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Côte d’Ivoire : Les beaux jours des investisseurs Sarkozy, chien de garde de l’Empire !

 
 
 
 

Le chanoine de Latran en rêvait, le chef de l’état l’a fait : la France sous son règne,
il la veut désormais en fille aînée de l’OTAN.

Certes, il consent à partager ce rôle en une position gémellaire avec le locataire du 10 Downing Street mais maintenant, champa­gne ! On peut pavoiser à l’Élysée et laisser tomber le masque. Il y a quelques jours encore, Paris indiquait que « la France ne participe pas à l’assaut ». Or, des «sources diplomatiques» faisaient savoir de même et sans rire à l’Agence France presse que les forces spéciales n’y étaient pour rien, tout le mérite de cet épilogue devant reve­nir aux hommes d’Alassane Ouattara. L’affreux Laurent Gbagbo est arrêté et c’est bien grâce à l’intervention de la force Licorne sous la bannière de l’ONU. Entre temps, plus de 500 000 Ivoiriens croupis­sent, réfugiés, aux frontières du pays, la population d’Abidjan n’a plus à manger et, avis à qui serait tenté de choisir son « bon » et son « méchant » dans cette affaire, demeure le spectre du massacre de Duékoué. Une seule chose est certaine: Bolloré, Total, Bouygues et autres France Télécom peuvent respirer ; comme le disait un politologue à un quotidien éco­nomique, voilà quelques jours, « les inves­tisseurs français ont de beaux jours devant eux en Côte d’Ivoire ».

Ah, les beaux jours... En moins d’un mois, notre pays est engagé dans deux guerres. Ceux qui hier, y compris à gau­che, soutenaient l’intervention du bras tri­colore armé de l’atlantisme en Libye, commencent à trouver celle-ci plus embar­rassante. Elle ne l’est pas moins que le ris­que d’enlisement de la première, décrétée pour faire passer au second plan la voix des peuples de Tunisie et d’Égypte. Le choix délibéré de donner la priorité au bombardement d’un régime à bout de souffle dans un pays où l’idée de nation fait moins florès que dans les autres de la région, a laissé toute latitude à la dégrada­tion mortifère de la situation en Côte d’Ivoire, traînant depuis l’élection prési­dentielle. De quelle «légitimité» le nouvel homme fort d’Abidjan ainsi propulsé au pouvoir réel pourra-t-il jouir, dans son pays, aux divisions plus qu’explosives, comme dans la région, qui ne l’est pas moins? Là où la force de la politique devrait primer, le président de la Républi­que et ses amis du G8 ont délibérément opté pour la politique de la force.

Avec la Libye, l’Organisation des Nations unies a réitéré le précédent de 1998 de la guerre atlantiste à la Serbie, au prétexte du Kosovo. Avec la Côte d’Ivoire, l’ONU ne sort pas grandie de devenir la chambre d’enregistrement des cibles de l’Empire et de l’un de ses deux chiens de garde. On mesure dans cette ins­tance le poids non négligeable de la France : négatif ici par contraste à la posi­tion prise en 2003 contre la guerre du pétrole en Irak. Pas plus que le pouvoir n’a daigné laisser débattre de ces ques­tions un Parlement, pourtant fort majori­tairement acquis à sa cause, il n’entend, avec ses « Alliés » laisser les Africains maîtres d’une histoire, dans laquelle, il est vrai, il estime qu’ils ne sont pas entrés.

Le mépris dans lequel sont tenus les peu­ples comme leurs intellectuels ou leur ins­tance de dialogue régional, l’Union afri­caine, en Libye comme en Côte d’Ivoire, ne restera pas sans trace ; pas plus qu’il ne peut servir la moindre solution, politique comme humanitaire.

De la Libye à la Côte d’Ivoire, on ne peut que persister à penser, avec Rony Brauman, que « Jamais des bombarde­ments n’ont permis d’installer la démocra­tie ou de pacifier un pays ». Qu’ils aient ou non le faux-nez d’une licorne.

 

Gérard Streiff

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