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4 - La finance globale : un monde fini ?

Dossier Création monétaire

Il est important de mettre en lumière la responsabilité des plus grandes  banques mondiales dans la crise systémique de 2008 et de tenter d’identifier les véritables enjeux financiers et politiques de ce moment historique. Faut-il le rappeler, encore une fois, les banques n’ont été sauvées que par l’intervention massive avec des milliards d’euros ou de dollars injectés par les États et par les Banques centrales visant à sauver le capitalisme en situation d’effondrement ?

(voir aussi les encadrés :L’affaire CAHUZAC et la fraude fiscale institutionnalisée et Qui fait la loi, l’argent ou le peuple ?)

Vers encore plus d’économie de marché…

C’est le fruit de l’expérience acquis, durant plusieurs décennies, d’analyste financier, siégeant toutes les semaines, dans le Comité de crédit d’une Banque d’affaires (la BUE, banque du baron Empain et de Charles Schneider-Le Creusot) que je livre ici.

Cette expérience, en quelque sorte, m’a édifié sur la culture bancaire en action et m’autorise aujourd’hui, à travers des livres, à dresser un réquisitoire sans concession contre l’oligarchie bancaire au pouvoir, qui, d’un financement classique de l’économie réelle est passée au capitalisme financier développé à travers les Bourses des valeurs et les marchés financiers.

Son souci était de rechercher à restaurer, de façon pérenne, les taux de profit du capital investi.

Il est intéressant d’analyser cette mutation d’un capitalisme industriel familial qui s’est transformé, en quelques années, en un capitalisme financier : c’est-à-dire, qui s’est engouffré, sans en mesurer toutes les conséquences, dans la financiarisation globale de l’économie.

Le résultat, on le connaît aujourd’hui, avec le développement du chômage de masse (26,5 millions de chômeurs dans l’UE au 30.06.13) et avec le développement accéléré des inégalités entre les hommes et entre les continents.

Précipiter les entreprises vers plus de financiarisation…

Il faut replacer le système bancaire français, dans son évolution globale depuis une trentaine d’années, dans le contexte d’une crise financière profonde marquée par l’endettement mondialisé, par la spéculation à l’échelle internationale, par la financiarisation et la mondialisation de l’économie et plus généralement par la crise profonde de la rentabilité du capital dans le système capitaliste (1).

Le système bancaire français (2), comme celui du monde entier et plus particulièrement celui des États-Unis, en très peu d’années, est passé d’un système d’intermédiaire qui recevait des dépôts monétaires des uns, principalement des particuliers, pour les transformer en crédits de trésorerie et en prêts pour l’investissement en faveur principalement d’autres agents économiques. Il avait également, de plus en plus, en Europe plus particulièrement, pour mission de fournir, des moyens financiers à l’État par le truchement d’organismes financiers contrôlés par ses propres hauts fonctionnaires en mission, formés à l’économie de marchés dérégulée et déréglementée.

L’Europe libérale contre les peuples…

Cette évolution bancaire visait, peu à peu, à consolider la prééminence, sans partage, des marchés financiers et à soumettre à leurs lois tous les Agents économiques et les États ; les traités européens accompagnant cette mutation en érigeant « la concurrence libre et non faussée » comme le socle érigé en dogme des échanges commerciaux c’est-à-dire en « libre-échange » sous l’égide de l’OMC et ainsi plus largement soumis à la domination américaine.

La création des Agences de notation a recherché à fournir une certaine « légitimation » aux marchés leur fournissant les moyens pour imposer des bases encore plus néolibérales à ce système mondialisé de l’activité bancaire. Les « produits dérivés » ont servi à accélérer la circulation mondiale du capital argent, en recherche d’une rentabilité minimale de 15 % du capital investi, à la vitesse de la lumière, à la faveur de la révolution informationnelle.

La finance s’octroie le pouvoir sur la société toute entière...

La finance, sous toutes ses formes, constitue, aujourd’hui, un véritable pouvoir incontournable exerçant son influence immaîtrisable sur l’ensemble de la société. C’est le pouvoir de l’argent dématérialisé, qui circule, à grande vitesse en flux positif ou négatif spéculatif. Il utilise les inégalités structurelles des agents économiques entre eux, et, les inégalités structurelles également existant entre les États, entre les continents,. Il s’appuie sur des critères de domination financière sans partage des multinationales favorisant la plus grande exigence de rentabilité, forgée aux États-Unis, et mis en œuvre en Allemagne ou au Royaume Uni, sans parler du Japon et de la Chine (3).

Ce système bancaire mondialisé de réseaux entretient, jalousement, les plus grandes inégalités économiques et sociales dans le monde dans son propre intérêt, qui lui permet d’asseoir sa domination économique et politique sans limites et en empêchant son éradication.

Il est responsable de l’explosion mondiale des inégalités sociales qui font que 85 personnes détenaient en 2013 autant de richesses que la moitié de la population mondiale, soit autant que 3,5 milliards d’habitants de la planète.

Menaces contre toutes les sociétés humaines…

On a parlé, au moment de la crise aiguë, à l’endroit des banques de tremblements de terre, de séisme mondial, de tsunami, et en dépit d’une mobilisation internationale, très médiatisée, des Grands de la planète, qui manifestèrent une volonté, soit disant, de « réguler » le secteur bancaire, d’« éradiquer » les paradis fiscaux, de « réglementer » les hautes rémunérations, les stock-options, les retraites « chapeaux » des patrons des Banques et des oligarques des multinationales. Sans résultat.

L’on constate, aujourd’hui, tout le contraire. Le triomphe de l’argent et du capital mondialisé, l’impuissance des hommes au pouvoir à tenir leurs engagements sans en rechercher les causes, leur incapacité à faire face aux pires périls. Et, in fine, les peuples se révoltent un peu partout, face aux refus incompréhensibles des instances internationales et des chefs d’États des plus grandes puissances, de s’attaquer aux racines du mal, le capitalisme mondialisé, et à ses énormes dégâts humains et à ses gâchis économiques.

Un immense désordre ébranle l’économie mondiale et menace les sociétés humaines. Au quotidien, c’est le déchaînement des dérèglements de la finance internationale qui bouleverse toutes les économies et la vie quotidienne de millions de femmes et d’hommes.

Pendant ce temps, les banques continuent à réaliser des profits chiffrés par milliards et à distribuer moult dividendes à leurs actionnaires et à octroyer des salaires et des primes extravagants à leurs dirigeants, blanchis des responsabilités des pertes insondables qu’avaient générées leurs gestions spéculatives d’hier… qu’ils poursuivent allègrement !

Les banques centrales accusées de manipulation spéculative des taux…

Aujourd’hui, encore plus grave, les Banques centrales sont impliquées dans des affaires de manipulations des « taux directeurs bancaires » pour favoriser la spéculation sans limites des institutions des plus grandes banques internationales, pour leur propre compte, comme le conglomérat bancaire anglais BARCLAYS Bank et de nombreuses autres banques, dans l’affaire dite « du Libor », où selon les spécialistes, il y aurait eu « collusion des banques ».

Donc, si ceux censés dire « la loi de la réglementation » sont corrompus, c’est tout le monde de la finance internationale que l’on doit mettre en cause. Il faut exiger de lui des comptes et le réformer profondément dans l’ensemble de ses structures. On fait tout le contraire, on l’exonère de toute responsabilité et le renforce dans ses actions de malfaisance.

Cette affaire « émeut », dit-on, toutes les instances de « régulation et de contrôle financier du monde entier », y compris les Banques centrales, car selon Robert Reich, ex-secrétaire au Travail de Bill Clinton, il s’agirait d’une « arnaque aux proportions cosmiques »…

Et « le trading à autre fréquence », toujours actif ?

Pour apprécier à leur juste dimension, l’ampleur des turpitudes spéculatives du système bancaire international dont témoigne cette manipulation sur les taux directeurs du système bancaire international, dit Libor ou Eurolibor (pour l’Europe) ne représente qu’une petite illustration. Rappelons pour mémoire que la spéculation « immergée » de la Société Générale (la fameuse affaire Kerviel), qui avait porté sur une spéculation de 50 milliards d’euros en janvier 2008 ne s’était traduite, en définitive, que par la condamnation du lampiste Kerviel à quelques années de prison et, excusez du peu, à 4,5 milliards d’euros d’amende, le montant de la perte enregistrée (!). Une condamnation à finalité unique : épargner les dirigeants de la Société Générale et sauvegarder la poursuite de pratiques spéculatives maintenues hors du contrôle de l’État et des citoyens.

Des milliards d’euros et de dollars continuent à se déplacer à la nano-seconde, à travers toutes les places financières, à la recherche des profits spéculatifs en se servant des procédés informatisés les plus sophistiqués et les plus performants dénommés : le « trading à haute fréquence ». Celui-ci utilise des outils sophistiqués qui vont de la titrisation des titres aux hedge funds, fonds spéculatifs, qui viennent, avec la bénédiction des pouvoirs publics, racheter nos entreprises à la barre de nos tribunaux de commerce. Et qu’une minuscule taxe Tobin devait endiguer…

Le shadow banking ou la banque de l’ombre

Le système bancaire mondial ne reconnaît plus aucune loi, aucune règle, comme l’illustre l’existence de cette construction hors des réglementations pour échapper à la « régulation » internationale dite des Accords de Bâle (Basel Commitee of Banking Supervisor « BCBS ») qui a pour nom « le shadow banking, la banque de l’ombre », pesant 67 000 milliards de dollars.

Dans son rapport au Sénat, éric Bocquet, rapporteur de la Commission d’enquête sur l’évasion des capitaux et des actifs hors de France et ses incidences fiscales, fait état de la réponse du directeur du Trésor, M.Ramon Fernandez, interrogé au sujet du « Shadow banking ». « Le shadow banking system, affirme ce haut fonctionnaire, désigne l’ensemble des entités et des activités qui contribuent à la distribution et au refinancement du crédit en dehors du système bancaire. Il comprend donc l’ensemble des acteurs d’une chaîne d’intermédiation alternative au système bancaire : “originateurs” non bancaires, véhicules de titrisation, fonds monétaires et crédit hedge funds, ainsi que les activités qui permettent le refinancement des créances (repos/securities lending) ou leur sortie du périmètre prudentiel bancaire. »

Que le directeur du Trésor légitime, dans une certaine mesure, une construction qui vise à sortir certains produits très spéculatifs et certains financements du champ prudentiel bancaire international et à la présenter comme une alternative au système bancaire, semble particulièrement grave. Cela témoigne du degré de formatage par 20 années d’ultralibéralisme de l’esprit de ces hauts fonctionnaires. Malheureusement, il est à craindre que les hommes politiques de gauche au pouvoir n’aient pas pris toute la mesure de cette dégradation de l’esprit critique et de la perte du sens de l’intérêt général de la haute administration. Ils semblent s’être convaincus par le fait que la démesure internationale prise par les plus grandes banques les autorise à tout, que compte tenu de leur importance, elles ne peuvent plus tomber en faillite, comme il se dit aux États-Unis : « too big, to fail. »

Les abandons de souveraineté et de la solidarité européenne

Depuis le traité de Maastricht, les nations européennes ont abandonné leur pouvoir sur leur propre banque centrale (pour la France, c’est le cas de la Banque de France qui s’octroie un super pouvoir sur les finances et l’économie) de concert avec la Banque centrale européenne.

Sous la pression du lobby des banques françaises, et de la Banque de France, le pouvoir politique, bien qu’il ait marqué une préférence à se servir de l’épargne populaire pour financer le logement social avec plus d’efficacité, cède et recule en refusant de soutenir le livret A, en en réduisant sans cesse le taux d’intérêt et en laissant les Banques s’emparer, de plus en plus, de sa collecte, pour en conserver une partie confisquée à la Caisse des Dépôts.

Les plans d’austérité

Le pacte budgétaire Sarkozy-Merkel, que le gouvernement socialiste-verts a accepté dès le début du quinquennat, a constitué à la fois un nouvel abandon de souveraineté et l’acceptation d’une politique de « régression sociale, économique et écologique » qui s’applique depuis deux ans maintenant avec des résultats désastreux pour l’emploi et l’économie que l’on connaît.

La nomination par François Hollande de son ami Jean-Pierre Jouyet, ex-ministre de Sarkozy, à la tête de la Caisse des Dépôts et Consignations, qui est le « fonds souverain de la France », le « bras armé » de l’État en matière économique, financière et sociale, (contrôlée en principe par le Parlement), avait déjà été signalée comme un très mauvais signe donné au peuple de gauche pour affronter les graves problèmes de l’heure.

Au lieu de prendre à bras-le-corps les effets négatifs de cette crise pour les corriger, l’Europe ultralibérale s’est refusée à remettre en cause les dogmes ultralibéraux érigés par l’argent roi et par les marchés financiers, gérée par une oligarchie financière omniprésente dans tout le monde capitaliste.

Et ce sont à ces dogmes ultralibéraux que se soumet encore la France de François Hollande, alors que les Français ont voté pour un changement d’orientation en mai 2012 en renvoyant Nicolas Sarkozy à ses chères études.

Ces dogmes imposés par les technocrates de Bruxelles (sans débat des Parlements nationaux ou contre la volonté des peuples), fixant arbitrairement le montant du plafond des dettes d’un État à 90 % du PIB (produit intérieur brut) et de son déficit budgétaire limité à 3 % du PIB, s’avèrent dévastateurs et meurtriers pour l’économie et les hommes en perpétuant l’austérité et la misère.

 

L’affaire CAHUZAC et la fraude fiscale institutionnalisée

L’affaire CAHUZAC a mis en lumière le scandale politique que constitue ce système libéral avec ses paradis fiscaux, ces délits d’initiés, entretenus par les banques, tolérés par les technocrates européens, pour qu’elles puissent appréhender ce marché énorme de « l’optimisation fiscale », euphémisme pour désigner de façon « soft », l’évasion fiscale, c’est-à-dire la fraude fiscale, passible de prison et d’amendes, au service de leurs clients les plus riches.

Mais ces paradis fiscaux sont présents à notre porte, ils ont pour noms, la Suisse, l’Autriche, Monaco, les Îles Caïman, les Îles anglaises Jersey et Guernesey sans oublier beaucoup plus loin Singapour… La BNP Paribas avait 198 filiales dans ces paradis fiscaux pour permettre en toute quiétude à ses clients millionnaires et milliardaires de frauder le fisc français.

Mais cette affaire CAHUZAC a mis en pleine lumière, sur la place publique, ce problème scandaleux de l’évasion fiscale par le truchement des paradis fiscaux entretenus par les banques. L’UBS, la très grande banque suisse, a reconnu ses malversations et a accepté de payer une amende de 780 millions de dollars au fisc américain et de transmettre l’identité de 4 450 clients américains soupçonnés d’avoir fraudé le fisc de leur pays. La presse spécialisée parla pour cette banque suisse « d’une lente descente aux enfers ».

Est-ce tolérable que l’État choisisse de faire de nouvelles économies sur les dépenses sociales, alors qu’il existe des sommes énormes d’impôt non recouvrées de l’ordre de 60 à 80 milliards d’euros par an ?

Ce ne sont pas les dépenses sociales qu’il faut sanctionner mais l’insuffisance des recettes fiscales qui existent potentiellement, à condition de manifester une réelle volonté politique pour les recouvrir.

Selon des personnes bien informées, comme Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail, ou comme les syndicats des fonctionnaires des impôts, il suffirait d’embaucher entre 1 000 et 1 500 inspecteurs des impôts pour faire rentrer la plus grande partie de cet argent logé dans les paradis fiscaux vers les caisses de l’État.

Chaque année, l’évasion fiscale en Europe, c’est mille milliards d’euros soustraits aux finances publiques des États européens.

Alain Bocquet, député communiste du Nord, a interrogé en avril 2013, le gouvernement sur ces 1 000 milliards d’évasion fiscale en Europe, sur les 60 milliards d’euros déposés en Suisse pour le compte de 2 000 familles françaises. Il a également évoqué combien les services fiscaux sont désarmés en particulier par la suppression des 25 000 emplois dans les services fiscaux en 10 ans par les gouvernements de droite, et combien il serait nécessaire de leur rendre des moyens en personnels pour retrouver une certaine efficacité comme aux États-Unis où la fraude fiscale est prise beaucoup plus au sérieux qu’en Europe.

 

Qui fait la loi, l’argent ou le peuple ?

Ce ne sont plus les États qui font la loi, c’est le pouvoir de l’argent qui soumet les États à sa loi.

Les hommes de Goldman Sachs, de la très puissante banque d’affaires américaine, qui s’affiche parfois comme la Banque Maître du Monde, sont ainsi à la manœuvre sur toutes les places financières du monde où la Banque place ses hommes : à la Banque centrale européenne, en Italie, en Espagne, en Grèce, à Chypre…

Il n’y a pas de jour où un nouveau scandale financier n’éclate qui ébranle la planète dans lequel les banques ne soient pas impliquées, y compris les banques Centrales.

Le principal ennemi de la finance, c’est la démocratie, comme on l’a vu en Grèce, en Italie et à Chypre.

En France même, il s’avère que la démocratie a été muselée et ne cesse d’être maltraitée. Les lois électorales sont formatées pour maintenir une représentativité réduite de la société civile dans les assemblées et cela crée un immense malaise et un sentiment d’impuissance dangereux pour l’avenir de la démocratie.

Il y a un débat qu’il faut ouvrir : comment rendre effective cette intervention plus large des salariés et des citoyens pour peser significativement sur l’orientation et l’usage que les banques font des dépôts qu’elles reçoivent des citoyens contraints à leur confier, et qu’elles utilisent dans leur intérêt égoïste sans prendre en considération l’intérêt général, ni celui de la nation, comment les forcer et les contraindre à une autre politique ?

Les dépôts, l’épargne, qui représentent des sommes considérables ne sont pas la propriété des banques c’est pourquoi, aujourd’hui, les citoyens qui réclament des comptes aux banquiers sont dans leur bon droit !

Tout le monde le dit, même l’ancien ministre des Finances Pierre Moscovici : « il faut réorienter l’épargne collectée par les banques vers l’économie réelle » que fait on pour les contraindre à cela ?. Poser la question, c’est y répondre : rien.

Suffit-il de créer une Banque publique d’Investissement avec 18 milliards au départ pour financer ce que se refusent de financer les autres banques, alors que l’épargne liquide des banques s’élève à 1 700 milliards d’euros ? Où est passé le président de la République qui désignait la finance comme son principal ennemi ?

Cette BPI est ridicule parce qu’elle n’affiche pas de véritables « nouveaux critères » de distribution du crédit, ce qui aurait pu la différencier de sa maison mère. Construction artificielle par la juxtaposition de plusieurs fonctions de la Caisse des Dépôts, de OSEO, du FSI, elle n’envisage pas, surtout pas, de mettre en place une gestion plus démocratique que celles, déjà critiquables, en place à la Caisse des Dépôts ou à la Banque de France ou celles d’autres institutions para-étatiques. En conséquence, il est vraisemblable qu’elle n’envisagera pas de faire une place aux forces vives de la nation dans ses comités de distribution des crédits. Son plan d’actions stratégiques sera-t-il l’objet d’un débat citoyen, à quel niveau et avec qui ? Comment le Parlement exercera-t-il son contrôle ?

Il faut revenir à l’évidence : seule la nationalisation assortie d’une socialisation des banques et des assurances (c’est-à-dire le contraire de l’étatisation de 1982) peut permettre de redistribuer autrement les 3 000 milliards d’euros que représente l’épargne des dépôts dans leurs banques et en assurances-vie dans les compagnies d’assurances.

Tony Andréani, dans son livre « Dix essais sur le socialisme du xxie siècle », a démontré en quoi toute privatisation, même partielle, détruisait la nature du service public, en le soumettant à une logique capitaliste et en le conduisant à ne pas respecter ses missions, en dépit de toutes les instances de régulation supposées y veiller.

Il s’inspire par ses propositions des travaux en la matière d’Anicet Le Pors et de Yves Salesse (2001 éd. Le Télégramme Morlaix) que l’on peut présenter de la façon suivante et qui pourraient s’appliquer aux banques et aux compagnies d’assurances à re-nationaliser :

Une propriété de l’État (ou de la collectivité locale) à 100 %.

L’État n’est pas actionnaire et ne perçoit pas de dividendes, mais les entreprises lui versent une taxe pour l’usage du capital, taxe qui doit servir uniquement à la création d’autres entreprises publiques dans le secteur ou à la recapitalisation de certaines ;

La gestion est démocratisée sous la forme d’une cogestion États/représentants des salariés, et les dirigeants, cessant d’être nommés par l’État, sont élus par le conseil d’administration ;

Les missions sont définies par le Parlement et concrétisées par le gouvernement sous la forme de contrats de plan, mais le Parlement surveille annuellement leur exécution – où l’on retrouve le rôle de la démocratie politique ;

Le contrôle de la gestion est assuré par une agence spécialisée, qui désigne les représentants de l’État au sein des Conseil d’administration. C’est là une manière de briser les rapports de connivence ou de collusion des dirigeants avec le pouvoir gouvernemental qui ont souvent obéré la gestion des entreprises publiques.

Pour préparer concrètement cette mutation vers une nationalisation/socialisation des banques et des Compagnies d’assurances, les salariés et les citoyens doivent pouvoir exiger et obtenir, dès maintenant, des comptes sur l’utilisation des dépôts, localement et régionalement.

Quand une entreprise rentable est en voie de fermeture par la volonté de ses actionnaires, ce que l’on appelle les « licenciements boursiers », les salariés doivent pouvoir interroger les banques pour qu’elles interviennent, pour sauver l’activité de leur entreprise au lieu de se lancer à la recherche d’hypothétiques fonds de pension ! Car l’on sait bien que dans la quasi-totalité des cas, l’arrêt d’une entreprise intervient après la fermeture irresponsable du « robinet » du crédit de trésorerie que l’« on » avait généreusement ouvert, un, deux ou trois ans auparavant.

La souveraineté actuelle des banquiers en matière de la sélectivité du crédit doit être remise en cause à tous les niveaux, local, régional et national : mais qu’en est-il également des comités de crédits de la Caisse des Dépôts, fonds souverain de la France, des critères de sélectivité des autres Fonds d’investissements liés à la CDC et de toutes les institutions financières étatiques ?

Nous, nous savons que le capital ne sert que le capital, mais nous savons aussi que seule la démocratie peut transformer le monde et rendre les banques à leurs salariés, aux citoyens et à la nation tout entière.

Mais il serait illusoire de croire que le sens du fonctionnement du système bancaire et financier pourrait être radicalement changé par le seul pouvoir de l’intervention de critères objectifs et planifiés de distribution des crédits sans que l’organisation même de la gestion du crédit et de l’épargne tout entière soit changée.

C’est pourquoi, il faut bien prendre conscience qu’à la crise économique et financière s’ajoute une crise du politique et de la démocratie représentative.

L’une et l’autre s’alimentent, se nourrissent, se complètent. Elles ne peuvent, selon nous, être surmontées sans des transformations profondes du système, de chacun des éléments qui le composent et de leur totalité.

On comprend dès lors que les réformes radicales nécessaires pour sortir de la crise économique ne pourront aboutir sans transformations politiques, culturelles tout aussi radicales.

Il s’agit de prolonger la démocratie représentative, de la revivifier en instituant progressivement une démocratie participative et d’intervention irriguant toutes les sphères de l’activité humaine. Aussi bien dans l’entreprise, dans la banque, dans la commune comme dans les régions, et dans l’Europe qu’il faut soustraire aux marchands…

Seul le développement d’un large mouvement populaire pourra mettre en marche des objectifs concrets de démocratisation qui nous conduiront vers de réels changements de la société.

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(1) Voir Jacques Atlan, « L’argent des pauvres, les milliards des banques (Alternatives financières et politiques) », L’Harmattan, 2012.

(2) Les banques et les Compagnies d’assurances aux premières loges.

Souvenons-nous que le développement accéléré de l’endettement mondialisé des particuliers et des États, c’est la conséquence directe du soutien financier apporté par les états aux banques et aux compagnies d’assurances pour les sauver de leurs turpitudes passées et la fausse solution pour soutenir l’économie quand le pouvoir d’achat est insuffisant pour soutenir la croissance.

En sauvant les banques et les compagnies d’assurances, croit-on avoir sauvé le système capitaliste et l’aider dans sa recherche quelque peu désespérée de restauration du taux de profit immédiat et maximum du capital ?

On a fermé des usines rentables et stratégiques pour le pays, on a délocalisé sans que l’état ne s’y oppose, on a détruit du capital matériel et humain, on a supprimé des millions d’emplois industriels qualifiés, car dans le même temps on continue à augmenter les dividendes des actionnaires, et pour soutenir les cours en bourse, les sociétés rachètent leurs propres actions et ainsi font croître la rentabilité du capital de l’actionnaire.

Le capital continue à se concentrer avec des capitaux étrangers dans des sociétés multinationales (voir PSA avec le capital chinois et les capitaux publics), en éliminant les sociétés françaises les plus faibles, les PME (on enregistre 65 000 faillites de PME par an, correspondant à une perte de 250 000 emplois qualifiés). Il se réfugie dans des holdings financières défiscalisées internationales logées à l’abri des yeux de tous, dans des paradis fiscaux, débarrassés des salariés et des fiscalités nationales pour restaurer, sans risques, les taux toujours croissants de la rentabilité du capital, devenu apatride en étant logé, à l’abri des yeux de tous, dans le shadow banking.

Les banques se sont mises au service de ces énormes masses de capitaux ainsi libérées. Elles les mettent en mouvement à des vitesses accélérées, sous les formes les plus diverses, en utilisant toute la batterie des instruments les plus sophistiqués (hedge funds, OPCVM, CDS, equity funds, private equity, Leveraged Buy Out (LBO), stock options, swaps, titrisation etc. ), en quête d’une recherche systématique et spéculative de la rentabilité. Dans cette période troublée l’hégémonie des états-Unis a continué à se déployer, omniprésente sur tous les marchés du monde entier, grâce à l’arme que constitue la création monétaire sans limite, par sa Banque centrale la FED, avec une monnaie démonétisée : le dollar américain mais soutenue par la puissance militaire de la nation la plus puissante du monde.

Chacun connaît la responsabilité de Goldman Sachs pour la Grèce, où cette Banque exerçait un pouvoir de conseil auprès des politiques pour préparer son admission dans la Communauté européenne, y compris en manipulant certains chiffres, et la conduisant à la catastrophe au seul grand profit de Goldman Sachs…

C’est le traité de Maastricht qui a créé la Banque centrale européenne, indépendante des autorités politiques de l’Europe comme des États européens, qui prête aux Banques européennes à 0 % sans limite, mais refuse de prêter aux États européens, les forçant à un recours aux marchés financiers et à leurs taux usuraires entraînant l’austérité à vie.

La BCE « indépendante », c’était retirer aux Parlements des prérogatives institutionnelles par des transferts de souveraineté comme celle de voter le budget de la nation, qu’après le passage obligé de celui-ci devant des techniciens européens, véritables censeurs de la politique décidée par les élus de la nation. C’est le contraire qui aurait dû être fait : mettre sous tutelle et sous contrôle politique la BCE, et toutes les banques centrales des États européens, d’abord de leurs Parlements respectifs et ensuite des élus de l’Assemblée européenne.

(3) Voir la contribution de Jacques Atlan dans l’ouvrage collectif La finance globale : un monde fini

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