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Face à la crise, le besoin de propositions systémiques cohérentes

A la cohérence de combat des politiques libérales, il faut opposer une autre cohérence qui fasse le poids, qui soit à la hauteur des exigences et des défis. On ne peut se contenter d’une liste de « mesures d’urgence ». Face à la crise, il faut avoir le courage de prendre tout de suite des mesures « systémiques ». C’est-à-dire à la fois radicales et qui engagent graduellement une autre logique répondant aux attentes populaires.

Le 37e congrès du PCF a appelé à construire un «pacte d’engagements communs» en vue de rassembler une majorité de notre peuple, dès 2017 et au-delà, pour sortir de l’austérité. Il faudra pour cela recueillir l’assentiment de forces et de personnalités diverses. Ce processus nécessitera donc des compromis ; mais il ne peut se limiter à un consensus minimaliste. Ce ne serait d’ailleurs pas crédible aux yeux des Français : il faut un «socle» de mesures à la hauteur des transformations nécessaires pour affronter la crise.

La situation grecque est à méditer. L’odieuse façon dont le grand capital empêche la Grèce de sortir de l’austérité montre qu’il ne suffit pas d’être au gouvernement pour arriver à changer les choses, même en y étant majoritaire ! Il y a, en effet, la puissance d’action de la BCE. Son chantage permanent à la mise en faillite des banques grecques – ce qui ferait les délices d’«Aube dorée» – indique qu’il est nécessaire et urgent d’arracher son énorme pouvoir des mains des marchés financiers et des multinationales.

à la cohérence de combat des politiques libérales, dont la violence extrême se manifeste non pas en envoyant des chars d’assaut mais en faisant des banques et de la BCE le levier de la dictature du taux de profit, il faut donc opposer une autre cohérence qui fasse le poids, qui soit à la hauteur des exigences et des défis.

Dès lors que, en France, pays pilier de la construction européenne, les mobilisations sociales et citoyennes feraient leurs quelques mesures structurantes, nationales et européennes, porteuses d’une cohérence alternative aux politiques de soumission aux marchés financiers, un rapport de force nouveau se créerait.

On ne peut se contenter d’une liste de «mesures d’urgence». L’urgence, face à la crise, c’est de prendre tout de suite des mesures «systémiques». C’est-à-dire à la fois radicales et qui engagent graduellement une autre logique répondant aux attentes populaires. Et c’est possible si elles conjuguent trois grands principes, s’appuyant du reste sur des avancées communistes du 21e siècle.

Sécuriser l’emploi et la formation

Le mouvement contre la loi El Khomri et «Nuit debout» montrent à quel point cela peut répondre à ce que recherche notre peuple. Il ne s’agit pas de réclamer seulement des garde-fous et des protections. Il s’agit de commencer à dépasser le marché du travail, qui met les gens au service de l’accumulation des profits et, sinon, les rejette au chômage et les y maintient.

Il faut en finir avec cette logique qui engendre un chômage gigantesque et nous enfonce dans la crise face aux défis des technologies informationnelles très économes en travail et exigeantes en qualifications.

Il s’agit d’instaurer progressivement une maîtrise sociale sécurisée des emplois et des mobilités – donc des productions orientées par la recherche d’efficacité sociale au lieu du profit maximal – avec un rôle central pour la formation, conçue comme développement de soi et non pas seulement comme outil de formatage aux exigences patronales.

Une fois achevée, elle permettrait à chacun-e voulant travailler d’être, soit en emploi choisi et correctement rémunéré, soit en formation choisie correctement rémunérée pour aller vers un meilleur emploi. Nul, ainsi, ne pourrait tomber dans le trou du chômage, ce qui mettrait fin à la précarisation des emplois.

Les luttes actuelles montrent la voie de chantiers immédiats à investir : une vraie sécurisation du contrat de travail ; l’exigence d’un grand service public garantissant à chacun-e, tout au long de sa vie active, le droit effectif à l’emploi ou à la formation ; la conquête de pouvoirs décisionnels des salariés et de leurs représentants, des citoyens et de leurs élus, sur les choix de production et sur les gestions des entreprises en lien avec des objectifs chiffrés d’emploi et de formation.

Car il s’agit de porter en même temps une véritable efficacité : au lieu de baisser le «coût du travail», baisser le coût du capital (intérêts, dividendes…) pour engager des dépenses d’efficacité nouvelles (salaires, recherches, qualifications, formation, embauches, investissements efficaces). Cela permettrait de diminuer les coûts d’ensemble et la pénibilité, mais sur une base de progrès permettant de réduire le temps de travail, d’en enrichir le contenu et de développer des activités hors travail épanouissantes pour chacun-e avec une expansion des services et entreprises publics. On gagnerait en efficacité tout en augmentant les débouchés. Cette utopie réaliste est à l’ordre du jour objectif (révolution informationnelle, numérique et écologique) et subjectif (nouvelles aspirations et mobilisations actuelles).

Pouvoir utiliser autrement l’argent

Pour modifier durablement le partage des richesses, il faut changer la façon de les produire. Il s’agit donc de décider à quoi est utilisé l’argent des profits, des fonds publics et du crédit.

Le guide des politiques néolibérales en la matière, c’est la rentabilité des capitaux. On voit les résultats : les perspectives économiques sont si faibles que le FMI s’inquiète d’une «stagnation séculaire». Pourtant, jamais banques et marchés financiers n’ont autant regorgé de liquidités. Le mal vient de ce que l’utilisation de cet argent est décidée par les financiers pour maximiser le taux de profit. Pour être économiquement et politiquement crédible, le «socle commun» d’une politique de gauche doit comporter des moyens de s’opposer à ces décisions et d’en prendre d’autres. Par exemple, face aux plans patronaux de licenciements dits «sociaux» il faut et on peut conquérir un droit de moratoire suspensif des salariés pour formuler des propositions alternatives de productions et activités nouvelles, avec un droit d’appel au crédit bancaire à bas taux pour financer ces projets alternatifs. Une nouvelle république ne peut pas faire l’économie de ce type de pouvoirs.

La question des banques, du crédit et de la création monétaire doit devenir la «nouvelle frontière» à conquérir par la gauche. Ils constituent des leviers décisifs, en appui et en résonance avec des nationalisations nouvelles, une transformation de la fiscalité, des cotisations sociales nouvelles et de nouveaux pouvoirs sur les gestions (salariés et citoyens). La colère sociale «contre» les banques est forte, de même que celle contre l’envolée des dividendes. Bernie Sanders, Jeremy Corbyn et bien d’autres martèlent — à leur façon — le besoin d’un tout autre crédit, et de son appropriation citoyenne. Il s’agit que le crédit, qui est l’argent de la société et non des banquiers, aille au développement des gens, de l’emploi, aux productions écologiques et aux services publics. Ceci à un taux d’autant plus abaissé que plus de bons emplois et de «bonnes» richesses sont créés. C’est une révolution citoyenne. Radical ? Certes. Mais progressif. Et ces principes ont une portée opérationnelle immédiate face aux urgences et peuvent rassembler à gauche. Mais ils sont méconnus.

Changer l’Europe

Les moyens de l’Union européenne doivent servir à sécuriser tous les moments de la vie de chacun-e, au lieu de la «concurrence libre et non faussée». Cela appelle une convergence de luttes et d’exigences européennes sur la Banque centrale européenne.

Rien dans les traités n’interdit d’instituer un fonds européen de développement des services publics financé par la création monétaire de la BCE : au lieu d’alimenter la spéculation, les 80 milliards d’euros qu’elle accorde chaque mois aux marchés à taux d’intérêt nul iraient aux différents États nationaux, s’ils développent leurs services publics et l’emploi.

Certaines de ces exigences, portées par le PCF jusque dans «L’Humain d’abord», avaient commencé à grandir durant la campagne présidentielle de 2012, malgré déjà de fortes ambivalences. Mais à présent on est bien obligé de constater que Jean-Luc Mélenchon leur a tourné progressivement le dos. Il donne certes de la voix contre l’austérité, mais adopte une posture sectaire vis-à-vis du «peuple de gauche» et de tous électeurs socialistes sincèrement de gauche. Il promeut des mesures très convenues, centralistes, rappelant même celles mises en œuvre au début des années 1970 par Pompidou, de soutien à l’investissement sans conditions sur l’emploi, et sans se soucier de leur réalisme au plan des financements. Il ne parle que de répartir autrement les richesses mais sans changer leur production et leur financement, il alimente les illusions infantiles du «tout ou rien» ou de «désobéissance», voire les nationalismes.

Ce n’est pas ainsi que l’on pourra répondre aux attentes de nos concitoyens, mais en portant la cohérence d’une alternative réaliste, donc radicale, dans la campagne présidentielle. Incontournables pour engager un chemin de sortie de l’austérité, ces propositions contribueraient aussi à refonder la gauche. Cela justifie un travail de conviction pour créer les conditions d’une candidature communiste rassembleuse.

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