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Vers la création d’un indice du coût du capital

Entretien avec Denis Durand Membre 
du Cese, représentant CGT au groupe de travail du Cnis sur le coût du capital. À l’initiative de la CGT, une nouvelle étape dans la bataille, capitale, pour l’accès à la connaissance économique.

Répondant à une demande de la CGT, le Conseil national de l’information statistique (Cnis) a commencé à travailler à la constitution d’un nouvel outil statistique permettant d’évaluer le poids, de plus en plus lourd, des dépenses des entreprises en capital matériel et financier.

Qu’est-ce qui a conduit la CGT à demander l’élaboration d’un indice du coût du capital ?

Denis Durand Nous constatons qu’il y a une campagne de culpabilisation des salariés autour du thème du coût du travail. La CGT combat cette campagne en montrant que ce qui handicape l’économie française, ce n’est pas que les salariés sont trop bien payés, au contraire, c’est le coût du capital qui freine la contribution des entreprises à la création de richesses dans le pays.

Ce coût, à ce jour, reste dans une large mesure peu visible…

Denis Durand. C’est la raison qui a conduit Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, à demander l’ouverture de travaux statistiques pour que le débat public puisse disposer d’une information sur le coût du capital sous la forme d’un ou de plusieurs indicateurs, comme on le fait pour mesurer d’autres phénomènes économiques et sociaux.

Concrètement, que s’agit-il d’évaluer ?

Denis Durand Nous avons besoin d’un instrument de mesure qui recouvre l’ensemble des dépenses que font les entreprises au titre de la mobilisation du capital dont elles se servent pour leur activité. Ça recouvre les dividendes, les intérêts payés aux banques, compagnies d’assurance, fonds de placement, mais il faut s’intéresser aussi au coût du renouvellement des équipements, ou encore à l’augmentation considérable du coût de la propriété foncière, qui pèse aussi sur les décisions des entreprises. Des travaux de chercheurs, comme ceux de l’université de Lille, ont mis en évidence que le coût du capital a atteint un tel niveau aujourd’hui qu’il décourage tout investissement qui ne répondrait pas à une norme de rentabilité – le chiffre couramment cité étant de 15 %, par rapport au capital avancé. C’est la preuve qu’il y a quelque chose de malsain dans le fonctionnement du capitalisme financiarisé.

Dans quelle perspective inscrivez-vous la création de cet indice ?

Denis Durand Ce que nous visons, c’est à créer les arguments permettant de libérer les décisions des entreprises de cette pression exercée par l’exigence de rentabilité du capital. Donc de réduire au maximum les dépenses en capital matériel et financier, de manière à pouvoir dépenser davantage pour les êtres humains, en formation, en salaire, en développement de l’emploi qualifié, en amélioration des services publics. On sait très bien que la solution aux difficultés dans lesquelles se trouve l’économie française ne sera pas trouvée sans rapports de forces, luttes. Et dans ces luttes, l’accès à l’information et la connaissance des réalités économiques, c’est une arme considérable. C’est pour ça d’ailleurs que les dirigeants du monde financier font tout pour en priver les travailleurs.

Article paru dans le Journal L'Humanité

 

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