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Le Parti communiste français achève sa mue : nous sommes passés en dynamique offensive. Notre ambition s'inscrit dans une visée d’avenir

Par Pierre Laurent, le 10 novembre 2012

Le Parti communiste français achève sa mue : nous sommes passés en dynamique offensive. Notre ambition s'inscrit dans une visée d’avenir

Discours de Pierre Laurent lors de la rencontre des nouveaux adhérents, le 10 novembre 2012 au siège du PCF.

 

"Cher-e-s ami-e-s, chers camarades,

 

J’ai lu dans la presse que nous voulions mettre en avant nos nouvelles adhérentes et nouveaux adhérents.

C’est vrai. Car vous êtes de plus en plus nombreux et, oui, nous en sommes fiers. Il existe une nouvelle génération de communistes. Vous êtes cette nouvelle génération de communistes.

 

Mais il y a une raison plus profonde à l'évènement qui nous rassemble aujourd'hui : la naissance et l'affirmation d'un communisme de nouvelle génération.

 

***

 

Oui, un communisme de nouvelle génération. Car le grand défi de notre temps, le grand enjeu d’avenir est celui du partage.

 

L’humanité affronte deux grandes dynamiques contradictoires.

 

La première est celle d'une révolution informationnelle qui bouleverse tout, la production, le travail, les rapports sociaux, les relations humaines, les représentations, les consciences. On la résume souvent à Internet. C’est une réduction simpliste.

 

La révolution informationnelle est ce mouvement dont la tendance majeure est la diffusion et la mise en commun des connaissances, des compétences, des idées, des créations. Elle met à l'ordre du jour de façon inédite l'ambition du partage, le partage de tout par toutes et tous.

 

Toutes nos frontières physiques et intellectuelles en sont bousculées, redéfinies, redessinées.

 

C’est une révolution de l’ordre économique, industriel et scientifique. C’est une révolution également de l’ordre des consciences.

 

Pour la première fois dans l’histoire de l'humanité, nous avons la possibilité de hisser notre niveau de coopération et d'échange à l’échelle de l'espèce tout entière. Mais le défi du siècle est celui de la maîtrise démocratique, consciente et commune de ce potentiel inédit. 

 

Nous vivons le temps où s’accélère la possibilité d’un partage à l'échelle de la planète. Ce possible peut aussi être confisqué pour le pire parce qu'une deuxième dynamique à l'oeuvre l'entrave systématiquement.

 

C'est la dynamique qui a dominé ces dernières décennies : la volonté farouche des forces du capital d’emprisonner la révolution informationnelle et tous les progrès de l'humanité dans la seule logique du profit immédiat, sa volonté farouche d'asservir son utilisation aux seules valeurs du marché et de la concurrence.

 

A mesure que les progrès humains ont accru la population mondiale et ses besoins sociaux, le capital, déjà entré en crise à l'aube de cette révolution dans le dernier quart du XXe siècle n'y a vu qu'« opportunités », que « marchés », que « conquêtes » et dominations nouvelles pour étendre son hégémonie et accroître ses profits.

 

Le temps était venu du partage, de la coopération et du service public. Le capital a choisi une nouvelle guerre économique mondialisée.

 

Le capital a choisi le culte de la rentabilité, de la profitabilité, le culte de l'urgence, le culte du chef, le culte de l'individualisme, de la compétition à mort et l'apologie du cynisme. Alors que le monde est pluriel, il le réduit à un uniforme, et les femmes et les hommes à des automates avec de faibles « temps de cerveau disponibles ».

 

Maintenant que son système de domination et d'exploitation est désormais entré dans une crise historique, il est bien incapable de faire face aux besoins inédits d'un développement humain durable.

 

Il fait même peser un risque mortel à l’espèce humaine, à sa niche écologique, aux générations futures.

 

La contradiction que nous affrontons est donc simplissime : le capital empêche l’avènement d’un nouvel ordre économique et civilisationnel basé sur le partage et la coopération qui frappent à notre porte.

 

Cette entrave du capital est potentiellement destructrice tandis que résoudre les grands défis énergétique, alimentaire ou scientifique par et pour un développement humain durable nécessite des ruptures avec l'ordre établi en appelant à tirer parti du meilleur de nous-mêmes.

 

Résoudre cette contradiction est le défi de notre génération et de celles qui suivront.

 

La question de notre époque est de lever le mouvement d'action qui permettra de libérer les potentiels et les forces d'émancipation qui grandissent dans nos sociétés et que le système emprisonne, bride et maintient sous domination. 

 

En vous engageant au Parti communiste français, vous avez décidé d'entrer dans ce mouvement de libération. Vous êtes entrés dans ce parti de l'action et de l'émancipation. Action, imagination et créativité, libération de tous par l'émancipation de chacun, mouvement pour le partage et pour le développement humain durable, voilà les axes cardinaux de notre combat.

 

Nous ne sommes pas des observateurs ou commentateurs critiques du capitalisme, nous sommes les combattants de son dépassement. Nous sommes de ces combattants du monde nouveau en devenir.

 

Le capitalisme libéral n'est évidemment pas la solution. Il prétend sans cesse se réinventer. Aujourd'hui, mondialisé, il consiste à donner toujours plus de pouvoir à des shootés de stock-options et de dividendes. Nous n'en voulons plus. Mais pour le remplacer, aucune des solutions passées ne nous apporte les réponses. Ni le communisme autoritaire qui annihile les forces créatrices, ni le compromis social-démocrate qui n'est rien d'autre qu'un pistolet à bouchons face une meute de loups.

 

Nous sommes fidèles à l'anticipation communiste qui, au cœur du développement du capitalisme, a compris et mis au jour, dès le départ, la nécessité de son dépassement.

 

Le XXe siècle nous a enseigné l'impasse dramatique du déni démocratique. Et surtout, nous avons conscience de la nouveauté radicale du monde qui est le nôtre et qui nous oblige à penser, dans l'action, les développements nouveaux indispensables de cette pensée. Nous voulons inventer, imaginer, rêver, oser, expérimenter. 

 

Nous vivons dans le monde où seul un effort de renaissance philosophique, intellectuelle, économique et politique sauvera l'humanité. Oui, un effort de renaissance. Et nous voulons être l’une des forces de la renaissance, d’un nouvel âge de la pensée et de l'action politique.

 

Aux sceptiques que j'entends déjà nous dire « ce n'est pas  possible », je veux répondre par avance.

 

Regardons l’Union européenne. Nous vivons actuellement une dérive autoritaire. Les fondamentaux de notre politique commune n’ont fait l’objet d’aucune décision démocratique, d’aucune délibération parlementaire, des gouvernements nationaux sont tombés par la volonté des marchés et des puissances de la finance, et d'institutions non élues comme la BCE. Cette Union européenne n'a pas d'avenir. L'Europe du partage et de la solidarité, si nécessaire, est à refonder.

 

Regardons le monde. C'est l'Amérique latine et centrale, la Chine, le monde arabe, l'Afrique. Le monde sous domination occidentale se meurt, l'Europe atlantique, adossée à l'OTAN et au dollar, c'est l'Europe qui retarde sur son temps. Nous ne voulons pas décliner avec ce monde vieillissant mais inventer les nouvelles frontières du partage. La France que nous aimons sait parler au monde. Et le monde aime la France qui parle le langage de la solidarité, notre langage.

 

Regardons le travail, dans lequel nous voulons créer, partager, coopérer, être utiles, échanger, respirer. Parce que travailler mieux, autrement, plus intelligemment, nous savons le faire. Et la révolution informationnelle nous le permet. Le débat actuel sur la compétitivité, qui est le nouveau consensus à la mode, nous rabâche   que la réduction des salaires et des droits sociaux est la seule voie de sortie de crise. Ils nous veulent à la tâche quand le monde qui frappe à la porte est celui du travail libéré.

 

Regardons la démocratie. Ils en ont plein la bouche mais ils la confisquent, ils la défigurent tous les jours. Ils votent des traités pour l'encadrer. Ils préfèrent le pouvoir concentré dans quelques cercles fermés, les consciences manipulées par des conglomérats mondiaux de l'information et des réseaux.

 

Mais le monde qui grandit, ce sont les réseaux citoyens acteurs du débat et de l'action politique. Le pouvoir renouvelé des citoyens à tous les niveaux est la clé de l'avenir. Notre nation, la France, peut comme elle le fit en concevant et adoptant une déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen il y a deux cent vingt trois ans, inventer, entreprendre les prémices de ce nouvel âge démocratique. Pour cela, il faut compter sur l'intelligence que recèlent le peuple et la société, il faut compter sur l'imagination et la force du partage.

 

Permettez-moi un clin d'œil historique. La découverte de l’ampoule électrique illustre assez bien le problème posé. Et le gouvernement, et la gauche plus largement, gagneraient à méditer cette petite histoire que je vous livre en trois phrases.

Longtemps, la recherche d’une meilleure production de lumière a consisté en la recherche du meilleur combustible et de la meilleure mèche possibles. Pendant des centaines d’années, les hommes se sont ainsi acharnés à créer la meilleure lampe à huile... Jusqu’au jour où l’un d’eux imagina de porter à incandescence un filament de tungstène. L’ampoule moderne était née.

 

L’ordre économique et politique est aux prises avec ce même problème. Le vieux monde cherche à sauver son empire par des solutions épuisées. Notre problème est de pousser en avant un nouvel âge économique, écologique, démocratique.

 

Les âges anciens sont ceux de la dynamique de concurrence. Efficace à bien des égards. Le capitalisme est une force de création destructrice. L’âge nouveau qui cherche son chemin est celui du partage comme source nouvelle d’efficacité sociale et économique.

 

Cela vaut mille fois pour la question démocratique. La République, elle aussi, doit entrer dans une nouvelle époque. Les pratiques politiques actuelles ne correspondent pas à la nécessaire démocratisation de la société. Le gouvernement gouverne avec les habits de la Ve République, point barre.

 

La démocratie est l’un des grands enjeux d’un nouveau siècle humaniste. Aujourd'hui, les institutions congèlent les forces citoyennes. Or, c’est dans leur mobilisation, dans des pratiques politiques nouvelles, que se trouvent les ferments d’une civilisation plus pacifique, moins violente, plus harmonieuse.

 

Quand, par exemple, plus de 309 milliards d'euros sont prélevés sur les richesses créées dans les entreprises pour payer les dividendes et les intérêts aux banques contre à peine 145 milliards versés aux cotisations de protection sociale, qui peut encore soutenir avec sérieux que le verrouillage de l’économie vient du travail, et pas des actionnaires et de la finance ?

 

Nous appelons à un nouvel âge de la démocratie économique permettant aux citoyens-travailleurs-usagers de décider de l’orientation des produits de l’activité économique.

 

De la même manière, quand aujourd’hui une chercheuse en cancérologie quitte la recherche publique, puis la recherche privée car les laboratoires sont devenus, selon elle, des lieux de concurrence entre chercheurs et de course aux financements, qu’en conclure ? Qu’en conclure sinon que la guerre pour la propriété des découvertes est devenue un obstacle à la découverte elle-même ?

 

Lorsque des professionnels du bâtiment affirment que les projets de rénovation thermique, alors que le bâtiment est le principal poste de gâchis énergétique, ne sont pas financés car, disent-ils, personne ne sait financer la réduction des coûts, c’est-à-dire personne ne sait financer la gratuité, comment agir si l’on reste engoncé dans le système actuel ?

 

Lorsque, années après années, on fabrique en masse du matériel informatique, ultra-polluant, irréparable, obsolète à très court terme, comment ne pas voir que la maîtrise des conditions de fabrication, de réparation et de recyclage n’est pas un problème sectoriel mais bien le problème de la société tout entière ?

 

Avec ces exemples, je veux souligner combien notre ambition communiste s'inscrit dans une visée d’avenir.

 

Si la démocratie a longtemps été vécue comme un frein à l’activité économique, elle est aujourd’hui le moteur qui permettra de reconnecter le système économique avec une ambition de civilisation.

 

Nous vivons dans la civilisation du marché. Nous vivons dans la civilisation du gâchis permanent.

 

Nous proposons un nouveau paradigme, une nouvelle base solide : le partage.

 

Il faut que l’esprit collaboratif le plus avancé de la sphère informationnelle envahisse la sphère publique et la sphère économique.

 

Les services publics, la grande production privée, la politique industrielle, la politique agricole, les politiques d’échanges doivent s’ouvrir à une maîtrise sociale étendue pour être plus efficaces, plus écologiques, plus civilisés.

 

La démocratie a longtemps été, du point de vue du mouvement ouvrier, un moyen de modifier les rapports de forces des hiérarchies sociales et économiques installées. Dans les luttes de classes d'aujourd'hui, le problème de l’avenir sera aussi de dépasser les structures hiérarchiques, d’en finir avec le temps des hiérarchies pour penser l’âge de la collaboration ouverte.

 

***

 

Amis journalistes,

 

Vous l'avez compris, nous avions envie de vous parler d'avenir. Nous vous avons invités, de manière un peu potache, à enterrer l’enterrement du Parti communiste français.

Je persiste et je signe.

 

Je m’adresse particulièrement à vous qui m'interrogez souvent sur la santé, la mort clinique ou l'état de survie de notre parti.

 

Oubliez tout ce que vous pensez savoir. Vos grilles de lectures sont périmées. Nous ne sommes pas un parti défensif, qui cherche à sauver son pré carré. Ne vous attendez pas à nous voir pleurnicher sur le passé. Notre seule préoccupation est l’avenir.

 

Le Parti communiste français achève sa mue : nous sommes passés en dynamique offensive. Notre problème n’est pas de tenir, de sauver ou de conserver, notre ambition est de bâtir, inventer, créer une nouvelle gauche, un communisme de nouvelle génération.

 

La social-démocratie est à court d'idées, essoufflée par le souffle toujours plus chaud du capital sur sa nuque...

 

Pas nous. Nous débordons d'idées, d'envie d'agir.

 

Nous n’avons pas peur de notre passé. Nous l’assumons. Nous assumons les grandeurs des combats menés par nos aînés. Nous analysons, sans détourner le regard car c'est indispensable pour comprendre et réinventer ce qui doit l'être, les graves erreurs commises. Nous les assumons car l’avenir s’écrit sur la lucidité et l’honnêteté.

 

Nous n’avons pas peur du passé, nous qui sortons de vingt années de travail critique sur nous-mêmes. Et qui, faisant le choix de poursuivre la route, conscients de l'immense travail de refondation qui nous attendait et qui est encore devant nous, avons mis le cap sur notre propre transformation.

 

Le passé est à présent à sa place et il est temps pour vous, chers amis journalistes, de prêter attention à ce que nous sommes réellement aujourd'hui et à ce que nous disons pour l’avenir.

 

Ce que je vous dis, je le dis aussi à l'adresse de toutes celles et de tous ceux qui, à gauche, enfourchent parfois les mêmes poncifs à notre égard.

 

Je leur dis, attention à ne pas retarder sur l'histoire. Le temps est venu d'une réinvention profonde des chemins de la transformation du monde. Ne vous endormez pas sur des certitudes dépassées. Travaillez avec nous à ce nouveau monde. 

 

Nous engageons donc, avec le 36e Congrès du PCF, d'un même mouvement, et le processus d’unification dans un communisme de nouvelle génération de la pensée écologique, économique et démocratique autour du principe d’une société du partage ; et le processus d'amplification du rassemblement engagé avec le Front de gauche, et qui vise désormais à rassembler toutes les forces sociales, citoyennes, communistes, socialistes, écologistes disponibles pour refonder les chemins de la transformation de notre société.

 

Notre passion du rassemblement, vous l'avez compris, demeure entière. Car l'intelligence est dans la société.

 

Nous voulons être utiles, toujours, à l'encourager, à la mettre en mouvement, à la rassembler, à la dynamiser.

 

Alors oui, chers invités, nous ne vous avons pas conviés à un numéro de claquettes bien rôdé où l’on fait applaudir les « djeun's »... Les premiers rangs des meetings politiques où ça applaudit sur commande vous ennuient ? Nous aussi.

 

Nous vous avons invités car, du dialogue avec les nouveaux adhérents communistes, est apparu un fait frappant : ils sont nés à la fois dans le monde de l’explosion des capacités de partage et dans le monde du chaos social et écologique. Cette nouvelle génération est née dans le monde d’une promesse contredite immédiatement par le rouleau-compresseur du marché.

 

Et c’est ainsi, dans cette contradiction, que chemine un communisme de nouvelle génération.

L'utopie communiste est de retour, elle est en marche – ce n'est pas de la nostalgie passéiste mais un tout autre mouvement : celui de l'envie d'agir, ensemble, pour bâtir, pour ouvrir le chemin de l'avenir. Une utopie forte de l'expérience que le rêve pour devenir réalité doit renforcer son humanité, et non la brider.

 

***

 

Je veux conclure en vous présentant notre nouvelle campagne d’adhésions.

 

C’est une campagne d’affirmation positive. Oui, je suis communiste et ça fait du bien. Ça fait du bien de partager. Ça fait du bien d’échapper à l’assignation d'être des vainqueurs, des agressifs, des égoïstes. Nous ne voulons pas être des gagneurs, nous voulons partager, nous ne voulons pas des profiteurs, nous voulons travailler, nous voulons le pouvoir... pour le rendre.

 

Oui, c’est une campagne d’affirmation positive. Nous combattons pour le droit à la tendresse, à l'amour, au secours, au travail libre, à l’éducation, à l’empathie...

 

On nous présente l’homme comme un loup... Cela contredit toute l’histoire de l’humanité... On ne retient que la guerre mais le principal n’est pas là : le principal est que le développement de l’humanité, c’est le développement de la capacité de millions d’êtres humains de travailler ensemble, de protéger les faibles, de secourir les plus âgés, d’éduquer leurs enfants.

 

Toute l’histoire de l’humanité est en réalité un développement des capacités empathiques de notre espèce, des capacités de coopérer. Alors, pourquoi s’arrêter à l’âge du capital ? Pourquoi s’arrêter à l’âge du capital, qui est un nouvel âge de bronze ?

 

Nous sommes le parti de l’âge du partage, l'âge à venir. Et oui, ça fait du bien de ne pas être une brute.

Je suis communiste, nous sommes communistes, et ça fait du bien.

 

Du bien à la France, à notre société, du bien dans ce monde brutal, du bien à l’avenir.

 

Merci."

 

Paris, le 10 novembre 2012.

LA GAUCHE EN RESPONSABILITÉ

le 18 octobre 2012

LA GAUCHE EN RESPONSABILITÉ

Sans trêve estivale ni état de grâce de changement de majorité, les mauvais coups pleuvent comme des cordes pour ce qui touche au quotidien alimentaire. De grands groupes volaillers agro-industriels sont dépecés aussi rapidement qu’ils ont bénéficié très largement d’aides publiques européennes et nationales sans conditions de relocalisations et d’emplois. L’équation pouvoir d’achat, ticket de caisse en courbe négative sur les produits laitiers place ce secteur en surcapacité industrielle… ou sous consommation ? Une sécheresse dans le Middle West américain et les pays de la Mer noire voit les affameurs hanter les places boursières.
Après avoir tourné la page du sarkozysme...

"Il est grand temps de rallumer les étoiles" - Humanifeste du Parti communiste français à l'aube du siècle qui vient

le 16 octobre 2012

Ci-joint, le projet de base de commune pour le 36e congrès proposé par le Conseil National réuni les 13 et 14 octobre 2012.

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« Il est grand temps de rallumer les étoiles... »
Guillaume Apollinaire

Humanifeste du Parti communiste français à l'aube
du siècle qui vient

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Nous voulons changer le monde ! Et la chose ne peut plus attendre. Les apprentis sorciers du capitalisme ne parviennent plus à faire face à leur propre crise et les prétendues solutions qu’ils mettent en oeuvre revêtent un caractère de plus en plus brutal et autoritaire. Nous voulons vivre à pleins poumons, quand la violence de la société nous poursuit un peu partout jusqu’à l’asphyxie.

Un choix radical est devenu inévitable : suivre la pente de la compétition sauvage et de la barbarie ; ou bifurquer sur le chemin du partage, de la démocratie et de l’humain. Quelle humanité voulons-nous être ?

Notre parti pris est celui de l’émancipation humaine, celui de l’épanouissement de chacune et de chacun, celui du droit au bonheur. Cela nous conduit à promouvoir l’égale dignité de chaque être humain, quelle que soit l’étoile sous laquelle il est né, quel que soit son genre, quelle que soit la couleur de sa peau, quelle que soit sa religion s’il en a une, quelle que soit son orientation sexuelle...

C’est ce qui donne sens à notre projet de société et à la manière dont nous voulons le faire avancer : avec toutes et tous. Cela n’est pas compatible avec l’austérité dévastatrice qui est la cause et la conséquence de la crise profonde du système lui-même. Cela n’est pas compatible avec les plans du capitalisme, qui bâtit une société de la concurrence de tous contre tous, où se déchaînent les pulsions de domination et de haine.

Le capitalisme a atteint un stade sans précédent historique de sa crise. Le XXIème siècle peut être celui de son dépassement. C’est un immense défi. Nous pensons possible de le relever.

Nous, communistes de France, lançons un appel au peuple de notre pays, aux peuples d’Europe et du monde. Allons-nous laisser écrire la suite de l’histoire par la main de celles et ceux qui nous ont mené au désastre ? Aucun des obstacles qu’ils dressent n’est insurmontable. Face aux urgences comme face aux grands enjeux, ne laissons pas notre destin se décider sans nous, au gré des humeurs du marché. Ensemble, soyons actrices et acteurs, décideurs et décideuses de l’avenir de l’humanité.

 

• Face à la crise, le choix radical de l’humain

 

1- Nous voulons un nouveau monde

 

Il y a un nouveau monde à gagner. Un nouveau monde pour l’humanité. C’est cette conviction renouvelée qui nous rassemble. En quelques décennies, nous avons changé d’époque. Certains s’entêteront à vouloir classer notre rêve au chapitre des illusions. Ils ne veulent pas voir qu’une puissante aspiration au changement travaille l’humanité en son coeur.

 

Prendre confiance

En proie à la crise majeure qu’il a provoquée, le capitalisme n’en finit pas de convulser, épuisant la planète et étouffant l’humanité. C’est pourquoi ses promoteurs sont à son chevet pour essayer de le sauver, en même temps que leurs immenses privilèges acquis contre l’intérêt de l’immense majorité.

D’un côté, beaucoup a déjà changé, par la mise en cause de la domination occidentale et l’émergence d’un monde beaucoup plus contradictoire, par les bouleversements des modes de vie et de production liés à la révolution numérique et informationnelle, ou par l’essor de la prise de conscience écologique... D’un autre côté, rien ne change vraiment ; tout est capté, puis digéré, pour alimenter la même fuite éperdue vers nulle part.

Dans leurs vies quotidiennes, des millions de femmes et d’hommes n’en peuvent plus. Dans notre pays, le chômage de masse continue de gagner du terrain, la précarité devient la norme particulièrement pour les femmes et les jeunes salarié-es, de plus en plus de retraité-es sont en butte à la pauvreté, trop d’étudiant-es s’endettent et cherchent des petits boulots pour financer leur formation, la santé devient un produit de luxe, les quartiers populaires concentrent tous les effets de la crise, le travail est de plus en plus vécu comme un traumatisme, la vie est de plus en plus chère, les minima sociaux ne suffisent pas à boucler les fins de mois, la violence monte dans toute la société... Tout cela alimente le sentiment d’impuissance savamment distillé dans les consciences.

Mais rien n’est écrit d’avance : le destin de l’humanité est entre ses propres mains. Il est temps, de par le monde, que les citoyennes et les citoyens reprennent confiance en leur pouvoir.

 

L’issue : rompre avec le capitalisme

Rompre avec le capitalisme en le dépassant est une urgente nécessité. La brutalité avec laquelle la crise est en train de précipiter l’humanité vers des abîmes exige la mise en oeuvre de solutions nouvelles qui s’attaquent aux causes réelles. La domination insensée des forces de l’argent doit être renversée pour laisser place à un mode de développement humain durable.

A celles et ceux qui parlent de moraliser le capitalisme pour mieux le conserver, nous disons que l’entreprise est vaine et que la manoeuvre ne prend pas. L’argent n’a pas de conscience. Le capitalisme est incapable d’offrir une autre perspective que l’asservissement de l’immense majorité des êtres humains.

A celles et ceux qui en appellent à la mesure et proposent de réguler le capitalisme, nous disons que c’est un objectif illusoire. Sans la volonté de prendre le pouvoir aux marchés financiers et aux grands possédants, l’expérience a montré qu’il n’y a aucun résultat signifiant. Il y a une contradiction de plus en plus insoutenable entre le capitalisme et le progrès social, entre le capitalisme et la démocratie, entre le capitalisme et le développement culturel, entre le capitalisme et l’écologie.

C’est pourquoi nous parlons de révolution. Une révolution citoyenne, pacifique, démocratique, et non pas la prise de pouvoir d’une minorité. Un processus de changement crédible et ambitieux, visant à transformer les logiques du système.

 

2- De la crise du capitalisme à la crise de civilisation

 

La crise, avec ses accalmies et ses soubresauts, les peuples du monde la subissent depuis plus de trente ans. Chaque jour s’approfondissent ses dégâts, jusqu’à remettre en cause les fondements de la civilisation.

 

La crise financière provoque l’explosion sociale et économique

En 2007, s’est déclenchée la plus grave crise financière depuis l'entre-deux guerres, suivie deux ans plus tard, de la première récession mondiale depuis 1945.

Les véritables causes de cette crise majeure se trouvent dans la domination des forces de la finance. Les exigences de rentabilité des capitaux écrasent l’économie réelle et imposent au monde du travail de multiples et insupportables saignées.

Au cœur des emballements actuels, se trouve un antagonisme fondamental : le capital utilise les immenses possibilités de la révolution numérique et informationnelle pour nourrir son obsession de faire de l’argent pour l’argent. Cela entraîne un chômage de plus en plus massif, ainsi que l’accroissement des revenus du capital au détriment des revenus du travail. Résultat : la productivité augmente mais pas les débouchés. Cette situation conduit inexorablement au développement d’une concurrence de plus en plus déchaînée, d’une exploitation des salarié-es de plus en plus forcenée

Ce développement spasmodique s’est construit pendant plusieurs décennies sur le surendettement généralisé …qui a fini par exploser avec la crise des subprimes aux Etats-Unis. Les forces de la finance se sont alors plus que jamais comportées comme une nuée de criquets. Pour éviter l’embrasement, de gigantesques liquidités ont été déversées par les pouvoirs publics et englouties dans la même logique. Ce sont les peuples qui en ont payé le prix par le recul continuel des droits sociaux, des services publics et du pouvoir d’achat : de quoi accentuer encore l’endettement, la faiblesse de la croissance et la relance de la spéculation ravageuse. Une spirale infernale.

Ces enchaînements font particulièrement sentir leurs conséquences en Europe, au point de menacer la reprise mondiale. En Grèce, il a été imposé au peuple une injustifiable cure d’austérité, plongeant dans la misère et l’incertitude une large part de la population. Partout, la réduction drastique des dépenses publiques a été mise à l’ordre du jour pour nourrir plus encore le monstre insatiable de la finance.

La fameuse « crise de la dette » provient surtout de l’insuffisante des recettes publiques et sociales, du coût des intérêts versés aux banques sur les marchés financiers, de leur sauvetage et plus encore de l’appauvrissement généralisé de nos sociétés, vampirisées par les forces de la finance. Et le comble, c’est que cette spirale du déclin est utilisée par celles et ceux qui la causent pour culpabiliser les salarié-es et les populations, justifier les privatisations.

Avec l’appui d’une pensée technocratique autoritaire, les peuples européens ont été sommés de se soumettre et d’abandonner toujours plus de leur souveraineté. Les forces financières et leurs relais ont défendu bec et ongles l’interdiction faite à la Banque Centrale Européenne de créer de la monnaie, afin de se servir de l’Euro pour sécuriser leurs créances. Ainsi, au lieu d’alléger le poids des dettes des Etats et d’engager des réponses publiques face à la situation, ce sont donc les banques, sans cesse renflouées, qui sont encouragées à poursuivre leur œuvre sans rien changer. Et la crise se poursuit…

 

Ailleurs, le Fonds Monétaire International et la Banque mondiale se font les instruments de la domination absolue des marchés financiers et s’attachent à leur faire place nette en conditionnant chacune de leurs interventions à des régressions sociales.

Dans les pays émergents, où l’industrialisation demeure toujours dominée par les multinationales, la croissance s’est réalisée à marche forcée. Provoquant un exode rural massif, elle s’est souvent construite sur la base de conditions de travail dignes de celles qu’avaient pu connaître les ouvriers européens du XIXème siècle. Dans de nombreuses régions du globe, la misère a continué d’être le lot commun tandis que s’implantaient des paradis touristiques réservés à une minorité. D’immenses vagues d’expropriation des peuples de leurs terres et de leurs droits se sont produites.

L’ensemble de ces profonds bouleversements s’est opéré sur la base d’une mise en concurrence exacerbée, d’un gaspillage d’outils et de savoir-faire incroyable, et d’inégalités insupportables.

 

Une crise écologique croissante

La crise économique et sociale se mêle à une crise écologique croissante. Car la course effrénée au profit se nourrit également sans vergogne de la spoliation permanente des ressources naturelles. La pollution des océans, des rivières et fleuves provoque une disparition de la flore et de la faune aquatique ; l’exploitation sans retenue des forêts conduit à leur disparition ; l’agriculture intensive entraîne l’appauvrissement des terres et des sous-sols tandis que la biodiversité s’effondre et que des espèces comme les insectes pollinisateurs disparaissent… Même habillé de vert le capitalisme se moque de la planète : les lobbies de la climato-économie libérale se repaissent allègrement des catastrophes écologiques, en faisant du profit sur les exigences de développement durable.

Le réchauffement climatique tient une place de premier rang dans l’ordre des défis à surmonter : les tempêtes et les inondations sont le pendant de la sécheresse et de la désertification. Quant à la fonte de la banquise et des glaciers, elle engendre l’élévation du niveau des mers créant par millions une nouvelle catégorie d’êtres humains : les réfugiés climatiques… La réduction des énergies carbonées à l’origine des gaz à effets de serre est donc une absolue nécessité planétaire. Comment accepter, de Copenhague au sommet de la terre de Rio, que des décisions de cette importance aient pu être remises en cause pour satisfaire des intérêts financiers ?

Enfin, le respect des ressources en eau et leur partage nécessitent une prise de conscience plus vigoureuse encore, tant les besoins sont criants. Et l’heure est à un autre modèle d’agriculture, protégé de la spéculation, soucieux de la santé publique et de la lutte contre la faim. Or, malgré les alertes de la FAO, on a continué à développer des cultures qui privent une partie de la population mondiale de denrées de première nécessité. Les images insupportables d’enfants se nourrissant de galettes de boue, tandis que les spéculateurs continuaient impunément leurs basses oeuvres sont restées gravées dans nos mémoires. Pouvons-nous accepter d’être réduits à l’impuissance ?

 

La démocratie réduite à un théâtre d’ombres

Devant la pression du pouvoir considérable acquis par les marchés financiers, nous sommes entrés dans un cycle de régression démocratique. La capacité d’intervention des peuples a été rognée en permanence jusqu’à être cantonnée à la marge des grandes orientations qui régissent les sociétés, tandis que la puissance publique a été de plus en plus accaparée au service des marchés financiers. A tous les niveaux a été organisé le dessaisissement progressif des citoyennes et des citoyens de leur pouvoir. On est passé de l’Etat-Providence à l’Etat de marché. Pour donner le change, on a ainsi inventé le concept particulièrement pervers de gouvernance, véhiculant l’idée que la conduite politique pouvait se contenter de compétences. Par une série de coups d’Etat déguisés, une petite oligarchie, relayée par ses innombrables lobbies, a pris le pouvoir de façon insidieuse, maintenant les apparences de la démocratie. Ainsi, plus les changements nécessaires paraissent immenses, moins l’action politique paraît être porteuse de solutions.

 

Des crises internationales à répétition

Depuis le bouleversement géopolitique lié à la chute du mur et à la mondialisation capitaliste, des crises internationales majeures s’enchaînent dans un monde présenté comme irrémédiablement instable et dangereux. Les réponses militaires et les stratégies de puissance seraient, nous dit-on, les seules possibles. Les dépenses liées à la guerre pèsent lourd dans les budgets publics.

En Irak, en Afghanistan, en Libye, en Afrique… des logiques de guerre, au nom de prétendues valeurs occidentales, n’ont cessé d’exacerber les tensions, d’étendre les instabilités, d’aggraver les crises. Cette escalade sans issue, dans le mépris des droits des peuples et l’instrumentalisation de l’ONU, est le fruit d’un néo-impérialisme dont la volonté de prédation est à l’œuvre partout où des intérêts stratégiques sont en jeu.

Les tensions et les violences qui caractérisent le monde d’aujourd’hui, dans sa complexité, s’enracinent en particulier là où le sentiment existe que la politique des Etats-Unis, des pays de l’Union européenne, de l’OTAN... bafoue la dignité, la souveraineté des peuples.

Le non respect des droits de la Palestine, la succession de guerres, le soutien à des dictatures, les politiques néolibérales imposées par le FMI et l’Union européenne… Tout cela n’a cessé d’alimenter un rejet profond de la domination occidentale et de fournir des motifs de révolte et de mobilisation populaires puissantes.

 

L’humanité en panne de sens

La conjugaison de ces crises finit par plonger l’humanité dans une véritable crise de civilisation. Une crise du sens et de l’imaginaire. Une crise existentielle qui interroge les rapports entre les êtres humains et leurs rapports à la nature.

Le capitalisme est venu exacerber toutes les dominations existantes, à commencer par le patriarcat. Prospérant sur la concurrence et la peur de l’autre, il a sapé les fondements du vivre ensemble. Les savoirs et leur diffusion ont été placés au service de la rentabilité financière, et les êtres humains empêchés d’acquérir une maîtrise critique des connaissances et une culture commune. La marchandisation de tout jusqu’au corps humain, la guerre de tous contre tous et l’explosion des inégalités, la domestication de la culture et de l’éducation se sont abattues sur les peuples. Les grandes puissances se sont attelées à fournir des motifs de justification à leurs guerres néo-coloniales.

Dans une humanité déboussolée, les résistances à cet ordre mondial insupportable se sont exprimées de façon contradictoire. La théorie du choc des civilisations, mise en pratique par des responsables politiques peu scrupuleux, pour servir les intérêts de leur cause, a fait grandir des affrontements dangereux et sans issue à l’échelle planétaire. Le terrorisme, qui pousse sur le terreau de la domination des peuples, est devenu le nouvel ennemi public.

Dans ce contexte, le peu de prix accordé aux vies humaines constitue un traumatisme sérieux. L’humanité se cherche. Elle ne trouvera réponse à ses questions que dans la quête commune de sens, que dans la mise en œuvre d’un projet commun, que dans la fin des logiques de puissance et de prédation.

 

Fenêtre 1 : La crise et son issue en question

La crise, dans toutes ses dimensions, est dans toutes les têtes. Comment l’analyser et cerner ses contours ? Quelles contradictions provoque-t-elle au sein du système ? Quelles luttes se développent et quelles luttes développer ? Quelles sont les issues ? Quelles brèches ouvrir dans l’austérité ? Plus elle est comprise et interprétée, plus les solutions se dessinent et plus l’espoir pourra gagner du terrain.

 

3- Un nouvel âge de la lutte des classes dans une humanité fragmentée

 

Au coeur de ces difficultés les résistances et la créativité des hommes et des femmes peuvent ouvrir de nouveaux horizons. C’est ainsi que pourra se reconstruire une civilisation nouvelle de femmes et d’hommes, riches d’influences culturelles différentes, mais fondamentalement libres, égaux et associés.

 

Pour une nouvelle conscience de classe

La lutte des classes avait disparu. C’était une vue de l’esprit, un fantôme du passé que quelques individus inadaptés aux exigences de la modernité cherchaient à réveiller. Chacun était seul responsable de la situation dans laquelle il se trouvait. Voilà le discours hypnotisant qui nous a été servi des années durant. Et pourtant, jamais il n’y a eu de pause dans cet affrontement.

La crise a commencé à faire tomber le masque, de par la violence de la tentative d’écrasement que mène la classe dominante. Nous avons vu défiler les marchés financiers et leur course à la compétitivité, les actionnaires et leurs dividendes, les banquiers et leurs escroqueries, les grands patrons et leur héroïsme... Nous avons entendu que « la guerre des classes existe » et que c’est leur classe, « celle des riches » qui est en train de la gagner.

Pour que l’immense majorité, les « 99% », puisse faire valoir ses droits au changement, nous voulons qu’émerge une nouvelle conscience de classe, qui rassemblerait le monde du travail et de la création. Il est grand temps que se retrouvent tous ceux et celles, épris de justice, de paix et d’humanité, dont l’intérêt est d’unir leurs énergies pour ne plus laisser quelques profiteurs décider à leur place. Il faut pour cela faire grandir une alternative commune. Nous bataillerons pour faire échec à la division du salariat, et à la division sexuée du travail qui se fait au détriment des femmes. Ainsi, nous combattrons le fameux concept de « classe moyenne », modelé pour faire croire à toute une partie de la population qu’elle pourra s’en sortir mieux que les autres parce qu’elle le vaut bien. De même nous ne laisserons pas s’installer plus avant le terme pernicieux d’assistanat pour décrire le devoir qu’a la société de relever celles et ceux qui sont dans la difficulté et de les accompagner.

 

Des femmes et des hommes décidés à gagner

Profiteurs contre producteurs. Finance contre travail. Comment peut-on dans ce contexte, appeler à partager les efforts et proposer le match nul ? Les appels du gouvernement français à rechercher un « compromis historique » entre le patronat et les syndicats pour un « choc de compétitivité » sont inacceptables. Il s’agit d’une nouvelle tentative de « baisser le coût du travail », d’accentuer l’individualisation de la relation de travail,  et d’imposer la flexibilité. Cette offensive n’a d’autre but que d’asservir plus encore les salarié-es, comme si les régressions de ces dernières années n’avaient pas suffi. Le patronat a fait le choix de la désindustrialisation, de la spéculation, de l’abandon de la recherche-développement et de la formation, de la mise en concurrence des salarié-es entre eux par le chômage et la précarité… Il voudrait encore doubler la facture. S’il faut un choc, c’est pour baisser le coût du capital et non la rémunération du travail ; c’est pour baisser les charges financières et non pas les cotisations sociales ; c’est pour en finir avec la précarisation et non pas pour l’augmenter ! Voilà les issues à la crise !

 

Face aux offensives brutales d’actionnaires insatiables, les salarié-es, avec leurs organisations, ont cherché à établir des résistances solides. Dénonçant le mépris et l’incohérence, ils ont mis sur la table des projets alternatifs crédibles. Malgré les atteintes au droit de grève, malgré la criminalisation de l’action syndicale, malgré les chantages, malgré l’abandon des pouvoirs publics, des luttes ont grandi, dont certaines ont pu ouvrir des brèches. Ces hommes et ces femmes, atteints dans leur dignité, défenseurs d’eux-mêmes autant que de l’intérêt général bafoué, tiennent tête aux puissants. Parmi eux, il y a ces ouvrières et ces ouvriers que les médias ont longtemps ignoré, caricaturé et dont ils ont même décrété la disparition. C’est de leur côté que se trouvent les solutions.

 

Dans ces batailles, les femmes prennent très largement leur place, affrontant au passage un double mépris, tandis que chaque mesure de régression adoptée les frappe plus durement en raison de leur genre. Mais si le capitalisme se nourrit de cette oppression, nous savons qu’elle n’a pas besoin de lui pour exister. Pourquoi faut-il encore aujourd’hui mener la bataille pour le droit à disposer de son corps et contre les violences faites aux femmes ? Combien, de par le monde, sont traitées comme des mineures, contraintes d’obéir, de se cacher, de se soumettre ? De la même manière, pourtant, aux femmes, on avait expliqué que le féminisme était un combat dépassé, balayant d’un revers de main les inégalités persistantes, le patriarcat encore vivace. Ce combat contre la domination et pour l’égalité doit se faire plus encore le combat de toute l’humanité.

 

Le grand piège de « l’affrontement identitaire »

Racisme, xénophobie, antisémitisme, islamophobie, sexisme, homophobie, lesbophobie, transphobie et autres avatars du rejet de l’autre n’ont pas attendu la naissance des marchés financiers pour sévir. Nous les combattons toutes avec vigueur, en tant que telles. Nous savons aussi que les forces dominantes ont bien compris le parti qu’elles pouvaient en tirer : afin de détourner la colère sur d’autres têtes, elles s’attachent à diviser leurs victimes dans des affrontements qui laissent à l’abri leurs intérêts.

Pour déclarer l’ouverture de la chasse aux boucs-émissaires, tous les prétextes sont bons. La stigmatisation tous azimuts des jeunes des quartiers populaires, des agents de la fonction publique, des grévistes, ou encore des chômeurs et des pauvres établit une liste de prétendus profiteurs du système, en même temps que le portrait robot du prétendu méritant vertueux qui serait lésé par leur seule existence. Dès lors, lutter contre toutes les dominations, travailler à gagner l’unité et la solidarité contre les divisions, c’est façonner cette nouvelle conscience de classe que nous recherchons. C’est plus que jamais une urgence.

En effet, à partir de l’insécurité sociale latente, tout est fait pour que l’être humain se sente plongé dans un climat d’insécurité existentielle, au point de se vivre comme un individu assiégé de toutes parts. Assiégé dans son être même, dans son identité... Le pas suivant est vite franchi. Ainsi donc, le tranquille autochtone, serait seul face aux barbaresques menaçants. Il s’agirait donc pour lui de s’unir avec ses semblables face à l’ennemi désigné, accusé de « racisme anti-blancs ». Les mêmes qui critiquent le communautarisme l’installent de fait, dans une dimension profondément conflictuelle, allant jusqu’à usurper et dévoyer le principe républicain de laïcité.

Le déplacement du conflit social sur le terrain identitaire et communautariste est lié à l’héritage complexe et encore pesant d’une histoire nationale marquée par le fait colonial et relève d’une stratégie visant à fractionner les couches populaires et à masquer l’aggravation des inégalités sociales. C’est ce que l’on appelle l’ethnicisation des rapports sociaux, et c’est, dans le monde d’aujourd’hui, une arme de division massive.

S’appuyant sur la théorie du choc des civilisations, la diabolisation insupportable de l’islam et des musulmans, amalgamés en permanence à des étrangers intégristes et à des terroristes en puissance, a une fonction particulière dans ce dispositif. Voilà ainsi campé le personnage de l’étranger par excellence, celui qu’on incrimine et contre qui l’on veut fédérer. A partir de là peuvent se déployer toutes les peurs, toutes les haines et toutes les jalousies, comme on le voit aussi particulièrement à l’endroit des Rroms ou des sans-papiers. Comme on le voit également à travers l’islamophobie et la résurgence de l’antisémitisme. Le développement d’un nouveau type de racisme, de plus en plus décomplexé, ne saurait être compris sans mesurer la portée de cette offensive menée par la droite et l’extrême droite. Elle est susceptible d’alimenter bien des tensions au sein des peuples comme au plan international. En mettant cet affrontement identitaire à l’ordre du jour, elle porte un grand danger de notre temps.

 

Communistes, nous affirmons l’inexistence des races, prônons l’universalisme et l’égalité de tous les êtres humains. Nous concevons la diversité des cultures, des héritages comme un patrimoine de toute l’humanité. Combattants contre toutes les aliénations, nous refusons les assignations identitaires imposées aux individus. Comme beaucoup d’hommes et de femmes, nous ne reconnaissons pas la richesse de l’humanité dans ces identités étriquées, fantasmées, artificielles. La question est bonne : homme, femme, qui es-tu ? Mais la réponse ne peut consister à s’enfermer dans des cases pour se rassurer et se protéger. L’être humain est un être social, un être de relations, un être de culture. L’être humain est un producteur. Un être en chemin et en devenir. Chacune, chacun, nous sommes des humains uniques et complexes, d’influences et d’appartenances multiples. Ensemble, nous sommes l’humanité.

 

Que dire, alors, de la nation ? Nous en portons une conception qui se situe aux antipodes de la vision identitaire et ethno-culturelle qui teinte les discours de la droite, sous l’influence de son extrême. La nation est pour nous un lieu essentiel du faire peuple et de l’exercice de la démocratie. Un lieu essentiel de l’internationalisme. La nation française elle-même s’est forgée dans la Révolution. Elle peut être fière de sa diversité régionale, en particulier linguistique. Elle est habitée d’une culture ouverte et en mouvement dont le monde a besoin. Au même titre qu’il a besoin de l’apport des autres nations de l’Europe et du monde. Depuis l’aube de notre histoire, les échanges entre les peuples nourrissent les représentations qu’ils se font d’eux-mêmes, leurs cultures communes et leurs façons de vivre. Partout, au coeur de la vie quotidienne dans les villes du monde, c’est cela qui se poursuit.

C’est pourquoi, l’idéologie xénophobe du nationalisme est une dangereuse fumisterie. Convaincus qu’il est vain d’enfermer toute tentative de changement dans la seule nation, nous proposons d’en refonder le principe pour reconstruire de l’unité sur les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Dans le même mouvement, il sera possible d’inscrire cette refondation dans une quête de mondialité. C’est-à-dire un processus permanent d’humanisation de l’humanité capable de bousculer la mondialisation capitaliste et d’opposer aux affrontements identitaires la force d’un monde interculturel. De tous les pays, unissons-nous.

 

Fenêtre : La fragmentation de la société en question

Vivre ensemble, lutter ensemble. Nous voulons lutter contre toutes les dominations tandis que le capitalisme les utilise pour diviser les peuples. Comment faire face à la fragmentation de la société, lutter contre les divisions, combattre les visions ethnicisées du monde, affronter l’individualisation des rapports sociaux… ? Comment construire une conscience de classe de notre temps ? Comment lutter contre la montée de l’extrême droite et de ses idées ? Qui et comment rassembler pour un changement politique ?

 

4- L’ouverture de nouveaux champs du possible

 

Quand les peuples se mettent en mouvement

Partout dans le monde, des mouvements populaires se développent qui en attestent : l’humanité cherche des issues. En effet, comment ne pas trouver dans le mouvement d’occupation de Wall Street, le temple du capitalisme mondialisé, le signe éloquent d’un système en perte de légitimité ?

Dans les pays d’Europe, les peuples résistent et manifestent leur profond rejet de l’austérité. Des forces politiques comme Syriza, en Grèce, opposées aux orientations européennes, commencent à gagner une place politique nouvelle. Sans oublier les « Indignés », qui portent une forte contestation du système, et bien souvent de la politique en tant que telle.

En Amérique Latine, dans la diversité des histoires nationales, des forces politiques, ont été portées au pouvoir pour s’opposer au pillage impérialiste de leurs richesses et de leur travail, pour fonder de nouvelles coopérations et solidarités, y compris avec Cuba, victime d’un blocus inacceptable. Il s’y mène des politiques nouvelles où l’on cherche des façons de rendre au peuple les droits qui sont les siens. Ces expériences nous intéressent, elles nourrissent nos espoirs, elles participent à rendre partout le changement possible. Nous en sommes pleinement solidaires.

Le Printemps arabe, s’il a débouché sur des situations contrastées, ne saurait être interprété autrement que comme une éruption trop longtemps contenue, d’aspirations profondes à des bouleversements dans la vie quotidienne et dans la vie démocratique des peuples. Le monde arabe n’en pouvait plus de cette domination néo-coloniale dont la misère, la famine et la privation de libertés étaient le prix. Au coeur de ces mouvements, les aspirations démocratiques et progressistes doivent prendre le dessus.

Dans notre pays, enfin, se lèvent dans de nombreux champs de la société des mouvements de lutte qui portent des revendications et des propositions concrètes. C’est de là que naîtra le changement.

Nous souhaitons que se libèrent toutes ces forces qui veulent transformer nos sociétés, et celles qui ne trouvent pas encore à se manifester. Si elles sont encore éparses, s’il leur manque un projet commun, elles sont porteuses d’un souffle nouveau dont le monde a besoin.

 

Quand le progrès sert l’humanité

La révolution numérique et informationnelle bouleverse déjà les modes de production et d’échanges, comme les modes de vie. Elle prolonge l’intelligence humaine et change son rapport au monde, alors que jusqu’ici les outils, puis les machines de la révolution industrielle, avaient permis simplement de «prolonger la main», en instituant une séparation multi-séculaire entre celles et ceux qui décident et celles et ceux qui exécutent,. Les systèmes automatiques de traitement, de stockage et de transmission de l’information sont autant d’avancées ouvrant des possibilités inédites que le capital s’efforce de confisquer, avec les gains de productivité qu’elles génèrent. Pourtant, elles portent en elles la possibilité d’une autre civilisation, fondée sur la mise en commun et la coopération plutôt que sur la marchandisation du monde.

En tous domaines, les progrès considérables de la connaissance et des savoirs, accompagnés de progrès techniques et technologiques incessants, couplés à cette révolution sont une chance pour l’humanité. L’organisation du travail, sa conception et sa place dans la vie des êtres humains pourrait en être complètement changée.

Contrairement au projet d’une « économie de la connaissance » qui capte la recherche au service de la rentabilité et vise la refondation de la formation au service de la division du salariat, nous voulons nous appuyer sur la place croissante des savoirs dans la société pour construire une culture commune émancipatrice. Déjà, la place croissante des savoirs dans le travail, dans le débat démocratique et dans la vie quotidienne est à l’origine d’aspirations nouvelles.

Sous la crise du capitalisme émergent déjà les prémisses d’une troisième révolution industrielle avec l’impression 3D, les machines auto-réplicatives libres, l’open source hardware, les mouvements hackers et maker. Ainsi se créent et se développent des lieux de conception et de proximité en réseau, ouverts et gratuits, où l’on partage savoir et savoir-faire, où l’on crée plutôt qu’on ne consomme, où l’on expérimente et apprend collectivement, où le producteur n’est plus dépossédé de sa création, tels les Fab Lab, qui sont les moteurs de ce mouvement.

Toutes ces avancées portent en elles des possibilités de mise en commun, de partage et de coopération inédites.

 

5 • Un projet de société fondé sur l’humain

 

Alors, quel projet ? Cette question, nous ne souhaitons pas y répondre seuls. Nous voulons la poser en grand à la société. Nous voulons interroger les hommes et les femmes, pour donner de l’espace et de l’écho à leurs aspirations. Ouvrons grand les vannes : « et vous, quels changements de société voulez-vous ? » Voilà la grande campagne d’échanges citoyens que nous souhaitons lancer dans tout le pays et au-delà.

Nous ne saurions nous engager dans une telle initiative sans décrire nous-mêmes le projet de société que nous portons. Nous ne le concevons pas comme un modèle prêt-à-porter, mais une contribution forte dans la quête de l’humanité.

Rien de tout cela ne tombe du ciel. A la suite des Lumières et de la Révolution Française, il y a les anticipations fondamentales issues de Marx, et des penseurs du socialisme, avec une mention particulière dans notre pays pour la contribution de Jean Jaurès, qui fonda ce journal au nom si emblématique : L’Humanité. Il y a ensuite les enseignements que nous avons tirés des échecs et de l’effondrement des premières tentatives de rupture avec le capitalisme du XXème siècle : sans démocratie, respect des libertés et des droits de l’homme particulièrement, il ne saurait y avoir d’émancipation humaine. Il y a encore les avancées produites par les communistes depuis un certain nombre d’années pour définir d’autres logiques à mettre en oeuvre. Il y a enfin tout ce qui se cherche et s’invente dans les luttes et le mouvement des idées pour faire grandir l’alternative.

Notre projet se nourrit de tout cela. Il est en construction permanente. Un projet alternatif au capitalisme et à toutes les formes de domination doit permettre la convergence des pensées qui leur résistent : celles qui prennent le contre-pied des politiques libérales sur le plan social et économique, celles qui renouvellent l’exigence écologique, celles qui vont puiser dans les aspirations libertaires et l’humanisme, celles du féminisme, celles de la République face à sa décrépitude avancée, celle de l’altermondialisme... Il doit également se forger dans la vie, comme une réponse aux contradictions dans lesquelles les femmes et les hommes se débattent. C’est ce que nous nommons communisme : l’incessant mouvement démocratique d’appropriation citoyenne du monde et de partage des avoirs, des savoirs et des pouvoirs qui enverra peu à peu aux oubliettes l’ancien régime du capitalisme et fera grandir l’humain dans l’humanité.

 

La démocratie comme mode de vie

La démocratie doit être au coeur du vivre ensemble, par la reconnaissance d’une souveraineté populaire pleine et entière comme étant seule légitime. Aucun pouvoir, fut-il éclairé ou savant, ne saurait s’affranchir du peuple et gouverner sans lui. Nous proposons de démocratiser tous les espaces de la société, en recherchant partout à pousser les feux de l’intervention citoyenne et de la co-élaboration.

 

Nous voulons une nouvelle République, où l’exercice de la démocratie ne consistera pas à abdiquer son pouvoir de citoyenne ou de citoyen. Dans toutes les institutions, nous voulons rompre avec le présidentialisme, en finir avec le cumul des mandats en nombre et en durée, favoriser la délibération et l’exercice collectif des responsabilités, promouvoir la proportionnelle comme mode de scrutin à toutes les élections locales et nationales, trouver les voies d’une parité effective, ouvrir un droit d’initiative législative populaire et un droit de saisine des institutions. Nous proposons également pour faire vivre la démocratie et lutter contre la professionnalisation de la politique, la création d’un statut de l’élu-e.

Au sein de cette République, nous voulons une vraie démocratie locale, dont les communes doivent être le coeur battant. Elles devront y développer l’esprit coopératif à chaque fois que nécessaire en faisant respecter l’esprit décentralisateur et la souveraineté populaire. Nous sommes pour une citoyenneté de résidence et nous défendons le droit de vote des étrangers vivant dans notre pays.

Pour prendre le pouvoir, il faut comprendre le monde. Notre exigence de démocratie rend nécessaire l’accès de toutes et tous aux savoirs.

Nous proposons une véritable démocratie économique et sociale, qui instaurera l’exercice de nouveaux pouvoirs pour les salarié-es dans les entreprises et transformera les structures juridiques qui fondent aujourd’hui la propriété du capital et son pouvoir absolu, en s’appuyant sur des formes diverses de propriété publique et sociale. La citoyenneté ne doit pas s’arrêter à la porte des lieux de travail. Sans attendre, nous voulons que les salarié-es et leurs représentant-es disposent de droits et pouvoirs d’intervention sur les choix qui président à l’organisation du travail, aux investissements, aux stratégies des entreprises et à leur financement. Nous voulons permettre aux organisations syndicales de tenir la place essentielle qui leur revient dans la démocratie sociale. Il en est de même pour les élus locaux et les élues locales, de par leur rôle décisif dans l’aménagement du territoire.

Nous proposons une administration démocratisée des services publics et leur expansion coopérative jusqu’à la gestion des biens communs de l’humanité. Nous voulons libérer des griffes du marché l’eau, l’énergie, et plus largement des secteurs essentiels à la vie de l’humanité, y compris la monnaie... Nous voulons ouvrir des droits garantis par des services publics dans les domaines du logement, de l’information, de la communication, des transports, de la santé, ou du crédit. Nous voulons développer la gratuité de ceux qui sont essentiels à la vie de chacune et chacun.

 

La fuite en avant libérale opérée par lUnion européenne na cessé de sexacerber, au point de la plonger dans une crise existentielle qui appelle des transformations fondamentales. Ainsi, la finalité même de la construction européenne doit être redéfinie. L’Europe doit devenir un grand projet humain, capable de peser pour un monde de coopération. A l’opposé des forces nationalistes qui opposent entre eux des peuples qui souffrent du même mal, nous voulons refonder la construction européenne pour bâtir une Europe des peuples, dont le but sera le progrès humain, social et écologique, et non plus la concurrence acharnée et la grande compétition des humains. Aussi, sa première ambition devra être de s’émanciper des marchés financiers. Par la coopération, elle devra permettre de mobiliser démocratiquement tous les atouts disponibles au service de la promotion des capacités humaines et d’assurer la gestion solidaire des biens communs.

Parmi les changements majeurs, il est urgent de mettre fin à l’indépendance de la Banque Centrale Européenne, qui doit être placée sous contrôle démocratique et citoyen. Elle devra être enfin autorisée à battre monnaie pour financer les dépenses publiques et les investissements s'inscrivant dans les nouvelles priorités, aux conditions les plus favorables et dans une logique de long terme et contribuer à un essor concerté des services publics. Elle devra également favoriser la réduction des inégalités de développement entre pays membres. Parallèlement, un audit citoyen de la dette, devra permettre aux Etats de se libérer des charges illégitimes que les financiers veulent leur extorquer.

Nous voulons repenser la démocratie européenne. La gestion commune des biens, intérêts et projets communs doit résulter de choix souverains, faits en pleine connaissance de cause après information et consultation des citoyennes et des citoyens. Il faut donc créer les conditions -politiques, institutionnelles, culturelles- favorisant leur implication dans l'élaboration des politiques européennes, le contrôle de leur mise en oeuvre et l'évaluation de leurs effets. L’Europe refondée ne saurait altérer la souveraineté populaire ou nier les nations qui la composent, mais doit s’imposer le devoir de pousser les feux de la démocratie représentative, participative et citoyenne.

Enfin, ses principes doivent respecter ceux de la Charte des Nations Unies. Elle devra se montrer exemplaire dans l'engagement solidaire et responsable face aux enjeux vitaux de notre temps : environnement, paix, développement... Il lui faudra ainsi rechercher tous azimuts des partenaires pour coopérer à la transformation du monde.

 

Nous voulons un monde de paix, de partage et de solidarités. La paix ne saurait être garantie que par la justice, le respect du droit et de la souveraineté des peuples. C’est ce qui fonde notre soutien à la lutte légitime des peuples de Palestine, du Kurdistan, du Sahara occidental en particulier. Nous nous opposons à l’impérialisme et à ses guerres. Partout, les relations entre les peuples doivent se bâtir sur les coopérations et la sécurité, dans la quête d’un nouvel ordre mondial. Face aux nouveaux enjeux de la sécurité internationale, comme face à la gravité de la situation, en particulier au Moyen-Orient, il est urgent de mettre à l’ordre du jour, avec l’exigence du règlement politique des conflits, le désarmement multilatéral, en matière nucléaire et bien au-delà.

C’est sur cette base, de solidarité et de responsabilité collective, que nous proposons de refonder les institutions internationales, d’agir pour sortir de l’OTAN et la dissoudre. Nous sommes également convaincus qu’il faut en finir avec les orientations des institutions financières internationales telles le FMI et la Banque mondiale, qui conditionnent toute forme d'aide à nombre de pays du Sud, et même aujourd'hui d'Europe, aux politiques néo-libérales d'austérité et de régression sociale. Une véritable révolution monétaire doit voir le jour pour mettre fin à la domination du dollar, pour mettre en oeuvre progressivement une monnaie commune mondiale visant à répondre aux besoins de coopération et de co-développement en mobilisant les moyens existants et nécessaires et en favorisant le développement des services publics. C'est l'ensemble des organisations internationales, y compris l'ONU, qui doivent être transformées et démocratisées afin de pouvoir répondre aux exigences du multilatéralisme, de la coopération et du développement humain durable. Il y a urgence à mettre en discussion un manifeste pour un développement humain durable à l’échelle mondiale, afin d’engager une discussion sur la satisfaction des besoins essentiels de tous les êtres humains et sur la gestion des ressources communes de l’humanité.

 

Produire, consommer et partager autrement les richesses

Le capitalisme abime les liens des êtres humains avec la nature et des êtres humains entre eux. Avec lui, tout est devenu marchandise, tout est devenu source potentielle de profit pour quelques uns. Nous voulons faire grandir la conscience que l’humanité a d’elle-même et lui permettre d’organiser la façon dont elle subvient à ses besoins et crée les moyens de son épanouissement.

 

La question du travail et des rapports d’exploitation est centrale. Les vagues de suicides qui ont frappé de grandes entreprises ont dramatiquement mis le projecteur sur l’augmentation de la souffrance au travail, due à la pression permanente et à la perte de sens. La course insensée à la compétitivité ne saurait qu’aggraver cette situation. Le travail doit être garanti comme le droit de chacune et chacun à se réaliser, à participer à l’effort commun au service de la collectivité en fonction de ses moyens, en contrepartie d’un revenu lui permettant de se nourrir, se vêtir, se loger, se cultiver, se détendre, voyager...

Pris dans toute sa dimension, le travail doit être un lieu de créativité, d’épanouissement et de vie sociale. Il faut donc le réorganiser et le repenser en mettant au placard les techniques de management inhumaines et le recours à la précarité. La place des femmes à tous les niveaux de responsabilité dans l’entreprise, le refus du temps partiel imposé et la rémunération de leur travail à égalité avec les hommes doivent être des normes respectées.

Les potentialités actuelles doivent permettre de réduire le temps de travail dans une vie, mais aussi de construire un système de sécurisation de l’emploi et de la formation pour éradiquer le chômage, démarchandiser le travail, et répondre aux besoins de formation, pour la société dans son ensemble et pour chacun de ses membres.

Les attaques violentes contre le droit à la retraite, à la santé, à l’assurance chômage, aux prestations sociales ont rencontré de grandes résistances. Nous réaffirmons notre choix fondamental en faveur d’une protection sociale solidaire de haut niveau.

Pour répondre aux aspirations de la société, nous voulons sortir de la défensive en portant, à partir des luttes sur l’hôpital, l’école ou encore la recherche, une expansion des services publics à l’échelle européenne. Leur développement est à la fois une nécessité économique de relance et une question de justice.

 

Nous ne cèderons pas au MEDEF qui entend passer commande de la main d’oeuvre dont il a besoin en enfermant les étudiant-es dans l’acquisition de compétences restreintes et en en dédouanant les entreprises de leur propre rôle de formation. L’éducation et la formation doivent permettre l’élévation générale du niveau des connaissances et des capacités dont la société a besoin, et fournir aux êtres humains de quoi se construire comme individus libres et responsables. Ces périodes doivent être reconnues comme partie intégrante du travail que chacune et chacun fournit dans une vie au service de la collectivité. Il convient également de libérer le développement de la recherche, avec une forte impulsion publique et dans un esprit de mise en commun des découvertes pour faire avancer l’humanité et lui permettre de résoudre sans attendre les grands problèmes qui lui sont posés. Une nouvelle culture de partage et d’intercréativité de tous les êtres humains, en germe dans la révolution numérique et informationnelle devra être promue.

 

La crise a accéléré la destruction de sites de production entiers et l’abandon de savoir-faire industriels laissant des centaines de milliers d’ouvrières et d’ouvriers sur le carreau. C’est insupportable ! Nous voulons continuer à produire, dans le respect de l’environnement. Nous n’acceptons pas ce gâchis humain, social, écologique et économique que veulent imposer les grandes multinationales dans leur course à la concurrence. Vivre et travailler au pays, le slogan n’est pas d’aujourd’hui. Nous voulons mettre en oeuvre d’autres modèles de gestion que ceux du capitalisme financiarisé. Nous voulons gagner une politique industrielle et de services, reposant sur des pouvoirs d’intervention des salarié-es, un nouveau crédit sélectif et des filières stratégiques cohérentes,. Nous voulons organiser la coopération entre les sites de production comme le proposent souvent les organisations syndicales, et favoriser les circuits courts qui économisent la planète. Nous voulons instaurer un droit de préemption pour les salarié-es sur leur outil de travail, développer l’économie sociale et solidaire. Des nationalisations doivent être opérées dans plusieurs secteurs stratégiques et pour reconquérir la gestion de biens communs. Nous voulons, sous de multiples formes, engager un grand mouvement d’appropriation sociale.

 

La planification écologique doit devenir loutil du débat démocratique, afin de maîtriser les enjeux de production, d’éviter les gaspillages de ressources, les atteintes à la biodiversité et d’organiser la véritable réponse aux besoins. Ainsi, dans un contexte d’expansion des besoins énergétiques mondiaux, il faudra juguler le réchauffement climatique à l’échelle de la planète par une réduction progressivement massive du recours aux énergies carbonées qui sont responsables des émissions de gaz à effet de serre. De ce fait, la transition énergétique française, pour rendre effectif le droit à une énergie pour tous devra passer par un important effort de sobriété et d’économie d’énergie dans l’habitat et les transports, ainsi que par un mix énergétique entièrement public, portant des exigences accrues de sûreté sur le nucléaire et de plus en plus marqué par les énergies renouvelables. La recherche devra être déployée dans tous ces domaines.

Il est grand temps de sortir du cycle infernal productivisme-consumérisme, qui n’a d’autre finalité que les profits de quelques uns. Il faut donner un tout autre contenu à la croissance, imposer des exigences qui ne peuvent être que celles d’un développement humain durable. Il faudra traquer, par exemple, l’un des choix stratégiques les plus symboliques de l’absurdité du système : l’obsolescence programmée, qui voit des entreprises produire des biens à durée de vie volontairement déterminée pour fidéliser, en quelque sorte, leur clientèle…

L’eau devra être reconnue comme un bien commun de l’humanité, garantie comme un droit pour les populations et partagée jusque dans la gestion publique et coopérative des ressources. Il faut également anticiper les moyens de relever le défi alimentaire, en quantité comme en qualité, en refusant la mainmise des multinationales sur la production agricole avec ses organismes génétiquement modifiées et son modèle autant intensif qu’extensif qui constitue la négation de la souveraineté alimentaire et de l’agriculture paysanne comme de la pêche artisanale. En refusant également de laisser la grande distribution venir spéculer, ponctionner et orienter à sa guise, privant les producteurs d’une juste rémunération. Il faut changer de logique en imposant les exigences d’un développement humain durable. Notre croissance est celle du développement social et écologique, pas celle de l’accumulation du capital.

 

Le but du travail ne saurait être de produire toujours plus d’objets de consommation rentables et jetables, mais de permettre à l’humanité de vivre bien. Les inégalités de revenus exorbitantes sont une insulte à la dignité humaine, elles méritent qu’on s’y attaque en définissant des revenus minimum et maximum. Nous voulons repenser l’impôt, taxer l’argent du capital augmenter sa puissance redistributive et sa capacité à orienter les grands choix des entreprises. Les richesses produites, aujourd’hui usurpées et gaspillées, devront échapper à la mainmise de la finance et des spéculateurs. Nous voulons réorienter fondamentalement l’argent des profits, l’argent des banques et l’argent public vers les salaires, la garantie de droits sociaux, l’investissement productif écologique, la recherche, l’expansion des services publics. Les nouveaux pouvoirs des salarié-es devront les placer au service des objectifs sociaux qui expriment notre ambition : l’humain d’abord ! Dans cet esprit, la réorientation du crédit bancaire est une priorité stratégique pour mettre en cause le pouvoir des marchés financiers. Déjà, des luttes sociales et politiques se mènent pour traduire cette exigence dans des dispositifs institutionnels concrets comme la constitution d’un pôle financier public et le déploiement de fonds régionaux pour l’emploi et la formation.

 

Le choix résolu de la dignité humaine

Chaque vie humaine est essentielle à l’humanité. Pour nous, le libre développement de chacune et chacun est la condition du libre développement de toutes et tous. Naître, c’est accéder à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. Ces valeurs toujours révolutionnaires ne peuvent vivre que si elles avancent du même pas. Il faut pour les garantir, que la souveraineté populaire s’exerce pleinement, dans un esprit de laïcité. Nul ne peut imposer aux autres ses convictions, qu’elles soient religieuses, politiques ou philosophiques. De même, nul ne peut être discriminé en raison de ses origines, de son sexe, de son handicap, de tout prétexte que l’on pourrait utiliser pour abaisser celui qui est différent de soi, ou celle que l’on ne comprend pas. L’égalité entre femmes et hommes doit maintenant devenir une réalité et les violences faites aux femmes être éradiquées. Réformer le mariage, comme l’adoption,en en faisant un droit pour toutes et pour tous, serait au passage une belle manière de reléguer dans le passé l’esprit de domination dans lequel il a été bien souvent utilisé dans l’histoire de nos sociétés.

 

Lexercice concret de la démocratie, dans un quartier populaire, dans une commune, est un geste essentiel au service de la rencontre. La République doit mettre en dialogue toutes les représentations du monde, dans la mesure où elles ne contestent pas son principe. Ainsi, nous refusons la conception qui ferait de la laïcité un principe de stigmatisation et d’exclusion. Nous refusons aussi cette conception qui ferait de l’espace public un lieu aseptisé, où l’on s’efforcerait de n’être que semblable aux autres, les convictions des individus étant refoulées dans une «sphère privée». C’est là qu’elle doit tisser la toile des valeurs communes qu’il faut sans cesse continuer. Nous voulons porter une vision restaurée de la laïcité, qui garantisse la liberté de conscience et l’égalité de droits et l’indépendance de l’Etat à l’égard de toute religion et de toute autorité hormis la souveraineté populaire. Aussi, nous nous opposons à tous les intégrismes qui instrumentalisent les religions à des fins politiques, en portant atteinte aux libertés et à la dignité des femmes.

 

Nous voulons développer laccès à la culture, à l’information et aux connaissances, mais aussi leur appropriation sociale, en élargissant ce que les êtres humains ont en commun ou peuvent partager et qui construit leur humanité. Il s’agit de dépasser les querelles identitaires dépourvues de sens et de permettre à chacune et chacun d’être maître de son destin individuel en participant au destin collectif. Nous imaginons une information subtilisée aux mains des financiers et démocratisée. Nous voulons en finir avec une éducation mise au service de la rentabilité et des intérêts du capitalisme. Construire une culture commune exige un grand service public de l’éducation pour toutes et pour tous. Nous voulons sortir de la marchandisation des oeuvres de l’esprit, de l’avilissement de la culture, réduite au rang de passe-temps chargée de produire du temps de cerveau disponible. La culture peut donner dans la gravité ou dans la légèreté, mobiliser l’intelligence ou les émotions, prétendre à de grands bouleversements ou n’avoir aucune prétention, mais elle ne saurait être le résultat d’une production industrielle passée au tamis du marketing pour abaisser le peuple et le rendre docile. L’art, la culture, l’imaginaire sont des vecteurs essentiels des créations humaines, des moteurs de transformation sociale, des révélateurs de citoyenneté et d’humanité. Vecteur d’accomplissement de soi et de relations humaines, le sport doit être libéré de la domination de l’argent : la libre association et le bénévolat sont des facteurs essentiels pour y porter l’exigence de partage et de démocratie.

 

La République ne se fige pas dans une image d’Epinal surannée en brandissant le drapeau français. Ce que porte le drapeau français, ce sont les valeurs généreuses de la Révolution, celle de « Ma  France » de Jean Ferrat et nulle haine recuite. Nous ne nous sentons pas menacés par l’immigration. Elle est un drame pour celles et ceux qui en viennent à quitter leur pays pour fuir la misère, dont bien souvent le pillage colonial est l’origine. Nous voulons résorber les inégalités planétaires. Mais il faut également lutter contre les marchands d’illusions, les passeurs et trafiquants qui rançonnent les migrants. Pour celles et ceux qui n’ont d’autre choix que de partir, le départ est une déchirure. L’arrivée ne doit pas en être une seconde. Nous voulons accueillir celles et ceux qui sont là, qui travaillent, leur donner des papiers et les mêmes droits. Notre patrie, c’est celle des droits de l’homme et de la femme.

 

Nous combattons la misère qui détruit les vies humaines, et nous entendons faire admettre le droit essentiel de tout être humain à vivre pleinement et le droit d’être secouru par la solidarité nationale en cas de difficulté. Contre les politiques de seuil qui concentrent de faibles deniers publics sur la population la plus paupérisée, nous voulons retrouver le chemin d’une vraie protection sociale. Nous voulons permettre au travail social de renouer profondément avec sa raison d’être. Nous défendons un véritable droit au logement, soutenu par des politiques publiques volontaires.

 

La dignité humaine est un droit qui doit être garanti jusqu’au bout de la vie. C’est pourquoi nous voulons refonder la protection sociale mise à mal par les directives européennes, les réformes régressives et les attaques des assurances privées. La protection sociale doit prendre en charge toutes les situations de handicap. Elle doit également prendre en charge la perte d’autonomie. Nous défendons l’obligation de combattre la douleur, cela demande de véritables moyens. Le développement des soins palliatifs est une exigence d’humanité, qui n’est pas compatible avec l’acharnement thérapeutique en fin de vie. Nous combattons enfin la marchandisation des corps sous toutes ses formes.

 

Le respect de la dignité humaine s’impose même pour ceux qui enfreignent les lois. Opposants résolus à la peine de mort et à toute logique de vengeance, nous voulons sortir du tout carcéral, nous voulons des peines qui protègent mais aussi des peines qui permettent la réinsertion. Nous refusons de voir des hommes et des femmes enfermés dans leurs crimes ou leurs délits sans jamais pouvoir retrouver leur place dans la société. Nous savons que cela demande de la part de la société un accompagnement exigeant, mais nous savons aussi que cette attitude peut transformer des individus.

 

• • La révolution citoyenne pour gagner le changement

 

1- Prenez le pouvoir

La politique est notre chemin. Nous la savons décriée et discréditée, parce que l’on s’est tellement appliqué à la rendre impuissante. Pour nous, elle est un outil d’émancipation ; pour les puissants, elle est l’art de domestiquer le peuple. La démocratie est notre but ; elle est aussi notre chemin.

En convainquant les hommes et les femmes que leur voix et leurs actes comptent, nous voulons donner à chacune et chacun un vrai pouvoir sur sa vie, leur donner confiance en nos ressources communes pour faire face aux grands enjeux. Nous voulons redonner sens à la souveraineté populaire bafouée à grande échelle comme ce fut le cas à la suite du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen. Nous voulons permettre aux femmes et aux hommes d’investir à tout moment tous les lieux possibles et imaginables, dans un vaste mouvement d’appropriation citoyenne capable de formuler et de rendre incontournables les aspirations populaires.

Chaque attaque menée contre l’intérêt général, doit nous amener à faire avancer la bataille des idées, à mettre en mouvement le plus grand nombre, à faire grandir la force de l’intervention citoyenne.

Si le pouvoir a en partie été transféré en dehors de la sphère républicaine par les démissions et les abandons successifs, les institutions continuent d’être mises sous pression pour répondre aux exigences de compétition des marchés financiers et de leurs fameuses agences de notation. Pour qu’elles regagnent une véritable capacité d’intervention au service de l’intérêt général, cela passera par une légitimité populaire retrouvée dans la pratique comme dans les objectifs. C’est pourquoi la participation et la mise en mouvement citoyennes sont au coeur de l’action farouche des élu-es communistes dans toutes les institutions où ils sont présents. Cet état d’esprit est le nôtre du local au mondial.

Au-delà, nous voulons démocratiser tous les espaces de la société. Dans les entreprises, privées et publiques, qui fonctionnent sur un modèle monarchique, l’action des organisations syndicales participe de cette dynamique que nous souhaitons. Les salarié-es doivent gagner du pouvoir sur l’organisation du travail comme sur les grandes orientations de l’entreprise et son financement. Tout comme dans les lieux d’éducation et de formation, où il y a également un pouvoir d’intervention à gagner sur l’organisation de la vie sociale, sur les apprentissages et leur but.

 

2- Une stratégie à dimension internationaliste

Nous voulons agir dans le même temps aux plans local, national, européen et international pour gagner des changements à tous les niveaux qui se nourriront mutuellement.

Pour cela, nous devons travailler à faire converger les mobilisations et à leur permettre d’apparaître dans toute leur dimension. C’est d’autant plus nécessaire que lorsque les femmes et les hommes et se rendent compte que les combats d’ici rejoignent ceux qui se mènent ailleurs, l’espoir grandit.

Cette conscience est en train de s’affirmer parmi les communistes et progressistes du monde entier. La situation actuelle appelle donc la constitution d’un réseau international progressiste très ouvert pour agir sur des objectifs immédiats, mais aussi pour faire grandir la contestation de l’impérialisme et l’alternative au capitalisme. C’est l’esprit dans lequel nous sommes également partie prenante des Forums sociaux mondiaux et de tous les espaces de coopération politique comme celui noué entre le Parti de la Gauche Européenne et le forum de Sao Paulo. Nous contribuons aussi à initier et à développer de tels espaces avec les forces africaines, avec celles de la Méditerranée ou d'Asie.

 

Faire sauter le verrou de l’Europe austéritaire

Il est désormais de plus en plus acquis dans notre quotidien que les questions européennes sont des questions de politique intérieure. Loin des peuples qu’ils gouvernent, les chefs d’Etats du continent peaufinent ensemble patiemment à Bruxelles des politiques standardisées. Pour beaucoup, le fonctionnement même de l’Union européenne semble rendre impossible les changements progressistes et constitue un élément important de leur sentiment d’impuissance. Nous voulons faire sauter le verrou de l’Europe libérale.

Pour cela, nous décidons de donner une place majeure dans nos analyses et dans notre action à cette dimension européenne par laquelle passent aujourd’hui de nombreux choix dont les citoyennes et citoyens sont dessaisis.

Là où des forces actent l'impuissance à changer l'Europe, prônant une dissolution de la zone euro qui renverrait d'une autre manière chaque peuple à la même guerre économique, nous pensons indispensable de lutter contre les divisions et les nationalistes, et de construire des rapports de force solidaires entre peuples à l'échelle de l'Europe pour émanciper le continent de l'emprise des marchés. Il est nécessaire d’approfondir une stratégie politique européenne.

Nous voulons augmenter encore la dynamique du Parti de la gauche européenne et favoriser avec lui tous les espaces de coopération où pourront se rassembler les forces politiques, sociales et citoyennes qui remettent en cause les orientations européennes actuelles, et sont disponibles pour travailler à des alternatives à l'échelle européenne.

En juin 2014, les élections du prochain Parlement européen seront un moment clef pour faire le bilan de la politique austéritaire européenne et faire grandir le rapport de force en faveur d'un changement profond. Nous devrons y porter l’ambition de refonder l’Union européenne. Nous devrons mener une campagne de dimension européenne cherchant à faire converger le maximum de forces de gauche des différents pays, avec l'objectif de renforcer dans le parlement européen le groupe GUE-NGL le plus fort possible. En France, pour atteindre cet objectif, nous devrons constituer les listes d'un Front de gauche européen élargi pour rassembler toutes les forces transformatrices. Dans cette optique, nous proposons au PGE d’organiser des forums progressistes pour la refondation de l’Europe.

 

3- La gauche au pouvoir en France, pour quoi faire ?

 

La victoire contre Nicolas Sarkozy

Pendant une décennie, après cinq années d’un gouvernement de gauche plurielle auquel nous avions choisi de participer, la droite a exercé le pouvoir en France sous la domination de plus en plus marquée de Nicolas Sarkozy.

Si nous avions su être utiles, notre présence et notre action n’avaient pourtant pas permis de répondre suffisamment aux besoins et aux attentes. La droite et l’extrême droite en embuscade en avaient profité pour administrer à la gauche sa plus douloureuse défaite.

La droite y a puisé la force d’engager une politique de régression radicale, cherchant à en finir avec les acquis des grands mouvements populaires, à commencer par ceux de la Libération. Pour garder le pouvoir, sous l’impulsion d’un Nicolas Sarkozy avide de provoquer de graves mutations idéologiques, elle s’est engagée dans une course-poursuite nauséabonde et dangereuse avec les forces d’extrême droite.

Sa politique du traumatisme permanent a pu provoquer en même temps que de vives résistances, un profond découragement dans la société.

Mais cela n’a pas suffi à éradiquer l’espoir en un monde meilleur. Ainsi, les échéances de 2012 ont vu notre peuple chasser, in extremis, le « Président des riches ». Dans cette victoire, avec le Front de gauche, nous avons joué un rôle majeur en dévoilant les enjeux, en faisant grandir l’espoir et en donnant du contenu au changement.

 

L’irruption du Front de gauche

Dans la dynamique du Front de gauche, notre parti a opéré un retour remarqué sur la scène politique, et une transformation de sa propre représentation dans l’opinion publique. Toute une partie du peuple de gauche s’est peu à peu reconnue dans notre démarche commune et l’a investie de son espoir. Ainsi, progressivement, au fil des élections, nous avons réussi ensemble à faire grandir cette dynamique, jusqu’à bousculer les plans préétablis de l’élection présidentielle, avec notre candidat, Jean-Luc Mélenchon, en réalisant une large unité de forces antilibérales et anticapitalistes jusqu’ici très divisées. Cependant, le présidentialisme et la bipolarisation des institutions ont continué de s’approfondir. Si nous avons pu affronter cette réalité avec un réel succès lors de l’élection présidentielle, nous ne sommes pas parvenus à confirmer cet élan, aux élections législatives, dont notre parti avait pourtant fait un enjeu majeur. A la suite de l’élection de François Hollande, nous n’avons manifestement pas su convaincre de notre utilité au sein d’une majorité qui ne serait pas dirigée par nous. Malgré les progressions de nos candidat-es, nous n’avons pas réussi à capter l’envie de changement qui s’est cristallisée plus fort encore dans un soutien massif aux candidat-es du Président de la République élu, nous faisant perdre des député-es. Aussi, le Parti socialiste et les Verts croient pouvoir se passer du Front de gauche, pour gouverner comme ils l’entendent. Nous ne pouvons d’autant moins nous en satisfaire que nous avons su donner force ensemble à l’alternative. Cette réalité montre le chemin qui reste à parcourir pour démonter le sentiment d’impuissance et convaincre qu’il existe une voie pour rendre possible ce qui, à beaucoup, semble souhaitable.

 

Et maintenant, le changement ?

Plus que « le changement c’est maintenant », François Hollande a promis un changement de Président. Cependant, les deux musiques, celle du changement, un peu floue, et celle de la rigueur se sont superposées. D’une certaine façon, par cette volonté d’assurer « un mieux », même petit, ce résultat porte la marque du sentiment d’impuissance qui a élu domicile dans les esprits. Mais derrière cette victoire se cache également un espoir réel pour toute une partie de la population. Nous ne voulons pas qu’il soit déçu, mais qu’il continue de s’exprimer aujourd’hui et demain.

Or depuis sa prise de fonctions, le gouvernement roule à contresens. Tout se passe comme si l’actuelle majorité s’appliquait à gérer les suites du quinquennat précédent.

Il est d’abord demeuré sans réponses satisfaisantes aux urgences, sans gestes forts annonçant une réparation des blessures de la droite et sans ambition de transformation. S’il y eut quelques mesures positives, comme la suppression du bouclier fiscal et l’annonce d’une loi autorisant le mariage et l’adoption par les couples de même sexe, les actrices et les acteurs du grand mouvement pour le droit à la retraite qui a préparé la défaite de la droite en sont pour leurs frais. En réalité, obnubilé par les exigences des marchés financiers, parmi lesquelles la réduction de la dette -et en fait celle des dépenses publiques-, le gouvernement est bien en peine d’apporter de véritables réponses aux besoins. Si les engagements pris étaient frappés au sceau de véritables contradictions, ceux qui commencent à être reniés sont justement ceux qui nous paraissaient aller dans le bon sens. Ainsi, la décision de ratifier en l’état le traité européen écrit à quatre mains par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, alors qu’il n’a pas été renégocié, manifeste le choix de promouvoir les orientations austéritaires de l’Union européenne. C’est un acte grave, qui sera définitivement entaché d’irrégularité démocratique. Avec son refus de contester le pouvoir de la finance, le gouvernement n’est pas en capacité de combattre la crise. Il l’aggrave même avec son plan d’économies budgétaires sans précédent. Au fond, la question est posée : où est passé le changement ? Cette situation est symptomatique : il n’y a plus de marges hors l’impulsion de vraies ruptures avec les logiques du système. C’est pourquoi rien n’est immuable. De plus en plus, le gouvernement devra faire face à d’importantes contradictions auxquelles il doit trouver des solutions. Le débat est en train de prendre de l’ampleur, y compris au sein de la majorité gouvernementale. Nous ne restons pas en dehors et nous faisons tout pour que notre peuple s’y invite, dans un large front contre l’austérité.

 

4- Sans attendre, gagner le changement

 

Faire reculer la droite et l’extrême droite

Déjà, l’extrême droite est aux aguets pour exploiter chaque déception populaire et pour prospérer sur la peur du déclassement. Partout en Europe, on mesure avec effroi les percées qu’opèrent les mouvements qui s’en revendiquent. Dans des sociétés dévastées par la crise, l’extrême droite s’applique à pratiquer exacerbation identitaire dont la droite a aidé à créer les conditions. Se présentant abusivement comme des forces anti-système, elles développent un discours d’incitation à la haine, jouant sur la peur des individus pour les fragiliser et les conduire à abdiquer de leur humanité et leur liberté.

La droite, sonnée par la défaite, est elle aussi déjà sur le chemin du retour. En son sein, ils sont nombreux à imaginer que sur la base des thèses nauséabondes de l’extrême droite, pourra se dessiner une nouvelle alliance à même de changer radicalement les rapports de force politiques.

C’est pourquoi nous devons continuer de mener un combat offensif face à ces idées, qui ne peut se contenter d’une diabolisation. Son projet représente pour nous le plus grand des dangers, et nous ne devons avoir de cesse que de nous expliquer sur les raisons qui fondent notre rejet catégorique de l’extrême droite.

Pour nous, il s’agit bien d’un combat de classe, qui a pour ambition de faire reculer la division et de renouer les liens de la solidarité. Pour cela, nous devons trouver les moyens de toujours mieux donner à comprendre le monde et la politique ; nous devons rendre crédible la perspective de changements concrets.

Nous refusons de nous laisser enfermer dans un jeu en miroir avec le Front National, dont certains se servent pour nous marginaliser. Nous combattons les forces de la finance, qui ont diverses manières de se faire représenter en politique, dont celle-là, qui est la plus terrible.

 

Mener la bataille des idées et de la culture

Nous voulons renverser la domination idéologique et culturelle que l’on nous impose. Une domination marquée par un grand mépris du peuple dont il s’agit de faire un troupeau d’animaux dociles, uniformes et rongés par le désir d’acheter.

Dans cet esprit, nous voulons nous attaquer à l’emprise des forces d’argent sur les médias et l’information. Le formatage et la marchandisation de celle-ci, la fabrication et le matraquage d’un imaginaire conforme aux besoins du capital constituent des moyens essentiels de sa domination, et de véritables obstacles à l’expression des aspirations qui travaillent la société. Libérer les médias est une exigence majeure. Dans chacun des espaces possibles, notamment dans l’audiovisuel public, nous voulons livrer notre regard sur l’actualité et la manière dont elle est présentée. L’Humanité comme l’ensemble des organes de presse dont nous animons le développement sont des outils essentiels dans cette bataille. Nous devons également produire un nouvel effort pour investir les nouveaux moyens de communication et d’information, jusque dans leur dimension participative, avec le souci d’approfondir la réflexion et d’affronter les contradictions. Le moindre sujet est désormais prétexte à développer des visions du monde simplistes et bâties sur la réaction de l’instant. Nous devons nous en saisir pour pousser la réflexion et ouvrir d’autres perspectives. Nous devons également combattre la dictature des experts du système, dont les savants développements estampillés du sceau de l’objectivité sont destinés à clore les débats et les cheminements de pensée.

Enfin, nous voulons donner toute sa place au développement de la création et permettre une réelle appropriation des oeuvres de l’esprit en donnant un nouvel élan à l’éducation populaire. Notre expression doit y puiser les moyens de parler au coeur des femmes et des hommes, de les toucher dans ce qui fait leur vie et leur être.

Ce n’est pas en professant quelque morale que l’on luttera contre celles et ceux qui veulent étiqueter les êtres humains mais en ouvrant les pistes dont on voudrait leur interdire l’accès.

 

Faire grandir les fronts du changement

A chaque fois que nous le pouvons, nous voulons oeuvrer à rassembler toutes les forces disponibles afin d’ouvrir des brèches au changement. Sur chaque sujet, il s’agit de constituer le front le plus large pour gagner, comme nous avons voulu le faire face au Traité européen.

Le développement en cette rentrée d’un mouvement syndical et social à haut niveau revendicatif, avec l’existence de convergences nouvelles pour faire reculer les politiques d’austérité, le travail poursuivi par le mouvement associatif et culturel, doivent nous amener à approfondir encore cette rencontre avec eux et ce lien, dans le respect et l’indépendance de chacun.

Nous voulons être utiles, tout de suite, à gagner des avancées immédiates. C’est à partir des luttes qui se développent, des propositions qui grandissent et des aspirations populaires que nous pourrons dépasser les mécontentements et les déceptions pour faire mouvement.

C’est une dimension essentielle de notre combat, à travers laquelle des hommes et des femmes pourront faire l’expérience du poids de leur engagement et de leur capacité à transformer les choses. Depuis le quartier jusqu’aux questions internationales, nous voulons continuer à nous rassembler avec d’autres pour faire de l’espace aux aspirations et à créer les rapports de force qui peuvent les imposer.

 

Fenêtre 3 : La gauche et le changement en question

Des forces de gauche, le Parti socialiste avec Europe Ecologie - Les Verts, sont au pouvoir en France, et le changement n’est pas à l’ordre du jour. On nous pose la question : opposition ou majorité ? Alors que le clivage droite-gauche continue de structurer l’électorat, comment nous y situons-nous ? Quel sens recouvre aujourd’hui l’idée de gauche ? Comment se positionner face à l’impasse social-libérale en France et en Europe ? Comment redonner force à la gauche ? Comment faire grandir la révolution citoyenne ? Nous devons mieux caractériser notre démarche offensive.

 

Engager une nouvelle étape du Front de gauche

Le Front de gauche porte un immense espoir. Son irruption est un phénomène politique majeur. Il est la manifestation politique et électorale à laquelle nous sommes parvenus, avec nos partenaires, en appliquant de cette stratégie de fronts de rassemblement. Pour nous, il s’agit d’une dynamique durable qui n’est pas achevée. Depuis que nous l’avons initié, le Front de gauche a grandi, il s’est installé comme une forme politique nouvelle dans laquelle chaque organisation, chacune et chacun a sa place et se trouve respecté. C’est là que réside sa force.

Avec toutes les forces disponibles, nous voulons écrire la saison deux. Nous voulons donner un nouveau souffle à la dynamique citoyenne qu’il suscite, en permettant à un très grand nombre de femmes et d’hommes de toujours mieux s’y retrouver, notamment par le développement des assemblées citoyennes, qui prennent parfois la forme d’ateliers législatifs. Notre conviction est que ces espaces doivent fortement se développer au plus près des territoires dans les formes adaptées que décident celles et ceux qui y participent. Les fronts de lutte et les fronts thématiques sont des réseaux d'action dont nous pensons qu’il faut pousser plus loin encore l’expérimentation.

Nous voulons élargir fortement le spectre des femmes et des hommes qui se reconnaissent dans le Front de gauche, notamment parmi celles et ceux qui ont contribué à l’avènement de la nouvelle majorité gouvernementale et veulent agir pour le changement. Au-delà des campagnes électorales, nous voulons continuer à cheminer avec un nombre toujours plus important de femmes et d’hommes, inventant les conditions d’un travail en commun. C’est pourquoi nous nous proposons qu’une « coopérative » initiée par le Front de gauche puisse être le lieu où les apports et les expériences d’actrices et d’acteurs du mouvement social, associatif, intellectuel et culturel pourraient se croiser, chercher ensemble à produire du sens, et alimenter la recherche d’une nouvelle perspective politique.

Ensemble, nous sommes porteurs d’une grande ambition. En poursuivant sur le chemin où nous sommes engagés, nous voulons en faire le lieu où la politique devient, de façon de plus en plus irrésistible, l’affaire de toutes et de tous, l’affaire du peuple, contribuant à l’émergence d’un nouveau Front populaire.

Du Front de gauche, nous portons l’ambition d’en faire un grand mouvement capable de bousculer le rapport de force à gauche jusqu’à rendre majoritaires les options de transformation sociale en son sein. Une réorientation politique est la seule hypothèse pour laquelle notre parti serait prêt à participer à l’exercice du pouvoir afin d’apporter son concours à la construction du changement. Nous refusons les orientations social-libérales actuelles du gouvernement, qui conduiraient inévitablement à l'échec si elles étaient poursuivies. Ce serait une catastrophe pour notre peuple, qui remettrait en selle la droite et ferait encore grandir l’extrême droite. Nous voulons donc tout faire pour rassembler la gauche, et gagner un changement de cap pour réussir. Rien ne nous empêchera d’être ensemble la force agissante de la gauche. Il va falloir faire avec nous, il va falloir faire avec le peuple !

Afin de donner force aux exigences populaires, nous proposons au Front de gauche d’initier ensemble la grande campagne « et vous, quels changements de société voulez-vous ? » Elle pourrait par exemple connaître un moment fort à l’automne prochain avec des Assises du changement.

 

Fenêtre : L’avenir du Front de gauche en question

Nous voulons renforcer le Front de gauche. Des débats le traversent sur sa façon de grandir. Nous n’avons pas toujours la même appréciation des résultats de la séquence électorale passée, de notre stratégie, de notre vie commune, des propositions à porter, des conditions de l’élargissement de cette dynamique. C’est naturel. C’est même une richesse pour donner de la force au mouvement. C’est pourquoi nous voulons engager un débat sans tabou, toutes et tous ensemble, sur l’ensemble des dimensions concernant l’avenir du Front de Gauche.

 

Préparer les prochaines échéances électorales

Nous allons affronter en 2014 deux échéances électorales majeures : avant les européennes viendront les municipales. Et plus tard, en 2015, les élections cantonales et régionales.

Face aux ambitions affichées de la droite et de l’extrême droite, pour chacune de ces échéances, nous voulons rassembler le plus largement possible sur des projets ambitieux qui placent chaque institution en position de répondre aux besoins.

Les communes sont un pilier essentiel de notre République. Une bataille est engagée pour refuser la casse de la démocratie locale : tout en poussant les feux de coopérations choisies, les communes doivent gagner en liberté d’action et en responsabilité. Elles sont de formidables espaces de citoyenneté, de services publics, de culture, de vivre ensemble.

Les communistes sont engagés dans l’action municipale, souvent au sein de majorités de gauche constituées sur des projets. Partie prenantes d’aventures humaines et de l’histoire locale, ils veulent continuer à être utiles au plus près des femmes et des hommes et continuer à leur rendre le pouvoir. C’est pourquoi nous décidons de lancer partout des appels à de larges rassemblements en commençant dès aujourd’hui à construire les contenus qui guideront notre action avec les habitantes et les habitants. C’est avec elles et avec eux que nous voulons créer les conditions de nouvelles conquêtes politiques. Partout, nous entendons ainsi renforcer et augmenter notre influence, en faisant la démonstration sur le terrain qu’une autre pratique et une autre ambition politique sont possibles. La présence d’élu-es communistes au sein des assemblées municipales est un point d’appui essentiel dans les batailles politiques de notre parti. Nous abordons ces élections dans un esprit de conquête, pour mettre en responsabilité plus d’élu-es communistes encore.

La force du Front de gauche sera un atout important, pour aller vers les rassemblements les plus larges possibles à gauche, avec la volonté de faire échec aux appétits de la droite et de l’extrême droite. Ces échéances pourront être l’occasion d’ouvrir des perspectives de sortie de l’austérité et de changement. En ce sens, nous envisageons de tenir un forum national de la démocratie locale, des services publics et des territoires.

 

• • • Un nouvel élan pour le Parti communiste français

 

 

Pour mener à bien ces combats, il y a besoin d’un parti communiste déchaîné. Fiers des grandes aventures auxquelles nous avons contribué ces dernières années avec le Front de gauche, nous abordons la période qui s’ouvre avec un appétit d’ogre. Avec les nouvelles énergies qui se rassemblent dans notre maison, nous n’avons pas peur de déclarer notre gourmandise. Non pas celle qui rend malade et qui exige l’excès, mais celle des corps et des esprits qui veulent manger à leur faim, celle du plaisir que l’on partage. C’est sous ce jour nouveau, loin des caricatures, puisant force dans les épreuves qui ont affecté notre combat, que nous nous dévoilons désormais aux yeux de notre peuple. Offensifs, rassembleurs, inventifs, populaires... voilà qui nous sommes. Le parti de l’humain d’abord.

1- Le nouveau parti pris communiste

Nous avons affronté le XXème siècle. Au nom du communisme se sont développés des grands espoirs et des combats essentiels mais se sont aussi en certains endroits construites des sociétés d’oppression qui ont échoué à produire l’émancipation humaine que nous portons. Menant ici notre combat et provoquant des avancées sociales et démocratiques majeures, nous avons cependant peiné à nous dégager de l’affrontement qui se jouait dans la guerre froide. Nous avons souffert de voir ainsi notre idéal s’abîmer, de voir les forces capitalistes avoir beau jeu de jeter sur lui le discrédit et de voir l’espoir en un monde meilleur tellement se rétrécir. Mais nous avons choisi de ne pas fermer les yeux et d’en tirer, parfois péniblement, toutes les leçons.

A l’aube du XXIème siècle naissant, nous nous sentons aujourd’hui plus libres et plus forts pour nous tourner vers l’avenir. Nous savons qu’il ne peut y avoir de communisme sans démocratie, sans que le coeur en soit la démocratie. Pour être émancipateur, un projet politique ne peut être qu’une oeuvre collective à laquelle chacune et chacun peut participer.

Le parti communiste change, sans se renier. Il change parce qu’il cherche encore et toujours les meilleures voies pour cette révolution citoyenne. Il change parce qu’il est le bien commun des hommes, des femmes et des jeunes qui le rejoignent de plus en plus nombreux avec leurs révoltes, leurs colères, leurs espoirs, leurs idées, leurs désirs... Il change parce qu’il n’a de cesse que d’être en dialogue avec celles et ceux qu’il rencontre. Il change parce que l’état du monde fait grandir l’urgence et le besoin de changement. Il change et il doit encore changer. Nous portons en nous l’exigence d’une démocratisation toujours plus poussée de notre pratique et de notre organisation. Elle doit continuer de s’expérimenter dans la vie et de se partager au sein de notre Parti. Mais nous savons aussi que l’essentiel de nos transformations est liée à la construction de notre projet, à la façon dont nous saurons en faire un moteur qui nous entraînera où nous n’aurions peut-être pas imaginé aller.

 

2- Un parti d’émancipation, d’action et de rassemblement

Militer est une dimension de nos vies. Militer, c’est chercher la rencontre, c’est refuser l’injustice et l’arbitraire, c’est faire grandir la solidarité au travail, c’est nouer des liens de fraternité dans une cité. Militer, c’est avoir toujours le coeur à portée de main, à portée d’humain.

Nous voulons être un parti différent, qui porte une autre conception de la politique que celle qui consiste à vouloir se réaliser personnellement dans la quête d’un destin politique personnel : celle de faire participer réellement le plus grand nombre au combat commun.

Nous voulons être toujours mieux un parti d’émancipation, où l’on trouve à grandir et à s’épanouir, où le sens de l’engagement de chacune et chacun se partage et s’enrichit de celui des autres. Par l’accès aux savoirs, à la culture, au débat démocratique, nous voulons en faire un outil pour que chacune et chacun puisse se construire comme femme ou comme homme, comme militante ou militant, comme citoyenne ou citoyen. Ainsi, le Parti communiste pourra devenir un intellectuel collectif, un collectif d’intelligences et d’expériences capable de mobiliser le monde du travail, du savoir, de la création, pour nourrir la reconquête idéologique et culturelle. La nécessité de la conceptualisation et théorisation ne s’est jamais faite autant sentir que dans un monde où chacun, chacun, est confronté en permanence au bruit et à la fureur, ainsi qu’à de profondes mutations. C’est dans cette envie de savoir, de recherche, d’éducation populaire, seule capable d’élever notre niveau de compréhension de ce qui est à l’oeuvre dans la société, que nous devons mieux ressourcer notre Parti.

 

Le champ de notre intervention ne se limite pas aux échéances électorales. Nous sommes un parti d’action, qui cherche en permanence à faire vivre le débat et à gagner de vraies réponses aux besoins. Les pratiques clientélistes qui se développent, dont l’objet est d’asservir des hommes et des femmes par un jeu de pouvoir et de promesses sont un poison pour la politique. A chaque fois qu’un être humain est dans le besoin, quel que soit son option politique, notre devoir est d’agir avec lui sans attendre de retour pour répondre à l’urgence comme au problème de fond que sa situation soulève. Notre projet est à usage immédiat : nous voulons être le parti d’un peuple qui se bat.

 

Notre parti a vocation à s’exprimer dans la société à gorge déployée, à mettre en scène son projet, à faire grandir ses valeurs. Pour cela, il doit être un espace culturel où se croisent la politique, le débat d’idées et les pratiques artistiques.

Son existence et son apport original sont des atouts pour tous ceux et celles qui cherchent à se rassembler pour changer les choses. Car à chaque fois que nécessaire, nous voulons participer aux rassemblements les plus efficaces pour gagner des avancées. Le Front de gauche en est l’une des dimensions majeures. C’est ce qu’ont compris celles et ceux qui nous rejoignent chaque jour.

 

3- Une ambition démocratique de tous les instants

Notre organisation est au service de ces choix. Ainsi, au coeur de notre fonctionnement, nous plaçons la délibération collective. C’est dans ce cadre, en rupture avec toute idée de hiérarchie, que s’exercent les responsabilités.

Au sein de nos instances, nous voulons progresser encore pour faire vivre la parité, la mixité, le renouvellement, et la diversité qui sont essentiels pour la démocratie.

Ensuite, nous voulons créer les meilleures conditions d’une mise en mouvement des militantes et des militants dans leurs lieux de vie et d’engagement. Dans une société où l’on nous présente tous les choix comme des évidences techniques, nous voulons qu’ils puissent partout être porteurs de réflexion politique et de dynamiques citoyennes. Nous voulons qu’ils puissent partout faire naître cette solidarité et cette confiance qui permettent de pousser les portes que l’on croyait fermées. Nous voulons qu’ils puissent partout agir au nom du Parti communiste, en libérant l’initiative, la spontanéité et l’intervention militante.

Enfin, cela suppose de vivre un parti non étanche, tourné vers le monde en permanence et recherchant à se mettre en dialogue avec la société. Nous devons ainsi poursuivre les efforts entrepris pour mieux communiquer notre projet, nos propositions, nos initiatives, nos espoirs. Mais nous devons également développer et ouvrir nos réseaux et nos échanges à tous ceux et celles qui veulent travailler avec nous, à tous ceux et celles dont la réflexion nous intéresse.

 

4- Un parti populaire, pleinement déployé dans la société

Pour s’adresser au peuple de notre pays, les partis dominants ont découpé la population en couches, catégories et communautés. En s’adressant à elles, il s’agit pour eux de les faire exister dans les représentations mentales, de les opposer entre elles plus ou moins artificiellement, puis d’opérer des choix et des alliances. Ce n’est pas notre conception des choses.

Nous voulons parler à toutes et tous, en faisant émerger l’intérêt général, le bien commun, et la promotion des valeurs essentielles pour la dignité humaine. Mais pour cela, nous sommes conscients qu’il faut pouvoir s’adresser à chacune et chacun dans sa vie, sans réduire personne au statut social dans lequel la société le maintient enfermé.

Le rejet de la politique s’exprime massivement parmi celles et ceux qui subissent le plus les effets du système capitaliste et de sa crise. Et les pièges politiques se referment sur les hommes et les femmes qui sont hantés par la peur de perdre ce qu’ils ont durement gagné.

Nous devons donc reconquérir la mobilisation des habitantes et des habitants des quartiers populaires, où les conditions de vie sont particulièrement dures, pour changer avec eux leur quotidien. Pour beaucoup, ils se sentent discriminés, abandonnés, relégués en dehors. Souvent, les lieux d’échanges, de rencontre, d’action sont justement ce qui fait défaut au vivre ensemble. C’est avec elles et avec eux que nous devons construire la politique dont ils ont besoin, en commençant notre chemin au plus près des besoins immédiats. C’est d’elles, c’est d’eux, que viendra le changement. C’est par elles, c’est par eux, que nous serons nous-mêmes révolutionnés.

Nous devons également fournir un effort singulier en direction des jeunes générations, fortement marquées par les prémices d’un nouveau monde à naître, mais que l’on a essayé d’élever plus que jamais dans l’esprit de compétition et le culte du mérite. Elles peuvent bousculer l’ordre établi si leurs aspirations à vivre ne sont pas étouffées. Le Parti communiste est pour elles et pour eux, un formidable espace de vie et d’émancipation. Avec le MJCF et l’UEC, nous voulons mieux encore nous adresser à la jeunesse pour lui permettre de construire l’avenir.

Nous devons nous adresser plus et mieux à celles et ceux qui produisent au quotidien les richesses. S’organiser pour l’action politique dans les entreprises, les grands groupes, les branches, les services publics, là où l’affrontement avec les forces du capital est le plus direct, est indispensable. Le travail, qui tend à occuper une place de plus en plus grande et de plus en plus pesante dans les vies, pour celles et ceux qui n’en sont pas privés, semble pourtant de plus en plus déconnecté du reste des existences et des enjeux politiques. C’est l’une des prouesses de la pensée dominante. Nous voulons en faire un sujet politique majeur.

Nous voulons produire un effort en direction de tous ceux et toutes celles dont les peurs et les souffrances sont instrumentalisées contre leurs propres intérêts. Partout, nous voulons approfondir notre lien avec les femmes et les hommes, et faire de notre parti un parti qui rassemble largement les hommes et les femmes épris de justice, de paix et de liberté.

 

Fenêtre : Les transformations du PCF en questions

Nous voulons construire un parti communiste toujours plus en phase avec la société comme avec son projet. Quels changements sont nécessaires dans notre organisation ? Comment approfondir notre relation aux jeunes, au monde du travail et de la création, aux hommes et aux femmes des quartiers populaires, dans leurs diversités ? Comment renouveler nos pratiques et nos raisonnements dans notre activité avec le monde du travail ? Quelles nouvelles conceptions pour libérer l’initiative ? Comment susciter et mieux faire circuler les élaborations de tous les communistes pour nourrir et renforcer notre projet commun ?

 

Conclusion

 

Qu’elles furent longues, ces années, à tâtonner, reprendre notre souffle, à résister au déferlement sauvage du capitalisme. Nous avons traversé ces épreuves, sans chercher à les fuir. Mais nous sommes là, en ce moment où le monde peut basculer vers l’humanité plutôt que vers la barbarie. Nous sommes là, debout, humbles et fiers. Disponibles pour rallumer les étoiles. Il est grand temps, ne croyez-vous pas, de préférer poursuivre nos rêves plutôt que fuir un cauchemar. Pour faire grandir l’humain d’abord, prenez la main, prenez les rênes, prenez le pouvoir !

 

P. Bessac - Un Congrès combatif pour le PCF, une nouvelle ambition pour le Front de gauche

Par Patrice Bessac, le 14 septembre 2012

P. Bessac - Un Congrès combatif pour le PCF, une nouvelle ambition pour le Front de gauche

Rapport de Patrice Bessac au Conseil National du Parti communiste français du 13 septembre 2012

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Chacun, chacune a conscience que la période nécessite un grand travail collectif. Les problèmes sont nombreux, la difficulté immense et le combat, d’une grande brutalité. Ce rapport veut s’essayer à ouvrir quelques réflexions pour la préparation de notre Congrès. Ainsi, il ne reflète pas une quelconque ligne prédéterminée mais plutôt une tentative personnelle, nourrie d’échanges, de soulever quelques enjeux sans préjudice de notre débat commun. Les choses sont ainsi faites qu’exprimer sa pensée propre, ce n’est pas servir un filet d’eau tiède. Donc j’y vais.

C’est fini. C’est fini. Le cycle de la crise des mouvements critiques du capitalisme est fini. Vingt ans, trente ans de domination du capitalisme libéral, de convulsions pour le mouvement communiste et transformateur : tout cela est fini. Le fait majeur est la crise du capitalisme mondialisé, sa crise économique et, au-delà, la crise du modèle de civilisation issu de la contre- révolution libérale des années 1970. C’est fini. Il ne s’agit plus de tenir, il s’agit d’avancer, de conquérir, de s’arracher à la gangue, aux sédimentations de plus de trente années de recul pour prendre vingt ans d’avance. Il nous appartient de prendre vingt ans d’avance, d’avoir la même ambition que les économistes libéraux eurent dans les années 1970 : changer les bases culturelles, idéologiques, politiques du monde actuel. Si une longue et dure phase historique se referme, chacun mesure pour autant les dangers de la nouvelle période : les risques de nouvelles barbaries comme d’une avancée possible des forces révolutionnaires. Nous sommes à la fois devant des changements de longue portée et dans l’urgence.

Ainsi, nous vous proposons que le congrès d’Aubervilliers manifeste par un texte fondateur cette ambition. Il s’agit, au fond, de proposer une vision unificatrice de notre projet, de notre stratégie, de notre conception du Parti et de l’action politique. Ainsi, si chacun sait que le caractère historique d’un congrès ne procède pas du décret, c’est pourtant cela que nous devrions viser. Que nos décisions, que nos actes, que notre analyse, que notre travail unifient et fondent un regard complet sur les vingt ans qui sont devant nous.

Alors que notre stratégie de rassemblement, le Front de gauche, alors que notre parti, le Parti communiste français, ont enregistré au plan des résultats électoraux et de notre effectif des avancées considérables, nous pourrions nous reposer dans la molle satisfaction de nos quelques réussites. Nous vous proposons exactement le contraire. Nous vous proposons d’accélérer, de franchir des étapes, de marquer des ruptures. Nous vous proposons donc que le Congrès soit une Révolution dans l’ordre de notre pensée et de nos pratiques pour répondre à la guerre sociale que livre le capital aux peuples et qu’il réponde à une seule question : Comment être utile au peuple, à la France, à l’Europe, à l’humanité ? Ainsi, et sans préjuger de nos décisions communes, je veux évoquer devant vous quelques idées. Je le ferai, je vous l’ai dit, sans filet, en considérant qu’il vaut mieux jeter quelques idées que ne rien dire du tout.

D’abord dans l’ordre de la culture

La réduction du champ de l’activité des partis à l’activité électorale telle que voulue par nos institutions est une réduction de la politique elle-même. Nos institutions, en asservissant progressivement les partis à leur service exclusif, ont agi comme des réducteurs de tête. Elles affaiblissent les fonctions culturelles, sociales, intellectuelles de la politique pour n’en garder que

l’activité de représentation dans une démocratie devenue d’opinion. Or c’est la culture, ce sont les représentations qui forment le soubassement de la conquête du pouvoir. La question de l’hégémonie culturelle est donc le point de départ nécessaire de toute réflexion.

Déracialiser le débat français : le choix des Lumières

Le fait marquant et en accélération constante depuis les années 1980 est la racialisation du débat politique français. À droite, on ethnoculturalise la francité autour de la blancheur et de la chrétienté; à gauche, comme dans un miroir, on procède à la même ethnoculturalisation de la société française, cette fois en positif. Ainsi, la gauche assume des catégories telles que la diversité qui pose, circonscrit et valide de fait l’existence de groupes religieux, ethniques ou raciaux qu’il s’agit de discriminer positivement. La campagne de 2012 aura constitué une nouvelle accélération en ce sens.

L’universitaire Laurent Bouvet explique avec un grand esprit de synthèse le phénomène dans son ouvrage Le sens du peuple. Il montre comment l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 et l’abandon de l’ambition d’un profond changement social provoquent le passage d’une lecture de classe de la société française et des moyens de la mobilisation politique à une lecture autour d’un bloc central fortement intégré et éduqué et d’une galaxie de groupes nouveaux parmi lesquels, pêle- mêle, les femmes, les jeunes des banlieues, les gays, les immigrés... Et dans ce mouvement apparaissent sans cesse de nouveaux groupes, je pense à la création du Conseil représentatif des associations noires (le CRAN), ou encore les “beurjois”, les renois, les blancos....

Ce mouvement est sans fin. Et il répond à un besoin profond du capitalisme dans la situation actuelle : reformuler le social pour le désintégrer, c’est la réplique interne du choc des civilisations. Les individus sont enfermés dans des politiques identitaires. Elles agissent de manière performative: à chaque fois que l’on crée des manières de classer les individus, ils y entrent ! Cette situation est potentiellement mortelle pour la société et pour le mouvement de transformation sociale. La déracialisation du débat politique français, la suppression des politiques identitaires, en bref le retour aux Lumières, c’est-à-dire à la seule reconnaissance des individus libres, souverains et égaux dans la République est un axe majeur de reconquête. Il faut jeter par-dessus bord et dans le même mouvement les politiques d’assimilation, d’intégration ou les politiques multiculturelles pour entrer dans un processus historique qui brisera le lien de la citoyenneté des sociétés modernes avec l’ethnomorphisme, c’est-à-dire l’association d’une couleur de peau, d’une culture ou d’une origine supposée à une citoyenneté - les grands blonds sont norvégiens, les gens typés viennent d’ailleurs, les musulmans sont des immigrés...

Notre vocation est d’établir l’égalité des citoyens de la République sans considération d’origine ou d’appartenance supposées. Ce qui caractérise les cultures, contrairement à ce que pensent les ethnobobos, ce n’est pas leur permanence, c’est leur capacité de dialogue et de transmutation. Les politiques identitaires, fussent-elles de gauche et pavées de bonnes intentions, ne sont en réalité qu’un des avatars de la période coloniale, une négation organisée de l’égalité. Il s’agit donc de défendre un universalisme abouti, qui ne se confond pas avec l’universalisme impérial qu’a développé notre pays au cours de son histoire. Un universalisme abouti, c’est-à-dire ne cédant pas à l’hypocrisie qui consiste à nier et à entretenir les inégalités de genre, d’orientation sexuelle, de discriminations fondées sur les origines supposées au nom d’une égalité fantasmée. Un universalisme de combat qui, dans un contexte de régression identitaire, affirme, développe et rend effective l’unité du genre humain. À cette conception, un contre-argument vient tout de suite: le problème reste. Le problème reste de l’exclusion visible des responsabilités militantes et publiques d’une partie de la population française. J’y reviendrai tout à l’heure s’agissant du Parti mais, au fond, la question me semble être: de quoi cette exclusion est-elle le nom ? Quelques études simples sur la composition des conseils municipaux montreraient que dans les villes de gauche ou communistes de plus de 30 000 habitants, les cadres de la fonction publique sont ultra dominants.

Et nous savons dans le même temps que c’est dans les couches populaires que les enfants ou les petits-enfants de l’immigration, en provenance d’Afrique notamment, sont les plus nombreux. Ainsi, la question de la diversité n’est-elle pas simplement le nom d’une rupture de grande ampleur avec les couches populaires ?

La politique de classe contre les politiques racialistes

Cette reformulation du social par la gauche puis par la droite a eu comme effet de laisser en déshérence la question sociale. Lors de sa campagne de 2007, Nicolas Sarkozy a été un ingénieur doué de la dignité des travailleurs et des travailleuses. Or, à l’issue de la période que j’ai décrite, le travail n’est plus un marqueur de gauche: c’est un marqueur de droite dans le discours politique. Je rappelle que Marine Le Pen a totalisé 29% du vote ouvrier au premier tour de l’élection présidentielle, François Hollande 27% (Lionel Jospin avait totalisé 13% en 2002) et Jean-Luc Mélenchon 11% du vote ouvrier. Et il est frappant de constater que la perte de centralité du travail dans le discours de la gauche correspond à sa propre impuissance à résoudre la question du chômage. La gauche s’est désaffiliée de sa relation aux travailleurs, a détourné son regard des questions sociales et de classe à mesure qu’elle perd l’ambition d’un réel changement économique. Les résultats électoraux de premier tour sont sans appel : la gauche est plus forte là où le peuple est le moins présent. Un certain nombre de politiques publiques ont accéléré ces phénomènes. La thématique de l’assistanat par exemple : à mesure que s’est développée la crise sociale, les politiques sociales ont développé des effets de représentation très pervers. En effet, avec les seuils d’accès à un certain nombre de prestations sociales, des fractures sont apparues dans les classes populaires. L’« assisté » –celui qui y a droit– s’opposant au travailleur –celui qui n’y a pas droit. Sur cette base, l’alliance décrite par Terra Nova entre les classes supérieures et les plus paupérisés peut fonctionner à plein sur une série de thématiques telles que le logement social ou la santé en mettant de côté les couches populaires salariées. Les services essentiels étant dès lors réservés à la fine couche de celles et ceux qui en ont le plus besoin.

J’ai tenu à commencer par les problématiques de racialisation du débat public et les divisions au sein des salariés, car ces représentations contribuent profondément aux divisions du corps social. Et en découle pour nous la nécessité de représentations alternatives qui rassemble la classe salariée. Un certain nombre de questions en découlent. La première d’entre elles est la suivante: nous le voyons, l’idéologie, les politiques de représentation, ce que j’ai appelé la culture, ont un effet puissant sur le réel et le transforment en s’appuyant sur les contradictions de notre société. Nous avons donc besoin d’un écosystème culturel qui travaille les trois grandes questions: la nation, le peuple, la démocratie. Pour le dire avec les mots d’un autre, en l’occurrence Rémi Lefebvre, il faut « structurer des alliances autour de mots d’ordre susceptibles d’unifier des demandes sociales hétérogènes ».

Le rapport avec le Congrès est le suivant : comment nos discours s’agissant des trois grandes sphères de la société –la sphère nationale en liaison nouvelle avec l’Europe et le monde, la sphère économique et sociale et la sphère démocratique– cessent d’agir chacun de manière autonome pour résonner en écosystème, en ensemble unificateur, en opérateur de valeurs, de lutte et d’action ? Sur ce sujet, mon hypothèse est la suivante: l’entrée dans la nouvelle période historique ne concerne pas que nous. Cela affecte l’ensemble du champ mobilisable: intellectuel, syndical, populaire. Et le problème n’est pas tant de leur faire signer des appels électoraux que de créer un espace de travail réel. Ainsi, j’ai la conviction qu’il faudrait décider de créer une coopérative de travail, qui échappe aux problèmes de pouvoir immédiat et de débat politique dans le Front de gauche. Il faut un lieu de renaissance pour la pensée révolutionnaire avec l’aide des différents organismes existants mais qui dépasse le fractionnement. D’une certaine manière, l’Appel des économistes atterrés ou l’Appel des appels participent de cette recherche. Mais un saut qualitatif doit être fait.

Comme à de grands moments de l’histoire du PCF, l’anticolonialisme, le Front populaire, la Résistance, nous devrions prendre rendez-vous avec l’Histoire et déclencher le mouvement nécessaire de travail pour la pensée et l’action communiste et de transformation sociale.

À présent, quelques remarques dans l’ordre de la politique et de notre stratégie de rassemblement, le Front de gauche

Comment être utiles au peuple et à la France, à l’Europe et à l’humanité ? Je traiterai la question de nos rapports avec la majorité gouvernementale puis de notre stratégie de rassemblement, le Front de gauche. La première question est: au nom de quoi, de qui parlons-nous ? En d’autres termes, au nom de la gauche ou d’une partie de la gauche ou au nom des intérêts de notre peuple et de notre pays ? Cette question n’est pas anodine, car il me semble que la posture politique, c’est-à-dire nos rapports avec la majorité gouvernementale, doivent passer au second plan par rapport à notre objectif premier, l’intérêt général. L’interview de François Hollande dimanche dernier marque l’atterrissage entre une tactique électorale, la fameuse guerre à la finance, et la réalité de sa stratégie économique, l’austérité et l’espérance d’un retour de la croissance en 2014. L’expression du Premier ministre appelant à un « choc de compétitivité » est de ce point de vue effrayant de clarté. Je ne reviendrai pas, cela a déjà été fait dans le rapport d’actualité politique, sur les effets d’une telle politique. Je veux juste faire la remarque suivante: la situation est dangereuse, les conséquences sociales seront dures, les conséquences politiques potentiellement dramatiques.

Ainsi, nous sommes face à nos responsabilités. Déclarons-nous l’affaire entendue et adoptons-nous la posture du combat désespéré et de l’attente d’un pouvoir futur ? Ou cherchons-nous à inverser la situation ? En 2005, si nous avions fait l’hypothèse d’un rapport de forces immuable, nous aurions bloqué les possibilités de mouvement de l’électorat socialiste vers le NON. Il faut donc considérer qu’un mouvement est possible parmi l’électorat socialiste, de gauche, populaire, parmi un certain nombre de dirigeants de la social-démocratie vers le refus de l’austérité et pour une autre politique. La Chine, les États-Unis d’Amérique, notre continent et leurs dirigeants sont tous face à ce problème: nous sommes à l’heure des grandes transformations, de la nécessité d’un basculement radical du système économique mondial et cette perspective provoque une reprise en main tout aussi radicale et autoritaire des forces du capital sur les principaux leviers de gestion de l’économie.

Alors comment être utiles? C’est la seule question. Comment être utiles pour contribuer à l’accouchement d’une politique nouvelle ? Comment battre l’austérité comme seule réponse ? À cette aune, la question du rapport au gouvernement actuelle est seconde. Le problème n’est pas de faire arbitrer au peuple un match entre le Parti socialiste et le Front de gauche, mais de faire arbitrer deux choix politiques: l’austérité ou le développement. C’est dans ces conditions, me semble-t-il, que nous devons aborder à la fois nos rapports avec le gouvernement et l’avenir du Front de gauche.

L’avenir du Front de gauche: un nouveau Front populaire

J’y viens donc. Avec le Front de gauche, la séquence politique qui vient de se clore a permis une avancée spectaculaire: le retour des forces critiques du capitalisme sur la scène politique. Nous sommes de retour, nous sommes de nouveau dans le match. Mon sentiment est que le plus difficile commence. Car il ne s’agit plus d’unir des familles, des militantes et des militants dispersés par la longue histoire. Il s’agit à présent de poursuivre un déploiement qui dépasse nos frontières actuelles, de viser une hégémonie culturelle nouvelle. Et à partir de cet instant, la vitalité de notre rapport au monde salarié, aux syndicalistes, aux intellectuels, à la création, aux citoyens sur l’ensemble du territoire se pose avec cette ambition à l’esprit. Car ce n’est plus seulement un problème d’en haut, un problème électoral, un problème d’efficacité de la parole médiatique, c’est un problème d’en bas/en haut, de développer le Front de gauche en dépassant les hiérarchies institutionnelles. C’est la question d’un Front populaire de type nouveau. Souvenons-nous les différentes étapes. Souvenons- nous que c’est l’ouverture aux élections européennes avec notre secrétaire nationale d’alors, Marie-

George Buffet, qui ouvre la voie au Front de gauche et permet l’engagement de Jean-Luc Mélenchon et de ses amis. Nous sommes à une étape similaire et différente. Similaire car nous savons que les forces disponibles pour s’opposer à l’austérité et pour une nouvelle politique sont bien plus nombreuses que l’état actuel du Front de gauche. Différente car ces forces par leur nature, intellectuelle, populaire, dans le monde syndical, ne nous rejoindront pas par un accord politique mais par une démarche de travail, d’action et de luttes. C’est la question d’un nouveau Front populaire.

J’ai évoqué dans la partie précédente l’hypothèse d’une coopérative. Cela ne résout que la partie que j’ai appelée culturelle du problème. Reste l’organisation du travail politique et l’association à un niveau local et national de ces forces disponibles. Un équilibre imparfait a été trouvé entre le rapport des forces politiques entre elles et le Conseil national de campagne durant l’élection présidentielle. Il faut une nouvelle ouverture, un nouveau mouvement, un nouvel équilibre. Sur ce sujet, nous proposons que le Comité exécutif entame une série de rencontres afin de travailler avec nos interlocuteurs dans le monde syndical, associatif, intellectuel à la résolution de ce problème. Il s’agit de trouver les voies pour réaliser l’agrégation de nouvelles forces. Nous avons construit un premier pilier, celui de l’unité politique.

Pourquoi ne pas proposer d’ajouter deux nouveaux piliers: un pilier des luttes sociales, syndicales, populaires et un pilier, avec la coopérative, de la participation des intellectuels. Et je veux ajouter s’agissant du Front de gauche que la question du rapport en tant que tel avec les autres forces politiques est posée. Sauf à considérer une fois pour toutes que nous sommes la solution et eux le problème, la question de nos rapports, en tant que Front de gauche, conflictuels ou non, avec le reste de la gauche est posée. Allons-nous ignorer qu’une partie importante des Verts et au moins un tiers des socialistes sont opposés au traité ? Le Front de gauche doit entrer en débat avec les autres forces de gauche. Dans le même temps, nous aurons à discuter de la préparation des deux prochaines échéances, d’abord municipales au printemps 2014 puis européennes en juin.

Deux échéances électorales différentes, aux enjeux différents à la fois pour le pays et pour l’avenir du Front de gauche et du Parti communiste français. Et à nouveau se posent des problèmes de conceptions. Sur les européennes par exemple, allons-nous réussir à créer avec le refus du traité un Front anti-austérité plus large que le Front de gauche actuel ? L’intervention de la direction du Parti a permis de lever certains des blocages qui existaient dans le collectif unitaire.

Pouvons-nous aller plus loin? Nous le pensons. Le Front de gauche, dans sa forme et son fonctionnement actuel, n’est pas le début et la fin de tout. Nous entendons qu’il continue d’être un mouvement qui agrège, qui rassemble les forces mobilisées contre l’austérité et pour une sortie de crise sociale et démocratique. Ainsi, il s’agira de préparer aussi les futures échéances sans esprit conservateur mais avec l’idée d’un Front de gauche en mouvement.

Enfin dans l’ordre de l’avenir du Parti communiste français

Le vingtième siècle des communistes a été déterminé pour une large part par la Révolution russe de 1917 puis surtout par l’existence pendant soixante-dix ans de l’Union soviétique. Ce modèle, longtemps adulé puis apprécié avec des critiques plus ou moins prononcées, a définitivement failli à la fin des années 1980, même si les approches caricaturales les plus véhiculées d’hier et d’aujourd’hui ne doivent pas faire l’économie d’une approche distanciée de ce qu’a représenté ce système. La matrice bolchevique qui lui était liée a longtemps représenté l’idéal révolutionnaire contre un réformisme socialdémocrate, durablement concurrencé par cette expérience, notamment en Europe occidentale et particulièrement en France. Mais il a aussi engendré des interrogations douloureuses au sein du mouvement communiste lui-même mais également avec le socialisme historique. En effet, les communistes français ont connu dans ce long processus, certes des heures

de gloire, mais aussi plusieurs crises majeures qui ont entraîné des prises de distances, des ruptures violentes créant des divisions durables au sein de la galaxie qui se réclamait de l’ambition communiste, des oppositionnels divers aux courants trotskystes. De 1930 aux années 1990, ces séparations apparurent la plupart du temps comme indépassables, au point d’être restées vivaces jusqu’à une période très récente. Mais en ce début de XXIesiècle, les divisions et points de rupture du « court vingtième siècle » n’ont désormais plus lieu d’être: vingt ans après la disparition de l’URSS, les raisons qui ont séparé pendant des décennies ces sensibilités ont disparu; qui oserait stigmatiser aujourd’hui les « staliniens », « trotskystes » ou autres épithètes du même type, caractérisations issues des luttes internes au Parti bolchevik des années 1920-1930 ? Des débats continuent bien évidemment de se poser (sur la démocratie, l’État, le rôle des institutions, des réformes, etc.) mais le mouvement émancipateur que représente l’idéal communiste doit être désormais capable de réunir des courants qui, ensemble, partagent ou peuvent partager les mêmes objectifs fondamentaux. Sans faire de raccourcis rapides, souvenons-nous de quelques leçons de l’histoire: dans les années 1970, les libéraux de toutes obédiences ont su taire leurs divergences passées pour préparer la contre-révolution idéologique et économique des années 1980-1990; le mouvement politique que nous souhaitons construire, la force communiste dans un front plus large, doit être à la hauteur du défi qui reste d’inverser la tendance que nous lèguent ces douloureuses années, en construisant une nouvelle hégémonie qui puisse durablement changer le rapport de forces actuel. Dans ce contexte, il ne suffit pas de dire que le Parti communiste français entend rassembler tous les communistes. Il faut le prouver et dire ce que nous entendons par là. Et en donner les signes visibles.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je veux faire une précision par rapport à nos débats passés. Il ne s’agit pas à mon sens d’entrer en négociation politicienne avec tel ou tel groupe sur la base d’identités supposées. Il s’agit, dans l’objectif d’une culture commune, de préciser, en théorie et en pratique, les conditions par lesquelles elle se crée. De ce point de vue, je veux dire quelques mots d’une des apories de nos débats: la question de l’efficacité et de la pluralité. À la suite de la période d’ossification stalinienne, nous avons navigué entre deux eaux pour ouvrir notre débat interne: protéger la pluralité de l’expression et, dans le même temps, nous avons été confrontés au problème du respect de nos décisions majoritaires. Cette recherche s’est faite avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins de bazar, plus ou moins de débat.

Je pense, quant à moi, que ces problèmes peuvent se résoudre simplement. Il y a deux sphères relativement autonomes dans ce débat: la sphère des plates-formes politiques (du Parti, ou du Front de gauche, ou d’autres...) et la sphère du débat d’idées.

La première obéit à la loi de la majorité et aux règles classiques des processus démocratiques. Ainsi, nous adoptons à différents moments le point d’équilibre politique pour mener les combats nécessaires. Et à ces processus s’attachent éventuellement des mesures d’ordre, de discipline électorale notamment, plus ou moins strictes selon les contextes. C’est le moment de la décision politique. Ce moment de la décision ne doit être rien d’autre qu’un moment de décision inscrit dans le temps. Le danger survient lorsque nous prétendons que la décision ponctuelle ferme le débat d’idées. Parenthèse évidente, le danger survient également lorsque nous prétendons qu’il n’est nul besoin de décider évidemment. Ainsi, la décision politique majoritaire ne peut pas, ne doit pas affecter la qualité et la liberté du débat d’idées. Agréger, coaliser un nombre supérieur de citoyens au sein de notre parti, c’est nécessairement accroître notre diversité, les savants disent entropie, philosophique, économique, politique. Et il faut l’accepter et la développer en postulant qu’en augmentant notre niveau de confrontation intellectuelle et politique, et donc d’efforts, nous forgerons une culture commune plus dense et plus efficace.

La deuxième question que je veux traiter est celle des chats et des moutons que j’ai traitée à l’université d’été. Nous étions moutons, nous sommes devenus chats... À la terrasse ensoleillée d’un

café montreuillois, mon partenaire de discussion philosophique estivale osa cette image... Nous étions moutons, nous sommes devenus chats... et qu’il est difficile de constituer un troupeau de chats! C’est une image du réel que je crois très juste. Elle résume l’un des problèmes de l’avenir. Réussir à unir une foule qui n’est plus une foule, réussir à constituer en troupeau des consciences dont la forme actuelle est constituée d’une volonté farouche de souveraineté individuelle et d’autonomie personnelle. Ainsi, ce que nous appelons transformation de la politique ou des partis, ou du Parti communiste français pour ce qui nous intéresse en premier lieu, n’est pas un chantier contingent des petites vicissitudes du présent, c’est la recherche d’une culture pratique nouvelle de l’action politique qui puisse entrer en résonance puissante avec les profondes transformations culturelles de notre civilisation qui ont félinisé notre rapport personnel au monde et à l’action collective. Pour le meilleur, comme pour le pire, c’est-à-dire de la compétition libérale sans rivage. Jusque-là, l’affaire est assez simple. Jusque-là, c’est-à-dire en mots. Cela se complique immédiatement en pratique. Car le discours d’une culture nouvelle de notre action n’est pas, malheureusement, performatif.

De grandes organisations humaines, scientifiques, économiques, artistiques affrontent les mêmes difficultés. C’est le problème de toutes les grandes révolutions: les outils de la révolution précédente restent formidablement efficaces et ceux de la suivante formidablement compliqués. Et pourtant, les exemples sont désormais légion de projets humains auxquels la forme coopérative donne une efficacité décuplée. Les troupeaux de chats ont désormais la possibilité de se former et dans le troupeau chacun conserve, développe et partage ses propres compétences, ses propres appétences, son autonomie propre. Les formes du développement de l’intelligence sont en train de changer, les processus créateurs se diffusent, se distribuent, la figure du démiurge est en train de se reconstruire pour devenir un produit collectif. Ainsi, paradoxalement, les chats sont moins chats qu’il n’y paraît et la révolution actuelle reformule et intensifie la question collective...

La transformation et le rayonnement du Parti

C’est la question de la transformation du Parti qui est posée et des processus coopératifs. C’est ce que Paul Boccara appelle aussi la révolution dans le domaine anthroponomique. Je cite : « C’est l’autre face de la révolution informationnelle pour la vie humaine, la révolution du numérique et de la télécommunication des informations, avec les ordinateurs personnels, permettant un accès de chaque individu aux informations de toutes sortes, et leur circulation dans tous les sens. » Je cite à nouveau: « Pour une nou- velle civilisation, une maîtrise de tous les moments de la vie par chacun, il ne suffit pas de nouveaux pouvoirs, il faut une autre culture.»

Ce problème n’est pas simple. Et ne se ré-sume pas au basisme du style « vive la base » ou « vive les chefs » ou « chacun fait ce qu’il veut ». Je ne pense pas que le passage du centralisme autocratique au féodalisme soit un progrès. Il s’agit de trouver les formes pratiques qui permettent un essor de l’implication de chacune et de chacun. Nous avions pris des décisions au dernier Congrès ; nous en avons mis en œuvre quelques-unes ; le Parti s’est transformé dans l’intervalle et dans l’action mais le saut qualitatif n’a pas été fait. Il faut donc répondre à nouveau et dans l’efficacité à cette question du comment.

Je veux conclure cette dernière partie par l’évocation d’un problème que je pense central. Les dynamiques sociales spontanées favorisent les couches sociales les plus intégrées. La dénonciation uniforme des élites a au moins ceci de bon qu’elle pointe le réel: la représentation décrochée du réel, l’éradication des couches populaires des lieux de pouvoir, la quasi disparition sur une longue période des organisations politiques dans les quartiers populaires, leur disparition des instances des partis politiques, et du nôtre, moins vite, avec moins d’ampleur, peut-être, mais du nôtre tout de même.

Vous savez, c’est le moment dans le Congrès où nous appelons le rapport de la Commission des mandats. Et à cette occasion, nous constatons la surreprésentation des fonctionnaires et des professions intermédiaires. Un débat plan-plan s’ensuit, il se conclut généralement en eau de boudin, parfois dans l’anathème, ouvriérisme, que sais-je d’autre, ou dans un discours velléitaire. Ou encore, nous décidons d’ateliers sur les quartiers populaires ou les entreprises parmi dix autres sujets. Les faits restent, têtus, et les dynamiques sociales spontanées favorisent toujours les mêmes couches sociales.

Nous avons donc un problème à traiter qui peut se résumer de manière abrupte de la manière suivante: comment sélectionnons-nous et formons-nous nos élites ? Élite, de l’ancien français eslit, c’est-à-dire «choisi», ancien participe passé du verbe élire. Au fond, c’est actuellement les dynamiques sociales dominantes qui choisissent celles et ceux que nous pensons choisir nous- mêmes. Et cette question est évidemment reliée à la forme de notre action politique: enfermée dans les institutions ou dans les institutions et la solidarité concrète, les luttes, la politisation et l’éducation populaire ?

Conclusion

J’ai utilisé en début de rapport l’expression texte fondateur. J’ai eu tort. J’aurais dû parler d’un texte et d’actes fondateurs. La situation historique présente nous offre une occasion: nous sommes unis par rapport aux périodes passées, ce congrès peut être un congrès d’Union et le temps historique a ouvert une fenêtre nouvelle. Un des symboles des Lumières, c’est l’Encyclopédiede Diderot et d’Alembert. Un des symboles de la naissance du communisme, c’est le Manifeste. C’est-à-dire des sommes de travail qui produisent des effets culturels et politiques puissants en unifiant ce qui était là en gestation. Il faut se donner les moyens pour que Lucien Sève, pour que Paul Boccara, pour que Jean-Loup Amselle, pour que Bernard Thibault et bien d’autres, pour que nos nouveaux adhérents, pour que nos anciens adhérents, pour que de nombreux syndicalistes, pour qu’une partie de la jeunesse puisse identifier un acte de renaissance de l’ambition communiste et donc d’un processus de travail ouvert et nouveau. Nous avons besoin que le congrès d’Aubervilliers soit l’un des lieux de la renaissance de l’ambition révolutionnaire, un lieu qui installe un nouveau récit pour le Parti communiste français ancré dans l’avenir.

Faut-il tenter d’écrire un manifeste pour une civilisation humaine avec toutes celles et tous ceux qui le voudront ? Faut-il se donner l’objectif d’élire lors des prochaines élections des centaines de citoyens à l’image de la France d’aujourd’hui, en ayant comme point de repère l’union des couches dites populaires et des couches dites moyennes ? Faut-il se donner comme objectif d’être la force du travail ? Faut-il proposer la création d’un Congrès mondial pour la paix et le développement ? Faut- il publier un ouvrage collectif sur l’écologie, un deuxième sur notre conception du communisme ?

En d’autres termes, quelles sont les voies qui feront que le congrès d’Aubervilliers provoque une coagulation dans la société du travail en vue du dépassement du capitalisme ? J’y vais plus directement. Quand je vois à l’université d’été des universitaires ou des journalistes ouvrir grands les yeux et découvrir la réalité, l’ouverture, la jeunesse du Parti communiste français, j’ai des envies criminelles qui montent. Pas contre eux, contre moi, contre nous. Ce n’est pas possible de continuer à se trimballer un tas de préjugés, de vieilleries sur notre compte: il faut faire éclater notre réalité nouvelle, notre mouvement, notre puissance pacifique au service de l’intérêt général. Il faut que Pierre Laurent fasse une dizaine de grands meetings consacrés au Congrès et à la situation du pays et du monde. Il faut que chaque journaliste qui écrira sur le PCF soit confronté pendant le Congrès à 400 de nos nouveaux adhérents. Il faut reprendre le drapeau de la France, des ouvriers et dans le même temps faire un grand congrès international de liaisons avec les mouvements politiques et sociaux des différents continents. Il faut faire éclater l’existence d’une organisation politique européenne, le PGE, il faut des signes, tangibles et pas bling-bling d’une nouvelle alliance avec

quelques-uns des grands penseurs de ce pays. Il faut un grand congrès de la fierté communiste, des valeurs et un congrès de décisions qui balaie les petits calculs de petites boutiques et de petits pouvoirs pour créer une dynamique renouvelée au Front de gauche et au Parti communiste français. Il faut que la vie bruyante et généreuse se fraye un chemin.

Le processus formel de préparation du Congrès

J’en viens à présent aux questions formelles. Le Comité exécutif national propose que le 36e Congrès se tienne aux Docks d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), métro Front populaire.

Par son vote, nous vous proposons que le Conseil national convoque le Congrès du 7 au 10 février 2013 avec trois points à l’ordre du jour :
1) La résolution politique: sortir de la crise; gagner le changement / changer la société; refonder l’ambition communiste.

2) Les statuts.
3) L’élection des directions.

Nous proposons également d’adopter l’échéancier suivant au terme des statuts :
• A partir de ce 13 septembre et jusqu’au 13 et 14 octobre: appel à contributions.
• 13-14 octobre: CN d’adoption d’une base commune et du texte de statuts.
• 17 novembre: date limite de publication des textes alternatifs à la base commune. • Envoi des textes aux communistes.

• 5 décembre: vote des communistes pour choix de base commune. • Conférences de section et fédérales 15 dé-cembre et janvier 2013.

S’agissant des commissions, nous vous proposons quatre commissions présidées par : • Texte: rapporteur Pierre Dharréville.
• Statuts: présidée par Isabelle De Almeida.
• Direction: présidée par Jacques Chabalier.

• Transparence: présidée par Fabienne Halaoui.

En plus de ce dispositif, le Comité exécutif propose que j’assure la direction du Congrès, c’est-à- dire la coordination de l’effort interne et public à partir de la Fête de l’Humanité et jusqu’à la fin du Congrès. Pierre Laurent, notre secrétaire national, en dira quelques mots.

Voilà, chers camarades, les quelques idées que j’étais chargé de vous présenter. L’histoire nous joue des tours parfois... Il est temps de renverser les rôles et de jouer des tours à cette satanée histoire. Je vous remercie.

 

Un Congrès combatif pour le PCF, une ambition nouvelle pour le Front de Gauche

le 13 septembre 2012

Un Congrès combatif pour le PCF,  une ambition nouvelle pour le Front de Gauche

Conseil National du 13 septembre 2012
Rapport de Patrice Bessac

Chacun, chacune a conscience que la période nécessite un grand travail collectif. Les problèmes sont nombreux, la difficulté immense et le combat, d’une grande brutalité. Ce rapport veut s’essayer à ouvrir quelques réflexions pour la préparation de notre Congrès. Ainsi, il ne reflète pas une quelconque ligne prédéterminée mais plutôt une tentative personnelle, nourrie d’échanges, de soulever quelques enjeux sans préjudice de notre débat commun. Les choses sont ainsi faites qu’exprimer sa pensée propre, ce n’est pas servir un filet d’eau tiède. Donc j’y vais.

C’est fini. C’est fini. Le cycle de la crise des mouvements critiques du capitalisme est fini. Vingt ans, trente ans de domination du capitalisme libéral, de convulsions pour le mouvement communiste et transformateur : tout cela est fini. Le fait majeur est la crise du capitalisme mondialisé, sa crise économique et, au-delà, la crise du modèle de civilisation issu de la contre-révolution libérale des années 1970. C’est fini. Il ne s’agit plus de tenir, il s’agit d’avancer, de conquérir, de s’arracher à la gangue, aux sédimentations de plus de trente années de recul pour prendre vingt ans d’avance. Il nous appartient de prendre vingt ans d’avance, d’avoir la même ambition que les économistes libéraux eurent dans les années 1970 : changer les bases culturelles, idéologiques, politiques du monde actuel. Si une longue et dure phase historique se referme, chacun mesure pour autant les dangers de la nouvelle période : les risques de nouvelles barbaries comme d’une avancée possible des forces révolutionnaires. Nous sommes à la fois devant des changements de longue portée et dans l’urgence.

Ainsi, nous vous proposons que le congrès d’Aubervilliers manifeste par un texte fondateur cette ambition. Il s’agit, au fond, de proposer une vision unificatrice de notre projet, de notre stratégie, de notre conception du Parti et de l’action politique. Ainsi, si chacun sait que le caractère historique d’un congrès ne procède pas du décret, c’est pourtant cela que nous devrions viser. Que nos décisions, que nos actes, que notre analyse, que notre travail unifient et fondent un regard complet sur les vingt ans qui sont devant nous.

Alors que notre stratégie de rassemblement, le Front de gauche, alors que notre parti, le Parti communiste français, ont enregistré au plan des résultats électoraux et de notre effectif des avancées considérables, nous pourrions nous reposer dans la molle satisfaction de nos quelques réussites. Nous vous proposons exactement le contraire. Nous vous proposons d’accélérer, de franchir des étapes, de marquer des ruptures. Nous vous proposons donc que le Congrès soit une Révolution dans l’ordre de notre pensée et de nos pratiques pour répondre à la guerre sociale que livre le capital aux peuples et qu’il réponde à une seule question : Comment être utile au peuple, à la France, à l’Europe, à l’humanité ? Ainsi, et sans préjuger de nos décisions communes, je veux évoquer devant vous quelques idées. Je le ferai, je vous l’ai dit, sans filet, en considérant qu’il vaut mieux jeter quelques idées que ne rien dire du tout.

D’abord dans l’ordre de la culture

La réduction du champ de l’activité des partis à l’activité électorale telle que voulue par nos institutions est une réduction de la politique elle-même. Nos institutions, en asservissant progressivement les partis à leur service exclusif, ont agi comme des réducteurs de tête. Elles affaiblissent les fonctions culturelles, sociales, intellectuelles de la politique pour n’en garder que l’activité de représentation dans une démocratie devenue d’opinion. Or c’est la culture, ce sont les représentations qui forment le soubassement de la conquête du pouvoir. La question de l’hégémonie culturelle est donc le point de départ nécessaire de toute réflexion.

Déracialiser le débat français : le choix des Lumières

Le fait marquant et en accélération constante depuis les années 1980 est la racialisation du débat politique français. À droite, on ethnoculturalise la francité autour de la blancheur et de la chrétienté; à gauche, comme dans un miroir, on procède à la même ethnoculturalisation de la société française, cette fois en positif. Ainsi, la gauche assume des catégories telles que la diversité qui pose, circonscrit et valide de fait l’existence de groupes religieux, ethniques ou raciaux qu’il s’agit de discriminer positivement. La campagne de 2012 aura constitué une nouvelle accélération en ce sens.

L’universitaire Laurent Bouvet explique avec un grand esprit de synthèse le phénomène dans son ouvrage Le sens du peuple. Il montre comment l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 et l’abandon de l’ambition d’un profond changement social provoquent le passage d’une lecture de classe de la société française et des moyens de la mobilisation politique à une lecture autour d’un bloc central fortement intégré et éduqué et d’une galaxie de groupes nouveaux parmi lesquels, pêle-mêle, les femmes, les jeunes des banlieues, les gays, les immigrés... Et dans ce mouvement apparaissent sans cesse de nouveaux groupes, je pense à la création du Conseil représentatif des associations noires (le CRAN), ou encore les “beurjois”, les renois, les blancos....

Ce mouvement est sans fin. Et il répond à un besoin profond du capitalisme dans la situation actuelle : reformuler le social pour le désintégrer, c’est la réplique interne du choc des civilisations. Les individus sont enfermés dans des politiques identitaires. Elles agissent de manière performative: à chaque fois que l’on crée des manières de classer les individus, ils y entrent ! Cette situation est potentiellement mortelle pour la société et pour le mouvement de transformation sociale. La déracialisation du débat politique français, la suppression des politiques identitaires, en bref le retour aux Lumières, c’est-à-dire à la seule reconnaissance des individus libres, souverains et égaux dans la République est un axe majeur de reconquête. Il faut jeter par-dessus bord et dans le même mouvement les politiques d’assimilation, d’intégration ou les politiques multiculturelles pour entrer dans un processus historique qui brisera le lien de la citoyenneté des sociétés modernes avec l’ethnomorphisme, c’est-à-dire l’association d’une couleur de peau, d’une culture ou d’une origine supposée à une citoyenneté - les grands blonds sont norvégiens, les gens typés viennent d’ailleurs, les musulmans sont des immigrés...

Notre vocation est d’établir l’égalité des citoyens de la République sans considération d’origine ou d’appartenance supposées. Ce qui caractérise les cultures, contrairement à ce que pensent les ethnobobos, ce n’est pas leur permanence, c’est leur capacité de dialogue et de transmutation. Les politiques identitaires, fussent-elles de gauche et pavées de bonnes intentions, ne sont en réalité qu’un des avatars de la période coloniale, une négation organisée de l’égalité. Il s’agit donc de défendre un universalisme abouti, qui ne se confond pas avec l’universalisme impérial qu’a développé notre pays au cours de son histoire. Un universalisme abouti, c’est-à-dire ne cédant pas à l’hypocrisie qui consiste à nier et à entretenir les inégalités de genre, d’orientation sexuelle, de discriminations fondées sur les origines supposées au nom d’une égalité fantasmée. Un universalisme de combat qui, dans un contexte de régression identitaire, affirme, développe et rend effective l’unité du genre humain. À cette conception, un contre-argument vient tout de suite: le problème reste. Le problème reste de l’exclusion visible des responsabilités militantes et publiques d’une partie de la population française. J’y reviendrai tout à l’heure s’agissant du Parti mais, au fond, la question me semble être: de quoi cette exclusion est-elle le nom ? Quelques études simples sur la composition des conseils municipaux montreraient que dans les villes de gauche ou communistes de plus de 30 000 habitants, les cadres de la fonction publique sont ultra dominants. Et nous savons dans le même temps que c’est dans les couches populaires que les enfants ou les petits-enfants de l’immigration, en provenance d’Afrique notamment, sont les plus nombreux. Ainsi, la question de la diversité n’est-elle pas simplement le nom d’une rupture de grande ampleur avec les couches populaires ?

La politique de classe contre les politiques racialistes

Cette reformulation du social par la gauche puis par la droite a eu comme effet de laisser en déshérence la question sociale. Lors de sa campagne de 2007, Nicolas Sarkozy a été un ingénieur doué de la dignité des travailleurs et des travailleuses. Or, à l’issue de la période que j’ai décrite, le travail n’est plus un marqueur de gauche: c’est un marqueur de droite dans le discours politique. Je rappelle que Marine Le Pen a totalisé 29% du vote ouvrier au premier tour de l’élection présidentielle, François Hollande 27% (Lionel Jospin avait totalisé 13% en 2002) et Jean-Luc Mélenchon 11% du vote ouvrier. Et il est frappant de constater que la perte de centralité du travail dans le discours de la gauche correspond à sa propre impuissance à résoudre la question du chômage. La gauche s’est désaffiliée de sa relation aux travailleurs, a détourné son regard des questions sociales et de classe à mesure qu’elle perd l’ambition d’un réel changement économique. Les résultats électoraux de premier tour sont sans appel : la gauche est plus forte là où le peuple est le moins présent. Un certain nombre de politiques publiques ont accéléré ces phénomènes. La thématique de l’assistanat par exemple : à mesure que s’est développée la crise sociale, les politiques sociales ont développé des effets de représentation très pervers. En effet, avec les seuils d’accès à un certain nombre de prestations sociales, des fractures sont apparues dans les classes populaires. L’« assisté » –celui qui y a droit– s’opposant au travailleur –celui qui n’y a pas droit. Sur cette base, l’alliance décrite par Terra Nova entre les classes supérieures et les plus paupérisés peut fonctionner à plein sur une série de thématiques telles que le logement social ou la santé en mettant de côté les couches populaires salariées. Les services essentiels étant dès lors réservés à la fine couche de celles et ceux qui en ont le plus besoin.

J’ai tenu à commencer par les problématiques de racialisation du débat public et les divisions au sein des salariés, car ces représentations contribuent profondément aux divisions du corps social. Et en découle pour nous la nécessité de représentations alternatives qui rassemble la classe salariée. Un certain nombre de questions en découlent. La première d’entre elles est la suivante: nous le voyons, l’idéologie, les politiques de représentation, ce que j’ai appelé la culture, ont un effet puissant sur le réel et le transforment en s’appuyant sur les contradictions de notre société. Nous avons donc besoin d’un écosystème culturel qui travaille les trois grandes questions: la nation, le peuple, la démocratie. Pour le dire avec les mots d’un autre, en l’occurrence Rémi Lefebvre, il faut « structurer des alliances autour de mots d’ordre susceptibles d’unifier des demandes sociales hétérogènes ».

Le rapport avec le Congrès est le suivant : comment nos discours s’agissant des trois grandes sphères de la société –la sphère nationale en liaison nouvelle avec l’Europe et le monde, la sphère économique et sociale et la sphère démocratique– cessent d’agir chacun de manière autonome pour résonner en écosystème, en ensemble unificateur, en opérateur de valeurs, de lutte et d’action ? Sur ce sujet, mon hypothèse est la suivante: l’entrée dans la nouvelle période historique ne concerne pas que nous. Cela affecte l’ensemble du champ mobilisable: intellectuel, syndical, populaire. Et le problème n’est pas tant de leur faire signer des appels électoraux que de créer un espace de travail réel. Ainsi, j’ai la conviction qu’il faudrait décider de créer une coopérative de travail, qui échappe aux problèmes de pouvoir immédiat et de débat politique dans le Front de gauche. Il faut un lieu de renaissance pour la pensée révolutionnaire avec l’aide des différents organismes existants mais qui dépasse le fractionnement. D’une certaine manière, l’Appel des économistes atterrés ou l’Appel des appels participent de cette recherche. Mais un saut qualitatif doit être fait.

Comme à de grands moments de l’histoire du PCF, l’anticolonialisme, le Front populaire, la Résistance, nous devrions prendre rendez-vous avec l’Histoire et déclencher le mouvement nécessaire de travail pour la pensée et l’action communiste et de transformation sociale.

À présent, quelques remarques dans l’ordre de la politique et de notre stratégie de rassemblement, le Front de gauche

Comment être utiles au peuple et à la France, à l’Europe et à l’humanité ? Je traiterai la question de nos rapports avec la majorité gouvernementale puis de notre stratégie de rassemblement, le Front de gauche. La première question est: au nom de quoi, de qui parlons-nous ? En d’autres termes, au nom de la gauche ou d’une partie de la gauche ou au nom des intérêts de notre peuple et de notre pays ? Cette question n’est pas anodine, car il me semble que la posture politique, c’est-à-dire nos rapports avec la majorité gouvernementale, doivent passer au second plan par rapport à notre objectif premier, l’intérêt général. L’interview de François Hollande dimanche dernier marque l’atterrissage entre une tactique électorale, la fameuse guerre à la finance, et la réalité de sa stratégie économique, l’austérité et l’espérance d’un retour de la croissance en 2014. L’expression du Premier ministre appelant à un « choc de compétitivité » est de ce point de vue effrayant de clarté. Je ne reviendrai pas, cela a déjà été fait dans le rapport d’actualité politique, sur les effets d’une telle politique. Je veux juste faire la remarque suivante: la situation est dangereuse, les conséquences sociales seront dures, les conséquences politiques potentiellement dramatiques.

Ainsi, nous sommes face à nos responsabilités. Déclarons-nous l’affaire entendue et adoptons-nous la posture du combat désespéré et de l’attente d’un pouvoir futur ? Ou cherchons-nous à inverser la situation ? En 2005, si nous avions fait l’hypothèse d’un rapport de forces immuable, nous aurions bloqué les possibilités de mouvement de l’électorat socialiste vers le NON. Il faut donc considérer qu’un mouvement est possible parmi l’électorat socialiste, de gauche, populaire, parmi un certain nombre de dirigeants de la social-démocratie vers le refus de l’austérité et pour une autre politique. La Chine, les États-Unis d’Amérique, notre continent et leurs dirigeants sont tous face à ce problème: nous sommes à l’heure des grandes transformations, de la nécessité d’un basculement radical du système économique mondial et cette perspective provoque une reprise en main tout aussi radicale et autoritaire des forces du capital sur les principaux leviers de gestion de l’économie.

Alors comment être utiles? C’est la seule question. Comment être utiles pour contribuer à l’accouchement d’une politique nouvelle ? Comment battre l’austérité comme seule réponse ? À cette aune, la question du rapport au gouvernement actuelle est seconde. Le problème n’est pas de faire arbitrer au peuple un match entre le Parti socialiste et le Front de gauche, mais de faire arbitrer deux choix politiques: l’austérité ou le développement. C’est dans ces conditions, me semble-t-il, que nous devons aborder à la fois nos rapports avec le gouvernement et l’avenir du Front de gauche.

L’avenir du Front de gauche: un nouveau Front populaire

J’y viens donc. Avec le Front de gauche, la séquence politique qui vient de se clore a permis une avancée spectaculaire: le retour des forces critiques du capitalisme sur la scène politique. Nous sommes de retour, nous sommes de nouveau dans le match. Mon sentiment est que le plus difficile commence. Car il ne s’agit plus d’unir des familles, des militantes et des militants dispersés par la longue histoire. Il s’agit à présent de poursuivre un déploiement qui dépasse nos frontières actuelles, de viser une hégémonie culturelle nouvelle. Et à partir de cet instant, la vitalité de notre rapport au monde salarié, aux syndicalistes, aux intellectuels, à la création, aux citoyens sur l’ensemble du territoire se pose avec cette ambition à l’esprit. Car ce n’est plus seulement un problème d’en haut, un problème électoral, un problème d’efficacité de la parole médiatique, c’est un problème d’en bas/en haut, de développer le Front de gauche en dépassant les hiérarchies institutionnelles. C’est la question d’un Front populaire de type nouveau. Souvenons-nous les différentes étapes. Souvenons-nous que c’est l’ouverture aux élections européennes avec notre secrétaire nationale d’alors, Marie-George Buffet, qui ouvre la voie au Front de gauche et permet l’engagement de Jean-Luc Mélenchon et de ses amis. Nous sommes à une étape similaire et différente. Similaire car nous savons que les forces disponibles pour s’opposer à l’austérité et pour une nouvelle politique sont bien plus nombreuses que l’état actuel du Front de gauche. Différente car ces forces par leur nature, intellectuelle, populaire, dans le monde syndical, ne nous rejoindront pas par un accord politique mais par une démarche de travail, d’action et de luttes. C’est la question d’un nouveau Front populaire.

J’ai évoqué dans la partie précédente l’hypothèse d’une coopérative. Cela ne résout que la partie que j’ai appelée culturelle du problème. Reste l’organisation du travail politique et l’association à un niveau local et national de ces forces disponibles. Un équilibre imparfait a été trouvé entre le rapport des forces politiques entre elles et le Conseil national de campagne durant l’élection présidentielle. Il faut une nouvelle ouverture, un nouveau mouvement, un nouvel équilibre. Sur ce sujet, nous proposons que le Comité exécutif entame une série de rencontres afin de travailler avec nos interlocuteurs dans le monde syndical, associatif, intellectuel à la résolution de ce problème. Il s’agit de trouver les voies pour réaliser l’agrégation de nouvelles forces. Nous avons construit un premier pilier, celui de l’unité politique.

Pourquoi ne pas proposer d’ajouter deux nouveaux piliers: un pilier des luttes sociales, syndicales, populaires et un pilier, avec la coopérative, de la participation des intellectuels. Et je veux ajouter s’agissant du Front de gauche que la question du rapport en tant que tel avec les autres forces politiques est posée. Sauf à considérer une fois pour toutes que nous sommes la solution et eux le problème, la question de nos rapports, en tant que Front de gauche, conflictuels ou non, avec le reste de la gauche est posée. Allons-nous ignorer qu’une partie importante des Verts et au moins un tiers des socialistes sont opposés au traité ? Le Front de gauche doit entrer en débat avec les autres forces de gauche. Dans le même temps, nous aurons à discuter de la préparation des deux prochaines échéances, d’abord municipales au printemps 2014 puis européennes en juin.

Deux échéances électorales différentes, aux enjeux différents à la fois pour le pays et pour l’avenir du Front de gauche et du Parti communiste français. Et à nouveau se posent des problèmes de conceptions. Sur les européennes par exemple, allons-nous réussir à créer avec le refus du traité un Front anti-austérité plus large que le Front de gauche actuel ? L’intervention de la direction du Parti a permis de lever certains des blocages qui existaient dans le collectif unitaire.

Pouvons-nous aller plus loin? Nous le pensons. Le Front de gauche, dans sa forme et son fonctionnement actuel, n’est pas le début et la fin de tout. Nous entendons qu’il continue d’être un mouvement qui agrège, qui rassemble les forces mobilisées contre l’austérité et pour une sortie de crise sociale et démocratique. Ainsi, il s’agira de préparer aussi les futures échéances sans esprit conservateur mais avec l’idée d’un Front de gauche en mouvement.

Enfin dans l’ordre de l’avenir du Parti communiste français

Le vingtième siècle des communistes a été déterminé pour une large part par la Révolution russe de 1917 puis surtout par l’existence pendant soixante-dix ans de l’Union soviétique. Ce modèle, longtemps adulé puis apprécié avec des critiques plus ou moins prononcées, a définitivement failli à la fin des années 1980, même si les approches caricaturales les plus véhiculées d’hier et d’aujourd’hui ne doivent pas faire l’économie d’une approche distanciée de ce qu’a représenté ce système. La matrice bolchevique qui lui était liée a longtemps représenté l’idéal révolutionnaire contre un réformisme socialdémocrate, durablement concurrencé par cette expérience, notamment en Europe occidentale et particulièrement en France. Mais il a aussi engendré des interrogations douloureuses au sein du mouvement communiste lui-même mais également avec le socialisme historique. En effet, les communistes français ont connu dans ce long processus, certes des heures de gloire, mais aussi plusieurs crises majeures qui ont entraîné des prises de distances, des ruptures violentes créant des divisions durables au sein de la galaxie qui se réclamait de l’ambition communiste, des oppositionnels divers aux courants trotskystes. De 1930 aux années 1990, ces séparations apparurent la plupart du temps comme indépassables, au point d’être restées vivaces jusqu’à une période très récente. Mais en ce début de XXIesiècle, les divisions et points de rupture du « court vingtième siècle » n’ont désormais plus lieu d’être: vingt ans après la disparition de l’URSS, les raisons qui ont séparé pendant des décennies ces sensibilités ont disparu; qui oserait stigmatiser aujourd’hui les « staliniens », « trotskystes » ou autres épithètes du même type, caractérisations issues des luttes internes au Parti bolchevik des années 1920-1930 ? Des débats continuent bien évidemment de se poser (sur la démocratie, l’État, le rôle des institutions, des réformes, etc.) mais le mouvement émancipateur que représente l’idéal communiste doit être désormais capable de réunir des courants qui, ensemble, partagent ou peuvent partager les mêmes objectifs fondamentaux. Sans faire de raccourcis rapides, souvenons-nous de quelques leçons de l’histoire: dans les années 1970, les libéraux de toutes obédiences ont su taire leurs divergences passées pour préparer la contre-révolution idéologique et économique des années 1980-1990; le mouvement politique que nous souhaitons construire, la force communiste dans un front plus large, doit être à la hauteur du défi qui reste d’inverser la tendance que nous lèguent ces douloureuses années, en construisant une nouvelle hégémonie qui puisse durablement changer le rapport de forces actuel. Dans ce contexte, il ne suffit pas de dire que le Parti communiste français entend rassembler tous les communistes. Il faut le prouver et dire ce que nous entendons par là. Et en donner les signes visibles.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je veux faire une précision par rapport à nos débats passés. Il ne s’agit pas à mon sens d’entrer en négociation politicienne avec tel ou tel groupe sur la base d’identités supposées. Il s’agit, dans l’objectif d’une culture commune, de préciser, en théorie et en pratique, les conditions par lesquelles elle se crée. De ce point de vue, je veux dire quelques mots d’une des apories de nos débats: la question de l’efficacité et de la pluralité. À la suite de la période d’ossification stalinienne, nous avons navigué entre deux eaux pour ouvrir notre débat interne: protéger la pluralité de l’expression et, dans le même temps, nous avons été confrontés au problème du respect de nos décisions majoritaires. Cette recherche s’est faite avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins de bazar, plus ou moins de débat.

Je pense, quant à moi, que ces problèmes peuvent se résoudre simplement. Il y a deux sphères relativement autonomes dans ce débat: la sphère des plates-formes politiques (du Parti, ou du Front de gauche, ou d’autres...) et la sphère du débat d’idées.

La première obéit à la loi de la majorité et aux règles classiques des processus démocratiques. Ainsi, nous adoptons à différents moments le point d’équilibre politique pour mener les combats nécessaires. Et à ces processus s’attachent éventuellement des mesures d’ordre, de discipline électorale notamment, plus ou moins strictes selon les contextes. C’est le moment de la décision politique. Ce moment de la décision ne doit être rien d’autre qu’un moment de décision inscrit dans le temps. Le danger survient lorsque nous prétendons que la décision ponctuelle ferme le débat d’idées. Parenthèse évidente, le danger survient également lorsque nous prétendons qu’il n’est nul besoin de décider évidemment. Ainsi, la décision politique majoritaire ne peut pas, ne doit pas affecter la qualité et la liberté du débat d’idées. Agréger, coaliser un nombre supérieur de citoyens au sein de notre parti, c’est nécessairement accroître notre diversité, les savants disent entropie, philosophique, économique, politique. Et il faut l’accepter et la développer en postulant qu’en augmentant notre niveau de confrontation intellectuelle et politique, et donc d’efforts, nous forgerons une culture commune plus dense et plus efficace.

La deuxième question que je veux traiter est celle des chats et des moutons que j’ai traitée à l’université d’été. Nous étions moutons, nous sommes devenus chats... À la terrasse ensoleillée d’un café montreuillois, mon partenaire de discussion philosophique estivale osa cette image... Nous étions moutons, nous sommes devenus chats... et qu’il est difficile de constituer un troupeau de chats! C’est une image du réel que je crois très juste. Elle résume l’un des problèmes de l’avenir. Réussir à unir une foule qui n’est plus une foule, réussir à constituer en troupeau des consciences dont la forme actuelle est constituée d’une volonté farouche de souveraineté individuelle et d’autonomie personnelle. Ainsi, ce que nous appelons transformation de la politique ou des partis, ou du Parti communiste français pour ce qui nous intéresse en premier lieu, n’est pas un chantier contingent des petites vicissitudes du présent, c’est la recherche d’une culture pratique nouvelle de l’action politique qui puisse entrer en résonance puissante avec les profondes transformations culturelles de notre civilisation qui ont félinisé notre rapport personnel au monde et à l’action collective. Pour le meilleur, comme pour le pire, c’est-à-dire de la compétition libérale sans rivage. Jusque-là, l’affaire est assez simple. Jusque-là, c’est-à-dire en mots. Cela se complique immédiatement en pratique. Car le discours d’une culture nouvelle de notre action n’est pas, malheureusement, performatif.

De grandes organisations humaines, scientifiques, économiques, artistiques affrontent les mêmes difficultés. C’est le problème de toutes les grandes révolutions: les outils de la révolution précédente restent formidablement efficaces et ceux de la suivante formidablement compliqués. Et pourtant, les exemples sont désormais légion de projets humains auxquels la forme coopérative donne une efficacité décuplée. Les troupeaux de chats ont désormais la possibilité de se former et dans le troupeau chacun conserve, développe et partage ses propres compétences, ses propres appétences, son autonomie propre. Les formes du développement de l’intelligence sont en train de changer, les processus créateurs se diffusent, se distribuent, la figure du démiurge est en train de se reconstruire pour devenir un produit collectif. Ainsi, paradoxalement, les chats sont moins chats qu’il n’y paraît et la révolution actuelle reformule et intensifie la question collective...

La transformation et le rayonnement du Parti

C’est la question de la transformation du Parti qui est posée et des processus coopératifs. C’est ce que Paul Boccara appelle aussi la révolution dans le domaine anthroponomique. Je cite : « C’est l’autre face de la révolution informationnelle pour la vie humaine, la révolution du numérique et de la télécommunication des informations, avec les ordinateurs personnels, permettant un accès de chaque individu aux informations de toutes sortes, et leur circulation dans tous les sens. » Je cite à nouveau: « Pour une nou- velle civilisation, une maîtrise de tous les moments de la vie par chacun, il ne suffit pas de nouveaux pouvoirs, il faut une autre culture.»

Ce problème n’est pas simple. Et ne se ré-sume pas au basisme du style « vive la base » ou « vive les chefs » ou « chacun fait ce qu’il veut ». Je ne pense pas que le passage du centralisme autocratique au féodalisme soit un progrès. Il s’agit de trouver les formes pratiques qui permettent un essor de l’implication de chacune et de chacun. Nous avions pris des décisions au dernier Congrès ; nous en avons mis en œuvre quelques-unes ; le Parti s’est transformé dans l’intervalle et dans l’action mais le saut qualitatif n’a pas été fait. Il faut donc répondre à nouveau et dans l’efficacité à cette question du comment.

Je veux conclure cette dernière partie par l’évocation d’un problème que je pense central. Les dynamiques sociales spontanées favorisent les couches sociales les plus intégrées. La dénonciation uniforme des élites a au moins ceci de bon qu’elle pointe le réel: la représentation décrochée du réel, l’éradication des couches populaires des lieux de pouvoir, la quasi disparition sur une longue période des organisations politiques dans les quartiers populaires, leur disparition des instances des partis politiques, et du nôtre, moins vite, avec moins d’ampleur, peut-être, mais du nôtre tout de même.

Vous savez, c’est le moment dans le Congrès où nous appelons le rapport de la Commission des mandats. Et à cette occasion, nous constatons la surreprésentation des fonctionnaires et des professions intermédiaires. Un débat plan-plan s’ensuit, il se conclut généralement en eau de boudin, parfois dans l’anathème, ouvriérisme, que sais-je d’autre, ou dans un discours velléitaire. Ou encore, nous décidons d’ateliers sur les quartiers populaires ou les entreprises parmi dix autres sujets. Les faits restent, têtus, et les dynamiques sociales spontanées favorisent toujours les mêmes couches sociales.

Nous avons donc un problème à traiter qui peut se résumer de manière abrupte de la manière suivante: comment sélectionnons-nous et formons-nous nos élites ? Élite, de l’ancien français eslit, c’est-à-dire «choisi», ancien participe passé du verbe élire. Au fond, c’est actuellement les dynamiques sociales dominantes qui choisissent celles et ceux que nous pensons choisir nous-mêmes. Et cette question est évidemment reliée à la forme de notre action politique: enfermée dans les institutions ou dans les institutions et la solidarité concrète, les luttes, la politisation et l’éducation populaire ?

Conclusion

J’ai utilisé en début de rapport l’expression texte fondateur. J’ai eu tort. J’aurais dû parler d’un texte et d’actes fondateurs. La situation historique présente nous offre une occasion: nous sommes unis par rapport aux périodes passées, ce congrès peut être un congrès d’Union et le temps historique a ouvert une fenêtre nouvelle. Un des symboles des Lumières, c’est l’Encyclopédiede Diderot et d’Alembert. Un des symboles de la naissance du communisme, c’est le Manifeste. C’est-à-dire des sommes de travail qui produisent des effets culturels et politiques puissants en unifiant ce qui était là en gestation. Il faut se donner les moyens pour que Lucien Sève, pour que Paul Boccara, pour que Jean-Loup Amselle, pour que Bernard Thibault et bien d’autres, pour que nos nouveaux adhérents, pour que nos anciens adhérents, pour que de nombreux syndicalistes, pour qu’une partie de la jeunesse puisse identifier un acte de renaissance de l’ambition communiste et donc d’un processus de travail ouvert et nouveau. Nous avons besoin que le congrès d’Aubervilliers soit l’un des lieux de la renaissance de l’ambition révolutionnaire, un lieu qui installe un nouveau récit pour le Parti communiste français ancré dans l’avenir.

Faut-il tenter d’écrire un manifeste pour une civilisation humaine avec toutes celles et tous ceux qui le voudront ? Faut-il se donner l’objectif d’élire lors des prochaines élections des centaines de citoyens à l’image de la France d’aujourd’hui, en ayant comme point de repère l’union des couches dites populaires et des couches dites moyennes ? Faut-il se donner comme objectif d’être la force du travail ? Faut-il proposer la création d’un Congrès mondial pour la paix et le développement ? Faut-il publier un ouvrage collectif sur l’écologie, un deuxième sur notre conception du communisme ?

En d’autres termes, quelles sont les voies qui feront que le congrès d’Aubervilliers provoque une coagulation dans la société du travail en vue du dépassement du capitalisme ? J’y vais plus directement. Quand je vois à l’université d’été des universitaires ou des journalistes ouvrir grands les yeux et découvrir la réalité, l’ouverture, la jeunesse du Parti communiste français, j’ai des envies criminelles qui montent. Pas contre eux, contre moi, contre nous. Ce n’est pas possible de continuer à se trimballer un tas de préjugés, de vieilleries sur notre compte: il faut faire éclater notre réalité nouvelle, notre mouvement, notre puissance pacifique au service de l’intérêt général. Il faut que Pierre Laurent fasse une dizaine de grands meetings consacrés au Congrès et à la situation du pays et du monde. Il faut que chaque journaliste qui écrira sur le PCF soit confronté pendant le Congrès à 400 de nos nouveaux adhérents. Il faut reprendre le drapeau de la France, des ouvriers et dans le même temps faire un grand congrès international de liaisons avec les mouvements politiques et sociaux des différents continents. Il faut faire éclater l’existence d’une organisation politique européenne, le PGE, il faut des signes, tangibles et pas bling-bling d’une nouvelle alliance avec quelques-uns des grands penseurs de ce pays. Il faut un grand congrès de la fierté communiste, des valeurs et un congrès de décisions qui balaie les petits calculs de petites boutiques et de petits pouvoirs pour créer une dynamique renouvelée au Front de gauche et au Parti communiste français. Il faut que la vie bruyante et généreuse se fraye un chemin.

Le processus formel de préparation du Congrès

J’en viens à présent aux questions formelles. Le Comité exécutif national propose que le 36e Congrès se tienne aux Docks d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), métro Front populaire.

Par son vote, nous vous proposons que le Conseil national convoque le Congrès du 7 au 10 février 2013 avec trois points à l’ordre du jour :

  1. La résolution politique: sortir de la crise; gagner le changement / changer la société; refonder l’ambition communiste.
  2. Les statuts.
  3. L’élection des directions.

Nous proposons également d’adopter l’échéancier suivant au terme des statuts :

  • A partir de ce 13 septembre et jusqu’au 13 et 14 octobre: appel à contributions.
  • 13-14 octobre: CN d’adoption d’une base commune et du texte de statuts.
  • 17 novembre: date limite de publication des textes alternatifs à la base commune.
  • Envoi des textes aux communistes.
  • 5 décembre: vote des communistes pour choix de base commune.
  • Conférences de section et fédérales 15 dé-cembre et janvier 2013.

S’agissant des commissions, nous vous proposons quatre commissions présidées par :

  • Texte: rapporteur Pierre Dharréville.
  • Statuts: présidée par Isabelle De Almeida.
  • Direction: présidée par Jacques Chabalier.
  • Transparence: présidée par Fabienne Halaoui.

En plus de ce dispositif, le Comité exécutif propose que j’assure la direction du Congrès, c’est-à-dire la coordination de l’effort interne et public à partir de la Fête de l’Humanité et jusqu’à la fin du Congrès. Pierre Laurent, notre secrétaire national, en dira quelques mots.

Voilà, chers camarades, les quelques idées que j’étais chargé de vous présenter. L’histoire nous joue des tours parfois... Il est temps de renverser les rôles et de jouer des tours à cette satanée histoire. Je vous remercie.

Instaurer et développer des dynamiques de travail

le 22 août 2012

Instaurer et développer des dynamiques de travail

Instaurer car il faut les fonder sur des actes politiques forts et des dispositifs juridiques. Développer car il s'agit d'un processus vivant nécessitant implication personnelle et lutte collective.

Une note de Pierre Bachman.

Sommaire

  • I) Origine du concept.
  • II) Emploi et dynamiques du travail
  • III) Au-delà de l’emploi
  • IV) Le travail alors ?
  • V) Quelques considérations sur le travail tel qu'il se présente aujourd'hui.
  • VI) Quelques propositions pour des « dynamiques du travail » dans l'emploi.
  • VII) Mais après, au-delà de l'emploi ?
  • VIII) Pour conclure,
  • IX) Quelques références bibliographiques.
  • X) Annexes (3).

Avertissement :

Ce texte tente la synthèse de plusieurs approches concernant la question du travail de façon à prendre ce sujet comme un élément fondamental de la sortie de crise, à la fois dans une démarche de transformation de l'emploi et simultanément dans la visée d'aller « au-delà de l'emploi ».

Il s’agit d'un document de travail qui fait appel à des notions parfois complexes qui ne sont pas forcément explicitées ici. Il faut donc aller fouiller ailleurs, notamment chez les auteurs cités dans les références. Il ne faut pas le prendre comme un travail de spécialiste mais comme celui d'un militant politique ou syndical qui cherche à rassembler expériences et connaissances sur le sujet.

Résumé succinct du document.

I) Origine du concept. L'idée de « dynamique du travail » a été avancée en 1998 dans le livre « demain l'emploi » écrit par Jean-Christophe le Duigou et Roland le Bris. Ils indiquaient: « aucune évolution n'est possible sans une refondation, une rénovation, un élargissement de la sécurité de la personne au travail dans ses multiples dimensions. Le « mûrissement » de la dynamique du travail est à ce prix… Il convient de souligner à quel point l'innovation qui consisterait à mettre fin à l'insécurité subie par le monde du travail pourrait déboucher sur une voie de développement original en Europe. »

II) Emploi et dynamiques du travail. Dans la « dynamique du travail » l'homme est moins considéré comme une ressource, comme une chose déplaçable, transposable selon des prescriptions comptables abstraites. Il devient sujet et acteur de l'activité ce qui permet non seulement de mieux vivre l'emploi mais d'explorer les voies incertaines et créatrices du travail complètement ignorées aujourd'hui. Les « dynamiques du travail » parient sur la créativité et l'efficacité à libérer dans le « travail réel », générant ainsi des capacités nouvelles aujourd'hui inconnues et probablement insoupçonnées de développement humain, d'objets et modalités de production et de création, de nouvelles rationalités favorables à l'émancipation et au remembrement de la démocratie politique, économique et sociale.

III) Au-delà de l’emploi. L'expression est d'Alain Supiot qui indique dans son ouvrage « l'esprit de Philadelphie » (éditions du Seuil, janvier 2010) : « l'emploi ne fournit plus un cadre normatif suffisant pour assurer à tous, à l'échelle de la planète, un travail décent ». Objectivement, depuis un quart de siècle, l’emploi devient le carcan du travail. Aller « au-delà de l'emploi », dépasser la forme « emploi » dans les activités laborieuses signifie la mise en place de procédures et de droits qui ne s'enfermeront plus dans le lien de subordination ou « l’employabilité » mais qui se définiront à partir du travail lui-même. C'est-à-dire, en conséquence, qui reconnaîtront la place centrale de « l'homme producteur ».

IV) Le travail alors ? Mais pour aller « au-delà de l'emploi » on ne peut se contenter de constater ou même d'analyser la maltraitance du travail, la régression des garanties normalement issues du « droit du travail » permettant une certaine protection des salariés en compensation de leur subordination. Il faut en fait se requestionner sur le travail lui-même car l'essentiel dépend de la conception que l'on en a : ou la trime ou l'un des caractères fondamentaux de l'être humain ; le caractère qui fait humanité.

V) Quelques considérations sur le travail tel qu'il se présente aujourd'hui. L'homme producteur est beaucoup trop évincé du débat politique. Sa légitimité à intervenir sur la création des richesses, sur les décisions, sur toutes les sphères du pouvoir est marginalisée ou même réprimée au bénéfice d'un homme consommateur qui doit s'extravertir dans les folies de la mode, gaspiller dans la démode, pleurnicher et dépenser avec la nostalgie du temps passé. Quand l'homme producteur est évincé ou réprimé, c'est la conscience de classe qui disparaît. C'est un pan existentiel de la dignité humaine qui a été opprimé, aliéné par la globalisation financière, le management, la gouvernance, étouffé dans le débat public ou médiatique, culturellement ignoré ou marginalisé. Toute « dynamique du travail » est un acte de reconquête de cette dignité et de la ré-identification de la personne humaine dans sa capacité fondatrice à créer et à produire,

VI) Quelques propositions pour des « dynamiques du travail », de l'emploi vers son dépassement. Les réflexions ou pistes de propositions ne sont évidemment ni exhaustives ni hiérarchisées mais elles chercheront une cohérence pour constituer un droit effectif, efficace et non simplement formel permettant la prise en main par la personne humaine de son avenir grâce à des cadres collectifs lui donnant les ressources pour exercer son libre choix. Il s'agirait de mettre tout cela en musique sur le plan juridique en recherchant une nouvelle efficacité à partir des dynamiques du travail. Cette recherche de cohérence nécessite que les critères de gestion des activités, des entreprises, des services publics doivent se dégager du dogme de la compétitivité, cache-sexe hypocrite de la rentabilité financière ou de l’austérité budgétaire à son service et viser l'efficacité sociale. La conception, la mise en oeuvre de nouveaux droits d'intervention, l'expérience concrète de leur application devraient conduire au glissement progressif du « contrat de travail » vers un ensemble de statuts rassemblant les droits de la personne et consacrant dans la société la place centrale du travail.

VII) Mais après, au-delà de l'emploi ? Ne faut-il pas considérer que le droit de propriété relatif à l'accumulation ne doit pas être supérieur aux droits fondamentaux humains et aux statuts de la personne et doit être progressivement mis en déclin jusqu'à son éradication, ce qui donnerait un sens concret au terme de « socialisation des moyens de création, de production et d'échange » : socialisation de la propriété et de l’usage dans laquelle l'usage personnel serait étendu, protégé et garantit. En conséquence, ne doit-on pas imaginer de nouveaux systèmes financiers, monétaires, fiscaux et de cotisations? Comment envisager les relations économiques et financières internationales ? Dynamiques, connaissances, droits et pratiques nouvelles sont indispensables en tant que fortes potentialités d'émancipation. Inversement, subordination, surexploitation peuvent être autant de facteurs d'aliénation. Alors, quelles institutions nouvelles mettre en place, quel droit nouveau inventer permettant ce bond de civilisation ?

VIII) Pour conclure. Il faut engager une réflexion qui dépasse l'affrontement habituel sur les conditions du partage pour revendiquer les capacités à décider : les pouvoirs pour pouvoir changer. C'est tout l'enjeu et toute l'importance d'un projet politique radical mis à l'épreuve du réel, des constructions programmatiques, des luttes et des capacités de rassemblement.

Document politique adopté par le Ve Congrès du PGE - Berlin, 16 au 18 décembre 2016

le 24 janvier 2017

Document politique adopté par le Ve Congrès du PGE - Berlin, 16 au 18 décembre 2016

Document politique, Ve Congrès du PGE

 

Refonder l’Europe, créer de nouvelles convergences progressistes

Depuis le IVe congrès du PGE qui s’est tenu à Madrid en décembre 2013 et singulièrement depuis le début de l’année 2015, crises et ruptures se sont aggravées dans toute l'Europe, jusqu'à devenir pour l'Union européenne une crise existentielle. Les problèmes économiques et sociaux se sont aggravés. Cette période a associé un autoritarisme grandissant des politiques d'austérité et dans la dernière période des éléments de dislocation. Les forces politiques dominantes, qu’elles soient conservatrices, démocrates-chrétiennes, libérales, auxquelles il faut ajouter l’aile droite des sociaux-démocrates, qui considèrent le capitalisme comme un horizon indépassable, sont dans une impasse. Elles sont confrontées à la crise du capitalisme, au bourbier dans laquelle elles ont elles-mêmes conduit l’UE et à des divisions importantes au sein même de leurs familles politiques. L'avenir de l'Europe est plongé dans une incertitude croissante d'autant que la recomposition des rapports de force internationaux a des conséquences directes sur l’UE et sur la manière dont elle s’inscrit dans le monde.

L’ensemble de l’édifice européen craque et peut s’effondrer. La question européenne est de nouveau posée dans son ensemble, et même dans ses fondements. Les valeurs qui prétendaient fonder l'Union européenne sont de facto réduites à néant. La différence de traitement entre des pays comme la Grèce, et ceux qui peuvent se targuer du rang de puissance régionale, tels que le Royaume-Uni, montre la violence des rapports de force, entre autres institutionnels, au sein même de l’Union Européenne. Le Brexit marque un tournant dans l’histoire de l’Union Européenne. Avant même le vote, les négociations sur le Brexit ont sanctuarisé un peu plus la pratique du dumping social dans l’Union Européenne elle-même. Le fait que pour la première fois depuis 1957 un peuple décide de quitter l’Union Européenne marque la faillite de l’Europe marchande et financière. L’échec cinglant et le refus de l’UE de traiter question des migrants en appliquant les principes de solidarité et du droit international cristallisent la faillite du modèle actuel et renforcent des tendances lourdes à la dislocation de l’UE. L’impasse et l’échec de la politique de la BCE, qui injecte encore à perte 1500 milliards d’euros d’ici mars 2017 pour le seul profit des banques et des très grandes entreprises démontrent son incapacité structurelle à envisager un autre modèle économique. On nous oppose depuis des années les dogmes des traités pour refuser les changements progressistes que nous proposons. Mais aujourd'hui, la vérité est que tout est sur la table, tous les débats sont à nouveau ouverts.

Aujourd’hui, les forces du statu quo sont dépassées et celles de la réaction sont à l’offensive partout en Europe. Les courants de droite et d’extrême droite poussent en avant des solutions rétrogrades et xénophobes. La crise politique est générale. Le continent est au seuil d’un basculement qui peut conduire les peuples à se refermer sur eux-mêmes, avec tous les risques de tensions et de dislocation que cela comporte, alors que la guerre est aux portes de l’Union européenne, en Ukraine et sur les rives de la Méditerranée.

Dans ce contexte, le PGE se doit d’être plus que jamais à l’offensive pour une Europe solidaire, féministe, démocratique et coopérative. Le PGE rassemble des forces diverses, communistes, socialistes, républicaines, anticapitalistes, écologistes, féministes, écosocialistes et d’autres forces démocratiques et progressistes. En cette période de lutte de classes exacerbée, il se conçoit comme un outil au service des intérêts du plus grand nombre en Europe en défendant la perspective du socialisme démocratique pour les peuples d’Europe. La crise historique de la social-démocratie est due à l’alignement de ses directions sur le néolibéralisme et à la construction libérale de l’Union Européenne depuis les années 80. Elle peut ouvrir la voie à la construction d’une Gauche portant un projet alternatif au néolibéralisme. Le PGE veut dialoguer avec toutes les forces disponibles pour un tel projet. Conscient des enjeux, le PGE propose à l’ensemble de la gauche politique européenne, aux forces sociales et citoyennes disponibles d’ouvrir de larges espaces de débat, de larges fronts de lutte pour construire des majorités antilibérales aptes à renverser les rapports de force en faveur des peuples. L’issue des convulsions politiques et économiques n’est pas écrite. Nous voyons surgir le pire avec la poussée permanente de forces de droite extrême et d'extrême droite dans toute l'Europe. Nous voyons aussi la poussée de forces de gauche qui cherchent à ouvrir, certes dans un rapport de forces encore très défavorable, des issues progressistes, comme en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Irlande.... Dans cet affrontement aux tendances très contradictoires, les responsabilités de la Gauche européenne sont plus grandes que jamais. Il est urgent de sortir les peuples européens du dilemme mortel dans lequel les classes dirigeantes cherchent à les enfermer : ou bien l’acceptation de l’austérité sans fin et de la concurrence anti- sociale, ou bien la soumission autoritaire ou l’expulsion de la zone Euro, voire de l’UE elle-même ; ou le libre-échangisme sans barrière de la mondialisation capitaliste ou le repli sur soi. Nous refusons ce qui accentuerait encore davantage la crise par un déchaînement plus brutal encore de la mise en concurrence et de la spéculation contre les peuples, et peut même conduire à une régression civilisationnelle majeure dans toute l'Europe. Nous voulons une Europe de la solidarité et du progrès social partagé.

Ouvrir un autre possible, un autre chemin est notre ambition. Ce nouvel espoir doit prendre le chemin de profonds changements en Europe, pour refonder l’Europe, pour fonder une autre Europe et sauver les peuples de l’austérité et des replis xénophobes. Cela souligne l’urgence d’un changement des rapports de force, pas seulement dans chacun de nos pays, à fortiori dans un seul, mais progressivement dans plusieurs pays et à l'échelle de l'Europe toute entière.

I- Crise historique de la construction européenne : les éléments de rupture

1) Un contexte international aggravé

L’incapacité des classes dirigeantes à apporter des solutions durables à la crise systémique du capitalisme de 2008 est un élément structurant de la crise européenne. La gestion de la crise qui a éclaté en 2008 s’est construite en cherchant à reconstituer le modèle néo-libéral d’avant la crise en garantissant les privilèges des « 1% » et la liberté d’action des banques et des grandes entreprises. La crise a fait chuter la production, développer le chômage, avec des inégalités explosives dans chaque pays et entre pays. Le spectre d’une stagnation séculaire fait son chemin. Pire, les conditions d'une suraccumulation financière se reproduisent pour un nouveau krach financier, de plus grande ampleur, dans les années à venir.

Depuis le début des années 2000, la déréglementation financière a entrainé une flambée des prix des logements, des montants imprévisibles de crédits pour les promoteurs immobiliers et les propriétaires, ce qui a entrainé d'énormes endettements et des bulles de crédit. Les grandes villes ont connu une restructuration du centre des zones urbaines qui a mené à la gentrification, avec comme résultat un nettoyage social massif des pauvres. Autour de la ventilation financière de 2008, nous avons vu un soutien massif des sociétés financières, avec le versement de milliards dans un renflouement, endettant les Etats et combiné avec des mesures d'austérité contre la population. Les défauts de paiements et les expulsions massifs, d'abord et avant tout en Espagne, se sont répandus dans toute l'Europe. Les fonds d'investissements privés internationaux et les fonds spéculatifs de 2015 sont entrés dans le secteur européen du logement, créant ainsi les conditions pour le prochain éclatement de la crise.

La crise européenne multiforme, qui s’étend jusqu’à la Russie, s'inscrit dans les nouveaux déséquilibres mondiaux et les aggrave : les évolutions des économies américaines et chinoises sont de plus en plus divergentes et l’ensemble de l’économie mondiale s’en trouve déstabilisée. Les pays « émergents » sont également secoués : baisse du prix des matières premières, taux de change erratiques, tentations du tout-à- l’exportation. L’accumulation des dettes publiques comme privées déstabilise encore davantage l’économie. Celles-ci ont plus que doublé entre 2004 et 2015. Alors que la production industrielle a décru de 3% en 2015, la politique de la BCE est incapable de relancer l’économie de manière significative. Pire, cette politique nourrit une bulle spéculative sur les dettes publiques. Tout cela illustre l’incapacité des classes dirigeantes à concevoir une autre politique et l’impasse politique et morale dans lesquelles elles plongent l'Europe.

Trois nouveaux éléments sont apparus depuis 2013.

D'abord, la guerre est redevenue l’horizon immédiat de l’Europe. La guerre civile en Ukraine a fait plus de 10 000 morts depuis avril 2014. Elle provoque de profondes divisions en Europe qui rappellent celles de la guerre froide. Les accords de Minsk ne sont toujours pas intégralement appliqués. La Gauche Européenne exige l’application réelle des accords de Minsk par l’ensemble des parties en présence. La situation de chaos qui règne dans de vastes régions du globe, de l’Afrique au Proche et Moyen-Orient, déstabilise les rapports géopolitiques mondiaux. La dislocation d'Etats entiers comme l'Irak, la Lybie, la Syrie, sous le coup à la fois de guerres, notamment provoqués par l’impérialisme occidental, et de politiques de libéralisation à outrance, laisse le champ libre à de nouveaux totalitarismes et de nouveaux obscurantismes tels que l’« organisation de l’État islamique ». Des régions entières du globe sont aux prises avec une remise en cause barbare des principes d'égalité et de justice.

La guerre civile en Syrie est en passe de devenir le conflit le plus meurtrier depuis 1945. La guerre civile provient du fait que le mouvement démocratique et pacifique a été aux prises avec la brutale réaction du régime d’Assad, puis cette guerre civile s’est transformée en guerre régionale voire internationale indirecte, du fait de l’intervention de puissances régionales ou internationales. Le PGE soutient dans ce contexte la lutte du peuple Kurde, dont les forces sont pratiquement les seules à lutter à une échelle significative pour société démocratique, pluraliste et antipatriarcale. La Gauche Européenne défend l’urgence d’une solution pacifique et politique durable. Elle promeut l’idée d’un plan global de paix pour le Proche et le Moyen- Orient et pour la région méditerranéenne.

L’accord conclu par les grandes puissances avec l’Iran écarte, au moins provisoirement, un risque de guerre. Il enlève également aux états de la région le prétexte de se doter de l’arme nucléaire. La Gauche Européenne défend l’établissement d’une zone sans arme nucléaire ni arme de destruction massive au Proche et Moyen- Orient. Cela s’applique donc également à Israël. Le PGE défend la perspective d’un désarmement nucléaire global.

Les conflits au Proche-Orient, exacerbés par les interventions impérialistes, ont ouvert la porte à l’extrémisme et au terrorisme qui atteignent désormais le cœur de l’Europe. Les attentats terroristes sont les pires ennemis de la démocratie, à la fois par eux-mêmes et parce qu’ils sont utilisés comme prétexte pour la mise en place de politiques « anti-terroristes » qui font reculer les droits fondamentaux. De plus, ils offrent un espace à la propagande xénophobe et raciste et aux forces d’extrême-droite. Pour ces raisons, de tels phénomènes fruits d’une idéologie totalitaire doivent être combattus sans répit.

Ensuite, la crise écologique s'aggrave malgré toutes les alertes. La question n’est pas si nous allons entrer dans une crise écologique, mais comment nous construisons une issue à la crise écologique dans laquelle nous sommes entrés depuis plusieurs années. Nous savons qu’au-delà de 1,5°C de hausse par rapport à l’ère préindustrielle, le réchauffement de la basse atmosphère entraînera plus que probablement des catastrophes écologiques et sociales très difficilement réversible. La crise écologique est une conséquence de l’extension du mode de production capitaliste qui entraîne d’une part un productivisme sans limite, au détriment des ressources naturelles et d’autre part un consumérisme aliénant. Le tout se faisant au détriment des productions et des besoins sociaux qu’il serait nécessaire de développer et de satisfaire. Le monde du futur qui est à repenser est inséparable de la prise en compte du « temps long » de notre environnement naturel, des limites que la société doit être capable de se fixer dans l’exploitation des ressources naturelles, de la recherche d’un « bien vivre » qui envisage l’épanouissement humain de façon inséparable au développement d’un environnement vivable. Aujourd’hui, toute perspective socialiste est inséparable de la transition écologique, de transformation des modes de production dans le sens de la satisfaction des besoins sociaux et de la préservation de l’environnement.

Le monde est confronté à un défi de civilisation. L’élection de Donald Trump, aventurier milliardaire sans scrupule, belliciste, sexiste et raciste, soutenu par les courants ultra conservateurs et d’extrême-droite américains, à la tête de la première puissance mondiale peut annoncer une période de grande instabilité. La candidature d’Hillary Clinton ne représentait certes pas une réelle alternative, d’autant plus qu’elle était soutenue par des forces libérales et interventionnistes. Mais désormais, le basculement des Etats-Unis peut devenir le point de départ d’une nouvelle crise économique et d’une spirale de guerre. Ce résultat est le fruit des fractures sociales causées par la mondialisation capitaliste, et des sentiments de peur et de haine que la faillite de l’ordre du monde provoque.

2/ Des sociétés fracturées et mises à genoux

Les politiques d’austérité engendrent une régression sociale majeure sur le continent. Les salaires, les conventions collectives et les systèmes de répartition sont la cible permanente des politiques d'austérité. Les classes dirigeantes mettent à profit la crise pour prendre leur revanche sur les conquêtes sociales issues des luttes ouvrières du XXe siècle. Le chômage de masse, la précarité et la pauvreté défigurent toutes les sociétés européennes. Le libre-échange à l’intérieur des frontières de l’UE sans aucune harmonisation sociale favorise le dumping social, une dérégulation généralisée et l’abaissement du prix du travail. Au nom de ce chantage on casse les protections sociales, on licencie plus vite et plus facilement, on précarise, on étrangle l’activité économique. L’UE est là encore une machine qui accélère la destruction massive de l’emploi et de fabrication du chômage et de la pauvreté. Les inégalités femmes-hommes se renforcent avec la précarisation. Les inégalités femmes-hommes et la surexploitation des femmes augmentent. Les femmes sont de moins en moins protégées dans le monde du travail. Les emplois non déclarés comme aide-ménagère frappent particulièrement les femmes immigrantes. Le commerce avec les femmes migrantes et les femmes de l'Europe de l'Est comme aide domestique doit cesser. A la place, nous devons lutter pour des offres de services de garderie publique de qualité et abordable pour tous les enfants, pour que les femmes puissent participer au marché du travail sur un pied d'égalité avec les hommes, c'est à dire que les femmes devraient avoir un salaire égal à celui des hommes. Sur les questions sociales et sociétales, rien n'est fait pour harmoniser les droits vers le haut, en particulier le droit d'avoir un emploi et les droits des femmes. Cette régression des droits des femmes est fatale. Les politiques d’austérité les poussent vers le travail au noir, l’exclusion voire la prostitution.

Les remises en cause des garanties et accords collectifs régissant les rapports entre patrons et salariés s’accumulent en Europe. La quasi-totalité des pays de la zone Euro sont à une croissance infime voire nulle (0,3% de moyenne dans la zone Euro pour le 2e trimestre 2015). Cette vision fondée sur la réduction à tout prix des « coûts » (du travail, de la dépense publique, de la protection sociale) empêche toute relance saine de l’activité économique, encourage la diminution de l’investissement, entretient le chômage de masse. Un Européen sur quatre (122 millions d’habitants) est menacé de pauvreté. Les chiffres sont encore plus élevés pour les femmes, les jeunes, les enfants. Cela va jusqu’à provoquer une crise humanitaire, aggravée par le démantèlement des services publics de santé. Les services publics sont partout attaqués par le capitalisme néolibéral.

Ces politiques d'austérité et la stagnation économique qui en résulte aggrave les déséquilibres internes à l'Europe. La divergence croissante des indicateurs économiques et sociaux entre les pays d’Europe du Nord et ceux du Sud s’approfondissent. L’écart se creuse entre les pays où le taux de chômage est au plus bas, et ceux où il ne cesse d’augmenter. Une amplitude de 20 points sépare la Grèce de l’Allemagne, selon les chiffres officiels. Ce contraste est encore plus visible chez les jeunes de moins de 25 ans, pour qui les écarts vont du simple au septuple. La nouvelle génération sait qu'elle vivra globalement moins bien que ses parents. La mise en concurrence des régions et des métropoles accentue les déséquilibres territoriaux. La casse des services publics rend nos sociétés plus fragiles et de plus en plus porteuses d’exclusion. Sur ces divisions, prospèrent des idéologies dangereuses et ségrégatives.

En Europe centrale et en Europe de l’Est, les années qui ont suivi la restauration capitaliste et la transition, marquée par l’intégration européenne, n’ont pas eu les résultats escomptés. Les niveaux de vie et de salaires demeurent bien plus bas que dans les autres pays européens. Presque toutes les banques sont privatisées et la majorité d’entre elles sont entre les mains de banques occidentales. Les systèmes productifs sont démantelés, ce qui conduit au chômage de masse et à l’émigration des centaines de milliers de personnes à la recherche d’une vie meilleure. Les régions rurales sont complètement abandonnées.

L'ensemble de ces éléments souligne le risque de régression sociale majeure qui plane sur le continent. L'Union Européenne n'est ici plus un élément de régulation, mais un promoteur de politiques qui renforcent la crise et d'exacerbation de ses conséquences.

3 / La crise démocratique : les peuples bafoués, l'UE éclatée

Une fracture démocratique s'est aggravée depuis 2015 avec le traitement différencié selon les pays et selon les sujets. Les classes dirigeantes s'arc-boutent sur l’autoritarisme monétariste fiscal et financier et sur le fédéralisme autoritaire appliqué à la question budgétaire et de la dette. Les déclarations de Junker après la victoire de Syriza en janvier 2015 selon laquelle il n'y aurait "pas de choix qui va à l'encontre des traités européens" montrent que plus ce modèle échoue, plus il est porté au pinacle par les promoteurs de ces traités. L'absurdité économique du dogme des "3%" de déficit budgétaire est aujourd'hui largement reconnue, même chez les libéraux, sans que les positions des dirigeants européens soient maintenues comme un outil politique d'asservissement des peuples et des gouvernements qui cherchent à s'en extraire. Le diktat imposé à la Grèce et au gouvernement d'Alexis Tsipras et de Syriza a été précédé par un véritable coup d'état bancaire qui visait à couper les vivres au pays. Il montre la brutalité des méthodes de pression exercées par la troïka ainsi que leur mépris total pour le verdict des urnes. Les tentatives plus indirectes de déstabilisation du gouvernement portugais s'inscrivent in fine dans la même logique. Mais quand David Cameron, au nom de la Grande- Bretagne, dont la puissance économique est autrement plus grande, et le rôle dans les rapports de force internationaux autrement plus influent, exige des concessions qui vont dans le sens d'une précarisation renforcée, il est entendu.

Les gouvernements ultranationalistes, autoritaires et cléricaux qui sont arrivés au pouvoir en Europe de l’Est accentuent cette régression démocratique et le recul des droits. Ils livrent en outre une bataille de réécriture de l’histoire dans un sens réactionnaire. Les forces de gauche et les communistes sont l’objet d’attaques incessantes dans les pays d’Europe centrale et orientale. Les gouvernements ne lésinent pas sur les moyens pour discréditer et détruire les forces progressistes, afin de se maintenir au pouvoir. Depuis 2014, l’ensemble de l’appareil d’État ukrainien s’est focalisé sur la destruction du Parti communiste d’Ukraine. Les campagnes de « décommunisation » en Ukraine, en Roumanie, en Pologne, en Bulgarie et dans d’autres pays ont pour objectif d’interdire les organisations communistes et de faire disparaître les monuments et les toponymes communistes du paysage. Il est cependant possible de s’opposer par des voies légales à de tels processus, comme le montre l’exemple de la République de Moldavie et de la Hongrie. Dans de nombreux pays de l'UE, il existe une réelle réaction hostile sur le droit des femmes à disposer de leur propre corps. Il y a de fortes attaques contre les droits à l'avortement de la part des Gouvernements de droite et de l'Eglise Catholique et Orthodoxe. Les femmes se sont battues durement pour récupérer leur droit sur leur propre corps. Les Polonaises ont eu une victoire. Une interdiction totale de l'avortement a été changée en avortement sous certaines conditions. Les Polonaises continuent leurs luttes pour le droit de décider elles-mêmes de l'avortement. Le corps d'une femme est le sien et elle a le droit de décider si elle veut mettre fin à une grossesse ou non. Le Parti de la Gauche Européenne revendique le droit à l'avortement dans tous les pays européens.

Sur les questions sociales et sociétales, rien n'est fait pour harmoniser par le haut les droits, en particulier le droit du travail et les droits des femmes. La régression des droits des femmes à disposer de leur corps et les violences machistes à leur encontre ne sont nullement sanctionnées par l'UE. Quand un pays décide unilatéralement de fermer ses frontières et de ne pas respecter les règles européennes sur les migrants, il n'encourt pas les foudres de Bruxelles. Huit pays ont aujourd'hui fermé leur frontière, et l'Union européenne laisse faire.

Le Brexit a donné une nouvelle dimension à la crise. Le résultat du Brexit doit être accepté comme un fait. Le choc du Brexit révèle l'ampleur du rejet de l'intégration néolibérale de l'UE. Il met en évidence la profondeur des lignes de fractures territoriales et sociales, suite à plus de trente ans d'austérité et de mondialisation capitaliste. C'était une protestation sociale. Cependant, l'extrême droite a exploité la protestation. La stratégie de la droite a déchainé les forces de la xénophobie. Le nouveau Gouvernement Britannique cherche à être encore plus à droite que le précédent, en combinant une austérité encore plus brutale avec une plus grande stigmatisation des travailleurs immigrés, de la démocratie et de la direction politique dans toute l'UE. Prenant en compte les conséquences réelles qui émergeront du Brexit, ce processus devra être soumis à une évaluation et une décision démocratiques. Pour la gauche au Royaume-Uni, le combat pour maintenir la liberté de circulation, les droits humains et la protection des postes de travail est d’une actualité brulante et pourrait former la base d’un changement radical dans la démocratie et dans la direction politique a travers l’UE. Le PGE soutient le droit des personnes d'Irlande du Nord et d'Ecosse, qui ont voté contre le Brexit, de voir leur souhait respecté au sujet du Brexit. Cela soulève aussi une question pour la Gauche et pour sa capacité à avancer avec une alternative pour les peuples d'Europe.

4 / Le continent au seuil d'un basculement idéologique

La crise politique se généralise en Europe. Les gouvernements sortants sont presque systématiquement sanctionnés lors des échéances électorales. Des chocs politiques rapides et contradictoires polarisent le débat public européen. La montée des sentiments xénophobes et nationalistes pose un défi existentiel à la gauche en Europe. Le continent est menacé par un basculement idéologique d'ampleur. Dans différents pays, selon différentes formes, des forces d'extrême-droite et des populismes droitiers cherchent à imposer leurs thèmes de prédilection. La désorientation, le désespoir, la peur face aux évolutions internationales leur offrent une importante caisse de résonance. Le discours "protecteur" voire "social" de l'extrême-droite, qui s'inscrit dans une ancienne tradition de ce courant remontant aux fascismes européens, est utilisé afin d'assurer leur marche au pouvoir et de marginaliser la gauche et le mouvement ouvrier.

La ligne politique de certains gouvernements légitime leur discours et en font des forces de recours, comme en Slovaquie. Un bloc autoritaire est au pouvoir dans plusieurs capitales européennes : à Varsovie, à Budapest, à Bratislava. Les évolutions des gouvernements Baltes s'inscrivent dans la même logique.

Lors du troisième tour de l'élection présidentielle en Autriche, le candidat de l'extrême droite nationaliste allemand du Parti de la liberté, a été battu par un large front allant des forces critiques de la société civile aux représentants des partis traditionnels. C'est un grand succès, mais le danger n'est pas écarté, parce que les causes sociales et politiques de la montée de l'extrême droite existent toujours. Les poussées de l'extrême- droite en Allemagne sont un phénomène inconnu depuis 1945. En France, le FN se place au cœur du jeu politique et affiche ses ambitions pour les élections générales de 2017. En Belgique, un parti nationaliste flamand proche de l’extrême-droite siège au gouvernement. Même dans les pays Scandinaves, auparavant réputé pour leur humanisme et leur solidarité, l'extrême droite a connu un développement dangereux. Il y a, depuis longtemps, un parti fort d'extrême droite au Danemark, le Parti Populaire Danois, qui a réussi à mettre en œuvre la politique d'immigration la plus xénophobe jamais vue. En Norvège, Suède et Finlande, il y a également de fort partis de droite, et le parti Suédois "Démocrates Suédois" a même ses origines dans le mouvement néo-nazi. Enfin, l’essor de Aube Dorée en Grèce après 2012 a permis à ce gang criminel néonazi d’acquérir une représentation dans les institutions locales, nationales et Européenne, en dépit du fait qu’une large partie de sa direction est en procès pour meurtre et possession illégale d’armes, etc.

En Europe centrale et en Europe de l’Est, l’essor du nationalisme, du néo-fascisme et de la xénophobie profite de l’appauvrissement de la population et de la crise démocratique. En Ukraine, dans les Pays Baltes et dans d’autres pays d’Europe orientale, l’extrême-droite est en situation de participer, sous une forme ou sous une autre, à des solutions de pouvoir. La dénonciation des « ennemis de l’intérieur » connaît un impact important dans les populations. La crise économique et le chômage provoquent le renforcement de la haine contre les migrants et les Roms, devenus boucs émissaires.

En Turquie, Erdogan utilise le régime de l’été d’urgence comme un instrument pour détruire violement la démocratie, écraser les libertés, museler les médias, réduire les pouvoirs de l’opposition, lever l’immunité parlementaire, emprisonner les Députés du HDP et mener une guerre meurtrière contre la population Kurde du Pays.

Mais cette évolution idéologique est en bute à d'importants contre-points qui font que ce basculement vers une régression historique du continent ne s'est pas encore produite. Les peuples se mobilisent contre la corruption des classes dirigeantes et contre le blocage politique de certains pays. Le renversement du Gouvernement Roumain en novembre 2015 et les manifestations massives en République de Moldavie contre la corruption en sont des signes. En Europe de l'Ouest et surtout en Grèce, le mouvement de solidarité envers les migrants montre que l'esprit d'accueil demeure vivace en Europe et qu'il ne s'agit pas d'un "luxe" de pays riches. Ce mouvement de solidarité est un frein et un pôle de résistance contre le basculement des sociétés vers la xénophobie.

5 / La question des migrants comme catalyseur de la crise historique de l'Union Européenne

Le mélange d'impuissance et d'abjection avec lequel l'Union Européenne et la plupart des gouvernements ont réagi face à l'afflux des migrants révèle l'ampleur de la crise de l'Union Européenne et de ses principes. Cette crise oblige en même temps l'Europe à se reposer autrement la question de son avenir.

La crise des migrants recouvre une crise systémique. Il s'agit d'un phénomène massif et structurel qui est la conséquence de la dégradation rapide de la situation internationale et des politiques qui l'ont provoquée, parmi lesquels figurent les propres politiques de l'UE et de ses Etats. On estime que d'ici 2050, s’il n’y a pas de changement politique, 200 millions de migrants vont fuir les guerres, la crise économique, la dislocation des états, le chaos qui s'abat sur de vastes régions en Afrique et au Proche et Moyen-Orient, ainsi que les effets de la crise climatique. L'Union Européenne en porte une part importante de responsabilité. La conclusion d'accords bilatéraux de libre-échange a encouragé le démantèlement des services publics et, par conséquent, des politiques publiques dans nombre d'états africains. La participation de certains états européens aux guerres dans ces régions est également à porter au passif du bilan de l'UE. La crise des migrants signe la crise des rapports de l'UE au monde.

En outre, le fait que 1 million de réfugiés suscite tant de turbulences dans une construction politique qui regroupe 510 millions d'habitants souligne l'ampleur de la crise de l'UE. La situation humanitaire des réfugiés est un scandale international. La tentation d'utiliser les réfugiés comme outil de dumping social renforce les sentiments de repli voire de xénophobie dans les populations. La situation des femmes et des jeunes est particulièrement grave. Ils sont la cible privilégiée de violences, y compris sexuelles, et de la surexploitation au travail. La création de dispositifs spécifiques de protection, de protections juridiques et de personnel spécialisé est nécessaire.

Les pires relents de l'histoire se font sentir dans les mesures prises par un certain nombre de gouvernements : les gouvernements des états du groupe de Visegrad, le gouvernement danois. Les déclarations de Manuel Valls lors de la conférence de sécurité de Munich en février 2016 et celles, pires encore, du ministre de l'intérieur belge montrent que les pays d'Europe occidentale ne sont pas épargnés par l'ignominie.

Cette crise est l’occasion une fois de plus d’imposer un chantage à la Grèce, qui se retrouve seule pour gérer l'arrivée des migrants en Europe, alors que ce pays est l'un des seuls à avoir mis à disposition un grand nombre de places d'accueil. Il faut aussi saluer le courant de solidarité qui traverse la société grecque et qui permet de faire face à une situation très complexe, sans que cela ne profite à l'extrême-droite.

L'accord entre l'Union Européenne et la Turquie, condamné par les associations humanitaires, est un blanc-seing insupportable donné au pouvoir d'Erdogan alors même que sa politique est un des facteurs de la crise au Proche et Moyen-orient, et qu'il déploie une répression féroce contre la population kurde, les démocrates turcs, la liberté de la presse. Il confirme la volonté des dirigeants européens de fermer les portes d'entrée de l'Europe aux populations fuyant la guerre, les violences et la misère. La quasi-totalité des chefs d'Etats ont tout accepté, trop heureux de se dégager de leurs responsabilités d'accueil et d'asile de populations en détresse.

La gestion de la crise des réfugiés par l’UE est une autre preuve solide de la banqueroute politique et morale du projet d’intégration européenne néolibéral. Les dirigeants de l’UE demeurent silencieux au lieu d’appliquer les sanctions contre les Etats-membres qui violent unilatéralement l’accord pour la relocalisation en sécurité et proportionnée des réfugiés qui arrivent et restent bloqués en Grèce et en Italie.

Conclusion : une nouvelle période historique

Au total, l’Union européenne et l'Europe toute entière entrent dans une nouvelle période historique. Après la période des deux blocs et du Marché Commun conclu originellement entre six pays, le Traité de l’Acte unique et les traités qui s’en sont suivis ont érigé la concurrence au rang d’un droit supérieur dans l’Union. Cela s’est accompagné d’une mise en concurrence des systèmes sociaux et de démantèlement des conquêtes sociales les plus avancées. Depuis quelques années, cet édifice bâti dans les années 1980 et 1990 se lézarde. Il traverse une grave crise de légitimité et le projet qui le sous-tend est aujourd’hui minoritaire parmi les peuples d’Europe. Une nouvelle période historique s'ouvre qui voit l’UE travaillée contradictoirement et parallèlement par le renforcement du fédéralisme autoritaire et des éléments de dislocation. Le continent européen se trouve donc bien à un tournant : soit les valeurs réactionnaires d’un bloc droitier combinées à un autoritarisme fiscal vont l’emporter, soit un nouveau bloc politique et social en faveur des intérêts des peuples réussit à émerger en Europe.

Si rien n’est fait, le dilemme pour les peuples est terrible : soit l’ensemble de l’édifice déraille sans que personne, en premier lieu parmi les classes dirigeantes, n’y soit préparé ; soit le continent continue de s’enfoncer dans l'austérité et le chômage de masse, et dans la fermeture des frontières.

Ce basculement n’est pas irrémédiable. Les peuples n’ont pas capitulé, bien au contraire. Des forces politiques, sociales et citoyennes existent pour refuser ce dilemme. C’est vers l’ensemble de ces forces que le PGE se tourne pour leur proposer de formuler une offre politique nouvelle au service d'une union des peuples souverains et solidaires d’Europe.

II- Un contrat social entre les peuples souverains et solidaires d'Europe :

Les axes d’actions de la gauche européenne pour sortir de l’austérité et des logiques libérales des traités européens

Le Parti de la Gauche européenne regroupe des organisations politiques qui portent une analyse différenciée sur le projet européen, mais ont en commun des objectifs : - refuser le dilemme des classes dirigeantes, soit un fédéralisme autoritaire foulant aux pieds la souveraineté populaire et les droits des nations ; soit l'exacerbation des égoïsmes et des rivalités nationales. Et unir les peuples européens autour d'un projet commun de solidarité et de justice sociale. Quels que soient les points de vue sur l’UE, la question centrale est celle du contenu et de la perspective politiques.

Le Parti de la Gauche européenne défend la perspective socialiste, définie comme une société de justice fondée sur la mise en commun des richesses, des moyens de production et sur la souveraineté des choix démocratiques, en harmonie avec les ressources limitées de la planète. Il rejette le capitalisme, générateur d’inégalités, d’injustice, de pauvreté et de guerres, ainsi que le patriarcat et toute discrimination.

Le Parti de la Gauche européenne s'est résolument engagé dans une démarche de construction et d'un front large avec des courants politiques, des acteurs sociaux et citoyens qui, même s'ils ne partagent pas l'ensemble de ses analyses, se retrouvent sur des axes politiques clés, de gauche, permettant de larges rassemblements à vocation majoritaire. Les exigences de la situation présente mettent les enjeux politiques à un niveau très élevé. Les axes du PGE visent à permettre d'engager le débat et des campagnes politiques sur des solutions concrètes, jusqu'à rendre possible les ruptures et les solutions alternatives nécessaires.

Le PGE défend l'idée d'un contrat social entre les peuples souverains et solidaires d'Europe. L'Europe doit devenir une union de nations et de peuples dont la souveraineté est respectée, dont l'objectif commun est le progrès humain. Nous sommes prêts à travailler à cette perspective avec les forces politiques, citoyennes, syndicales, sociales et intellectuelles disponibles à partir de cinq axes principaux. Ces axes prioritaires sont des axes d’action pour la gauche européenne. Ils supposent une remise en cause fondamentale du cadre existant de l’Union européenne.

Nous contestons les logiques du traité de Lisbonne et par conséquent des autres traités qui y sont contenus. Au prochain sommet européen en mars à Rome, à l’occasion de l’anniversaire du Traité de Rome, les dirigeants européens ont l’intention de jeter les bases d’une réforme des Traités. Il faut que la gauche européenne dénonce haut et fort qu’un approfondissement de cette Union libérale est contraire à l’intérêt des peuples. Nous nous opposons à un renforcement de l’Union économique et monétaire (UEM) ; à l’inscription dans le marbre du semestre européen et nous opposons tout autant au projet d’armée européenne en cours, a fortiori quand il fonctionne main dans la main avec l’organisation belliciste, l’OTAN. Nous nous fixons comme horizon la sortie du pacte budgétaire européen. Si nous nous battons en toute circonstance pour faire reculer ces logiques dans les choix politiques nationaux et européens, nous ne souhaitons pas aménager le cadre existant mais refonder l'Europe, tant il est visible qu'aucune politique de transformation sociale n'est possible sans rompre avec des traités fondés sur le dogme de la concurrence libre et non faussée et sur la remise en cause du droit des peuples et des nations à se gouverner démocratiquement.

Nous avons besoin d’un projet de solidarité Européenne ; cela nécessite que les peuples européens recouvrent leur souveraineté politique et économique. Ce projet est à construire avec les pays et les peuples qui ont la volonté d’affirmer cette souveraineté et de construire un nouveau projet européen avec les valeurs et les principes de solidarité de d’internationalisme.

Il est possible et nécessaire de coordonner le vœu de souveraineté nationale provoqué par des coupes budgétaires et les politiques d'austérité dans l'UE avec notre tradition internationaliste. En ce sens, c'est important de donner la priorité aux alliances avec ces pays qui souffrent de l'endettement et qui sont soumis à l'architecture de l'UE, en motivant et en coordonnant un projet de gauche avec d'autres forces européennes.

1/ Pour une Europe respectueuse de la souveraineté populaire

Nous défendons une refondation de l'Europe en application des principes de justice, de progrès social et de démocratie en respectant les droits démocratiques des nations et des États européens, y compris par le recours au référendum sur les évolutions nécessaires de la construction européenne. Il appartient aux peuples de décider des compétences d’un espace politique démocratique pour l’Europe, de l’architecture démocratique pour le continent et des prérogatives des Parlements, en respect des droits démocratiques et souverains des peuples.

Il est nécessaire de revoir la manière dont le cadre européen et les prérogatives des États membres et des nations s’articulent. L’Europe ne doit pas se substituer aux États, au niveau national et à leurs prérogatives mais favoriser la coopération sur des projets communs et les défis mondiaux. La souveraineté de chaque état doit être respectée. La légitimité démocratique de chaque pays doit primer sur les traités européens actuels. Un État doit pouvoir bénéficier d'un droit de non application sur les directives et décisions européennes qui sont une régression par rapport aux acquis sociaux et démocratiques et aux droits dont bénéficie sa population. Les lois européennes doivent être élaborées dans un cadre associant le Parlement européen et les Parlements nationaux. La Commission européenne ne peut pas avoir le droit d’initiative législative, qui doit appartenir conjointement aux Parlements nationaux et au Parlement européen. De même, les pressions des lobbies doivent être interdites.

Nous voulons aider les gouvernements qui veulent sortir de la logique libérale et qui veulent faire avancer l’idée de progrès en Europe.

2/ Un pacte pour un nouveau modèle de développement

Il est nécessaire de rompre avec les règles de la mise en concurrence libérale et avec l’austérité. Le pacte de développement que nous proposons répond aux besoins sociaux.

La reconstruction du tissu économique et des outils monétaires de l’Europe doit être mise au service d’un nouveau modèle de développement axé sur des investissements publics et des créations d’emplois conditionnés à des critères sociaux et écologiques. L'argent que la BCE injecte à perte pour les banques et les multinationales doit être réorienté au service d'une politique de relance audacieuse, socialement utile et écologiquement soutenable, de la relocalisation industrielle qui s'impose et de la création de postes de travail stables. Cette politique permet de mettre en œuvre la nécessaire transition écologique. L’Europe, en collaboration avec les États, doit assurer une concertation stratégique sur les grandes filières industrielles pour la défense de la production, du travail, ou de leur reconversion. Cela suppose d'identifier les besoins relatifs à la transformation énergétique, aux infrastructures de transports, à l'éducation et à la formation, à l'avenir industriel et des processus de fabrication en Europe qui évoluent vers de nouvelles problématiques telles que l'économie circulaire et des gisements d'activités et de travail que recèle ce secteur. Cela implique d'assurer la maîtrise publique de l’énergie. Les privatisations doivent être stoppées et le secteur public doit récupérer tout ce qui a été privatisé. Un moratoire sur toutes les politiques de déréglementation de l’énergie et des transports doit être promulgué, ainsi qu’un plan pour la sobriété, l’efficacité et la diversification énergétiques. Le développement durable doit être fondé sur de l’investissement dans la recherche scientifique et technologique. La Politique Agricole Commune doit être réformée pour rompre avec le pouvoir de l'agro- industrie et ses logiques productivistes et être mise au service d'une agriculture qui garantit des prix de base et stables aux agriculteurs et aux pécheurs, ainsi que pour assurer une nourriture saine et abordable pour les gens. Les fonds publics ne doivent pas être utilisés pour soutenir le système de production industriel chimique et faciliter des prix bas sur le marché mondial, qui s'impose aux petits et moyens agriculteurs en Europe, ainsi que les agriculteurs dans les pays du tiers-monde. La pratique de l'agriculture biologique devrait être une condition préalable à l'obtention d'un soutien financier et il faut un plafond de soutien financier par unité agricole afin de promouvoir un développement structurel rural soutenable. De plus, l'aide financière doit être consacré au soutien des biens publics : emploi, marchés locaux et régionaux forts, projet de développement de l'agriculture biologiques à petite échelle, à l'installation de jeunes agriculteurs et pécheurs pour un renouvellement et une vitalité des générations dans les zones rurales, à une nourriture et alimentation de qualité, au bien-être des animaux et à la protection de la biodiversité, de l'eau et du climat. C’est ainsi que l’UE peut devenir un acteur majeur de la question environnementale et climatique.

Ce nouveau modèle de développement doit être élaboré démocratiquement, en associant les états et en venant en appui aux politiques mises en œuvre au niveau national. Un fonds de développement social et écologique européen, au contrôle et aux décisions duquel sont associés les états membres, doit être mis en place pour ce faire.

La défense et l’extension des services publics, au niveau national et au niveau européen, sont des outils pour mettre en œuvre une nouvelle politique de développement qui prenne le contre-pied de la logique libérale. Cela doit s’appuyer sur un outil de contrôle transparent et démocratique. Un observatoire de la dégradation des services publics, avec des critères communs dans chaque pays, doit être instauré. Pour les pays qui le souhaitent, différents services publics nationaux peuvent se rapprocher afin de prendre en compte les défis communs qui se posent pour les peuples d’Europe.

3 / Lutter contre les inégalités et pour l’emploi, rompre avec le dumping social

La lutte contre le dumping social est un élément fondamental si l'on veut que l’idée de solidarité et de rapprochement entre les peuples européens subsiste. L’Europe doit agir pour faire converger les droits sociaux et démocratiques en vigueur dans les États membres vers le haut pour mettre fin au dumping social. Nous exigeons l’introduction d’un principe de non- régression sociale dans l’UE qui permette de n’appliquer des dispositions de l’UE en matière sociale et environnementale que si elle est supérieure à la législation nationale. La directive sur les travailleurs détachés, qui organise une différence de traitement, pouvant aller jusqu'à 30 % de la rémunération doit être retirée. Et une nouvelle directive affirmant le principe « à travail égal, salaire égal » doit être adoptée. D'une manière générale l'objectif doit être d'assurer progressivement à tous les travailleurs l'égalité de traitement en termes de salaire et de protection sociale et de conditions de travail.

Le droit à un revenu décent pour toutes et tous implique d'assurer réellement l'égalité femmes/hommes en matière de salaires et de progression de carrière. Selon les chiffres d'Eurostat de 2012, le taux d'emploi chez les 20-64 ans est inférieur de 12 points chez les femmes par rapport aux hommes (58% contre 70%). L'écart de rémunération est de 16%. Les contrats à temps partiels sont de 32% pour les femmes et de 9% pour les hommes. 21% des Européennes ont un revenu inférieur aux salaires minimums. Bien que les traités européens promeuvent officiellement l'égalité femmes-hommes, la réalité est tout autre.

La réduction du temps de travail pour toutes et tous doit être encouragée dans toute l'Europe, pour faire reculer le chômage et permettre l'accès à l'emploi des jeunes. La suppression du temps partiel imposé, la lutte contre la division sexuée du travail, la mise en place et le renforcement d’un véritable service public de la petite enfance et d’un système européen de congé parental égal et intransférable entre les femmes et les hommes feront reculer les discriminations dont sont victimes les femmes. Un revenu suffisant pour vivre dignement doit être assuré pour chacun, y compris pour les personnes sans emploi.

Le plan de développement européen, la réduction des inégalités salariales et la défense de l'emploi en Europe pose la question de la manière dont l'UE s'inscrit dans le commerce international. La rupture avec le TTIP, CETA et TISA doit être immédiatement opérée. Il s'agit pour le PGE, comme pour d'autres secteurs, d'une revendication politique immédiate majeure. Le PGE entend renforcer et élargir les cadres unitaires de campagne pour la fin des négociations sur le TTIP, CETA et TISA. Le PGE appelle au développement de la mobilisation contre le CETA afin d’empêcher sa ratification par les Parlements nationaux et régionaux.

L'UE doit opposer au système de libre-échange et de baisse des normes sociales et environnementales des règles rendant les échanges mutuellement avantageux.

4 / Se réapproprier l’argent : rompre avec le dumping fiscal, lutter contre l’évasion fiscale, reprendre le pouvoir sur les banques et sur l'Euro

L'Europe doit combattre le dumping fiscal. Le cadre actuel permet la floraison de paradis fiscaux et organise la compétition fiscale entre les pays. Aujourd'hui, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l’Irlande, les Pays-Bas et d’autres pays de l’UE entrent de plus en plus de facto dans cette catégorie. Les affaires luxleaks et swissleaks ainsi que les Panama Papers ont révélé l’ampleur de ce système organisé. Le démantèlement des paradis fiscaux et la lutte sans concession contre l’évasion fiscale et contre toutes les formes de criminalité financière sont des enjeux majeurs pour l’Europe. Il s’agit d’un chantier et une lutte structurants pour les prochaines années, afin de bâtir un système fiscal qui servent les intérêts de plus grand nombre et qui soit au service du bien commun. Un système fiscal qui transférera le fardeau fiscal des classes populaires et moyennes vers les classes supérieures, afin d'aider les couches sociales les plus vulnérables, de remédier aux inégalités existantes et de promouvoir une croissance en faveur de l'intérêt public. Dans ce combat, nous devons construire un large front pour lever le voile du secret qui entoure les places financières et les paradis fiscaux qui, en plus d'offrir une taxation très faible ou nulle, constitue également des destinations pour couvrir des activités potentiellement illégales. Les intérêts des peuples doivent reprendre le pas sur les intérêts protégés des multinationales. Les mouvements de capitaux doivent être contrôlés et les opérations à visée uniquement spéculative prohibées. Une taxe sur les transactions financières et un impôt sur le capital, entre autres, pourraient financer un fonds européen de développement social et écologique, qui pourra ainsi être financé par un investissement massif annuel. Le PGE étudiera la proposition de la CES d’un plan d’investissement à hauteur de 2% du PIB européen pendant 10 ans.

La rupture avec l’austérité implique la rupture avec la dictature de la dette. La dette des États des pays d’Europe du sud doit être annulée ou renégociée par une conférence européenne de la dette. En premier lieu, l'exigence du gouvernement grec de renégociation de la dette doit être entendue par le conseil européen et la commission européenne.

Se réapproprier l'argent implique de refonder le rôle des banques dans tous les pays européens et l'architecture de la zone Euro. La mise en place d'un contrôle démocratique de la BCE, ainsi que de la réforme de son rôle et de son fonctionnement exige des changements fondamentaux. La BCE doit s’engager en faveur de la défense de l’emploi et du développement écologiquement soutenable. Elle doit pouvoir prêter aux Etats en dernier ressort. Pour les états qui souhaitent en faire partie, l’union monétaire doit également être refondée. L’Euro est devenu aujourd’hui une arme de guerre des classes dirigeantes. Il faut rompre avec la conception de l'Euro comme instrument disciplinaire. La conception de la monnaie européenne doit être profondément refondée. La monnaie doit être un outil au service de l'économie réelle, de nouveaux objectifs de développement industriel, agricole, social, écologique et du bien commun, et non un fétiche. Les peuples doivent reprendre la main sur l’Euro. A l'intérieur de la zone Euro, la monnaie doit être utilisée de manière commune et concertée en incluant des mécanismes prenant en compte les évolutions économiques et sociales des différents états. En tout état de cause, aucun pays ne peut se voir obligé de rejoindre la zone Euro. Un pays qui décide démocratiquement de quitter l’Euro doit pouvoir le faire sans subir de mesures punitives, de pressions et de chantage.

Le PGE poursuit la réflexion et le débat sur la monnaie unique et étudie les alternatives qui ne pénaliseraient pas les peuples et ne remettraient pas en cause leurs conquêtes sociales et démocratiques.

5/ Pour une Europe de la transition écologique et énergétique socialement juste

L'urgence est à la construction d'une Europe « bas carbone » qui doit montrer l'exemple avec de nouvelles politiques publiques énergétiques, de transport, du logement ou encore de l'agriculture. Les mix énergétiques doivent être composés d'énergies les plus décarbonées possibles avec une emphase croissante sur les sources renouvelables. Les choix de production et d’investissement doivent être opérés suivant des critères de préservation des écosystèmes locaux et de protection de la biodiversité. Nous refusons le productivisme et le consumérisme capitalistes. Le PGE privilégie des différentes modes de production, découlant de politiques industrielles qui permettent la création de technologies propres, qui sont respectueuses de l'environnement. L’Europe est un espace politique qui permet de porter la lutte contre le réchauffement climatique à une échelle continentale, pour développer les énergies écologiquement soutenables et promouvoir des économies d’énergie. Tout pas en avant vers le progrès social est indissociable de la mise en œuvre de la transition écologique et énergétique. Il s’agit d’un processus de long terme dans lequel les efforts pour « verdir » le capitalisme n’ont pas leur place. La logique du profit à court terme n’est pas compatible avec la préservation des écosystèmes. Cela implique que les peuples s’approprient les questions environnementales et énergétiques. La question de l’accès aux ressources naturelles qui se raréfient, telles que l’eau, les surfaces cultivables ou les énergies fossiles, deviennent des enjeux géopolitiques majeurs. La COP 21 s’est fixé des objectifs mais non les moyens de les atteindre. L’Accord de Paris sur le climat est un pas dans la bonne direction mais il reste très insuffisant. La réduction des émissions de CO2 est un objectif politique majeur pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés : elle devrait représenter 75% des émissions actuelles en 2030. Les objectifs de réduction des émissions de CO2 à 30% en 2020 et à 40% en 2030 sont bien trop bas. Les économies d’énergie et le développement, par un développement des investissements publics, des énergies écologiquement soutenables sont absolument nécessaires. Cela concerne en premier lieu les transports et l’industrie. L’extraction des gaz de schiste doit cesser. L’Europe doit agir pour mettre fin à la spéculation sur les matières premières.

Nous défendons une Europe autosuffisante pour les produits alimentaires majeurs. L’avenir de la politique agricole et alimentaire européenne doit être décidé dans le cadre de politiques publiques qui répondent aux besoins réels et aux défis de la santé publique. L’usage des pesticides polluants doit être abandonné. Nous portons l’ambition de fournir à tous une alimentation variée et de qualité. Les politiques agricoles européennes soient un bouclier contre l’intrusion des marchés spéculatifs dans le domaine de l’agriculture. Nous défendons une nouvelle politique agricole qui puisse rompre avec les logiques productivistes et être mise au service d’une agriculture qui garantisse des prix de base stables aux agriculteurs et aux pêcheurs. Les aides doivent être conditionnées en fonction de la production, des enjeux écologiques et de la fragilité des filières. La production agricole doit respecter une conception juste et bénéfique pour tous des échanges internationaux avec les pays en développement.

6/ Pour une Europe de l’égalité des droits pour toutes et tous

Le PGE se place dans l’héritage de celles et ceux qui ont fait prévaloir en Europe et dans le monde les « droits naturels et imprescriptibles » de toutes les femmes et de tous les hommes et entend poursuivre leur combat. Comme le disait la déclaration des droits de 1793 : « Il y a oppression contre le corps social, lorsqu’un seul de ses membres est opprimé. Il y a oppression contre chaque membre lorsque le corps social est opprimé ». La violence de l’offensive néoconservatrice et la menace des hystéries ethnicistes à travers le continent européen fait de la question de la défense et de l’extension des droits humains un terrain d’affrontement majeur. Le PGE se place au premier rang des défenseurs d’une société de liberté et d’égalité. La lutte contre le racisme, la xénophobie et les conceptions essentialistes de la nation fondées exclusivement sur le sang est une de priorités. La lutte contre le terrorisme ne doit pas mener à une réduction des libertés publiques.

Les droits politiques et syndicaux doivent être partout défendus. L’état d’exception qui s’instaure peu à peu dans divers pays européens doit être aboli. La criminalisation des mouvements sociaux et des mouvements démocratiques doit être combattue. Un véritable pluralisme et une véritable indépendance de la presse, contre les intérêts des grands groupes de médias, assuré.

Partout en Europe, les droits politiques, sociaux, démocratiques et plus largement l’ensemble des droits humains doivent être alignés sur le mieux-disant. Les travailleurs d’Europe ont besoin de droits communs forts en matière de droit du travail et de droit d’accès à une sécurité sociale, surtout dans un contexte de développement des mouvements transfrontaliers de main d’œuvre.

C’est également le cas de l’application de l’égalité femmes-hommes dans les domaines économiques et politiques. L’égalité salariale entre les femmes et les hommes est un impératif immédiat. Partout en Europe les femmes doivent pouvoir disposer librement de leur corps. Nul ne peut être vendu ou contraint à louer son corps. Nous appelons au renforcement de la lutte contre les trafics humains. Nous défendons la perspective de l’abolition de la prostitution.

Le droit d’accès à une éducation laïque, de profiter d’un système de santé performant, de vivre dans un environnement sain, de pouvoir s’exprimer librement, le droit à la sureté, le droit d’accès à un système juridique indépendant des pressions et permettant à un procès équitable ainsi que la résistance à l’arbitraire doivent être assurés partout en Europe. Les LGBTIQ sont victimes de discriminations voire, dans un certain nombre de pays, de persécutions, à l’école, sur les lieux de travail, dans l’accès aux traitements médicaux, avec souvent la complaisance des autorités étatiques et des forces de police. Ils sont la cible des discours conservateurs sur la famille qui veulent renforcer le patriarcat. Dans la plupart des pays européens, les transgenres sont souvent privés du droit à l’autodétermination de leur identité de genre.

L’éducation joue un rôle important dans la formation des citoyennes et des citoyens. Nous défendons une conception de l’éduction qui rompe avec l’idée d’une formation utilitariste adaptée uniquement pour les besoins économiques immédiats. L’éducation doit préparer les futurs citoyens délivrés des préjugés liés aux origines ou au sexe. Elle doit combiner la transmission des connaissances avec celle du savoir-faire. L’école doit être gratuite, laïque, délivrée de l’emprise des intérêts privés. L’université et la recherche doivent être libérées des pressions économiques.

Le PGE se bat pour l’harmonisation des droits et un alignement des politiques économiques, sociales et fiscales tirant vers le mieux disant en Europe.

7/ Pour une Europe espace de paix et de sécurité

Une coopération régionale de progrès pourrait considérablement transformer le cours de la mondialisation en faveur d’un monde de paix et d’échanges internationaux équitables pour tous, répondant aux besoins humains et aux défis environnementaux mondiaux.

La politique de voisinage et de relations internationales de l’Europe doit être guidée par les principes de coopération, de co-développement, notamment avec les pays méditerranéens, africains, asiatiques et latino- américains.

L’Amérique Latine et les Caraïbes sont redevenues un front d’offensive des classes dominantes qui veulent récupérer leur influence perdue et renverser les gouvernements progressistes de la région qui défendent les droits des peuples contre les intérêts capitalistes et impérialistes. Le PGE travaille avec les partis alliés de la région, pour que les intérêts du plus grand nombre priment sur ceux des 1%.

Les accords d’association avec l’UE doivent être un levier de progrès social et de défense des droits. Ils peuvent être suspendus. C’est notamment le cas de l’accord avec Israël qui doit être suspendu aussi longtemps qu’Israël viole les droits humains internationaux. L’Europe doit être un levier pour la paix et la défense des droits des peuples, notamment dans son voisinage immédiat, au Proche-Orient et en Ukraine.

Il est nécessaire de prendre les initiatives diplomatiques nécessaires pour faire naître des solutions politiques aux conflits du Proche et Moyen-Orient, rétablir une paix juste dans cette zone et promouvoir un développement économique et social répondant aux besoins fondamentaux des peuples. L'ensemble des pays européens et l'UE elle-même doivent reconnaître la Palestine. La Gauche Européenne défend l’établissement d’une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens, en application des résolutions de l’ONU, c’est-à- dire la reconnaissance d’un état palestinien viable dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale.

Une solution politique doit être trouvée pour la reconnaissance des droits du peuple sahraoui, par la tenue du referendum d’autodétermination.

Le PGE s’oppose à la militarisation accrue de la politique étrangère de l’UE et à la participation des forces militaires des pays européens à des opérations extérieures. La présence agressive de l'OTAN en Europe doit être combattue, et le combat doit s'amplifier pour la dissolution de l'OTAN. Nous devons nous opposer résolument au diktat de l'OTAN cherchant à que les nations européennes consacrent au moins 2 % de leurs PIB aux fins militaires. Les investissements militaires renforcés des États-Unis notamment en Europe de l'Est doivent faire l'objet d'une condamnation. Les installations en cours de construction ou déjà opérationnelles du bouclier anti-missile doivent être démantelées immédiatement. Le renforcement de la militarisation des sociétés en Europe de l'Est, par la création de milices provenant souvent de milieux ultra- nationalistes, doit être combattu. L'Union Européenne et la Russie doivent retrouver le moyen d'un dialogue apaisé et constructif, en mettant sur la table l'ensemble des sujets de friction, militaires, politiques, territoriaux, énergétiques.

Le problème Chypriote est essentiellement un problème international d'invasion et d'occupation illégale, en violation des principes fondamentaux du droit international et de la Charte des Nations Unies, mais il a également un aspect interne, de restauration des relations entre les deux communautés de Chypre, le Chypriote Grec et le Chypriote Turc. Les négociations entre les dirigeants des deux communautés à Chypre, qui se déroulent sous les auspices de l'ONU, sont à un moment crucial. La solution pacifique globale du problème Chypriote doit être conforme aux accords de haut niveau de 1977 et 1979, à la Charte des Nations Unis, au droit international et à l'acquis communautaire de l'UE. Elle doit respecter le cadre convenu pour un Etat Fédéral, bizonal et bicommunautaire doté d'une souveraineté unique, d'une personnalité internationale unique et d'une citoyenneté unique, comme il est prescrit dans de nombreuses Résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU. Dans le même temps, elle doit prévoir l'égalité politique des deux communautés dans le cadre de la fédération, comme cela a été formulé par les Résolutions de l'ONU.

Le Parti de la Gauche Européenne soutient les négociations en cours et rappelle le rôle décisif, coopératif et constructif des forces de gauche dans la défense du droit du peuple Chypriote, des Chypriotes Grecs et des Chypriotes Turcs, de vivre dans un pays réunifié et libre. Pour cette raison, la solution doit prévoir le retrait des troupes d'occupations Turques et des colonisateurs, la fin du système anachronique de garanties étrangères et rétablir l'unité et l'intégrité territoriale de la République de Chypre. Elle devrait aussi restaurer et protéger les droits de l'Homme et les libertés fondamentales de tous les Chypriotes, y compris celles du droit au retour des réfugiés dans leurs maisons et dans leurs propriétés.

Il faut rompre avec l’idée d’«Europe forteresse». L’Europe et les États membres doivent accueillir décemment les migrants, dans un contexte où la crise de la mondialisation libérale, les guerres, le chaos et la barbarie ravagent des régions entières du globe. La politique envers les migrants doit mettre en avant le critère de responsabilité européenne partagée. Cela implique également de lutter contre la surexploitation au travail et le travail illégal. Les accords de Schengen doivent être renégociés en faveur de politiques nouvelles concernant les migrations internationales et la liberté de circulation, devenues un phénomène structurel à l’échelle de la planète, et de co-développement.

L’Afrique représentera dans quinze ans le quart de l’humanité. A la fin du siècle, la moitié de la population mondiale de 15 à 64 ans sera africaine. Au-delà des urgences, il est nécessaire de travailler à un partenariat pour un codéveloppement durable entre les pays européens et africains. L’Afrique sub-saharienne présente un enjeu crucial pour le XXIe siècle, du point de vue de l’explosion démographique et du retard économique. La paix et la prospérité de la planète dépend donc en grande partie des réponses qui doivent être apportées à ces défis: assurer un emploi et l’accès aux biens et aux services fondamentaux à la population. L’exploitation des ressources naturelles doit être confisquée aux grandes multinationales pour revenir aux peuples.

Conclusion : les axes de campagne

Le PGE entend décliner ces axes politiques en axes de campagnes larges et ouvertes, en renforçant les actions déjà engagées :

 Pour une Europe qui permette aux peuples de reprendre la main sur les choix économiques : pour la sortie du pacte budgétaire, pour un plan d'investissement européen, en faveur de l'emploi, des services publics et de la transition écologique et énergétique soumis à l’acceptation des pays membres, pour la restructuration et la renégociation de la dette, pour une réforme profonde et la réorientation des injections monétaires de la BCE en faveur d'une politique de développement utile pour tous. Pour une harmonisation sociale seule à même d’empêcher le dumping généralisé entre les Etats-membres. Cela signifie remettre en cause les Traités Européens existants, à commencer par celui de Lisbonne, ainsi que les mécanismes de gouvernance économique, le pacte budgétaire et le semestre européen.

 Pour la constitution d’un large front populaire et progressiste de la gauche contre l’extrême-droite et le fascisme.

 Promouvoir une large unité entre la classe ouvrière et les pauvres en luttant contre la pauvreté et en promouvant la solidarité.

 Pour la lutte contre l’évasion fiscale. Impunité 0 contre l’évasion fiscale.

 Pour la réduction du temps de travail, un revenu décent pour tous et une politique publique d’investissements en faveur de l’emploi.

 Pour la rupture des négociations du TTIP, TISA et pour l’empêchement de la ratification du CETA.

 Pour l’égalité des droits pour toutes et tous : pour l'égalité femmes/hommes dans tous les domaines.

 Pour un accueil digne et une politique d'aide des migrants et des réfugiés.

 Pour un changement fondamental dans le système énergétique, avec une réduction drastique des émissions de CO2 et un avenir basé sur une énergie écologiquement durable.

 Pour une Europe promotrice de la paix: pour le désarmement nucléaire, pour le démantèlement du bouclier anti-missiles, pour une initiative de paix au Proche et au Moyen-Orient. Le PGE soutient les mouvements pacifistes et les campagnes de désarmement.

III. Changer les rapports de force partout en Europe

1/ Promouvoir l’unité pour un front commun des forces de progrès

Nous avons des leçons importantes à tirer des trois années écoulées. L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de gauche en Grèce montre tout à la fois que des victoires sont possibles et que le changement des rapports de forces politiques dans un seul pays ne suffit pas. Il faut ouvrir des brèches dans les autres pays pour renverser le rapport de force en Europe. L'expérience de la Grèce est en cours et le peuple grec aura à nouveau besoin de gagner des batailles européennes face à la troïka et dans l'Eurogroup.

Les progrès des convergences à gauche en Europe ces dernières années démontrent que l’unité sur un contenu n’est pas un vain slogan. L’évolution des rapports de force en Europe peut dessiner progressivement un autre futur possible pour rompre à la fois avec les logiques austéritaires, les politiques néolibérales et les logiques xénophobes d’où qu’elles viennent.

C'est le défi pour l'ensemble des forces de la gauche européenne. Il faut des victoires qui rendent crédibles, dans nos pays et au niveau européen, une alternative de gauche. Ce qui est vrai pour la Grèce ou pour le Portugal, sera vrai également si dans les années prochaines une autre force de gauche est amenée aux plus hautes responsabilités.

Pour lutter plus efficacement contre la poussée des forces xénophobes, développer un projet politique crédible alternatif à l’austérité, contester l’attitude défaitiste et l’orientation libérale de la majorité des directions sociales-démocrates, la gauche doit se donner les moyens de travailler à la refondation d'un nouveau front historique, majoritaire et susceptible d'unir les forces sociales ayant intérêt au changement, autour des questions de justice sociale, des droits fondamentaux et de la souveraineté populaire.

Notre objectif est tout simplement d'unir tous les secteurs de la population ayant intérêt à en finir avec les dévastations d’un capitalisme prédateur, en particulier les couches populaires, qui forment la majorité de la population, dont le niveau de vie stagne ou diminue.

Des brèches existent. Des secteurs sont disponibles ou susceptibles de l’être : ce sont les énergies politiques, sociales, citoyennes, intellectuelles qui affichent leur opposition à la doxa budgétaire et austéritaire. Le PGE appelle donc à unifier le plus largement à gauche tous ceux qui partagent la volonté de porter un coup d’arrêt aux dévastations provoquées par des politiques ruinant jusqu’à l’idée même d’un rapprochement entre les peuples européens.

Les organisations syndicales qui luttent pour les intérêts des travailleuses et des travailleurs sont des points d’appui fondamentaux pour refonder l’Europe. Un mouvement syndical actif est nécessaire pour rompre avec les politiques d’austérité. Des mouvements sociaux organisés à l’échelle européenne, à l’image de celui des dockers contre la directive de libéralisation des ports, le sont également. Le PGE soutient leur développement. Le PGE est disponible pour travailler à l’échelle européenne avec la CES et les organisations syndicales disponibles afin de porter un projet européen au bénéfice des travailleurs. Le PGE reconnait l’importance cruciale des Syndicats et des mobilisations sociales pour changer le rapport de force dans le monde du travail et plus largement dans le peuple. Nous apporterons notre soutien aux travailleurs en grève et nous faciliterons toutes formes de solidarité et d’informations sur ces mobilisations en Europe.

La bataille culturelle revêt une importance cruciale. La diversité culturelle des peuples d’Europe est une richesse et elle doit être préservée. Les classes dirigeantes utilisent l’arme culturelle pour imposer leurs propres représentations aux peuples et pour légitimer l’offensive néo-libérale et néo-conservatrice dans les consciences et les représentations, souvent en dévoyant les concepts politiques et sociaux venus de la gauche. La culture pour la gauche européenne est un outil d’émancipation pour faire avancer les idées de liberté, de résistance à l’oppression, de solidarité et de défense du bien commun.

La rapidité des évolutions politiques ces derniers mois montre qu'une telle vision est réaliste. L'arrivée au pouvoir de Syriza en Grèce, malgré les coups de barrage et les coups de force imposés par les classes dirigeantes européennes, l'élection de Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste, la poussée de la gauche au Portugal, les changements en Espagne illustrent ces possibilités. Le PGE affirme sa volonté de travailler avec toutes les forces de gauche engagées dans l'opposition d'austérité, même quand des débats les traversent sur les solutions à la crise européenne. Il affirme aussi sa volonté de travailler avec les sociaux-démocrates qui n’acceptent pas de renoncer aux valeurs de la gauche et refusent de relayer l’offensive néo-libérale. Le PGE souhaite approfondir les relations avec les forces écologistes qui ne se résignent pas au « capitalisme vert » et qui partagent le souci d’allier transformation sociale et transformation écologique.

De plus, l'émergence dans toute l'Europe de mouvements citoyens, et de forces politiques qui, de manière parfois confuse, s'en réclament, montrent qu'il existe une volonté importante en Europe de réappropriation par la population des outils de la puissance publique et de la souveraineté populaire ainsi qu'une demande d'invention de nouvelles formes d'interventions politiques. Les aspirations concernent aussi bien des revendications concrètes par exemple la question du logement, de l'eau, de l'énergie, du climat ou des exigences de transparence politique, de démocratisation de l’espace public. Ces mouvements remettent au cœur du débat public la question centrale du bien commun.

2/ Construire un cadre permanent des forces de progrès en Europe

Le PGE s'est lui-même construit en rassemblant des forces issues de traditions diverses. Il a su avancer grâce au consensus qui a respecté sa diversité. En même temps, il a gagné en cohérence. De nouveaux débats nous traversent liées aux défis de la nouvelle phase en cours. Nous devons mieux travailler en permanence avec des forces nombreuses qui ne rejoindront pas le PGE.

Partant de l'état réel des rapports de forces en Europe, notre parti européen décide de prendre les initiatives nécessaires pour franchir une nouvelle étape dans notre ambition de convergence et de solidarité des forces progressistes. La question centrale est celle de la construction permanente de la coopération avec toutes les forces progressistes d'Europe. Et cela de manière résolument audacieuse. Nous devons travailler avec toutes les forces présentes dans la GUE-NGL. La GUE-NGL joue un rôle majeur dans la défense des principes de solidarité, de justice, des droits humains, des droits des femmes, des services publics et de la paix. Nous devons également travailler avec les nouvelles forces de gauche qui émergent dans différents pays européens, comme en Espagne, en Belgique, en Irlande, en Pologne, dans les pays des Balkans, ainsi qu’avec de nouveaux mouvements ou de nouvelles initiatives citoyennes, sans exclusive sur le rapport critique aux institutions et à la monnaie européennes. .Il existe aussi des forces désormais disponibles au travail commun parmi les écologistes ou certains secteurs de la social-démocratie.

Pour cela, le PGE souhaite renforcer les initiatives d’ores et déjà lancées, telles que le forum du sud à Barcelone, le forum des alternatives à Paris et l’Alliance contre l’austérité à Athènes. Ces cadres permettent la rencontre avec les mouvements sociaux, citoyens et intellectuels. Les Initiatives citoyennes européennes sur l'eau, sur le TTIP et les campagnes sur l’égalité femmes/hommes et les droits des femmes sont encore d’autres lieux d’élaboration et d’actions communes et pluralistes auxquels le PGE participe fortement.

Se pose aujourd'hui la question d'un nouveau saut qualitatif dans cette démarche. Les défis de l’heure illustrent la nécessité de nouvelles alliances élargies. Nous appelons à la création et à la structuration d'un nouvel espace politique de convergence à l'échelle de l'Europe, qui pourrait dans un premier temps être un forum politique européen annuel. Cet espace aura pour vocation de regrouper toutes les forces politiques, sociales, syndicales, intellectuelles, associatives qui aujourd'hui, cherchent des voies de sortie de crise par le progrès. Ces différentes forces peuvent ne pas être entièrement d’accord sur la meilleure manière de mener la bataille. L’essentiel est de partager un objectif commun. Le forum de Sao Paulo montre une voie possible. Le spectre politique couvert est délibérément large, regroupant les forces partageant le même souci de défense des droits humains, des droits sociaux et de la souveraineté populaire. Il s’agirait à la fois d’un lieu d’échanges d’expérience, d’élaboration et d’actions. Cela mettra en valeur les intérêts historiques convergents dans la situation actuelle, en partant des rapports de force réellement existant, en portant notre regard au-delà des divergences sur des questions conjoncturelles.

Pour remplir cet objectif et se mettre au service de cette ambition, le PGE propose donc à toutes les forces disponibles la construction d'un Forum européen annuel ouvert à toutes les forces politiques, démocratiques et progressistes en Europe. Ce Forum permettrait d'établir les batailles communes pour construire de nouveaux rapports de force en Europe. Il devrait être ouvert, pluriel et participatif, avec des mouvements et des intellectuels, pour un travail de convergence.

Le PGE propose la tenue de ce premier Forum à l'automne 2017 à Marseille.

Le PGE qui accueille de nouvelles forces et compte aujourd'hui 38 partis membres, observateurs ou partenaires issus de 25 pays européens, s'engagera dans ce projet dans le respect de tous et sous la responsabilité de ses nouvelles instances de direction et de représentation, la Présidence collégiale, le secrétariat politique et le Bureau exécutif.

Plus globalement, le PGE fera désormais le point de son action, non seulement lors de ses Congrès tous les trois ans, mais tous les ans lors d'une Assemblée générale annuelle telle que définie par ses statuts.

 

L'hôpital au Sénat

le 22 janvier 2017

L'hôpital au Sénat

A l'initiative du groupe communiste, républicain et citoyen, un débat a eu lieu au Sénat le 12 janvier. La richesse des débats mérite d'être connue. Le compte-rendu intégral est annexé à cet article.

PCF Puylaurens. Axe Castres Toulouse

le 19 janvier 2017

PCF Puylaurens. Axe Castres Toulouse

AXE CASTRES TOULOUSE

1. Barrage filtrant : plus de 2000 tracts ont encore été distribué. Une soixantaine de volontaires ont bravé les frimas pour informer encore et encore un public toujours aussi peu renseigné.

  • Pour ceux qui n'étaient pas là, l'ambiance était agréable, la majorité des personnes arrêtées étaient plutôt en faveur de notre position. Notre action d’information s’est passée dans le calme et la bonne humeur.
  • Pour ceux qui étaient présents, encore un grand merci pour avoir affronté le froid. Merci à ceux qui ont distribué et fait passer les messages essentiels. Merci pour leur patience et leur énergie. Merci à ceux qui ont inséré les tracts de dernière minute dans notre 1er tract alors que les mains étaient frigorifiées ! Merci à Philippe pour nous avoir régalé.

> 2. Audition du PACT par les commissaires enquêteurs :

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2h40 d'audition. La commission et en particulier son Président ont toujours faits preuve d’une écoute active. Nous avons pu exposer nos points de vue et les commissaires se sont dits ravis d'avoir un dossier argumenté. Les représentants du PACT (Jacques Carcasses, Bernard Cottaz Cordier et Patricia Leplatois) sont ressortis de cette entrevue avec le sentiment d'avoir été entendus même si, évidemment, les membres de la commission ne sont jamais sortis de leur devoir de réserve. Ils ont à plusieurs reprises souligné les points positifs et ceux qui l'étaient moins, au regard du cadre formel de ce que doit être une enquête publique.

Les conseils de la Commission s’avèrent riches d'enseignements pour les avis que nous pouvons encore déposer les uns et les autres.

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Il nous faut toujours argumenter en ayant en point de mire ce qui est ou n'est pas d'utilité publique dans ce projet c'est à dire ce qui présente un intérêt ou une nuisance pour la collectivité, dans ses effets immédiats comme à plus long terme. L'utilité publique, l'intérêt public ou l'intérêt général, c'est ce qui intéresse l'ensemble de la population, "le bien public". C’est ce qui intéresse aussi la Commission pour rendre son avis ultérieurement. Il  est impératif de faire ressortir ces aspects dans la rédaction de nos avis si on veut qu'ils aient un maximum d'impact sur la Commission. Bien entendu, pour nous, le projet alternatif proposé par la pré-étude est très important, mais aux yeux de la commission ça ne peut être qu’une proposition intervenant après avoir fait la démonstration de l'absence d'utilité publique du projet d'autoroute. Ils nous ont bien rappelé que le rôle de la commission n'était pas de choisir entre deux options mais de juger de l'utilité publique du projet mis en débat.

 

N’hésitez donc pas à rédiger de nouveaux avis en ce sens à déposer sur les registres en mairie (voir PJ) ou sur le registre électronique : http://www.registre-numerique.fr/LACT/deposer-son-observation.

 

Pour information, notre pétition a aussi été déposée et sera enregistrée par la Commission. Vous trouverez ci-joints l’avis du PACT ainsi que sa pétition.

> On ne lâche rien et encore moins pour notre dernier barrage filtrant à Verfeil, samedi prochain entre 10h et 12h au rond point donnant accès à la bretelle de l’A68.

 

POUR VOTRE INFORMATION : Vous trouverez en PJ la réponse de Frédéric Manon, Conseiller municipal de Lacroisille, à M. Folliot, député du Tarn, suite à son courrier sur l'organisation d'une réunion des membres de la commission Cohésion Territoriale du département du Tarn afin que soient présentés aux conseillers départementaux les résultats de la pré-étude de l’aménagement sur place de la RN126.
 

Contraindre Israël à respecter les résolutions de l'ONU

le 15 janvier 2017

 Contraindre Israël à respecter les résolutions de l'ONU

Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et israéliens

Contraindre Israël à respecter les résolutions de l'ONU

 

La résolution 2334 du 23 décembre 2016 adoptée par le Conseil de Sécurité de l'ONU (avec le vote positif de la France) a condamné la colonisation de la Palestine par Israël, les activités de peuplement de Territoires palestiniens y compris à Jérusalem-Est.

 

Le Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et israéliens (CNPJDPI) se félicite de ce vote dont l'importance se mesure à la réaction du gouvernement de Benyamin Netanyahou qui annonce déjà son intention de ne pas appliquer la résolution.

 

C'est dans ce cadre que la campagne menée par le Collectif demandant la suspension de l'accord d'association UE/Israël prend tout sa place.

Cet accord, qui d'après son article 2 « se fonde sur le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques […] qui constitue un élément essentiel du présent accord » doit être suspendu tant qu'Israël ne respecte ni les résolutions de l'ONU ni les droits du peuple palestiniens. En absence de sanctions, Israël n'a aucune raison d'arrêter les annexions de fait de terres palestiniennes.

 

Le Collectif appelle le gouvernement français à intervenir avec la plus grande fermeté pour que cesse cette occupation illégale en œuvrant pour que l'UE suspende cet accord d'association. Le gouvernement français doit arrêter de tergiverser : le temps a été donné, le temps s'est écoulé, il faut maintenant reconnaître l'État de Palestine.

 

le Collectif appelle toutes les organisations attachées aux droits des peuples à soutenir la campagne, à participer aux prochaines initiatives du collectif, à diffuser l'appel.

 

Le Collectif appelle à tous les citoyens à signer et faire signer cet appel, pour défendre le droit des palestiniens vivre en paix dans les frontières définies en 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale.

 

            Mercredi 11 janvier 2017