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Rapport d'Eliane Assassi au Conseil National des 8 et 9 septembre 2006

le 08 September 2006

Chers Camarades,

Tant au plan national qu'international, la vie politique et sociale est marquée par un aiguisement sans précédent du combat de classes.

Beaucoup sont aujourd'hui celles et ceux qui s'accordent pour dire et dénoncer l'ampleur que prennent les richesses étalées par quelques nantis, issus des milieux d'affaires. Beaucoup expriment des remarques sur l'extension de la pauvreté qui touche maintenant de plus en plus de salariés.

La bourgeoisie s'est engagée dans un affrontement d'une violence inouïe ; elle frappe aveuglément les plus démunis, les couches moyennes et fragmente, divise, et tente d'opposer celles et ceux qui font la société.

La valeur créée est accaparée par un nombre restreint de privilégiés ; la crise économique loin de s'estomper s'aggrave et elle ne peut conduire qu'à de nouveaux ravages humains. La concentration des pouvoirs économiques est telle que peu savent qui détient quoi et combien. Elle illustre toute la sauvagerie dont est capable le capitalisme. Non, celui-ci ne s'est pas amendé, ne s'est pas amélioré ; au contraire, il broie toujours plus pour assurer sa pérennité. Et à cette idée véhiculée pendant des décennies par la sociale démocratie et le réformisme, nous répondons sans ambages : non le capitalisme ne peut pas s'améliorer.

Pour atteindre des critères de rendement qui excitent l'appétit de prédateurs boursiers ou autres, il faut à tout prix supprimer des emplois, absorber ou éliminer de la concurrence, peser sur la masse salariale en allant jusqu'à en transférer le poids sur l'Etat.

Cette stratégie, faut-il le dire, est obligatoire dans la logique de concentration du capital. Il n'est pas d'autre solution pour lui que d'agir en ce sens. Le seul poids susceptible de réfréner cette tendance, c'est le poids de l'intervention populaire, de ses aspirations et de ses exigences ; c'est le rapport des forces nourri d'idées et d'actions.

Aujourd'hui nous vivons une compétition intense entre les groupes internationaux. Et c'est pourquoi les états dans leur forme impérialiste sont porteurs des intérêts de leurs multinationales, et c'est ce qui les conduit à entrer en compétition entre eux malgré des affirmations, la main sur le coeur et les yeux dans les yeux de communautés et d'identités de vues. Les chefs d'Etats sont toujours plus les VRP de ces multinationales et transnationales, celles là même qui ne se préoccupent plus de l'idée nation. Ces VRP se déplacent au gré des fluctuations de marchés et vendent des contrats à qui mieux mieux. Cela prend une dimension politique dès lors que pour favoriser les captations, les fusions absorptions, les re-dimensionnements, les gouvernements n'hésitent plus à saisir leurs assemblées nationales pour les transformer en arbitres des guerres capitalistiques. C'est tout particulièrement éloquent dans les domaines tels que l'énergie, la défense nationale ou la conquête spatiale.

Avec cette grille de lecture on analyse différemment la situation du Proche et Moyen Orient, à propos de laquelle je ne dirais que quelques mots puisque notre camarade Jacques Fath y reviendra plus longuement dans le débat.

Le monde d'aujourd'hui est dominé par l'impérialisme américain. Il le fait sans partage, y compris avec ceux qu'il revendique comme ami. Cette domination est rendue possible par la croissance économique américaine, dont beaucoup s'accorde à dire quelle est dangereuse, instable et désastreuse sur le plan humain. Cela dit, les Etats Unis ont besoin, un besoin vital de capitaux étrangers. C'est cet afflux massif de capitaux qui leur permet d'avoir une économie sous perfusion, et de vivre à crédit. Pour que l'afflux reste constant, il est essentiel que l'affirmation de la suprématie américaine ne soit pas remise en cause ; tant au plan économique que monétaire, politique ou militaire. Et c'est grâce à cet hégémonisme que le flux est constant. Ebranler cette confiance, faire montre d'une volonté de prise de distance ou d'émancipation pour quelque partenaire que ce soit et c'est la catastrophe. L'édifice est donc en quelque sorte, celui de la terreur. Il impose le contrôle des matières premières, des outils stratégiques, du pétrole ou de l'espace. La politique américaine au Proche et Moyen Orient illustre le propos.

Cependant, cette volonté hégémonique des USA se heurte de plus en plus frontalement à l'aspiration populaire à décider de son destin. Et plus le rapport de force se tend, et plus cette volonté populaire s'affirme. Elle prend des visages divers mais la volonté d'indépendance, la volonté de pouvoir décider en autonomie et en liberté, la volonté de développement s'expriment avec force. Ces volontés induisent l'aspiration à un autre partage des richesses et à une autre façon de les produire. Mais les conditions d'exploitation et d'asservissement sont de plus en plus masquées ; de fait cette aspiration peut prendre des contours contraires, c'est-à-dire ethniques, religieux et parfois même réactionnaires… mais la tendance est là, tendance de fond même si tout cela se mesure en dizaines d'années parfois.

A cette tendance profonde, la bourgeoise oppose d'une part les démons guerriers et d'autre part elle assène une bataille idéologique sans égal. La pensée unique est imposée ; c'est le retour aux concepts moraux et religieux ; la culture dans toutes ses dimensions est asservie, l'alternative politique depuis la disparition des deux blocs ne se résume qu'en un face à face mou ne remettant pas en cause les mécanismes sociétaux, ni ce qui est vécu comme mondialisé : l'économie de marché. L'ordre établi muselle et corsète toute discordance dans le concert des idées, la bataille idéologique n'accepte pas que des esprits libres pensent par eux-mêmes. Devant les nombreuses résistances qu'elle rencontre, la bourgeoisie a besoin de construire des consensus. Rendre commune l'idée que l'homme vit dans un monde de dangers, qu'il est soumis à des forces qui lui échappent, que la contestation est vaine, car elle compromet les équilibres fragiles de sa vie quotidienne de plus en plus précaire, qu'il vaut mieux compter sur la chance (une au grattage, rien au tirage) que sur l'action collective… Chaque jour le vacarme assourdissant de cette domination des esprits s'efforce de couvrir les voix de la révolte et de la solidarité.

Je partirai d'un exemple pour illustrer mon propos : l'immigration.

Le pillage éhonté de l'Afrique, de l'Asie et de sous continents entiers n'est plus très éloigné d'un point de non retour. La question de la dette est éloquente : ces pays remboursent plus en intérêts qu'ils ne gagnent en terme de revenus. Le FMI n'est là que pour apporter un minimum de survie alors que des populations tentent de vivre mais sont coincées entre les ravages du sida, l'horreur de la malnutrition, et des conditions d'exploitation dépassant en inhumanité tout ce qui est imaginable. Quelle autre voie pour ces êtres humains que la fuite vers ce qu'ils considèrent être l'eldorado, vers les mirages paradisiaques des pays dominants ? Ils le savent, le voyage est parfois mortel, l'horreur peut être au bout du chemin… mais pour eux, pour leur dignité, pour le village, il n'est d'autres possibilités. Et comment alors ne pas être révoltée d'entendre des émules de Sarkozy affirmer du haut de leur certitude arrogante qu' « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Mais si on ne veut pas accueillir toute la misère du monde, il ne faut pas déverser des flots de misère sur le monde !

Avec hypocrisie, la bourgeoisie utilise les drames des grillages de Ceuta, ceux des embarcations aux larges des côtes Tunisiennes, ceux de l'exode vers les îles Canaries pour alimenter ses campagnes racistes et xénophobes notamment en France. Elle véhicule une campagne dont les termes sont éculés mais qui fonctionnent toujours. Les immigrés viennent concurrencer les français dans le cadre du travail, de l'emploi, du logement et même du mariage ( !). C'est la vision populiste du libéralisme : attiser les haines entre les plus démunis, briser les solidarités, masquer les responsabilités détruire ce qu'il reste de conscience de soi.

Ainsi, malgré les apparences, l'objectif de Sarkozy dépasse de loin la question liée à l'immigration. Il s'agit d'un véritable projet de société. Il s'agit de stigmatiser les plus pauvres, de revenir à la notion de « classes dangereuses » du XIX° siècle. C'est d'ailleurs tout ce qui transpirait dans le texte concernant la prévention de la délinquance, quand, dans son avant-dernière version, il n'hésitait pas à évoquer le « chromosome du crime » et la transmission héréditaire des formes délictueuses. Grâce à une formidable pression des professionnels de la santé et du social, Sarkozy a retiré de son projet de loi tout ce qui avait trait à ce chapitre même s'il nous faut être vigilants, la rage de certains pouvant réintroduire cette ignominie par voie d'amendements.

Cela dit, en France, même sans un immigré à l'horizon, il y aurait la même tentative de fractionnement et d'opposition des exploités entre eux. Faire des étrangers et des migrants les boucs émissaires de cette situation est dangereux et illusoire mais plus que cela, nous ne pouvons l'accepter. Comme ils ne sont ni la cause ni la solution à cette situation, leur stigmatisation ne fera qu'augmenter les craintes, alimentera le racisme et entraînera toute la société dans une spirale régressive.

L'immigration est vraiment au cœur des questions de classes. On l'a vu avec Cachan, même si ce drame ne se limite pas à la seule question des immigrés mais soulève aussi celle du logement.

L'immigration choisie de Sarkozy et de Villepin, c'est l'immigration jetable, c'est le migrant réduit à sa seule force de travail, « choisie » selon les intérêts de l'économie française comme le pense le MEDEF et jetable quand elle n'est plus utile ou a l'outrecuidance de revendiquer ses droits !

Loin de régler la situation des personnes qui vivent dans des conditions indignes de notre pays, la conséquence de la nouvelle loi Ceseda est la production d'encore plus de sans papiers, de clandestins, de salariés exploitables et corvéables à merci, encore plus d'enfants en situation inacceptable

Bien évidemment, nous devons poursuivre et amplifier notre solidarité envers les familles de Cachan, envers tous ces parents avec enfants mineurs menacés d'expulsion du territoire, envers ces jeunes majeurs sans papiers qui risquent de ne pouvoir s'inscrire à la fac et d'être eux aussi expulsés, envers tous les sans papiers. Toutes les initiatives que nous avons prises, aux côtés d'associations comme le Réseau Education Sans frontières ou les parents d'élèves - et je pense ici particulièrement aux parrainages- sont indispensables. Nous vous proposons d'amplifier nos actions sur ce sujet et vous soumettons l'idée qu'une délégation de membres du CN –que nous allons composer au cours de notre réunion- participe à la manif de demain. Cela dit, pour gagner au règlement des situations administratives de toutes ces personnes, nous devons encore élever le ton. C'est le sens d'une initiative d'ampleur en direction de l'Elysée qui nous sera proposée prochainement et donc l'objectif sera d'exiger la régularisation des enfants sans papiers et une solution pour les familles de Cachan.

Ainsi, Sarkozy représente au sein de la droite cette faction du libéralo populisme qui revendique un modèle de société. En fait, et il a déjà énoncé son ambition, c'est une libéralisation radicale de la société. Très naturellement, en voisin et ami, il participe à l'université d'été du Medef ; il y prend l'engagement de porter le projet de Parisot et de son organisation ; il s'y est posé en leader. Et pour que personne ne se trompe sur la nature de son engagement, il assène au parterre conquis des paroles libératoires pour les intégristes de la rentabilité comme celles-ci par exemple « moi, je ne parle pas de justice sociale ». Il se pose donc en avant-garde d'un patronat qui veut en découdre. Nous sommes dans cette lutte que je tentais de décrire tout à l'heure. Ce n'est pas non plus un hasard s'il essaie de tenir les deux bouts de la corde des arguments du capital : la morale et le profit. La morale, car il faut pour lui et ses amis instaurer une conception qui ne soit plus une philosophie de la vie, mais une moralisation des rapports, niant ainsi la place de l'Homme dans la société. C'est pourquoi, il n'hésite pas à faire appel à Jean Paul II dans son intervention de dimanche. Il est sur les brisés de Bush. Mais dans le même discours il lui faut faire appel à Jaurès pour prendre en compte la spécificité française et pour élargir son auditoire. C'est un exemple sur la manière avec laquelle la bourgeoisie est capable de retourner les choses en sa faveur, mais c'est aussi la marque du populisme !

Quand Sarkozy annonce aux salariés qu'ils peuvent gagner plus en travaillant plus, que rajoute-t-il ? Que les heures supplémentaires seront exonérées de charges sociales, et ce bien évidemment en symbiose avec le Medef. Le bonus alors n'est pas pour le salarié, il est pour le patron. Quand on favorise la massification des salariés payés au SMIC, on est dans une démarche qui permet aux patrons de gagner plus…surtout quand l'Etat prend en charge les cotisations sociales…entendons celles patronales. Le Président de la CFTC juge d'ailleurs que les nouvelles annonces concernant les exonérations de cotisations patronales pour les emplois payés au SMIC dans les petites entreprises ne sont pas acceptables ; pour lui ce qu'on appelle communément « des charges » n'en sont pas et il pense qu'il conviendrait de redonner du sens aux choses car il s'agit de contributions patronales à la solidarité nationale. Il appelle enfin à discuter des 24 milliards d'euro d'exonérations de cotisations patronales inscrites au budget 2006 qui pourraient être utilisés pour la croissance.

Enfin, quand Nicolas Sarkozy expose sa théorie de la rupture, il marque sa différence sur des concepts sociétaux. Ce n'est pas la rupture avec les mécanismes capitalistes qu'il expose… au contraire, c'est le renforcement du débridage des mécanismes d'exploitation au titre de la concurrence et de la compétition internationale. Pour lui et pour l'UMP mais aussi -ne nous leurrons pas- pour l'UDF, la rupture, c'est briser les mécanismes de contrôle institutionnels, c'est poursuivre dans la voie populiste de l'apparence. On en sait quelque chose en Seine Saint Denis avec les coups de Karscher et de racaille. Des annonces, le Ministre de l'Intérieur/Président de l'UMP en a faites pour rassurer son opinion, même si cela le conduisait à allumer les incendies des quartiers. Des résultats, il n'y en aucun. C'est une politique à coup d'annonces et de provocations, une des plus dangereuses qui soit.

Et la mise en avant des valeurs de la famille qui fait suite à celles du travail en essayant d'y faire adhérer une partie de la jeunesse de notre pays, est éloquente à cet égard. La bourgeoisie serait en train de régler ses comptes avec l'histoire qu'elle ne s'y prendrait pas autrement. Sa vision de la famille est pétrie d'une idéologie réactionnaire et rétrograde, c'est l'ordre moral du 19ème siècle qu'ont pourfendu Hugo et Zola. Une famille composée d'individus isolés, repliée sur elle-même, où se reproduisent dominations et aliénations. C'est chacun chez soi, plutôt que tous ensemble, le libre-arbitre et l'éducation remisés au profit de préceptes autoritaires et surannés dispensés par une bourgeoisie bien-pensante flanquée de dames patronnesses et de gendarmes au cas où. C'est la famille dont rêvaient les de Wandel et autres maîtres des Forges au début du XXème siècle, isolée de tout système solidaire et dénuée de toute valeur de solidarité et de fraternité. La famille version Sarkozy, c'est celle des églises comme la prêche la droite conservatrice aux Etats-Unis et comme on la voit s'affirmer dans des pays qui bafouent les droits de la femme et des enfants.

Loin d'être neuf, ce projet est vieux ; c'est celui que portent depuis près d'un siècle la grande bourgeoisie française et les forces politiques qui la servent. Affolée par la montée des aspirations sociales et des luttes politiques après la première guerre mondiale, elle a tout fait pour préserver ses privilèges, empêcher que des droits sociaux soient acquis et que sa toute puissance soit contenue par des lois. Mise en échec notamment par le Front populaire et le programme du CNR, le projet de domination sociale des puissances de l'argent est de nouveau à l'ordre du jour et veut en finir avec ce que notre pays a construit depuis 60 ans. C'est, me semble t-il, le sens profond de la rupture qu'invoque Nicolas Sarkozy.

Les choix de la droite sont donc connus même si des discordances et des problèmes d'opportunité lui posent des problèmes stratégiques. On vient de le voir s'agissant de Sarkozy. Mais fondamentalement, ce sont des choix de classe.

Aujourd'hui, le gouvernement ne cesse de se décerner des bons points, on n'est jamais mieux servi que par soit même, arguant d'un rebond de la croissance de 1,1% au deuxième trimestre.

En fait, ce mouvement ne résulte en aucune façon de la politique gouvernementale mais de la croissance mondiale qui reste en moyenne plus de deux fois supérieure à celle de la France.

La situation de l'emploi demeure extrêmement dégradée.

D'un côté, le recul des chiffres officiels du chômage est du, pour une large part, à la multiplication des « emplois aidés » à bas salaire et basse qualification, assortis d'allègements massifs de cotisations sociales patronales, à la chasse et à la culpabilisation aux chômeurs, ainsi qu'aux évolutions démographiques. D'un autre côté, la création d'emplois dans les entreprises demeure extrêmement modeste. L'INSEE prévoit seulement 75 000 créations nettes dans le secteur marchand cette année, contre 63 000 l'an dernier ! Et encore, faut-il souligner qu'on s'attend à une destruction nette de 72 000 emplois dans l'industrie (hors construction) et l'intérim. Après avoir diminué leurs effectifs de 1% en France l'an dernier, les grandes entreprises continuent de dégraisser et de délocaliser, mobilisant les gains de productivité des nouvelles technologies contre l'emploi et moyennant une forte intensification du travail. Quoi qu'il en soit, comme cela a été relevé dans un article de La Tribune du 28/08, le nombre de chômeurs aurait officiellement baissé de 267 000 depuis la mi-2005. Mais l'emploi total, lui, n'aurait progressé que de 163 000. Tout se serait donc passé comme si 110 000 chômeurs avaient disparu des statistiques sans laisser aucune trace ! Bien sur, cela traduit des problèmes de comptage, mais comment ne pas penser non plus aux radiations des listes ANPE et au découragement de nombre de demandeurs d'emploi ?

Notons la gravité des difficultés d'insertion des jeunes, les risques de pénuries sectorielles d'emplois qualifiés. Tout cela témoigne de l'insuffisance des efforts de formation de la part des entreprises. Surtout, on voit se multiplier les plans de licenciements en France, malgré la reprise de l'activité (Sogerma, Dim, Seb, Polimeri, Tréfimétaux, France-Telecom…).

C'est pourquoi, nous initiatives sur l'emploi tombent à point nommé. Nous avons décidé de tenir des Assises Régionales pour sécuriser l'emploi dans la deuxième quinzaine de Novembre.

Avec ces assises et leur préparation dans de très nombreux débats locaux ou dans les entreprises, nous voulons permettre l'expression des préoccupations et des exigences des citoyens et des salariés sur une question qui fait partie des plus décisives et des plus sensibles.

Il ne s'agit pas de réunions de spécialistes mais bien d'un processus partant des questions les plus concrètes auxquelles est confronté notre peuple : Plans de licenciements bien sûr, précarité galopante évidemment, délocalisations assurément, mais nous devons aussi mettre en avant les besoins d'emplois, de qualification, de formation.

Dans ce processus, nous voulons favoriser l'élaboration citoyenne d'un projet de loi de sécurisation de l'emploi.

Bref, sur un ensemble de questions touchant à la vie quotidienne, nous pouvons avec cette initiative nourrir notre démarche de rassemblement de l'expression des luttes et des exigences populaires.

Ce sera utile de pouvoir s'appuyer sur ce grand travail citoyen face à la conférence sur les salaires, les revenus et l'emploi que le Gouvernement De Villepin va organiser en fin d'année.

Notre initiative s'inscrit pleinement dans notre combat contre la politique de baisse des cotisations sociales patronales, d'exonérations en tout genre. Les employeurs maintiennent sous pression les salaires. Selon l'INSEE, dans les entreprises non financières (c'est à dire autres que banques, établissements financiers et assurances), le pouvoir d'achat du salaire par tête diminuerait à nouveau de 1% cette année, après des reculs de 0,7% et 1,4% en 2005 et 2004 respectivement. Et l'Etat-patron accompagne lui-même le mouvement : le salaire moyen par tête, dans les administrations publiques, devrait reculer de 0,2% cette année, défalcation faite de la hausse des prix. Et si l'on regarde la réalité des prix à la consommation, le vertige de la hausse astronomique des prix et tarifs nous atteint :

* Le prix des fruits et légumes conduit les familles à se priver des produits de saisons pour des raisons financières. Certains ont même augmenté de 30% !

* 8 millions de personnes ne sont pas partis en vacances par manque de moyens.

* L'essence approche les 1,50 euro ; le prix du fuel s'envole conduisant ceux qui se chauffent avec cette énergie à différer leurs achats et remplissage de cuve. Ceux qui ne partent pas en vacances hésitent à prendre leur voiture pour s'échapper et bénéficier d'un bol d'air.

* Qu'à cela ne tienne, si vous choisissez les transports en commun, la carte orange a augmenté de près de 2% en juillet.

* Après les augmentations du prix du gaz… c'est au tour de l'électricité de prendre une envolée de 1.7% depuis le 15 août.

Rien ne justifie cette hausse, sinon les besoins de dividendes des actionnaires depuis la privatisation. Dans ces conditions que va donner la fusion Suez-Gaz de France sur laquelle je reviendrais plus précisément ?

La rentrée des classes et les achats qui y sont liés tournent quant à eux à l'horreur. Le prix des cahiers à 3 euro, ceux des cartables et autres crayons sont loin d'être compensés par l'aléatoire prime de rentrée scolaire. Il y a de quoi déprimer quand aux enfants les parents ne peuvent que dire : « non, c'est trop cher ».

Ces hausses de prix sur des postes de dépenses incompressibles sont infiniment douloureuses pour les ménages modestes ou à revenu moyen.

Les plus riches bénéficient, eux, de la flambée des revenus financiers et immobiliers du capital, qui constituent leur source principale de revenu, et ils peuvent jouir à plein des baisses de prix enregistrées, par exemple, sur les produits de haute technologie.

Et quand certains médias, reprenant les communiqués triomphants de T. Breton, disent que le pouvoir d'achat du « revenu disponible brut des ménages » augmente (+2,4% prévu en 2006) ils mélangent, en connaissance de cause, revenus du travail et de remplacement des salariés, chômeurs et retraités, d'un côté, et revenus capitalistes, de l'autre.

La tenue de la consommation est d'ailleurs due, non pas à une amélioration du pouvoir d'achat des salariés, mais au fait que ceux-ci ont continué de tirer sur leur épargne ou de s'endetter.

Là aussi, il est temps de hausser le ton sur cette question fondamentale du pouvoir d'achat. C'est la raison pour laquelle, nous proposons d'engager une vaste bataille politique dans le pays sur l'augmentation des salaires, des retraites, des minima sociaux. Nous pourrions ainsi lancer cette campagne par une grande pétition à la Fête de l'Humanité ; elle pourrait être également un support à notre activité dans les entreprises et dans les quartiers populaires et déboucher sur un grand rassemblement qui lie emploi et pouvoir d'achat.

Parce que si le pouvoir d'achat ne bouge pas, les profits –quant à eux- continuent d'exploser pour les grandes entreprises. Je ne vous les redonne pas car j'imagine que vous les connaissez autant que moi

L'argent des profits sert toujours fort peu à investir en France. En réalité, l'argent des entreprises, des banques et de l'Etat est plus dilapidé que jamais dans les placements financiers, les OPA, les dividendes versés aux actionnaires, les intérêts payés aux créanciers, les exportations de capitaux vers les Etats-Unis et les « pays émergents ». C'est ce que j'évoquais dans mon propos liminaire. Ainsi, de juin 2005 à juin 2006, selon l'INSEE, les exportations de capitaux s'élèvent à 269,8 milliards d'euro, soit 61,7 milliards d'euro, défalcation faites des entrées de capitaux en France.

Cela accentue la dévitalisation du pays, notamment, de son tissu industriel ou nombre de PME sont confrontées à des difficultés d'autant plus persistantes que le coût du crédit et les garanties exigées par les banquiers sont trop élevés pour elles. C'est aussi ce qu'exprime, au-delà de la hausse de la facture pétrolière, le déficit croissant du commerce extérieur dans tous les domaines, sauf l'agro-alimentaire.

Dans ces conditions, la croissance française demeure d'autant plus fragile que les perspectives mondiales sont désormais caractérisées par une tendance à la hausse des taux d'intérêt et un ralentissement de l'économie des Etats-Unis.

Je veux maintenant dire quelques mots sur les questions liées à l'énergie notamment à Gaz de France. Tout d'abord, mes camarades ne soyons pas dupes, le débat à droite sur cette question est un débat de stratégie et non pas un débat en opposition avec cette visée capitaliste de privatiser ce secteur.

Ainsi, le projet de fusion GDF-Suez est un dossier politique important de la rentrée. Depuis plusieurs mois, grâce à l'action et à la réflexion commune, le débat a montré le lien étroit entre libéralisation du marché, privatisation des entreprises et hausse des tarifs. Il est sorti de la bataille dite « catégorielle ». Il a montré le lien entre rémunération des actionnaires, hausse très importantes des bénéfices de GDF et dégradation du service public. Il a posé en grand les questions de l'énergie (sécurité, choix énergétique) et du droit à l'énergie, à son libre accès. Si l'on s'en tient aux seuls communistes, ils ne sont pas restés inactifs : publications dans certaines fédérations et sections (ex : dans la Drôme), lettre ouverte (ex : Limay et Mantes) à des députés de droite, tribunes d'élus, distribution aux péages, voeux et courriers du groupe communiste au Conseil de Paris envoyé à 4000 agents de GDF, tracts nationaux de notre parti ; pétition des parlementaires communistes et républicains que nous vous proposons d'utiliser au cours de deux journées de mobilisation : le 13 septembre mais surtout le 12, journée de mobilisation nationale et de manifestations à l'appel des syndicats et d'usagers. Nous proposons que ces pétitions soient déposés par les usagers, les salariés au stand de l'ANECR qui organise une rencontre sur ce sujet le samedi 16 à 16 heures sur la Fête.

Enfin, je veux souligner ici le rôle joué par l'Humanité dans le cadre de l'exigence qui est formulée par les parlementaires communistes : que tous les documents et actes de Bruxelles concernant ce dossier soient publics. Quel scandale, d'un côté Jean-Louis DEBRE gémissant en public devant les amendements déposés, de l'autre De Villepin qui cache la vérité aux représentants du peuple. Le bâillon a glissé et l'on peut maintenant entendre grâce à notre journal, je cite : « la commission (européenne) considère que les prix règlementés en vigueur se caractérisent par un niveau inférieur au prix du marché et qu'ils empêchent de ce fait l'entrée des concurrents sur le marché ». La bataille est engagée, nous prenons l'engagement de la mener à son terme, c'est à dire au retrait de ce texte !

Nous avons des atouts pour cela dont la proposition d'un pôle public de l'énergie avec fusion d'EDF/GDF à 100% public

J'évoquais la défaite que la droite avait subie avec le CPE. Elle est cuisante, car elle touchait à un des mécanismes fondamentaux des conditions de flexibilisation de la main d'œuvre et du marché du travail. Mais surtout elle a fait la démonstration que le libéralisme pouvait être battu en brèche que le recul de société n'était pas une fatalité. Et pire encore pour lui, c'est la jeunesse qui rassemblée avec le monde du travail a fait l'expérience de la lutte, du rassemblement. Elle a su formuler son exigence d'une vie meilleure, fondée sur le durable et non pas sur l'incertain, d'une vie qui était portée par l'espoir et elle-même porteuse d'espoir. C'est pourquoi, les conditions de la rentrée scolaire et celles liées à l'école nous permettent d'affirmer que les ferments d'une nouvelle donne sociale sont réunis.

Alors que notre société connaît un accroissement exponentiel des savoirs et de connaissances, une explosion d'inventions et un recul des frontières de la connaissance, les choix de la droite concernant l'école sont à l'opposé des besoins et limitent le champ des possibles. Elle veut former une élite avec des écoles de prestige, quitte à puiser dans un corps social qu'elle rejette avec la notion antirépublicaine de discrimination positive. L'affirmation de la mise en place d'un socle commun de connaissance n'est en fait que l'affirmation d'une nouvelle sélection au travers de l'évaluation qu'elle sous-tend. Au fond, c'est l'élitisme comme conception, mais au sein d'un cercle prédéterminé d'individus. Les suppressions de postes, les effectifs d'élèves par classes, la pénurie d'enseignants ne constituent ni des maladresses, ni la concrétisation de contraintes financières, elles sont le résultat de choix de classe sans jeu de mots, pour rejeter du circuit éducatif un maximum d'élèves en situation d'échec, pour les culpabiliser et pour en faire des sous salariés baignant dans la précarisation, le sous emploi, et le salariat intermittent.

Chers camarades, tout à l'heure, nous avons rendu un hommage mérité à notre Camarade et à mon ami Bernard Birsinger. Il était devenu en quelques années le référent logement dans notre parti, mais aussi et surtout, bien au delà. Il a su nous faire la démonstration que les questions du logement et de l'habitat étaient parmi les plus structurantes/déstructurantes de la société. Les attaques déterminées contre le logement social, les rendements spéculatifs des propriétaires immobiliers, les conceptions environnementales de l'habitat, il a su nous les faire toucher du doigt, nous permettant de mieux agir au quotidien sur une question qui était parfois perçue comme technique. Politiser le débat sur le logement, c'est contribuer à faire de cette question une revendication de masse, d'une idée, une force car complètement appréhendée par le peuple. En ce sens, l'initiative proposée par l'ANECR et le CIDEFE qui va consister à utiliser un bus habillé aux couleurs du droit au logement pour tous, aux couleurs de la promotion d'un service public national et décentralisé du logement, est à mettre à l'actif de notre bataille pour le changement de société. Ce bus partira de la Fête de l'Humanité et entamera ensuite un Tour de France. Plus d'une vingtaine d'étapes sont d'ores et déjà arrêtées. Dans chacune d'elles, des débats, des rencontres seront organisées avec une pétition nationale appelant à la création de ce grand service public de l'habitat. Nous vous proposons de nous saisir pleinement dans cette grande bataille.

Chers Camarades,

J'espère que vous avez compris, à ce stade de mon propos, que j'ai essayé de mettre en valeur l'activité qui fut celle des communistes depuis –au moins- la fin de l'année scolaire et de formuler quelques propositions d'initiatives, avec un objectif politique bien affirmé : celui de battre la droite en 2007 et de construire dans une dymanique populaire, une alternative à gauche, une politique répondant aux besoins et aspirations de notre peuple.

Cette activité ne s'est pas résumée à ce qu'on pourrait appeler de l'activisme mais à une vraie prise en compte communiste des enjeux auxquels sont confrontés les populations. Je ne reprends pas dans le détail mais cela va du pouvoir d'achat à la préparation de la rentrée scolaire, en passant par la guerre au Liban, le logement, l'école, l'emploi mais aussi la santé…

Chaque fois, les communistes ont fait preuve de générosité, d'humanité et de solidarité. Chaque fois aussi nous avons inscrit ces initiatives dans nos choix de congrès avec un certain savoir faire.

Dans tous ces débats, dans toutes ces initiatives, le raz le bol de la droite au pouvoir s'est exprimé. Et, plus il s'est exprimé plus est venue la question d'une alternative, d'un rassemblement antilibéral de gauche avec qui et comment.

Alors, où en sommes-nous ? Les évolutions au sein du Parti socialiste montrent qu'au travers du débat et des reclassements divers qui préparent la désignation de sa candidature à l'élection présidentielle pourrait bien se dessiner une « nouvelle figure » de ce parti. Bien sûr ici, nous ne pouvons que formuler des hypothèses et tenté de discerner ce qui, dans la campagne de Ségolène Royal, ressort d'un projet global défini dès le départ et d'une logique d'image qui se reprécise jour après jour. Cela semble correspondre à une volonté d'une normalisation du PS au regard des règles du bipartisme et des autres partis socialistes européens au détriment d'une certaine tradition du socialisme français.

La confrontation en cours au sein du PS, car il s'agit bien de cela, est moins sur des individus ou des courants que sur un concept fondamental. Les divers protagonistes de ce débat parfois pathétique véhiculent en fait deux conceptions du Parti socialiste : l'une, celle du parti militant pour forger l'opinion, c'est le fonctionnement de l'outil social démocrate, l'autre un parti de supporteurs forgé par l'opinion, c'est le mouvement vers le social libéralisme. Ce débat n'est pas mineur, il interpelle évidemment les militants socialistes, mais il fait ressurgir l'antique débat Mitterrand/Rocard sur les « deux gauches ». C'est me semble-t-il sur cette césure que va sans doute s'articuler maintenant la campagne de Lionel Jospin et des autres « présidentiables » dans le débat interne d'ici au vote de novembre. C'est d'ailleurs ce que je relève de l'interview de Jospin au Parisien du 6 septembre quand il affirme « préférer la démocratie de débat à une démocratie d'opinion ».

L'issue de ce débat et de ce vote au sein du PS ne nous est évidemment pas indifférente. Par ailleurs, elle inquiète à juste raison des militants ou des sympathisants socialistes. Chacune et chacun d'entre nous a dû en faire l'expérience.

Les tractations, les ralliements, les fausses disputes et les vrais accords sous le manteau, ne sont pas de nature à rassurer celui ou celle qui se bat pour des idées, pour des changements. Des limites dans la politique politicienne ont été franchies, cela ne peut qu'alarmer.

Nous avons déjà évoqué ici les dangers de cette bipolarisation de la vie politique. Je n'y reviens pas sauf pour dire qu'elle fait des ravages dans les consciences et -au-delà de choix partisans- elle met le citoyen dans une posture passive et attentiste qui peut le conduire au vote utile. Notre fonction communiste à cet égard est bien d'apporter une nouvelle perspective qui offre autre chose qu'une annihilation du 1er tour, qu'un gommage des alternatives et choix en présence pour se cantonner au choix ultime d'un homme ou d'une femme sur des bases de sympathie et non sur des choix sociétaux. Je veux le dire avec détermination et force, tout ce qui exprime et renforce l'exigence d'autres solutions politiques contribue à l'alternative à gauche. Traiter de l'alternative, c'est bien évidemment traiter des plans sociaux, de la précarité, du pouvoir d'achat, de GdF-Suez, de la rentrée scolaire, de la Sécu et de la santé, des expulsions locatives, de Cachan, des sans-papiers, de la vente des fruits et légumes, bref, des dossiers et des luttes qui requièrent notre intervention et dont l'examen constitue une partie de notre menu d'aujourd'hui.

Permettez-moi, maintenant d'aborder l'examen de la situation à gauche au regard de l'alternative et de notre action pour contribuer à celle-ci.

La question de la gauche, la question de l'avenir de la gauche ne nous est pas extérieure : c'est notre question elle fait partie de nous-mêmes.

Le rassemblement de la gauche en 2007 pour battre la droite et l'extrême droite et pour mener une politique répondant aux exigences de notre peuple, c'est –je le rappelle- notre objectif.

Ce rassemblement, il est voulu par nous et par le peuple de gauche, qui se rend bien compte, parce c'est l'évidence, qu'il est la condition pour écarter le péril extrême de cinq années de Sarkozy, pour repousser Le Pen et pour ouvrir une période nouvelle de progrès social et démocratique.

Mais il n'est pas réalisé, parce que les différences sur ce que doit être le projet de la gauche sont profondes. Aujourd'hui, la gauche ne s'accorde pas sur ce que doit être une politique qui réussisse, c'est-à-dire une politique dont les objectifs et les moyens soient à la hauteur des problèmes posés.

Il revient à notre peuple qui détient les clefs des cadenas qui enserrent la perspective d'intervenir pour surmonter les blocages. Il nous revient la tâche énorme de lui poser ce problème en grand pour qu'il prenne conscience de sa force et de son poids décisif. Il le fera par son vote en 2007, naturellement. En ce sens, la prochaine réunion des partis de gauche proposée par Marie-George dans sa lettre du 24 juillet, doit décrire la réalité telle qu'elle est ; ne pas masquer la nature et la profondeur des questions posées ; elle ne doit pas nous conduire à considérer que le débat est clos et, en somme, à dire au peuple de gauche : « Rendez-vous devant le suffrage universel » ». Au contraire, elle doit permettre au peuple de détenir effectivement toutes les clés pour qu'il puisse intervenir et changer les rapports de force.

Effectivement, nous ne pouvons laisser planer d'ambiguïté sur ce que pourra être cette réunion des partis de gauche. Il est illusoire de penser que la gauche pourrait se donner une politique commune qu'elle mettrait en oeuvre dans une majorité et un gouvernement à la suite d'une réunion entre délégations dans quelques semaines. D'une part, parce qu'une politique à vocation gouvernementale ne peut pas se réduire à quelques propositions, mais doit définir précisément ses objectifs, les moyens financiers, institutionnels, européens, internationaux de leur réalisation et des éléments de calendrier. D'autre part, et surtout, parce que les projets des uns et des autres (je veux parler des stratégies pour 2007 et du contenu des programmes) témoignent de choix politiques différents au regard de la question fondamentale posée à la gauche pour toute la période que nous vivons : aménagement des politiques libérales ou rupture avec celles-ci ?

Le ciment du rassemblement de la gauche est et sera une politique de rupture avec le libéralisme et le social libéralisme faisant droit aux exigences populaires majoritaires exprimées par les luttes et par le 29 mai 2005.

Est-ce que cette question de projets différents, contradictoires pour la gauche et pour sa politique ne concerne que les responsables, les militants des partis ? Ou concerne-t-elle aussi le peuple de gauche, les citoyens ? Je le répète : c'est de cela que nous voulons saisir les formations de gauche avec ce sommet.

Comme l'écrivait Marie-George, « la gauche apporterait une contribution de haut niveau au débat démocratique et à la construction de l'alternative politique si elle permettait à notre peuple d'être informé précisément et de débattre du contenu de ces projets ».

Ce qu'on peut percevoir de la situation actuelle c'est qu'elle crée beaucoup d'interrogations, de doutes, voire davantage encore parmi les communistes et dans l'opinion progressiste. C'est parfaitement compréhensible. La dynamique populaire, qui est la clé de tout, n'existe pas. 2007 est entièrement couvert par la logique de la bipolarisation – on l'a encore constaté le- week-end dernier. Et tout le monde est conscient des difficultés s'opposant à ce rassemblement, qui vont de la force attractive de la stratégie du PS aux choix politiques, en contrepoint, de la direction de la LCR.

Nous arrivons, en ce mois de septembre, au moment décisif où les forces susceptibles de constituer ce rassemblement doivent se déterminer pour savoir si elles s'inscrivent ou non dans sa réalisation. Donner à voir qu'une autre voie peut s'ouvrir à gauche est la condition de toute dynamique politique : celle-ci a besoin de s'inscrire dans une perspective, pour un objectif, un espoir…

La question posée est donc celle de l'accord politique entre les différentes forces sociales, politiques, citoyennes intéressées : sur l'objectif à poursuivre en 2007, sur le projet qu'elles défendront ensemble.

Dans les collectifs locaux comme au collectif national, on a parfois entendu nos interlocuteurs affirmer : « La question qui fait problème est celle des candidatures ; par contre, sur la stratégie et sur le projet, nous parviendrons rapidement à nous mettre d'accord. » Ce n'est pas vrai. Des différences s'expriment, sont formalisées portant sur l'orientation politique, l'objectif que doit se donner ce rassemblement.

Il en est ainsi de la LCR. Le débat avec sa direction (je veux dire : les arguments que celle-ci avance dans ce débat) ne porte pas sur la question de la candidature à l'élection présidentielle, mais sur l'objectif stratégique. Sommairement, la LCR considère qu'il est illusoire d'envisager pour 2007 un changement du rapport des forces à gauche, une victoire du mouvement populaire permettant une majorité et un gouvernement de gauche appliquant une politique antilibérale et que tout cela est une vaste manœuvre du PCF pour revenir à la gauche plurielle. Elle exige donc de fait que le pivot du rassemblement soit le refus de toute majorité et de tout gouvernement avec le PS et fait même planer le doute sur le désistement au second tour en faveur du candidat de gauche placé en tête. En fait pour la LCR, c'est la mise en avant qu'une conception nihiliste de la politique : « No futur ». C'est la désespérance de cette stratégie qui provoque le débat que l'on sait au sein de ce parti…car cette logique conduit à nier alors l'utilité même de toute la démarche engagée…elle conduit à l'implosion de l'organisation politique.

En ce sens la dernière lettre de José Bové procède d'une démarche similaire en posant le curseur sur la nature de la candidature antilibérale. Selon lui, le fait qu'elle pourrait être issue d'un parti politique conduirait à une forme d'hégémonisme du parti dont la candidature serait issue. En l'occurrence, il s'agit de nous et de la candidature de Marie George. Cela peut procèder de l'anathème. Quand le rapport des forces, quand les enjeux nationaux et internationaux sont d'une telle importance, il ne faut pas mégoter sur ce que représente la force d'un parti, notamment au travers de sa réflexion collective, de sa capacité d'initiatives et de sa faculté à laisser de la place à la diversité. C'est ce que nous avons fait ensemble pour le 29 mai, sachons poursuivre ce renouveau de la politique avec les partis et ceux qui les représentent, avec les personnalités et ce qu'elles portent , avec les citoyens et ce qu'ils portent également. Le PCF joue dans la cour des grands. Son organisation, son projet, ses propositions, il les met au service de chaque citoyen et du rassemblement populaire. Ses élus, ses militants sont à la fois force et atout. Comment donc concevoir qu'il ne soit pas partie intégrante du rassemblement ? Mais plus que cela encore, le PCF est un parti politique dont la vocation est de conquérir des pouvoirs, du local au national. Oui, nous rêvons de gouverner ce pays parce que nous avons des ambitions pour notre peuple : avec lui changer la vie. C'est ce qui me place aujourd'hui dans une posture offensive avec un but : gagner. Chers Camarades, Le débat existe partout, dans les plus de 400 collectifs locaux et au plan national, sur cette question de la stratégie pour 2007, qui conditionne le rassemblement. On en trouvera sans doute un écho lors de la réunion nationale qui aura lieu le 10 septembre, c'est-à-dire après-demain. Cette journée sera marquée, après un long débat dans le cadre unitaire –à l'échelon national, dans les collectifs locaux- par un accord politique. Cela, nous le savons bien est attendu. Ces objectifs politiques font écho à nos préoccupations de Congrès, à nos décisions. Ils fixent une ambitions à la hauteur des enjeux de la période.

Cette assemblée aura à débattre aussi des éléments de programme proposés. La lecture de ce document intitulé « Ce que nous voulons », fait percevoir la réalité de réelles avancées et la nécessité de beaucoup de travail encore pour parvenir à un projet alliant objectifs et moyens d'une politique nouvelle. Ce travail ne peut pas être laissé à quelques experts. Il y a besoin du débat populaire. Il y a besoin du légitime apport de nos propositions et de contributions de toutes les composantes présentes dans ces collectifs .

Nous devons nous donner l'objectif de faire de la réunion du 10 septembre un tournant. Faire percevoir que quelque chose se passe à gauche. Et amplifier cet espoir qui peut naître avec la Fête de l'Humanité la semaine suivante.

Dans sa lettre aux collectifs, Marie-George a proposé de désigner plusieurs porte-parole, représentatifs à égalité de la diversité du rassemblement ce qui semble être largement partagé dans les collectifs. Cela dit, il y a la nécessité impérative de donner un signe politique d'une dynamique qui prend corps, de prendre des initiatives qui se voient et qui rassemblent, peut-être avec la multiplication des réunions publiques. C'est dans ce cadre que se traitera la question des candidatures communes à la présidentielles et aux législatives.

Cette question est déjà en débat, bien sûr. Mais elle se réduit surtout à : « Qui je préfère ? » – ce qui ne fait pas avancer grand-chose. La base politique sur laquelle va se construire le rassemblement doit permettre de mener de façon beaucoup plus politique la question de savoir quelle candidature à la présidentielle peut être la plus efficace pour porter ce rassemblement sur cette base. J'oserais dire qu'elle se pose de la même façon s'agissant des élections législatives et elle pourrait aussi se poursuivre pour les municipales et les cantonales.

S'agissant des présidentielles, au congrès, nous avons mis en débat notre proposition qu'une candidature communiste, une candidature « issue du PCF » soit cette candidature du rassemblement. Marie-George s'est déclarée disponible et a écrit aux collectifs pour leur donner ses raisons. Et cette déclaration trouve de l'écho parmi les citoyens tout comme elle en trouve dans des sphères telle celle de gens de culture -comme on dit- ou encore de syndicalistes dans une intéressante diversité. Il est sans doute temps que les communistes, qui font cette proposition d'une candidature issue de leurs rangs, débattent eux-mêmes des conditions d'une telle candidature. Sans doute temps aussi que nous répondions, comme Parti communiste, aux objections qui nous sont faites, pour les surmonter. Certaines de ces objections sont irrecevables : je pense à celle qui pose comme préalable le refus de toute candidature issue d'un parti. Je renvoie à ce qu'écrit Marie-George sur ce point dans sa lettre. « Si nous voulons réussir, les citoyennes et les citoyens doivent prendre la parole et s'engager. Cela implique qu'ils puissent être parties prenantes à égalité de tous les débats, de toutes les décisions. Il serait absurde, dans cet objectif, d'opposer cette mobilisation citoyenne indispensable à la nécessité de l'existence de forces politiques. Je crois au contraire que la présence d'organisations politiques dans notre rassemblement, loin d'être un handicap, loin de susciter une concurrence nuisible, est un atout irremplaçable sur lequel nous devons nous appuyer ». Fin de citation.

Mais d'autres objections révèlent de réelles interrogations. Par exemple, celles qui portent sur le fait que la candidature de la première responsable du Parti induirait une sorte d'hégémonie de celui-ci sur le rassemblement : nous défendrions, en somme, le rassemblement autour du Parti. Qu'avons-nous à craindre de ce souci ? Nous le partageons : notre projet n'est pas le rassemblement autour du Parti ; il n'est pas de nous comporter avec le rassemblement antilibéral comme le PS le fait lui-même avec sa proposition de « fédération de la gauche ». Le Parti se conçoit comme utile à ce rassemblement. Il le prouve par ses actes, par sa contribution militante et sans doute la candidature de Marie-George, qui a beaucoup fait pour que le Parti conçoive ainsi son rôle est-elle la meilleure garantie, pour que la construction proposée soit réellement durable et respectueuse de chacun.

Chers Camarades,

Je suppose par avance que notre débat sera riche sur les sujets abordés comme il pourrait l'être sur l'état de préparation de la Fête de l'Humanité.

Chacune et chacun sait ici que le journal est engagé dans une grande bataille pour son existence et pour la défense et la promotion du pluralisme de la presse. Des résultats intéressants existent d'ores et déjà et la diffusion de la vignette/bon de soutien -pour la part qui lui revient- témoigne d'un engagement fort des lecteurs et amis du journal ; cela dit, cet effort doit se poursuivre et s'amplifier pour que vive encore longtemps l'Humanité.

Placée sur le thème « 1936-2006 : union populaire pour changer la vie », cette édition de la Fête de l'Humanité s'inscrit totalement dans l'objectif de rassembler les hommes, les femmes, jeunes ou moins jeunes qui veulent que ça change. Elle sera donc un moment de rassemblement pour changer de politique, pour changer la vie. Mais pour qu'elle soit vraiement une réussite, nous devons amplifier la diffusion de la vignette/bon de soutien. Aujourd'hui près de 55 000 sont rentrées. Les départements de province contribuent pour beaucoup à ce résultat. Quant à l'Ile-de-France plus de la moitié des départements sont en avance par rapport à l'an dernier. Proposition est donc faite de donner un grand coup de collier la semaine prochaine et de faire de la journée du 12 septembre, qui est aussi celle de la mobilisation à propos de GDF, un moment de popularisation de la Fête et de diffusion de la vignette devant les entreprises et en direction des jeunes particulièrement devant les lycées.

La quantité et les thèmes des débats déjà connus laissent présager un foisonnement d'expression d'intelligences.

Pour sa part, le stand du CN accueillera plusieurs de ces débats ou des rencontres ; je ne vous en donne pas le détail, je crois qu'il va vous être remis ce soir.

Au regard de nos ambitions politiques, cette fête sera aussi l'occasion pour les communistes de se renforcer et de montrer l'utilité de notre Parti. Nous aurons l'occasion de rencontrer des milliers de personnes qui s'interrogent sur l'avenir, qui sont en quête de devenir politique. La situation est évidemment propice à ce questionnement, et nous avons les moyens d'être offensifs sur cet aspect. Ainsi, l'objectif d'y réaliser 3 000 adhésions est atteignable pour peu que les dispositions soient prises en amont pour y parvenir.

Vous avez bien évidemment remarqué que je n'ai pas évoqué une décision de notre congrès, c'est-à-dire la tenue de notre conférence nationale à la fin du mois d'octobre. Comme vous le précisait le courrier de la Présidence du CN que vous avez reçu mercredi, c'est Michel Laurent qui est chargé de nous donner demain les éléments sur la convocation de cette conférence et les modalités de sa préparation. Je n'ai donc pas voulu « empiéter » sur ce moment et le débat qui s'en suivra.

Chers camarades, j'en ai terminé. C'était une première pour moi. Je voudrais remercier les camarades qui m'ont fait parvenir des fiches pour construire cette intervention et permettez-moi de la dédier à mon camarade et ami Bernard Birsinger, qui m'a accompagnée durant plus de 30 ans dans mon activité militante. Je vous remercie.