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Développements annexes pour un nouveau mode de développement

le 30 September 2010

Septembre 2009-mai 2010.

La présente note n'ambitionne nullement d'embrasser la question du nouveau mode de développement dans toute son étendue. Son objectif sera atteint si elle rend sensible l'utilité de quelques approfondissements par rapport à l'étape du 34e congrès.

1. Ce congrès, tenu en décembre 2008, a tracé les grandes lignes de ce que pouvait être un nouveau mode de développement autour de ce groupe de questions essentielles : « comment produire, en faveur de qui et pour répondre à quels besoins ? » [1] Mais il n'a pas éprouvé le besoin d'argumenter sur la nécessité du développement lui-même. Certainement celle-ci lui a-t-elle paru aller de soi. Mais il appert qu'il n'en est pas de même pour certains de nos partenaires. On l'a vu lors de la discussion du 4 juillet 2009 à la Mutualité, en particulier avec l'intervention de la vice-présidente d'ATTAC, Aurélie Trouvé. Son argumentation se retrouve dans « l'Humanité des débats » du 11 juillet 2009 où, faisant valoir « l'accès aux droits humains fondamentaux partout dans le monde », elle en infère qu'il faut « cesser de penser, où que ce soit à gauche, que la technique et la science vont pouvoir compenser l'épuisement des ressources naturelles et nous dispenser d'une diminution radicale de notre production et notre consommation énergétiques et matérielles. C'est cette diminution radicale qui devrait être posée comme base de construction d'un modèle alternatif. » [2] Présente aussi à cette soirée de la Mutualité, Martine Billard, a lancé, le 9 juillet 2009 avec Paul Ariès, un appel « Pour un Parti de gauche écologiste » à faire naître à partir de l'actuel Parti de gauche. On lit dans cet appel que « le système capitaliste a sombré dans la démesure en consommant l'équivalent de plusieurs planètes […] Il n'est pas possible d'avoir une croissance infinie dans un monde fini. La décroissance de l'empreinte écologique est une absolue nécessité : il revient au politique d'en dessiner les contours. » [3] Paul Ariès, avait déclaré dans un entretien paru dans Libération le 4 mai notre capacité à renouer avec le sens des limites, ce qui suppose d'en finir avec l'économisme et l'idéologie du progrès » ; « la gauche […] fut et reste productiviste et consumériste. » [4] De même qu'à la Mutualité elle avait approuvé les analyses d'Aurélie Trouvé sans les reprendre, Martine Billard, à propos du réchauffement climatique, dans « l'Humanité des débats » du 26 septembre 2009, fait montre d'une autre approche qui s'attache à identifier et à hiérarchiser les responsabilités : « Il ne suffit pas de pointer du doigt la responsabilité de nos sociétés, ni de se limiter à rendre chacun individuellement responsable car la somme des modifications de ces comportements individuels ne suffira pas à renverser suffisamment le cours actuel du capitalisme pour éviter la catastrophe écologique. C'est le système économique du profit immédiat, de la production sans limite et de la surconsommation de certains, sans égard quant aux conséquences sur l'environnement qui est responsable. » [5]

Ces prises de positions, avec leurs différences, font bien apparaître quelques-unes des questions sur lesquelles la gauche a besoin de se mettre au clair pour construire son projet : le progrès demeure-t-il possible, alors que ce que l'humanité est capable de faire peut désormais avoir des effets irréversibles à grande échelle et qu'elle ne dispose que d'une seule Terre ? Si oui, en quoi doit-il consister ? Peut-il avoir valeur d'objectif politique ? Comme toujours, mieux vaut affronter les questions que de suivre des idées dans l'air du temps. Le document du 34e congrès, en amont de sa partie consacrée au nouveau mode de développement, fait sienne la dénonciation du « productivisme » (associée à celle du « consumérisme »). Il précise, et c'est essentiel, que « le productivisme aveugle » obéit « prioritairement aux lois du profit ». [6] Le recours aujourd'hui fréquent au mot « productivisme » traduit une perception aiguisée des dangers de l'inadéquation de ce qui est produit et de la façon de le produire aux besoins réels de l'humanité. Mais ce terme n'est pas utilisé par tout le monde avec les mêmes attendus. Aussi, clarifier nos idées est-il d'autant plus nécessaire pour éviter des ambiguïtés grosses de difficultés possibles que ces problèmes sont aujourd'hui intimement liés aux débats sur la croissance et la décroissance. La notion de productivisme désigne le plus souvent une supposée recherche d'augmentation de la production fonctionnant comme but en soi. Elle avait naguère servi aux Verts pour regrouper dans un même ensemble l'économie des pays capitalistes développés et celle des pays socialistes. Or, avec le capitalisme, l'augmentation effrénée de la production, quand elle est recherchée, est toujours un objectif intermédiaire vers le profit et elle se conjugue avec la tendance lourde à ne pas produire ce qui ne rapporte pas, ou pas assez. Quant à qualifier de « productivistes » les économies du socialisme que ses dirigeants appelaient « réel », c'est bien souvent une façon de se dispenser de réfléchir aux causes véritables de la recherche de l'augmentation du volume (ou du poids) de la production des pays concernés. Il ne suffit pas de brandir le stakhanovisme comme repoussoir, encore faut-il rendre compte de ce qui a été le dynamisme interne de ces économies et des raisons pour lesquelles il s'est retourné en un épuisement qui leur a finalement été mortel.

La question du productivisme touche à celle du rapport à la nature et, ici, un moment de réflexion serait bienvenu. On lit en effet dans le document du 34e congrès que « nous voulons contribuer à construire une société et un monde débarrassés de toutes les exploitations, aliénations, dominations des êtres humains et de la nature. » [7] Mais, ne plus exploiter la nature c'est tout simplement revenir avant l'aube de la préhistoire et des temps où nos très lointains ancêtres ont commencé à se fabriquer leurs premiers outils. Quant à l'aliénation dont il est question dans ce texte, elle désigne le fait que des résultats de l'activité humaine se dressent en face à leurs auteurs comme une force étrangère. Vouloir que les êtres humains se libèrent des aliénations qui les oppriment est essentiel dans la visée communiste. En dire autant de la nature signale une discontinuité dans le cours de la pensée rationnelle.

2. L'objectif de développement humain irrigue toute la partie du document du 34e congrès sur le nouveau mode de développement [8]. Son affirmation se situe dans le droit fil de la tradition humaniste des communistes et celle-ci ne date pas d'hier. On connaît la phrase du Manifeste de 1848 qui caractérise la société appelée à se substituer à « l'ancienne société bourgeoise » comme « une association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. » [9] Cette même thématique est présente tout au long de l'œuvre de Marx depuis les écrits de jeunesse jusqu'à ceux des dernières années.

Mais l'idée de développement humain n'est pas propre aux communistes. Par exemple, en 1966, l'Assemblée générale de l'ONU avait institué le Programme des Nations unies pour le développement humain (PNUD), lequel s'est doté en 1990 d'un Indice de développement humain (IDH) dont l'un des concepteurs est Amartya Sen, tout récent co-auteur du Rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social remis à Nicolas Sarkozy le 15 septembre 2009. On relèvera aussi l'objet de l'encyclique pontificale du 29 juin 2009, Caritas in veritate, tel que défini dans son titre : « Sur le développement humain intégral dans la charité et dans la vérité ». Des approches forts diverses de la question du développement humain coexistent donc et c'est un terrain à la fois de luttes convergentes et de confrontations avec des hommes et des femmes, des courants idéologiques et politiques porteurs de conceptions différentes et éventuellement mus par des intérêts dissemblables.

Répétés indéfiniment les termes « développement humain » ou « épanouissement » peuvent assez vite sonner creux alors que, concrètement, des modes d'existence de la société et des choix politiques sont susceptibles d'ouvrir aux individus des espaces de liberté et d'initiatives tandis que d'autres les enferment dans une vie étriquée. Une mise en perspective peut ici aider à donner du poids aux mots car l'affirmation des êtres humains comme individus ayant une existence propre à leurs yeux comme au regard des autres est un processus historique qui remonte loin. La forme historique de l'individualité, la façon d'exister comme être humain vivant en société que nous connaissons aujourd'hui est profondément marquée par la généralisation capitaliste des rapports marchands dans lesquels l'individu est un au même titre que tous les autres en tant que vendeur – au moins de sa force de travail – et qu'acheteur. Comme on le sait, il est plus sage de prédire le passé que l'avenir. Mais on n'est pas sur ce registre avec l'idée que l'humanité n'est pas aujourd'hui arrivée au fin du fin ni à l'ultime aboutissement de ce que peuvent devenir les individus humains. Dans Le Capital, Marx tirait déjà de la révolution technologique qu'il avait sous les yeux, celle de la machine-outil, l'enseignement que « la grande industrie oblige la société sous peine de mort à remplacer l'individu morcelé, porte-douleur d'une fonction productive de détail, par l'individu intégral qui sache tenir tête aux exigences les plus diversifiées du travail et ne donne, dans des fonctions alternées, qu'un libre essor à la diversité de ses capacités naturelles ou acquises. » [10]

Le document du 34e congrès lie développement des êtres humains et culture, par exemple lorsqu'il se prononce pour de « nouvelles solidarités de progrès social […] permettant par l'accès au savoir et à la culture, le développement des capacités de chaque être humain ». [11] Ce rapprochement peut être fécond à condition de ne pas séparer champ des savoirs et champ de la culture ; de ne pas réduire cette dernière au périmètre du ministère du même nom ; de la concevoir, pour reprendre les mots de Jacques Chambaz, « comme l'ensemble des démarches par lesquelles l'humanité s'autoconstruit » [12] et d'avoir en vue qu'elle est, comme réalité objectivée, ce que le comité central réuni à Argenteuil en mars 1966 appelait, dans la partie rédigée par Aragon de sa « Résolution sur les problèmes idéologiques et culturels », « le trésor accumulé des créations humaines » dont l'héritage « a toujours été créé au présent ». [13] On est alors fondé à affirmer que chaque sujet humain a d'autant plus de moyens de « se réaliser », comme on dit de nos jours, qu'il dispose de clés pour accéder à ce patrimoine et d'outils pour participer à son enrichissement.

3. Le 34e congrès a retenu une idée essentielle pour la recherche d'un nouveau mode de développement : les « êtres humains, […] n'ont jamais eu autant de possibilités d'agir sur leur milieu de vie, pour le meilleur comme pour le pire. » [14] À « sur leur milieu de vie » on pourrait ajouter « et sur eux-mêmes », tant sont lourds les enjeux dans le domaine biomédical où la marchandisation fait tant de ravages et peut en faire encore plus. [15]

Jamais autant de possibilités, donc jamais autant de décisions à prendre dont certaines concernent de vastes groupes humains, quand ce n'est pas l'humanité entière. De là une dimension nouvelle à la nécessité de remettre en cause la monopolisation des pouvoirs par une petite minorité vivant directement ou indirectement de l'emprise de la recherche du profit sur l'ensemble de la vie sociale. Pour prendre les meilleures décisions dont elle soit capable à chaque moment, l'humanité a besoin d'une très forte élévation de la compétence de tous ses membres, femmes et hommes, et de leur association effective aux pouvoirs. On en est très loin et que, dans l'agrégat des données utilisées pour établir l'Indice de développement humain, figure la capacité à lire et à comprendre un texte simple traitant de la vie quotidienne donne une idée du chemin à parcourir.

Les questions se posent à l'échelle de l'humanité et de la Terre entière, ce que Marx avait déjà vu en son temps et qui lui avait fait écrire dans Le Capital : « Une société entière, une nation, et même toutes les sociétés contemporaines réunies ne sont pas propriétaires de la terre. Elles n'en sont que les possesseurs, elles n'en ont que la jouissance et doivent la léguer aux générations futures après l'avoir améliorée en boni patres familias. » [16] Le document du 34e congrès propose de « rendre les ressources naturelles bien commun de l'humanité ». [17] Mais peut-on mettre toutes les ressources naturelles sur le même plan et tenir comme désormais obsolète l'idée de maîtrise par les différents pays des ressources de leur sol et de leur sous-sol ? Sur ce point, la formulation de l'encyclique déjà mentionnée Caritas in veritate mérite de retenir l'attention par la manière dont elle prend en compte les réalités du monde : « La communauté internationale a le devoir impératif de trouver les voies institutionnelles pour réglementer l'exploitation des ressources non renouvelables, en accord avec les pays pauvres, afin de planifier ensemble l'avenir. » [18]

Pour construire un projet politique, il est nécessaire d'examiner sans a priori les possibilités d'ordre technologique effectives ou déjà concevables de réduction de la consommation des ressources naturelles et de ses nuisances pour un même effet utile. Refuser le scientisme, selon lequel le progrès de la science est la solution à tous les problèmes, ne dispense pas d'un tel effort surtout que, souvent, se font mieux entendre ceux qui parlent sans savoir que ceux qui savent sans parler. Il faut en particulier se garder de nier ou de minorer l'importance de la révolution informationnelle qui permet d'intégrer un très grand nombre de paramètres avant et pendant l'acte de transformation matérielle et donc offre des possibilités totalement inédites d'optimiser celui-ci.

Une politique de réorientation du mode de développement tenant vraiment compte des contraintes et des risques écologiques doit prendre la mesure de l'immensité des gaspillages résultant de l'état actuel du monde, de l'emprise de la recherche du profit, de nombreux choix politiques effectués à différents niveaux dans ce cadre : dépenses militaires et guerres ; délocalisations d'activités, amplification des volumes transportés et choix de modes de transport en fonction d'une concurrence « libre et non faussée » ; surinvestissements dus à la guerre économique entre les grands groupes. À quoi on peut ajouter la gabegie tenant au mode de vie de la classe dominante. Autant de domaines où il ne s'agit pas d'annoncer la catastrophe imminente sans les moyens de la conjurer, mais de dégager des solutions pour lutter contre ces gaspillages, car une politique de croissance de la satisfaction des besoins humains suppose la décroissance de certaines dépenses et de certaines activités. Encore faut-il ne pas se tromper de cibles.

L'appel à la responsabilité dans les comportements individuels n'a pas de sens et d'efficacité sans une lutte effective contre les gaspillages vraiment majeurs.

Une attention particulière doit être portée à la question de l'utilisation des sols, en particulier pour l'agriculture. Regarder du côté de l'histoire de la pensée économique sur la rente foncière n'est pas forcément un détour inutile. Les raisonnements d'hommes qui ont beaucoup fait avancer la compréhension de la question, William Petty (1623-1687), James Anderson (1739-1808), David Ricardo (1772-1823) puis Marx partaient du constat que, pour les produits de grande consommation, les terres les plus favorisées (par leur fertilité, par leur localisation) ne pouvaient suffire à elles seules ; et donc que le prix de vente de ces produits devait permettre l'accès au marché de toutes les quantités nécessaires pour couvrir la demande solvable, y compris celles de ces quantités qui n'avaient pas été produites dans les conditions naturelles les meilleures. D'où une part importante de la différence, longuement étudiée par Marx et sur laquelle on ne reviendra pas ici, dans le mode d'établissement des prix des produits industriels et celui des produits agricoles dans le cadre du capitalisme de libre concurrence. [19] Rapproché des conditions d'aujourd'hui, ceci permet de mieux voir que les aides à l'exploitation agricole de terres dites insuffisamment rentables peuvent n'être pas seulement une arme en quelque sorte défensive contre la dépendance alimentaire ou pour soutenir des paysans en difficulté, mais participer d'une nécessaire gestion rationnelle des sols utilisables sur la planète afin que toute l'humanité puisse se nourrir.

Imposer des reculs de la loi de l'argent pour l'argent jusqu'à s'en libérer est donc une urgence écologique à faire mieux mesurer.

Dans son discours de clôture de la dernière université d'été du parti socialiste, le 30 août 2009 à La Rochelle, « Une offensive de civilisation », Martine Aubry a déclaré : « le post-productivisme que nous souhaitons ne nous invite pas à renoncer à produire, mais bien à définir une production utile et sobre. » [20]. « Utile et sobre », oui. Mais comment ? Par quelle politique ? En se donnant quels moyens ?

4. Tout ce qui précède montre le besoin d'y voir plus clair sur la question des besoins. D'âge en âge, ceux qui ne manquent de rien supportent avec une abnégation toujours renouvelée les privations de ceux qui manquent de tout. Mais, si grande que soit l'ampleur des besoins populaires insatisfaits dans notre pays, on ne peut tenir pour suffisante leur indispensable mise en évidence. Elle ne permet pas de répondre pleinement aux problèmes posés par ceux qui parlent de besoins artificiels et donc de se mettre en position de rassembler largement autour des objectifs les plus aptes à améliorer la situation des couches populaires.

Dénoncer le « consumérisme » n'est guère que prendre la question des besoins par le petit bout de la lorgnette et peut vite tourner au discours culpabilisant à l'égard des catégories populaires et des arbitrages que l'on y observe dans la gestion par chacun de son budget. Les besoins – pas seulement ce qui est indispensable à la survie biologique, mais ce qui est nécessaire à la vie humaine en société – ne peuvent se comprendre en dehors de l'histoire, du moment où en est arrivé le fonctionnement de la vie sociale, des contraintes inégalement fortes qui s'imposent aux différentes couches de la population, des possibilités qui s'ouvrent à celles-ci et qu'elles sont plus ou moins à même de percevoir.

Il est bien vrai que tous les besoins ne se valent pas. Il en est qui enferment les individus dans une existence à l'horizon étroit et le repli sur soi, et d'autres qui les ouvrent sur le monde. La façon dont ils sont en mesure de vivre leur rapport au travail et, plus globalement leur place dans la société est ici lourde de conséquences. Devoir recourir à des anxiolytiques ou éprouver la nécessité d'être mieux équipé intellectuellement pour participer à la définition de l'orientation de son entreprise et de la cité n'ouvrent ni vers la même qualité de vie, ni vers le même degré d'efficacité sociale. D'efficacité sociale en effet, surtout que la révolution informationnelle, avec l'ouverture du champ des possibles qu'elle amène, renforce l'importance stratégique des phases d'évaluation des options envisageables, d'élaboration des décisions avant de passer aux opérations nécessaires à leur réalisation et ensuite à leur contrôle et éventuellement à leur modification en cours d'exécution.

Un projet politique doit prendre position sur les besoins que la société a prioritairement obligation de satisfaire, sur ceux dont il propose d'encourager le développement pour permettre aux individus de se construire une vie plus pleine, plus riche, mais il n'a pas à décréter pour tout un chacun quels sont ses vrais et ses faux besoins. Car alors on ne serait pas loin de programmer une vie de caserne.

Les individus doivent au contraire avoir du temps pour faire ce qu'ils ont décidé de faire. Les gaspillages de temps pourrissent la vie et ont un énorme coût social. La lutte pour les réduire doit faire partie de la mise en œuvre d'un nouveau mode de développement faisant de la qualité de la vie des êtres humains son objectif central. C'est ce qui a conduit Paul Boccara à proposer des « critères d'efficience sociétale mesurée en temps » [21], notamment pour évaluer la performance des services publics quant à leur aptitude à faire économiser du temps aux usagers.

Que les gens disposent de temps est une liberté nécessaire au dynamisme de la société. Aujourd'hui, le double aiguillon de la recherche du profit pour les uns et de la nécessité de vendre sa force de travail pour les autres, tout en conservant une efficience réelle, atteint, avec les gâchis et les risques qu'il entraîne, les limites historiques de ce qu'il peut apporter à l'humanité comme stimulant du développement des sociétés. La motivation des individus doit reposer sur une tout autre base, celle de la possibilité pour eux de conjuguer la poursuite des fins qu'ils se sont personnellement données et leur association avec d'autres, à différentes échelles de la vie sociale, dans la détermination et la réalisation d'objectifs communs. Or, ceci n'est pas même envisageable si les gens sont contraints de passer leur vie à perdre leur temps.

LEM - Lieu d'étude du mouvement des idées et des connaissances. Claude Gindin.

[1] CommunisteS n° 332, 18 décembre 2008, p. 20, colonne 2, § 4.

[2] L'Humanité, 11 juillet 2009, Aurélie Trouvé, « L'écologie n'est pas une question de riches ».

[3] Texte complet sur les sites de Politis et de Martine Billard.

[4] Successivement, réponses aux première, quatrième et septième questions.

[5] L'Humanité, 26 septembre 2009, Martine Billard, « Pour une planification écologique ».

[6] Page 18, col. 1, § 2.

[7] Page 19, col. 1.

[8] Page 20, col. 2.

[9] Dans la phrase conclusive de la deuxième partie.

[10] Karl Marx, Le Capital, livre I [1867], Éditions sociales, 1969, tome 2, p. 166 ; traduction française de Joseph Roy revue par Marx. La traduction donnée par Jean-Pierre Lefebvre, Messidor/Éditions sociales, 1983, p. 548, d'après la 4e édition allemande (1890) établie par Engels est sensiblement différente, mais on y retrouve l'opposition entre « l'individu partiel, simple support d'une fonction sociale de détail » et l' « individu totalement développé ».

[11] Page 20, col. 2.

[12] Jacques Chambaz, La patience de l'utopie. La civilisation en question, Messidor/Éditions sociales, 1992, p. 188.

[13] Cahiers du communisme, mai-juin 1966, p. 270, session des 11, 12 et 13 mars 1966.

[14] Page 17, col. 2 § 3.

[15] Sur ces questions, on rappellera au moins un livre essentiel : Lucien Sève, Pour une critique de la raison bioéthique, Éditions Odile Jacob, 1994.

[16] Karl Marx, Le Capital, livre III [posthume, 1894], Éditions sociales, 1960, tome 3, p. 159, traduction de Mme C. Cohen-Solal et de Gilbert Badia

[17] Page 18, col. 2 § 9.

[18] Page 18, col. 2 § 9.

[19] Quelques compléments dans notre article « Marx et la rente foncière », La Pensée, n° 335, juillet-septembre 2003, p. 67-79.

[20] Cf. http://discours.parti-socialiste.fr/

[21] Paul Boccara, Transformations et crise du capitalisme mondialisé. Quelle alternative ?, Le Temps des cerises, 2008 (1ère éd.), p. 240.