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Un Congrès combatif pour le PCF, une ambition nouvelle pour le Front de Gauche

le 13 septembre 2012

Un Congrès combatif pour le PCF,  une ambition nouvelle pour le Front de Gauche

Conseil National du 13 septembre 2012
Rapport de Patrice Bessac

Chacun, chacune a conscience que la période nécessite un grand travail collectif. Les problèmes sont nombreux, la difficulté immense et le combat, d’une grande brutalité. Ce rapport veut s’essayer à ouvrir quelques réflexions pour la préparation de notre Congrès. Ainsi, il ne reflète pas une quelconque ligne prédéterminée mais plutôt une tentative personnelle, nourrie d’échanges, de soulever quelques enjeux sans préjudice de notre débat commun. Les choses sont ainsi faites qu’exprimer sa pensée propre, ce n’est pas servir un filet d’eau tiède. Donc j’y vais.

C’est fini. C’est fini. Le cycle de la crise des mouvements critiques du capitalisme est fini. Vingt ans, trente ans de domination du capitalisme libéral, de convulsions pour le mouvement communiste et transformateur : tout cela est fini. Le fait majeur est la crise du capitalisme mondialisé, sa crise économique et, au-delà, la crise du modèle de civilisation issu de la contre-révolution libérale des années 1970. C’est fini. Il ne s’agit plus de tenir, il s’agit d’avancer, de conquérir, de s’arracher à la gangue, aux sédimentations de plus de trente années de recul pour prendre vingt ans d’avance. Il nous appartient de prendre vingt ans d’avance, d’avoir la même ambition que les économistes libéraux eurent dans les années 1970 : changer les bases culturelles, idéologiques, politiques du monde actuel. Si une longue et dure phase historique se referme, chacun mesure pour autant les dangers de la nouvelle période : les risques de nouvelles barbaries comme d’une avancée possible des forces révolutionnaires. Nous sommes à la fois devant des changements de longue portée et dans l’urgence.

Ainsi, nous vous proposons que le congrès d’Aubervilliers manifeste par un texte fondateur cette ambition. Il s’agit, au fond, de proposer une vision unificatrice de notre projet, de notre stratégie, de notre conception du Parti et de l’action politique. Ainsi, si chacun sait que le caractère historique d’un congrès ne procède pas du décret, c’est pourtant cela que nous devrions viser. Que nos décisions, que nos actes, que notre analyse, que notre travail unifient et fondent un regard complet sur les vingt ans qui sont devant nous.

Alors que notre stratégie de rassemblement, le Front de gauche, alors que notre parti, le Parti communiste français, ont enregistré au plan des résultats électoraux et de notre effectif des avancées considérables, nous pourrions nous reposer dans la molle satisfaction de nos quelques réussites. Nous vous proposons exactement le contraire. Nous vous proposons d’accélérer, de franchir des étapes, de marquer des ruptures. Nous vous proposons donc que le Congrès soit une Révolution dans l’ordre de notre pensée et de nos pratiques pour répondre à la guerre sociale que livre le capital aux peuples et qu’il réponde à une seule question : Comment être utile au peuple, à la France, à l’Europe, à l’humanité ? Ainsi, et sans préjuger de nos décisions communes, je veux évoquer devant vous quelques idées. Je le ferai, je vous l’ai dit, sans filet, en considérant qu’il vaut mieux jeter quelques idées que ne rien dire du tout.

D’abord dans l’ordre de la culture

La réduction du champ de l’activité des partis à l’activité électorale telle que voulue par nos institutions est une réduction de la politique elle-même. Nos institutions, en asservissant progressivement les partis à leur service exclusif, ont agi comme des réducteurs de tête. Elles affaiblissent les fonctions culturelles, sociales, intellectuelles de la politique pour n’en garder que l’activité de représentation dans une démocratie devenue d’opinion. Or c’est la culture, ce sont les représentations qui forment le soubassement de la conquête du pouvoir. La question de l’hégémonie culturelle est donc le point de départ nécessaire de toute réflexion.

Déracialiser le débat français : le choix des Lumières

Le fait marquant et en accélération constante depuis les années 1980 est la racialisation du débat politique français. À droite, on ethnoculturalise la francité autour de la blancheur et de la chrétienté; à gauche, comme dans un miroir, on procède à la même ethnoculturalisation de la société française, cette fois en positif. Ainsi, la gauche assume des catégories telles que la diversité qui pose, circonscrit et valide de fait l’existence de groupes religieux, ethniques ou raciaux qu’il s’agit de discriminer positivement. La campagne de 2012 aura constitué une nouvelle accélération en ce sens.

L’universitaire Laurent Bouvet explique avec un grand esprit de synthèse le phénomène dans son ouvrage Le sens du peuple. Il montre comment l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 et l’abandon de l’ambition d’un profond changement social provoquent le passage d’une lecture de classe de la société française et des moyens de la mobilisation politique à une lecture autour d’un bloc central fortement intégré et éduqué et d’une galaxie de groupes nouveaux parmi lesquels, pêle-mêle, les femmes, les jeunes des banlieues, les gays, les immigrés... Et dans ce mouvement apparaissent sans cesse de nouveaux groupes, je pense à la création du Conseil représentatif des associations noires (le CRAN), ou encore les “beurjois”, les renois, les blancos....

Ce mouvement est sans fin. Et il répond à un besoin profond du capitalisme dans la situation actuelle : reformuler le social pour le désintégrer, c’est la réplique interne du choc des civilisations. Les individus sont enfermés dans des politiques identitaires. Elles agissent de manière performative: à chaque fois que l’on crée des manières de classer les individus, ils y entrent ! Cette situation est potentiellement mortelle pour la société et pour le mouvement de transformation sociale. La déracialisation du débat politique français, la suppression des politiques identitaires, en bref le retour aux Lumières, c’est-à-dire à la seule reconnaissance des individus libres, souverains et égaux dans la République est un axe majeur de reconquête. Il faut jeter par-dessus bord et dans le même mouvement les politiques d’assimilation, d’intégration ou les politiques multiculturelles pour entrer dans un processus historique qui brisera le lien de la citoyenneté des sociétés modernes avec l’ethnomorphisme, c’est-à-dire l’association d’une couleur de peau, d’une culture ou d’une origine supposée à une citoyenneté - les grands blonds sont norvégiens, les gens typés viennent d’ailleurs, les musulmans sont des immigrés...

Notre vocation est d’établir l’égalité des citoyens de la République sans considération d’origine ou d’appartenance supposées. Ce qui caractérise les cultures, contrairement à ce que pensent les ethnobobos, ce n’est pas leur permanence, c’est leur capacité de dialogue et de transmutation. Les politiques identitaires, fussent-elles de gauche et pavées de bonnes intentions, ne sont en réalité qu’un des avatars de la période coloniale, une négation organisée de l’égalité. Il s’agit donc de défendre un universalisme abouti, qui ne se confond pas avec l’universalisme impérial qu’a développé notre pays au cours de son histoire. Un universalisme abouti, c’est-à-dire ne cédant pas à l’hypocrisie qui consiste à nier et à entretenir les inégalités de genre, d’orientation sexuelle, de discriminations fondées sur les origines supposées au nom d’une égalité fantasmée. Un universalisme de combat qui, dans un contexte de régression identitaire, affirme, développe et rend effective l’unité du genre humain. À cette conception, un contre-argument vient tout de suite: le problème reste. Le problème reste de l’exclusion visible des responsabilités militantes et publiques d’une partie de la population française. J’y reviendrai tout à l’heure s’agissant du Parti mais, au fond, la question me semble être: de quoi cette exclusion est-elle le nom ? Quelques études simples sur la composition des conseils municipaux montreraient que dans les villes de gauche ou communistes de plus de 30 000 habitants, les cadres de la fonction publique sont ultra dominants. Et nous savons dans le même temps que c’est dans les couches populaires que les enfants ou les petits-enfants de l’immigration, en provenance d’Afrique notamment, sont les plus nombreux. Ainsi, la question de la diversité n’est-elle pas simplement le nom d’une rupture de grande ampleur avec les couches populaires ?

La politique de classe contre les politiques racialistes

Cette reformulation du social par la gauche puis par la droite a eu comme effet de laisser en déshérence la question sociale. Lors de sa campagne de 2007, Nicolas Sarkozy a été un ingénieur doué de la dignité des travailleurs et des travailleuses. Or, à l’issue de la période que j’ai décrite, le travail n’est plus un marqueur de gauche: c’est un marqueur de droite dans le discours politique. Je rappelle que Marine Le Pen a totalisé 29% du vote ouvrier au premier tour de l’élection présidentielle, François Hollande 27% (Lionel Jospin avait totalisé 13% en 2002) et Jean-Luc Mélenchon 11% du vote ouvrier. Et il est frappant de constater que la perte de centralité du travail dans le discours de la gauche correspond à sa propre impuissance à résoudre la question du chômage. La gauche s’est désaffiliée de sa relation aux travailleurs, a détourné son regard des questions sociales et de classe à mesure qu’elle perd l’ambition d’un réel changement économique. Les résultats électoraux de premier tour sont sans appel : la gauche est plus forte là où le peuple est le moins présent. Un certain nombre de politiques publiques ont accéléré ces phénomènes. La thématique de l’assistanat par exemple : à mesure que s’est développée la crise sociale, les politiques sociales ont développé des effets de représentation très pervers. En effet, avec les seuils d’accès à un certain nombre de prestations sociales, des fractures sont apparues dans les classes populaires. L’« assisté » –celui qui y a droit– s’opposant au travailleur –celui qui n’y a pas droit. Sur cette base, l’alliance décrite par Terra Nova entre les classes supérieures et les plus paupérisés peut fonctionner à plein sur une série de thématiques telles que le logement social ou la santé en mettant de côté les couches populaires salariées. Les services essentiels étant dès lors réservés à la fine couche de celles et ceux qui en ont le plus besoin.

J’ai tenu à commencer par les problématiques de racialisation du débat public et les divisions au sein des salariés, car ces représentations contribuent profondément aux divisions du corps social. Et en découle pour nous la nécessité de représentations alternatives qui rassemble la classe salariée. Un certain nombre de questions en découlent. La première d’entre elles est la suivante: nous le voyons, l’idéologie, les politiques de représentation, ce que j’ai appelé la culture, ont un effet puissant sur le réel et le transforment en s’appuyant sur les contradictions de notre société. Nous avons donc besoin d’un écosystème culturel qui travaille les trois grandes questions: la nation, le peuple, la démocratie. Pour le dire avec les mots d’un autre, en l’occurrence Rémi Lefebvre, il faut « structurer des alliances autour de mots d’ordre susceptibles d’unifier des demandes sociales hétérogènes ».

Le rapport avec le Congrès est le suivant : comment nos discours s’agissant des trois grandes sphères de la société –la sphère nationale en liaison nouvelle avec l’Europe et le monde, la sphère économique et sociale et la sphère démocratique– cessent d’agir chacun de manière autonome pour résonner en écosystème, en ensemble unificateur, en opérateur de valeurs, de lutte et d’action ? Sur ce sujet, mon hypothèse est la suivante: l’entrée dans la nouvelle période historique ne concerne pas que nous. Cela affecte l’ensemble du champ mobilisable: intellectuel, syndical, populaire. Et le problème n’est pas tant de leur faire signer des appels électoraux que de créer un espace de travail réel. Ainsi, j’ai la conviction qu’il faudrait décider de créer une coopérative de travail, qui échappe aux problèmes de pouvoir immédiat et de débat politique dans le Front de gauche. Il faut un lieu de renaissance pour la pensée révolutionnaire avec l’aide des différents organismes existants mais qui dépasse le fractionnement. D’une certaine manière, l’Appel des économistes atterrés ou l’Appel des appels participent de cette recherche. Mais un saut qualitatif doit être fait.

Comme à de grands moments de l’histoire du PCF, l’anticolonialisme, le Front populaire, la Résistance, nous devrions prendre rendez-vous avec l’Histoire et déclencher le mouvement nécessaire de travail pour la pensée et l’action communiste et de transformation sociale.

À présent, quelques remarques dans l’ordre de la politique et de notre stratégie de rassemblement, le Front de gauche

Comment être utiles au peuple et à la France, à l’Europe et à l’humanité ? Je traiterai la question de nos rapports avec la majorité gouvernementale puis de notre stratégie de rassemblement, le Front de gauche. La première question est: au nom de quoi, de qui parlons-nous ? En d’autres termes, au nom de la gauche ou d’une partie de la gauche ou au nom des intérêts de notre peuple et de notre pays ? Cette question n’est pas anodine, car il me semble que la posture politique, c’est-à-dire nos rapports avec la majorité gouvernementale, doivent passer au second plan par rapport à notre objectif premier, l’intérêt général. L’interview de François Hollande dimanche dernier marque l’atterrissage entre une tactique électorale, la fameuse guerre à la finance, et la réalité de sa stratégie économique, l’austérité et l’espérance d’un retour de la croissance en 2014. L’expression du Premier ministre appelant à un « choc de compétitivité » est de ce point de vue effrayant de clarté. Je ne reviendrai pas, cela a déjà été fait dans le rapport d’actualité politique, sur les effets d’une telle politique. Je veux juste faire la remarque suivante: la situation est dangereuse, les conséquences sociales seront dures, les conséquences politiques potentiellement dramatiques.

Ainsi, nous sommes face à nos responsabilités. Déclarons-nous l’affaire entendue et adoptons-nous la posture du combat désespéré et de l’attente d’un pouvoir futur ? Ou cherchons-nous à inverser la situation ? En 2005, si nous avions fait l’hypothèse d’un rapport de forces immuable, nous aurions bloqué les possibilités de mouvement de l’électorat socialiste vers le NON. Il faut donc considérer qu’un mouvement est possible parmi l’électorat socialiste, de gauche, populaire, parmi un certain nombre de dirigeants de la social-démocratie vers le refus de l’austérité et pour une autre politique. La Chine, les États-Unis d’Amérique, notre continent et leurs dirigeants sont tous face à ce problème: nous sommes à l’heure des grandes transformations, de la nécessité d’un basculement radical du système économique mondial et cette perspective provoque une reprise en main tout aussi radicale et autoritaire des forces du capital sur les principaux leviers de gestion de l’économie.

Alors comment être utiles? C’est la seule question. Comment être utiles pour contribuer à l’accouchement d’une politique nouvelle ? Comment battre l’austérité comme seule réponse ? À cette aune, la question du rapport au gouvernement actuelle est seconde. Le problème n’est pas de faire arbitrer au peuple un match entre le Parti socialiste et le Front de gauche, mais de faire arbitrer deux choix politiques: l’austérité ou le développement. C’est dans ces conditions, me semble-t-il, que nous devons aborder à la fois nos rapports avec le gouvernement et l’avenir du Front de gauche.

L’avenir du Front de gauche: un nouveau Front populaire

J’y viens donc. Avec le Front de gauche, la séquence politique qui vient de se clore a permis une avancée spectaculaire: le retour des forces critiques du capitalisme sur la scène politique. Nous sommes de retour, nous sommes de nouveau dans le match. Mon sentiment est que le plus difficile commence. Car il ne s’agit plus d’unir des familles, des militantes et des militants dispersés par la longue histoire. Il s’agit à présent de poursuivre un déploiement qui dépasse nos frontières actuelles, de viser une hégémonie culturelle nouvelle. Et à partir de cet instant, la vitalité de notre rapport au monde salarié, aux syndicalistes, aux intellectuels, à la création, aux citoyens sur l’ensemble du territoire se pose avec cette ambition à l’esprit. Car ce n’est plus seulement un problème d’en haut, un problème électoral, un problème d’efficacité de la parole médiatique, c’est un problème d’en bas/en haut, de développer le Front de gauche en dépassant les hiérarchies institutionnelles. C’est la question d’un Front populaire de type nouveau. Souvenons-nous les différentes étapes. Souvenons-nous que c’est l’ouverture aux élections européennes avec notre secrétaire nationale d’alors, Marie-George Buffet, qui ouvre la voie au Front de gauche et permet l’engagement de Jean-Luc Mélenchon et de ses amis. Nous sommes à une étape similaire et différente. Similaire car nous savons que les forces disponibles pour s’opposer à l’austérité et pour une nouvelle politique sont bien plus nombreuses que l’état actuel du Front de gauche. Différente car ces forces par leur nature, intellectuelle, populaire, dans le monde syndical, ne nous rejoindront pas par un accord politique mais par une démarche de travail, d’action et de luttes. C’est la question d’un nouveau Front populaire.

J’ai évoqué dans la partie précédente l’hypothèse d’une coopérative. Cela ne résout que la partie que j’ai appelée culturelle du problème. Reste l’organisation du travail politique et l’association à un niveau local et national de ces forces disponibles. Un équilibre imparfait a été trouvé entre le rapport des forces politiques entre elles et le Conseil national de campagne durant l’élection présidentielle. Il faut une nouvelle ouverture, un nouveau mouvement, un nouvel équilibre. Sur ce sujet, nous proposons que le Comité exécutif entame une série de rencontres afin de travailler avec nos interlocuteurs dans le monde syndical, associatif, intellectuel à la résolution de ce problème. Il s’agit de trouver les voies pour réaliser l’agrégation de nouvelles forces. Nous avons construit un premier pilier, celui de l’unité politique.

Pourquoi ne pas proposer d’ajouter deux nouveaux piliers: un pilier des luttes sociales, syndicales, populaires et un pilier, avec la coopérative, de la participation des intellectuels. Et je veux ajouter s’agissant du Front de gauche que la question du rapport en tant que tel avec les autres forces politiques est posée. Sauf à considérer une fois pour toutes que nous sommes la solution et eux le problème, la question de nos rapports, en tant que Front de gauche, conflictuels ou non, avec le reste de la gauche est posée. Allons-nous ignorer qu’une partie importante des Verts et au moins un tiers des socialistes sont opposés au traité ? Le Front de gauche doit entrer en débat avec les autres forces de gauche. Dans le même temps, nous aurons à discuter de la préparation des deux prochaines échéances, d’abord municipales au printemps 2014 puis européennes en juin.

Deux échéances électorales différentes, aux enjeux différents à la fois pour le pays et pour l’avenir du Front de gauche et du Parti communiste français. Et à nouveau se posent des problèmes de conceptions. Sur les européennes par exemple, allons-nous réussir à créer avec le refus du traité un Front anti-austérité plus large que le Front de gauche actuel ? L’intervention de la direction du Parti a permis de lever certains des blocages qui existaient dans le collectif unitaire.

Pouvons-nous aller plus loin? Nous le pensons. Le Front de gauche, dans sa forme et son fonctionnement actuel, n’est pas le début et la fin de tout. Nous entendons qu’il continue d’être un mouvement qui agrège, qui rassemble les forces mobilisées contre l’austérité et pour une sortie de crise sociale et démocratique. Ainsi, il s’agira de préparer aussi les futures échéances sans esprit conservateur mais avec l’idée d’un Front de gauche en mouvement.

Enfin dans l’ordre de l’avenir du Parti communiste français

Le vingtième siècle des communistes a été déterminé pour une large part par la Révolution russe de 1917 puis surtout par l’existence pendant soixante-dix ans de l’Union soviétique. Ce modèle, longtemps adulé puis apprécié avec des critiques plus ou moins prononcées, a définitivement failli à la fin des années 1980, même si les approches caricaturales les plus véhiculées d’hier et d’aujourd’hui ne doivent pas faire l’économie d’une approche distanciée de ce qu’a représenté ce système. La matrice bolchevique qui lui était liée a longtemps représenté l’idéal révolutionnaire contre un réformisme socialdémocrate, durablement concurrencé par cette expérience, notamment en Europe occidentale et particulièrement en France. Mais il a aussi engendré des interrogations douloureuses au sein du mouvement communiste lui-même mais également avec le socialisme historique. En effet, les communistes français ont connu dans ce long processus, certes des heures de gloire, mais aussi plusieurs crises majeures qui ont entraîné des prises de distances, des ruptures violentes créant des divisions durables au sein de la galaxie qui se réclamait de l’ambition communiste, des oppositionnels divers aux courants trotskystes. De 1930 aux années 1990, ces séparations apparurent la plupart du temps comme indépassables, au point d’être restées vivaces jusqu’à une période très récente. Mais en ce début de XXIesiècle, les divisions et points de rupture du « court vingtième siècle » n’ont désormais plus lieu d’être: vingt ans après la disparition de l’URSS, les raisons qui ont séparé pendant des décennies ces sensibilités ont disparu; qui oserait stigmatiser aujourd’hui les « staliniens », « trotskystes » ou autres épithètes du même type, caractérisations issues des luttes internes au Parti bolchevik des années 1920-1930 ? Des débats continuent bien évidemment de se poser (sur la démocratie, l’État, le rôle des institutions, des réformes, etc.) mais le mouvement émancipateur que représente l’idéal communiste doit être désormais capable de réunir des courants qui, ensemble, partagent ou peuvent partager les mêmes objectifs fondamentaux. Sans faire de raccourcis rapides, souvenons-nous de quelques leçons de l’histoire: dans les années 1970, les libéraux de toutes obédiences ont su taire leurs divergences passées pour préparer la contre-révolution idéologique et économique des années 1980-1990; le mouvement politique que nous souhaitons construire, la force communiste dans un front plus large, doit être à la hauteur du défi qui reste d’inverser la tendance que nous lèguent ces douloureuses années, en construisant une nouvelle hégémonie qui puisse durablement changer le rapport de forces actuel. Dans ce contexte, il ne suffit pas de dire que le Parti communiste français entend rassembler tous les communistes. Il faut le prouver et dire ce que nous entendons par là. Et en donner les signes visibles.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je veux faire une précision par rapport à nos débats passés. Il ne s’agit pas à mon sens d’entrer en négociation politicienne avec tel ou tel groupe sur la base d’identités supposées. Il s’agit, dans l’objectif d’une culture commune, de préciser, en théorie et en pratique, les conditions par lesquelles elle se crée. De ce point de vue, je veux dire quelques mots d’une des apories de nos débats: la question de l’efficacité et de la pluralité. À la suite de la période d’ossification stalinienne, nous avons navigué entre deux eaux pour ouvrir notre débat interne: protéger la pluralité de l’expression et, dans le même temps, nous avons été confrontés au problème du respect de nos décisions majoritaires. Cette recherche s’est faite avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins de bazar, plus ou moins de débat.

Je pense, quant à moi, que ces problèmes peuvent se résoudre simplement. Il y a deux sphères relativement autonomes dans ce débat: la sphère des plates-formes politiques (du Parti, ou du Front de gauche, ou d’autres...) et la sphère du débat d’idées.

La première obéit à la loi de la majorité et aux règles classiques des processus démocratiques. Ainsi, nous adoptons à différents moments le point d’équilibre politique pour mener les combats nécessaires. Et à ces processus s’attachent éventuellement des mesures d’ordre, de discipline électorale notamment, plus ou moins strictes selon les contextes. C’est le moment de la décision politique. Ce moment de la décision ne doit être rien d’autre qu’un moment de décision inscrit dans le temps. Le danger survient lorsque nous prétendons que la décision ponctuelle ferme le débat d’idées. Parenthèse évidente, le danger survient également lorsque nous prétendons qu’il n’est nul besoin de décider évidemment. Ainsi, la décision politique majoritaire ne peut pas, ne doit pas affecter la qualité et la liberté du débat d’idées. Agréger, coaliser un nombre supérieur de citoyens au sein de notre parti, c’est nécessairement accroître notre diversité, les savants disent entropie, philosophique, économique, politique. Et il faut l’accepter et la développer en postulant qu’en augmentant notre niveau de confrontation intellectuelle et politique, et donc d’efforts, nous forgerons une culture commune plus dense et plus efficace.

La deuxième question que je veux traiter est celle des chats et des moutons que j’ai traitée à l’université d’été. Nous étions moutons, nous sommes devenus chats... À la terrasse ensoleillée d’un café montreuillois, mon partenaire de discussion philosophique estivale osa cette image... Nous étions moutons, nous sommes devenus chats... et qu’il est difficile de constituer un troupeau de chats! C’est une image du réel que je crois très juste. Elle résume l’un des problèmes de l’avenir. Réussir à unir une foule qui n’est plus une foule, réussir à constituer en troupeau des consciences dont la forme actuelle est constituée d’une volonté farouche de souveraineté individuelle et d’autonomie personnelle. Ainsi, ce que nous appelons transformation de la politique ou des partis, ou du Parti communiste français pour ce qui nous intéresse en premier lieu, n’est pas un chantier contingent des petites vicissitudes du présent, c’est la recherche d’une culture pratique nouvelle de l’action politique qui puisse entrer en résonance puissante avec les profondes transformations culturelles de notre civilisation qui ont félinisé notre rapport personnel au monde et à l’action collective. Pour le meilleur, comme pour le pire, c’est-à-dire de la compétition libérale sans rivage. Jusque-là, l’affaire est assez simple. Jusque-là, c’est-à-dire en mots. Cela se complique immédiatement en pratique. Car le discours d’une culture nouvelle de notre action n’est pas, malheureusement, performatif.

De grandes organisations humaines, scientifiques, économiques, artistiques affrontent les mêmes difficultés. C’est le problème de toutes les grandes révolutions: les outils de la révolution précédente restent formidablement efficaces et ceux de la suivante formidablement compliqués. Et pourtant, les exemples sont désormais légion de projets humains auxquels la forme coopérative donne une efficacité décuplée. Les troupeaux de chats ont désormais la possibilité de se former et dans le troupeau chacun conserve, développe et partage ses propres compétences, ses propres appétences, son autonomie propre. Les formes du développement de l’intelligence sont en train de changer, les processus créateurs se diffusent, se distribuent, la figure du démiurge est en train de se reconstruire pour devenir un produit collectif. Ainsi, paradoxalement, les chats sont moins chats qu’il n’y paraît et la révolution actuelle reformule et intensifie la question collective...

La transformation et le rayonnement du Parti

C’est la question de la transformation du Parti qui est posée et des processus coopératifs. C’est ce que Paul Boccara appelle aussi la révolution dans le domaine anthroponomique. Je cite : « C’est l’autre face de la révolution informationnelle pour la vie humaine, la révolution du numérique et de la télécommunication des informations, avec les ordinateurs personnels, permettant un accès de chaque individu aux informations de toutes sortes, et leur circulation dans tous les sens. » Je cite à nouveau: « Pour une nou- velle civilisation, une maîtrise de tous les moments de la vie par chacun, il ne suffit pas de nouveaux pouvoirs, il faut une autre culture.»

Ce problème n’est pas simple. Et ne se ré-sume pas au basisme du style « vive la base » ou « vive les chefs » ou « chacun fait ce qu’il veut ». Je ne pense pas que le passage du centralisme autocratique au féodalisme soit un progrès. Il s’agit de trouver les formes pratiques qui permettent un essor de l’implication de chacune et de chacun. Nous avions pris des décisions au dernier Congrès ; nous en avons mis en œuvre quelques-unes ; le Parti s’est transformé dans l’intervalle et dans l’action mais le saut qualitatif n’a pas été fait. Il faut donc répondre à nouveau et dans l’efficacité à cette question du comment.

Je veux conclure cette dernière partie par l’évocation d’un problème que je pense central. Les dynamiques sociales spontanées favorisent les couches sociales les plus intégrées. La dénonciation uniforme des élites a au moins ceci de bon qu’elle pointe le réel: la représentation décrochée du réel, l’éradication des couches populaires des lieux de pouvoir, la quasi disparition sur une longue période des organisations politiques dans les quartiers populaires, leur disparition des instances des partis politiques, et du nôtre, moins vite, avec moins d’ampleur, peut-être, mais du nôtre tout de même.

Vous savez, c’est le moment dans le Congrès où nous appelons le rapport de la Commission des mandats. Et à cette occasion, nous constatons la surreprésentation des fonctionnaires et des professions intermédiaires. Un débat plan-plan s’ensuit, il se conclut généralement en eau de boudin, parfois dans l’anathème, ouvriérisme, que sais-je d’autre, ou dans un discours velléitaire. Ou encore, nous décidons d’ateliers sur les quartiers populaires ou les entreprises parmi dix autres sujets. Les faits restent, têtus, et les dynamiques sociales spontanées favorisent toujours les mêmes couches sociales.

Nous avons donc un problème à traiter qui peut se résumer de manière abrupte de la manière suivante: comment sélectionnons-nous et formons-nous nos élites ? Élite, de l’ancien français eslit, c’est-à-dire «choisi», ancien participe passé du verbe élire. Au fond, c’est actuellement les dynamiques sociales dominantes qui choisissent celles et ceux que nous pensons choisir nous-mêmes. Et cette question est évidemment reliée à la forme de notre action politique: enfermée dans les institutions ou dans les institutions et la solidarité concrète, les luttes, la politisation et l’éducation populaire ?

Conclusion

J’ai utilisé en début de rapport l’expression texte fondateur. J’ai eu tort. J’aurais dû parler d’un texte et d’actes fondateurs. La situation historique présente nous offre une occasion: nous sommes unis par rapport aux périodes passées, ce congrès peut être un congrès d’Union et le temps historique a ouvert une fenêtre nouvelle. Un des symboles des Lumières, c’est l’Encyclopédiede Diderot et d’Alembert. Un des symboles de la naissance du communisme, c’est le Manifeste. C’est-à-dire des sommes de travail qui produisent des effets culturels et politiques puissants en unifiant ce qui était là en gestation. Il faut se donner les moyens pour que Lucien Sève, pour que Paul Boccara, pour que Jean-Loup Amselle, pour que Bernard Thibault et bien d’autres, pour que nos nouveaux adhérents, pour que nos anciens adhérents, pour que de nombreux syndicalistes, pour qu’une partie de la jeunesse puisse identifier un acte de renaissance de l’ambition communiste et donc d’un processus de travail ouvert et nouveau. Nous avons besoin que le congrès d’Aubervilliers soit l’un des lieux de la renaissance de l’ambition révolutionnaire, un lieu qui installe un nouveau récit pour le Parti communiste français ancré dans l’avenir.

Faut-il tenter d’écrire un manifeste pour une civilisation humaine avec toutes celles et tous ceux qui le voudront ? Faut-il se donner l’objectif d’élire lors des prochaines élections des centaines de citoyens à l’image de la France d’aujourd’hui, en ayant comme point de repère l’union des couches dites populaires et des couches dites moyennes ? Faut-il se donner comme objectif d’être la force du travail ? Faut-il proposer la création d’un Congrès mondial pour la paix et le développement ? Faut-il publier un ouvrage collectif sur l’écologie, un deuxième sur notre conception du communisme ?

En d’autres termes, quelles sont les voies qui feront que le congrès d’Aubervilliers provoque une coagulation dans la société du travail en vue du dépassement du capitalisme ? J’y vais plus directement. Quand je vois à l’université d’été des universitaires ou des journalistes ouvrir grands les yeux et découvrir la réalité, l’ouverture, la jeunesse du Parti communiste français, j’ai des envies criminelles qui montent. Pas contre eux, contre moi, contre nous. Ce n’est pas possible de continuer à se trimballer un tas de préjugés, de vieilleries sur notre compte: il faut faire éclater notre réalité nouvelle, notre mouvement, notre puissance pacifique au service de l’intérêt général. Il faut que Pierre Laurent fasse une dizaine de grands meetings consacrés au Congrès et à la situation du pays et du monde. Il faut que chaque journaliste qui écrira sur le PCF soit confronté pendant le Congrès à 400 de nos nouveaux adhérents. Il faut reprendre le drapeau de la France, des ouvriers et dans le même temps faire un grand congrès international de liaisons avec les mouvements politiques et sociaux des différents continents. Il faut faire éclater l’existence d’une organisation politique européenne, le PGE, il faut des signes, tangibles et pas bling-bling d’une nouvelle alliance avec quelques-uns des grands penseurs de ce pays. Il faut un grand congrès de la fierté communiste, des valeurs et un congrès de décisions qui balaie les petits calculs de petites boutiques et de petits pouvoirs pour créer une dynamique renouvelée au Front de gauche et au Parti communiste français. Il faut que la vie bruyante et généreuse se fraye un chemin.

Le processus formel de préparation du Congrès

J’en viens à présent aux questions formelles. Le Comité exécutif national propose que le 36e Congrès se tienne aux Docks d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), métro Front populaire.

Par son vote, nous vous proposons que le Conseil national convoque le Congrès du 7 au 10 février 2013 avec trois points à l’ordre du jour :

  1. La résolution politique: sortir de la crise; gagner le changement / changer la société; refonder l’ambition communiste.
  2. Les statuts.
  3. L’élection des directions.

Nous proposons également d’adopter l’échéancier suivant au terme des statuts :

  • A partir de ce 13 septembre et jusqu’au 13 et 14 octobre: appel à contributions.
  • 13-14 octobre: CN d’adoption d’une base commune et du texte de statuts.
  • 17 novembre: date limite de publication des textes alternatifs à la base commune.
  • Envoi des textes aux communistes.
  • 5 décembre: vote des communistes pour choix de base commune.
  • Conférences de section et fédérales 15 dé-cembre et janvier 2013.

S’agissant des commissions, nous vous proposons quatre commissions présidées par :

  • Texte: rapporteur Pierre Dharréville.
  • Statuts: présidée par Isabelle De Almeida.
  • Direction: présidée par Jacques Chabalier.
  • Transparence: présidée par Fabienne Halaoui.

En plus de ce dispositif, le Comité exécutif propose que j’assure la direction du Congrès, c’est-à-dire la coordination de l’effort interne et public à partir de la Fête de l’Humanité et jusqu’à la fin du Congrès. Pierre Laurent, notre secrétaire national, en dira quelques mots.

Voilà, chers camarades, les quelques idées que j’étais chargé de vous présenter. L’histoire nous joue des tours parfois... Il est temps de renverser les rôles et de jouer des tours à cette satanée histoire. Je vous remercie.

Instaurer et développer des dynamiques de travail

le 22 août 2012

Instaurer et développer des dynamiques de travail

Instaurer car il faut les fonder sur des actes politiques forts et des dispositifs juridiques. Développer car il s'agit d'un processus vivant nécessitant implication personnelle et lutte collective.

Une note de Pierre Bachman.

Sommaire

  • I) Origine du concept.
  • II) Emploi et dynamiques du travail
  • III) Au-delà de l’emploi
  • IV) Le travail alors ?
  • V) Quelques considérations sur le travail tel qu'il se présente aujourd'hui.
  • VI) Quelques propositions pour des « dynamiques du travail » dans l'emploi.
  • VII) Mais après, au-delà de l'emploi ?
  • VIII) Pour conclure,
  • IX) Quelques références bibliographiques.
  • X) Annexes (3).

Avertissement :

Ce texte tente la synthèse de plusieurs approches concernant la question du travail de façon à prendre ce sujet comme un élément fondamental de la sortie de crise, à la fois dans une démarche de transformation de l'emploi et simultanément dans la visée d'aller « au-delà de l'emploi ».

Il s’agit d'un document de travail qui fait appel à des notions parfois complexes qui ne sont pas forcément explicitées ici. Il faut donc aller fouiller ailleurs, notamment chez les auteurs cités dans les références. Il ne faut pas le prendre comme un travail de spécialiste mais comme celui d'un militant politique ou syndical qui cherche à rassembler expériences et connaissances sur le sujet.

Résumé succinct du document.

I) Origine du concept. L'idée de « dynamique du travail » a été avancée en 1998 dans le livre « demain l'emploi » écrit par Jean-Christophe le Duigou et Roland le Bris. Ils indiquaient: « aucune évolution n'est possible sans une refondation, une rénovation, un élargissement de la sécurité de la personne au travail dans ses multiples dimensions. Le « mûrissement » de la dynamique du travail est à ce prix… Il convient de souligner à quel point l'innovation qui consisterait à mettre fin à l'insécurité subie par le monde du travail pourrait déboucher sur une voie de développement original en Europe. »

II) Emploi et dynamiques du travail. Dans la « dynamique du travail » l'homme est moins considéré comme une ressource, comme une chose déplaçable, transposable selon des prescriptions comptables abstraites. Il devient sujet et acteur de l'activité ce qui permet non seulement de mieux vivre l'emploi mais d'explorer les voies incertaines et créatrices du travail complètement ignorées aujourd'hui. Les « dynamiques du travail » parient sur la créativité et l'efficacité à libérer dans le « travail réel », générant ainsi des capacités nouvelles aujourd'hui inconnues et probablement insoupçonnées de développement humain, d'objets et modalités de production et de création, de nouvelles rationalités favorables à l'émancipation et au remembrement de la démocratie politique, économique et sociale.

III) Au-delà de l’emploi. L'expression est d'Alain Supiot qui indique dans son ouvrage « l'esprit de Philadelphie » (éditions du Seuil, janvier 2010) : « l'emploi ne fournit plus un cadre normatif suffisant pour assurer à tous, à l'échelle de la planète, un travail décent ». Objectivement, depuis un quart de siècle, l’emploi devient le carcan du travail. Aller « au-delà de l'emploi », dépasser la forme « emploi » dans les activités laborieuses signifie la mise en place de procédures et de droits qui ne s'enfermeront plus dans le lien de subordination ou « l’employabilité » mais qui se définiront à partir du travail lui-même. C'est-à-dire, en conséquence, qui reconnaîtront la place centrale de « l'homme producteur ».

IV) Le travail alors ? Mais pour aller « au-delà de l'emploi » on ne peut se contenter de constater ou même d'analyser la maltraitance du travail, la régression des garanties normalement issues du « droit du travail » permettant une certaine protection des salariés en compensation de leur subordination. Il faut en fait se requestionner sur le travail lui-même car l'essentiel dépend de la conception que l'on en a : ou la trime ou l'un des caractères fondamentaux de l'être humain ; le caractère qui fait humanité.

V) Quelques considérations sur le travail tel qu'il se présente aujourd'hui. L'homme producteur est beaucoup trop évincé du débat politique. Sa légitimité à intervenir sur la création des richesses, sur les décisions, sur toutes les sphères du pouvoir est marginalisée ou même réprimée au bénéfice d'un homme consommateur qui doit s'extravertir dans les folies de la mode, gaspiller dans la démode, pleurnicher et dépenser avec la nostalgie du temps passé. Quand l'homme producteur est évincé ou réprimé, c'est la conscience de classe qui disparaît. C'est un pan existentiel de la dignité humaine qui a été opprimé, aliéné par la globalisation financière, le management, la gouvernance, étouffé dans le débat public ou médiatique, culturellement ignoré ou marginalisé. Toute « dynamique du travail » est un acte de reconquête de cette dignité et de la ré-identification de la personne humaine dans sa capacité fondatrice à créer et à produire,

VI) Quelques propositions pour des « dynamiques du travail », de l'emploi vers son dépassement. Les réflexions ou pistes de propositions ne sont évidemment ni exhaustives ni hiérarchisées mais elles chercheront une cohérence pour constituer un droit effectif, efficace et non simplement formel permettant la prise en main par la personne humaine de son avenir grâce à des cadres collectifs lui donnant les ressources pour exercer son libre choix. Il s'agirait de mettre tout cela en musique sur le plan juridique en recherchant une nouvelle efficacité à partir des dynamiques du travail. Cette recherche de cohérence nécessite que les critères de gestion des activités, des entreprises, des services publics doivent se dégager du dogme de la compétitivité, cache-sexe hypocrite de la rentabilité financière ou de l’austérité budgétaire à son service et viser l'efficacité sociale. La conception, la mise en oeuvre de nouveaux droits d'intervention, l'expérience concrète de leur application devraient conduire au glissement progressif du « contrat de travail » vers un ensemble de statuts rassemblant les droits de la personne et consacrant dans la société la place centrale du travail.

VII) Mais après, au-delà de l'emploi ? Ne faut-il pas considérer que le droit de propriété relatif à l'accumulation ne doit pas être supérieur aux droits fondamentaux humains et aux statuts de la personne et doit être progressivement mis en déclin jusqu'à son éradication, ce qui donnerait un sens concret au terme de « socialisation des moyens de création, de production et d'échange » : socialisation de la propriété et de l’usage dans laquelle l'usage personnel serait étendu, protégé et garantit. En conséquence, ne doit-on pas imaginer de nouveaux systèmes financiers, monétaires, fiscaux et de cotisations? Comment envisager les relations économiques et financières internationales ? Dynamiques, connaissances, droits et pratiques nouvelles sont indispensables en tant que fortes potentialités d'émancipation. Inversement, subordination, surexploitation peuvent être autant de facteurs d'aliénation. Alors, quelles institutions nouvelles mettre en place, quel droit nouveau inventer permettant ce bond de civilisation ?

VIII) Pour conclure. Il faut engager une réflexion qui dépasse l'affrontement habituel sur les conditions du partage pour revendiquer les capacités à décider : les pouvoirs pour pouvoir changer. C'est tout l'enjeu et toute l'importance d'un projet politique radical mis à l'épreuve du réel, des constructions programmatiques, des luttes et des capacités de rassemblement.

Vous avez dit égalité des territoires?

le 26 septembre 2016

Vous avez dit égalité des territoires?

Vous avez dit égalité des territoires?

Les femmes et les hommes politiques qui nous gouvernent sont toutes et tous pour l'égalité des territoires. Dans la réalité, comment cela est-il mis en œuvre? Je vais donc vous parler ou plutôt vous reparler de ligne ferroviaire Carcassonne/ Quillan qui dessert un territoire rural de l'Aude. Les propositions du PCF en ce qui concerne les décisions pour permettre une égalité des territoires sont de permettre à toutes et tous de pouvoir se déplacer, voyager en toute sécurité, pour se rendre à son travail, pouvoir exercer une activité économique quelque soit le lieu de résidence. De plus pour ce faire, dans le cas présent, nous ne demandons pas la création de nouvelles lignes, puisque celle-ci existe déjà ! Alors pourquoi tant d'histoires ? Parce que les décisions politiques ont des conséquences directes sur notre vie de citoyennes et citoyens, quoi qu'en disent certains! Après plus de 20 ans de réformes, certaines votées par nos députés audois, on en arrive en France, pour la SNCF à la suppression de 30 000 emplois entre 2005 et 2015, la suppression de lignes (plus de 7000 km) à une dégradation considérable de l'état des infrastructures et des lignes. Avec dans mon département l'Aude, mais c'est aussi vrai ailleurs, des combats à mener pour empêcher la fermeture de certaines lignes et plus récemment l'annoncent même de la suppression des trains de nuits. Alors, depuis 2009, nous avons gagné un premier combat, puisque la réalisation des de réfection de la ligne Carcassonne / Limoux, grâce à un Contrat Plan Etat Région, 11,5 millions (janvier/mars 2017, 2018) est actée. Mais la direction régionale de la SNCF Réseau a récemment annoncé son intention de ne pas poursuivre cette réfection pour le tronçon Limoux Quillan, alors que celle-ci était prévue mais pas budgétisée.

Actuellement, on roule, sur cette ligne à 60 km à l'heure, si on ne fait rien on baissera la vitesse et ensuite on fermera la ligne. On connaît toutes et tous dans nos vies ce principe... Alors que le syndicat mixte de développement de la haute vallée a pris l’initiative de commander une étude de faisabilité du transport du fret sur ce tronçon, signe qu'il travaille à développer une économie sur son territoire et que notre département est déjà un des plus pauvres de France, on supprimerait 20 agents SNCF sans compter les emplois induits. Permettre la découverte de tout nos territoires en respectant notre environnement est aussi un atout touristique!

Alors notre mobilisation se poursuit contre cette décision. Le 15 octobre à 11 heures à la gare de Limoux l'Association de défense de la ligne Carcassonne Quillan (ALF) organise une initiative pour re-dire entres autres, son attachement à la réfection de toute la ligne Carcassonne/Quillan. Nous ré-affirmons la position des élus-es de la région Occitanie: la région n'a pas à se substituer aux fonctions de l'Etat, elle n'en a ni la vocation, ni les moyens financiers.

Nous souhaitons une rencontre à la préfecture pour interpeller le ministère des transports, entre les différentes parties. Les associations d'usagers, les syndicats des cheminots de la ligne, les acteurs économiques de terrain, les élus-es des différentes collectivités ont des revendications claires et doivent êtres entendus. Pour les élus communistes de la région Occitanie, notre position est claire. Nous demandons cette rencontre et nous ré-affirmons notre volonté de créer un pôle public des transports pour répondre aux besoins de nos territoires.

Mylène Vesentini

Secrétaire départementale du PCF

Conseillère régionale Occitanie

Conques Assemblée-débat citoyenne

le 26 septembre 2016

Conques Assemblée-débat citoyenne

Alstom Belfort et ses emplois sont indispensables à l’avenir de la France

le 22 septembre 2016

Alstom Belfort et ses emplois sont indispensables à l’avenir de la France

Déclaration adoptée par le Comité exécutif du PCF – 19 septembre 2016

 

Alstom Belfort et ses emplois sont indispensables à l’avenir de la France

 

Début septembre, la direction d’Alstom annonçait son intention de fermer son site de Belfort, seul lieu en France de production des motrices de TGV et de locomotives. Outre qu'elle représenterait un désastre pour l’emploi dans une région déjà sinistrée par le chômage et la désindustrialisation, alors que l’industrie ferroviaire est en plein boum mondial et européen et qu’Alstom en est le 3e acteur mondial avec un confortable carnet de commandes de 30 milliards d’euros, cette décision implique une perte de savoir-faire irréversible pour notre pays.

En effet, les métiers du ferroviaire sont spécifiques et, en plus de la formation initiale, ils demandent souvent plus de huit ans d’initiation par des pairs à des savoir-faire particuliers. Or, la moyenne d’âge des salariés de Belfort est de plus de 48 ans.

Si la direction d’Alstom parvient à fermer Belfort, non seulement cela sera un drame humain et social, mais la France ne sera plus capable de produire sur son sol des motrices de TGV et des locomotives pour des décennies.

Or, avec la lutte contre le réchauffement climatique, le développement des mégapoles urbaines et des liaisons intercités rapides et fiables, jamais l’humanité n’a eu autant besoin de transports ferroviaires.

Partout dans le monde, ce mode de transport est en pleine expansion. Le marché ferroviaire mondial devrait croître de 2,7%, dont 2% en Europe d’ici 2019. En 2013, il représentait déjà plus 150 milliards de dollars dont 41 milliards en l’Union européenne et 58 milliards de dollars pour le seul matériel roulant.

Pour sa part, l’industrie française du ferroviaire reste la 3e du monde, derrière la Chine et l’Allemagne. Alstom est le 3e constructeur mondial derrière Bombardier et Siemens. Entre avril 2015 et mars 2016, il a engrangé 10,6 milliards d’euros de commandes, portant le total de son carnet de commandes à 30,4 milliards d’euros. Son résultat d’exploitation est en progression de 23% par rapport à l’année précédente et il a distribué 3,2 milliards d’euros à ses actionnaires à travers une offre publique de rachat d’actions. Alstom a largement bénéficié du CICE et du CIR.

L’appui des services de l’État, comme la réputation d’excellence technique que lui apporte le fait d’avoir la SNCF pour client, sont pour beaucoup dans ses succès à l’exportation.

Le choix de la direction d’Alstom de fermer Belfort n’est pas celui d’une entreprise en difficulté face à un environnement hostile, il est un choix stratégique de produire de moins en moins sur le territoire français. Il s’agit de ne plus être un fabricant de trains mais un intégrateur dont le métier serait de concevoir puis de définir des spécifications, acheter, homologuer et mettre en services des matériels roulants en faisant supporter le maximum de risques et de coûts aux équipementiers. C’est la poursuite de la stratégie de « l’entreprise sans usines » qui a conduit Alcatel-Alsthom au désastre. Et, à la veille des échéances électorales de 2017, la direction d’Alstom entend prendre en otage les salariés de l’usine de Belfort pour faire financer sa stratégie par l’État via la commande publique de la SNCF et de la RATP.

Cette stratégie, qui répond aux exigences de court terme des actionnaires, est contraire aux intérêts et à l’emploi de l’ensemble des salariés du groupe Alstom et à ceux de l’ensemble de la filière ferroviaire française. Elle ne permettra pas de résister à la concurrence mondiale des nouveaux entrants low cost, qu’ils soient chinois, coréens, polonais ou espagnols. Elle s’oppose en France et en Europe au déploiement d'une industrie ferroviaire au service d’une politique de transports, de mobilité pour tous et d’un développement durable et écologique des territoires.

Depuis quinze ans, en s’interdisant d’avoir une politique industrielle, les différents gouvernements ont conforté cette stratégie, y compris en acceptant en 2014 le dépeçage d’Alstom par General Electric, alors qu’avec la commande publique et leur présence dans l’actionnariat d’Alstom, les leviers nécessaires pour s’y opposer et proposer une alternative existaient. Or, depuis quinze ans, les gouvernements successifs n’ont rien fait, ou si peu, pour le développement du fret ferroviaire. Ils ont fermé de nombreuses lignes de chemin de fer, renoncé à l’éco-taxe destinée à financer les infrastructures et, cerise sur le gâteau, avec la loi Macron, contre toute rationalité écologique, la concurrence du train par des bus low cost a été légalisée et favorisée. Pire, aujourd’hui, alors que l’État est actionnaire d’Alstom à hauteur de 20%, le gouvernement est dans un déni en jurant ses grands dieux qu’il ne savait rien sur la fermeture de Belfort. Ce qui relève soit de l’incompétence, soit du cynisme.

L’Union européenne, le Conseil des États comme la Commission, ont une grande responsabilité dans le chaos ferroviaire qui règne sur le continent et dont le projet de fermeture de l’établissement de Belfort est aussi une conséquence. En effet, les différents paquets ferroviaires imposant la concurrence de tous contre tous et l’absence de politique industrielle autre que celle du libre échange via les accords de l’OMC, ont empêché la construction d’une Europe du transport ferré basée sur la coopération des grandes compagnies publiques de chemin de fer et la création d’un « Airbus » du matériel roulant. Le résultat du dogmatisme libéral de l’Union européenne conduit à ce que les grandes plateformes numériques d’outre-Atlantique sont devenues des concurrents commerciaux redoutables pour les compagnies de chemin de fer européennes et les constructeurs de matériels ferroviaires européens, Siemens y compris, sont menacés à terme par les constructeurs low cost coréens et chinois.

Afin de garantir l’emploi sur le site de Belfort et le plan de charge des sous-traitants de cet établissement et d’assurer la pérennité et le développement d’un pôle d’étude et de production de motrices et de locomotives sur le territoire français répondant aux besoins de transport, de mobilité et de développement écologique et durable de notre temps, le Parti communiste français propose :

  • Qu’un moratoire sur la décision de fermeture du site de Belfort, soit immédiatement instauré.
  • Qu'une table ronde multi-partite soit mise en place afin d'élaborer des propositions alternatives immédiates, ainsi sur le transport ferroviaire du futur et de suivre le respect des engagements pris.
  • Qu’afin de pérenniser la production à Belfort entre 2018 et la sortie des exemplaires de série du TGV du futur, l’État impose à la SNCF la renégociation du marché de 44 locomotives de la filiale franco-allemande de la SNCF, Akiem, pour qu’au moins la moitié de la commande aille à Alstom et qu'il fasse pression sur Alstom afin de produire à Belfort une partie des 1600 locomotives du contrat passé avec l’Inde.
  • Que les compétences permettant la production de locomotives et de motrices de TVG sur le site de Belfort soient préservées et développées par des embauches de jeunes afin de permettre la transmission des savoir-faire. Des investissements productifs novateurs doivent être mis en place sur le site ainsi qu'une augmentation des dépenses de R&D.
  • La constitution d’un pôle public de l’industrie ferroviaire formé d’Alstom – dont la nationalisation s’impose en tant qu'entreprise stratégique, y compris via une prise de participation de la SNCF et de la RATP –, de Bombardier France et de Siemens-France qui aurait vocation a participer à la construction d’un "Airbus" du matériel roulant européen avec, entre autres, l’allemand Siemens et l’espagnol DAF, en particulier en mutualisant les investissements en R&D mais en développant tous les sites de production.
  • Un grand plan de développement des infrastructures ferroviaires doit être élaboré et s'articuler avec un plan européen que la Banque centrale européenne doit contribuer à financer pour tous les pays de l'Union européenne, avec une partie des 80 milliards d'euros qu'elle crée chaque mois.
  • Les banques publiques et l’État actionnaire doivent financer les contre propositions (dépenses de R&D, investissements matériels) avec un crédit à taux proche de zéro pour les banques et des dividendes très faibles pour l’État et les autres actionnaires. Un allègement des frais financiers du système ferroviaire doit être engagé par une renégociation de la dette bancaire.
  • Que l’on redonne à la SNCF les moyens, par des prêts bonifiés, d’investir pour renouveler son parc de motrices TVG, dont une partie a plus de 30 ans d’âge, ce qui représenterait l’acquisition de 200 unités et d'acquérir des locomotives pour des matériels intermédiaires entre TER et TVG, c'est-à-dire dans le créneau des automotrices roulant entre 160 et 250 km/h, dont le besoin peut être estimé à un marché d’au moins 800 machines.
  • Que l’ensemble des marchés publics noués par la SNCF et les Régions soit passé selon le principe du « mieux disant » et non du « moins disant », avec prédominances des critères de proximité, d’écologie, de durabilité et de démantèlement des matériels en fin de vie sur le territoire national.
  • La mise en œuvre d’un plan d’électrification du réseau de fret français afin d’atteindre le taux d’électrification allemand de 97% (aujourd’hui le réseau français de fret est électrifié à 57%), avec les commandes de motrices électriques adéquates. Ce plan devant être financé par le rétablissement de l’éco-taxe, par des fonds européens et par des prêts bonifiés de la Banque européenne de développement.
  • De se battre au niveau européen pour que l’Union instaure un « Buy european act » équivalent au « Buy american act ». Ainsi, en Europe, 75% des marchés ferroviaires publics sont totalement ouverts sans clause de production locale alors que le marché japonais est ouvert à seulement 25% et le chinois à 0%.
  • Que la France lance un processus de renégociation des paquets ferroviaires européens avec, en lieu et place de la concurrence de tous contre tous, un objectif de coopération et de mutualisation des différentes compagnies de chemin de fer. Ce qui impliquerait de revenir sur la séparation entre infrastructures de réseau, activités de transport, activités commerciales, d’imposer des cahiers des charges liés à l’aménagement des territoires et d’assurer une osmose entre industrie et services, y compris par des participations croisées.

Autour de l’existence du site du Belfort et de ses emplois se joue l’avenir ferroviaire de notre pays et de l’Europe et donc de notre capacité à répondre aux défis des transitions écologiques et urbaines qui travaillent nos sociétés. Le PCF considère à ce titre qu’Alstom Belfort et les compétences de ses salariés, les brevets qui y ont été développés, doivent être considérés comme bien commun inaliénable de notre peuple et non comme propriété des actionnaires d’Alstom.

Il s'agit renouer avec une grande ambition industrielle au service de tous.

Le Parti communiste est disponible pour débattre avec tous des solutions pérennes pour le site de Belfort, pour l'industrie ferroviaire et participera aux rassemblements aux côtés des salarié-e-s, des syndicats et des citoyen-ne-s et prendra des initiatives pour mener et gagner cette bataille pour l'emploi, le renouveau de l'industrie ferroviaire à Belfort, comme dans tout le pays.

Fête de l'Humanité : Programme du stand du PCF-Paris

le 07 septembre 2016

Fête de l'Humanité : Programme du stand du PCF-Paris

Rapport d'introduction de la Commission des relations internationales (02/09/16)

le 02 septembre 2016

Cher-e-s camarades,

Nous nous retrouvons après quelque 9 semaines d’un été sanglant qui n’est certes pas le premier mais qui, dans le contexte français, ont dramatiquement nourri un sentiment généralisé de peurs, et d’impuissance et de «chaos mondial».

De ce constat et des contradictions que la situation nourrit, nous pouvons néanmoins souligner que des des résistances et des aspirations fortes co-existent dans la société française avec des craintes sourdes et profondes ; que ces résistances et aspirations appellent de notre part à des prises d'initiatives et le développement de batailles politiques et idéologiques pour rendre majoritaire que l'exigence d'un monde de solidarités, de progrès partagé, d'égalité et de justice ouvre la voie à un monde de paix globale et inclusive. J'examinerai ici les traits saillants des dernières évolutions politiques aux plans national, européen et international, leur perception par les citoyens, et les priorités de notre travail dans les 6 mois à venir.

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Les logiques de guerre se renforcent

Le chaos, les Syriens le vivent, et en meurent pour près de 300 000 personnes depuis 5 ans: le HCR recense 4,8 millions de réfugiés pour l’essentiel au Liban, en Jordanie, en Irak, en Egypte et en Turquie et 8,7 millions de déplacés. La Turquie d’Erdogan, précisément, a débuté il y a 10 jours une intervention militaire en Syrie qui a pour objectif essentiel les Forces démocratiques syriennes coalisées par les Kurdes.

Ce qui fait dire à la correspondante du Monde qu’il s’agit là de l’ouverture d’un deuxième front en Syrie sur fond de compétition entre les différentes puissances engagées dans le conflit, qu’elle combattent (ou disent combattre) l’organisation de l’Etat islamique et autres djihadistes ou non.

L’engrenage de haine et de violence dans laquelle Erdogan a entraîné son pays et les peuples de Turquie s’inscrit dans une dynamique régionale qui au cours de l’été s’est dessinée avec plus de netteté. Contre toute attente pour certains aux vues étroites, une sorte «d’axe Moscou-Ankara-Damas-Téhéran» se dessine graduellement sur la base d’intérêts convergents complexes et un point commun fort : empêcher les Kurdes, au Rojava, d’aller plus loin dans leur projet politique.

Cette évolution bouscule les schémas de la coalition sous direction américaine, et l’absence de stratégie politique des «grandes puissances» n’en est que plus évidente.

Les Etats-Unis, et même la France, disent soutenir les FDS et n’osent pas affronter Erdogan avec lesquels ils ont marchandé, pour ce qui concerne les Européens, le sort de millions de réfugiés… Américains, Français et Britanniques passent sous silence complet les jeux saoudiens et israéliens, et recherchent ce qu’ils considèrent être des  points de stabilité» dans la région, renforçant donc leurs liens avec l’Egypte d’AlSissi, avec l’Arabie saoudite, avec les EAU (où ils iront en chœur en décembre pour une conférence ministérielle consacrée à la lutte contre le trafic des œuvres d’art) et poursuivent leurs ventes historiques d’armement, comme encore récemment au Koweit, ou encore à l’Inde…

De même, François Hollande qui veut depuis son arrivée à l’Elysée «régler le problème» libyen hérité de Nicolas Sarkozy entraîne-t-il la France sur un nouveau front. A nouveau, les puissances dites occidentales dont la France (qui a caché au yeux des Français eux-mêmes sa présence militaire sur place), se mêlent de dire aux Libyens à quel gouvernement ils doivent faire allégeance et quel choix de société ils doivent faire (CP commun fin aout 2016). Pour «éradiquer le terrorisme» en Afrique, la France de Hollande anime un club influent qu'elle organise elle-même, celui des pays riverains du lac Tchad…

C’est ce qu’ils appellent le «sens des réalités» (François Hollande, Discours aux ambassadeurs, 30 août 2016). C’est tout simplement du cynisme, d’autant plus grave et dangereux que se confirme une incapacité durable des «grandes puissances» dites occidentales à concevoir une vision politique globale d’avenir. De s’être laissé imposer la pseudo thèse du « choc des civilisations » rend les dirigeants de ces pays aujourd’hui incapables de proposer des perspectives politiques tant nationales, européennes - je vais y venir - qu’internationales.

Il y a donc au moins deux dangers qui constituent le «chaos du monde»: l’impact des politiques (l'impact de l'austérité sur les économies nationales, les alliances douteuses, les ventes d’armes, la prédominance de la voie militaire sur le politique…), et la fuite en avant de dirigeants qui parce qu’ils donnent, à juste titre, le sentiment de subir les événements, font le choix de rhétorique et tactique de la peur, de la méfiance.

Il faut lire pour cela les propos tenus mardi par François Hollande aux ambassadeurs de France et dont le discours, construit comme un constat de sinistres, est une flagrante démonstration d’impuissance de nos dirigeants actuels. Le chef de l’État y fait la liste des menaces auquel le monde est confronté, à commencer par le terrorisme (sans définir ce dernier) pour conclure ainsi :

«Le monde entier est concerné et le sera durablement. Notre devoir, c’est non seulement d’agir mais de nous préparer à cette guerre qui sera longue et de travailler avec l’ensemble de nos partenaires pour conjurer ce fléau.»

Il y a là une évolution rhétorique: «nous préparer à la guerre», qui vient renforcer le slogan asséné quotidiennement avant même les attentats de 2015 par le chef de l’Etat et ses ministres.

Le 26 juillet, Hollande était déjà passé de l’affirmation «la France est en guerre» à «notre pays fait la guerre» précisant «une guerre à l’extérieur» et elle «fait la guerre à l’intérieur»:

«Notre pays fait la guerre. Une guerre à l’extérieur – c’est le sens des décisions que j’ai prises en Syrie et en Irak –, fait la guerre à l’intérieur en lutte contre la radicalisation, en traquant les individus djihadistes, en éradiquant les réseaux criminels et nous continuerons(1).»

L’impact de tels discours sur les consciences — et les inconsciences — quand le massacre de Nice plonge dans l’incompréhension est dramatique.

Pierre Laurent a rencontré le 25 août, et poursuit ces rencontres ce matin même, avec les maires communistes dont les villes et populations ont été touchées depuis 2015 (Hubert Wulfranc, Patrice Leclerc, Dominique Adenot, Philippe Rio, Patrice Bessac): j’en tire 5 remarques:

  •  la droite, l’extrême droite et le gouvernement PS sont en train par leurs politiques et leurs discours de «miner» la société française, càd de détruire les expériences, les liens et l’idée même de faire société. Les jeunes de ces villes qui se sentent profondément républicains, attachés aux principes de liberté, égalité, liberté, « en veulent » à une République et ses représentants qui ne les respectent pas, pas plus que leurs parents. Le plus souvent, ils gardent encore une certaine confiance à l'égard de leurs élus locaux. Or la réponse de proximité est de plus en plus fragilisée par les politiques d’austérité qui affaiblissent et désorganisent l’État, les services publics et les moyens des collectivités qui sont tenues de pallier les lacunes de l’Etat. Nos élus ressentent une situation tendue, «sur le fil» disent-ils, et le «réflexe républicain» n’est déjà plus suffisant pour maintenir une cohésion.
     
  • le besoin d’«ordre» est très fort. Les consciences sont traversées par de profondes contradictions tant elles sont poussées vers des réactions «communautaristes». Il y a des groupes organisés avec des stratégies de conquêtes de territoires dans nos villes ; et cela peut venir de tel ou tel pays finançant tel ou tel équipement, sportif ou religieux. Tout cela provoque des «effets d’enfermement communautaire» ou vécus comme tel.
     
  • la population, mais plus fortement les jeunes, a une très grande conscience géopolitique. «Ils passent du local au global en quelques instants et constamment», et sont hypersensibles aux deux poids-deux mesures (aux morts qui ont moins de valeurs en Afghanistan ou en Syrie qu’à Paris).
     
  • le pouvoir instaure et se sert du «climat de guerre», et il a décidé d’aller jusqu’aux échéances électorales sur le thème de la «guerre».
     
  • ces dynamiques traversent notre propre corps militant.

De ces éléments, j’ajoute les remarques du chercheur et clinicien Fethi Benslama concernant les «processus» de ce qu’on nomme maintenant la «radicalisation»:

  • d’abord distinguer entre la radicalisation «comme menace», et la radicalisation «comme symptôme».
     
  • «Le phénomène de l’islamisation particulièrement des jeunes a commencé après 1990 et la première Guerre du Golfe, puis s’est accentué en étroite relation avec la guerre civile en Algérie (1992) et les guerres du Moyen-Orient»
     
  • 8 250 signalements en 2016 c/ 1 000 en janvier 2015, mais le refus des autorités de laisser des chercheurs accéder aux données non personnelles constituant ce big data fait que «nous ne savons pas exactement de quoi il est fait». Les éléments publiés par le député Pietrasanta en juin 2015 indiquent qu’il s’agit pour deux tiers d’entre eux de jeunes entre 15 et 25 ans, et précisément pour 25% de mineurs ; pour 35% de femmes (de plus en plus nombreuses à se rendre sur les zones de combat), et de 40% de convertis; 60% de ces individus appartiennent à ce qu’on qualifie de «classes moyennes», 30% aux classes populaires et 10% aux classes aisées; pour beaucoup ils sont inconnus jusqu’alors des services de police.
     
  • le contexte historique de «belligérance civile permanente entre musulmans depuis le début du XXe siècle» et la répression des mouvements dits des printemps arabes de 2011 (justice sociale et démocratie) a offert de nouvelles perspectives à «l’islamisme» qui a pour visée fondamentale la «fabrication d’une puissance ultrareligieuse qui renoue avec le sacré archaïque et la dépense sacrificielle». Les discours islamistes s’offrent comme un «lieu d’appel à la réparation, voire à la vengeance» du motif de la «blessure de l’idéal islamique». C’est une production conscience et inconsciente de près d’un siècle de l’islamisme (Frères musulmans créés au début du XXe siècle)
     
  • la «radicalisation» peut être comprise comme le «symptôme de ceux qui n’ont plus de racines ou qui se vivent comme tels». Avec l’islamisme, «l’ascenseur narcissique décolle», «l'ultracisme permet de donner de l’être (suprême) à une existence rompue ou menacée de rupture».
     
  • la question de savoir quand et comment se produit la «bascule» dépend de chaque cas. Il ne peut y avoir par conséquent de système parfait et «automatique» ou automatisé d’appréhension des individus susceptibles de passer à l’acte, c'est une difficulté incontournable.
     
  • la «radicalisation  islamique» (une «épidémie sociale et psychologique») est «une configuration de l’emballement des idéaux de notre époque, propre au monde musulman et à la crise de civilisation qu'il connaît, mais qui s’est mondialisée, et a acquis un pouvoir collecteur de négativité au sein de ce monde et au-delà.» Il «abrite et nourrit des frustrations, des haines, des rejets de soi et du monde actuel.» Dans des sociétés où la jeunesse est en grande partie «laissée à l’abandon par des Etats défaillants», elle vit dans le désespoir et l’extrémisme religieux s’offre alors à elle comme idéal réparateur ou rédempteur.
     
  • L’affaiblissement des idéaux progressistes à commencer par l’idéal ou la visée communiste a créé un vide occupé par ce «retour du religieux fondamentaliste» qui ne touche pas que l'islam.
     
  • La «radicalisation» est encore trop uniquement traitée comme une menace par les dirigeants actuels qui placent l’Etat en situation de «surréaction permanente» tout en conduisant, via la multitude de lois sécuritaires à une «rétractation graduelle de l’Etat de droit».
     
  • il y a un phénomène d’hyperindividualisation du djihadisme («privatiser le djihadisme» ou «djihadisme pour tous») dont l’OEI devient le franchiseur en vue de sa «mondialisation».
     
  • une offre généralisée qui touche un public de plus en plus vulnérable, en faiblesse idéologique et précarité psychologique.
     
  • bref, la «radicalisation» se présente comme une offre d’idéalisation et d’enracinement, avec dans le djihadisme la particularité non négligeable à l’heure d’internet et des réseaux sociaux d’offrir «l’association entre une violence aveugle et la volonté de la donner à voir, constitu(ant) un nouveau franchissement qui fait du meurtre et du suicide une communication et un spectacle».

A l’évidence, d’une part ce à quoi nous sommes confrontés interroge la société française ellemême, et d’autre part appelle à des formes de coopération internationale qui dépassent le seul cadre du travail de la police et du renseignement.

Je veux revenir sur certains traits saillants de la façon dont la situation internationale et européenne est perçue et vécue par la population, mais aussi la façon dont elle est utilisée pour asseoir un climat politique et justifier des choix politiques néfastes pour montrer qu’un socle existe encore, de manière hétérogène sur le territoire mais qu’il tient encore bon. que cela appelle de notre part à des réponses et des initiatives politiques d’une autre ampleur que celles que nous avons tenté d’apporter jusqu’ici.

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Une société résiliente qui aspire à la paix

D’abord, il s’agit de ne jamais minimiser (sans pour autant le «surdéterminer») le danger que représentent dans notre pays, comme dans tous les pays, des individus capables d’agir seuls ou en groupes et prêts à perpétrer des tueries-suicides au nom de la religion et d’un ordre politique ultraréactionnaire. Nous devons contribuer à y apporter des pistes de réponses visant la résolution à long terme.

Si le sentiment d’insécurité se diffuse, si la peur s’installe, si la violence et les attaques-meurtrières et suicidaires sont bien réelles et les menaces persistantes dans notre pays, même comme ils sont bien réels et installés eu Proche et Moyen-Orient, et dans de nombreux pays africains, il n’en demeure pas moins que notre société fait montre, malgré les peurs, d’une résilience elle aussi tout à fait réelle.

L’exigence, l’aspiration de PROTECTION, de SÛRETE de la population nationale et du territoire sont légitimes. Elles doivent être entendues pour ce qu’elles sont : l’aspiration à vivre dans un pays et un monde en PAIX.

Le carnage du 14 juillet à Nice et l’assassinat du père Hamel, trois semaines plus tard à StEtiennedu-Rouvray, ont donné l’occasion à la droite et l’extrême droite d’alimenter une polémique malsaine avec le gouvernement qui s’est emballée avec l’ignoble arrêté municipal de Villeneuve Loublet sur le «burkini» et le déferlement raciste auquel se sont adonnés des représentants du peuple, des élus, des personnalités qui exercent ou prétendent vouloir exercer des responsabilités nationales enclenchent un engrenage sans en mesurer les conséquences sur la société française.

La société française est soumise à de profondes tensions.

Il y a les conséquences économiques et sociales brutales des politiques libérales, l’affaiblissement drastiques des services publics, des services de l’Etat dans les villes et départements, un sentiment d’abandon et de manque de respect nourri par des expériences individuelles et collectives.

Il y a le FN qui appelle de ses vœux à une guerre civile et qui localement agit pour les attiser; il y a les réseaux djihadistes et les attentats-suicides; il y a les réseaux souterrains qui poursuivent un travail de recrutement et d’embrigadement; mais il y a aussi des solidarités qui tiennent bon, malgré tout, des capacités «à faire corps». Il y a aussi un contexte de pré-campagne électorale, avec les deux grands partis qui ont organisé la vie politique française en deux blocs et qui sont tous les deux en crise, aucun d’entre eux n’ayant un candidat «évident» pour la présidentielle. Une droite divisée qui va s’affronter très durement entre un Sarkozy «enlepenisé» qui installe «l’identitaire» comme thème d’affrontement électoral face à une droite incarnée par Alain Juppé qui peine à rassembler autour de lui. Et un PS en crise et qui peine à profiter de la pré-campagne pour installer son projet d’alliance sociale-libérale incluant le centre.

Les uns comme les autres buttent devant le rejet des politiques en œuvre depuis trente ans, à une méfiance accrue à l’égard des «politiques».

L’action et les mots du Maire de SEdR dès les heures qui ont suivi l’assassina du père Hamel ont été pour beaucoup dans l'expression de la volonté d'union, de fraternité. Contrairement aux Estrosi et Ciotti, Sarkozy et Le Pen, notre camarade Hubert Wulfranc et toute son équipe municipale ont su dire le chagrin, le désarroi et la détermination à ne pas laisser dégénérer les frustrations et les angoisses.

De même l’action des militants communistes qui, pour ce qui est de notre seul parti, à organiser des sorties à la mer pour 10 000 personnes, ou même les près de 100 tonnes de fruits et légumes en vente à prix coûtants organisées par nos sections dans plusieurs régions de France ont été en plus de l’action de nos élus, de nos maires, déterminants pour prévenir des situations comme celle, lamentable, de la rixe raciste qui s’est déroulée en Corse.

Parce que les causes de la création et du passage à l’acte de ces individus et de ces organisations sont plurielles, elles appellent à des réponses politiques dans plusieurs domaines simultanées qui ne produiront pas tous leurs effets en même temps mais qui sont indispensables les unes aux autres pour amorcer des processus de sortie de logique de guerre et de peur avec une pré-condition : en finir avec l’austérité et réinjecter d’urgence dans les moyens de l’Etat, les services publics et les collectivités des moyens financiers et humains conséquents.

Je cite Pierre Laurent dans son discours du 27 août:
«La situation appelle une politique qui articule les 4 dimensions:

-* une politique publique de sûreté nationale pour protéger les populations et le territoire national, alliant des moyens plus importants et surtout mieux répartis et employés pour le suivi et l'investigation des signalements, des démantèlements de filières d'enrôlement et de trafics d'armes, des services de justice et de prison mieux équipés et formés, une coopération européenne et internationale des services de police, de renseignements et de renseignements militaires coordonnés autour de l'objectif commun de neutraliser les individus potentiellement dangereux –  je n'invente rien: écoutez les personnels, écoutez leurs représentants syndicaux, écoutez les grandes organisations des droits de l'homme ; écoutez l'expérience des autres pays – et je ne parle ni d'Israël, ni des Etats-Unis auxquels nous devons cette situation. Bien entendu, ça veut dire clore le chapitre de l'austérité une bonne fois pour toute.

-* une politique internationale de sécurité globale : la sécurité des uns implique la sécurité de tous, et pour la construire, notre pays a un choix fondamental: perpétuer l'ordre existant, jouer d'alliances en vassalités, ou bien, s'inscrire avec d'autres nations dans l'objectif d'ouvrir une nouvelle ère, de mettre un terme aux politiques d'alliances et du billard à trois bandes, aux opérations de conquêtes de marché de l'armement, aux compromis avec les dictateurs et de fuite en avant vers des traités et accords de libre-échange qui affaiblissent toutes les économies nationales. Oui, la France a le choix, membre du Conseil de sécurité de l'ONU, elle peut décider que le politique et la diplomatie, la prévention des conflits et la résolutions des injustices sociales et économiques sont prioritaires dans l’action multilatérale pour briser les reins des organisations qui comme l’État islamique, Boko Haram ou ALQaïda ont profité de la faiblesse ou de l'effondrement d'Etats pour généraliser leur offensive meurtrière. Chaque jour, en Afghanistan, Pakistan, en Syrie et en Irak en plus de la guerre, au Nigeria, des bombes explosent sur des marchés et des places publiques ; le fléau s'étend à la Turquie d'Erdogan qui a soutenu l'Ei: alors quelles conclusions en tirer? Si ce n'est qu'il est grand temps de sortir de ces situations «schizophréniques» où les grandes puissances font l'inverse de ce qu'elles proclament, se mêlant de tout tout le temps, empêchant les peuples de choisir leurs dirigeants et leurs projets de société, faisant le tri dans les «bons» dictateurs contre les «mauvais»: un jour Bachar, enfant chéri de Chirac, le lendemain, ennemi public numéro 1 mondial… pour quels résultats cette politique extérieure prétendument pragmatique qui ne pense qu'en termes de guerre? aujourd'hui, on laisse l'Arabie saoudite mener la guerre depuis 18 mois au Yémen et permettre au fils Ben Laden d'appeler à un nouveau djihad, merci du cadeau, nous repartons encore pour un tour alors le Proche-orient et l'Afrique sont à feu et à sang?
Les peuples du monde ne sont pas dupes; et ces errements qui conduisent à tant de vies fauchées, gâchées, ne pourront durer éternellement. À la fête de l'Humanité, puis le 24 septembre dans 15 villes de France le PCF sera dans les Marches pour la paix pour faire entendre la voix de celles et ceux qui n'ont pas abandonné la lutte pour un monde débarrassé de la course aux armements, de l'arme nucléaire et des alliances belliqueuses comme l'OTAN.

-* une politique de réinvestissement dans les quartiers et de soutien aux collectivités territoriales, et une politique publique nationale de santé publique, de réinvestissement dans l’éducation et la formation, la culture, la création, le sport

-* une politique publique de l'emploi, de lutte contre la précarité et le chômage »

De ce point de vue, les enjeux européens sont vitaux.

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EUROPE / UE : l’exigence démocratique de refondation pour un développement partagé

Les dirigeants français ont tous réagi au résultat du référendum en Grande Bretagne en en appelant à une «refondation de l’Europe». Chacun y va de sa conception d’une UE toujours plus libérale et autoritaire, et de ce point de vue le président français n’est pas en reste. Tout en pressant la Grande-Bretagne d’enclencher le processus de sa sortie de l’UE, il prépare le Sommet de Bratislava du 19 septembre sur une ligne maintenant connue :

«rien ne sera possible en Europe si la confiance n’est pas retrouvée. Confiance des peuples -beaucoup ne comprennent plus le sens du projet européen- confiance entre les Etats qui voient l’Union soit comme un excès de discipline, soit comme un excès de solidarité. Confiance envers les institutions européennes, dont les procédures - mais cela ne vaut pas que pour l’institution européenne - ne sont plus adaptées à l’urgence de la période. Une nouvelle impulsion est donc nécessaire.

Le désarroi des dirigeants européens les conduit à chercher une issue dans plus d’autoritarisme qui s’exprime par exemple en filigrane de l’injonction adressée aux Britanniques:

« le choix qu’ont fait les Britanniques, nous devons simplement le respecter. Cette décision est irréversible et nous devons en tirer les conséquences.
Le Royaume-Uni ne pourra plus, une fois sorti, participer aux décisions européennes. Qui pourrait le comprendre? Le Royaume-Uni ne pourra pas non plus accéder au marché intérieur, sauf s’il en accepte les quatre libertés, c'est-à-dire notamment la liberté de circulation, s’il accepte l’ensemble de la régulation, et même la contribution budgétaire.
Je sais bien que ce sont des décisions difficiles à prendre pour le Gouvernement de Theresa MAY. Elle demande du temps, un délai pour préparer la négociation, sans doute, mais le délai d’évocation de l’article 50 ne pourra pas être prolongé au risque de provoquer incertitude et instabilité. Ce qui ne serait ni bon pour le Royaume-Uni, ni acceptable pour l’Europe.»

Le projet européen de la France souffre lui aussi d’une absence de vision d’avenir et de sens du rassemblement et de la solidarité:

François Hollande soumettra cinq propositions pour le Sommet de Bratislava.

- “La première est un plan pour la protection des frontières extérieures de l’Europe. C’est une nécessité absolue pour la sécurité, c’est ainsi que nous pourrons maîtriser l’immigration et accueillir dignement ceux qui relèvent du droit d’asile. Cela passe par un contrôle systématique de chaque entrée et de chaque sortie et par le déploiement de nouveaux gardes- frontières européens et la France a pris, là encore, sa part de responsabilité.
- La deuxième proposition concerne la défense européenne. (…) Il est sans doute maintenant temps d’inverser le processus, non pas de remettre en cause ce que nous avons fait, mais de se dire que ce qui fait une solidarité c’est d’abord de nous préserver dans ce que nous avons d’essentiel et de pouvoir agir, comme la France le fait à sa place, pour maîtriser le destin du monde et le nôtre. Alors l’Europe doit se doter de toutes les capacités militaires, des ressources industrielles nécessaires, pour construire son autonomie stratégique et je propose qu’un fonds européen de sécurité et de défense puisse être constitué. Puis, à terme, les Etats qui veulent souscrire à des objectifs plus ambitieux pourront constituer une coopération structurée permanente, elle est prévue par les traités.
- La troisième proposition, c’est l’investissement pour l’avenir. Il y a eu le plan Juncker et je veux saluer ce qu’a été l’initiative du Président de la Commission européenne. Je propose aujourd'hui de doubler le plan Juncker en le prolongeant, pour la recherche, pour la formation, pour les infrastructures numériques et énergétiques.  Dans la zone euro, nous avons besoin d’une harmonisation fiscale et sociale. Il n’est pas possible d’avoir la même monnaie, d’avoir les mêmes disciplines s’il y a des distorsions qui demeurent et qui empêchent la construction d’un véritable espace commun. J’ai fait la proposition, elle n’est pas nouvelle, d’une capacité financière supplémentaire pour la zone euro. La zone euro a des projets qui lui appartiennent et qu’elle doit absolument financer par ses moyens propres.
- La quatrième proposition est d’agir pour que nous puissions lutter ensemble contre le dumping social et fiscal et pouvoir aller plus loin pour faire payer l’impôt aux grandes multinationales du numérique qui viennent ici nourrir de la valeur, parfois la capter, sans jamais restituer le bénéfice que ces grandes sociétés constituent dans les pays où justement cette richesse a été créée.
- Enfin, la dernière proposition, c’est que l’Europe doit donner un espoir à la jeunesse. Si la nouvelle génération ne croit plus en elle, il n’y aura plus d’Europe. Alors il y a des éléments qui permettent à cette jeunesse de penser que la mobilité, la libre circulation est un atout, mais pour qui et pour combien? Il y a Erasmus qui était déjà élargi aux apprentis. C’est bien mais nous devons aller beaucoup plus loin. Tout jeune devrait pouvoir accéder à un programme européen, réaliser une mobilité pour une formation, pour un emploi, pour un engagement civique, pour découvrir le patrimoine en Europe, pour l’engagement climatique.(2)»

Vous comme moi avez bien lu, la France n’a au fond pas d’autre projet européen que celui qui est déjà imposé aux peuples. Pour eux, ils en sont convaincus, «aucune autre alternative» n’est viable, ni même envisageable. Toile de fond du «débat politique» des prochaines échéances électorales en France, et en Allemagne, la «perspective européenne» en débat peut se trouver réduite à «c’est ça, ou rien».

Le président tout en annonçant que la France ne saurait dans les conditions actuelles aller vers une validation des Accords TAFTA avant la fin du mandat d’OBAMA confirme néanmoins la position française sur le CETA.

Francis Wurtz appelait notre attention sur «les pressions en faveur de la signature officielle du traité UE-Canada , voire de son «application provisoire» ( avant même sa ratification par les différents parlements nationaux ) sont de plus en plus fortes, notamment du côté des milieux d’affaires. Une date est même avancée pour ce coup de force: le 26 octobre prochain, lors d’un sommet UECanada.»

-> de ce point de vue l’initiative du 27 septembre avec Anne et Michel Billout d’une assemblée de mobilisation sur le CETA est une initiative militante (interne) que nous devons réussir

Le «combat pour une autre Europe» dit Francis dans sa chronique du 25 août «ne peut attendre» et nous devons déployer de ce point de vue un effort de direction pour mettre les communistes en situation de mobiliser largement autour dans le débat politique et l’action sur ce terrain. La solidarité avec la Grèce est toujours à l’ordre du jour, et la convergence des luttes au plan européen contre les politiques d’austérité plus que jamais à l’ordre du jour. W Schaüble ne digère toujours pas qu’un an après l’humiliation qu’il a fait subir au peuple grec avec l’Eurogroup, la Commission européenne se soit refusé de sanctionner l’Espagne et le Portugal

-> la perspective du Congrès du PGE en décembre et de la discussion des communistes sur le mandat dont leur délégation sera porteuse devrait nous aider à être plus et mieux entendus sur l’avenir de l’Europe:

- parce que la mondialisation sous domination capitaliste et des institutions financières conduit à toujours plus d’insécurité en tout domaine et d’instabilité, les peuples d’Europe ont à la fois besoin de plus de solidarité et de plus de liberté, de coopérations mutuelles et de souveraineté propre pour résoudre les crises auxquelles ils sont confrontés ensemble et chacun;

- parce que son développement est entravée par des traités ultralibéraux, un processus de transformation appelle à une incursion massive des peuples dans le débat européen, et nous défendons la proposition d’un mouvement d’élaboration citoyenne d’un nouveau traité pouvant débouché ou être rythmé par des Etats généraux permettant d’élaborer et donner chair à la volonté de construire une union à géométrie choisie (=non autoritaire, non contraignante) de peuples et nations libres, souveraines et associées dans un projet visant le progrès et le développement humain social et écologique;

- les campagnes électorales peuvent permettre de ce point de vue de faire monter concrètement et sur la base d’exigences précises (sur l’argent, la BCE, les services publics, les coopérations extra-européennes), le mandat européen qui devrait être celui du prochain chef de l’Etat et de la prochaine majorité de gauche au Parlement

Outre le 27 septembre, j’appelle votre attention sur deux initiatives:

- la soirée de solidarité et d’échange que nous co-organisons avec le Sinn Féin le 24 septembre,

- et la journée européenne pour une paix du 26 novembre à Verdun (Centre mondial pour la paix).

Le temps presse dit Francis et il a raison, l’Autriche retourne aux urnes et l’extrême droite peut emporter la présidentielle. La France peut, et l’Allemagne, toutes les deux peuvent se réveiller des élections de 2017, et vont se réveiller, engourdies et assommées par le paysage politique que ces échéances vont dessiner. La question posée aux communistes français, mais bien au-delà au peuple de gauche en France, comme en Allemagne ou en Autriche, est de savoir si nous sommes capables en unissant nos forces nationalement et à l’échelle européenne de mettre en échec des scénarios de «victoire annoncée» pour une droite plus dure que jamais et flanquée d’une extrême droite fortement implantée et influente au plan idéologique.

J’ai délibérément évité de passer en revue et en détails les évolutions au Proche et Moyen-Orient, en Afrique, en Ukraine et Europe centrale ou en Amérique latine, nous y reviendrons dans le débat. Un trait domine cependant toutes ces situations singulières (dont quelque fois les implications et articulations sont grandes): c’est le mépris total des peuples et de leurs vies, et l’autoritarisme dominant. Cet été, il y a eu deux coups d’Etat institutionnels, en Turquie et au Brésil, une élection truquée au Gabon, une «guerre sans nom», une guerre oubliée», se poursuit au Yémen… Ces coups de force et les aberrations politiques nourrissent le désespoir. Notre responsabilité est d'agréger des forces populaires autour de projets politiques communs, coélaborés qui redonnent de l’espoir à l’humanité.

De ce point de vue, la décision que nous avons prise de co-organiser le 24 septembre les 15 marches pour la Paix initiées par le Mouvement de la Paix et auxquelles appellent 70 organisations augure d’une volonté de notre part de passer dès cette année à une autre échelle de notre travail démobilisation pour la paix et la culture de paix. Nous aurons à l’occasion du CN du 8 septembre à mettre en place la répartition des tâches des membres du Conseil national, et nous proposons de confier à un membre de l’Exécutif la tâche de travailler à la mobilisation de toutes les forces disponibles pour la construction d’un rassemblement de très large ampleur pour la paix, le désarmement, l’abandon de l’arme nucléaire et la dissolution de l’OTAN.

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Nos tâches & priorités d'ici décembre 2016

Nous vous proposons de consacrer nos efforts d’action internationales pour un monde de paix, de coopération, de justice et de progrès humain, social et écologique partagé:

«refonder l'Europe»: convergences de luttes pour les droits sociaux et humains, luttes pour réfugiés et pour migrants, batailles contre surarmement et contre arme nucléaire, mouvement Non à l'OTAN, transformations politique extérieure de l'UE (accords de libre-échanges, accords UE-Israël, accords UE-Turquie…);

Solidarité avec les peuples et les forces démocratiques et progressistes de Turquie: mise en place d'un »réseau » de solidarité entre parlementaires turcs/kurdes et français, campagne nationale «#StopErdogan: Paix et Démocratie en Turquie»;

Campagne Marwan Barghouthi, prix Nobel de la Paix 2016, articulée à la campagne pour la libération de tous les prisonniers politiques et à la campagne BDS International;

Campagne de soutien à la candidature symbolique d'Aminata Dramane Traoré au poste de secrétaire générale de l'ONU.

 

Notes:
(1) http://www.elysee.fr/declarations/article/declaration-attentat-a-saint-e...

(2) http://www.elysee.fr/declarations/article/discours-du-president-a-l-occa...

Bilan des énergies 2015 – Comparaison Allemagne et France

le 01 septembre 2016

Bilan des énergies 2015 – Comparaison Allemagne et France

Depuis quelques années, en Allemagne l’« Energiewende » (littéralement : le virage énergétique) et en France la « transition énergétique » sont appliquées. Pour faire le point de la situation, la fiche synthétique du bilan des énergies pour chacun de ces deux pays a été mise à jour pour l’année 2015 dont les données statistiques sont publiées et accessibles. Ces fiches (annexe 1 pour l’Allemagne, annexe 2 pour la France) comprennent 4 tableaux. Lire la suite dans le document à télécharger. Orsay, le 1er septembre 2016 Jean-Michel GAMA

Bilan des énergies 2014 – Comparaison Allemagne et France

le 24 août 2016

Bilan des énergies 2014 – Comparaison Allemagne et France

Déclaration du Comité international de la Marche Mondiale des Femmes réuni au Guatémala

le 20 juillet 2016

Déclaration du Comité international de la Marche Mondiale des Femmes réuni au Guatémala