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Opération camouflage de Sarkozy sur la taxe Tobin

Quand les altermondialistes se sont emparés de la proposition d’instaurer une taxe sur les transactions financières, dite taxe Tobin, ils engageaient un mouvement de nature très politique : crédibiliser l’idée qu’un autre monde est possible.

 

« Un monde plus 
dur est possible. »

Quand Nicolas Sarkozy met en scène son déplacement à Berlin en expliquant à l’Allemagne que « la France n’attendra pas que tous les autres soient d’accord » pour mettre en œuvre ce type de taxe, il tente une opération camouflage de l’idée : « Un monde plus 
dur est possible. » Car, pour les dirigeants européens, réglemen­ter, même un peu, la spéculation, n’est pas un horizon, ou alors très lointain. La chan­celière Angela Merkel n’a pas manqué de le rappeler : pour que la taxe voie le jour, il faut d’abord convaincre les vingt-sept pays de la zone euro de marcher dans le même sens.

 

Un nouveau traité européen qui, loin de « moraliser » le capitalisme, inscrit dans le marbre une discipline bud­gétaire de fer

L’objectif tout proche, par contre, consiste à faire adopter un nouveau traité européen qui, loin de « moraliser » le capitalisme, inscrit dans le marbre une discipline bud­gétaire de fer, la généralisation de la règle d’or, l’emploi, les salaires, le travail, les services publics sacrifiés au nom de la compétitivité… Rien qui tienne la moin­dre promesse 
de monde meilleur ! Mais, dans sa course pour retrouver un peu 
de crédibilité d’ici à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a besoin de donner des gages sur ses choix économiques. Comme il est désavoué dans l’opinion sur la TVA sociale, quoi de mieux que d’appeler à la rescousse un keynésien, l’économiste James Tobin, devenu célèbre pour avoir proposé de taxer, de manière infime, les flux de capitaux afin de récupérer quel­ques subsides sur la spéculation pour les consacrer à l’aide au développement. Ce fut, on s’en rappelle, cette proposition qui, en 1998, a amené la création d’Attac.

 

En réaction au leurre politique lancé par le président de la République, l’association, dont beaucoup de responsables sont aujourd’hui partie prenante des Économis­tes atterrés, publie sur son site la vidéo d’une émission télévisée de 1999. On y voit Nicolas Sarkozy lançant à Robert Hue, alors secrétaire national du Parti communiste : « L’affaire de la taxe Tobin est une absurdité. Nous, nous taxerons 
et aucun autre pays ne le fera ? Si nous le faisons en France, on va encore le payer de dizaines de milliers de chômeurs sup­plémentaires [...] Réveillez-vous, Mon­sieur Hue, le monde a changé ! » En bon libéral, il défendait sans complexe ce monde déjà rongé par le pouvoir de la finance et la spéculation. Devenu prési­dent de la République, il s’est évertué à lever une à une les quelques règles en vigueur dans le système financier, dont, en 2008, l’impôt de Bourse, petite taxe des transactions sur les actions qu’il a fait supprimer. Où y a-t-il place pour une taxe Tobin, une vraie, qui soit suffisamment dissuasive pour commercer 
à désarmer les marchés financiers, dans ce schéma ?

Devant tant de mauvaise foi, il y a de quoi être atterré. Comme le disent les écono­mistes qui forment le collectif du même nom, « d’autres politiques économiques sont possibles ». Dans leur livre, ils con­tribuent à poser le débat électoral sur un terrain bien plus intéressant que celui des coups 
de bluff politiques. Comment cons­truire une politique 
du « vivre ensemble, dans une Europe de prospérité, de plein-emploi, ou la cohésion sociale et la démo­cratie sont 
les valeurs cardinales ».

[ Retrouver l'ensemble des publications des économistes atterrés sur leur site ]

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