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Affaire Cahuzac : non au discours dangereux du « tous pourris »

Avant-hier, le 2 avril, Jérôme Cahuzac était mis en examen après son audition au pôle financier de Paris pour blanchiment de fraude fiscale. Il a en effet avoué avoir détenu des comptes off-shore. C'était Mediapart qui en décembre dernier avait révélé détenir un enregistrement d'une conversation entre Jérôme Cahuzac et son conseiller financier au sujet d'un compte chez UBS, une banque suisse. L'ex-Ministre du Budget décidait alors de nier en bloc et avait même déclaré qu'il porterait plainte contre le site d'information pour diffamation. De nombreux leaders d'opinion le soutenaient comme Jean-Michel Apathie, qui avait ainsi violemment attaqué Mediapart.

 

Jérôme Cahuzac s'est justifié, outré de ces allégations, devant le Président de la République et le Premier Ministre mais aussi devant l'Assemblée Nationale et enfin devant les Français. Il a ainsi bénéficié d'un soutien sans faille de la part des cadres du Parti Socialiste mais aussi des membres du gouvernement.

 

Cette affaire, qui vient illustrer la collusion entre « puissances de l'argent et pouvoirs politiques », selon Pierre Laurent, surgit à un moment inopportun : celui d'une crise de suspicion et d'un défaut de confiance en la personne du Président ainsi qu'en l'efficacité de la politique de son gouvernement. De fait, Jérôme Cahuzac a fait entrer le gouvernement dans une « spirale du mensonge » qui les discrédite dorénavant auprès de l'opinion publique. En effet, ces actes sont d'autant plus répréhensibles qu'ils émanent de celui qui était chargé, en tant que Ministre du Budget, de résoudre le problème de la fraude fiscale. Mais ces actes font aussi gravement écho à l'idée de « République exemplaire » qui était le mantra de François Hollande durant sa campagne, par opposition aux nombreuses affaires qui avaient entachées la présidence Sarkozy.

 

Ce discrédit permet surtout aux discours d'extrême droite de trouver un terreau fertile pour dénoncer les élites et leur corruption généralisée : la rengaine du « tous pourris » a donc bon dos ces derniers jours. Marine Le Pen a d'ailleurs déclaré hier sur i>Télé que cette affaire s'ajoutait à « la longue liste vertigineuse des dirigeants politiques condamnés ou mis en cause », parlant alors d'un « mensonge d’État ». A son tour, Steeve Briois, le Secrétaire Général du Front National, n'a pas attendu pour pointer du doigt la « responsabilité collective des caciques socialistes » dans cette affaire. Le Front National cherche donc à se faire le héraut de la « politique moralisée » en dénonçant un manque de moralité général dans l'exercice de la responsabilité politique : un manège somme tout assez opportuniste qui, à travers le discours du « tous pourris », ne mène à rien sinon à renforcer la défiance des Français dans l'exercice de ce qui unit chaque citoyen, c'est-à-dire la politique, et qui au final ne sert que leur propre intérêt électoral.

 

Le vrai problème n'est pas tant un problème de moralité, comme veut le faire croire le FN. Mais c'est un problème de probité et de sens de l'intérêt général, des sentiments qui devraient animer tout représentant politique. C'est ce dont manquent nos dirigeants, ce qui ternit fortement l'image de la politique et de ceux qui la font au quotidien, comme les militants ou les élus. Le règne des affaires et la collusion entre puissances de l'argent et pouvoirs politiques sont les vrais problèmes à souligner ici, car ils sont à l'origine de conflits d'intérêts qui nuisent au climat de la vie politique.

 

Révélation fâcheuse pour le FN. Il s'avère que Jérôme Cahuzac entretenait des liens forts avec deux membres éminents du parti d’extrême droite : les avocats Philippe Péninque et Jean-pierre Emié, ex-gudards convaincus. M.Péninque aurait en effet œuvré à l'ouverture du compte « gênant » de Cahuzac en 1992. Cette information met Mme Le Pen dans une situation difficile, elle qui criait, hier, dans un petit village des Ardennes, au « mensonge d'état », elle qui dénonçait l'intégralité de la classe politique en place, assumant que « Le FN n'[était] pas assimilé à ce système-là. Nous n'avons pas de conflit d'intérêts, car nous n'avons pas d'intérêts. Nous ne sommes otages de rien. » . Elle prend alors le parti de minimiser l'accusation concernant l'implication de Philippe Peninque, déclarant que le fait d'ouvrir un compte n'était en rien préjudiciable. Elle oublie de préciser quelle était la nature du commerce que ce dernier entretenait avec Cahuzac. Une opération obscure au cours de laquelle Peninque recommandait le chirurgien capillaire à bon nombre de ses clients tandis qu'il se chargeait de placer les sommes gagnées et s'occupait de la gestion des comptes de l'ancien ministre. Des pratiques douteuses d'autant plus inquiétante que M. Péninque passe pour le conseiller officieux de Mme Le Pen, son Raspoutine. « Tête haute et mains propres »? Il sera permis d'en douter. « Tous pourris » ? Certainement pas, mais ceux qui firent de ce mot leur credo pourraient bien être la source de la contamination.

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