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Taxe à 75%: "Un chantage intolérable et antidémocratique" des clubs de foot (Humanité du jeudi 31 nov)

Défavorables à la taxe à 75 %, les représentants des clubs professionnels, qui ont voté la grève, seront reçus à l’Élysée aujourd'hui. Nicolas Bonnet, responsable de la commission sport au PCF, dénonce ce lobbying.

Spécialiste des questions sportives et membre du Conseil national du PCF, Nicolas Bonnet s’exprime sur la taxe à 75 % dans l'Humanité du jeudi 31 novembre 2013.

 

En décrétant une «journée blanche» fin novembre 
en réaction à la taxe à 75%, les clubs professionnels mettent la pression sur 
le gouvernement. Que pensez-vous de ce lobbying?

Nicolas Bonnet. Ce chantage mis en place par le foot pro est intolérable. Cette taxe est un engagement de campagne du président de la République, tout le monde le savait, ça ne tombe pas du ciel. Le vote sur cette taxe a été débattu à l’Assemblée nationale et là, on assiste à une action qui va à l’encontre de la démocratie… On assiste au comportement hors cadre de gens qui se croient tout permis d’autant qu’il s’agit d’une question qui ne concerne que 14 clubs et une minorité de joueurs pros, c’est injustifiable.

 

Selon vous, les clubs pros 
ne devraient pas être reçus 
à l’Élysée?

Nicolas Bonnet. Pour commencer, les Français sont favorables à une très large majorité à l’application de cette taxe (85 % d’après un sondage Tilder-LCI-OpinionWay publié le 24 octobre – NDLR). Ils ne doivent pas comprendre que le président les reçoive, et s’il devait lâcher sous cette pression, ils comprendraient encore moins. Ensuite, le président de la République devrait plutôt s’inquiéter des difficultés financières que rencontrent les collectivités territoriales pour faire face aux besoins d’équipements sportifs de proximité (gymnases, stades, piscines…) ou de sport de haut niveau, alors qu’on assiste de plus en plus à la création d’équipements privés. Il y a la question du statut des bénévoles dont on n’entend plus parler et de la possibilité pour les associations de développer les emplois pérennes. Autre point, le coût de la licence et de la pratique pour tout licencié. François Hollande ne devrait-il pas plutôt se préoccuper de l’accès au sport pour tous plutôt que d’écouter pleurer des patrons de club ?

 

Les clubs pros disent qu’avec cette taxe, ils vont perdre encore en compétitivité 
au niveau européen…

Nicolas Bonnet. Oui, leur argument c’est de dire que si on ne verse pas ces salaires aussi élevés, les joueurs vont partir à l’étranger… Je me rappelle la ministre (Marie-George Buffet – NDLR) qui était face à la problématique du dopage en plein Tour de France en 1998 et qui a eu le courage de dire : « On va arrêter ça et mettre en place une agence française de lutte contre le dopage. » La France avait alors été un aiguillon avec cette proposition qui avait ensuite été reprise internationalement avec la création de l’AMA (Agence mondiale antidopage). Aujourd’hui, on voit d’ailleurs que l’affaire Armstrong a été rendue possible par l’existence de l’agence américaine antidopage et l’intervention de l’État américain. Le football, lui, est gangrené par beaucoup de corruption, beaucoup d’argent circule qui va souvent dans des paradis fiscaux. Il y a un besoin urgent de transparence et d’intervention publique. Au niveau européen, Michel Platini (président de l’UEFA – NDLR) a déjà fait des propositions avec le « fair-play financier ». Je crois que la France doit être un aiguillon en portant l’idée d’une régulation des salaires et des transferts qui pourrait être reprise en Europe. Les clubs retrouveraient alors une compétitivité européenne au lieu de cette fuite en avant vers des salaires toujours plus hallucinants et indécents… C’est dans ce sens que nous allons organiser, le 22 et 23 novembre, des assises citoyennes pour le sport et faire des propositions concrètes.

 

Selon l’Union des clubs professionnels de football (UCPF), cette taxe mettrait 
en péril l’économie du ballon rond français…

Nicolas Bonnet. Ce sont les clubs eux-mêmes qui se sont mis dans l’impasse en allant vers le statut de société anonyme alors qu’ils étaient avant sur le modèle de société à objet sportif. Ils ont voulu quitter leur mission de service public pour aller vers le modèle d’entreprise et avoir la possibilité d’être cotés en Bourse. Il est donc normal qu’ils soient taxés comme toute entreprise. Quant à leurs déficits, tous les rapports le pointent : ils sont dus à la masse salariale trop importante et notamment à l’argent investi dans les transferts. Enfin, j’ajoute que les présidents de club critiquent cette taxe, mais ils oublient au passage que beaucoup de stades de l’Euro 2016 vont être construits avec des financements publics, notamment pour des questions de voirie, d’acheminement du public… Et ces stades vont profiter en priorité à qui ? Aux clubs pros.

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