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Vietnam : Voies nouvelles pour le développement et les coopérations

Parmi les pays d’Asie, le Vietnam est sans nul doute celui qui parle le plus aux Français. De l’Indoch ine à la défaite du colonialism e à Dien Bien Phu, de la guerre à la victoire du peuple vietnamien, la solidarité avec le Vietnam a marqué plusi eurs générations.

Aujour d’hui alors que la com préhension de l’Asie est essent ielle pour bien saisir les enjeux planéta ires et les mutat ions de civilisation, il y a un intérêt tout

par ticulier à regarder du côté du Vietnam . Les relations franco -vietnam iennes ont perm is de s’engager dans la construct ion de coo pérat ions fondées sur le co-développement à des fins de développ ements dura bles et solidaires. Un tel type de coo pérat ions pourra it const ituer un axe impor tant d’une politique mond iale frança ise originale com por tant des dimens ions eur opéennes et asiatiques. Dans ce cadre, les relations histor iques qui existent entr e commun istes frança is et vietnam iens peuvent êtr e utiles. En effet, elles se nourr issent d’une volonté des deux partis d’affronter, dans le res pect de chacun , les quest ions de la trans format ion sociale et du dépassement du capitalisme.

Réformes et mondialisation

Depuis dix ans , le Vietnam évolue de façon spectacu laire (1). Le taux de croissance est proche de 7% l’an. Le niveau de vie moyen a doublé et le PIB par tête est passé de 122$ en 1991 à 440$ en 2003 alors que la population augmentait de 50 à 80 millions d’habitants . Dans vingt ans , elle devrait atte indre 100 millions de personnes .

Ces résu ltats sont reconnus par les organismes interna tionau x et par les autr es pays. A un point tel que, intér essant retournement de situat ion, le Vietnam est même cons idéré comme le pays le plus fiable du point de vue de la stab ilité par les Etats -Unis. Ce qui permet au Vietnam de devenir un acteur politique et économ ique majeur de la zone.

Le pays a un besoin impér ieux de poursu ivre sa croissance , sa modern isation et son inser tion dans le monde , tout par ticulièrement pour permettr e d’impor tantes créations d’emplois capables de faire face aux besoins d’une population en accr oissement rap ide com posée à 60% de jeunes . Mais il doit auss i prendre en com pte les besoins impér ieux d’accès à l’éducat ion, aux soins, à la cultur e, au logement , etc . Ceux-ci pour l’heur e ont tendance à croître plus rap idement que la croissance .

C’est pour cela que le Vietnam s’est engagé sur les chemins inédits d’une «économ ie de marché à orientat ion socialiste» afin d’affronter les difficultés , les contra dict ions p our s’en gager d ans un d évelo pp ement rée l, dura ble, solidaire nécess itant un énorme effor t d’éducat ion, d’inno vation.

L’object if vers lequel voudraient tendr e les dirigeants du Vietnam n’est pas une croissance assurée par la destruc tion de l’emploi, par la mise en concurr ence des hommes et des terr itoires. Il s’agirait au contra ire de répondr e aux besoins sociaux, cultur els, environnementau x, d’assur er les équilibres terr itor iaux. Pour cela, les effor ts de la politique vietnam ienne tendent à faire prévaloir les orientat ions socialistes dans une économ ie de marché. Alors qu’il y a, à l’évidence , un échec des réponses libéra les au développement des pays émer gents , il est stimulant d’aller voir du côté du Vietnam .

Marché et orientation socialiste

S’agit-il d e ren dr e «mar c h é» et «soc i alisme» non contra dictoires dans une démar che de consensus ou de régulation ? Cer tainement pas ! Le capitalisme a de for tes capacités – au moyen du marché à imposer sa domination. Les risques sont donc réels. Ainsi, la montée d’un secteur économ ique inté gré dans le mar ché mond ial sur des product ions à bas coûts salariaux, peut aggraver les tens ions sociales et les inégalités de développement entr e terr itoires avec les risques de divisions et d’opp ositions entr e caté gories sociales. Il ne s’agit pas, pour autant , de douter a priori de la capacité des forces de trans format ion pour imposer une issue à ces problèmes . C’est à ce titre que les expérimentat ions en cours au Vietnam réformes des entr eprises, du système banca ire, mise en place d’un droit et de systèmes inst itutionne ls modernes ainsi que de mécanismes financ iers , etc . sont intér essantes . Il y a matière à nourr ir l’effor t de réflexion nécessa ire pour les futurs de l’human ité.

L’économ ie vietnam ienne , avec ses différentes com posantes , dont des formes pré capitalistes, est confrontée à toute la bruta lité du capitalisme financ ier des pays les plus développés. Dans ces con ditions , l’émer gence d’une autr e voie de développement n’est pas le chemin le plus simple. Les inégalités s’accr oissent entr e les plus pauvres et les plus riches mais le rappor t du PNUD (2) met en évidence les progrès accom plis en matière de développement humain par ticulièrement pour le recul de la pauvreté. Le Vietnam est un des rar es pays où le bilan de l’ONU confirme ce recul. Il existe d’impor tants écar ts entr e villes et cam pagnes, entr e régions à for te expansion et celles qui stagnent mais le gouvernement poursu it une politique volontar iste pour résorber structur ellement les as pects négatifs des changements en cours . Et, pour cela, il cherche à prendre appui sur un mouvement populaire, par exemple dans lutte contr e la malnutr ition infant ile avec le concours de l’Union des Femmes Vietnam iennes .

D’impor tants effor ts sont faits pour tourner la croissance vers l’emploi et le progrès social aux antipodes des principes du libéra lisme. Le marché est cons idéré comme un moyen et non comme un but. Ainsi, une série de questions de fond sont posées afin de sor tir de la conce ption d’une économ ie centra lisée, pour constru ire une démocrat ie socialiste , pour inventer de nouveaux rappor ts entr e Par ti, société et individus. C’est donc une recherche de réponses aux défis d’un développement social équilibré, écologique mais auss i à celui des dérives maffieuses ou encor e de la montée de la violence , de la toxicoman ie, de la prostitution etc. Aucune quest ion n’est éludée y com pris celle de la peine de mor t, des liber tés individuelles, du plura lisme de pensée . Des réponses commencent à se dégager dans les con ditions singulières des trad itions vietnamiennes . L’Assemb lée Nationale du Vietnam est , de plus en plus, un lieu de débat rée l. Le rôle des assem blées locales a été renforcé cependant que les Congrès du PCV sont précé dés de longs débats, ouver ts et publics.

Jus qu’à présent , le développement du Vietnam a plutôt bénéficié de son inser tion dans les échanges internat ionau x. Celle-ci a été réalisée avec la volonté d’en garder la maîtrise

: la monna ie demeur e incon vertible, le contrô le des changes a été maintenu , les com ptes en devises sont très réglementés ainsi que les licences d’impor tat ions et l’agrément des invest isseurs directs étran gers etc. Ce qui a permis de garder sous contrô le l’inflation, les déficits publics, la parité entr e le dong et le dollar, la balance des paiements . Le gouvernement a pu négocier à égalité avec ses par tena ires des accor ds exigeants notamment avec l’Europe, l’ASEAN, les Etats-Unis. C’est d’ailleurs dans cet esprit que l’adhésion à l’OMC est envisagée.

Une coopération pour un co-développement durable et solidaire

Cette situat ion crée des con ditions favora bles pour une coo pérat ion franco-vietnam ienne beaucou p plus ambitieuse .

Le Vietnam a besoin de cette coo pérat ion. C’est pourquoi, il propose à la France une position de par tena ire privilégié. Il reconna ît ainsi à notr e pays sa capacité à jouer un rôle positif dans les instances internat ionales, notamment au sein de l’Union eur opéenne (3). La politique extérieur e du Vietnam est fondée sur le refus d’un monde dominé par les marchés, unipolaire et uniforme . Dans ce sens , les prochains ate liers de la coo pérat ion franco -vietnam ienne (4), qui se tiendront à Hué en juin, placer ont cette coo pérat ion sous le signe du développement humain dura ble et solidaire.

C’est un terra in où la France a la capacité de jouer un rôle. Elle est déjà le premier par tena ire occidenta l du Vietnam . Les programmes de coo pérat ion cou vrent des secteurs décisifs comme l’éducat ion, la format ion, la santé , la recherche, les nou velles techno logies, l’ur banisme et l’environnement . Les par tenar iats sont nom breux et ont souvent une dimens ion citoyenne au tra vers du rôle joué par les collect ivités locales et les assoc iations . La place de la cultur e et de la francophon ie est largement affirmée . En dehors de l’usage limité du frança is, la place de notr e pays, de sa cultur e, de son patr imoine populaire, révolutionnaire, reste for te.

Confronté aux choix décisifs du type de mond ialisation dominée par la Finance et les Etats-Unis ou favorisant les coo pérat ions pour le co-développement , les échanges inter créat ifs des cultur es et des civilisat ions le dialogue Europe/Asie est un élément déterm inant . Les relations singulières entr e la France et le Vietnam peuvent const ituer un moteur des plus efficaces .

Le Vietnam est une nation for te, dont l’indépendance a été durement gagnée. Il enten d êtr e traité sur un pied d’égalité comme un par tena ire. La coo pérat ion franco -vietnamienne se place sur les terra ins des principaux enjeux de civilisation : réduct ion de la pauvreté, progrès de l’urbanisation, passa ge rapide d’une société rura le à une société urbanisée, adaptation de formes d’existences trad itionne lles aux mutations de la révolution industr ielle et informat ionne lle. Cela peut const ituer un terra in fécon d pour une grande politique frança ise et un appui potent iel pour avancer sur le chemin de la trans format ion sociale et du dépassement du capitalisme au travers d’échanges créat ifs. Ÿ

(*) Paul Fromonteil est Vice-Président de la région Poitou-Charentes et responsable de l’association d’Amitié Franco-Vietnamienne.

  1. La politique dite «du renouveau» (DOÏ MOÏ) a succédé à une longue période de stagnations et de difficulté. Elle a été décidée par le Parti Communiste Vietnamien (PCV) lors de son VIème Congrès en 1986, confirmée et amplifiée par la suite. Le débat préparatoire au Xème Congrès s’engage dans cette orientation.

  2. Programme des Nations Unies pour le Développement.

  3. Ces positions ont été affirmées dans toutes les circonstances spécifiquement au cours des visites d’Etat des autorités vietnamiennes en France. Elles ont été confirmées constamment à tous les niveaux de discussion.

  4. Les Ateliers de la Coopération franco-vietnamienne rassemblent, tous les deux ans, plusieurs centaines de représentants de collectivités territoriales, d’associations, sous l’égide des autorités des deux pays. C’est un moment d’échanges et d’approfondissements, de prises de contacts, d’élaboration de projets.

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