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Iran : le PCF condamne une confirmation dangereuse de la politique atlantiste de Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner

le 18 September 2007

Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères, vient de confirmer ce que le Président Nicolas Sarkozy avait déjà annoncé. Non seulement l' Union européenne, à l' initiative de la France, va renforcer les sanctions contre l' Iran sans mandat, sans résolution de l' ONU, mais il faudrait maintenant « se préparer au pire », c'est à dire à la guerre.

Cela au moment précis où les Etats-Unis, par la voix de Robert Gates, Ministre de la Défense de Georges Bush, annoncent que « pour le moment la voix diplomatique et économique est de loin la meilleure approche »... MM.Sarkozy et Kouchner seraient-ils plus pro-américains que les dirigeants américains eux-mêmes ? L' élève en feraient-ils un peu trop devant le maître ?

On assiste en fait à une grave et très préoccupante inflexion atlantiste de la politique étrangère de la France. Sanctionner sans mandat des Nations-Unies c'est décider, comme Washington en a pris l' habitude, en dehors ou contre le droit international. C'est inacceptable. Les autorités françaises se permettent de menacer de guerre et de préparer l' opinion publique en indiquant ainsi que la France pourrait participer à une telle irresponsable aventure aux conséquences imprévisibles et potentiellement très dangereuses pour le Moyen-Orient et pour la stabilité internationale. C' est consternant et cela ne peut que susciter la condamnation la plus ferme.

Ce virage atlantiste, déjà amorcé en Afghanistan, constitue une concrétisation inquiétante des annonces de Nicolas Sarkozy en politique étrangère. Le rôle international de la France, son influence et sa souveraineté ne peuvent qu' en être atteints profondément.

Le Parti communiste français appelle à la plus grande vigilance devant une surenchère politique et militaire peu compatible avec les valeurs de la République et avec l'attachement du peuple français à la paix, à la sécurité, aux efforts nécessaires pour un désarmement multilatéral et contrôlé, à un règlement politique des conflits.

Parti communiste français

Paris, le 17 septembre 2007.

L'ACTUALITE DES ENJEUX DE LA PAIX ET DE LA SECURITE

ET LA RIPOSTE A LA POLITIQUE DE NICOLAS SARKOZY ET BERNARD KOUCHNER

Jacques Fath, responsable des Relations internationales – 19/09/07

Le ministre des Affaires étrangères de la France, en affirmant qu'il faut “se préparer au pire”, “c'est-à-dire à la guerre” a suscité de l'émotion et de l'indignation. Ses déclarations, dans les faits, consistaient à dire que les dés sont jetés, qu'il y aura une guerre et que la France en accepte la perspective. Bernard Kouchner aura beau essayer de s'expliquer et de démentir, c'est bien le sens de ses propos qui font d'ailleurs écho à ceux de Nicolas Sarkozy dans son discours aux ambassadeurs le 27 août dernier. Ne déclarait-il pas dans une intervention aux tonalités martiales : “un Iran doté de l'arme nucléaire est pour moi inacceptable”.

Les déclarations de Bernard Kouchner ont suscité de réelles préoccupations en Europe, en Russie et jusqu'en Chine, tandis que l'administration de George Bush s'est félicitée de cette inflexion majeure de la politique étrangère française. Celle-ci montre que l'atlantisme revendiqué par le Président de la République se traduit en acte. Cela concerne l'Afghanistan où l'engagement militaire français dans le cadre de l' OTAN a été récemment renforcé. Cela concerne l'Iran où le choix de MM. Sarkozy et Kouchner est d'emboîter le pas à Washington, d'aider les Etats-Unis dans une politique d'escalade, de sanctions sans mandat de l' ONU (donc hors du droit), et de menaces directes. C'est une logique de confrontation dont l'issue est énoncée par Bernard Kouchner : l'usage de la force, les bombardements, la guerre. Une telle perspective est inacceptable. Un tel alignement sur la politique de G. Bush est irrecevable.

La France, à l'inverse, doit s'opposer à une telle irresponsable aventure. C'est une option militaire aux conséquences imprévisibles et potentiellement très dangereuse pour la sécurité et la stabilité régionale. Cela ne peut qu'accentuer sérieusement les tensions internationales.

Notre pays se doit de favoriser toute possibilité de solution négociée et y contribuer activement, en particulier avec l'aide de l'Agence internationale de l'énergie atomique et son directeur général Mohamed Baradei qui a engagé un processus de règlement avec les autorités iraniennes, dans un calendrier de plusieurs mois.

Le chaos et la tragédie irakienne d'aujourd'hui doivent aussi faire réfléchir et obliger chacun à s'inscrire dans l'esprit de la plus grande responsabilité pour que l'exigence de sécurité collective l'emporte. L'apaisement actuel dans le dossier nucléaire nord-coréen montre à l'inverse qu'une logique de négociation est possible.

La France et ses partenaires européens doivent rappeler l'Iran au respect du Traité de non prolifération nucléaire dont Téhéran est signataire. Ce qui signifie que l'Iran ne doit pas acquérir la maîtrise du nucléaire militaire. Mais l'exigence incontournable de paix et de sécurité pour tous les pays et tous les peuples du Moyen-Orient - région de crises aiguës - impose que tous les pays participent à un processus de désarmement nucléaire, y compris Israël - qui porte une lourde responsabilité dans les tensions régionales -, mais aussi l'Inde et le Pakistan en Asie. Ce n'est pas seulement la non-prolifération qui est en cause. C'est aussi, en effet, les conditions de la paix dans l'ensemble du Moyen-Orient. Et cela passe donc par un effort déterminé, notamment des Etats membres permanents du Conseil de Sécurité, pour régler les conflits et surtout le conflit israélo-palestinien, cela dans la justice, dans le cadre du droit international et des résolutions de l' ONU.

L'enjeu de la confrontation sur le nucléaire iranien est donc d'une importance considérable. C'est pour cette raison que les débats, dans les mois qui viennent, sur la riposte à l'ensemble de la politique de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement seront cruciaux.

Il s'agit ici du débat de politique étrangère. En réintégrant complètement la France, comme annoncé, dans l'organisation militaire de l' OTAN, Nicolas Sarkozy confirme son choix atlantiste et pro-américain. La France, au contraire, peut être influente et forte si elle choisit d'être indépendante, sur les valeurs de la République, dans l'esprit de la Charte de l' ONU. On se souvient du rôle qu'elle a joué en 2003 contre la guerre en Irak. Avec cette réintégration dans l' OTAN, elle perdra inévitablement de sa souveraineté et de sa capacité à jouer un rôle positif dans le monde. Ce choix doit être combattu.

Il s'agit aussi du débat européen puisque le nouveau traité en préparation est censé reprendre tout ce que le projet de Constitution européenne, rejeté en 2005, contenait pour la mise en place d'une politique européenne de sécurité et de défense liée étroitement à l' OTAN, impliquant une augmentation des budgets militaires et un renforcement du rôle décisionnel de l'Union européenne en matière de défense, dans l'esprit d'une “Europe puissance”, alliée privilégiée de Washington.

Enfin, il s'agit enfin de la reformulation de la politique de défense de la France avec l'élaboration d'un Livre blanc définissant un concept global de sécurité, et avec la préparation d'une loi de programmation militaire 2009-2013.

Dans le contexte international actuel de tensions et de menaces de guerre, ces enjeux sont décisifs. Les communistes seront particulièrement attentifs à ce que la France conserve sa souveraineté et puisse jouer un vrai rôle international dans le cadre d'une politique étrangère en recherche des conditions collectives de la sécurité internationale et de la résolution politique des conflits.

Dans le même esprit, nous sommes favorables à ce que l' Union européenne puisse devenir, grâce à l'action commune de ses Etats membres, un acteur mondial positif, dans l'esprit et le respect des principes et des objectifs des Nations Unies.

Le débat de défense est aussi essentiel pour l'avenir. La France doit agir pour la non-prolifération, pour un désarmement nucléaire multilatéral et contrôlé (comme le stipule le Traité de non-prolifération lui-même). Le PCF et ses élus feront des propositions pour que la France s'engage dans cette voie et soit porteuse en permanence d'exigences fondamentales comme celle du développement durable, d'une aide efficace, de la coopération dans tous les domaines, de la priorité aux solutions politiques négociées sur l'exercice de la force, pour faire baisser les tensions internationales et favoriser tous les pas en avant possibles en faveur de la paix et de la sécurité pour tous.

C'est aussi sur ces questions internationales, à travers lesquelles se dessine le rôle français dans le monde pour la prochaine période, que les Communistes vont agir pour rassembler toutes les énergies progressistes possibles en France et en Europe, pour rassembler les forces de gauche, pour offrir des alternatives et des propositions, pour présenter une autre vision des relations internationales et du monde.