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Réforme Universitaire : répondre aux exigences du MEDEF ou élever les qualifications et les compétences

 

Avec la mise en application par Ferry des décrets et arrêtés pris par Lang en avril 2002 (la « réforme ECTS-

LMD ») les diplômes universitaires seraient attribués par obtention d’un certain nombre de « crédits », correspondant aux matières validées chaque semestre. Nous assisterions à une semestrialisation intégrale des cursus, entraînant la remise en cause de droits étudiants (session de septembre, contrôle continu compensation…). Le DEUG et la maîtrise seraient amenés à disparaître, ne laissant subsister que la licence, le « master » (bac+5 avec sans doute à terme sélection sur dossier à l’entrée à bac+3) et le doctorat.

Les ressemblances avec le modèle universitaire anglo-saxon, et plus particulièrement américain, apparaissent ici clairement : même si le 3/5/8 devient 4/6/9 aux Etats-Unis (et dans un certain nombre d’autres pays européens), c’est uniquement car la première année recoupe pour l’essentiel le programme français de Terminale.

Rappelons qu’en Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis, les universités « cotées » sont ultra-sélectives, le plus souvent privées, que leurs droits d’inscription sont très élevés et qu’une concurrence féroce prévaut entre-elles. Si alignement sur le modèle anglo-saxon il y a, il pourrait de manière très concrète signifier une démultiplication spectaculaire des frais d’inscription à l’université. Une sélection sociale par l’argent à l’entrée de l’université poussée à un niveau inégalé jusque en France.

Les réformes universitaires actuellement en cours d’application dans l’Enseignement supérieur répondent en grande partie aux exigences du patronat qui, veut avoir accès au marché de l’éducation. C’est d’ailleurs ce qui est actuellement en cours de discussion sur le plan international dans le cadre des négociations de l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) : les Etats-Unis réclament un « marché de l’éducation ».

Aujourd’hui, le caractère public de nos universités implique l’existence d’un cadre national pour la reconnaissance des diplômes qu’elles délivrent, ce qui garantit l’égalité de traitement entre usagers-étudiants. Les diplômes nationaux ont ainsi aujourd’hui la même valeur sur le marché du travail (valeur garantie par les conventions collectives) quelle que soit l’université dans lesquels ils ont été obtenus. Or, ce cadre national des diplômes est remis en cause par la réforme LMD. Les diplômes seront locaux, donc sans équivalence automatique au niveau national et encore moins au niveau européen, et individualisés, donc non reconnus en tant que tels sur le marché du travail.

Ceci répond aux demandes du MEDEF de flexibilisation du marché du travail : la « professionalisation » des cursus voulue par le gouvernement surtout, qui va permettre au patronat d’avoir des stagiaires sous-payés, grâce à la multiplication des stages peu ou pas rémunérés, et de jeunes salariés formés selon leurs besoins immédiats.

Cette évolution va d’autant plus à l’encontre des intérêts des étudiants que le chômage touche sensiblement moins les titulaires de diplômes généraux que spécialisés (cf. INSEE, données sociales et économiques, mars 1997). Après un désinvestissement financier de l’Etat des universités depuis des années, c’est à une privatisation larvée de l’Enseignement supérieur que nous sommes aujourd’hui confrontés.

De plus, les diplômes version LMD-ECTS seront « individualisés » donc sans cohérence pédagogique, des diplômes « démontables » en somme, poussant jusqu’au bout la logique de la réforme Bayrou de 1997 qui avait déjà largement entamé (au nom de la pluridisciplinarité et déjà de l’harmonisation européenne) le travail de sape de la cohérence pédagogique des cursus.

Le projet Ferry sur l’autonomie des universités, qui correspond au volet universitaire de la régionalisation version Raffarin, viendrait parachever cet alignement sur le modèle libéral américain, sous prétexte de créer un « contre-modèle européen ».

Premièrement, il ouvre la porte à une hausse massive des frais d’inscription voire à une sélection sur dossier à l’entrée des universités, grâce au statut d’« université de technologie » qu’il crée. La Conférence des Présidents d’Université revendique cette hausse et Ferry vient de déclarer : « même si nous refusons le modèle américain, avec des droits d’inscription à 15 000 euros, doit-on se contenter d’une augmentation de 3 % à 5% par an ? ». En France, déjà, Sciences Po a relevé ses droits d’inscription de 1000 à 4000 euros, avec le soutien affiché de Ferry.

De plus, la régionalisation et l’autonomie financière des universités aboutira inévitablement à un accroissement des inégalités selon la logique « à région riche, fac riche ; à région pauvre, fac pauvre ».

Enfin, les universités désormais autonomes financièrement seront tentées de se tourner vers les entreprises pour participer à leur financement et il paraît difficilement envisageable que le patronat paie sans pouvoir en échange influencer le contenu des enseignements : en économie, par exemple, les dogmes néo-libéraux se tailleront toujours plus la part du lion et d’une façon générale, toutes les filières jugées non rentables à court terme par les entreprises, et qu’elles refuseront de financer, seront marginalisées voire éliminées.