le 11 décembre 2000
L'histoire s'accélère et enfante ses propres métamorphoses, trop vite semble-t-il pour que les citoyens y inscrivent leurs marques. Trop vite pour prendre sens, trop rapidement, si l'on écoutait les libéraux, pour espérer que l'histoire humaine soit encore le fait des êtres humains.
Tout change, de plus en plus vite. Internet devient le prétexte d'un passage à un nouveau moment du capitalisme, une autre organisation économique. D'ambitieux jeunes gens qui n'avait jamais entendu parler du Web il y a six mois nous expliquent la « nouvelle économie » avec un enthousiasme confondant. Les start-ups finissent down, sans plus d'analyse qu'il n'y a eu de prudence à les encenser. Progressivement, le mythe remplace la technologie.
Les changements que nous vivons sont eux-même aussitôt oubliés, faisant passer les choix d'il y a quelques années pour des fatalités de toujours.
L'utilisation de l'Internet se banalise, se démocratise, se féminise, se rajeunit, devient un fait social majeur. Bien plus qu'une technologie, bien plus qu'un média, Internet devient un espace de socialisation de l'information.
Cinq cent millions d'utilisateurs y glanent des expériences, des outils, échangent du courrier, se divertissent, font leurs courses, recherchent des données, des gens, débattent, échangent. Les modes de vie « d'avant l'Internet » se reproduisent dans un mouvement continu de la Société vers les Réseaux numériques. Ce mimétisme gagne toutes les formes de l'activité humaine : économie, finances, consommation, mais aussi création, éducation, luttes sociales.
Dopée par les réseaux, l'informatique explose, se transforme en un secteur de très grande consommation, une prolongation domestique du téléphone, de la télévision, du lave-linge. D'autant que l'irruption du nomadisme, du mobile, en fait même une prolongation du corps humain.
Internet modifie et modifiera pour toujours notre façon de savoir, d'acheter, de se déplacer, d'interagir, d'être conservateur, gestionnaire, révolutionnaire, ou tout simplement de vivre. Le Web définit ainsi de nouveaux rapports conscients et inconscients au monde, à la distance, au travail, à l'économie, à la durée, aux relations sociales.
Quel atout extraordinaire pour la construction d'une société humaine profondément transformée, une société qui satisfasse aux besoins de chacun sans restreindre personne, une société citoyenne du partage !
Pourtant, ce sont les forces marchandes qui arrivent, avec retard mais détermination, pour s'emparer des réseaux numériques. Des armées de juristes planchent pour breveter les logiciels, réintroduire la pénurie là où règne l'abondance, privatiser le savoir, restreindre le bien être lorsqu'il n'est pas rentable. Les technologies Internet sont confisquées, dénaturées par l'hégémonie financière, qui impose à la planète le modèle de développement individualiste à courte vue du capitalisme.
Mise à l'écart du plus grand nombre, accumulation du profit et accaparement de la plus value : rien de bien nouveau dans cette « Nouvelle Économie ». Dans la machine à rétrécir libérale, les aspirations à vivre autrement deviennent des rêves de boutiquiers. D'autant que les cinq cent millions utilisateurs du réseaux sont encore trois fois moins nombreux sur la planète que celles et ceux qui n'ont pas l'électricité.
Mais la résistance est tenace, dans le monde comme dans le cyber- monde. La société civile, les créateurs, les citoyens, des politiques (parmi lesquels de nombreuses forces anticapitalistes) incarnent sur le réseau la liberté d'expression et d'organisation, l'égalité d'accès et de parole, la fraternité des communautés interactive. Toutes et tous se retrouvent autour de cette ambition : une économie, une société vraiment nouvelle est nécessaire.
Avec la massification de l'usage des Technologies de l'Information et de la Communication, elle devient un peu plus possible.
Cette ambition du changement, cette volonté de transformation sociale qui fonde l'identité communiste, nous l'incarnons sur et pour Internet.
Le Parti communiste français est engagé depuis 1995 dans la réflexion et l'action pour la promotion et la défense d'un Internet citoyen, non marchand et participatif. Depuis plus de 5 ans, sur notre activité de militants en réseau se greffe une réflexion politique de militants du réseau . C'est le rôle de notre Commission.
Dans un esprit de partenariat et avec le respect de l'autonomie de chacun, cette Commission veut associer toutes celles et ceux, communistes ou non, spécialistes, acteurs, simples utilisateurs qui souhaitent travailler à élaborer propositions, actions, réflexions et réalisations pour promouvoir les potentiels non marchands et progressistes des Technologies de l'Information et de la Communication.
Logiciels libres, Internet de contenu, médiation scientifique citoyenne, nouvelles missions de Services Publics, numérisation universelle de la connaissance... La transformation du réel vers une société libérée de ses dominations de classe, et au delà de toute domination, est d'autant plus nécessaire qu'elle devient possible, par la conscience des femmes et des hommes, et par les technologies qu'ils inventent.
« Qui allume sa bougie à la mienne reçoit de la lumière sans me plonger dans l'obscurité » (Thomas Jefferson)