publié le 07/09/2018

Pour la culture et l'émancipation humaine

Un an après : la déshérence et le culte du marché. Pour la culture et l’émancipation humaine

L'Humanité, Vendredi 7 septembre 2018 (texte intégral)

 

Par Alain Hayot, délégué national à la culture du PCF


Le 17 août, Maud Vergnol titrait son édito de l’Humanité « La culture vaut mieux que ça ». On ne saurait mieux dire. Un an après, des promesses du candidat Macron à la réalité de la déshérence des politiques culturelles, il y a un gouffre. Et tout se passe comme si les acteurs culturels, les artistes, la société, tétanisés par tant de ruse et de cynisme, étaient incapables de réagir.

Mais la « Journée Ralite » durant le Festival d'Avignon, le 12 juillet dernier, permit de constater que la résignation n'étaient plus de mise. Plusieurs centaines de personnes, pendant six heures, ont échangé avec des dizaines d'artistes, acteurs culturels, responsables de compagnies ou de lieux qui refusent cette politique dévastatrice et appellent au combat. Quel meilleur hommage au grand Jack ?
Cette « journée particulière » ne fut pas la seule : l'Appel de Montreuil trouva sa place, les organisations syndicales et associations s'exprimèrent, et de nombreuses prises de position dans toute la presse émaillèrent les semaines suivantes, pour créer les conditions de la riposte à la politique culturelle de Macron. L'été fut chaud. Et l'automne tiendra ses promesses.

Peut-on toutefois parler de « macronisme culturel » ? Oui, au vu de la cohérence d'ensemble qui se dessine dans la forêt des mesures disparates. Pourtant il semble utile, ne serait-ce que pour pointer la largeur du gouffre, de revenir au programme du candidat Macron. Dans le chapitre « Une ambition culturelle », on y lit que « le soutien au cinéma ou le prix unique du livre sont des références », que « Le rôle de l'État, intimement associé à celui des collectivités locales, est déterminant... » , et qu'il faut
« donner le goût de la culture, réinventer la politique culturelle, Soutenir les artistes et la création, défendre un meilleur partage de la valeur au profit des créateurs, promouvoir un patrimoine vivant, protéger l'indépendance éditoriale des médias d'information et conforter les médias de service public. » 

Qui ne serait d'accord avec tout cela ? C'est beau comme du Ralite !

Un peu plus d'un an après, que constatons-nous ?

Un ministère en déshérence : cinq directions sur six sansresponsables, des DRAC fantomatiques, des budgets en baisse, une réforme de l’audiovisuel public dévastatrice en terme d’emplois, de budget, d’aide à la création et de reprise en main par le pouvoir.

Le « pass-culture » , reposant sur un algorithme destiné à formater les goûts et les imaginaires des jeunes, aura pour but d'assujettir un peu plus ces derniers à la tutelle des GAFAM au travers d'une application obligatoire.

Le « loto du patrimoine » est une aimable plaisanterie qui dans le meilleur des cas rapportera à peine de quoi refaire les toitures du Fort de Brégançon. Même Stéphane Bern n’est pas content !

Quant à « la culture près de chez vous », qui consiste à « faire tourner » dans l'Hexagone les productions de la Capitale, c'est un retour en arrière de plus de 50 ans ! Manifestement celles et ceux qui ont vendu cette idée à la ministre ne savent rien de la réalité de la vie artistique et culturelle des villes, des départements et des régions. Savent-ils seulement que 70 % de la dépense culturelle publique est assurée par les collectivités territoriales ?

On se souvient enfin du rapport d'étape pour la culture CAP 22, en novembre dernier. Nous nous étions à l'époque exprimés là dessus. Tout laisse entendre que le gouvernement n'a pas l'intention de baisser la garde. Nous faisons nôtre l'analyse de Robin Renucci et de huit autres responsables d'associations professionnelles dans une tribune du 18 août dénonçant la « délégitimisation » du Ministère de la culture orchestrée par l'exécutif. C'est ainsi qu'il n'a de cesse de réduire son périmètre d'action, d'externaliser progressivement ses missions (la lecture à Orsenna, le patrimoine à Bern...), de réduire à la portion congrue son administration, de garder la haute main sur son cabinet. Le Ministère de la culture est menacé dans son existence même. Sarkozy en avait rêvé et Macron veut maintenant transformer le Ministère de la culture en Ministère de l’économie et des industries culturelles.

Sur le fond cette politique, en déconsidérant la culture et les artistes, en lui substituant le culte du marché du divertissement, permet l’extension au champ culturel de la domination financière des grands groupes, tout en aliénant les imaginaires aux dogmes libéraux et populistes. Comme on le voit, les chantiers de résistance ne manquent pas et sont déjà ouverts. Mais résister ne
suffira pas. Il faut refonder ! Si nous devons reprendre l’offensive pour revaloriser l’idée même de service
public, un large accord est possible pour explorer, ensemble, les pistes de cette refondation.

Il y a à mon sens trois chantiers à ouvrir.


- Celui de la création, où il s'agit de redonner un souffle libérateur aux artistes et à la création artistique contre tous les interdits et contraintes imposées par le marché., de l’élaboration à la création, de la confrontation publique à la diffusion, de la transmission à la recherche. Ce qui implique notamment de redéfinir les missions artistiques et citoyennes des établissements publics de création et de diffusion, dans le respect des droits de celles et ceux sans lesquels rien n'est possible : artistes, auteurs et interprètes,
techniciens et acteurs culturels de toute nature.

- Celui de la démocratie, où s'agit d’intégrer l'« accès à la culture » dans un processus d’appropriation et de valorisation des pratiques culturelles de chacune et chacun, quels que soient son origine, son lieu de vie, sa culture, ses options philosophiques ou ses choix de vie. Pour cela il faut établir un lien étroit et permanent entre création artistique et éducation, à l’école au cœur du projet éducatif, dans l’espace du travail au cœur du procès de production, dans la cité en donnant un nouvel essor à l’éducation populaire, tout en investissant la révolution numérique pour en faire un facteur d’émancipation.

-Celui de la mondialité, d'une nouvelle mondialité culturelle débarrassée des dominations sociales, raciales, sexistes et nous affranchir ainsi du poids obsédant des violences identitaires et des haines qui secouent ce vieux monde qui n’en finit pas de mourir.

 

Ce sont toutes ces questions – et quelques autres – que nous brasserons pendant deux jours, les 28 et 29 septembre, à quelques semaines du Congrès extraordinaire des communistes, lors d'une Convention nationale pour l'art, la culture et l'éducation populaire, largement ouverte à toutes celles et ceux, artistes, techniciens, acteurs culturels, élus et militants qui voudront bien, avec nous, partir à la reconquête des mots, des images et des récits pour un nouvel âge de l'émancipation humaine.

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