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Rapport introductif d'Alain Obadia à la conférence sur l'industrie du PCF

Nos travaux de ce week-end sur les questions de l’industrie sont importants à plus d’un titre.

En premier lieu, nous devons constater qu’il y avait très longtemps que notre Parti ne s’était  pas placé en situation de réfléchir à ces problématiques au niveau nécessaire et de mettre en place un processus de travail ainsi qu’un dispositif d’intervention adaptés.

Sur le fond, nous devons actualiser notre analyse :

  •  apprécier l’ampleur et  la  rapidité  des  mutations  induites  par l’explosion actuelle  du    numérique dans l’industrie ;
  •   expliciter    l’impact    des    défis    écologiques    sur    la    transformation    des    modèles    productifs ;
  •   rendre  compte  de  la  modification  profonde  intervenue  dans  les  relations  entre    industrie, services et services publics ;
  •   et enfin, mettre en avant des propositions permettant de faire face aux enjeux de la    période.

Le  document  préparatoire  diffusé  avant  l’été  est  une  ébauche  de  cet  approfondissement.  Nous avons conscience qu’il est largement à améliorer. C’est ce à quoi nous nous attellerons après la convention en prenant en compte :

  •   les contributions qui nous sont parvenues (elles sont au nombre de 30) ;
  •   les  débats  préparatoires  qui  ont  pu  se  dérouler  dans  une  période  pourtant  très    chargée  pour  les  organisations  du  Parti  avec  la  Conférence  nationale  des  8  et  9  novembre    et    la    journée    de    mobilisation    du    15.    Nous    en    avons    recensé    une    quarantaine (dont certaines se tiendront après la convention) ;
  •   nous prendrons, en compte, cela va de soi, le débat d’aujourd’hui et de demain.


Enjeux et réalités de la situation

Nos  travaux  sont  importants  aussi  parce  qu’ils  portent  sur  une  question  vitale  pour  notre  pays.

Depuis  quatre  décennies,  en  effet,  le  grand  patronat  et  les  gouvernements  qui  se  sont  succédés  en  France  ont  choisi  d’abandonner  l’industrie.  Cette  orientation  correspond  à l’installation,    au    plan    planétaire,      du    paradigme    néolibéral      et    de    la    mondialisation  financiarisée.    S’appuyant    sur    la    révolution    technologique    et      informationnelle    leur permettant  de  mettre  en  concurrence  les  travailleurs  à  l’échelle  mondiale,  les  grands  groupes et les marchés financiers, de plus en plus interpénétrés, ont arbitré la localisation de leurs  investissements  en  fonction  de  la  rentabilité  la  plus  élevée  des  capitaux.  Dumping  social, fiscal ou environnemental, telle a été leur boussole.
Dans le même mouvement, une bataille d’idées intense a été développée pour légitimer cet  abandon. Nous étions parait-il entrés dans l’ère de la société «  post-industrielle ». Loin d’être une calamité, le dépérissement industriel était un signe de modernité. Les services devaient  prendre le relais. Ceux qui disaient autre chose et se battaient n’étaient que des passéistes bornés. Aujourd’hui cette argumentation a explosé en vol et il est devenu manifeste qu’un  pays qui n’est plus capable de subvenir à une part suffisamment significative de ses besoins est un pays qui s’appauvrit et qui décline.
Malheureusement,  les  dégâts  sont  graves.  Malgré  les  discours  sur  la  nécessité  de  la  réindustrialisation, l’effondrement se poursuit. En 2012, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée  du  pays  était  inférieure  à  10%.  Entre  2000  et  2012,  plus  d’un  million  d’emplois  industriels  ont  été  supprimés.  La  crise  de  2007-2008  a  joué  comme  un  accélérateur  du déclin,  la  production  industrielle  ayant  chuté  de  18%  depuis  2007.  L’an  dernier,  en  2013,  l’investissement  des  entreprises  poursuivait  sa  régression  à  -  5%.  Sur  les  douze  dernières années, l’investissement dans l’industrie a diminué de 44 milliards d’euros.

Il faut absolument stopper cette spirale et s’engager dans une nouvelle industrialisation du  pays.

Les  enjeux  sont  impérieux !   Allons-nous  lutter  enfin  efficacement  contre  le  cancer  du  chômage en créant les centaines de milliers d’emplois nécessaires grâce à l’investissement dans  les  activités  répondant  aux  besoins ?  Allons  nous  ainsi  sortir  de  l’enlisement  dans  la  stagnation voire dans la quasi récession que connaît notre pays depuis des années  ? Allons-nous  construire  un  avenir  et  des  perspectives  à  notre  jeunesse,  ainsi  qu’à  des  millions  d’ouvriers,    de    salariés    de    toutes    catégories,    de    chômeurs,    de    petits    entrepreneurs, d’agriculteurs  ou  allons-nous  continuer  à  alimenter  la  désespérance  et  le  repli  sur  soi  qui  sont, tout à la fois, le fondement de la résignation ambiante et le terreau de l’expansion de l’extrême-droite ?

Cela  implique  évidemment  une  forte  volonté  politique  en  rupture  avec  l’orientation,  du  pouvoir actuel, de soumission au Medef et aux grands groupes.

Il faut cesser d’alimenter leur boulimie de profit – au détriment du pays – à coup de CICE et  d’exonérations    de    cotisations    patronales,    sans    résultat    tangible    sur    l’emploi    et l'investissement.Pire  même  c’est  au  moment  où  se  multiplient  les  cadeaux  que  se  multiplient  aussi  les  articles  dans  la  presse  sur « l’exode  des  patrons  du CAC  40 ».  Certains  s’installent  à  Hong-Kong  d’autres  à  Londres  ou  à  Boston.  Amsterdam  ou  Zurich  sont  particulièrement  prisés  pour l’émigration des sièges sociaux. D’après la Banque de France, la moitié des groupes du Cac  40  sont  détenus  majoritairement  par  des  non  résidents.  Pour  l’ensemble  du  Cac,  le  chiffre est de 47% en moyenne.    

Dans ces conditions, comment penser qu’un appel « à la responsabilité » (puisque tel est le nom  du  pacte)  vis-à-vis  de  la  France,  même  assorti  d’un  soutien  à  leurs  profits  –  soutien qu’ils  empochent  sans  vergogne  –  pourrait  inverser  la  tendance  ?  Alors  qu’il  faudrait  faire baisser le  coût  du capital,  le  gouvernement  n’a  les  yeux  rivés  que  sur la  baisse  du  coût  du travail. Absurde quand le même  jour toute la presse nous dit tout à la fois que «  2014 sera une année record pour les bénéfices » et que « les revenus les plus modestes ont baissé de 6% en cinq ans »

Le  constat  est  d’autant  plus  amer  que  la  France  a  de  nombreux  atouts.  Nous  avons  des  salariés, des ingénieurs, des chercheurs, hommes et femmes, de très grande compétence.

Parmi les plus jeunes, en particulier, existent des porteurs de projets dans les technologies  les plus avancées avec des entreprises de pointe dans la robotique, dans le numérique, dans la  santé  avec  le  cœur  artificiel  etc.  Nous  avons  des  milliers  de  vrais  entrepreneurs  qui  veulent développer des activités utiles, voire innovantes, bénéfiques pour l’emploi et la vie des  territoires.  Nous  avons  de  nombreux  citoyens  qui  voudraient  mettre  en  place  des  structures  de  l’économie  sociale,  ou  un  Fab  Lab,  des  salariés  qui  voudraient  monter  des coopératives. Or, cette énergie créatrice se heurte trop souvent à des stratégies bancaires et  financières    qui    font    passer    la    rentabilité    à    court    terme    avant    l’irrigation    du    champ économique.

L’urgence acteurs : responsables  économiques  bien  sûr,  mais  aussi  syndicats,  élus,  associations, experts  etc.  une  politique  industrielle  adaptée  aux  réalités  d’aujourd’hui.  Voila  pourquoi nous  nous  battons  pour  la  réunion  d’une  conférence  nationale  pour  un  développement productif social et écologique.  politique  est  donc  de  définir,  avec  la  participation  de  tous  les acteurs : responsables  économiques  bien    sûr,    mais    aussi  syndicats,  élus,  associations, experts  etc.  une  politique  industrielle  adaptée  aux  réalités  d’aujourd’hui.  Voila  pourquoi  nous  nous  battons  pour  la  réunion  d’une  conférence  nationale  pour  un  développement productif social et écologique.

Comme    chacun    le    comprend,    l’intervention    des    salariés,    leurs    luttes    et    celles    des  populations concernées jouent un rôle déterminant.

En se battant pour le maintient des sites, la sauvegarde des emplois, le développement des  activités, la définition de perspectives d’avenir, les salariés de Sanofi, d’Asco Métal, de Kem One,  de  Veolia, de  PétroPlus, d’Alcatel, de PSA – et  de bien d’autres  entreprises  que  je  ne  peux toutes citer – défendent après ceux d’Arcelor Mittal, de Goodyear ou de Continental  –les  intérêts  du  pays.  C’est  devant  eux  et  pas  devant  le  Medef  qu’il  faut  crier  haut  et  fort  « nous aimons l’entreprise » parce que ce sont eux qui la défendent en tant que collectif de travail  produisant  des  richesses  pour  répondre  aux  besoins  et  non  comme  une  société  d’actionnaires  d’abord  attentifs  à  leurs  dividendes.  Ces  salariés  qui  luttent  convergent,  encela,  avec  les  travailleurs  des  services  publics  qui  se  sont  battus  ou  se  battent  pour  cette  dimension si essentielle du vivre ensemble : cheminots, hospitaliers, salariés des transports

ou  de  l’énergie,  marins  de  la  SNCM  et  tous  les  autres.  Il  en  va  de  même  des  salariés  des  services  qui  sont  entrés  dans  l’action :  femmes  de  ménages  des  grands  hôtels  parisiens, coiffeuses et manucures, salariés du commerce qui veulent défendre leurs dimanches.

Dans ces luttes, toutes et tous, peuvent, compter sur les communistes, sur les militants, sur  les élus. Nous sommes avec eux, nous sommes parmi eux, nous sommes de leurs combats  !

Au total, en effet, l’intervention des salariés, leur mise en mouvement est un élément décisif  pour  tout  pas  en  avant,  pour  toute  avancée  transformatrice  concernant  le  potentiel productif de la France.

Alors,  une  nouvelle  industrialisation,  qu’est-ce  que  ça  signifie  ?  Qu’est-ce  que  cela suppose ?

Pour ne pas être trop long, je ne vais évidemment pas reprendre tous les sujets traités dans  le  document  préparatoire.  Je  n’entrerai  pas  non  plus  dans  des  développements  que  vous pouvez retrouver par ailleurs.Je tenterai, en revanche, de présenter la cohérence de la démarche que propose le collectif  de    préparation    de    nos    travaux    et    expliciter    pourquoi    nous    parlons    de    nouvelle industrialisation et pas seulement de redressement productif.

1-    Insistons    tout    d’abord    sur    les    relations    nouvelles    existant    entre l’industrie et les services en incluant dans ces derniers les services publics.

Une    part    essentielle    des    activités    externalisées    telles    la    maintenance,    la    logistique l’informatique,  l’ingénierie,  et  maintenant  la  recherche  sont  en  fait  partie  intégrantes  ducycle  productif.  À   noter  que  la  catégorie  « services  aux  entreprises »,  dont  beaucoup  de  composantes  résultent  de  l’externalisation,  regroupe  2,4  millions  de  salariés  pour  3,7 millions dans l’industrie stricto sensu.Mais  d’autres  phénomènes  émergent.  Tout  d’abord,  la  simple  utilisation  d’un  nombre  croissant  de  produits  (de  haute  technologie  mais  pas  seulement)  implique  désormais  des services associés (tutoring, après vente, conseils en ligne, etc.).

Depuis  quelques  années,  nous  assistons  à  un  développement  rapide  de  « l’économie  de  fonctionnalité »,  c'est-à-dire  de  services  dont  les  produits  industriels  sont  le  support.  (les abonnements  de  téléphonie  mobile  et  d’internet,  les  véhicules  en  libre  service  comme  Autolib  ou  les  contrats  de  pneumatiques  pour  une  durée  d’utilisation  donnée  en  sont  les exemples les plus connus).

Les  services  publics  sont  totalement  concernés  par  ces  évolutions  car  ils  sont  parmi  les  principaux  prescripteurs  de  la  production  industrielle,  que  ce  soit  dans  l’énergie,  les transports,  la  santé  ou  certaines  administrations.  Loin  d’opposer  industrie  et  services  comme l’a fait pendant des décennies la pensée conformiste, il faut au contraire en voir les interdépendances multiformes.Sans  oublier  que  la  présence  de  nombreux  salariés  et  de  leurs  familles  sur  un  territoire  permet  l’existence  et  le  développement  de  multiples  entreprises  de  services.  Le  saccage industriel de ces dernières décennies a permis de le constater… mais malheureusement en  négatif !

2-  Nous  devons  appréhender  la  puissance  et  la  rapidité  de  la  révolution numérique dans les process de production.

Certains pourraient dire : « il y a longtemps que ça existe ! » Certes, mais il y a du nouveau et  du  nouveau  qui  change  bien  des  choses !  La  numérisation  des  échanges  économiques  et productifs    est    désormais    poussée    à    l’extrême.    Avec    l’industrie    4.0,    les    machines  communiquent  entre  elles,  les  machines  et  les  produits  échangent  des  informations  qui permettent    une    personnalisation    poussée    de    la    fabrication.    Le    big    data    industriel  révolutionne le prototypage et la modélisation. La simulation a fait des pas de géants.

La  fabrication  additive  (qu’on  appelle  de  manière  un  peu  réductrice  l’imprimante  3D)  a  généré  une  activité  prometteuse :  l’internet  industriel  des  objets.  Il  est  à  la  base  des  fabs labs mais devient également un enjeu majeur pour la grande industrie.

Une nouvelle génération de robots dits collaboratifs (les «  cobots ») voit le jour. L’objectif est  d’interagir avec les humains. On travaille sur des robots capables de s’adapter grâce à leur « intelligence » embarquée.

Arrêtons-nous  quelques  instants  sur  les  réflexions  politiques  que  ces  réalités  en  plein  mouvement peuvent nous suggérer.

  • Tout  d’abord,  il  nous  faut  en  prendre  conscience.  Évidemment,  aujourd’hui,  l’usine    4.0 est encore considérée comme l’usine du futur. Le processus n’est qu’à son début.

  Pourtant il est déjà présent dans les grands groupes qui se doivent d’être à la pointe    de  la  technologie.  De  plus,  malgré  la  vétusté  globale  de  notre  parc  machine  et  le  retard en équipement robotique de l’industrie française (la France dispose de 5 fois    moins  de  robots  que  l’Allemagne  et  de  2  fois  moins  que  l’Italie)  nous  savons  que  lorsque la technologie est là et que la pression de la rentabilité est forte, sa mise en    place est rapide.

  •   D’où  un  second  enjeu  d’importance :  la  nécessité  d’une  maîtrise  sociale  de  ce    processus  afin que  le  progrès  technologique  au  lieu  de  se  traduire  en explosion  du  chômage, soit piloté collectivement pour le développement des capacités humaines    et le progrès social.

◦  Comment  ne  pas  pointer  l’importance,  dans  une  telle  mutation,  de  pouvoirs    collectifs  nouveaux  permettant  aux  salariés  d’intervenir  effectivement  sur  le contenu de leur travail, sur son organisation comme sur les formations – qui ne    peuvent se limiter à adapter l’humain à la technologie mais doivent au contraire  lui permettre d’en prendre la maîtrise. Cela implique évidemment une conception    de  ces  formations  et  de  la  reconnaissance  des  qualifications  tournée  vers  le  développement des capacités de chaque salarié y compris au plan des salaires !◦  Comment    ne    pas    souligner    aussi    l’importance    de    notre    proposition    de    sécurisation  du  parcours  des  salariés  par  l’organisation  d’un  couplage  emploi -formation ?◦  Comment enfin ne pas percevoir l’importance, pour les jeunes, d’une mise à jour    des contenus de l’enseignement ; l’importance du développement de formations

  techniques de nouvelle génération. Il faut permettre à chacun, dès la formation    initiale, d’avoir accès aux connaissances pour se repérer dans ce monde en plein  mouvement

3-  L’urgence  des  enjeux  écologiques  doit  être  pleinement  intégrée  dans  le modèle productif que nous voulons promouvoir.

La question alarmante des émissions de gaz à effet de serre est d’une importance capitale.  Les rapports du GIEC sur le changement climatique se font de plus en plus pressants ce qui donne une responsabilité accrue à la Conférence internationale Paris 2015 qui devra prendre  des  engagements  en la  matière.  Optimiser en toute  circonstances  l’efficacité  énergétique, réduire  drastiquement  les  émissions  de  CO2  en  diminuant  la  part  des  énergies  carbonées  dans  la  production  électrique,  le  chauffage,  les  transports  et  l’industrie  sont  des  priorités incontournables.  Par  parenthèse,  l’existence  en  France  d’un  mix  électrique  avec  une  forte  composante de nucléaire est un atout pour la réduction des émissions de CO2 et une base pour  le  développement  des  énergies  renouvelables.  Les  ressources  fossiles  ne  sont  pas  illimitées. Leur gestion responsable est devenue un impératif absolu. Toutes les voies pourleur  substituer    des    ressources  renouvelables    doivent  être  explorées  dès  lors  qu’elles  débouchent  sur des  solutions  efficientes. La  préservation des  écosystèmes doit désormaisêtre    considérée    comme    une    dimension    à    intégrer    dans    les    différents    projets    de  développement    sans    jamais    oublier    que    les    humains    sont    partie    intégrantes    des écosystèmes.

Ainsi,  tout  démontre  l’urgence  de  transformer  en  profondeur  les  modèles  de  production  comme de consommation.

Les deux sont en effet liés. Le consumérisme et le productivisme sont les deux faces d’une  même médaille : celle de la sur-accumulation financière en crise structurelle aujourd’hui. Le modèle consumériste est fondé sur la recherche d’un turnover aussi rapide que possible des  produits  pour  soutenir  les  ventes  et  les  profits.  Ainsi,  dans  la  logique  consumériste-productiviste,  le  moteur  n’est  pas  la  satisfaction  des  besoins  mais  la  maximisation  des  profits.  Revendiquer  comme  nous  le  faisons  de  sortir  du  productivisme  ne  signifie  en  rienêtre  hostile  à  la  production.  C’est  en  revanche  mener  bataille  pour  que  la  production  soit  tirée  par  la  satisfaction  des  besoins  humains  et  non  soumise  aux  lois  court-termistes  et irresponsables du dieu profit.

Un renouvellement de l’approche productive est donc nécessaire tout au long de la chaîne  de valeur. Évidemment, ce renouvellement ne surgira pas sur un coup de baguette magique.

Nous le concevons comme un processus ; mais un processus impliquant de l’ambition et de  la volonté pour que ses délais soient les plus réduits possibles.

Car les réflexions, les technologies et les exemples concrets ne manquent pas.

Il  faut  rompre  avec « l’obsolescence  programmée »  qui  prospère  au  détriment  de  notre  pouvoir    d’achat    et    qui    pousse    au    gâchis    de    matière    et    de    matières    premières.

L’écoconception doit devenir la règle générale pour orienter la production vers les objectifs  de  qualité,  de  durabilité  et  de  modularité  (permettant  donc  d’intégrer  des  améliorations technologiques sans être obligés d’acheter un nouveau produit). Des dispositifs législatifs et  réglementaires doivent pousser en ce sens comme ils doivent impulser la gestion économe des    matières    premières,    des    matériaux    et    des    ressources    naturelles    ainsi    que    leur  substituabilité  pour  éviter  les  ruptures  écologiques.  (exemple  de  la  chimie  végétale).

L’Europe doit également prendre des initiatives fortes pour favoriser ce processus.

Bien évidemment,  la lutte contre les pollutions de  toutes  sortes,  la  gestion et  le recyclage  des matériaux, des composants et des déchets doivent être conçus dès l’origine du produit.

La  création  de  filières  de  réparation  et  de  maintenance  doit  être  accélérée.  Elle  constitue  l’une des caractéristiques novatrices de cette nouvelle approche.

Dans  une  logique  d’« économie  circulaire »,  conçue  de  manière  ouverte  et  réaliste,  à  l’opposé  de  toute  conception  dogmatique,  il  faut  développer  les  mises  en  réseaux  pour organiser la complémentarité des besoins et les coopérations mutuellement profitables. Car  les  déchets  des  uns  peuvent  et  doivent  devenir  les  matières  premières  des  autres.  De même,  la  création  d’écosystèmes  industriels  –  rapprochant  sur  un  même  site,  ou  sur  des  sites proches, des entreprises intégrées à un tel cycle – permet de minimiser les contraintes de transports et de créer des synergies en matière énergétique ou dans les consommations  de fluides.

À   l’évidence,    ces    orientations    novatrices    –    on    parle    même    de    nouveau    paradigme  industriel – impliquent une évaluation de la performance globale des entreprises qui ne peut se  limiter  aux  critères  de  rentabilité  et  aux  objectifs  de  compétitivité-coûts  aujourd’hui  prédominants.  Les  externalités  (impact  de  l’activité  sur  son  environnement)  négatives  ou positives  doivent  être  systématiquement  prises  en compte.  C’est  une  bataille  politique  de  très grande  importance car pour s’imposer vraiment dans l’activité productive, ces critères alternatifs doivent, pour une part conséquente, faire l’objet de normes d’ordre public.

C’est dans cette logique d’ensemble que s’intègre l’objectif de relocalisation en coopération  des  productions  qui  est  de  plus  en  plus  présent  dans  les  débats.  Cette  démarche  pourrait s’appuyer  sur  la  prise  en  compte  de  ces  externalités  ainsi  que  sur  le  respect  de  normes  sociales  et  environnementales.  Elle  ouvrirait  des  perspectives  nouvelles  pour  un  modèle productif  rapprochant  les  lieux  de  production  des  lieux  de  consommation  au  plus  grand  bénéfice des salariés, des territoires et des populations concernés. Elle permettrait aussi de donner un véritable contenu à la notion de responsabilité sociale des entreprises, aussi bien  à l’égard des territoires que dans les relations donneurs d’ordres-sous traitants.Pour  résumer  toute  cette  partie,  on  peut  affirmer  que,  contrairement  à  certaines  visions  étroites et passéistes, industrie et écologie ne sont pas antagonistes mais qu’elles peuvent être l’objet d’un même combat !

4-  Quels  sont  les  principaux  axes  permettant  de  définir  une  politique industrielle répondant aux ambitions nécessaires pour le pays ?

Nous  avons  besoin  de  mettre  en  place  des  structures  de  prospective  et  de  planification  rénovée et démocratique. Il faut revaloriser le long terme, être capable de porter des projets pour  préparer  l’avenir  et  contribuer  au  processus  d’émancipation  des  générations  futures.  Ces  structures  doivent  permettre  à  toutes  les  composantes  de  la  société  –  responsables  économiques,  syndicats,  élus,  associations,  experts  etc.  –  de  participer  à  l’élaboration  des  décisions.

Ainsi  pourraient  être  définies  quelques  priorités  dans  les  filières  à  développer  et  dans  les  systèmes    productifs    (c'est-à-dire    l’articulation    d’acteurs    appartenant    à    des    filières différentes)  à  mettre  en  place.  Au-delà  de  l’aspect  institutionnel  des  comités  de  filières  existants  dans  le  cadre  du  Conseil  national  de  l’industrie  et  en  articulation  avec  eux,  il  est nécessaire de croiser les réflexions en s’appuyant sur les nœuds technologiques porteurs de  développement  (le  numérique  avec  notamment  le  big  data  et  les  objets  connectés, nanotechnologies,  biotechnologies  agrotechnologies,  nouveaux  matériaux,  technologies  énergétiques, chimie végétale, biomimétisme, production additive, etc.).

La  recherche  joue  évidemment  un  rôle  capital  dans  l’effort  nécessaire.  Malgré  le  Crédit  d’impôt recherche  et ses  effets d’aubaine, l’insuffisance  globale  de  la R&D des  entreprises constitue un handicap majeur pour notre pays. La création d’un pôle public de la recherche,  dont  les  objectifs  seraient  de  définir  de  grandes  priorités  pour  l’effort  de  recherche  et d’infléchir  la  recherche  des  entreprises  vers  des  objectifs  d’intérêt  national,  permettrait  d’agir pour redresser la barre. Par la conception de son organisation, ce pôle public devrait favoriser la participation de tous les acteurs à l’élaboration des décisions.

Par  ailleurs,  les  pôles  de  compétitivité  devraient  être  profondément  transformés.  Nous  parlons    de    « pôles    technologiques    de    coopération »    intégrant,    comme    des    objectifs prioritaires, la production et la valorisation des recherches sur notre territoire.

Il faut pouvoir intervenir aussi sur les priorités des financements bancaires à l’économie. La  création,  au  travers  d’une  loi  bancaire  ambitieuse,  d’un  pôle  public  financier  articulant l’action  de  grands  acteurs  publics  (BPI,  Banque  postale,  Caisse  des  dépôts),  des  banques  mutualistes et d’une ou plusieurs grandes banques à nationaliser donnerait une assise forte à  la  capacité  d’action  de  la  puissance  publique.  De  nouvelles  règles  de  crédits  sélectifs  favoriseraient les investissements utiles,  générateurs  d’emplois et d’avancées écologiques.

La création de fonds de développement soutenant le crédit sélectif, aux niveaux des régions  comme au niveau national, favoriserait l’essor de l’intervention démocratique et citoyenne dans  la  promotion  des  projets  industriels.  Cette  bataille  devrait  être  relayée  au  niveau  de  l’Europe pour un Fonds de développement social et écologique.

Nous  le  voyons  bien,  pour  exprimer  tout  son  potentiel,  le  renouveau  industriel  doit  s’intégrer  dans  un  processus  d’épanouissement  démocratique  à  tous  les  niveaux.  Celui-ci suppose des pouvoirs nouveaux d’intervention et de décisions des salariés  : avis obligatoire  du  CE pour  les  décisions  stratégiques,  participation  de  représentants  des  salariés  dans  les conseils d’administration, droit de veto suspensif des élus du personnel en cas de fermeture  de sites ou de délocalisation avec l’obligation d'examiner les propositions des salariés, droit prioritaire de reprise de l'activité par les salariés en coopérative s’ils le souhaitent font partie  des avancées indispensables.

Soulignons  que  les  outils    de    maîtrise    sociale    de    l’activité  économique    applicables    à  l’industrie  vont  plus  loin  encore.  J’ai  parlé  des  pôles  publics  financiers  et  de  la  recherche, précisons  que  des  pôles  publics  doivent  être  constitués  dans  les  filières  stratégiques  pour  orienter  les  politiques  d’investissement,  de  développement  et  de  recherche.  Ces  pôles publics sont obligatoirement différents selon les activités concernées. Ils peuvent s’appuyer  sur toute une palette d’outils de maîtrise collective. Nationalisations (tout particulièrement dans    les    services    publics    et    certains    grands    secteurs    stratégiques    par    exemple    le  médicament ou l’énergie), prises de participations décisives, voire majoritaires, golden share (action  avec  droit  de  veto)  dans  des  entreprises  sensibles,  créations  de  groupements  d’intérêt    économique    (GIE)    permettant    aux    entreprises    de    coopérer    sur    des    projets ambitieux. Citons enfin deux outils dont j’ai déjà parlé : la constitution de coopératives par  les    salariés,    la    mobilisation    de    crédits    bonifiés    toujours    conditionnés    à    la    définition d’objectifs sociaux et environnementaux, etc.

La  dimension  européenne  du  renouveau  industriel  est  essentielle.  Une  rupture  doit  être  opérée avec le dogme qui prévaut depuis plus de 25 ans selon lequel la meilleure allocationdes ressources productives résulte de la concurrence libre et non faussée. Cette affirmation  péremptoire  a  été  largement  démentie  par  les  faits.  C’est  en  son  nom  que  Bruxelles  a interdit  les  coopérations  sur  des  projets  structurants,  assimilées  à  des  distorsions  de  concurrence ou qu’elle a mené l’offensive à l’encontre des services publics. C’est encore en son nom que se négocie dans notre  dos  un traité  transatlantique de  libre  échange  qui,  s’il aboutissait, consacrerait la domination absolue des normes américaines et des prétentions  des multinationales. Il faut absolument se battre pour écarter ce péril.L’Europe a donc besoin d’une politique industrielle affirmée pour faire face aux grands défis  de la transitions écologique, de l’irruption du numérique de nouvelle génération, du niveau de  son  effort  de  recherche,  du  caractère  impératif  de  construire  des  coopérations  entre  grandes entreprises mais aussi de favoriser les coopérations entre ces dernières et les PME ou  ETI  qui  constituent  la  vascularisation  des  territoires.  L’Europe  a  besoin  aussi  d’une  politique de l’énergie alors qu’elle est loin de subvenir à ses besoins et que les émissions de CO2 doivent être drastiquement réduites.

Chers amis et camarades,

Je  viens  d’exposer  les  principales  analyses  et  propositions  que  nous  soumettons  à  notre  débat.  Mais  je  veux  les  assortir  d’un  commentaire  qui  me  semble  important.  Notre démarche n’est surtout pas de réfléchir en vase clos, repliés sur nous même. Nous avançons  des  idées,  une  vision,  nous  les  avons  travaillées  mais  leur  fonction  est  avant  tout  de participer à une construction collective qui nous dépasse largement. L’objectif, c’est d’ouvrir  une  perspective  de  développement  profondément  renouvelé,  profondément  transformé pour  notre  pays.  C’est  d’ancrer  la  conviction  qu’une  voie  de  progrès  économique,  social,  écologique, démocratique existe en rupture avec l’avenir de régression qu’on nous prédit de toutes  parts.  C’est  de  travailler  à  un  rassemblement  majoritaire  pour  des  politiques  alternatives en rupture avec l’austérité.

Nous  voulons  donc  réfléchir  et  travailler  avec  tous  les  acteurs  concernés  :  les  salariés,  les organisations  syndicales,  les  experts  et  chercheurs,  les  associations,  les  élus,  les  forces

politiques,  les  responsables  de  PME  et,  je  le  dis,  les  entrepreneurs  porteurs  de  projets  et  soucieux  du  développement  du  pays.  Nous  voulons  le  faire  à  tous  les  niveaux  et  sous  les formes  les  plus  diversifiées.  Avec  votre  participation,  cette  volonté  partagée,  j’en  suis  certain, s’exprimera dans la suite de nos travaux.

Nous  devrons  aussi  débattre  de  la  bataille  politique  que  nous  menons  en  tant  que  Parti  communiste  français,  ou  dans  le  cadre  du  Front  de  gauche,  pour  faire  progresser  les objectifs  dont  je  viens  de  parler.  Nous  consacrerons  à  cela  la  plus  grande  partie  de  la  matinée  de  demain  à  partir  d’une  introduction  présentée  par  Nicolas  Marchand.  Dans  ce cadre, nous devrons concrétiser la mise en place d’une commission de travail sur la politique  industrielle qui devra fonctionner en interaction étroite avec la commission «  entreprises et lieux de  travail » et en liaison avec  les différentes  commissions concernées.  La convention  nous permettra également d’aller plus loin sur la mise en œuvre de nos décisions de congrès en ce qui concerne le développement d’un véritable réseau militant au sein des entreprises  et sur les lieux de travail.

Nous avons donc un programme chargé.

Nous avons conscience que cette convention ne dira pas le dernier mot sur tout. Loin de là.  En ce sens, elle n’est pas la fin mais plutôt le commencement d’un processus d’intervention,de propositions et de luttes sur des enjeux déterminants pour notre avenir.

 

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