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Le problème d’Alstom, c’est Bouygues

D’où viennent les difficultés d’Alstom, de sa situation financière ? Le groupe n’est certes pas une star du bénéfice, mais il n’est pas à l’agonie, il ne perd pas d’argent. Au 31 mars 2014, son résultat net annuel s’est élevé à 556 millions d’euros contre 768 millions lors du précédent exercice. Il souffre, dans le secteur de l’énergie plus particulièrement, d’une réduction de ses commandes pour les années à venir et davantage encore des hésitations, des reculades, des faux fuyants du gouvernement français. Mais son problème est également ailleurs. C’est Bouygues.
On ne parlerait pas des propositions de l’américain General Electric (GE) ou de l’allemand Siemens si Bouygues ne voulait pas se débarrasser de sa participation. Pour quelle raison s’apprête-t-il à prendre ainsi les jambes à son cou, avec, en poche, quelques 2,5 milliards d’euros correspondant à la vente de ses 29,4 % du capital ? Avec ce pactole, il entend compenser ses difficultés et celles de sa filiale Bouygues Télécoms après l’échec de sa tentative de mettre la main sur SFR. Peut-on accepter qu’un groupe, rameuté en 2006 notamment par Nicolas Sarkozy, et qui a soutiré à Alstom 1,5 milliard de dividendes en 8 ans, puisse entrer, sortir ainsi d’une entreprise stratégique pour l’économie française au gré de ses intérêts financiers immédiats ?
Par ailleurs, les deux candidats au dépeçage d’Alstom sont également des groupes industriels mais aussi des puissances financières. 56 % du capital de GE est contrôlé par des fonds institutionnels et spéculatifs et c’est le cas de 59 % de celui de Siemens. Les fonds américains sont présents chez les deux protagonistes. Et parfois ce sont les mêmes. C’est ainsi que le Vanguard group dispose de 4,99 % de GE et de 1,02 % de Siemens.
La puissance publique se doit de remettre de l’ordre dans ce fatras plutôt que de jouer les sponsors de Bouygues, comme elle l’a fait lors de la cession de SFR. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, dans une lettre à Manuel Valls, vient de proposer une relance d’Alstom grâce notamment à « des prises de participation publique au capital. Celles-ci pourraient impliquer l’État, les grands clients publics d'Alstom (EDF, SNCF, RATP), la CDC, le FSI et aussi les régions, sachant l'importance pour elles du transport ferroviaire ».  Cette maîtrise pourrait s’appuyer sur la capacité de financement de la Banque publique d’investissement et d’autres banques et sur les liens de coopération à tisser avec d’autres groupes, européens particulièrement. Bouygues pourrait prendre la poudre d’escampette mais à des conditions moins avantageuses.
 

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