Accueil
 
 
 
 

Le Capital de Marx, son apport, son dépassement Au-delà de l’économie (Bonne feuille)

Paul Boccara - Éditions Le Temps des cerises, 2012, 174 pages, 14 €.

Préface

Les formidables secousses de la crise financière de 2008, de la récession mondiale de 2009, des crises des dettes publiques européennes et de l’euro de 2010-2012, ont mis en cause les illusions sur l’équilibrage normal et de lui-même du système capitaliste, contrairement aux dogmes néolibéraux. En même temps, a commencé à se réveiller l’intérêt pour les analyses critiques fondamentales de Marx dans Le Capital, sur les contradictions du système historique, ses aliénations, son caractère transitoire. De même, il y a un retour à un Keynes critique. Et cela pour la réponse à la crise systémique mondiale. Mais celle-ci n’est pas seulement économique. Elle concerne toute la civilisation.

Ce petit livre, qui vise à répondre à une demande sur les analyses du Capital, ne se contente pas de reprendre, de façon résumée, les analyses fondamentales de l’œuvre maîtresse de Marx. Il indique aussi, plusieurs développements possibles pour l’élucidation des défis de notre temps. Cela concerne encore des dépassements de l’analyse économique elle-même, par celle des questions non économiques et de toute la civilisation de nos sociétés. Sont évoqués, en outre, des rapprochements souhaitables, avec les autres théories critiques du capitalisme et de la société correspondante.

Sur le plan économique, si l’on doit partir des analyses théoriques critiques antérieures les plus radicales et rigoureuses, comme celles de Marx et des marxistes, plus encore que celles de Keynes et des keynésiens à ne pas négliger pour autant, il ne s’agit pas de les délayer dans des considérations simplistes, mais au contraire d’aller bien au-delà. Partir du Capital de Marx se distingue de vagues considérations en son nom, y compris par des philosophes bien intentionnés. Mais cela ne peut, non plus, se réduire à l’abc de données théoriques. Il s’agirait d’avancer à partir de ses pointes extrêmes, comme l’analyse de « la suraccumulation et de la dévalorisation du capital ». Et le rapprochement souhaitable des analyses néomarxistes avec les analyses néokeynésiennes et autres théories hétérodoxes et critiques, ne signifie pas réduire les analyses au plus petit commun dénominateur et gommer les avancées néomarxistes originales.

Et surtout, il ne s’agit pas du tout de s’enfermer dans les théories passées critiques, mais de s’en servir comme des tremplins. En ce qui concerne Marx et Le Capital, cela ne concerne pas seulement la poursuite et la refondation théorique des analyses marxistes sur les stades historiques du capitalisme.

Il s’agit d’introduire à l’ensemble de la crise systémique actuelle du capitalisme mondialisé, de son originalité et de sa radicalité, qui est la base des propositions d’avancées vers une autre construction systémique. Cela concerne de véritables mutations de la réalité, de véritables révolutions des opérations techniques sociales du système, et donc demande des mutations de la pensée théorique elle-même.

Il ne s’agit donc pas de relire pour les répéter les analyses de Marx, de façon dogmatique, voire de les résumer en les amputant, face aux phénomènes très nouveaux de la crise radicale contemporaine du système capitaliste mondialisé. Certes, les analyses de son œuvre fondamentale Le Capital, contribuent à éclairer théoriquement les contradictions et les antagonismes fondamentaux du capitalisme, ainsi que les grandes tendances de son évolution et de ses transformations jusqu’à sa mise en cause.

Mais, si l’on ne veut pas faire injure à Marx, au lieu de pouvoir utiliser son travail de façon efficace, il convient de ne pas traiter son œuvre comme une doctrine religieuse, mais au contraire de la considérer comme un moment, lui-même évolutif, dans la progression d’une analyse scientifique, par définition inachevée et à poursuivre. Sans cette progression fondamentale des analyses, au-delà du Capital en mouvement, jusqu’à des propositions de construction systémique d’une civilisation nouvelle, on ne peut utiliser cette œuvre de Marx et, en fait, on la stérilise. Il s’agit de la développer. Et il s’agit aussi de pouvoir partager le plus possible ses développements nouveaux néomarxistes, avec d’une part, les théoriciens critiques et hétérodoxes non marxistes, et, d’autre part, avec l’ensemble des acteurs des mouvements sociaux et politiques critiques.

Marx lui-même, par-delà le caractère inachevé du Capital, situait explicitement son œuvre fondamentale comme un moment réduit à l’analyse des « principes essentiels » du système économique capitaliste. Il posait donc le besoin de sa continuation dans une étude ultérieure de la réalité « phénoménale » ou concrète du capitalisme, notamment sur les crises, le rôle économique de l’État, les services, le marché mondial, etc. En outre, étant donné l’immaturation de l’évolution du capitalisme de son temps, à la différence des socialistes dits utopiques, Marx se contentait de proposer quelques formules très générales sur un système futur. Il n’a pu développer, à partir des concepts auxquels il avait abouti, notamment sur la régulation, les crises et les transformations du système, des propositions précises pour éclairer les voies de sa transformation radicale par la construction d’un nouveau système, d’une nouvelle formation sociale, au-delà des luttes quotidiennes dans le système lui-même.

Contrairement à une réduction au livre 1er du Capital, Marx ne se limitait pas à l’analyse de l’exploitation capitaliste et de la plus-value. L’analyse théorique de la marchandise et de la monnaie conduit certes à celle de la force de travail, achetée comme marchandise et exploitée, en produisant, au-delà du salaire, de la plus-value, fournissant le profit accumulé en capital et rentabilisant le capital par un taux de profit. Mais Marx aboutissait dans le livre III, à une esquisse inachevée sur les limites de la rentabilité ou de la profitabilité et de l’accumulation des capitaux, caractérisant les crises du capitalisme. Cela concerne l’excès d’accumulation ou la suraccumulation du capital. Et il ébauche les solutions de réponse à cette suraccumulation dans l’évolution économique, à travers ses fluctuations et aussi ses transformations.

C’est précisément à partir de cette régulation par crises du système, auquel aboutit tout Le Capital, que l’on peut poursuivre son analyse, dans une théorisation néomarxiste, en abordant la réalité phénoménale du capitalisme. Et cela, depuis les crises de surproduction conjoncturelles jusqu’aux crises proprement systémiques et aux réponses des transformations historiques du système lui-même, jusqu’à sa mise en cause et son dépassement possible. Il s’agit de répondre à la crise systémique en cours, majeure, à ses explosions récentes et à leurs défis, en relation avec les mutations qui constituent des révolutions techniques et développent la radicalité de la crise du système d’ensemble, économique et aussi anthroponomique.

En effet, une question cruciale concerne l’exigence d’aller au-delà de l’économie, à partir des travaux de Marx et de ses indications, pour traiter des aspects non économiques de la société, que nous appelons « l’anthroponomie », le système de transformation de la nature humaine.

Selon Marx, en transformant la nature extérieure (avec l’économie), les êtres humains transforment leur propre nature humaine. Marx lui-même considérait que ces questions étaient au moins aussi décisives que celles de l’économie, même si ses indications et ses travaux importants là-dessus n’ont pas été développés de façon systémique. Cela concerne les rapports parentaux, les rapports psychiques et idéologiques concernant les activités de production, les rapports politiques, les rapports informationnels et culturels. L’économie du capitalisme et l’anthroponomie du libéralisme, combinées, formeraient la civilisation occidentale, aujourd’hui largement mondialisée et en crise radicale.

D’où le besoin d’avancer, à la fois, sur l’analyse de l’anthroponomie, sur la crise de civilisation en cours et sur des propositions de transformations radicales, non seulement économiques mais aussi anthroponomiques pour aller vers une autre civilisation de toute l’humanité.

SOMMAIRE

Préface

Chapitre I. De la conception matérialiste de l’histoire à l’analyse systémique et aux principes essentiels du capitalisme

Chapitre II. Les formes essentielles du fonctionnement du capitalisme et son originalité

Chapitre III. Du fonctionnement au développement et aux stades du capitalisme

Chapitre IV. De la suraccumulation du capital aux crises et transformations du système et à sa mise en cause radicale

Chapitre V. Développement au-delà du Capital et rapprochement avec les autres théories économiques critiques pour des propositions de transformations

Chapitre VI. Du développement de la théorie du Capital à son dépassement par des analyses systémiques en économie et anthroponomie

Chapitre VII. Une crise de civilisation. Des propositions pour avancer vers une nouvelle civilisation

Postface

 

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.