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Le service public est inefficace, rien ne vaut la concurrence

 

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La tautologie libérale a été élevée à la puissance mille avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Sur la lancée de la parenthèse ouverte en avril 2002, histori­que pour la bourgeoisie revancharde, UMP et Medef en tête, plus un seul sec­teur n’échappe à la tornade. Santé, école, logement social, tout doit passer sous les fourches caudines du rendement privatisé et immédiat. Le « reste », c’est-à-dire l’es­sentiel, qui bénéficie au plus grand nom­bre, alliant solidarité et efficacité sociale, est purement et simplement à jeter aux poubelles de l’histoire. S’il est une « rup­ture » de société qui n’a pas fini de pro­duire ses effets dévastateurs, c’est bien celle-ci.

L’énergie n’est pas une exception dans l’opération de destruction du libéralisme sauvage. De même qu’il s’était engagé à ne pas toucher à la retraite à soixante ans avant d’en engager la casse, l’actuel prési­dent s’était aussi engagé à ne pas toucher au secteur public du gaz et de l’électri­cité… Au premier mois d’une année qui sera celle des bilans, chacun peut mesurer ce qu’il en est. Alors que le froid la frappe, la France 
a découvert cette nou­velle expression : « précarité énergéti­que ». Près de 13 millions de Français ne peuvent régler leurs factures, accumulent les impayés ou doivent se restreindre ?

Et alors ? Grâce à eux et grâce à l’État actionnaire, un groupe comme GDF/Suez a pu voir ses profits gonfler par la hausse de 15 % des tarifs du gaz, entre avril et juillet dernier. Juste ce qu’il fallait pour annoncer un bénéfice semestriel de 3,6 milliards et se lancer dans le rachat d’un concurrent britannique en offrant une prime de plus de 1,5 milliard d’euros aux actionnaires de ce dernier. Quand les cours de cette matière première sont au haut, il suffit de racketter le consomma­teur. Quand ils baissent, il suffit de ne pas répercuter la tendance sur le prix. Jackpot assuré pour le capital. Pareille logique de casino mérite bien de petits à-côtés, tel l’équivalent de 835 smic que le PDG du groupe s’est octroyé en vendant des stock-options en janvier dernier. Et avec la loi Nome, votée à l’automne, EDF sera obligée de vendre à son rival une partie de sa production d’électricité, tout en en répercutant le coût sur ses propres clients…

Voilà où mènent la privatisation et la scis­sion du géant français du gaz et de l’élec­tricité : à contribuer à ramener au XIXe siècle une partie de la population – qui doit être bien peu sensible aux messages sur leur responsabilité en matière d’écono­mies d’énergie pour un développement durable. Se chauffer, cuisiner, éclairer son logement – quand on a pu en trouver un –, se soigner, manger, s’éduquer et appren­dre, ou penser sans crainte à ses vieux jours : il n’est plus un acte de la vie qui ne soit affecté par l’implacable « coût du capital » que nul n’évoque. Sans parler du travail et de l’emploi. Les nouveaux chiffres du chômage sont éloquents quant aux intérêts que la politique commune au gouvernement et au Medef défend dans cette phase d’une crise la plus profonde du capitalisme depuis près d’un siècle. Tout ce beau monde qui se réunit chaque année à Davos aurait, dit-on, la peur de danser sur un volcan. Ils n’ont pas tort. Les « iné­galités » y seraient un thème clé cette année, paraît-il. Mais, comme l’écrit avec délicatesse le quotidien patronal Les Échos, « Davos est un lieu où rien ne se décide, où l’on peut donc élucubrer en liberté ».

Quand les cours 
du gaz sont au haut, il suffit de racketter le consommateur. Quand ils baissent, il suffit de ne pas répercuter 
la tendance sur le prix

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