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Intervention à à la Conférence de Printemps de l'Inter-LGBT

le 03 avril 2004

par Richard Sanchez, Dirigeant du P.C.F., Président de la Commission « Libertés, Démocratie, Luttes contre les discriminations »

L'égalité des droits fondés sur les libertés et l'épanouissement de chaque individu est au cœur du projet communiste et motive nos combats.

Pour nous, les luttes contre l'homophobie, la lesbophobie, la transphobie sont une dimension indispensable de l'opposition à tout ordre moral, à tous rapports de dominations qu'ils soient de sexe, de classe, de clan, du capitalisme. Dire que notre monde a besoin de révolution. de libération, de démocratie se réduit à un vœux pieux si on ne travaille pas à une citoyenneté nouvelle, où la volonté émancipatrice « tire » le juridique.

Dépasser les dominations et les discriminations est un objectif qui vaut indissociablement pour les peuples et l'individu. L'amour, la sexualité, le désir dans toutes leurs dimensions ne peuvent véritablement se libérer, s'émanciper, atteindre des limites sans doute insoupçonnables aujourd'hui que s'ils sont conçus et construit pas des individus qui ont les moyens de se chercher, de se découvrir, de se comprendre, de se connaître et donc de partager. Ces quelques éléments appellent un grand souffle de citoyenneté, de pluralisme revendiqué comme une richesse pour le développement humain au plan social et intime. Ils appellent donc à la réflexion et à l'action et réciproquement, pour des mesures concrètes.

A l'école et dans la société soulignez-vous - soulignons-nous - à juste titre pour nos travaux d'aujourd'hui, et ce à quoi ils nous engagent dès demain - en tout cas dans mon esprit. Nous nous attaquons à un gros morceau - et c'est bien.

Car la société imprime dès l'école les dominations et les discriminations sur lesquelles elle repose afin de garantir sa pérennité. Et, puisqu'il s'agit de l'école, c'est - j'ai envie de dire, obligatoirement - poser la question : comment aide-t-on un jeune humain à vivre une phase particulière de la formation de sa sexualité qui est celle de la transformation de son corps, des premières amours, des premières expériences sexuelles ?

Et, puisqu'il s'agit de la société : comment vit l'enfant - il y en aura de plus en plus - qui a deux papas ou deux mamans ? Celle ou celui dont les parents se sont séparés pour que l'un ou l'autre - ou les deux - construise un couple homosexuel ? Comment vit l'ado, le pré-ado ou le jeune qui a les yeux de Chimène pour je garçon de la classe voisine ? La fille dont le cœur bat la chamade dès que la prof de français entre en cours ? Celle qui se sent mec, le jeune qui se sent femme ? Pour elles, pour eux, c'est l'enfer ! Réfléchissons partout à la vie brisée par le non-dit et aux conséquences terribles auxquelles cela peut conduire ; implosion, explosion de la personnalité - et donc souvent violence aggravation du rapport dominant dominé, en tout cas obstacles graves à l'épanouissement et à l'émancipation de l'individu, donc de la société.

Il y a urgence pour des mesures concrètes !

A l'école.

C'est tout un travail inédit à proposer et à élaborer, conjuguant les efforts des associations LGBT, des organisations syndicales des enseignants, des personnels, le rôle particulier des conseillers d'orientation, des parents, des élèves, apprentis, étudiants. Le respect de l'autre dans sa différence doit être au cœur des pratiques éducatives, au niveau de la vie scolaire mais aussi des contenus d'enseignement.

Prenons l'histoire : la conception qui en est imposée exclut les longs combats de l'humain pour son émancipation. Le passage d'une société à l'autre est vécu seulement dans les modifications des rapports économiques et sociaux qu'il suppose. Celui d'un mode de production à un autre comme résultant des seuls progrès techniques et technologiques. Le peuple est absent - on ne signale que le choix politique de tel dirigeant. La place des femmes est occultée : l'histoire est celle des hommes. La souffrance des minorités : sujet tabou. Songeons à la déportation des homosexuels dans les camps nazis. Et encore aujourd'hui, quelle réparation juridique, psychologique, morale ???

Comment dans ces conditions aider les jeunes à prendre conscience que l'histoire est celle des avancées - et parfois des reculs - de l'humanité dans les chemins de son émancipation ? Du même coup, comment fonder et donner confiance dans le combat contre les discriminations ? Plus spécifiquement. Les campagnes de sensibilisation - je pense à l'expérience de la mallette - sont indispensables et doivent s'amplifier pour gagner en qualité, en efficacité.

Mais sensibiliser ne suffit pas. Il faut créer autour de chaque structure scolaire des espaces de parole, d'informations, de débats et aussi de confidentialité permettant à chaque jeune humain de se « désenclaver » s'il en a besoin. Des outils juridiques et administratifs doivent permettre à chaque élève ou apprenti-e d'accéder à des garanties réglementaires.

La Commission Stasi - je suis de ceux qui ont rencontré le Médiateur lorsqu'il a consulté - s'est donnée des ambitions : elle doit avoir les moyens et la volonté de les mettre en œuvre et de les améliorer . Ce qui suppose à mon avis : des délégations - en quelque sorte des observatoires sur le terrain (à l'école et dans la société) regroupant des représentants des associations concernées, des personnels et directeurs d'établissements, des élus. Ce qui suppose aussi des rencontres citoyennes dès l'enfance - conçues comme partie intégrante de l'enseignement et de l'éducation. Pour apprendre le respect de l'autre, et donc la richesse de sa différence, dans tous les domaines.

A cet égard, bien prendre conscience de la nécessité d'efforts bien plus conséquents - j'ai envie de dire : inégalitaires - selon les villes ou les quartiers. Il n 'y a pas, nous l'avons tous dit, de hiérarchie dans les discriminations mais s'agissant des moyens pour les combattre, il y a des retards à rattraper. Et cela va sans dire mais ça va mieux en le disant, des moyens pour toutes les parties prenantes, en cessant là encore de discriminer celles qui à cet égard en ont le plus besoin : les associations LGBT, en tout domaine. Les plus reconnues en ont peu (même si on tente de les flatter), d'autres en sont pratiquement privées (cf. sport, culture).

Quant au rôle des partis :

Ils ont des réponses à apporter, à proposer. Nous le faisons : PACS, exigence de l'égalité pleine et entière des droits entre couples homos et hétéros à l'entreprise, dans la société : (mariage, adoption, homoparentalité), proposition de loi anti-homophobe articulée autour du double aspect prévention-répression. Droit d'asile et de soin pour les personnes discriminées en raison de leur orientation ou de leur identité sexuelle. Pressions diplomatiques et commerciales à l'égard des états discriminants et répressifs. Coopération internationale dans la lutte contre le SIDA : oui, cela se fait, mais pas assez. Et coopération internationale dans la lutte contre les discriminations et pour l'égalité des droits que je viens d'évoquer : à cet égard, je propose que la France, lance l'idée d'une Conférence internationale qui pourrait se tenir ici à Paris.

Nous voulons continuer à le faire en liaison avec les associations LGBT, bien sûr, dans les luttes, pour que celles-ci trouvent une traduction politique nouvelle.

Nous sommes prêts à le faire avec d'autres formations politiques. Une bonne loi - mais que vaut-elle si elle n'est pas appliquée ? - est nécessaire. Attachons nous-y et, plus largement, engageons un grand travail dans toute la société. C'est un grand chantier.

     

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