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Inde : Les exigences pressantes du développement pour tous.

L’Ind e est plac ée au défi d’une voie originale de développement. En 2004 , malgré l’enthousiasm e des institutions internationales (FMI, Banque Mondiale) et des pays développés, le gouvernement nationaliste-libéral a été battu. Les citoyens indiens ont exprimé leur rejet de politiques encourageants l’irresponsabilité sociale des groupes et la domination de la Finance. Ils ont aussi, affirmé l’exigence d’un essor profitant à tous et réduisant les inégalités. Le Parti du Congrès prétend réussir à réduire la pauvreté, l’ill ettrisme tout en poursuivant vaille que vaille promotion du marché financier et de la concurrence coupe-gorge. C’est profondé ment contradictoire. Ce type d’orientation a d’aill eurs échoué en France et en Europe.

Début 2004, la cam pagne «feel good», «shining India» (1) de l’Alliance nat iona le démocrat ique (NDA (2)) con duite par le BJP (3) tenta it de con vaincr e les

citoyens de la pleine réuss ite de la politique libéra le. Croissance économ ique, performance bours ière, boom techno logique, afflux de capitaux étran gers , amé liorat ion du bienêtr e éta ient pr ésentés comme le pr élude d’une ère de prospérité pour tous . La presse occidenta le s’était fait l’écho du succès annoncé des réformes libéra les et de l’émergence d’un deuxième géant asiatique. Las, cela n’a pas suffit pour empêcher la défaite du BJP. Les indiens n’ont pas, semb le-til, tiré le même bilan de presque quinze ans de libéra lisme .

Les politiques libérales sanctionnées..

Taux de croissance moyen de l’emploi. En % Secteur rura l/ Secteur urbain

       1983-1987/1988                                 +1,36%                         +2,77%

    1987/1988-1993/1994                        +2,03%                         +3,39%

     1993/1994-1999/2000                       +0,67%                         +1,36%

Source : repris de C.P. Chandrasekhar.

Ces élections révèlent un clivage au sein de la population indienne . Au sein de la classe dirigeante et de la classe moyenne riche, il existe un consensus au sujet des réformes libéra les. Parmi l’immense majorité du peuple, c’est la défiance qui domine. Selon une récente enquête, plus les personnes sont pauvres, plus elles estiment que leur situat ion s’est dégradée (4). Par-delà l’améliorat ion de la condition d’une petite part de la société, la défaite de la NDA permet de lever le voile sur une série d’échecs de la libéralisation : crise agricole, difficultés des petites entr eprises, faiblesse des créat ions d’emplois, montée du chômage et du sous-emploi, creusement des inégalités etc. Le redressement du Parti du Congrès, menant l’Alliance des Progressistes Unies (UPA) et les progrès de la gauche commu niste s’appuieraient donc sur un mécontentement véritable et sur l’exigence d’une politique plus sociale. Ainsi, l’aspiration à la réduct ion des inégalités, le rejet des cou pes claires dans les emplois publics, l’exigence du maintien d’un contrô le public de cer taines entr eprises etc. sont majoritaires (5)

Toutefois, les élections législatives ont ramené au pouvoir les initiateurs de la libéra lisat ion mise en œuvre après que le FMI soit inter venu pour aider à pallier la crise de paiement du pays. Au début des années quatr e-vingt-dix, Manmo han Singh, le nou veau Premier Ministre, avait présidé, en tant que Ministre des Finances , à l’ouver tur e au marché extérieur, à la dévaluation de la roupie afin de favoriser les expor tat ions , à la libéra lisat ion des mou vements de capitaux, aux privatisations etc .

Le caractère contradictoire des engagements du gouvernement.

Cette situat ion n’est pas ano dine. A l’évidence , le gouvernement actue l est pris entr e les revendications de sa base populaire et les press ions des milieux d’affaires, des marchés financ iers et des inst itut ions internat ionales. Il préten d chercher tout à la fois croissance dura ble, créatr ice d’em plois et développ ement assurant le bien-êtr e des paysans , des ouvriers agricoles et des tra vailleurs .

Ainsi, M. Singh, affirme son intent ion de poursu ivre les réformes libéra les . Le Programme commun minimum (CMP), signé par le bloc gouvernementa l, propose de ramener le budget à l’équilibre en trois ans , de poursu ivre l’ouver tur e aux invest issements étran gers , de contrô ler le processus de privatisat ions etc . Et, simultanément , le Premier Ministre préten d que la «croissance n’est pas une fin en soi. C’est un moyen de créer des emplois, de faire reculer la pauvreté, la faim (…) et d’améliorer les conditions de vie de la masse [du] peuple». Il parle même d’un «new deal» pour les «millions de laissés-pour-compte de la croissance économique» et pour «libérer les paysans des usuriers».

Le CMP com prend bien des engagements sur l’emploi rura l comme le programme «food for work». Celui-ci doit permettr e d’atten dre la mise en place d’un plan visant à assur er, à chaque foyer pauvre, rura l ou urbain, 100 jours de tra vail par an, payés au salaire minimum, pour des tra vaux publics d’infrastructur es. Et dans le cas où l’Etat n’est pas capable de trouver un emploi à un can didat, de lui verser une allocat ion chômage équivalente à un tiers du salaire minimum. Le CMP com prend des engagements très impor tants concernant le dou blement du montant des cré dits peu chers pour les paysans , por tant sur la sécur ité alimenta ire, le développement de l’éducat ion primaire et seconda ire ou encor e relatif à la réduct ion des inégalités sociales etc .

Critiques de gauche pour la tenue des engagements en faveur des couches populaires.

Toute fois, dès le mois de juillet 2004, les premières mesur es prises ont été vivement critiquées que cela soit par des par tis de gauc he, des économ istes progress istes ou des syndicalistes .

Ainsi, les privatisations se poursu ivent jus que dans les secteurs que le gouvernement avait déclaré comme devant êtr e protégés. Les recettes des privatisations sont est imées à 875 millions de dollars pour 2004-2005. L’ouver tur e aux invest issements étran gers est aggravée comme dans les banques, les assurances (mais auss i les télécommun icat ions et le transpor t aér ien) et les placements financiers sont encoura gés malgré la fragilité du système financier. La baisse des coûts salariaux est att isée avec la multiplicat ion des zones économ iques spéc iales sans aucun droit pour les salariés (6). Enfin, les dépenses publiques en faveur de l’emploi, de l’agriculture etc. demeurent insuffisantes au nom même du rat ionnement des dépenses publiques qui accom pagne la volonté de rédu ire coûte que coûte le déficit public avec à la clé les effets dépress ifs sur la croissance , bien connus dans l’Union eur opéenne (7).

La croissance indienne demeure fragile.

Les object ifs gouvernementau x app ara issent anta goniques . Ils reflètent les contra dictions internes du type de cr oissance qui a été choisi au début des années quatr e-vingt-dix mais auss i les fragilités structur elles de l’économ ie indienne .

 

Croissance : prépondérance des ser vices, poids de l’agricultur e, faiblesse de l’industr ie

                                   1990    1995   1999    2000    2001   2002    2003     2004 p   2005p

Pib                             +5,6% +7,3% +6,1% +4,4%  +5,8%  +4,0%  +8,2%    +6,0%    +6,6%

Agriculture               +4,1%  -0,9%  +0,3%  -0,1%  +6,5%  -5,2%  +9,1%    -1,3% +3,5%

Cela se tradu it par une croissance économ ique asse z insta ble. Cer tes , en 2003-2004, pour la pr emièr e fois depuis quinze ans , la croissance indienne a été exce ptionne lle. Elle a atte int 8,2%, niveau com para ble à ses voisins de l’Asie émer gente .

Elle a été largement tirée par l’agricultur e grâce à une très bonne mousson . L’act ivité a auss i été favorisée par l’augmentat ion des dépenses publiques (+9%) à la veille du scrut in. Cela a perm is de souten ir la consommat ion (+ 6,5%) et de favoriser le redémarra ge de l’invest issement (+6%)

Toute fois, selon les prévisions des principaux inst ituts , la croissance ralentira en 2004-2005(+6,0%). La mousson a été moins bonne déprimant le secteur agricole. L’industrie, elle-auss i, ralentit légèrement pour l’Union indienne .

 

Dette extérieur e

                                                      1985 1990   1995   1999   2000   2001   2002   2003

Dette extérieure en % du Pnb         18,1   26,7   26,9    22,2    21,7   20,4    20,7    21,7

 

Il semb le délicat (pour le moins discutab le ?) d’affirmer que les politiques libéra les aient eu un impact significat if sur le niveau de croissance . Ainsi, entr e 1991 et 2000, la croissance moyenne du Pib (5,9%) a été à peine plus for te qu’au cours des années quatr e-vingt (5,7% de 1981-1982 à 19901991 mais 7,6% entr e 1988 et 1991) (8). En tout cas, le changement de rythme de croissance observé à la fin des années quatr e-vingt (et non pas au début des années quatr e-vingtdix) peut tout autant êtr e imputé au recours mass if à l’emprunt national et extérieur pour mainten ir un haut niveau de dépenses publiques qu’à de premiers éléments de politique libéra le comme la levée des restr ict ions sur le commer ce extér ieur des produits industr iels. Mais, il con viendrait auss i de rappe ler que cette «libéra lisat ion fur tive» avait débouc hé sur une grave crise de paiement

 

Une industrie en déshérence.

Sur tout , ces mesur es, et celles inter venues dans les années quatr e-vingt-dix, ont eu un impact négatif sur l’industr ie. Malgré la faiblesse de sa par t dans le Pib, elle a stagné (voir le tab leau suivant) . Le taux d’invest issement a diminué dans le secteur industr iel privé (mais il a augmenté dans le secteur public contr ibuant ainsi pour une bonne par t à l’accé lérat ion de la croissance de la fin des années quatr e-vingt). Le taux de croissance de la production industrielle a fléchi (6,4% en moyenne de 1991 à 2001 contr e 6,8% entr e 1981 et 1991). Cela est expliqué, en par tie, par l’obsess ion de la baisse du coût salarial de l’emploi. Les entr eprises industr ielles indiennes ont argué de la rigidité de la législation du travail pour externa liser une part importante de leurs activités (9), tout en s’abst enant de moder niser. Le contenu en tra vail qualifié, en techno logie, en capital, de l’industr ie est très faible. Dans ces con ditions , l’em ploi industr iel diminue depuis le début des années 2000. L’industr ie n’emploie plus que 12% de la population active.

 

 

Le développement des services informationnels, élément original de développement.

L’originalité de l’Inde est le développement des ser vices, tout par ticulièrement des ser vices informat iques. L’Inde profite d’une main-d’œuvre (3ème « réser voir » mond ial de techn iciens et de scientifiques) qualifiée, angloph one, avec des faibles rémunérat ions et d’un réseau d’ingénieurs recrutés par les firmes amér icaines (10). Ils ne se heurtent pas à la déficience des infrastructur es. La libéra lisat ion a permis aux entr eprises indiennes de tra vailler pour des entr eprises étran gères qui délocalisent leurs tâches administrat ives, financ ières, logistiques etc . Durant les années quatr e-vingt-dix L’Inde a capté 41% des délocalisations de production de logiciels. Les exportations de logiciels représentent 20% des expor tat ions indiennes . Les ser vices em ploient désorma is 23% de la population act ive (11). Pour l’heur e, ces ser vices ne concernent pas ou très peu le marché intér ieur mais les entr eprises pharmaceut iques et de biotec hnologies indiennes tentent de mettr e en place un processus similaire en s’app uyant sur une impor tante recherche-développement .

 

Mouvements de capitaux

En% du Pib                                                                       1998 1999 2000 2001 2002

Solde des investissements directs                                      +0,6 +0,5  +0,5  +0,8  +0,5

Solde des investissements de portefeuille                          -0,1% +0,5 +0,6 +0,4 +0,2

Sour ce : DREE

 

Recul de l’agricultur e, stagnation de l’industr ie, explosion des ser vices

En % du Pib                                                     1985                    2003

Agriculture                                                       33,7%                  22,4%

Industr ie                                                        26,4%                  26,5%

Services                                                         39,9%                   51,1%

Sour ce : Banque mond iale et PNUD

 

Réser ves monéta ires et DTS

Milliards de dollars                                      1985 1990 1995 1999 2000  2001  2002   2003

Réser ves monéta ires                                   5,5      1,2    17,5  32,0  37,3  45,2  67,0    97,6

DTS                                                               0,34   0,32  0,14  0,0     0,0     0,0   0,0      0,0

Sour ce : BM

Enfin, pour éviter une appr éciation trop for te de la roupie (14), la Reser v Bank of India (RBI) inter vient sur le marché des changes afin de mainten ir la com pétitivité-prix des exportations (notamment par rappor t aux produits chinois).

 

Faiblesse de l’ouverture extérieure mais domination de la Finance

Balance courante

En% du Pib                                         1985 1990 1995 1999 2000 2001 2002

Solde commer cial biens                        -2,5  -1,6 -2,9   -3,0   -3,8  -2,6   -2,4

Solde des services                                                                             -0,6 + 0 , 6

C’est pour quoi un des arguments ph ares pour aller plus loin dans la déré glementat ion est le beso in de l’accès aux mar chés et aux ca pitau x étran gers pour souten ir la croissance et le développ ement des secteurs les plus renta bles de l’économ ie. L’ou ver tur e commer ciale a cer tes progressé mais elle demeur e faible (impor tat ions : 16,6% du Pib) com parée aux pays du sud-est asiatique (Corée du Sud, impor tat ions : 42,2% du Pib) ou par rappor t à la Chine (impor tat ions :23,2% du Pib (12)). Sur tout , la balance commer ciale demeur e déficitaire et ce sont les ser vices qui permettent d’avoir des paiements courants excé denta ires.

Le poids des invest issements directs étran gers (IDE) a rap idement progressé mais lui auss i demeur e faible par rappor t au Pib (IDE reçus =1,1% du Pib) ou à l’invest issement product if. Les IDE proviennent en grande par tie de l’Ile Maurice (en fait des hommes d’affaires indiens qui profitent ainsi des avanta ges accor dés) , des Etats -Unis, du Japon, du Royaume -Uni, de l’Allema gne et des PaysBas. Mais plus inquiétant , les invest issements de por tefeuilles (liés directement aux placements financ iers) semb lent désorma is pren dre le pas sur les invest issements directs (à plus long terme) . Ils semb lent se por ter en grande par tie sur le mar ché financ ier de Bom bay dont la capitalisation (en invest issements de por tefeuille ?) dépasse 50% (alors qu’elle a baissé en Chine en proportion du Pib) et sur l’immob ilier ( dont les prix flam bent) plutôt que dans les invest issements product ifs. Cela rend l’Inde par ticulièr ement sens ible à une sor tie mass ive de capitaux et l’économ ie indienne vulnéra ble aux variations de la Bourse (ce lle-ci a grimpé de 80% en 2003 pour ensu ite per dre 20% sur le six premiers mois de 2004) (13). Ainsi, cer tains s’inquiètent des consé quences d’une crise similaire à celle qui a frappé les pays émer gents d’Asie du sud-est dont un cer tain nom bre ne se sont tou jours pas relevés. Ces inquiétu des sont renforcées par la faiblesse du secteur banca ire qui por te d’impor tantes créances douteuses .

L’agriculture, question vitale.

La population rura le repr ésente environ 70% de la population tota le. Le secteur agricole em ploie pr ès de 60% de la population act ive mais contr ibue à la réa lisation de moins du quar t du Pib. Toute fois, il explique une p ar t impor t ante d es fluctuat ions d e la cr oissance indienne . L’évolution des revenus des rurau x pèse cons idéra blement sur la consommat ion tota le.

Avec les réformes libéra les, la par t du Pib consacrée au développ ement agricole a chuté d’une moyenne de 14,5% du Pib entr e 1985 et 1990 à moins de 5% aujour d’hui. Elles visa ient à ren dr e plus com p ét i t ive l’agricu ltur e, à augmenter les rendements et la renta bilité. Mais elles ont eu un impact inquiétant sur l’agricultur e. Le secteur agroalimenta ire demeur e un des principaux postes d’expor tat ion, mais, en dix ans , la product ion alimenta ire nette par tête a chuté de 8%. Et, malgré d’impor tants stoc ks, l’Inde a dû augmenter le volume de ses impor tations de pr oduits alimenta ires pour faire face à ses beso ins, devenant plus dépen dante des grands producteurs de céréa les. Par ailleurs , la libéra lisat ion de l’agricultur e a eu un contr ecou p catastr ophique sur la situation des paysans , révélé par une impor tante vague de suicides.

Avec les privatisations et l’ouver tur e aux multinationales étran gères, les coûts de production ont augmenté de façon ph énoména le (semences , pest icides, engrais, éner gie etc .). Avec l’aban don de la politique publique de cré dit peu cher, les petits paysans ont dû se tourner vers des usur iers pr atiquant des tau x d’intérêt prohibitifs.

Au début des années quatr e-vingt-dix, la déré glemen tat ion du commer ce extér ieur est inter venue concom itamment avec l’augmentat ion des prix agricoles sur les marchés mond iaux. Cela a incité des centa ines de milliers de paysans à aban donner les cultur es alimenta ires trad itionne lles au profit des cultur es d’expor tat ion. Pour cela, les paysans se sont mass ivement en dettés pour invest ir, se modern iser. Mais, au tournant des années q uatr e-vingt-dix, les pr ix mond iau x ont c h uté p our atte indre, en 2001, la moitié des prix de 1995. Si, depuis, ils ont recommencé à croître, c’est de man ière nette ment insuffisante .

Augmentat ion des coûts de production, tau x d’intérêt usura ires et baisse des prix de vente ont donc laminé les revenus des petits paysans et de leur famille. Face aux exigences des créanc iers , beaucou p doivent ven dre leur terr e, quitter leur exploitation, se louer comme ouvriers agricoles avec des salaires extrêmement faibles.

Le creusement des inégalités sociales, villes/campagnes et territoriales : un défi fondamental.

Une des consé quences imméd iates d’une telle évolution a été l’aggravation des inégalités de revenus et de situat ions . La pauvreté se maintient à des niveau x abyssaux : 950 millions de personnes (86%) vivent avec moins de deux dollars par jour. Mais une classe aisée s’est développ ée qui a pu pr ofiter de la libéra lisat ion : 7 millions de personnes vivent avec plus de 20 000 dollars par an et 63 millions entr e 10 000 et 20 000 dollars . Une par t croissante de la population est sous -alimentée : en 2000, 75% des rurau x vivent avec moins de 2 400 calories par jour (15). Ils n’éta ient «que» 69% en 1993. Sous le gouvernement nat iona liste , la sous -alimentat ion dans les cam pagnes a atte int des niveau x inconnus depuis cinquante ans : trois indiens sur cinq , principalement des rurau x, ont connu une détér iorat ion de leur régime alimenta ire. Par contr e, un sixième de la population, principalement ur baine, l’a non seu lement augmenté mais auss i divers ifié. Enfin, le fossé est dramat ique entr e 41% des adultes illettrés et les 2 millions de diplômés annue ls du supér ieur formés par l’Inde.

Après plus d’une décenn ie de réformes prônées par les inst itut ions internat ionales, tout se passe comme si l’Inde subissait les limites d’un type de croissance au ser vice de la renta bilité financ ière. Celui-ci devient extrêmement contra dicto ire avec les beso ins sociaux et cultur els de développ ement de toute sa population, sans exclusion. A ce titr e, l’In de est con frontée au défi d’inventer une nou velle maîtrise nationale du contenu social de sa croissance économ ique et d’une nou velle inser tion interna tionale afin de répondr e aux deman des pressantes de sa population. C’est une situat ion explosive non seulement pour l’Inde mais auss i pour le reste du monde . D’où, l’enjeu cruc ial d’une alliance nou velle de l’Union Indienne et de l’Union Européenne pour dépasser la domination de la Finance et du dollar. Par exem ple, la France pourra it êtr e à l’origine d’une initiative, avec les autr es Etats membr es, afin que l’UE et l’Inde impu lsent un type de croissance non aligné sur les critèr es ca pitalistes de la renta bilité financ ière. En effet, confrontées d’un côté à l’éc hec du nat ional-libéra lisme et de l’autr e, à celui de la logique de Maastr icht, l’Inde et l’Europe ont le potent iel pour inventer un nouveau type de croissance qui réponde aux exigences rad icales nou velles de la révolution informationne lle, de la révolution écologique et de la révolution démo graph ique ; une croissance d’un nou veau type qui économ ise les moyens matér iels et financ iers relativement aux richesses nou velles produites , en liaison avec le développement comme jamais des tra vailleurs , de leur em ploi, de leur format ion, de leur créat ivité.. Ÿ

 

Annexes

Donnée s de base sur l’Union indienne population : 1 065 millions d’habitants densité :331 habitants/ km2

Espérance de vie : 63,7 ans

Taux de croissance démograph ique annue l : 1,9% Taux de mor talité infant ile : 67‰

Population âgée de moins de 15 ans : 33,3% Population âgée de 65 ans et plus : 5,1%

Sour ce : PNUD, OCDE, Banque mond iale.

 

  1. Ce que l’on peut traduire par «en route vers le bien-être» et «L’Inde qui gagne» ou «qui avance».

  2. National Democratic Alliance, coalition au pouvoir jusqu’en 2004.

  3. parti nationaliste hindou.

  4. K.C Suri Economic Reforms, CERI, septembre 2004 et C.P. Chandrasekhar. The verdict and the way ahead.frontline, 18/06/2004.

  5. K.C. Suri et C.P. Chandrasekhar, opus cité.

  6. FDI in core sector not acceptable. Interview M.K. Pandhe, président du CITU (organisation syndicale) in Frontline, 30/07/2004.

  7. Prabhat Patnaik. Budget 2004. The missing «human face». Frontline, 30/07/2004.

  8. Arvind Panagaryia. India in the 1980’s and 1990’s: a Triumph of reforms. FMI-Working Paper, mars 2004, repris dans Problèmes Economiques du 5/01/2005.

  9. Idem.

  10. Sophie Chauvin et Françoise Lemoine. L’Inde parie sur les niches technologiques. La Lettre du CEPII n°221, mars 2003, repris dans Problèmes économiques op. cit.

  11. Patrick Artus. Quelles différences entre l’Inde et la Chine ? Flash CDC-IXIS n°342, décembre 2003, repris dans Problèmes économiques, op. cit.

  12. Sophie Chauvin et Françoise Lemoine, op. cit.

  13. in Revue Asie du Sud n°19 et fiche de synthèse de février 2004 de la mission économique de l’Ambassade de France en Inde disponible sur le site de la DREE.

  14. La roupie est implicitement liée au Yuan, lui-même fixé au dollar.

  15. Utsa Patnaik. «It is a crisis rooted in economic reforms.» , «Farmer’s suicides. The immediate way out» in Frontline,2/07/2004 et «Rural India Ruins» in Frontline, 12/03/2004.

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