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International Europe focus Publié le 30/10/2019 par PCF

Allemagne: Premiers enseignements des élections régionales de Thuringe

Les résultats électoraux de Thuringe envoient des signes contradictoires: d’une part, Die Linke remporte un succès considérable, d’autre part, on assiste à une poussée des populistes de l’AfD.

Les résultats électoraux de Thuringe envoient des signes contradictoires: d’une part, Die Linke remporte un succès considérable en devenant pour la première fois dans un Land allemand la première force politique et en franchissant la barre des 30%. Le chef du gouvernement, Bodo Ramelow (Die Linke) sort renforcé du scrutin après cinq années d’une politique clairement de gauche, au service de la population. D’autre part, on assiste à une poussée des populistes de l’AfD (Alternative für Deutschland) menés en Thuringe par Björn Höcke, le leader de l’aile la plus radicale de l’AfD. Comme dans les autres Länder d’Allemagne de l’est, l’AfD apparaît comme le parti des exclus, des déclassés sociaux et des perdants de la réunification.

Malgré la victoire de Die Linke, la coalition sortante Linke-SPD-Verts n’a plus la majorité au Landtag et aucune autre coalition majoritaire ne semble être possible, dans la mesure où tous les autres partis excluent de s’allier avec l’AfD et où CDU et FDP (Libéraux) rejettent toute alliance avec Die Linke. Dans ces conditions, Bodo Ramelow a proposé à tous les partis - AfD exceptée - de discuter de la situation politique nouvelle et on pourrait s’orienter vers la constitution d’un gouvernement minoritaire. Quelle que soit la formule retenue in fine, le gouvernement Ramelow peut rester en place, aucun délai n’étant fixé par la constitution du Land pour la période de transition. Et ensuite, Die Linke continuera de diriger le gouvernement du Land.

"Die Linke a montré qu’on peut résister à l’extrême droite et aussi remporter les élections."

La première leçon que l’on peut tirer du scrutin, c’est qu’en ne reniant rien ni de sa politique de justice sociale, ni de ses principes, en ne faisant aucune concession sur les questions de migration agitées par l’extrême droite, Die Linke a montré qu’on peut non seulement résister à l’extrême droite, mais aussi remporter les élections. Au pouvoir depuis cinq ans, Die Linke a fait la preuve de son utilité et a pu augmenter son influence. Alors que la participation électorale est passée de 52 à 64%, les médias masquent délibérément les contenus politiques qui ont amené nombre d’abstentionnistes à se déplacer pour soutenir le gouvernement de Bodo Ramelow; ils préfèrent expliquer le succès de Die Linke par la popularité du chef du gouvernement, censé être plus consensuel que son parti. Ce qui n’empêche pas ces mêmes médias de mettre sur le même plan Die Linke et l’AfD en dénonçant une polarisation du scrutin en faveur des extrêmes…

La seconde leçon à tirer concerne les deux partis au pouvoir à Berlin, la CDU et le SPD, qui n’en finissent pas, de scrutin en scrutin, de battre des records historiques de scores en baisse. En poursuivant inébranlablement une politique néo-libérale qui se traduit par davantage de pauvreté, de précarité et d’insécurité sociale, la «grande coalition» provoque son propre effondrement électoral et nourrit le vote populiste. La CDU et surtout le SPD sont en proie à des crises internes profondes dont ils ne peuvent espérer sortir qu’en remettant en cause leurs choix politiques. Pour le SPD, cela devient même une question existentielle.

La montée de l’extrême droite est une source de grande inquiétude mais elle n’a rien de fatal. Les résultats de Thuringe montrent l’urgence mais aussi la possibilité d’apporter des réponses en construisant des politiques alternatives et en luttant pour les mettre en œuvre. Cette leçon ne vaut pas seulement pour les forces de gauche d’Allemagne, mais pour celles de toute l’Europe. De ce point de vue, nous pouvons dire merci à la Thuringe.

Alain ROUY
membre du collectif Europe
et de la commission des Relations internationales du PCF
article publié dans CommunisteS du 30 octobre 2019

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