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Constituer, partout en Europe, des fronts de résistance au Pacte de compétitivité

 
 
 
 

Constituer, partout en Europe, des fronts de résistance au Pacte de compétitivité

Par , le 16 mars 2011

Constituer, partout en Europe, des fronts de résistance au Pacte de compétitivité

Pierre Laurent Président du Parti de la gauche européenne Meeting d'Athènes - Synaspismos - PGE - Transform ! - Nikos Poulantzas Institute  

Chers amis, chers camarades,

Je tiens tout d'abord à remercier Alexis Tsipras et tous les camarades grecs qui nous accueillent pour cette initiative. Comme président du PGE, je veux dire qu'elle est pour nous d'une importance capitale. Cette rencontre d'Athènes est le signal de départ de la plus grande campagne politique publique engagée par le PGE à l'échelle de l'Union depuis sa création. Elle nous mènera dans l'année à venir de meeting en meeting, d'Athènes à Madrid en passant par Paris et toutes les grandes villes européennes qui décideront de nous accueillir.   Oui, le temps est venu d'une contre-offensive politique à l'échelle européenne contre l'amplification généralisée des politiques d'austérité. Ce n'est pas aux peuples européens de payer le prix de la crise du capitalisme financier mondialisé. Oui, le temps est venu d'avancer des propositions en rupture avec les logiques de concurrence et de profit qui nous ont conduits à la crise, de faire entendre une voix politique européenne alternative pour des solutions de progrès humain.   Le fait que nous nous retrouvions, ici et maintenant, à Athènes, est tout un symbole. C'est là qu'après l'entrée dans la crise de tout le système capitaliste mondialisé, l'offensive néolibérale pour faire payer l'addition aux salariés a été déclenchée. C'est là que les dirigeants européens ont expérimenté les recettes qu'ils étendent aujourd'hui à tous les pays.   Ici, les banques ont lancé leurs attaques spéculatives contre les dettes souveraines européennes.   Ici, l'Union européenne et le FMI ont expérimenté leurs politiques d'austérité, contre l'avis du peuple et avec la complicité du gouvernement Papandréou.

Ici, chacun peut en mesurer les conséquences dramatiques au quotidien.

Mais c'est là aussi que la résistance sociale et populaire a commencé. Nous sommes donc très fiers d'être rassemblés, ici à Athènes, aujourd'hui. Et à l'heure oùles marchés financiers, les agences de notations, les dirigeants européens relancent leurs pressions, je veux témoigner, au nom des communistes français, au nom de l'ensemble des forces qui constituent le parti de la gauche européenne et qui m'ont fait l'honneur de m'en confier la présidence, de notre solidarité indéfectible avec le peuple grec.

Cette solidarité entre peuples européens est plus essentielle que jamais car hier encore à Bruxelles, le sommet européen extraordinaire a lancé un nouveau plan d'une extrême gravité, une nouvelle machine de guerre anti-sociale.   Ils appellent cela « le Pacte de compétitivité pour l'euro ». La vérité c'est qu'il s'agit d'un Pacte des puissances de l'argent contre les forces du travail, un traité de Lisbonne puissance 10.  

Ce pacte est une nouvelle étape du projet qui vise à éponger toute la facture de la crise sur le dos des travailleurs.Cette nouvelle étape, initiée par le duo Sarkozy-Merkel, est d'une rare violence.  

Il s'agit d'une remise en cause sans précédent des droits des travailleurs, de la protection sociale et de la redistribution des richesses en Europe.   Désindexation et recul des salaires, retraite à 67 ans, hausse des impôts sur la consommation et allégement de la fiscalité du capital, démantèlement des garanties collectives en matière d'emploi et généralisation de la précarité en matière de contrats de travail, réduction drastique des emplois et des dépenses publiques... Voilà ce qui deviendraient les normes pour toute l'Europe.  

Il faut, nous ont dit hier les dirigeants lors de leur« réunion informelle », revenir sur les conventions collectives, geler les salaires et en finir avec leur indexation sur les prix car, je cite : « des augmentations importantes et soutenues peuvent indiquer l'érosion de la compétitivité » ! Dans le secteur public comme dans le secteur privé, les États devront garantir la « modération salariale ».  

Il faut, nous ont-ils dit, « pour encourager l'emploi », promouvoir la flexisécurité, lever les entraves à la concurrence libre et non faussée et reporter la fiscalité du travail vers la consommation, c'est-à-dire augmenter les impôts indirects, donc les plus injustes.Enfin, il faut indexer l'âge de départ en retraite sur l'espérance de vie et supprimer les dispositifs de départs anticipés.  

Si on les laisse faire, les conséquences de ce pacte vont être catastrophiques.  

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, en bons propagandistes des marchés financiers, nous expliquent que ces cures d'austérité ne visent qu'à assainir l'économie des « mauvais élèves », ceux qui mettent en péril la monnaie unique et les économies des autres pays membres de l'UE.   Je veux mettre en garde ces apprentis sorciers qui désignent des boucs émissaires et cherchent à opposer les peuples entre eux pour ne pas toucher aux vrais responsables la crise: en Europe, nous avons déjà fait l'expérience historique de la division des peuples en période de crise, nous savons tous à quelles horreurs cette logique peut aboutir.  

En vérité, avec leur logique, tous les peuples seront visés, tous seront concernés par des plans d'ajustement plus ou moins brutaux, et cela a déjà commencé.   L'Europe ne paie pas aujourd'hui la crise de quelques États imprévoyants ; elle paie la crise des marchés financiers, d'un système qui a craqué à force d'accumuler des profits financiers contre le travail, par la mise en concurrence à outrance, le dumping fiscal et social.   L'Europe paie des choix politiques, le choix d'une construction européenne ultra-libérale, confirmée à chaque étape tant par les gouvernements de droite que par les gouvernements sociaux-libéraux.  

Quand la crise s'est déclenchée, ils se sont enfoncés dans les mêmes réponses, dégageant des sommes folles avec le Fonds de stabilisation financière pour renflouer les banques et les marchés financiers, endettant comme jamais les États, amplifiant les politiques d'austérité, de déréglementation, de privatisation, pour faire payer l'addition aux travailleurs et sacrifier la dépense publique.   Le résultat, c'est qu'ils n'ont fait qu'amplifier les mécanismes de crise, et les engrenages de récession. Ils ont aggravé comme jamais l'emprise des marchés financiers qui ne cessent d'aggraver leurs chantages sur les économies nationales et les orientations de l'UE.   Ils ont permis les attaques spéculatives et dégradé les« stabilisateurs » sociaux que sont les services publics, la protection sociale, ou un haut niveau de salaire.   Ils ont augmenté la pauvreté, le chômage et la précarité en Europe.  

Et aujourd'hui, ils en remettent une couche et voudraient nous faire croire que c'est pour résoudre la crise. Mais ils se moquent du monde. Non seulement leurs choix sont illégitimes mais ils sont surtout incapables d'apporter des solutions aux catastrophes qu’ils ont causées.  

J'ajoute qu'à la catastrophe sociale, économique et financière que constitue leur politique, il faut ajouter l'aveuglement dans lequel elle enfonce les relations internationales de l'Union européenne.   Alors que le monde change sous nos yeux sur toute la rive sud de la Méditerranée, que les peuples arabes qui se libèrent appellent à la coopération pour le développement et la liberté, l'Union européenne est aux abonnés absents, pire à contresens de l'histoire. Elle n'a rien vu venir, a soutenu des dictatures jusqu'à leur dernier souffle. Et aujourd'hui, Nicolas Sarkozy, plus irresponsable que jamais, tente avec la Grande-Bretagne d'entraîner l'Union dans une aventure guerrière en Libye. Ils sont fous et dangereux !  

Et que dire du racisme de leur politique qui dresse partout des murs et des barbelés contre les immigrés. Je veux saluer à ce propos la formidable victoire de la dignité remportée par les grévistes de la faim dans votre pays. Quel courage et quelle dignité !   Oui, avec leur politique, nous allons tout droit vers des crises amplifiées, des poussées xénophobes, des tensions et des risques de guerre croissants.   Ce n'est pas le capital, les fortunes des actionnaires qu'il faut sauver en sacrifiant les peuples ; c'est le travail, et un nouveau type de développement humain, social et écologique qu'il faut relancer.   D'ailleurs, les dirigeants européens savent très bien que leurs choix actuels tournent le dos aux intérêts populaires. Voilà pourquoi ils cherchent à les imposer en mettant en place de scandaleux et nouveaux mécanismes de contournement de la souveraineté populaire.   C'est écrit noir sur blanc dans l'accord discuté hier à Bruxelles : en plus du semestre européen – qui instaure un contrôle a priori des budgets nationaux par la Commission européenne – les États doivent s'engager à inscrire dans leur législation, voire dans leur constitution, une « obligation de conformité avec les règles budgétaires de l'UE ».  

Pour qualifier ce nouveau recul démocratique, John Monks, président de la Confédération européenne des syndicats (CES) a trouvé la formule adéquate : il a parlé d'un système qui pourrait « réduire les États membres à un statut quasi colonial ».   Pour adopter leur pacte de compétitivité, ils sont prêts à changer le traité de Lisbonne qui était paraît-il intangible, mais sans jamais consulter les peuples. Et bien nous, nous refusons ce coup de force. Partout, les peuples doivent être consultés.  

Notre tâche est désormais la suivante : unir et rassembler toutes les forces disponibles en Europe pour faire cesser cet engrenage mortifère et proposer des solutions alternatives.   La colère monte chez les Européens.   Des mobilisations sociales se développent dans toute l'Europe depuis des mois. Certes, pour le moment, elles ne gagnent pas. Mais le nombre de ceux qui agissent et prennent conscience est en constante augmentation dans l'Union.   La condamnation syndicale du Pacte adopté hier est très forte. Le secrétaire général de la CGT française m'indiquait ce matin que des rassemblements syndicaux franco-allemands sont en préparation pour le 22 mars. Un sit-in de 10 000 syndicalistes est envisagé à Bruxelles, le 24 mars, et le 26 mars, la Grande-Bretagne connaîtra sa première grève générale depuis très longtemps.   Aux mobilisations sociales s'ajoutent des secousses politiques de plus en plus violentes. À propos des élections irlandaises récentes qui ont mis au tapis les deux partis de la coalition gouvernementale sortante responsable du plan d'austérité concocté sous pression de l'UE et du FMI, on a parlé « d'émeute dans les urnes ! »  

Et partout, le débat peut s'aiguiser sur les solutions alternatives aux impasses actuelles. Vous venez d'en donner l'exemple avec cette conférence internationale sur la dette. Oui, non seulement nous travaillons dans les luttes mais nous travaillons aussi à des issues ! Bravo camarades, vous nous donnez espoir !   Nous ne pouvons plus nous contenter de dénoncer ou de nous soumettre à des solutions de conciliation avec les logiques actuelles, comme le fait ici Papandréou. La stratégie du moindre mal a fait faillite.   Oui, c'est de rupture vers de nouveaux modèles sociaux dont l'Europe a besoin.   Oui, d'autres choix politiques sont possibles en Europe.   Lors de son 3e congrès en décembre à Paris, le Parti de la gauche européenne (PGE) a décidé de passer à la vitesse supérieure pour cela. C'est ce que nous faisons aujourd'hui grâce à vous.   Nous voulons aider les peuples européens à donner des perspectives politiques à leurs luttes. Nous voulons avec eux remettre au centre du débat politique l'ambition d'une Europe de la solidarité, d'une Europe du développement social et écologique, d'une Europe maîtrisée par les peuples européens et non les marchés financiers, d'une Europe de peuples libres, souverains, librement associés pour le progrès de tous.  

Le PGE doit pour cela d'abord appeler à la mobilisation immédiate pour rejeter le Pacte de compétitivité, adopté hier à Bruxelles par les dirigeants européens. C'est notre tâche immédiate.

Aussi, je veux aujourd'hui, ici à Athènes, lancer un appel solennel à toutes les forces démocratiques, politiques, sociales à constituer des fronts de résistance dans toute l'Europe contre ce pacte.  
Il y a urgence à dévoiler son contenu, à donner l'alerte.
Il y a urgence à se mobiliser car les euro-casseurs veulent aller vite.
Unissons-nous pour mettre en échec ce projet antisocial et, avec le mouvement social et syndical, construire et porter des propositions alternatives pour un modèle social européen.  

Nous ne partons pas de rien car nous avons déjà travaillé, par exemple sur l’idée d’un salaire minimum européen, sur de nouveaux pouvoirs pour les salariés au sein des entreprises.

Concernant la dette, il faut refuser les chantages grandissants sur les États. Des mesures d'urgence d'annulation, de restructuration avec de fortes baisses des taux sont au minimum nécessaires.   Mais ces mesures d’urgence doivent impérativement être associées à des mesures structurelles pour libérer les États européens de l’emprise des marchés financiers et permettre un usage de l’argent au service de l’humain.   C’est dans cette perspective que nous avons pris, lors du 3e congrès, la décision de mener une campagne pour la création d'un Fonds européen de développement social et de solidarité. Tout confirme l'actualité de cette proposition.  

Ce fonds serait l’exact contraire du fonds de stabilisation financière dans ses objectifs comme dans ses moyens. C’est un projet pour préparer l’avenir ! Il porte en lui deux axes fondamentaux pour un nouveau modèle de développement :

  • Il pourrait proposer des prêts à taux très bas, voire nuls, pour les investissements publics créateurs d’emploi, développant la formation, la recherche, les services publics et protégeant l’environnement. Il permettrait donc de favoriser, par des critères bien définis, l'investissement public au service de l'humain.
  • Et son financement, par la taxation des transactions financières, par un apport de l’UE et par l’utilisation du pouvoir de création monétaire de la BCE, permettrait de ne plus dépendre des marchés financiers.

Beaucoup de forces peuvent se rassembler autour de ces objectifs politiques de transformation. Nous pouvons créer des majorités d'idées et d'action dans nos pays !   Toute l'année 2011, nous voulons populariser, mettre en débat cette proposition, l'affiner encore avec toutes les forces disponibles. Et sur la base d'une mobilisation politique que nous voulons inédite en Europe, nous nous saisirons en 2012 pour la porter de la possibilité de l'initiative citoyenne. Alors, notre objectif sera clair: réunir 1 million de signataires dans toute l'Union.   Cette procédure n’a évidemment pas été conçue pour instaurer la démocratie en Europe. Mais nous avons le devoir de nous approprier tous les outils à disposition, et surtout ceux qui permettent une implication directe des citoyens.   Amis, nous avons beaucoup de travail devant nous pour que cette campagne soit une réussite.   Pour cela, je suis convaincu qu’elle doit être une campagne militante, en lien étroit avec les luttes sociales, les combats à mener à gauche, dans nos pays, en Europe et dans le monde.  

Nul doute que l’échec flagrant des réponses dominantes à la crise nous donneront bien des occasions d’avancer nos propositions ; et ça commence tout de suite avec le Pacte de compétitivité !

Camarades, nous devons être fiers de nos combats, l'histoire est en train de nous donner raison. Le modèle de développement capitaliste est à bout de souffle.   À nous de créer la dynamique politique qui permettra son dépassement par un modèle démocratique respectueux des hommes et de la planète.  

Je vous remercie.

A propos de cette contribution

Par , le 16 mars 2011

 

Extrait

Discours de Pierre Laurent Président du Parti de la gauche européenne Meeting d'Athènes - Synaspismos - PGE - Transform ! - Nikos Poulantzas Institute 

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