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Les migrants : le monde en mouvement

le 31 March 2006

Les migrants : une histoire, une citoyenneté, un avenir... en partage

Sommaire Des caractéristiques nouvelles En France : une situation (...) Analyses Propositions Annexes

Depuis deux décennies, le thème des migrations, ou plus précisément celui des “immigrés”, constitue un enjeu majeur dans l'agenda de l'Europe et dans les politiques intérieures de nombreux pays dont la France. Les forces du libéralisme et de la régression sociale en font un axe stratégique.

Des caractéristiques nouvelles

Les migrations se mondialisent.

Les institutions internationales comptabilisent environ 280 millions l'immigrés sur la planète.

L'origine des départs et la géographie des arrivées se sont considérablement diversifiées, étendues. Les deux tiers migrent dans des pays “pauvres”. Les plus forts mouvements de migrants vont de pays pauvre à pays pauvre, contrairement aux idées reçues. Les motifs et projets migratoires se diversifient.

Impossible de réduire les motifs des exodes à la misère et à l'immigration de travail. Il suffit de voir l'importance du regroupement familial, le niveau de circulation et d'émigration de ressortissants de pays “riches”, la féminisation, le rajeunissement et le niveau de qualification des candidats à l'immigration. La question de l'asile évolue.

Leur caractère de plus en plus dramatique.

Un nombre considérable de décès de migrants lors du franchissement des frontières, maritimes et terrestres ainsi que des “murs” érigés. Un traitement politique brutal.

De la scandaleuse théorie du “choc de civilisations” à la mise en concurrence des populations, les ségrégations violentes s'accentuent. La chasse aux migrants et leur sélection sont planifiées selon les exigences patronales et les impératifs du marché du travail sous l'amalgame entre migration et terrorisme.

Les luttes des migrants se développent.

Leurs revendications concernent non seulement la “régularisation”, la “citoyenneté”, l'égalité et la dignité, mais aussi le “droit de circulation et d'installation”.

Une frénésie législative.

En France, l'ordonnance de 1945 sur “L'entrée et le séjour des étrangers” en est à sa 33em modification en quelques décennies. Une 34eme modification est déjà annoncée...

En France : une situation contrastée

Bien qu'elle ait contribué, pour une large part, à la constitution et à la transformation permanente de l'identité plurielle du pays, de ses richesses, de sa culture, l'immigration demeure néanmoins méconnue. La réalité des niveaux d'immigration, des motifs est occultée, cachée. Depuis quelques années, l'immigré est supposé coupable de tous les maux de la société. Le travestissement de la réalité est à son comble.1

Or il est impossible de débattre, de légiférer sans aborder la complexité du dossier de l'immigration, sans une connaissance correcte de ses éléments originels.

Pourtant, l'étude sur les migrations, publiée en septembre 2005 par l'INSEE, met l'accent sur la stabilité du niveau annuel de l'immigration depuis 30 ans, sur une “intégration” plus importante qu'il n'est habituellement dit, tout en insistant sur la pauvreté, la précarité, les discriminations, les inégalités et injustices subies par les migrant-e-s.

La France bénéficie aujourd'hui, en continuité des migrations des années 50-60-70, d'une immigration essentiellement constituée “d'immigration familiale”.

En 2003, le nombre d'entrées d'immigrés permanents est de 135 000, soit plus 10% par rapport à 2002. Compte tenu des retours effectués dès la première année, le total de migrants restants, nouvellement établis en 2003, se situe au alentours de 100 000 personnes.

Ces entrées sont motivées à 79% par des raisons familiales, 5% sont entrés comme “travailleurs permanents”.

Parmi les 32 000 migrants nés dans un pays européen, la proportion de “migrants familiaux” est de 30 %.

Alors que l'immigration reposait auparavant essentiellement sur les demandes des employeurs et leurs filières, elle résulte aujourd'hui, en priorité, de la demande des migrants eux-mêmes.

Précisons que les réfugiés, ou familles de réfugiés, demandeurs d'asile admis n'étaient que 11 500 en 2002.

Il y a actuellement, sur le territoire, plusieurs milliers de mineurs isolés de leur familles, voire sans famille .

Les femmes représentent 50,2 % des nouvelles entrées en 2003.

Au total, le nombre de migrants légaux, étrangers-migrants et Français-immigrés naturalisés, se situe autour de 4 300 000 personnes, soit 7,5% de la population. Pour mémoire, en 1936, ils étaient 6,3% et déjà 7,5 % en 1975... Le nombre de résidents étrangers est de 3 260 000 dont 510 000 étrangers nés en France.

Parmi ces 4,3 millions, 35% sont originaires de la communauté européenne, soit 2,4 millions de résidents non communautaires et 1,3 millions de résidents communautaires.

Il est intéressant de rappeler ici que le nombre de Français, émigrés, résidant actuellement dans un pays étranger, dépasse les 2 millions. Certes, le nombre de migrants illégaux présents sur le territoire n'est pas connu avec précision.

Le gouvernement recourt à des estimations. En 1995, puis en 1999, il a évalué à 400 000 le nombre de “migrants illégaux”. En 2004, le ministère de l'Intérieur a situé l'évaluation dans une fourchette de 200 000 à 400 000 personnes. La Cours des comptes a avancé le chiffre de 500 000.

Quel que soit le chiffre retenu, cela n'autorise aucunement à parler de “vague déferlante”, “d'invasion”.

Les retours au pays, au cours de la première année de séjour, sont évalués à 35% des arrivées.

Un phénomène nouveau

Un phénomène, inédit dans l'histoire des migrations antérieures, se fait jour. Les enfants de migrants d'Afrique noire et d'Afrique du nord nés en France, ainsi que leurs enfants, sont toujours ramenés à leurs origines malgré la succession des générations. Il restent toujours des “issus de”.

L'égalité de droit leur est ainsi déniée.

Pourtant, des enquêtes d'opinion, telles celle du commissariat au plan de juin 2005, disent qu'une très large majorité des sondés se prononcent pour l'égalité de droit, pleine et entière.

Autre fait significatif

Depuis plus de dix ans, les luttes des sans-papiers font régulièrement la Une de l'actualité, témoignant d'un mouvement profond, durable. Cette belle constance des migrants sans papiers à lutter pour le droit à une vie normale, légale, devrait suffire à disqualifier tous les discours sur la “non intégration”.

En France, comme dans le monde, les migrations sont devenues une nouvelle donne structurelle qu'aucun projet politique alternatif aux politiques libérales ne peut désormais ignorer.

Analyses :

Changer de politique

Le PCF et les migrants

Évolutions récentes en France, en Europe

Pourquoi migre-t-on ?

Où et d'où migre-t-on ?

L'immigration : un phénomène social, révélateur des enjeux de notre époque

Propositions :

Propositions pour un programme politique à gauche antilibéral, crédible

Nationalité

Droit d'asile

Lutte contre les inégalités et les discriminations

Citoyenneté de résidence

Solidarité internationale

Mémoire du colonialisme, de la traite négrière et de l'esclavage

Annexes :

ANNEXE I - Quelques rappels sur l'évolution des législations en France et des luttes afférentes

ANNEXE II - Code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : l'ère de l'immigration jetable ?

ANNEXE III - Le droit d'asile

ANNEXE IV - Nationalité - Droit du sol

ANNEXE V - Citoyenneté civile et politique

ANNEXE VI - Migration et politique

ANNEXE VII - Combattre des idées reçues sur l'immigration