La peur d’essuyer une défaite à l’élection présidentielle n’autorise pas le camp sarkozyste à se plonger dans l’indignité.
Les propos tenus par Bernard Accoyer sont en effet indignes d’un président de l’Assemblée nationale, la principale enceinte où s’exerce la souveraineté populaire. En déclarant, à l’occasion de la cérémonie des vœux au Palais-Bourbon, qu’un changement politique à gauche aurait des conséquences comparables à celles d’une guerre, ce hiérarque de l’UMP, certes, sombre dans le ridicule le plus consternant, mais il avilit aussi sa fonction. Nul n’attend du président de la Chambre des députés une diabolisation du simple exercice de la démocratie qui autorise le peuple à changer sereinement de majorité politique et de président quand il est mécontent de leur bilan et en désaccord avec leurs projets.
Cet épisode, qui s’inscrit déjà dans une liste de déclarations outrancières et copieusement médiatisées, n’aura sans doute guère plus de retombées chez les Français que l’opération « sale mec » qui avait pourtant fourni aux chaînes télévisuelles d’information en continu une journée entière de micros tendus à quelques pitbulls de la pensée politique. Cependant, il donne un éclairage supplémentaire sur le ton que ce pouvoir en délicatesse avec l’opinion veut donner à cette campagne : invectives au lieu de débats, coups d’esbroufe plutôt qu’un programme, manipulations en guise d’informations. La gauche commettrait une grave erreur si elle entrait dans cette logique, si elle se laissait entraîner dans le piège qui lui est tendu, si elle croyait utile d’en dire le moins possible, de jouer des imprécisions sur ses projets. La moindre faille est exploitée par la droite, ainsi que François Hollande vient d’en faire l’expérience avec la polémique sur le quotient familial. On notera au passage le numéro de fausse indignation de Nicolas Sarkozy en personne et on sourira à la lecture de l’éditorial d’Yves Thréard dans le Figaro, qui s’inquiète d’une remise en cause d’une politique familiale, héritage de la Libération. De la part d’un journal qui a soutenu toutes les mesures de démolition de la politique sociale née du programme du CNR par le pouvoir sarkozyste, ce coup de chapeau à l’œuvre de la Résistance vaut d’être souligné.
La réelle novation, à cent jours du premier tour de l’élection présidentielle, nous vient du Front de gauche et de la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Des centaines d’assemblées citoyennes se sont constituées dans des villes, des quartiers, des villages, comme autant de lieux de débats, d’élaboration collective, de maîtrise d’une campagne électorale par les citoyens eux-mêmes. Un mouvement se déploie qui n’est pas sans rappeler l’effervescence créative des années 2004 et 2005 quand des millions de Français imposèrent un vrai débat sur les enjeux européens contre le consensus de la pensée unique, alors dominante dans le monde politique et médiatique.
Mutatis mutandis, le peuple de gauche se trouve confronté au même défi : définir ensemble les lignes forces d’une rupture démocratique avec le système Sarkozy. Une tâche historique d’intérêt général
le 23 janvier 2012
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