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Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

Pierre Laurent
 
 
 

Grèce - « abécédaire » de la lutte pour le changement

Quelques éléments pour apprécier la situation en Grèce et les objectifs poursuivit par le gouvernement d'Alexis Tsipras.

A comme « Austérité »
B comme « Bilan »
C comme « Cigale »
D comme Dette
E comme « Ensemble »
G comme Goldman Sachs
M comme « mensonge »
O comme « Orthodoxe » (Église)
S comme Syriza
T comme Thessalonique
V comme Vouli solidarité

 

A comme « Austérité »

L'Union européenne, et tout particulièrement les gouvernements français et allemand de Manuel Valls et d'Angela Merkel, exercent une pression maximale pour exiger de la Grèce que les « réformes » engagées par les précédents gouvernements soient poursuivies. Ils prétendent que l'austérité finira par payer.

On nous raconte une jolie fable, celle des prémices de reprise de la croissance (2,5 % en 2015 et 3,6 en 2016 selon Bruxelles). Pourtant, en 2011 déjà, les mêmes nous annonçaient le retour de la croissance pour 2013. Finalement, le PIB grec avait chuté de 4,7% cette année-là...

L'évidence est pourtant là, les résultats des politiques menées, de réduction de la dépense publique, de privatisation et de casse des droits sociaux sont sans appel : en 2014, le PIB de la Grèce est inférieur de 25,8 % à son niveau de 2007. L’investissement a chuté de 67%. Le taux de chômage est de 26% alors même que nombre de jeunes et de moins jeunes ont dû quitter leur pays pour trouver un emploi. 46% des Grecs sont au-dessous du seuil de pauvreté, la mortalité infantile a augmenté de 43%, la malnutrition des enfants de 19 % ! Plus d’un quart de la population ne bénéficie plus de couverture sociale. La tuberculose, la syphilis ont réapparu. Quel beau résultat !

Alors, si Bruxelles exige la poursuite de cette politique « austéritaire », ce n'est pas parce que grâce à elle, la reprise serait à portée de main, mais bien parce qu'elle est conforme aux intérêts des plus riches.

B comme « Bilan »

Cinq mois après l'accession au pouvoir de Syriza et d'Alexis Tsipras, il est forcément trop tôt pour tirer un bilan complet de l'action de ce nouveau gouvernement. Pourtant, nombres de médias, après avoir tenté d'effrayer les opinions publiques sur le dangereux programme gauchistes de Syriza, affirment aujourd'hui que, confronté à la réalité, le gouvernement grec reculerait sur tous ses engagements.

Il est vrai, la bataille est âpre face aux gouvernements de droite et sociaux libéraux qui veulent à tout prix éviter que le succès de Syriza ne fasse école dans le reste de l'Europe. La guérilla financière menée par les marchés et orchestrée par la Troïka met les bâtons dans les roues du gouvernement grec. Pourtant, les premiers résultats sont là. Ils démentent la fable du renoncement et fournissent un début d'explication au soutien populaire dont le gouvernement de Tsipras continue de bénéficier.

En cinq mois, le gouvernement a engagé d'importantes réformes, conformément aux engagements pris dans son programme électoral, appelé aussi programme de Thessalonique. Il a  :

  • fait voter une loi d'aide humanitaire pour les plus démunis, avec par exemple la suppression du forfait de 5 euros dans les hôpitaux ;
  • réintégré 4.500 fonctionnaires illégalement licenciés et recruté des personnels hospitaliers ;
  • suspendu toutes les « réformes » prévues qui auraient abouties à des baisses de pensions ;
  • fermé les camps de rétention pour les immigrés ;
  • lancé l'audit de la dette du pays ;
  • accrues les recettes fiscales par le rééchelonnement des mensualités pour tous ceux qui ont une dette envers l’État ;
  • priorisé la lutte contre la corruption et l'évasion fiscale avec la création d'un ministère dédié : 2,5 Mds € d'impôts devraient être récupérés d'ici l'été (sur 7 Mds € de fraudes) ;
  • engagé la reconstitution de l'audiovisuel public ;
  • engagé une réforme humanitaire du système pénitencier ;

Au cœur de l'action du gouvernement grec se trouve bien sûr la bataille des négociations avec la troïka : FMI, Union Européenne et Banque centrale européenne. Certes, la modestie de la puissance économique de la Grèce en fait un David contre le Goliath libéral (c'est David qui a finalement gagné contre Goliath), mais la profonde légitimité démocratique de ce gouvernement, le mandat donné par le peuple grec au début de cette année constitue un point d'appui considérable.

Contrairement à tout ce qui était annoncé, le gouvernement grec poursuit, sans sectarisme mais avec opiniâtreté son combat contre l'austérité, en recherchant un accord qui permette de sortir du cercle vicieux « Dette – Austérité – Augmentation de la dette – etc... ». Auparavant étrillée, humiliée, la Grèce est aujourd'hui aux avant-postes du combat pour une réorientation de la construction européenne.

C comme « Cigale »

On parle souvent de gabegie dans les dépenses publiques de la Grèce. Pourtant, elles ne représentent que 42 % du PIB, contre 45 % en Allemagne ou 52 % en France. La fable de la Cigale grecque s'évapore…

Contrairement aux idées reçues, les dépenses publiques sont même restées stables depuis les années 1990. Ce qui a gonflé la dette, c'est la politique de cadeaux fiscaux (entre 2004 et 2008 la Grèce a réduit les droits de succession, diminué par deux fois les taux d’imposition sur le revenu et décrété trois lois d’amnistie fiscale pour les fraudeurs) et les taux d'intérêts excessifs (7,5 % en moyenne !).

Mais la principale flambée de la dette grecque est essentiellement consécutive à la crise financière : de 103 % du PIB en 2007 à probablement 190 % en 2015, avec la spirale infernale : dette – austérité – ralentissement de l'activité - augmentation de la dette.

Depuis 2010, l'essentiel des sommes empruntés (207 Mds €) a été absorbé par la recapitalisation des banques privées (58Mds€) ou versé aux créanciers de l’État grec, principalement les banques françaises, allemandes ou Étasuniennes (101Mds€). Seul 20 % sont allés dans les caisses de l’État grec, utilisés pour l'essentiel et versement d'intérêts aux créanciers. Au final, 14,7 Mds € seulement ont servi à financer les dépenses publiques en Grèce…

Les seuls à se goinfrer, se sont les créanciers.

D comme Dette

On entend souvent comparer la gestion d'un État à celle d'une famille. C'est pourtant une analogie erronée. Pour faire face à leurs échéances de remboursement de leur dette, tous les États ont recours au même procédé : ils empruntent. C'est de la création monétaire.

Mais lorsque l'endettement est trop élevé et que l’État n'a plus la maîtrise de la création monétaire, comme c'est le cas pour les pays membres de la zone euro, la perspective du « défaut », c'est à dire du non remboursement total ou partiel d'une échéance se profile. De nombreuses expériences de pays surendettés (Allemagne 1953, Pologne 1991, Irak 2003, Équateur 2008, Islande 2011, Irlande 2013…) ont pourtant abouti à la même conclusion : quand la dette est trop lourde (190% du PIB pour la Grèce !), il faut l’annuler et/ou la restructurer pour permettre un nouveau départ.

En Grèce, une renégociation est indispensable, à partir des travaux d'une conférence européenne dont l'objectif sera de définir la part légitime de la Grèce, celle qui a concouru non pas à l'enrichissement d'une poignée de spéculateurs, mais à financer des investissements et des politiques utiles à la population.

E comme « Ensemble »

Les politiques d'austérité ne sont pas une fatalité. La résistance acharnée du gouvernement grec est un atout pour tous les peuples européens, attachés à la construction d'une alternative aux politiques menées. En affichant notre solidarité, notre soutien au peuple et au gouvernement grec, comme au puissant mouvement citoyen Podemos en Espagne, nous consolidons l'idée que d'autres choix sont possibles en Europe. C'est le sens du grand rassemblement organisé par le Parti de la gauche européenne à Paris, Place de la République, les 30 et 31 mai dernier et qui a rassemblé des milliers de participants venus de l'Europe toute entière : construire, ensemble, à l'échelle de l'Europe, une alliance contre toutes les politiques « austéritaire ». Comme c'est le sens de la semaine d'action européenne du 20 au 26 juin prochains

G comme Goldman Sachs

Goldman Sachs est l'une des banques les plus rentables au monde, avec environ 30 % de rentabilité. Conseil des gouvernements grecs successifs dans les années 2000, la banque aura été l'artisan de la falsification des comptes publiques pour permettre à la Grèce de continuer de s'endetter sur les marchés. Plus grave, la banque a invité les spéculateurs financiers à jouer « le défaut grec », c'est à dire à parier sur la faillite grecque à laquelle elle a contribué. Le résultat a été un renchérissement sans précédent des taux d'intérêts imposés à la Grèce pour se refinancer, dépassant les 20 % et contribuant à la spirale des déficits : entre 2007 et 2014, la dette publique est passée de 103 % du PIB à 177 % pour l'essentiel en raison du renchérissement des taux d'intérêts.

Le rôle notoirement néfaste joué par Goldman Sachs n'aura pas empêché l'un de ses principaux dirigeant, responsable de la branche européenne de la banque, de connaître une belle promotion. Mario Draghi est aujourd'hui président de la banque centrale européenne (BCE)…

M comme « mensonge »

Une petite musique est en train de naître, relayée par le gouvernement français et visant à désolidariser le peuple français du peuple grec. Le gouvernement grec voudrait faire payer le contribuable français. On avance même des chiffres : l'engagement français sur la dette grecque ferait peser une ardoise de 6 ou 700 euros par français. C'est un mensonge. D'abord, les 40 Mds € de garantie sont déjà comptabilisés dans la dette publique française. Leur annulation n'augmenterait donc pas la dette publique française. La seule chose que perdraient les contribuables français, ce sont les intérêts versés par la Grèce, soit 15 € par Français et par an. Enfin, la Banque centrale européenne pourrait racheter aux États et au Fonds européen de solidarité financière (FESF) les titres grecs et les annuler, ou comme le demande la Grèce, les transformer en obligations perpétuelles à taux fixes et faible, sans remboursement de capital.

O comme « Orthodoxe » (Église)

Parmi les conséquences de l'absence de séparation de l’Église et de l’État en Grèce, l’Église orthodoxe grecque se trouve exemptée de nombreuses taxes, en particulier sur la propriété foncière, alors qu'elle est le deuxième propriétaire foncier du pays. Elle dispose également d'un important patrimoine immobilier, y compris dans les quartiers chics d'Athènes ou dans les stations balnéaires à la mode, et d'actifs financiers considérables. La mise à contribution par l'impôt de cet État dans l’État auquel tous les gouvernements ont jusqu'alors renoncé constitue un enjeu important pour la nouvelle majorité.

S comme Syriza

Syriza est un acronyme, signifiant textuellement « coalition de la gauche radicale ». Née en 2004 du rapprochement de différents partis de gauche, d'extrême gauche et de l'écologie politique, dont Synaspismos, issu d'une scission du Parti communiste grec (KKE) en 1991, la Gauche du renouveau écologique et communiste (AKOA), les Citoyens actifs...

Au cœur du projet de Syriza ont retrouve la volonté de rupture avec les politiques libérales, la promotion de politique visant la justice sociale, la défense de droits fondamentaux (anti-racisme, féminisme,…) et l'anti-fascisme.

Syriza est présidée par Alexis Tsipras, 40 ans, ancien président de Synaspismos et premier ministre de la Grèce depuis le 26 janvier 2015. Syriza est membre du Parti de la Gauche Européenne co-présidé par Pierre Laurent et ses députés siègent au Parlement européen au sein de la GUE-NGL

T comme Thessalonique

Le programme dit de « Thessalonique » est le programme de gouvernement présenté par Syriza à l'occasion de l'exposition commerciale internationale annuelle de Thessalonique, le 13 septembre 2014. C'est sur la base de ce programme que Syriza a été élue. Le cœur de ce programme s'appuie sur 4 piliers :

  • traiter en urgence la crise humanitaire en Grèce (1,9 Mds €) : fourniture de l'électricité gratuite et subvention alimentaires à 300.000 foyers, gratuité des transports publics, augmentation des remboursement (voire gratuité) des soins médicaux, 13ème mois pour les retraités, etc....
  • relancer l'économie réelle (6,5 Mds €) : instauration d'un impôt progressif sur la fortune immobilière, suspension des saisies sur les résidences principales, fondation d'une banque de développement, rétablissement d'un salaire minimum.
  • restaurer l'emploi et les droits des travailleurs (5 Mds € dont 3 la 1ère année) : rétablir une législation du travail, plan de création de 300.000 emplois dans les secteurs publics, privé et dans l'économie solidaire, mieux indemniser et étendre le nombre de bénéficiaire de l'allocation chômage et la durée du droit de celle-ci.
  • engager une refonte citoyenne des pouvoirs de l’État.

Le coût estimé de ce programme est de 11,3 Mds €. Il est financé. Le plan de recouvrement et de relance pour l'économie créeront 3 Mds € de recettes, et 3 de plus avec le plan de lutte contre les pratiques d'évasion fiscale. La réaffectation des recettes issues des programmes européens apporteront 3 Mds €, ainsi que celles issues du Fond de stabilité financière (3 Mds €).

La question du traitement de la dette souveraine est au cœur du projet. Le programme de Thessalonique affirme qu'elle sera l'objet d'une négociation prioritaire avec les partenaires européennes, avec comme objectif d'aller vers un effacement partiel de celle-ci, ou encore la mise en place d'un moratoire sur les intérêts.

V comme Vouli solidarité

La Vouli est le Parlement grec. Composé de 300 députés élus au suffrage universel direct, ces derniers sont élus à la proportionnelle en dehors de 50 sièges attribués à la formation politique arrivée en tête.

Le 25 janvier 2015, avec 35,7 % des voix, un score historique pour une formation qui réalisa 4,6 % aux législatives de 2009, Syriza a manqué de peu la majorité absolue des sièges. Pour gouverner, elle constitue immédiatement une coalition avec Anel, parti souverainiste de droite, autour d'un programme de rupture avec les politiques d'austérité imposées par Bruxelles.

Note réalisée le 8 juin 2015

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