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Rassembler dans les luttes pour l'alternative radicale d'un autre euro

Paul BOCCARA, Frédéric BOCCARA, Yves DIMICOLI,

Denis DURAND, Jean-Marc DURAND, Catherine MILLS

 

L'article collectif « Contre l'austérité en Europe luttons pour un autre euro », publié dans l'Humanité du 12 juin dernier, a connu un grand retentissement à gauche, en France et, au-delà, en Europe.

Face à une argumentation précise, certains, comme Jacques Sapir, ont choisi le terrain du dénigrement. C'est un aveu de faiblesse face aux critiques des illusions de fausse radicalité en Europe.

Il convient, cependant, de renouveler l'argumentation en faveur des propositions concrètes, radicales et rassembleuses à gauche, portées par les économistes communistes dans le cadre du Front de gauche, contre les tentatives de semer le trouble, d'intimider et de brouiller les pistes dans un débat d'une grande importance politique.

Soulignons seulement trois points fondamentaux sur lesquels, loin de laisser dénigrer les positions alternatives, il convient de développer des luttes unitaires.

Premièrement : Contre la prétendue solution radicale de sortie de l'euro, la « raison la plus importante » opposée à cette fausse solution, comme cela a été avancé dans l' Humanité du 12/06, concerne la désertion de la bataille déjà engagée pour un autre euro, une autre BCE et une autre construction européenne.

Cela concerne la proposition d'un nouveau crédit pour sécuriser et promouvoir l'emploi à partir de la BCE et, aussi, une autre création monétaire de cette dernière pour alimenter un Fonds européen de développement social, solidaire et écologique, notamment pour une expansion des services publics en coopération.

Nos critiques font précisément silence sur cette question et ces propositions cruciales. Cela confirme leur caractère décisif et le besoin de rassembler dans les luttes autour de ces idées nouvelles.

Par ailleurs, d'autres propositions, comme celles de Jacques Nikonoff et Jean-Claude Danglot, de sortir de l’Union européenne, d’opposer la banque de France, le franc et une solution purement nationale à la BCE et un autre euro prétendu illusoire, ne voient pas que :

- déjà la BCE a du intervenir pour soutenir les pays européens en difficulté sans révision des traités ;

- la création monétaire de l'euro donne une base monétaire pour une croissance européenne solidaire de progrès social, qui serait suffisamment importante et solide pour s'émanciper des marchés financiers et de la spéculation ;

- contre la mondialisation du libéralisme, la construction d'une autre Union européenne fournit une force désormais indispensable pour une politique autonome.

Fuir devant les nouveaux problèmes de notre époque en croyant retourner au passé constitue précisément une illusion fallacieuse.

Deuxièmement : La sortie de l'euro, et donc le retour aux monnaies nationales, serait, suggère-t-on, la solution pour nous acquitter de notre dette publique et, en même temps, mieux écouler nos productions en postulant un jeu favorable des « élasticités-prix ».

Mais notre balance commerciale exprime encore plus qu'hier un déficit endémique, notamment avec l'Allemagne. Une sortie de l'euro impliquerait de facto une dévaluation de notre monnaie nationale qui renchérirait d'autant le coût de nos importations en provenance de ce pays.

Les partisans d’une sortie de l’euro espèrent qu’une baisse du prix des produits fabriqués en France, exprimés dans une monnaie nationale dévaluée par rapport à l’euro, permettrait des gains de parts de marchés susceptibles de réduire le déficit commercial du pays. Mais cela ne pourrait marcher qu’au bout de quelques temps (c’est ce qu’on appelle la « courbe en J » du solde commercial en cas de dévaluation), et à certaines conditions souvent irréalistes : que les gains de compétitivité ne soient pas annulés par une hausse des profits des entreprises et que l’appareil productif soit capable de répondre à la demande, sans compter les exigences de réduction des salaires et la mise en place de plans de rigueur. Souvent, cela ne marche pas. En outre, l' effet de la dévaluation est surtout d'élever les prix internationaux des importations obligées, donc de contribuer à aggraver le déficit commercial ! C’est ce qui s’est produit en France lors des dévaluations successives des années quatre-vingt. Avec l’affaiblissement de notre tissu industriel, nous serions aujourd’hui dans une situation encore plus vulnérable. L'augmentation des prix des marchandises importées comme celle des matières premières ou encore des productions que la France ne fait plus se traduirait par une poussée inflationniste. Inflation que l'on chercherait à réduire en faisant pression sur les salaires. Et cela contribuerait aussi à maintenir et développer des emplois à faible niveau de qualification. Ce qui concernerait particulièrement l' Europe du sud.

En même temps, une dévaluation alourdirait le coût de la dette. Ainsi, libellée dans la monnaie qui aura cours en France, la valeur de la dette tiendrait nécessairement compte de la nouvelle valeur internationale qu'aurait cette monnaie (avec une dépréciation d'environ 25% par rapport à l'euro, soit autant de surcoût de la dette détenue par des non résidents, c'est à dire immédiatement 8 milliards d'euros de plus à payer en année pleine). Sans tenir compte d'une spéculation éventuelle.

Relancer une croissance saine et durable à partir de nouveaux critères sociaux et environnementaux est indispensable.

Troisièmement : Il convient de s'appuyer sur les luttes qui montent dans tous les pays européens contre les politiques d'austérité impulsées par les gouvernements. Ceux-ci mettent notamment en avant le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (Traité Merkozy). Ils multiplient les efforts de rapprochement vers un fédéralisme, carcan contre le progrès social, contre la démocratie, contre les souverainetés nationales dans une Europe de coopération.

Le pouvoir actuel de la monnaie européenne au bénéfice des marchés financiers comgresse à gauche de partout, y compris en Grèce. L’Europe actuelle suscite un véritable mouvement de rejet parmi les populations. Les choix politiques faits au nom des citoyens n’ont eu de cesse de développer la domence à être mis en cause. Et l'idée d'un autre euro, à l'opposé de la fausse solution de la sortie de l'euro, promination des marchés financiers. Le statu quo devient insupportable. Seules des luttes convergentes, à partir des exigences populaires sur l’emploi, les salaires, les services publics peuvent créer le rapport des forces qui permettra, progressivement, de nous émanciper des marchés financiers en nous appuyant sur une tout autre construction européenne.

Cela exige non de se replier, voire d’aviver la concurrence mais de coopérer, de co-élaborer des réponses en capacité de faire reculer la domination du capital et de la finance.

D’où l’idée d’une autre utilisation de l’Euro par une transformation de la politique de la BCE afin de permettre, par une création monétaire commune, de développer l’emploi et les services publics.

La sortie des politiques d’austérité passe par là. Certes les marchés financiers ne sont pas prêts à abdiquer sans luttes acharnées. Mais il n’y a pas d’autres solutions pour s’en sortir que, non seulement accepter ce combat pour une autre utilisation de l'euro et de la BCE, mais de le prendre à bras le corps jusqu'à gagner par des rassemblements de toutes les forces sociales, politiques et idéologiques intéressées à une autre Union européenne de progrès social.

Il y a actuellement 4 réactions

  • Les arguments des économistes du PCF sont grossièrement faux

    Selon les rédacteurs de ce texte, les dévaluations n'entraineraient pas de diminutions des déficits commerciaux, argument utilisé pour rejeter une sortie de l'euro.

    Pour tout étudiant ou professeur d'économie, ce propos est tout simplement incompréhensible. Il est admis au contraire qu'en règle générale, et sauf cas particulier, une dévaluation implique une diminution du déficit commercial.

    Ainsi, le très respecté Patrick Artus, professeur d'économie à l'école polytechnique et peu suspect de compter parmi les anti-euro primaires a produit dernièrement une étude CHIFFRÉE montrant que "la France aurait effectivement besoin d'une dévaluation du franc" (http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=70115)

    Par ailleurs, on peut lire dans le manuel de référence en macroéconomie, co-écrit par Blanchard (chef économiste du FMI) et Cohen : "les travaux économétriques suggèrent que, dans tous les pays riches, une dépréciation réelle induit finalement une amélioration de la balance commerciale. (au bout de 6 mois - un an).

    Evidemment, l'économie n'est pas une science exacte, et l'inverse peut être vrai. Mais alors, il faut de solides arguments et surtout des données chiffrées, de la part des économistes du PCF pour soutenir qu'une dévaluation du franc serait néfaste.

    En clair, les boccara et compagnie sont :

    - au mieux des étourdis ayant oubliés de fournir les données chiffrées stupéfiantes en leur possession qui leur permettent de soutenir une thèse aussi étrange (peu probable)

    - au pire des imbéciles incompétents (peu probable - euh...on l'espère)

    - plus certainement des partisans de l'euro peu soucieux de rigueur scientifique.

    Je m'arrête là. Mais leur point de vu sur la dette est à mourir de rire. Marx doit faire des looping dans sa tombe.

    Par Coma81, le 25 juillet 2013 à 15:39.

  • Attention les impérialismes mondiaux veillent

    Bonjour, Jack Freychet

    Je remarque votre critique. Mais je prends cette problématique sur un tout autre angle. Préserver la souveraineté de chaque peuple Européen n’implique nullement la sortie de l’Euro. Je vous invite à consulter sur Faire vivre le PCF les deux textes indiqués ci-dessous. Le travail de réflexion et d’analyse n’est pas seulement l’œuvre de spécialistes de l’économie ni ceux de la politique, mais il concerne la réflexion et l’analyse de chacun d’entre nous, qui sommes les mains dans le cambouis. Il nous faut sortir absolument de ce pétrin. Les économistes communistes soulèvent les vraies questions, mais pour moi ils ne vont pas assez loin pour qu’ils soient réellement crédibles, c’est à mon avis cela qui pose problème. Mais le débat continue et pour l’heure rien n’ai figé, tout peut évoluer, si on sait élargir toutes les données du problème et les mettre en cohérence pour le plus d’efficacité possible.

    Tout cela pour vous faire entrevoir, les dangers des impérialismes capitalistes mondiaux qu’ils viennent des Etats ou des grands groupes financiers, prêt à dépecer la Petite Europe, à la moindre faute économique et politique. Nous avons mieux à faire et c’est possible, que de s’envoyer des invectives. Ce qui est vrai c’est que nous devons protéger notre souveraineté nationale, plus que jamais, et c’est par l’acquisition de la souveraineté de chaque prolétaire/citoyen que cela peut avoir une assise conséquente, balayant du coup les allégations et les mensonges du FN.

    Je vous invite donc à aller plus loin dans votre critique, en lisant les deux textes ci-dessous sur Faire Vivre le PCF.

    http://lepcf.fr/Comprendre-pour-accomplir

    http://lepcf.fr/Nouvel-article,1918

    De plus Comprendre pour accomplir de Jean-Claude Delaunay est en deux parties l’article 1918 en est le commentaire que j’en ai fait personnellement. De plus le 2ème commentaire concernant la deuxième partie du texte de Jean-Claude Delaunay est en préparation et sera disponible dans quelques jours.

    Bonne lecture.

    Par Béziat Aline, le 16 juillet 2013 à 10:50.

  • Votre réponse à Sapir

    Droite, gauche… point n’est besoin d’être devin pour imaginer la suite, l’austérité on en crève et ça va perdurer, vous avez oublié que les chants désespérés sont rarement les plus beaux.

    J’attendais une réponse argumentée, thèse contre thèse, à l’intention de jacques Sapir, que j’ai lu, en fait vous renvoyez à des luttes qui s’essoufflent en l’absence de perspective, crédible, que vous n’offrez pas. En quelques sorte c’est comme si vous écriviez comme l’a fait depuis plus de trente ans la direction du PCF après chaque claque électorale « continuons nous sommes sur la bonne voie ». Pendant ce temps là le FN, l’extrême droite en général, apparaissent, par défaut, comme l’ultime recours face à l’ectoplasme social démocrate rose et vert.

    Tranchant le nœud gordien Alexandre de Macédoine s’était affranchi d’un tabou, vous êtes européistes et le resterez, adorant le veau d’or de la monnaie unique jusqu’à l’implosion finale avec tous les risques que cela suppose. Un grand soir ne se décrète ni ne s’interdit mais vous n’y serez pour rien.

    Sapir, Lordon, Vespérini, Nikonoff, Giraud et quelques autres y compris référencés à droite tentent de développer des propositions alternatives et constructives pour recouvrer notre souveraineté monétaire et regagner en compétitivité face à l’Allemagne qui obtient plus avec les traités européens qu’Hitler n’avait pu obtenir avec ses divisions blindées durant la seconde guerre mondiale.

    Par ailleurs vous voudrez bien noter que l’UE ce n’est pas seulement la guerre économique car elle est à l’origine du démantèlement de l’ex Yougoslavie ou les médias ont transmutés les victimes en bourreaux, mais ce n’est pas le seul exemple, elle a soutenu et soutient encore, peu ou prou, toutes les interventions militaires de l’impérialisme occidental un peu partout sur la planète en faisant fi du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes avec la caution de ceux qui se réclament encore, abusivement, de la gauche.

    Sarkozy, Hollande, Guy Mollet, Bugeaud, même combat…Je tiens en réserve à votre intention, si vous le souhaitez, les déclarations des présidents des groupes parlementaires communistes sur l’intervention de l’OTAN en Libye. Jack Freychet

    Par jack freychet, le 15 juillet 2013 à 09:28.

  • Aller vers une économie qui ose dire son nom

    Je suis tout à fait d’accord, la sortie de l’Euro serait suicidaire, mais la transformation de l’Euro, de la BCE et de l’Europe passe par une un processus politique qui s’appuy sur une démocratie adaptée aux ambitions du peuple des prolétaires/citoyens. La seule alternative au capitalisme c’est le socialisme, pas un socialisme réformiste mais un socialisme basé sur une économie et une politique communiste. Le seul problème c’est que pour mettre en route le socialisme, la seule voix possible c’est une démocratie qui permet à chacun de prendre sa part à sa construction. Le peuple est conscient que la Démocratie actuelle est libérale, elle cautionne le capitalisme et elle est à bout de souffle, seulement voilà, il ne voit rien d’autre qui pourrait la remplacer, et pour cause, le Parti Communiste lui-même ne parle pas de sa démocratie. Or, rien ne peut être fait sans une Démocratie Communiste.

    Deuxième objection, mais qui rejoint la première, les luttes sont disparates, elles ne sont pas si unitaires que ça, elles ne sont pas rassembleuses, chacun lutte avec sa spécificité, et les armes qu’il a. La démocratie actuelle ne permet absolument pas de s’inscrire dans une construction cohérente du socialisme. Bien sur, les luttes ont toutes comme dénominateur commun combattre le capitalisme, mais cela ne suffit pas. Prenons le problème autrement quel serait le dénominateur commun pour construire un Euro, une BCE et une Europe sinon avec une économie qui ose dire son nom ? Les mots "autre" et "alternative" sont vides de sens. Normal depuis des lustres nous ne parlons plus du communisme. C’est la source du fatalisme, nous n’éclairons pas avec des mots qui ne donnent pas du sens idéologique.

    De plus tout le monde n’est pas en lutte, l’effet de croire que le reste suivra, est un leurre, puisque rien n’indique vers quoi nous allons. Résultat le fatalisme est et restera dans les têtes tant que l’adhésion à un communisme hautement démocratisé, ne pointera pas le bout de son nez. Il y a eu une sacré bataille interne dans le Parti pour conserver le mot communiste. Tout ce passe comme si on avait gardé le nom, sans en garder ses effets, c’est quand même un comble. J’ai l’impression que c’est la Désignation par Reconnaissance qui coince, alors que c’est notre spécificité, là aussi c’est un comble. Ce qui est dramatique, c’est une perte de temps énorme. Cela crée un clivage interne qui ne devrait pas avoir lieu. De plus ce langage insipide n’éclaire pas le peuple des prolétaires/citoyens dans son ensemble.

    Vous dites : "Seules des luttes convergentes, à partir des exigences populaires sur l’emploi, les salaires, les services publics peuvent créer le rapport des forces qui permettra, progressivement, de nous émanciper des marchés financiers en nous appuyant sur une tout autre construction européenne." La question est donc comment les luttes peuvent-elles devenir convergentes ?

    Les luttes, comme disent les Fralib, c’est pour ne en pas mourir, "On n’a pas le choix il faut qu’on soit maître des choix stratégiques". Quels outils ont ils besoin, pour aller jusqu’au bout, des lois immédiates ou une démocratie qui les confortent dans ce qu’ils font ? Les lois immédiates, impossible de les obtenir dans le contexte démocratique libéral actuel. Mais donner des ailes à ceux qui sont en luttes en leur proposant une démocratie qui les rassurent et qui leur garantie que le PCF et tous les acteurs politiques qui accepteront ses concepts que plus jamais ils ne seront les jouets d’un monde politique tel qu’il est aujourd’hui est-ce impossible ? L’élargissement des luttes passe par la certitude que chacun doit se rendre maître de ce qu’il produit. Seule la Démocratie Communiste le permet. Pour l’heure les luttes sont une forme de survie, elles combattent certes le capitalisme, mais pour qu’elles deviennent convergentes, il leur faudrait un dénominateur commun pour construire autre chose et autrement et cela ne peut s’appeler que le communisme. Non le rapport de force ne peut pas se créer dans les conditions actuelles, il n’y a pas de dénominateur commun pour tout construire autrement, là est le drame. On est communiste, on pense en communiste, mais ceux qui ne le sont pas, ne peuvent pas aller spontanément vers du vent, vers une alternative, vers autre chose, sans voir la finalité réelle des choses en France comme en Europe.

    L’autre argumentation pour la non sortie de l’Euro, c’est que la petite Europe serait dépecée comme un fétu de paille, par les impérialismes économiques capitalistes mondiaux et pas forcément ceux des Etats. D’ailleurs c’est bien entamé. Je suis inquiète quand des territoires entiers sont achetés, y compris en France. Ces entités qui forment des sortes de communautarismes économiques avec leurs lois importées d’ailleurs, et qui ne respectent nullement les lois des Etats. C’est à mon avis une nouvelle forme de colonialisme économique capitaliste qui s’instaure insidieusement.

    Je le sais pour l’heure tant qu’un énorme débat interne sur la question de la Démocratie Communiste et tout ce qu’elle engendre, n’aura pas lieu, le langage officiel restera hermétique et insipide. C’est dommage car le fond y est, mais il manque la couleur.

    Par Béziat Aline, le 12 juillet 2013 à 05:50.