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Marchais L'expo

Georges Marchais L'Expo

Agenda

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

Pierre Laurent
 
 
 

Inauguration de l'exposition « Grandir après la Shoah »

Entre 300 et 400 personnes étaient présentes au vernissage de "Grandir après Shoah...", des déportés, des enfants cachés, de nombreuses personnalités dont Jacques Fredj, directeur du Mémorial de la Shoah ; Catherine Vieu-Charier, adjointe à la Maire de Paris ; le Grand Rabbin de France ; le Président de La Paix Maintenant...

 

 

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Grandir après la Shoah

Exposition de dessins d'enfants réalisés dans les foyers, patronages et colonies de vacances de l'UJRE (Union des Juifs pour la Résistance et l'Entraide) 1945 – 1951.

A voir jusqu'au 27 mars à l'Espace Niemeyer – 2 place du Colonel Fabien 75019 Paris

Du lundi au vendredi de 9h00 à 18h00 - Entrée libre

Puis au Musée d'histoire vivante de Montreuil du 8 avril au 30 juin 2015 - 31 bd Théophile Sueur

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Discours de Pierre Laurent

Nous inaugurons ce soir une exposition exceptionnelle tenue à l’initiative de l’espace Niemeyer. Cette exposition est le fruit d’un partenariat multiple. Elle est le résultat d’un projet que Frédérick Genevée, responsable des archives du PCF a porté avec persévérance depuis longtemps. Elle n’aurait pas pu voir le jour sans le travail d’Isabelle Lassignardie, co-auteure avec Serge Wolikow d’un ouvrage sur cette exposition.

Les partenaires sont nombreux et ont été rappelés par Frédérick mais je voudrais saluer en particulier l’engagement de la mairie de Paris, Madame la Maire Anne Hidalgo et  Catherine Vieu-Charier…

Cette exposition a été possible car les archives du PCF conservaient ces dizaines de dessins émouvants dans le fonds de David Diamant, ce militant juif communiste qui a passé des décennies à recueillir cette mémoire. Ces archives sont un témoignage de ce qui unit l’histoire des communistes et l’histoire des juifs, elles sont la trace de cet engagement des communistes pour la liberté des peuples et l’émancipation humaine. Cette exposition témoigne de l’histoire de la résistance juive communiste, de cette double identification que d’aucuns ont eu tendance à dissocier.

Il était important pour nous de marquer le 70ème anniversaire de la libération des camps de concentration. Nous souhaitions organiser une initiative à la hauteur de l’enjeu de mémoire que représente cette date anniversaire. Si nous avons fait le choix d’exposer dans nos murs le témoignage exceptionnel que sont ces dessins d’enfants c’est aussi parce que nous désirions à la fois conférer un éclairage historique à cet anniversaire et porter un message d’espoir pour le futur. En cela, exposer des dessins d’enfants juifs survivants de la guerre, portant de messages de paix et de fraternité, nous est apparu comme un signe fort. 

Les dessins que vous allez voir sont ceux pour beaucoup d’enfants cachés qui ont pu se reconstruire grâce aux efforts de l’UJRE (l’Union des juifs pour la Résistance et l’entraide) et de la CCE (Commission centrale de l’enfance). L’UJRE dont je remercie le président et la présidente déléguée pour leur présence Jacques Lewkowicz et Claudie Bassi-Lederman et la CCE dont l’association des Amis est ce soir représentée par Suzanne Pikorki.

Les militants de l’UJRE et de la CCE, et je pense en particulier à Charles Lederman et à Joseph Minc, ont au cœur de la guerre organisé la solidarité et la résistance. Ils ont permis que les valeurs de la République, de la Révolution française ne soient pas perdues, trahies qu’elles étaient par Pétain et les collaborateurs. En cela, cette exposition est un témoignage poignant qui résonne particulièrement en ces temps troublés.

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Le projet de cette exposition est ancien mais la tuerie de Charlie hebdo, les meurtres de l’hyper casher, porte de Vincennes, de citoyens français assassinés parce que juifs, la profanation des tombes juives à Sarre Union, les attentats de Copenhague nous confirment douloureusement que le rappel de l’histoire est d’une grande nécessité.

La Shoah est un événement unique dans l’histoire de l’Humanité, dans ses causes, son déroulement et ses objectifs. Il s’agit d’un génocide perpétré avec des moyens industriels, décidé par un État moderne, planifié systématiquement et qui a fait 6 millions de morts, 50 % des juifs d’Europe. 

Il était évident pour le PCF de rappeler, 70 ans après la libération des camps, dans une initiative majeure cet épisode de l’histoire de l’Humanité.

Mais il ne s’agit pas que d’histoire, il s’agit aussi de réfléchir à ce qu’elle peut nous apprendre pour aujourd’hui et demain.

Elle peut nous apprendre que le pire est possible, toujours, que rien n’est jamais définitivement acquis. L’histoire du XXe siècle nous le rappelle avec cruauté, que l’on pense au génocide des Arméniens il y a 100 ans, celui des tziganes -roms dirions-nous aujourd’hui- perpétré en même temps que celui des juifs, celui commis par les Khmers rouges au Cambodge ou plus proches de nous encore les génocides perpétrés en Bosnie et au Rwanda.

Cette histoire nous rappelle aussi que l’extermination des juifs  fut le fruit d’un antisémitisme séculaire et d’une société capitaliste en crise qui vit dans le nazisme un modèle qui préservait ses intérêts et des millions de citoyens poussés par la misère, le chômage et l’humiliation nationale vers le fascisme brun. L’histoire ne se répète pas mais qui ne voit pas que la crise du capitalisme aujourd’hui, véritable crise de civilisation, peut encore déboucher sur le pire.

L’histoire nous apprend que l’antisémitisme doit être combattu avec la plus grande fermeté comme tous les racismes, comme l’islamophobie d’aujourd’hui. Combattu et puni comme le prévoit la loi française depuis les lois antiracistes de 1972 ou encore depuis la loi Gayssot qui punit le négationnisme.

Les auteurs d’actes antisémites doivent être condamnés inlassablement, peut-être faut-il faire évoluer les législations, les adapter aux nouveaux media et plate-forme de diffusion. Il serait cependant totalement contre-productif d’entrer dans le cercle vicieux du tout sécuritaire qui ne peut pas être une réponse adaptée face à la montée du racisme. Etait-il, par exemple, vraiment nécessaire de conduire au commissariat de jeunes enfants pour qu’ils répondent de leurs déclarations. Je ne le crois pas, bien au contraire. C’est par la pédagogie, dans le cadre de l’école et des structures éducatives que la République et le sentiment d’appartenance à la communauté des citoyens grandit.

Car avant toute chose le racisme et l’antisémitisme doivent être combattus politiquement. L’antisémitisme, le racisme, l’islamophobie sont des poisons qui divisent le peuple. Ils cachent les véritables responsables de la crise, ils sont utilisés par les forces réactionnaires et d’extrême-droite dans leur projet d’une France anti-républicaine. Parmi celles-ci le Front National. Non Marine Le Pen n’est pas irréprochable, elle dirige un parti national-populiste qui s’inscrit dans la tradition d’extrême-droite, fasciste et antisémite française. Il faut stopper sa banalisation. Chacun d’entre nous, femmes et hommes politiques, journalistes, acteurs publics et associatifs, portons une responsabilité. Nous ne devons pas baisser la garde face à un parti qui présente des candidats qui parle de « race parasite » en désignant les Français juifs ou appelle à organiser des battues contre les musulmans.

Nous, communistes qui combattons pour l’émancipation de l’humanité, savons que le racisme est toujours utilisé pour diviser le peuple, pour empêcher le progrès social et politique, c’est aussi pour cela que nous l’avons combattu, que nous le combattons et que nous continuerons de le combattre. Nous sommes toujours au premier rang et nous sommes indignés que nos militants soient de plus en plus souvent agressés physiquement comme ces derniers jours à Nanterre,  à Bobigny. Nous avons toujours mené un combat sans relâche contre l’antisémitisme. Et c’est pourquoi nous n’accepterons jamais que celui-ci soit contesté au nom de notre engagement aux côtés du peuple palestinien. Oui notre engagement pour une solution politique à deux Etats au conflit israélo-palestinien mettant en cause la colonisation est profond et ferme. Pour autant, il ne nous a jamais conduit à accepter la moindre complaisance avec quelques formes que ce soient d’antisémitisme d’où qu’il vienne. Bien au contraire, nous pensons même que la résolution politique et pacifique du conflit contribuera à faire reculer la montée des racismes et des haines.

Nous disons « des racismes » mais nous affirmons en même temps que le racisme ne fait qu’un. Aux périodes de montée de l’antisémitisme, ont toujours correspondu des périodes d’exacerbation de tous les autres racismes et de la xénophobie. Tel est le cas aujourd’hui avec la multiplication inquiétante et révoltante des actes antisémites, islamophobes et anti-arabes. Rendez-vous compte, il y a eu au cours du seul mois de janvier 2015 autant d’actes islamophobes que sur toute l’année 2014. Un sondage publié dans le Parisien de la semaine dernière révèle qu’une très grande majorité de Français ont le sentiment d’une montée des racismes dans notre pays, de l’antisémitisme comme de l’islamophobie.

L’émotion, l’indignation, la tristesse que nous avons tous ressenties face aux crimes odieux de Charlie hebdo et l’hyper-casher doivent nous conduire à répondre avec force à tous les actes racistes. Nous refusons toute hiérarchie des racismes, et nous entendons faire perdurer le fameux « esprit du 11 janvier », ce désir de vivre-ensemble et de concorde républicaine le plus longtemps possible. A ce propos, je veux redire avec force que toutes les croyances ont leur place dans la République française et que les Français juifs et musulmans sont ici chez eux. Rien ne nous détournera de ce combat pour une République du vivre-ensemble. Et je le dis aussi nous avons été choqués par les appels au départ de Benyamin Netanyahou dont le jusque-boutisme choque de plus en plus, comme on le voit actuellement avec Barack Obama.   

Ce combat pour l’égalité, pour l’unité dans la diversité est profondément inscrit dans la culture politique des communistes. Et les communistes n’ont pu que se sentir trahis quand des États se réclamant de leur idéal ont conduit des politiques antisémites.

Ce combat pour l’égalité et l’unité nous le lions à notre ambition républicaine pour la France. Nous pouvons vivre ensemble dans la France Républicaine, si la République reste fidèle à ses fondements historiques de liberté, d’égalité, de fraternité et de justice sociale. Et l’utilisation d’expression comme « Français de souche » nous donne la nausée.

Pour vivre ensemble, nous avons un moyen : la laïcité

La laïcité est un principe actif de la République, un outil de construction du vivre-ensemble. Elle ne demande pas aux citoyens de se dépouiller de leurs convictions religieuses ou de les abandonner dans l’espace public. Elle ne prêche pas l’uniformité des consciences, elle dit que la légitimité du pouvoir réside dans la souveraineté du peuple et que l’État et ses missions de service public ne peuvent faire allégeance à aucune organisation ou conviction religieuse. Souveraineté populaire, égalité des droits, liberté d’opinion et fraternité accompagnent nécessairement la laïcité. Elle n’est pas le règne des interdits mais celui de la liberté.Elle est une valeur fondamentale de notre République telle que défini dans l’article premier de la loi de 1905 : «  la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées dans l’intérêt de l’ordre public ». Ce combat pour une laïcité nous le plaçons au cœur de notre action.

Face à la montée du racisme et de l’antisémitisme, nous devons apporter une réponse morale, une réponse sur les valeurs, mais il nous faut aussi apporter une réponse économique et sociale. Le racisme se nourrit de la crise, du recul de l’Etat, du démantèlement des services publics, de la montée du chômage et de la marginalisation des territoires. L’austérité telle qu’elle est pratiquée actuellement au niveau européen est un ferment du racisme et de la division. Il faut stopper rapidement ces politiques qui mettent les peuples à genoux, qui  les humilient. Il faut tendre la main à toutes les populations qui sont aujourd’hui stigmatisées notamment dans nos quartiers populaires. Car de cette violence peut naître une autre violence, une violence politique, brune, implacable. Et malheureusement la France est au premier rang de ce danger. Il faut rapidement replacer l’égalité, la justice, le partage des richesses et la lutte contre les inégalités au cœur de l’action politique. Il faut répondre à l’urgence sociale en rejetant toutes les injonctions austéritaires. Il en va de l’avenir de notre modèle de société.

Oui la tâche qui est devant nous est ardue. Le combat anti-raciste et antisémite ne doit souffrir d’aucune inflexion. C’est une lutte quotidienne, une résistance multiforme au cœur de notre action politique. C’est pourquoi nous sommes si fiers que cette exposition puisse se tenir aujourd’hui dans nos murs. Et pour conclure, je vous invite à lire ces mots d’enfants, simples et naïfs qui rappellent pourtant l’essentiel : le bonheur de vivre en Paix et l’inextinguible besoin de fraternité.

Je vous remercie.

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