment pas les réponses mais une crise institutionnelle révèle et accentue la gravité de cette situation: l’OTAN, l’OMC mais aussi l’Union européenne elle-même, le Conseil de sécurité, le Quartet pour le Proche-Orient et même le G20… les cadres de concertation et de décision des principales puissances sont de plus en plus souvent en difficulté, dans une carence démocratique béante alors que le besoin de coopérations et d’institutions internationales s’affirme comme jamais. Le dépassement du système institutionnel issu de la 2ème guerre mondiale s’impose avec force.

Dans ce monde bouleversé, dans ce contexte de guerre sociale contre les peuples, d'émeutes de la jeunesse, de crise exacerbée, de reconfiguration des rapports de force et d’épuisements stratégiques… la montée des résistances et des mouvements populaires ouvre un espoir et appelle plus que jamais à la construction politique d’alternatives, de coopérations et de solidarités.

Sur la politique internationale de la France

Nicolas Sarkozy avait annoncé une «rupture» en politique étrangère. Il a en effet donné le coup de grâce à ce qui restait de la capacité de la France à jouer un rôle original dans le monde : réintégration complète de la France dans l’organisation militaire de l’OTAN ; intégration dans les zones de guerre américaine avec l’installation d’une base française dans le Golfe arabo-persique et le renforcement militaire en Afghanistan ; initiative de la guerre en Libye et, très récemment, menace directe d'une intervention militaire contre l'Iran. Cette rupture atlantiste s’est accompagnée d’un soutien sans précédent à Israël. Nicolas Sarkozy souffre d'une addiction à la guerre. Il paraît que ça se soigne...politiquement, naturellement.

Parallèlement, le rapport de type néo-colonial a perduré avec le continent africain. La prétention de faire la leçon démocratique aux Africains n’a pas survécue au lamentable et arrogant discours de Dakar, mais le soutien aux régimes autoritaires et corrompus, la bénédiction accordée aux élections manipulées au Togo, au Gabon, en Guinée équatoriale, en Mauritanie, au Tchad, au Burkina…etc… tout cela a bel et bien continué dans le respect des traditions… et des intérêts bien compris des multinationales et du patronat français. Et pendant ce temps les moyens de l’aide publique au développement restent très en deçà des engagements pris. Tout ceci a réellement dégradé l''image de la France en Afrique.

François Fillon est allé en Côte d’ivoire en juillet, pour tirer les dividendes de la politique française qui a poussé à une confrontation militaire destructrice au nom d'un scrutin au résultat incertain. Le pays en est sorti profondément divisé. Nous n'avons soutenu ni Gbagbo, ni Ouattara. Le Premier ministre français, lui, se permet de plastronner à Abidjan au côté d’Alassane Ouattara et de ceux que les autorités françaises ont choisi d’installer au gouvernement par la force. La Françafrique avec ses aventures militaires et avec - là aussi - ses mensonges d’Etat n’est pas morte.

Ce rôle néo-colonial ne peut cependant faire illusion. La France s’affaiblit. L’esprit général du sarkozysme, au départ, était de lui conserver son rang parmi les principales puissances dans un rapport privilégié aux Etats-Unis au sein de ce que Nicolas Sarkozy appelle «la famille occidentale». Mais l’exercice bling-bling et décomplexé d’une présidence sur le modèle néo-conservateur et réactionnaire de Georges W. Bush n’a pas pu durer dans ce monde de crises et d’enjeux de très haut niveau.

Après avoir reçu Kadhafi fin 2007 et Assad en 2008 à Paris, les autorités françaises se sont discréditées par leur soutien jusqu’au bout aux dictatures de Ben Ali et de Moubarak. La France des droits de l'Homme a rarement défendu autant de dictateurs à la fois... La politique française dans le monde arabe est un fiasco. Mais c’est aussi le refus de véritables initiatives au Proche-Orient, cette inaction coupable, qui déconsidère la France, alors que l’urgence est là, tellement évidente du fait de la poursuite ininterrompue de la colonisation israélienne qui rend d’autant plus difficile la réalisation d’une solution fondée sur l’édification d’un Etat palestinien indépendant à côté de l’Etat d’Israël.

Cette situation consternante nous a conduit à prendre nos responsabilités. Nous sommes engagés activement dans plusieurs campagnes : sanctions, boycott des produits des colonies et de tout ce qui nourrit la colonisation, Flottille contre le blocus de Gaza...Aujourd'hui la priorité est à la bataille pour la reconnaissance de l'Etat de Palestine.

Un Etat palestinien? Tout le monde en parle mais la situation a rarement été aussi grave. Les autorités françaises comme l’Union européenne, comme Obama, renvoient sans cesse dos à dos Israéliens et Palestiniens et répètent qu’ils se doivent de négocier entre eux… Non ! La solution ne peut venir d’un simple arrangement ou compromis israélo-palestinien. Elle doit être le fruit du multilatéralisme et de l'application du droit international… Mais rien n’est entrepris pour contraindre Israël - dont le gouvernement est aujourd’hui dominé par l’extrême-droite – au respect du droit et des résolutions de l’ONU.

Nicolas Sarkozy est sans initiative au Proche-Orient mais il prétend faire jouer à la France une partition de premier plan avec l’OTAN en Afghanistan et en Libye notamment. Cet engagement diplomatique et militaire français est un révélateur. Il montre des autorités françaises dont l’empressement pour le droit et pour les valeurs démocratiques est pour le moins à géométrie variable.

Les guerres françaises ont d’ailleurs un coût exorbitant : 1,2 millions d’euros par jour pour la Libye. La même chose pour l’Afghanistan. Et pour quelles conséquences ? Quelles solutions véritables et durables aux problèmes politiques et sociaux des peuples concernés ? En vérité, ces interventions militaires posent un triple problème : celui de leur légitimité politique, celui de leur coût et celui de leur résultats.

Le général Vincent Desportes (qui a beaucoup fait parler de lui) s'inquiète et parle d’une «divergence de plus en plus marquée - en Irak, en Afghanistan, et en Libye peut-être demain - entre la puissance militaire théorique des Etats occidentaux et leur capacité à produire de l’efficacité technique puis politique. (…) Les Etats occidentaux voient ainsi disparaître progressivement un de leurs avantages comparatifs essentiels: leur capacité à imposer leur volonté, donc leurs visions et leurs valeurs par la force…» (Le Figaro du 08.07.11). En réalité, ce problème, aggravé par la crise et les budgets d’austérité, est posé pour tous les pays occidentaux et pour l’OTAN elle-même.

C’est une impasse politique et budgétaire. Celle-ci, pourtant, ne conduit à une mise en question ni du choix de la guerre et des interventions militaires, ni des dépenses de défense et de la nouvelle forme de course aux armements dont le coût est élevé notamment parce qu’elle porte beaucoup sur la modernisation et la sophistication des armes et les hautes technologies. Les militaires ne sont d’ailleurs pas les seuls - ni en France, ni ailleurs - à craindre que les budgets Défense puissent être subordonnés à des logiques budgétaires en retrait. Ce qui domine, pourtant, c’est une volonté d’augmentation des dépenses, de fuite en avant dans les stratégies de puissance offensives et les interventions à l’extérieur comme le dernier sommet de l’OTAN l’a montré. Et comme N. Sarkozy ne cesse d'en rappeler, selon lui, la nécessité.

Ce choix, nous le combattons. Le Général Vincent Desportes, lui, s’inquiète que «dans un univers probablement plus dangereux demain qu’il ne l’est aujourd’hui», on pourrait accepter «le déclassement stratégique du monde occidental et, partant, l’effacement de nos valeurs».

Alors, posons la question: n’y-a-t-il qu’un seul moyen - la guerre et la force - pour assurer la promotion de certaines valeurs ? Et lesquelles ? Cet impératif des valeurs - régulièrement invoqué par N. Sarkozy qui instrumentalise le patriotisme - ne doit pas masquer le débat de fond sur la nature des choix politiques effectués. Ce débat doit avoir lieu. Les réponses militaires et sécuritaires dans les crises d’aujourd’hui conduisent en effet à de véritables désastres humains, sociaux et politiques. L’expulsion massive d’immigrés, comme celle des Roms, montre aussi qu’on est bien loin des droits de l’Homme et de l’humanisme en politique…

Le débat doit porter aussi sur cet autre problème essentiel qu’est la crispation française sur la force nucléaire et la dissuasion. L’arme nucléaire ne joue plus le même rôle structurant qu’elle jouait au temps de la confrontation Est/Ouest. L’idée même de son élimination (c’est notre objectif) a progressé, y compris aux Etats-Unis où Barak Obama, en 2009, en avait fait une sorte de perspective de principe. Dans le contexte actuel, cette option Obama, a perdu sa crédibilité mais l’idée ainsi avancée favorise plutôt les batailles nécessaires. Nous sommes pour une démilitarisation des relations internationales, pour la baisse des dépenses militaires, pour le désarmement concernant le nucléaire et tous les types d’armement… alors que la France choisit le nucléaire, son maintien et sa modernisation - y compris en coopération avec la Grande-Bretagne - comme moyen d’une affirmation de puissance.

Contrairement à ce qui se dit et s’écrit souvent, il n’y a pas de consensus national sur le nucléaire et la dissuasion. Notre parti agit, en effet, pour que la France contribue activement à un processus de désarmement nucléaire sur le plan international ainsi qu’à la non-prolifération. Avec ses partenaires européens, elle doit, dans le même mouvement, agir pour le règlement des conflits et des crises intimement liés à l’enjeu nucléaire, qu’il s’agisse d’Israël, de l’Iran, et plus généralement du Moyen-Orient et de l’Asie. Les enjeux de la sécurité internationale ne se divisent pas.

On a vu, par ailleurs, comment l’Allemagne - candidate au titre de membre permanent du Conseil de sécurité - a été très critiquée pour son refus – fruit de problèmes internes - de participer aux opérations militaires en Libye, comme si l’exercice d’une responsabilité internationale était le privilège de ceux qui décident la guerre et qui la font. Cette conception des relations internationales n’est pas seulement contraire aux principes et aux buts de l’ONU. Elle est liée aux politiques de domination concertées des principales puissances qu’il s’agisse de l’OTAN ou du G8. Nicolas Sarkozy a montré son goût pour ce genre de directoire impérialiste qui marie pratique oligarchique et primat de la force.

Mais c’est justement ainsi que la France s’affaiblit. Elle se discrédite dans un alignement atlantiste. Elle s’enfonce dans des impasses. Il y a une nécessité impérative de changer et ses choix de politique internationale et la façon dont notre pays conçoit sa place et son rôle dans le monde d’aujourd’hui.

Une politique internationale de gauche devrait répondre à trois exigences :

  • premièrement , une volonté d’indépendance contre tout alignement, contre toute forme de contrainte institutionnelle, politique ou militaire liée aux politiques de puissance ou de domination. La France ne joue de vrai rôle dans le monde que lorsqu’elle est maîtresse de ses propres choix.

  • deuxièmement, un engagement durable de responsabilité collective face aux défis mondiaux, aux enjeux économiques, sociaux, écologiques, énergétiques, sécuritaires planétaires. Nous vivons le temps de l’interdépendance. Il n’y a plus d’Etat qui soit à lui seul en capacité à affronter les défis mondiaux. Une reconfiguration et une démocratisation de tout le système des Nations-Unies s’impose. Une réévaluation de la politique de coopération française et européenne est urgente.

  • troisièmement, une capacité à créer des alliances, des rapports de forces nouveaux et des dynamiques politiques internationales positives, pour peser réellement au delà des discours, en s’appuyant sur les aspirations et les mouvements populaires, sur l’exigence du respect des droits sociaux et des droits humains. C’est ce qui doit guider en particulier la refondation nécessaire des coopérations avec le sud et les émergents, et la construction européenne elle-même.

Sur la politique internationale de notre parti

Nous sommes aujourd’hui devant une triple responsabilité : mesurer ce qui a changé dans le monde; reconstruire une culture de l’international; agir pour un grand rôle positif international de la France, avec ses partenaires européens.

Pour beaucoup de commentateurs et d’experts, nous serions aujourd’hui dans un monde «multipolaire», mais cette notion de multipolarité - que certains érigent en projet - ne parvient pas à décrire un monde éclaté : des puissances capitalistes à la fois rivales, concurrentes et partenaires, des puissances émergentes de plus en plus autonomes, de nouveaux acteurs, une décomposition de ce qu’on appelait hier le tiers monde…Les relations internationales ne sont pas structurées et ordonnées en pôles même si des rapprochements ou des concertations permanentes se construisent entre émergents (BRICS), en Amérique latine ou en Asie, par exemple.

Ce qui a changé, est énorme. Les antagonismes Est/Ouest et Nord/Sud du monde d’hier ont été balayés par l’histoire. La nature des guerres, de la conflictualité internationale, de la course aux armements, des risques en a été bouleversée.

On ne peut plus penser la paix et la sécurité comme on l’a fait au 20ème siècle. Les causes de la conflictualité, de l’insécurité et de la vulnérabilité sociale sont devenues multiples. Les acteurs ne sont plus seulement des Etats. Les conflits inter-étatiques classiques ont laissé la place à une grande diversité de violences : guerre civiles et confrontations internes, Etats en déliquescence, terrorisme, criminalité organisée, piraterie, cyberattaques, prolifération des armes de destruction massive et des armes légères…il faut inclure le réchauffement climatique qui n’est pas sans conséquences sécuritaires, et les catastrophes dites naturelles…On sait aussi que l’économie du crime organisé et des trafics illicites (drogues, armes, êtres humains…), ce processus de pourrissement systémique et mondialisé du capitalisme, dépasse les mille milliards de dollars. Certains disent que si le crime organisé était un Etat il aurait sa place au G8…

Le problème posé est: comment construire une sécurité humaine et la paix pour tous les peuples. C’est d’abord la nécessité absolue du désarmement dans toutes ses dimensions, du règlement politique des conflits, de la démilitarisation des relations internationales. Les politiques de force ne font qu’accentuer les crises et les déstabilisations dans des sociétés déjà brisées. C’est aussi l’exigence du développement dans toutes ses dimensions et la réponse aux besoins sociaux. Le mode de développement, le respect des droits humains, les conditions de la sécurité et de la paix sont intimement liés. L’approche doit être globale.

C’est aux limites, aux impasses, à la crise structurelle de portée civilisationnelle du capitalisme que nous avons à faire. Cela confirme - si besoin était - que les enjeux de l’international ne sont pas «extérieurs». Ils s’inscrivent dans la question du changement politique, de la transformation sociale dans toutes ses dimensions.

Nous vivons dans un monde globalisé. Les problèmes du monde sont les problèmes de tout le monde. Ce nouvel état du monde, c’est un capitalisme mondialisé producteur de désastres sociaux, de rivalités et de confrontations multiples, d’Etats en déliquescence ou en faillite. C’est une globalité chaotique et violente mais c’est aussi, et de plus en plus fortement, un monde de luttes, de grandes mobilisations et de formidables aspirations populaires à la dignité, à la démocratie, à la justice, à la souveraineté, y compris en Europe.

Il nous faut être à la hauteur et dans le rythme de cette accélération de l’histoire. Comprendre ce monde d’aujourd’hui signifie abandonner les références et les analyses d’hier. Nous devons refuser les statuts quo et nous inscrire pour peser dans ce mouvement du monde, ce mouvement qui change le monde.

Reconstruire une culture de l’international ?… mais pourquoi le problème se pose-t-il aujourd’hui ? Les bouleversements du monde, la chute du mur, l’écroulement des régimes d’Europe de l’Est, les mutations du capitalisme dès les années 90… ont provoqué une rupture de portée historique. Les repères politiques, les grilles d’analyse qui furent ceux de nombreux partis dont le nôtre ont volé en éclat.

Aujourd’hui, toutes les problématiques économiques, sociales, sécuritaires, internationales sont liées entre elles dans une crise profonde qui crée la réalité d’une urgence et le sentiment partagé de cette urgence, exprimé dans la formule : «ça ne peut plus durer ainsi !».

Les changements en Amérique latine, les soulèvements du monde arabe du Sahara occidental à l’Irak, les mouvements des indignés en Europe et jusqu’en Israël et en Palestine… traduisent l’exigence montante de réponses sociales et de changements réels, le besoin d’éthique en politique, la volonté d’intervenir, de décider par soi-même, d’avoir prise sur le cours des choses… Nous sommes dans un contexte qui permet et qui appelle, bien davantage qu’hier encore, une mise en accusation des politiques de domination, du capitalisme et des modes de gestion qui vont avec.

On voit bien, par exemple, à quel point l’impasse des guerres et de la militarisation des relations internationales est encore aggravée par le coût financier exorbitant d’une telle politique, pour ne pas parler du coût humain. Changer de politique, répondre aux attentes sociales, surmonter la crise, c’est indissociablement changer de politique internationale.

Contre les effets d’une crise qui produit de l’instabilité et de l’incertitude, il nous faut régénérer des sources d’espoir, montrer le sens des évolutions en cours ainsi que le contenu des alternatives possibles et nécessaires. Les impasses auxquelles ont conduit les politiques mises en œuvre soulignent à quel point ces alternatives ne peuvent se réduire à de simples adaptations. Elles appellent au contraire des transformations qui touchent au système lui-même et aux stratégies, en s’appuyant sur des mobilisations sociales et populaires. On voit comment Barak Obama - élu grâce au rejet du néo-conservatisme de Bush - c’est rapidement affaibli et mis sur la défensive, laissant de nouveaux espaces à des thèses populistes et réactionnaires, faute d’une détermination à imposer d’autres choix. On voit en Europe, l’épuisement des compromis du social-libéralisme.

Dans ce contexte international globalisé et interdépendant tous les peuples font face aux mêmes grands défis de la sécurité internationale et de la paix, du développement et de l’écologie, du multilatéralisme, des droits, de l’égalité des genres et de la démocratie. On ne peut plus penser le changement strictement dans un seul pays. Les dynamiques politiques du changement et des révolutions nécessaires doivent aussi être internationales mais aussi européennes. Cela implique des formes nouvelles, très concrètes, d’internationalisme dépassant les formalismes anciens et qui permettent des convergences, des actions communes, des espaces de travail communs, sur des contenus précis permettant de mieux affronter collectivement les enjeux de la mondialisation capitaliste et des stratégies de puissances. Nous avons tenu plusieurs initiatives dans cet esprit. Et nous participons à d'autres : forum sociaux ou contre-sommets alter-mondialistes... Nous serons présents au Forum alternatif face au G 20 de Nice du 1er au 4 novembre prochains. Et nous organiserons à la fin de l'année une initiative sur le rapport euro et franco-méditerranéen.

Ce nouveau contexte peut et doit favoriser l’implication des communistes, des directions dans notre parti, des élus avec l’ANECR. C’est d’autant plus important que nous approchons d’échéances nationales décisives, la présidentielle et les législatives, qui imposent une forte implication. Nous devons nous adresser dans un grand esprit d'ouverture à tous ces collectifs, associations, syndicalistes, experts, personnalités...qui ont besoin comme nous de réflexions et d'échanges sur les réponses et les propositions aujourd'hui nécessaires.

Le programme populaire et partagé du Front de Gauche donne l’esprit et les options d’une autre politique internationale de la France et d’une refondation de la construction européenne. La campagne permettra de le développer. Ce programme pointe aussi quelques urgences décisives: retrait des troupes françaises d’Afghanistan, retrait de la France de l’OTAN et reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France et par l’UE.

La présidentielle va nous contraindre à un apport dans les domaines relevant des prérogatives de l’exécutif, en particulier la politique étrangère et de défense de la France mais aussi les compétences ou interventions européennes en ces domaines.

Nous rappellerons aussi la nécessité du rôle du Parlement dans la définition de ces politiques, l’obligation de transparence et de démocratie, le besoin d’un débat citoyen notamment sur l’inacceptable rôle qu’on fait jouer à l’armée française et à ses soldats en Libye, en Afghanistan ou en Afrique. Nous devons rappeler notre refus de ce qu’on appelle le «domaine réservé» du Président, une pratique non conforme à la Constitution qui contribue à l’arbitraire des décisions et à la persistance des politiques occultes et des réseaux d’intérêts parallèles, en particulier ceux de la Françafrique. Une autre politique internationale de la France c’est aussi une autre conception des institutions de la République et de la politique.

Ces échéances de 2012 doivent montrer un Parti communiste et un Front de gauche capables d’affronter l’avenir et d’en assumer les défis, porteurs d’une vision de la société, de l’Europe et du monde et porteurs de conceptions nouvelles :

  1. Une exigence démocratique fondée sur des valeurs universelles, pour les libertés, les droits humains, le multilatéralisme, la solidarité, le respect des droits des migrants ;
  2. une nouvelle architecture internationale de sécurité avec la dissolution de l’OTAN, un désarmement général et contrôlé, le règlement politique des conflits, le retrait des forces françaises d’Afrique ;
  3. une sécurité humaine, dans un nouveau mode de développement, par la réponse aux besoins sociaux, par le co-développement et la coopération d’intérêt réciproque, par la baisse des dépenses militaires et la démilitarisation des relations internationales ;

Notre vision est celle d' un nouvel ordre international…

De telles conception doivent nous aider à réhabiliter, en la revisitant, la notion de progrès mise à mal par la crise et par les idéologies réactionnaires dominantes comme la thèse de la fin de l’histoire - qui n’a pas survécu - ou celle du choc des civilisations. Celle-ci perdure de multiples façons à travers la stigmatisation de l’Islam et des immigrés ou l’instrumentalisation de l’identité nationale, comme patrimoines idéologiques de l’extrême droite, de Nicolas Sarkozy et de toute une partie de la droite. Combattre ces idéologies néfastes nécessite aussi une claire vision du monde, des valeurs et de l’avenir que nous voulons.

Enfin, nous avons besoin d’outils et de lieux pour tout cela. Les stages de formation et les Universités d'été sont très utiles. L’Humanité et l’Humanité Dimanche assurent un suivi efficace des enjeux de l’international, et la Fête 2011 sera à l’image de ce monde qui bouge. Enfin, permettez-moi de souligner l’importance de la Lettre des relations internationales. Cette lettre, fruit d’un gros travail collectif, fournit tous les mois des analyses, des informations sur le monde et sur notre activité, dans un domaine qui est aujourd’hui quasiment sans limites.

Chers camarades,

Nous prenons les réalités telles qu’elles sont mais vous savez - c’est une leçon de l’histoire et des révolutions - qu’il n’y a pas de grands changements sans une capacité à penser autrement. L’époque de crise que nous vivons, dans un affrontement de classe de grande dimension, nous y encourage. Ceux qui, comme nous, veulent changer en France et en Europe, et changer le monde ont besoin de cette ambition. Il nous faut penser ou repenser le monde pour construire un autre avenir.

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    Ça vaudrait le coup de donner un large écho à cette analyse...

    Par Ivan, le 10 February 2012 à 09:15.