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Crédit agricole : l’histoire d’une dérive

Né à la fin du XIXe siècle, le Crédit Agricole répond aux soucis des agriculteurs  de financer les besoins de l’agriculture. Sa structure coopérative  a perduré  dans sa forme originale jusqu’en 1987.

Il a connu un essor important au cours des années 60 et 70 grâce aux lois d’orientation agricole de 1962, il a financé la modernisation, la restructuration, la concentration de l’agriculture de production et de transformation. À ce titre, il a conservé les excédents d’exploitations qu’il a transformés en capitaux propres dans chacune de ses caisses régionales. En vertu de son organisation décentralisée, de ses nombreuses agences, il a capté durant toute cette période une épargne importante et sécurisée.

La Caisse Nationale  de Crédit Agricole était notamment chargée d’assurer la péréquation de la collecte et de l’acheminer vers les caisses plus utilisatrices en crédit. Ainsi le Crédit agricole est devenu un acteur prépondérant du financement de l’économie des départements avec des parts de marché le plaçant en position de leader.

Cette structure a perduré jusqu’à 1987, ou la vague de privatisation va entraîner celle de la caisse nationale de crédit agricole qui deviendra crédit agricole SA.

L’opération  consiste dans le rachat de l’établissement public par les caisses régionales qui conservent leur statut coopératif. À noter que dès 1988 le sigle passe de Crédit Agricole Mutuel à Crédit Agricole. C’est le tournant et le début de la rentabilisation du groupe, de sa financiarisation, de sa déréglementation qui le conduit vers la banque assurance. Cette course à la rentabilité sera payée par les salariés, les sociétaires et les clients.

Dès 1989, les dirigeants  engagent une restructuration déclinée dans un projet de groupe qui prévoit de fusionner les caisses régionales pour en amener le nombre vers une quarantaine à la fin des années 1990 contre 90 avant la privatisation. Des restructurations  informatiques sont conduites parallèlement afin de diminuer le coût du travail. Ce projet de groupe prévoit par ailleurs « de conduire une baisse des effectifs de 1 à 2 % par an » afin de multiplier les bénéfices par 2 d’ici à 1995.

Des luttes à l’initiative de la CGT, défavorables  à la privatisation et au recul social projeté par le projet de groupe ne seront pas suffisantes pour empêcher les syndicats réformistes d’approuver et la privatisation et la nouvelle convention collective  mise en place le 01/04/88. En effet, la Fédération Nationale du Crédit Agricole, chambre patronale, réussit à la faire signer. Celle-ci se caractérise  par une individualisation des rémunérations et de leur évolution, elle sera l’outilqui permettra de réduire le poids relatif des frais de personnel par rapport au produit net bancaire. Elle instaure de plus un lien qui sera croissant entre individualisation des rémunérations et objectifs individuels. Elle tourne le dos à la précédente dont la base de la grille des salaires consistait à rémunérer des compétences requises pour tenir les emplois bancaires et rémunérer l’expérience acquise par l’ancienneté.

L’objectif de doublement des profits est devenu nécessaire au groupe pour renforcer les fonds propres des caisses régionales pour poursuivre l’ambition de croissance externe qui sera financée par une ponction sur les fonds propres des Caisses régionales. Ce sera le cas en 1997, le groupe achètera INDOSUEZ pour  13 milliards de francs. C’est le départ d’une nouvelle orientation plus financière qui amène le groupe vers les marchés, l’international, la spéculation financière. La technostructure  dirigeante impose aux conseils d’administration des caisses régionales un vote favorable. Ces derniers deviennent en fait des chambres d’enregistrement où les représentants du monde agricole issus des rangs de la FNSEA sont largement majoritaires.

La course à l’effet taille devient l’objectif principal pour affronter le marché européen et la mondialisation. INDOSUEZ devenu  crédit agricole Indosuez est l’instrument du Crédit Agricole pour lui permettre de « profiter » du traité de Maastricht prévoyant notamment la libre circulation des capitaux. À cette fin, la déstructuration  de la collecte est à l’œuvre, les caisses régionales transforment  une collecte sécurisée pour les clients en plan épargne en actions, contrats d’assurance vie, SICAV, fonds communs de placement. Ces nouveaux produits alimentent la spéculation boursière.

L’introduction en Bourse du groupe intervient en 2001 et parachève cet édifice, les caisses régionales créent la SAS La Boétie qu’elles contrôlent à 100 % et qui détient 54 % de Crédit Agricole SA, les 46 % restant sont levés sur le marché boursier et 10 % est réservé aux salariés. Ce montage  financier permettra de contrôler tout risque d’OPA et favorisera dès 2003 le rachat du Crédit Lyonnais pour 20 milliards d’euros, poursuivant ainsi la course à l’effet taille. L’action Crédit Agricole introduite à 16 € montera à 34 € fin 2007 pour retomber à 8 € au début de l’année 2009.

Socialement, le groupe réduit ses emplois, diminue le coût du travail, ainsi pour la première fois en 2002, le montant des profits dépasse la masse salariale. Le prix à payer est une dégradation  sans précédent de la qualité du service, alors que celui-ci est facturé et concourt à la formation  des profits.

Le Crédit Agricole n’échappe pas aujourd’hui aux conséquences de la crise financière.

Il s’est éloigné de ses missions premières, le financement utile de l’économie locale, de la valeur ajoutée et des emplois. Il s’est fourvoyé au travers de sa filiale CALYON dans des opérations risquées (subprime) qui l’obligent à une dépréciation de ses actifs de 6,5 milliards d’euros. Forts de ces constats les communistes proposent une réorientation fondamentale de l’activité du Crédit Agricole.

Il conviendra de réorienter l’activité bancaire vers des missions d’utilité publique et de financement d’une économie utile pour permettre aux populations de vivre, de se loger et de travailler dans des conditions dignes du XXIe siècle. Cela supposera de sécuriser à nouveau l’épargne pour la tranquillité des clients, laquelle épargne servira de matière première au financement des crédits pour les investissements, le logement, la formation, l’emploi...

Nous proposons également que les taux d’intérêt des crédits soient minorés pour tout financement créateur d’emplois durables, embauchant des salariés bien formés et en conséquence bien rémunérés. Mais aussi, tout financement contribuant à la production agricole de qualité économe d’engrais, de produits de traitement et respectueuse de l’environnement. A contrario, tout financement détruisant des emplois, délocalisant des productions serait fortement taxé par un taux d’intérêt dissuasif.

Il nous semble nécessaire de remettre Crédit Agricole SA sous contrôle public et dans le même temps de remutualiser les Caisses régionales en transformant les conseils d’administration. À ce titre, les salariés devront y siéger avec des pouvoirs de décision significatifs jusqu’au droit de veto pour toute décision contraire à l’intérêt public. Nous proposons également que siègent dans ces conseils d’administration une représentation réelle de ce qu’est devenu le sociétariat.

Voilà quelques lignes qui permettent de comprendre l’évolution parasitaire d’un groupe puissant dont la réorientation totale permettrait d’en faire un acteur utile pour l’économie de nos régions, les propositions sont bien entendu mises en débat afin de les enrichir.

 

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