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Modèle allemand : gare au piège !

Sarkozy assure que pour une « France forte », il faut se caler sur le « modèle allemand » en matière de compétitivité. Au nom de quoi, il multiplie les mesures et promesses visant à « baisser le coût du travail », à précariser  l’emploi, flexibiliser les salaires, faire disparaître les trente-cinq heures, mettre en cause les droits sociaux des salariés et des chômeurs. Parallèlement, les médias ne cessent de montrer comment les réformes Hartz du marché du travail ont précarisé tout un pan du salariat allemand dans la première décennie 2000… Comme si c’est cela même qui explique- rait l’efficacité supérieure de l’industrie allemande. C’est un énorme piège bâti sur un mensonge qui consiste à faire croire que la compétitivité allemande a été acquise par la baisse du coût du travail et que, donc, sa force tiendrait à la précarité de son salariat qu’il faudrait imiter pour rendre la « France forte ». Les ressorts de la compétitivité industrielle allemande sont tout autres.

INDUSTRIE MANUFACTURIERE : COUT DU TRAVAIL PLUS FAIBLE EN FRANCE

Coût horaire de la main d’œuvre 2008 (en euros)            2010 (en dollars
France             33,20 € 43,8 $
Allemagne      33,40 €       40,6 $

   source : Eurostat-INSEE                                                   source : département du travail USA

L’un des principaux points forts de l’industrie allemande réside dans la construction automobile qui représente 40 % des exportations industrielles de ce pays, alors que la France, qui dispose de deux grands groupes (Renault et Peu- geot), présente, dans ce secteur, un déficit commercial qui est passé de 3,8 milliards d’euros en 2010 à 5,3 milliards en 2011. Pourtant…

Coût horaire main-d’œuvre (industrie automobile - 2008

France… 33,38 €

Allemagne… 43,14 € Source : Eurostat-INSEE

SALAIRES BRUTS : PLUS ELEVES EN ALLEMAGNE

Selon le rapport de juin 2010 de la Commission des comptes de la Sécurité sociale, le salaire annuel brut moyen des salariés travaillant à temps plein, de l’industrie et des services, est largement plus élevé en Allemagne qu’en France : 43 942 euros en 2008, contre 32 826 euros, soit un écart de 34 %. Et, s’il est sensiblement plus faible pour le revenu net après impôt, il demeure cependant nettement positif : 25 617 euros en Allemagne contre 23 694 euros en France.

L’AVANTAGE ALLEMAND : LES RELATIONS BANQUES-INDUSTRIE

En France, les banques, largement privées, sont très extraverties. Beaucoup plus rentables qu’en Allemagne, elles ont énormément développé leurs opérations sur le marché financier et en dollars, aux États-Unis notamment, alors même qu’elles n’ont cessé de rationner le crédit pour les PME et les investissements de capacité en France nécessitant emplois et formations. Leur activité de placement pour compte propre, avec toute la spéculation qui l’accompagne, est devenue très importante dans les années 1995-2000.

En Allemagne, le secteur public, ainsi que les secteurs coopératif et mutualiste, dominent pour plus des 2/3 le marché bancaire allemand. Les banques des Länder détiennent elles-même plus de 20 % de ce marché. Ce pays a développé le concept original de « hausbank » (banque maison) : les entreprises allemandes entretiennent avec leur banque, souvent unique, des relations suivies de partenariat à long terme et lui confient la plupart de leurs opérations tandis que leur gestion fait l’objet d’un suivi attentif de la part de la hausbank. Ce type de relation fait que les faillites de PME, notamment, sont moins nombreuses en Allemagne qu’en France et que les banques allemandes présentent des taux de rentabilité très inférieurs à leurs homologues en France. Malgré la montée du marché financier dans les années 2000, ce principe demeure toujours prédominant outre-Rhin. Il permet à l’industrie allemande d’afficher une meilleure liaison recherche-formation-production  et une compétitivité hors-coût supérieures à celles de la France.

RECHERCHE & DéVELOPPEMENT : L’ALLEMAGNE LOIN DEVANT

En moyenne, sur la période 2000-2008, les dépenses en R & D représentaient 2,3 % de la valeur ajoutée en France, contre 2,8 % en Allemagne.

 

Perspectives de dépenses en

R&D (2012)

Perspectives de dépenses en

R&D du privé dans l'industrie

Part dans la R&D

industrielle mondiale

France

51 Mds€ (2,87% PIB)

28 Mds € (65% du total)

5,30%

Allemagne

90 Mds € (2,24% PIB)

58 Mds € (55% du total)

10,10%

Source : Les Echos        (20/02/2012)

FORMATION : GÂCHIS DE FONDS DES ENTREPRISES FRANçAISES

 L’Allemagne compte trois fois plus de jeunes formés en alternance que la France : 1,5 million contre 600 000. Le taux de chômage des moins de 25 ans, fin 2010, y était de 5,5 % contre 7 % pour l’ensemble de la population, alors qu’il était, à la même époque, de 24 % en France, contre 9,3 % pour toute la population.

 En Allemagne, ce sont les entreprises qui, traditionnellement, dépensent pour la formation professionnelle. Elles forment un nombre de jeunes supérieur à leurs besoins personnels car elles assument en partie la responsabilité de garantir en permanence la disponibilité d’une main-d’œuvre opérationnelle pour l’économie dans son ensemble.

 Avec un budget moyen de 1,04 million d’euros en 2007, les sociétés françaises sont, et de loin, celles qui consacrent le plus de moyens à la formation professionnelle de leurs collaborateurs. Avec un montant de 836 000 euros, les entreprises allemandes occupent la deuxième place. Pour autant, le taux d’accès des salariés à la formation est plus élevé en Allemagne qu’en France (CEGOS - 2007).

Heures de cours de formation professionnelle continue par participant

1999                2005

France..........................................................            36                      26

Allemagne....................................................           27                      30

Source : A. Chéron  « Lévolution de la formation professionnelle continue : une perspective internationale », Edhec, janvier 2011

L’IRRESPONSABILITE  NATIONALE DES GROUPES FRANçAIS

 En Allemagne les grands groupes se préoccupent plus de l’efficacité des PME, notamment en définissant avec les concurrents  des normes communes,  alors qu’en France ils imposent des conditions écrasantes de compétitivité, sans partage des coûts et résultats des recherches, sans partage de l’effort de formation qualifiante, obligeant nombre de sous-traitants à délocaliser.

 Les firmes françaises, par rapport à leurs homologues allemandes, ont « le plus souvent privilégié une stratégie de production complète à l’étranger. Ainsi, les constructeurs automobiles français ont plus souvent choisi de délocaliser dans des pays à bas coût l’ensemble de la production de certains modèles, de telle sorte qu’ils ont pour la première fois en 2006, produit plus d’automobiles à l’étranger qu’en France. Pour faire image, les producteurs allemands ont choisi le modèle industriel de la Porsche Cayenne, les Français celui de la Logan, la première étant conçue et assem- blée en Allemagne à partir de pièces détachées fabriquées à l’est, tandis que la seconde est produite et exportée, pour l’essentiel, depuis la Roumanie » (Conseil d’Analyse Économique-Rapport n° 81-31/12/2008, p, 36).

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