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Hommage à Jean Catelas, Intervention d'Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF.

le 25 September 2007

Amiens, le23 septembre 2007.

Chers camarades, Mesdames, Messieurs,

Le 24 septembre 1941, Jean Catelas était guillotiné à la suite du verdict du tribunal spécial créé par Vichy, pour satisfaire aux ordres de l'occupant allemand, en représailles de l'acte de résistance du colonel Fabien.Chaque, et c'est tout à son honneur, la Fédération de la Somme honore la mémoire du député Picard du Front populaire

Chacun sent bien que ce 66ème anniversaire prend une dimension particulière, en raison de choix du président de la République de rendre un hommage national à Guy Môquet, fusillé à Châteaubriant, dans des circonstances et pour des causes analogues un mois après l'assassinat de Jean Catelas.

La mise à mort du jeune lycéen Môquet et du cheminot picard Catelas par l'Etat Français ne repose que sur cet unique motif : leur appartenance au Parti Communiste.

Au lendemain de la grande tuerie de la Guerre de 14, l'aîné, Jean Catelas, qui fit la quasi totalité de la guerre au front et participa à la bataille de Verdun, est parmi ceux qui traduisent leur dégoût de la guerre et de la faillite de la IIe Internationale en adhérant à la IIIe Internationale et au nouveau Parti communiste. Il s'y distingue rapidement, prolongeant son engagement au syndicat avant d'être l'un des 72 députés communistes élus en 1936, lors des élections qui voient la victoire du Front Populaire. Refusant de laisser se développer le danger du fascisme et de la guerre en Europe, Jean Catelas s'engage dans les Brigades internationales. Avec ses camarades de la Brigade « La Marseillaise », il participe à la bataille de l'Èbre du 14 juillet 1938, et sera un des derniers à quitter le sol espagnol en compagnie de la Pasionaria, avant que la nuit du franquisme ne s'abatte, pour 40 ans, sur l'Espagne, victime de la non-assistance à République en danger. Déchu de son mandat de député en 1939, il entre dans la clandestinité avant d'être condamné par défaut puis arrêté, le 14 mai 1941.

Fils d'un autre député communiste arrêté dès octobre 1939, Guy Môquet n'a que le temps de s'engager dans les jeunesses communistes. Il est arrêté pour activités communistes, peu après son père, le 13 octobre 1940, à l'âge de 16 ans.

Dans la période terrible qui, entre 1939 et 1941, voit s'enchaîner le pacte germano-soviétique, la « drôle de guerre », comme on dit puis la guerre, la défaite et la déliquescence de la République au profit du régime fasciste de Vichy, les communistes sont les premiers à subir la répression, jusqu'à la mort. Ces deux noms, Jean Catelas et Guy Môquet, en sont des figures exemplaires.

Qu'on me permette ici de faire quelques remarques à partir de leur double histoire.Tous deux, je l'ai dit, sont arrêtés entre l'été 40 et l'été 41. Nous sommes alors dans la période la plus noire de la guerre. Apparemment aucun espoir n'est permis. La France s'est effondrée. Hitler a gagné sur tous les fronts. Mussolini fanfaronne. Franco éructe. Les complices du Führer sont au pouvoir à Budapest, à Bucarest, à Helsinki, à Lisbonne. La dictature fasciste semble s'imposer partout en Europe, du Nord au Sud, de l'Atlantique aux frontières soviétiques ; le drapeau nazi flotte sur Berlin et Paris, Varsovie et Prague, Belgrade et Bruxelles, Oslo et Copenhague ; les ultras triomphent en Asie avec le Japon impérial. Même la Grande Bretagne, seul vrai lieu de guerre alors, semble bientôt devoir s'effondrer sous les bombardements allemands. La peste brune se croit installée pour des siècles, pour toujours ! Et c'est au plus profond de cette nuit barbare que des gens osent se lever, dire Non, non au nazisme, non à ses vassaux collaborateurs. Ils ne sont alors qu'un tout petit nombre mais ils défient les pouvoirs, appellent à ne pas se laisser faire. Leur courage est proprement bouleversant. Ils sont un exemple formidable de courage et de dignité humaine. Les engagements de jean Catelas et de Guy Môquet montrent bien que les communistes, aux côtés d'autres progressistes, de chrétiens, entrèrent en résistance avant juin 1941, date de l'entrée en guerre de l'URSS, contrairement à une rumeur persistante qui prétend le contraire. Dès l'automne 40, le jeune Môquet distribue des tracts et inscrit sur les murs des slogans disant : Hitler fauteur de guerre ! Non la misère ! Non aux collabos ! C'est le 10 juillet 1940, peu après l'Appel de Londres du général de Gaulle, que le PCF lance un « Appel au peuple de France » ! C'est l'été 40 que se reconstitue la jeunesse communiste et dès l'automne 1940 ont lieu les premières actions des « bataillons de la jeunesse », organisation communiste clandestine. C'est le 11 novembre 1940 qu'a lieu la première grande manifestation contre l'Occupant à Paris ! C'est en mai 1941 que le PCF lance un appel à la constitution d'un mouvement patriotique, le « Front national de lutte pour la liberté et l'indépendance de la France » ! C'est du 26 mai au 11 juin 1941 que se déroule la grève des mineurs du Nord Pas-de-Calais. J'ajoute qu'à la même époque Jean Catelas et ses amis syndicalistes se remobilisent. Lui-même remet sur pied en juillet 1940 la direction clandestine des cheminots.

Qu'une partie de la direction communiste prenne, ces mêmes mois, des initiatives condamnables et que nous avons depuis condamnés (guerre qualifiée d'impérialiste, demande de légalisation de L'Humanité) n'enlève rien à ce fait d'évidence : Jean Catelas, Guy Môquet ont ouvert, avec d'autres, la voie à la Résistance française.

Les drames que vont vivre Jean Catelas et Guy Môquet sont des drames franco-français. C'est l'Etat français qui donne la chasse aux députés PCF et fait arrêter ces parlementaires dès octobre 1939. C'est un député français, François Chasseigne, qui le 16 janvier 1940, demande la peine de mort contre les communistes. Il précise que cela doit se faire, je cite, « sans autre forme de procès » et avec « pour certains d'entre eux, le coup de pistolet derrière la nuque ». C'est un autre député français, Georges Barthélemy, président de la commission chargé de la « déchéance » des députés du PCF, qui précise le 20 février, toujours de la tribune du parlement : « Thorez, Catelas et tant d'autres devraient non pas subir le feu d'un peloton d'exécution, ce serait leur faire trop d'honneur, mais être poussés sous le couperet de M. de Paris ». Un an plus tard, il pourra être satisfait : Catelas est guillotiné sur décision des juges de Pétain et de Laval.

Et c'est le même scénario que l'on retrouve avec Guy Môquet : ce sont des policiers français qui l'arrêtent gare de l'Est, ce sont des juges français qui le maintiennent en prison, ce sont des gendarmes français qui le gardent au camp de Châteaubriant, c'est un sous-préfet français qui participe à la désignation des otages du 22 octobre 1941, dont le jeune Môquet. Autrement dit, c'est une droite et une extrême droite revanchardes qui se chargent de la chasse aux communistes, qui exécutent elle même ou livrent ses victimes au bourreau nazi.

Mais il faut dire plus encore : ces crimes contre nos camarades ressemblent à s'y méprendre à des crimes de classe. Le ministre de l'Intérieur de l'époque, le sinistre Pierre Pucheu, était lui-même un patron enrichi dans l'import-export, très proche des milieux dirigeants du patronat, le MEDEF de l'époque en quelque sorte. Lui et les siens avaient côtoyé les dirigeants syndicaux lors des grandes négociations du Front populaire. Ils n'avaient pas digéré les formidables avancées sociales de l'époque, qui rognaient sur leurs profits et leur pouvoir. « Plutôt Hitler que le Front Populaire » répétaient-ils depuis. Avec l'effondrement de la République et l'installation de la clique de Pétain, leur rêve se réalisait, en somme ; rêve de revanche sociale, rêve d'effacement du cauchemar que fut pour eux le Front populaire, avec ses usines occupées, ses augmentations de salaires, ses 40 heures, ses congés payés. Ils prenaient leur revanche dans sa forme la plus radicale, la plus définitive : la mort pour les représentants du monde du travail coupables d'avoir revendiqué leurs droits. Ces gens se soumettaient sans peine à l'occupant, profitant de l'aubaine pour régler leurs comptes.Enfin, chers amis et camarades, le dernier enseignement que nous livre encore aujourd'hui les vies et les morts de Jean Catelas, de Guy Môquet, il est contenu dans cette phrase de Lucie Aubrac : RESISTER SE CONJUGUE AU PRESENT.En proposant la lecture de la dernière lettre de Guy Môquet dans les écoles le 22 octobre prochain, Nicolas Sarkozy propose une vision dépolitisée de l'histoire, un mensonge par omission en somme. Séparer chez Guy Môquet le « patriote » du « communiste », comme le fait le Président de la République, est à la fois absurde et malhonnête.Jean Catelas comme Guy Môquet étaient portés par l'idée communiste, une idée venue de loin, sans cesse étouffée, sans cesse renaissante et qui se reconnaît simplement à son irréductible refus de l'oppression et de l'exploitation.

Est-ce parce qu'il croit cette idée morte à jamais que le Président Sarkozy se risque à faire du jeune communiste Môquet une icône pour notre jeunesse ? Peut-être. Il revient à ceux qui portent aujourd'hui l'idée communiste, à tous ceux qui gardent au cœur « la cause juste et noble, la cause humaine et belle » qu'évoque Catelas dans la dernière lettre à sa femme, de remettre sur pied cette histoire, d'ouvrir un nouveau chapitre. De faire passer la flamme de l'indignation de génération en génération. De redire combien il faut savoir parfois désobéir. De réapprendre aux jeunes, qui se sentent très concernés, qui raisonnent, qui interrogent, les leçons de ses années noires. D'expliquer l'énorme générosité, l'humilité aussi qu'il y avait chez Môquet ou Catelas. De réfléchir à ce que peut signifier l'engagement. De reconstruire des droits. Reconstruire l'espoir.

Le 22 octobre prochain, dans les établissements scolaires de France, il sera question d'un môme de Paris, chahuteur et frondeur, qui allait être fusillé avec d'autres otages communistes, et qui avait une vision de l'avenir et une espérance de révolution qui l'avaient conduit à écrire sur les murs de la baraque de Chateaubriant : « Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir ».

Comme nous l'avons été aujourd'hui, par cette initiative, en rendant hommage à Jean Catelas.