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La justice dans la rue

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Un mois et demi après une fronde sans précédent déclenchée par sa mise en cause dans l’affaire Laetitia, le monde de la justice a relancé sa mobilisation pour réclamer plus de moyens. « Cela ne fait que commencer! », a pré­venu Serge Portelli, vice-président du tri­bunal de grande instance de Paris et mem­bre du Syndicat de la magistrature (SM, gauche), devant une petite centaine de magistrats et greffiers réunis au palais de justice pour présenter un Livre blanc sur l’état de leur juridiction. Selon lui, le constat est catastrophique : « personnel en souffrance », « service public à l’aban­don », « jeu de dupes ». « Le tribunal est en faillite », a renchéri Richard Semas Santal, pour l’USM (Union syndicale des magistrats, majoritaire). La Chancellerie a rappelé que des moyens avaient été déblo­qués « en urgence » le mois dernier (tri­plement du budget de la réserve judiciaire et pénitentiaire, recrutement immédiat de 400 vacataires...), et fait savoir que le ministre, Michel Mercier, allait en annon­cer d’autres. Le livre blanc parisien et les États des lieux dressés par d’autres tribunaux ont été remis aux parlementaires, lors d’une manifestation. Plus de vingt organisations syndicales et professionnelles (se présen­tant comme Groupe des 26), représentant magistrats, greffiers, personnel péniten­tiaire, avocats, etc. avaient appelé à parti­ciper et, pour certaines, déposé des préavis de grève. « Ces annonces ne correspon­dent ni à nos revendications ni aux besoins réels du terrain », ont répliqué les syndicats, en exigeant notamment « le recrutement d’agents titulaires » et « un budget à la hauteur de celui des autres démocraties européennes ». Diverses actions ont été organisées dans les juridictions : réunions avec des parle­mentaires à Créteil, Lyon ou Bayonne et conférences de presse à Nanterre, Bor­deaux, Clermont-Ferrand ou Strasbourg. Des journées portes ouvertes, tables ron­des, assemblées générales et rassemble­ments se sont également tenus à Dijon, Montluçon, Grenoble, Saverne, Lille, Boulogne-sur-Mer, Troyes, Metz, Thion­ville, Caen. Certaines AG ont voté le renvoi des audiences non urgentes. Partout, un manque criant de moyens et de personnel a été constaté, en lien avec une « inflation » de textes législatifs ayant accru ces dernières années la charge de travail des tribunaux. De nombreux magistrats sont « épuisés et pensent à quit­ter leurs fonctions », face aux « directives incessantes et schizophrènes », déclarait à Bordeaux Christine Campan, déléguée de l’USM. Ces journées d’action font suite au mou­vement de protestation qui avait agité en février le monde de la justice scandalisé d’avoir été mis en cause par Sarkozy dans l’affaire Laetitia, alors que les enquêtes administratives étaient en cours    Gérard Streiff

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