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Europe, euro enjeux systémiques mondiaux

 

Un enjeu pour la Chine et les pays émergents

Affectés en 2009 par la contraction du commerce mondial et le rapatriement de capitaux, ils semblent bénéficier aujourd’hui à plein du redressement des échanges (plus de 11,4 %, après 11 %) en 2009.

Leur situation budgétaire,  avec un déficit moyen de 3,7 % du PIB en 2010, tranche avec celle des pays avancés (8 %). Cette situation financière se conjugue avec les performances de croissance et, dans les pays avancés, l’abondance de liquidités due aux politiques monétaires non conventionnelles pour susciter des entrées massives de capitaux.

Il y a eu une nouvelle hausse des réserves officielles dans les pays émergents (+ 12,2 % attendu en 2010 à 6.195 milliards de dollars). Cela alimente la liquidité et, par là, la hausse du prix des actifs avec le développement d’importantes spéculations.

Des risques de surchauffe et d’accélération de l’inflation apparaissent, particulièrement en Chine où la modération de la croissance observée depuis le deuxième trimestre 2010 semble s’être récemment interrompue. Aussi, la banque centrale durcit-elle sa politique monétaire, particulièrement en remontant ses taux d’intérêt.

Il faut être plus attentif que jamais aux difficultés qu’entraîne pour la Chine (et de nombreux pays émer- gents) la politique monétaire américaine qui conduit à l’affaiblissement du dollar, avec l’exacerbation de son inflation dans le monde, et une appréciation non dé- sirée du taux de change des monnaies émergentes qui bride leurs exportations et les pousse, alors, à déprécier leur monnaie.

Devenue le premier créancier des États-Unis, où elle recycle une grande partie de ses immenses  excédents commerciaux en Bons du Trésor, la Chine se retrouve en quelque sorte « piégée » par la politique du dollar faible.

Chaque mois, ses avoirs perdent un peu plus de leur valeur, sachant que les réserves de la Banque populaire de Chine (BPC) sont constituées à 50 % de dollars américains.

La position de la Chine est telle qu’elle ne peut se per- mettre de se désengager brutalement,  sous peine d’en- caisser des pertes massives cumulatives sur ses réserves avec l’effondrement du dollar. Celui-ci constituerait par ailleurs une base pour un conflit beaucoup plus chaud avec les États-Unis.

D’un autre côté, dans son face-à-face avec les États- Unis, la Chine est sans arrêt mise en demeure d’ap- précier sa monnaie par rapport au dollar, c’est-à-dire, en réalité, de rompre le « peg » qui cheville le Yuan à la monnaie américaine. Cela constitue une garantie de stabilité de la valeur de ses exportations  vers les États- Unis, dont ne peuvent bénéficier les pays émergents dont la monnaie est totalement convertible.

Mais des pays comme le Japon, l’Indonésie ou le Brésil ont été amenés à racheter des dollars pour faire baisser le taux de change de leur monnaie.

Dans ce bras de fer, les dirigeants européens ont décidé de porter main-forte aux États-Unis pour exiger une réévaluation du yuan qui, certes, en l’état, accentue considérablement la compétitivité et la pénétration des produits chinois en Europe.

Mais la donne est en train de bouger.

Les Chinois voient venir, bien sûr, le risque d’un krach sur le dollar qu’ils ne peuvent cependant se permettre de précipiter. Ils cherchent à se repositionner à pas comptés.

Ils ont engagé un processus de diversification vers l’euro : une part non négligeable des réserves de la Banque Populaire de Chine est désormais libellée dans cette monnaie.

Toute perspective  d’affaiblissement massif de l’euro ramènerait alors la Chine à ce tête-à-tête mortifère avec les États-Unis  dont elle cherche à se dégager.

Par ailleurs, elle est consciente du rôle que joue désormais pour le soutien de ses propres exportations, et donc de sa croissance, la demande intérieure européenne.

L’Europe à 27 est sa deuxième zone d’exportation après les États-Unis  (1). Et, corollairement, depuis 2009, la Chine est devenue, devant les États-Unis, le premier partenaire commercial de l’Union européenne à 27 à laquelle, soit dit en passant, elle inflige un déficit commercial croissant qui a atteint 169,4 milliards de dollars en 2008.

Le commerce bilatéral se fait de plus en plus sur des produits similaires avec, pour l’heure, un niveau technologique plus élevé du côté de l’Union européenne.

Il faut souligner ici l’importance prise par la relation commerciale Chine-Allemagne.

Ce sont les deux premières puissances commerciales du monde, la Chine important massivement  les équipements professionnels d’Allemagne qui lui permettent de fabriquer  les produits industriels dont elle inonde alors les États-Unis, mais aussi le marché intérieur européen.

Au premier semestre 2010, les exportations de produits allemands en Chine ont bondi de 56 % pour atteindre 25,2 milliards de dollars, contre seulement 5,5milliards de dollars pour la France.

Réciproquement,  la Chine est, depuis 2004, le deuxième fournisseur de l’Allemagne, derrière les Pays-Bas. La France, longtemps premier fournisseur de l’Allemagne, est désormais reléguée au troisième rang.

Ainsi l’Allemagne, qui a déjà développé une relation de domination privilégiée avec les pays de l’est européen, lesquels lui permettent de nous tailler de terribles croupières en zone euro, peut ainsi s’appuyer désormais sur un « partenariat  stratégique » avec l’État chinois.

Désormais, les dirigeants chinois tiennent un discours sans ambiguïté : ils défendent l’euro, se disent attachés à sa stabilité et préoccupés quand il montre des signes de faiblesse cumulatifs.

En même temps qu’ils mettent en avant l’exigence de remplacer le dollar par les Droits de Tirages Spéciaux (DTS) comme instrument de réserve internationale, ils affirment vouloir encourager  l’essor du rôle international de l’euro.

L’agence de presse Xinhua, organe officiel de l’État chinois, a publié un commentaire le 2 janvier 2011 où l’on peut lire notamment : « l’euro joue aujourd’hui  un rôle significatif  dans le cadre des échanges commerciaux et des investissements  internationaux. La stabilité de l’euro contribue à la restructuration des systèmes financiers

internationaux, au maintien de la diversité  des devises et au redressement sain et durable de l’économie mondiale. Le gouvernement chinois attache une grande importance à son partenariat stratégique avec l’Europe. Même lors de l’apogée des crises, les Chinois  ont affiché leur confiance en la devise européenne et ont apporté leur soutien à la monnaie unique, en achetant  des Bons du Trésor émis par les pays européens  tels que la Grèce, l’Espagne et en accroissant les échanges commerciaux et d’investissements avec les pays européens. »

Dénonçant le fait que « ceux qui annoncent la fin de l’euro sous-estiment apparemment la volonté politique des pays membres de la zone euro et le coût que cela induirait » l’agence rend hommage au « réajustement économique et politique » engagé au sein de la zone et « aux mesures d’austérité prises  par  ses membres qui sont (pourtant) nécessaires ».

La Chine a décidé, effectivement, d’être beaucoup plus active sur l’Europe.

En 2007, le stock d’investissements directs étrangers (IDE) chinois et dans l’Union européenne à 27 n’était que de 4,6 milliards de dollars contre 38,4 milliards de dollars pour l’Union européenne.

Cet important décalage, les Chinois semblent vouloir commencer à le combler avec, sans doute, des intentions très ambivalentes (2).

C’est ainsi qu’ils se sont saisis du besoin de financement des dettes publiques des Etats européens en difficulté. Ils ont déjà acheté quelques centaines de millions d’euros de dette grecque et se disent prêts à le refaire plus massivement lorsque la Grèce pourra retourner sur les marchés financiers.


La Chine et l’Espagne ont signé, début janvier, 16 contrats commerciaux pour une valeur totale de 5,65 milliards d’euros.  L’accord  le plus important concerne les hydrocarbures. Le champion espagnol du pétrole, Repsol, se taille la part du lion en bouclant un contrat de 5,36 milliards d’euros avec Sinopec, selon le quotidien économique Expansión. D’après le quotidien El Pais, Li Keqiang, vice-Premier ministre chinois, aurait indiqué à Zapatero que la Chine« voulait acheter autant  de dette espagnole que de dettes grecque et portugaise combinées, soit quelque six milliards  d’euros ».

Par ailleurs, la Chine s’est  engagée à racheter pour 5 milliards d’euros de dette portugaise au premier semestre 2011, donnant ainsi un sacré coup de main à Lisbonne qui a prévu de lever 19 milliards d’euros.

Toutefois, cela n’a pas permis de baisser le taux d’intérêt sur la dette grecque et d’éviter au Portugal l’appel au Fonds européen de stabilité financière (FESF) et au FMI.

Au-delà, il faut voir comme la Chine a décidé de s’investir en Grèce depuis le début de la crise.

En novembre 2008, Cosco Pacific, la filiale de gestion portuaire du groupe chinois Cosco, a décroché la concession, pour 35 ans, de terminaux de conteneurs du port d’Athènes-Le Pirée, et l’autorisation d’en construire un troisième pour un investissement total de 4,35 milliards d’euros.

La Chine a fait part aussi de son intention d’investir dans tous les ports grecs, mais aussi dans la chaîne de transports, que ce soit les chemins de fer (OSE), dont la privatisation à hauteur de 49 % est en cours, où le transport routier dont la libéralisation est attendue.

Elle a mis aussi un pied dans le téléphone grec, la télé- vision, la construction et, même, dans l’huile d’olive. Des accords commerciaux privés sont actuellement passés pour la marine marchande,  les technologies de télécommunication, le tourisme ou l’importation de matières premières…

Bref la Chine paraît vouloir jouer l’Europe du Sud, pour le pire ou le meilleur.

Un enjeu pour les États-Unis et le dollar

Aux États-Unis, le rythme de croissance est plus mo- déré qu’au début de l’année 2010. Mais les indicateurs sont loin de suggérer un « double deep » c’est à dire un nouveau plongeon rapproché après la récession de 2008-2009.

Même  s’il est marqué désormais par une amélioration, l’emploi demeure le point le plus noir (3), alors même que l’inflation sous-jacente (hors prix alimentaires et de l’énergie) a atteint en octobre 2010 son plus bas niveau historique (0,6 %, le précédent record datant de 1961 avec 0,7 %), pour remonter depuis : en mars 2011, pour le 3e mois consécutif, on note une progression de +1,2 % sur un an (+1,1 % en février), au plus haut depuis février 2010.

Cette combinaison a amené Ben Bernanke, le responsable de la banque centrale des États-Unis (Fed), hanté par la crainte de la déflation, à engager un très vigoureux « assouplissement quantitatif » de la politique monétaire de la Fed par le biais d’achats supplémentaires de titres du Trésor. La Fed a projeté d’acquérir pour 600 milliards de dollars de ces titres d’ici la fin du deuxième trimestre 2011, soit à peu près 75 milliards de dollars par mois, mais avec, sans doute, beaucoup de flexibilité.

Cet assouplissement quantitatif est susceptible d’agir à travers quatre canaux majeurs :

 il permet d’augmenter la dépense publique ;

 il exerce une pression à la baisse sur les rendements et, par conséquent, tend à modérer le coût de l’emprunt pour les agents privés ; la Fed peut ainsi agir directement sur les taux longs, et plus seulement sur les taux au jour le jour qui sont déjà proches de zéro ;

 les achats de titres impliquent, toutes choses égales par ailleurs, une valorisation plus élevée des actifs financiers ;

 l’assouplissement quantitatif exerce une pression baissière sur le taux de change du dollar.

Certes, cette orientation est avant tout pilotée par des considérations d’ordre interne. Elle s’avère cependant agressive pour le monde entier.

Or qu’a-t-on constaté ?

1. Au plan interne : entre juillet et début novembre dernier, c’est-à-dire pendant la période où ces mesures étaient anticipées, le rendement des titres d’État à 10 ans a en effet fléchi de 3 % en moyenne à 2,75 %. L’in- dice du marché actions S et P-500 a progressé de 11 %. Enfin le taux de change effectif du dollar (c’est à dire par rapport aux monnaies des principaux partenaires commerciaux  des États-unis)  s’est déprécié de 5 %.

Or, à partir du moment où ce nouvel assouplisse- ment monétaire a été annoncé (début novembre), les évolutions ont été brutalement corrigées. À tel point qu’on a pu parler d’un « mini-krach obligataire  » outre- Atlantique : Comparé au point bas du début du mois d’octobre,  les taux à long terme américains ont gagné alors quelques 100 points de base, engendrant une perte annualisée de 20 % sur les portefeuilles  de titres d’État (10 ans) ;

Comment interpréter ce tournant ?

Est-ce l’anticipation d’une accélération de la reprise ? Est-ce l’anticipation d’un retour plus fort que prévu de l’inflation ? Est-ce qu’il annoncerait une lassitude plus marquée des détenteurs d’obligations du Trésor américain en liaison avec la perspective à venir de grandes difficultés sur le dollar (on pense particulièrement à la Chine) (4) ?

2. Au plan externe : L’examen de la balance des paiements des États-Unis (5) confirme combien ce pays a besoin de garder la pleine confiance de ses créanciers extérieurs et a, simultanément, besoin du maintien de la croissance chez ses partenaires.

Le déficit de la balance des paiements courants tombé de 798,4 milliards de dollars en 2006 à 379,7 milliards de dollars en 2009, se creuse de nouveaux  à 484,1 milliards de dollars sur les trois premiers trimestres 2010.

Le rapatriement  des capitaux enregistrés en 2008-2009 (fuite vers la qualité) a laissé la place à une augmentation des sorties nettes particulièrement  visibles pour ce qui concerne les investissements directs étrangers (IDE).

Les sorties à ce titre ont atteint 363,7 milliards de dollars sur les 9 premiers mois de 2010, contre 268 milliards de dollars en 2009. Elles dépassent toujours nettement les flux d’entrées (141,5milliards de dollars). Mais cela est aussi sensible pour ce qui concerne les dépôts à l’étranger ou les instruments du marché.

La couverture des sorties de capitaux et du déficit courant a été cependant largement financée par les achats de bons du trésor de la part des non-résidents, au premier rang desquels les banques centrales étrangères. Aujourd’hui,  47,3 % de l’encours des Bons du trésor des États-Unis est détenu par des créanciers extérieurs.

Cependant, malgré le creusement d’une position extérieure nette fortement négative, les États-Unis  continuent à dégager un important solde positif extérieur sur les revenus : 506 milliards de dollars ont été versés au reste du monde à ce titre par les États-Unis  sur les trois premiers trimestres 2010, tandis qu’ils ont reçu pour 698,6 milliards de dollars à ce titre de l’étranger (193 milliards d’euros) pour les trois premiers trimestres 2010.

Cela renvoie à une forte différence de rentabilité entre les avoirs américains à l’étranger et les avoirs étrangers aux États-Unis.

Dans les deux cas, on sait l’importance du rôle joué par l’Europe à la fois comme terre ancienne d’accueil des investissements américains et comme source d’investissements directs et de portefeuille aux États-Unis.

Le compromis  fiscal qu’a concédé Obama aux Républicains est appelé à détériorer sensiblement les pers- pectives budgétaires tout en accentuant l’attractivité des placements financiers outre-Atlantique.

Vers de nouveaux épisodes de crise en Europe

Après une contraction en septembre, la production industrielle a augmenté de 0,7 % en octobre. Néanmoins, la demande extérieure n’est pas aussi forte qu’au pre- mier semestre. Quant à la demande intérieure, elle reste atone à cause du chômage qui demeure très élevé et du fait, aussi, des mesures convergentes d’austérité.

La reprise reste contenue, incomplète, insuffisante et fragile.

Tout laisse entrevoir  un ralentissement de l’activité dans la très grande majorité des pays européens en 2011.

Les mesures d’économies déjà réalisées sont de l’ordre de 2,5 points de pourcentage de PIB en Espagne et de 4 points au Portugal, de 3 points en Irlande et de 2 points en Grèce.

Du côté des plus grands pays de la zone la réduction du déficit structurel attendu va de 0,5 point de PIB en Allemagne à 0,8 point en Italie et même 1,5 point en France.

Cependant ces efforts vont s’opérer dans un environnement macro-économique et financier très différent entre les pays dits « périphériques » et ceux qui sont accrochés à la locomotive allemande, et alors même que l’envolée des prix des matières premières a commencé de propulser l’inflation de la zone nettement au-dessus du seuil « autorisé » par la BCE (2 %) (6).

1. Dissymétries financières croissantes

En effet, un an environ après le début de la crise grecque, l’évolution des taux d’intérêts sur les dettes publiques suggère que les marchés financiers ont fini par imposer, entre les pays membres,  une stricte hiérarchie rappelant,  par bien des côtés, celle qui prévalait avant l’euro.

Les facteurs de désagrégation de la zone ont beaucoup augmenté.

Dans les pays « périphériques »  la politique monétaire de la BCE, relativement accommodante jusqu’en avril 2011, a été contrecarrée par la montée des « spread », c’est à dire l’écart entre le taux d’intérêt  payé sur leur dette publique respective et celui payé par l’Allemagne sur sa propre dette publique.

La récession se poursuit en Grèce et en Irlande et peine à s’achever en Espagne. Elle pourrait reprendre cette année au Portugal. Des risques de stagflation hantent les pays périphériques.

Des conditions différentes de financement se dessinent entre deux groupes de pays européens (7).

Premier groupe : Les États membres pour lesquels les conditions actuelles apparaissent compatibles, sur le papier, avec un ajustement des finances publiques car il combine des taux de croissance du PIB de l’ordre de 1,5 % l’an (2,5 % en Allemagne) et des taux d’intérêt réels généralement  inférieurs à 0,5 % (- 0,1 % en Allemagne).

Ces États seraient alors à même de stabiliser leur en- dettement avec un déficit primaire proche de 1 % du PIB.

 

 

                    

Taux de croissance réel

Taux d'intérêt réel

Différence

Belgique                                  +1,7%   0,1% +1,6
France          +1,6%  0,4%   +1,2
Autriche     +1,7% 0,3%      +1,4
Finlande       +2,1%      0,4%    +1,7
Pays-Bas    +1,7%  0,6%     +1,1

Source : Conjoncture: « Finances publiques en zone euro : le grand écart », 11, novembre 2010         

Deuxième groupe : À l’inverse, si les pays périphériques aux perspectives de croissance plus faibles (inférieures à 1 % l’an sauf en Grèce) continuent de se financer à des taux d’intérêt réels bien plus élevés (de 2,4 % en Espagne à 7,9 % (théorique) en Grèce), ils devraient dégager un surplus primaire bien supérieur au niveau actuellement visé et défini avec Bruxelles pour stabiliser leur endettement.

 

 

Croissance du PIB réel- intérêt réel

Espagne

-1,7

Irlande

-2,8

Portugal

-3,2

Grèc e

-9,7

 

Source : Conjoncture: « Finances publiques en zone euro:le grand écart », 11, novembre 2010

   

Il est clair que le relèvement uniforme du taux d’intérêt de la BCE en avril 2011, qui pourrait se renouveler en juin du fait de la vive hausse du prix des matières premières, va accentuer  les difficultés liées aux dissymétries de la zone. Il va donc accroître les problèmes  engendrés par les sur-endettements publics, alors que la croissance européenne est si insuffisante et fragile.

2. Un creusement des écarts de compétitivité

Cette dispersion des situations financières fait écho au creusement des écarts de compétitivité entre pays avec l’accentuation du leadership des capitaux allemands.

Une étude de l’OFCE (9) indique combien  les divergences entre pays membres de l’euro se sont accrues après 2003 avec le rebond du taux de change de l’euro.

Le décrochage italien connaît alors une nette accélération. La France, quant à elle, arrive à amortir l’impact de l’appréciation de l’euro grâce à de rapides gains de productivité apparente du travail (+3,2 % en moyenne entre 2003 et 2007) et surtout au prix d’importants sacrifices de marges à l’exportation, le tout au détriment de l’emploi et des salaires et d’une accélération de la désindustrialisation.

Au total, la compétitivité « prix » de la France ne se dégrade, sur cette période, que de 4,6 %, tandis que l’euro enregistre une hausse de près de 40 % par rapport au dollar. Lors du passage à l’euro, puis surtout lors de l’appréciation de ce dernier, l’Allemagne impulse une violente politique de désinflation compétitive visant, à la fois, à contenir sa demande intérieure et à accroître ses parts de marché à l’exportation.

                                                                                           

Est engagée, dès 1999, une formidable pression sur le coût salarial de l’emploi avec des exonérations d’impôts favorisant la multiplication d’emplois précaires et à temps partiels. Cela a été accompagné d’accords négociés entre syndicats et patronat visant à limiter la progression des salaires. Cette politique d’abaissement des coûts salariaux a été accentuée en 2002 par le biais d’accords de branche, puis avec les réformes  Hartz du marché du travail adoptées en 2003. Enfin en 2007, l’Allemagne a augmenté son taux de TVA de trois points, réduisant à due proportion des cotisations sociales.

Cette politique s’est traduite au total par une chute moyenne de 3,6 % des coûts salariaux unitaires dans l’industrie allemande entre 2003 et 2007, tandis qu’ils se stabilisaient en France.

Ainsi, la part des salaires dans la valeur ajoutée a fortement chuté en Allemagne, passant de 65,4 % en 2003 à 62,2 % en 2007 (57,8 % en 2008) tandis qu’elle se maintenait tant bien que mal en France et en Italie.

Il est clair que pour une bonne part, l’écart de compétitivité de l’économie allemande a été acquis au prix d’une compression des salaires, de l’emploi stable qui a pesé lourdement sur le dynamisme de la demande intérieure et, donc, sur la demande adressée aux principaux partenaires commerciaux de l’Allemagne, la France en tête.

Mais, simultanément à cette politique de déflation salariale, les entreprises allemandes ont accru la sous- traitance d’une partie grandissante de leur processus de production dans les pays d’Europe centrale et orientale.

Cette stratégie dite « d’économie de bazar » (9) a accru les performances à l’exportation de ces entreprises à base allemande, tant sur le marché intérieur européen que sur les marchés tiers, au détriment des partenaires européens de l’Allemagne.

Cette stratégie a été rendue possible grâce à l’euro qui a facilité, notamment, les énormes exportations de capitaux de l’Allemagne.

Les importations de biens en provenance de l’est-européen ont doublé entre 2000 et 2008, parallèlement à l’augmentation du stock de capital détenu dans ces pays qui représentait prés de 6,7 % du stock allemand en 2007, contre 4,5 % en 2000 (10).

Le passage à l’euro a tendu à égaliser les taux d’intérêt de tous les pays membres de la zone vers le niveau des taux allemands. Il a permis ainsi l’essor massif des exportations allemandes vers les pays d’Europe du Sud dont la croissance a pu être largement stimulée, alors, par un recours massif au crédit.

L’excédent commercial  de l’Allemagne est passé de 3,2 % du PIB en 1999 à 8,1 % en 2007.

Dans le même temps, la France est passée d’un excédent commercial de 1 % du PIB en 1999 à un déficit de 2,1 % en 2007.

Une part importante du déficit commercial français résulte des opérations réalisées avec les autres pays membres de la zone euro. Le profil est à peu près le même pour l’Espagne et l’Italie.

Par contre, le solde commercial intra zone euro s’est considérablement amélioré en Allemagne, passant de

36,3 milliards d’euros en 1999 à 114 milliards d’euros en 2007.

Il est manifeste que cette domination des capitaux allemands, encouragée par « l’euro fort » a contribué à affaiblir toute la zone euro.

En contribuant à y accroître le chômage, l’insuffisance de formation et de recherche, l’insuffisance de salaires et de demande ; et en suscitant un épanchement massif de croissance financière des capitaux vers les placements immobiliers et mobiliers, les opérations financières et, de plus en plus, vers l’extérieur, notamment vers les États-Unis et les pays émergents d’Europe et d’Asie.

C’est ainsi que, selon les statistiques compilées par la BCE (Bulletin mensuel décembre 2010), les sorties nettes de la zone au titre des investissements directs étrangers IDE ont atteint 404,9 milliards de dollars en montant cumulé en 2007, 2008, 2009. Fin septembre 2010, et sur 12 mois, ce montant atteignait 87,4 milliards d’euros  contre 74,5 milliards d’euros en 2009.

Cette saignée au titre des IDE a été compensée sur la période par les entrées nettes au titre des investissements de portefeuille (IP) de 695,7 milliards d’euros en 2007, 2008, 2009.

Mais il faut noter, cependant, que depuis un pic en 2008, avec 303,8 milliards d’euros, ces entrées nettes au titre des investissements de portefeuille tendent à se ralentir : 264,8 milliards d’euros en 2009 et 160,2 milliards d’euros à fin septembre 2000 sur 12 mois.

On notera l’ampleur des masses concernées : à fin septembre 2010 et sur 12 mois, les entrées nettes au titre des investissements de portefeuille équivalent à 1,8 fois le PIB de la zone, tandis que c’est une masse équivalente au PIB qui est sortie au titre des IDE.

La zone euro a permis à l’Allemagne de se consolider comme  créancier de ses pays membres. Et elle a permis un recyclage de ses créances telles que sa domination s’en est trouvée accrue. Aujourd’hui elle profite à plein de la reprise dans les pays émergents. Il est clair que l’Allemagne a besoin de l’euro et de la zone euro. Elle entend utiliser ses attributs de domination pour restructurer la zone euro, particulièrement au sud, comme elle a restructuré  les PECO à l’Est.

C’est dans ce contexte que les dirigeants européens, dans une véritable fuite en avant au service de la domination des marchés financiers, ont décidé de renforcer considérablement et d’élargir les disciplines communes de l’euro, lors du Conseil européen des

24 et 25 mars derniers, selon les normes exigées par Berlin (voir l’article qui lui est consacré dans ce même numéro, p. 3). 

 

(1) Monde chinois des affaires – Master année 2010-2011- Économie de la Chine — Partie II.

(2) Selon une estimation faite dans La Tribune (05/01/2011) à partir de données de la BCE, concordant avec une estimation rendue publique en avril 2010 par le Financial Times, la Chine détiendrait plus de 7 % du total des dettes publiques des États de la zone euro.

(3) En mars 2011, 216 000 emplois au total ont été créés, soit la plus forte hausse depuis mai 2010. L’emploi privé a progressé lui de 230 000 personnes (après +240 000 en février, revu à la hausse). Ce résultat est supérieur aux attentes (consensus : +190 000). Sur l’en- semble du premier trimestre, l’économie américaine a créé 478 000 emplois. Toutefois, compte tenu de l’importance des destructions d’emploi durant la récession, l’emploi salarié reste nettement inférieur à celui de début 2008 (-7 258 000 postes).

(4) L’agence d’évaluation  financière Standard and Poor’s a abaissé, le 18 avril 2011, la perspective sur la dette des États-Unis, désormais « négative », en raison des déficits budgétaires « très importants » et du niveau d’endettement, et de l’absence d’une politique claire pour y remédier. « Parce que les États-Unis ont, par rapport aux autres pays notés ‘AAA’, ce que nous considérons comme des déficits budgétaires très importants et un niveau d’endettement gouvernemental en hausse, et que le chemin pour traiter (ces problèmes) n’est pas clair, nous avons révisé notre perspective sur la note à long terme de « stable’à ‘négative » », a indiqué S & P dans un communiqué.

(5) BNP Paribas Economic Research Department : Conjoncture Taux Change, décembre2010.

(6) En mars  2011,  le taux d’inflation en zone  euro s’est  accéléré, à +2,7 % sur un an. La hausse sur les derniers mois est nette (+2,4 % en février) et l’inflation est  au plus haut  depuis 2008.  Il s’agit du 4e mois consécutif au-dessus de 2 %, la cible de la Banque centrale européenne. Celle-ci a relevé de 25 points de base, le 7 avril 2011, le taux  d’intérêt  des  opérations principales de  refinancement de l’euro-système, le portant à 1,25 %. La probabilité d’une nouvelle hausse dès le mois de juin est forte.

(7) Les services d’études économiques de BNP Paribas ont calculé que, compte tenu des données disponibles en novembre 2010, l’Italie était alors  le seul  pays  qui semblait bénéficier de taux d’intérêt en ligne avec ses perspectives de croissance (PIB : +1,2 % et taux d’in- térêt  réel (inflation déduite) : 1 %) serait  théoriquement à même de stabiliser son taux d’endettement en rééquilibrant le solde primaire de  ses finances publiques (solde  avant  paiement des  intérêts de la dette). Cerisier F. : « Finances publiques en zone euro : le grand écart », Conjoncture, novembre 2010, p.3-12.

(8) Blot C. et M. Cochard : « Compétitivité de la zone euro – La compétitivité à tout prix », Lettre de l’OFCE, 322, mardi 6 juillet 2010. (9) Sinn H.W. : « The dilemma of globalisation, a german perspective », Économie internationale, (100), 2004, p. 111-120.

(10) Stephan C. : « Allemagne, des excédents pour longtemps »,

Conjoncture, octobre 2010.

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