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Hommage aux 27 de Châteaubriant

Hommage aux 27 de Châteaubriant
Discours de Jacques Chabalier pour le PCF

Madame la présidente de l'amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé,chère Odette,
Madame la présidente déléguée, chère Jacky
Mesdames et Messieurs les représentants des associations d'anciens combattants, résistants et déportés,
Mesdames et Messieurs représentant les familles des fusillés,
Madame la sous préfète
Monsieur le député, sénateur
Monsieur le maire de Châteaubriant,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les représentants de la Confédération générale du travail,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis et chers camarades,

« Le chemin de la liberté et de la dignité est pavé de sacrifices. Les nations ne doivent pas baisser les bras, elles ne peuvent pas être vaincues et doivent refuser de coexister avec l'oppression et l'occupation. Notre peuple a des ressources inépuisables pour poursuivre la lutte. Nous avons l'obligation de transformer son sacrifice en victoires politiques les portant au plus près de la liberté et de l'indépendance. Notre peuple doit unifier ses efforts pour en finir avec l'occupation et incarner l'unité nationale qui constitue la loi de la victoire pour les peuples opprimés. »

Ces paroles ont été prononcées le 27 juillet 2014 par Marwann Barghouti , le plus ancien prisonnier politique palestinien, dans un appel à son peuple et au monde.

Elles pourraient, au mot près, être celles des 27 de Châteaubriant, à qui nous rendons hommage aujourd'hui.

Elles pourraient... Elles sont leurs paroles, car elles sont toujours celles des résistants et des peuples qui ne renoncent jamais à libérer l'humanité des rapports de force et de domination, pour l'engager sur le chemin de la liberté et de la dignité .

 

Libres et dignes les 27 l'étaient ce jour là

Ce jour là, le 22 octobre 1941, au moment où les camions de l'ennemi traversent la ville avec à leur bord ces hommes au courage infini.

Libres et dignes ils chantent. Ils chantent pour dire leur haine de la barbarie nazie, dire qu'ils n'ont pas peur de mourir, dire qu'ils n'ont aucun regret, et que d'autres devront résister après-eux.

Certains Castelbriantais ont vu passé les camions, d'autres non. Mais tous se souviennent de ces hommes qui n'ont pas arrêté de chanter jusqu'à leur arrivée à la Sablière.

Le bruit des véhicules devant les poteaux plantés dans la carrière, les fusils pointés, ne réussiront pas à étouffer ce chant, ces cris de liberté.

Ce rappel des événements de ce jour-là ne se veut pas un récit édifiant, glorifiant leur héroïsme, même bien réel, ou leur sens du sacrifice. Si ce jour là mérite notre mémoire, c'est qu'il témoigne de l' éclatante humanité des 27 de Châteaubriant qui, même à la dernière seconde de 27 vies volées, ne renonce pas, avance et se réalise pleinement.

Les 27 sont morts. Les nazis, leurs complices de de Vichy, le sinistre ministre de l’intérieur Pucheu, cherchaient un effet de terreur, sur la jeunesse en particulier.

L'effet fut inverse : le choc de ces exécutions accéléra les prises de conscience, l'esprit de résistance qui se développait encore lentement.

Innombrables seront désormais celles et ceux qui, dans la diversité de leurs pensées, de leurs engagements, braveront les interdits de l'occupation. Toutes et tous ont pris le risque de mourir sous les balles allemandes. Toutes et tous ont désobéi comme les 27.

Il fallait bien du courage et des convictions pour, dès 1940, accomplir ce choix dans ce chaos humain que fut cette période, où tous les repères étaient bouleversés.

L'engagement des 27 de Châteaubriant est une des preuves que l’engagement des communistes dans la résistance, avec d’autres, a été massif, dès 1940. La signature du pacte de non agression germano-soviétique avait, il est vrai, jeté le trouble au sein du parti communiste. Certains employaient les mots de « guerre impérialiste » pour renvoyer les uns et les autres dos à dos. Ces années étaient des années de tourmente où les repères étaient bouleversés.

 

 

Que faire face à ce chaos ?

 

Voyant - à l’image de Prosper, père de Guy Môquet - ses parlementaires déchus puis arrêtés, son journal l’Humanité interdit, la direction du Parti communiste tente d’abord de se faire reconnaître, avant de s’engager dans une bataille sans merci.

Un ancien résistant et déporté de la région bordelaise, mon oncle George Durou, témoignait ainsi en 2007 devant une classe de Terminale. Je le cite : « arrêté à 16 ans, comme Guy Moquet, pour activité communiste, je suis condamné à 2 ans de prison pour complicité avec l’Allemagne sous prétexte du pacte germano-soviétique. Au terme de ces deux ans, au lieu d’être libéré, je suis livré aux nazis, présenté cette fois, comme un individu particulièrement dangereux pour eux par ceux là même qui m’avaient condamné 24 mois auparavant et qui désormais fréquentaient les salons de Vichy ou serraient des mains à Montoire.»

 

 

Quelle triste ironie de l'Histoire

 

Si nous sommes présents aujourd’hui, comme chaque année, c’est que nous pensons que ce jour-là a une valeur universelle car il nous interroge sur le monde qui se construit, sur notre place, sur notre engagement pour le transformer.

Nous ne sommes pas seulement fiers de l'héritage des 27, nous en avons besoin.

Il nous aide, dans les conditions d’aujourd’hui, à inventer, à notre tour, un mode de développement basé sur la satisfaction prioritaire des besoins de l’humanité, et non des seuls marchés financiers.

Les développements de la très grave crise que traverse notre pays comme l’Europe et le monde entier donnent, c’est le moins que l’on puisse dire, une sérieuse actualité à cette exigence.

 

A l’image de nos frères d’hier, nous voulons rassembler pour dire que cette honte de l'insolent enrichissement de quelques-uns face à la détresse et aux difficultés du plus grand nombre doit cesser.

Rassembler, pour bâtir des politiques qui sortent l’humanité des rapports de domination et de guerre qui perdurent.

Rassembler pour mettre en œuvre des politiques qui assurent à nos concitoyens de véritables avancées sociales, au lieu des régressions et des politiques d'austérité auxquelles, depuis des décennies, comme aujourd'hui encore en France, on voudrait qu’ils se résignent sous prétexte qu'il n'y aurait pas d'autres chemins, d'autres alternatives. Ce n'est pas aux peuples de payer la prédation des marchés financiers sur l'économie réelle, par la réduction des salaires et des pensions, des investissements utiles, des services publics, ou par l'anémie des lieux de décision et de vie démocratique que sont les collectivités locales.

Rassembler enfin aussi en cette année de centenaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale, pour dire, avec Jean Jaurès, que « l'affirmation de la paix est le plus grand des combats ».

Ces mots résonnent en nous, parce que nous voici, nous aussi, à un moment d'une extrême gravité.

 

Nous sommes inquiets et révoltés

 

Inquiets et révoltés de voir l'aspiration du peuple palestinien à la liberté et à la dignité bafoué depuis des décennies.

Nous nous sommes mobilisés depui début juillet pour l'arrêt des bombardements sur la population de Gaza, pour la levée totale du blocus, la reconnaissance de l’État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale et l'ouverture de véritables négociations de paix sous l'égide de l'ONU.

Pour la libération des prisonniers politiques palestiniens, don Marwann Barghouti.

Et nous poursuivrons cette mobilisation jusqu'à ce que le droit du peuple palestinien de vivre libre et digne, au côté de l’État d’Israël, soient enfin reconnu et assuré.

Nous sommes inquiets de voir la violence, la guerre se développer et se répandre à travers le monde, particulièrement dans les pays où les peuples vivent déjà dans la misère et l'humiliation. Nous appelons à intensifier la solidarité avec le peuple kurde, victime lui aussi de la barbarie.

Nous sommes révoltés de voir les dirigeants des premières puissances mondiales, les mêmes qui nous parlent depuis 20 ans de « lutte contre le terrorisme », employer toujours les mêmes méthodes, à commencer par les interventions militaires, pour un résultat qui n'est pas seulement nul au regard de leurs propres objectifs mais qui empire toujours la situation.

Nous ne pouvons nous résoudre à la situation du monde et s'il n'est pas de réponse simple aux crises que nous traversons, nous savons qu'il y a des choix possibles : soit la concurrence, l'injustice et la domination, soit l'égalité, la coopération et la solidarité.

En juin dernier, c'est ce deuxième choix qu'ont exprimé les 133 pays représentés au Sommet du Groupe des 77 en Bolivie. Leur objectif est de s'engager ensemble pour un « nouvel ordre mondial du bien vivre » qui implique un autre ordre économique international basé sur des échanges justes, sur un système monétaire international démocratique libéré de la domination des grandes puissances et du dollar, sur la nécessité d'un partage des savoirs et des transferts de technologie.

C'est ce choix qui est le nôtre. C'est ce choix que dans les conditions de leur époque ont fait les 27, bien au-delà du sacrifice.

Ce choix nous continuerons à le faire vivre avec toutes celles et tous ceux prêts à agir, penser, imaginer avec nous pour préparer et inventer de nouveaux modes de développement et de production, amorcer la transition écologique, assurer l'éducation, la santé, la formation pour tous.

C'est tout à la fois le chemin de la paix et celui de la liberté et de la dignité retrouvées pour chaque individu et chaque peuple.

 

 

Mesdames, Messieurs, Chers camarades,

 

Ce dimanche rassemblés dans cette sablière, chacun, j’en suis sûr, ressent qu’il ne s’agit pas d’une parenthèse que nous refermerions ce soir pour passer à autre chose car le trait d’union entre Guy, ses compagnons, et nous qui continuons aujourd’hui leur combat c’est la conviction qu’il n’y a pas d’autres valeurs que l’être humain.

 

En 1937, Paul Eluard rendait ainsi hommage aux martyrs du village de Guernica :

« la peur et le courage de vivre et de mourir

la mort si difficile et si facile

Hommes pour qui ce trésor fut chanté

Hommes pour qui ce trésor fut gâché

Homme réels pour qui le désespoir alimente le feu sacré de l'espoir

Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir ».

 

Ouvrir le dernier bourgeon de l'avenir c'est ce qu'exprimaient, ce jour là, déjà, les milliers de fleurs que les habitants de Châteaubriant ont déposées ici même dans les heures qui ont suivi l'exécution.

 

Avec elles et eux, avec les 27, avec Louis Aragon, nous continuons d'affirmer avec confiance et lucidité, qu'après ce jour là, « un jour pourtant, un jour viendra … ».

 

Je vous remercie de votre attention.

Châteaubriant, le 19 octobre 2014

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