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« Ca cocogite » sur le nouvel état du monde...

le 26 November 2009

Les dirigeants des principales puis-sances capitalistes doivent consta-ter que leurs politiques sont obsolètes dans le nouvel état du monde. Ils passent du G8 au G20 pour donner l'illusion d'une maîtrise plus collective. Mais ce XXIe siècle commençant exprime tellement de nouveaux besoins, de nouvelles contradictions, de nouvelles potentialités que les adaptations ne suffisent jamais.

La configuration d'ensemble des relations internationales a été bouleversée. Les contradictions et les antagonismes idéologiques, politiques et stratégiques Est/Ouest et Nord/Sud du XXe siècle ont été balayés. Le bloc de l'Est a disparu. Le tiers-monde, comme ensemble, n'existe plus. Il y a maintenant de grandes zones de croissance capitaliste en dehors de l'aire occidentale. Les nombreux « émergents » contribuent à dessiner un contexte de rivalités de puissance et de contradictions intercapitalistes. Les politiques de guerre en Irak et en Afghanistan et la stratégie d'hégémonie globale des Etats-Unis ont été mises en échec malgré une puissance rarement égalée. Obama fut obligé d'adresser un message aux musulmans pour corriger le rejet massif des Etats-Unis, notamment le monde arabe. Son administration se heurte à une Amérique latine qui affirme sa souveraineté et met en cause le néo-libéralisme, voire certaines règles du capitalisme. Washington ne peut pas prétendre maîtriser à sa guise les relations internationales.

Des limites et des seuils ont été atteints dans les modes de gestion capitalistes et dans les politiques de puissance. La chute du mur ne fut pas le seul facteur des transformations. Avec l'extension mondiale du néo-libéralisme et la révolution informationnelle, le monde a basculé dans une globalisation d'où surgissent toutes les contradictions du mode de développement capitaliste et toutes les impasses : impasse de l'ajustement structurel et de la politique de prédation au Sud ; impasse d'une construction européenne néo-libérale déconnectée des attentes populaires ; impasse sécuritaire du primat de la force et du militaire ; impasse institutionnelle avec le directoire des G2, G8, G20, alors que les enjeux mondiaux appellent un véritable multilatéralisme. Le défi est celui d'un nouvel ordre international. Avec une ONU transformée. Contre les politiques de puissance qui continuent, dans des stratégies néo-impérialistes, à dominer les relations internationales malgré l'échec majeur auquel elles ont conduit. Il faut donc désarmer, sortir d'une conception militaire de la sécurité pour démilitariser les relations internationales.

Le XXIe siècle s'ouvre sur une globalité mondiale contradictoire. La mondialisation capitaliste n'a supprimé ni les frontières, ni les nations. La crise fait renaître des protectionnismes. Mais cette mondialisation efface les distances et le temps et chaque problème a une résonance partout dans le monde. Tous les problèmes sont liés. La problématique du climat le montre. Les changements climatiques sont un risque en eux-mêmes. Ils fragilisent aussi les conditions du développement. Ils aggravent les insécurités et les causes de conflits sur la terre, les ressources, les migrations… Le problème ne se résume pas à la limitation du réchauffement… Alors comment traiter la question si l'on ne donne pas aux peuples les moyens du développement, l'accès à l'énergie, les infrastructures, les productions, les formations et les emplois nécessaires ? Cette globalisation économique et financière est une formidable machine à engendrer de l'inégalité, des injustices et de l'exploitation, mais aussi des dérives identitaires et communautaristes. Le système ne cesse de produire de nouvelles et violentes fractures entre les peuples. Il sait aussi exacerber les tensions plus anciennes là où se cristallisent des intérêts économiques et stratégiques majeurs et des crispations idéologiques et nationalistes. Mais il suscite contre lui le rejet massif d'un ordre occidental fondé sur une suprématie illégitime et dépassée. Cet ordre se poursuit dans le mépris consternant des droits nationaux du peuple palestinien.

Que faire dans ce monde bouleversé ?

La politique étrangère de la France est à redéfinir tellement le néo-conservatisme sarkozyen porte tort au rôle français dans le monde et à la capacité de notre pays à définir une réponse efficace, française et européenne, à la crise. Le débat sur la responsabilité internationale de notre pays, notamment en Méditerranée, au ProcheOrient et en Afrique doit être pleinement ouvert. La question de l'Europe est aussi cruciale pour l'alternative. Le projet européen est en crise. Sa refondation s'impose dans une bataille pour en infléchir dès aujourd'hui le cours. L'Europe fut jusqu'ici essentiellement un vecteur de la mondialisation capitaliste et un partenaire privilégié des Etats-Unis dans le cadre de l'OTAN. La légitimité, la crédibilité de l'idée européenne en ont été atteintes, alors que le besoin d'institutions et de politiques communes est plus fort que jamais. Enfin, l'exigence est à l'universel contre un capitalisme qui divise. Des solidarités concrètes, un internationalisme de nouvelle génération sont à construire, alors que la conscience de l'unicité du monde et d'une communauté d'avenir face aux enjeux de civilisation ont singulièrement progressé. L'idée tend à s'imposer que les changements à opérer sont nécessairement structurels. Ce fait politique est tout sauf anodin.