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36e Congrès - La base commune et les statuts

le 21 December 2012

36e Congrès - La base commune et les statuts

La base commune de discussion adoptée le 15 décembre 2012 par les communistes pour leur 36e congrès ainsi que le projet de statuts.

Avec lignes numérotées.

Cinquième table ronde • Les transformations du PCF en question

Par Sophie Celton, Hervé Poly, Elsa Faucillon, le 19 December 2012

Cinquième table ronde • Les transformations du PCF en question

Construire un PCF toujours plus en phase avec la société comme avec son projet, ça veut dire quoi ? Table ronde avec des dirigeant-e-s communistes, Sophie Celton (Bouches-du-Rhône), Elsa Faucillon (Hauts-de-Seine) et Hervé Poly (Pas-de-Calais) autour des questions figurant dans la « cinquième fenêtre » de la base commune.

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QUELS CHANGEMENTS SONT NÉCESSAIRES DANS NOTRE ORGANISATION ?

SOPHIE CELTON

Ce que je constate, c’est que nous disons beaucoup « proximité, proximité », mais dans la réalité de notre action, on a bien du mal à faire confiance à cette fameuse proximité. Nous avons, par exemple, beaucoup de difficultés à nous occuper des adhérents, à être véritablement en lien avec eux. Si je prends les quartiers populaires : je trouve que nous avons tendance à ne pas faire confiance aux habitants de ces quartiers, ce qui peut se traduire par « pas d’activité du tout » dans ces secteurs. Nous devons écouter ce que nous disent ces gens qui nous rejoignent, nous devons oser leur donner des responsabilités, petites ou grandes, dès l’adhésion. Car je constate que chaque nouvel adhérent décide de s’engager pour faire quelque chose, pour être utile. Cela nous oblige à mieux travailler l’accueil de ces nouveaux adhérents, à mieux les « accompagner » dans une prise de responsabilité. Partout dans nos sections, on doit veiller à ce qu’un camarade, au moins, soit chargé du contact avec tous les adhérents, afin d’élargir notre influence, de gagner en rayonnement.

HERVÉ POLY

D’abord je pense qu’il ne faut surtout pas faire de la question de la transformation du Parti une forme de course vers un pseudo modernisme qui cacherait dans les faits un recul idéologique. Je ne pense pas, par exemple, que la nouvelle carte du Parti où l’on supprime la faucille et le marteau, et ce sans aucun débat, soit une avancée transformatrice. Les symboles sont porteurs de sens et le nôtre traduit notre ancrage dans l’héritage historique du mouvement politique révolutionnaire. Vouloir le faire disparaître apparaît de manière tout à fait légitime comme une volonté, celle de rompre avec un courant d’idées qui est l’essence même de l’existence de notre organisation. Les transformations du Parti doivent pour moi être en prise avec le Parti et avoir pour préalable notre volonté d’un épanouissement démocratique des militants à la base. Or, la réforme des statuts va à l’encontre de cette exigence. On peut faire toutes les déclarations de bonnes intentions, mais dans les faits, ce qui est proposé au travers des nouveaux statuts s’avère être tout le contraire. La modification de la clef de répartition financière des quatre organisations structurantes de notre parti pose un grave problème. Passer de la règle financière des quatre quarts (cellule, section, fédération et direction nationale) à une nouvelle règle de trois (section, fédération et direction nationale) entérine la mort des cellules et assèche de fait de 17 % les finances de nos organisations de base. Il s’agit là d’une faute politique lourde qui s’assimile à la nouvelle bureaucratie du futur fonctionnement de notre parti. Nous ne sommes plus en l’espèce dans une transformation mais dans une liquidation de nos organisations de base. On croit bien faire mais c’est prendre le parfait contre-pied de ce que désire l’immense majorité des communistes. La cellule doit rester l’organisme « vivant » de notre parti.

ELSA FAUCILLON

Si notre objectif est de contribuer à l’intervention massive de femmes et d’hommes dans la bataille politique pour changer de cap, il est à mon sens prioritaire pour notre organisation de concevoir notre propre activité dans ce sens et d’en tirer un certain nombre d’enseignements sur nos pratiques. Du point de vue de notre vie interne, la transversalité doit prendre la place d’une verticalité encore trop prégnante. Cette idée semble faire accord, mais nous buttons sur sa mise en œuvre. Les structures qui régissent notre vie interne sont aujourd’hui, pour beaucoup d’entre elles, des lieux de validation de décisions. Les conseils départementaux ou les AG de section débordent de savoir-faire militant, je pense pourtant que leur forme actuelle ne permet pas d’en valoriser tout le potentiel. Considérer l’élaboration collective comme un gage d’égalité et d’efficacité, libérer l’initiative sans modèle prêt à l’emploi pour les militants communistes me semblent des principes fonda-mentaux pour penser nos structures et plus généralement pour avancer ensemble vers une démocratie réelle. Franchir un cap dans l’implication populaire nécessite également que la démocratie s’incarne mieux dans nos pratiques politiques. Je pense, par exemple, à des initiatives où le slogan « Prenez le pouvoir » se concrétise et fait vivre la politique comme utile, émancipatrice, accessible à toutes et tous. Il s’agit donc pour notre organisation d’inventer un nouveau rapport à la société, plus en dialogue et en coopération avec celles et ceux qui la font vivre.

 

COMMENT RENOUVELER NOTRE ACTIVITÉ AVEC LE MONDE DU TRAVAIL ?

SOPHIE CELTON

La situation des entreprises à changé. Nous avons à développer et à travailler de nouvelles formes d’organisation, des formes qui permettent une activité dans l’entreprise elle-même ou par branche d’entreprises. On peut faire ça en réseau par exemple, comme c’est le cas avec les salariés de la presse dans les Bouches-du-Rhône. Ne nous figeons pas sur la cellule, sur la forme cellule même si nous devons les maintenir quand c’est possible mais regardons comment on met en lien les salariés entre eux, afin de permettre l’échange et la construction d’initiatives qui peuvent être collaboratives.

HERVÉ POLY

Sur la question de l’entreprise, force est de constater que nous avons fortement reculé dans la vie des cellules à l’entreprise. La tâche est immense et reste une priorité difficile à mettre en œuvre. Pour autant, une présence régulière, un contact étroit avec les organisations syndicales peuvent permettre à terme de nous redéployer dans des lieux de travail éclatés où il est plus difficile d’être présents. Par ailleurs, une présence régulière aux portes des boîtes, un contact étroit avec le monde du travail peut nous permettre de rendre visibles et plus pertinentes encore les interventions de nos élus. Avec nos élus en charge des questions économiques, nous nous employons, filière par filière, à prendre des points d’appui pour faire des propositions offensives permettant le développement économique de notre région. C’est le cas sur la filière ferroviaire où d’ailleurs les militants communistes à la SNCF ont décidé de mutualiser leurs actions en créant un réseau militants cheminots dans le Nord-Pas-de-Calais. Être à l’offensive idéologiquement, par exemple sur les questions industrielles, peut nous permettre à terme d’aller mieux dans nos combats sur cette question du travail politique à l’entreprise.

ELSA FAUCILLON

Le capitalisme a produit ces trente dernières années une segmentation inédite entre le travail et la politique. Dans mon département, sur le site de La Défense où travaillent 170 000 salariés, les camarades de cette section d’entreprise parlent d’une zone de non-droits sociaux, syndicaux et bien sûr politiques ! Si la régularité de notre présence aux portes des entreprises est indispensable pour créer et maintenir des liens avec les salariés, je crois pourtant que nous ne pouvons pas simplement tenter de réactiver des modèles anciens d’action et d’intervention face à cet immense chantier. Les expériences menées par les fronts des luttes ont initié des rencontres d’acteurs et d’actrices de luttes, des convergences, un renforcement de rassemblements ou de dynamiques politiques. Cela représente des pistes intéressantes pour de nouveaux rapports, de coopération, de co-élaboration régulière, avec le mouvement social. Je pense également aux ateliers législatifs ou à des ateliers municipaux avec les salariés, notamment sur les questions d’emploi, de démocratie à l’entreprise, d’égalité hommes/femmes, de la place du travail dans notre société ou encore de la culture dans l’entreprise.

 

A Marseille, Pierre Laurent lance un appel à refonder la République

le 16 December 2012

A Marseille, Pierre Laurent lance un appel à refonder la République

« Refonder la République - reconquérir la liberté, reconstruire l'égalité des droits et refonder la fraternité », vous trouverez ci-dessous le discours prononcé par Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, à Marseille le 15 décembre 2012 à l'occasion de l'initiative du PCF sur la République.

 

 

Seul le prononcé fait foi

 

 

Mesdames et messieurs,

Chers amis, chers camarades,

Nous sommes réunis ici, dans cette belle et grande ville populaire de Marseille, pour lancer un appel.

Oui, ici en 2012, 220 ans après la proclamation de la République, nous le clamons haut et fort : la République, notre République, est à refonder.

Oui, la République, celle qui clame sur ses frontons « Liberté, Egalité, Fraternité », celle qui ne reconnaît que la souveraineté populaire, doit reprendre le combat.

Parce qu'elle est abîmée, défigurée, salie. Abîmée par l'indécence des inégalités et la violence des discriminations ; défigurée par l'arrogance des pouvoirs de l'argent, le poison des divisions et des concurrences à outrance ; salie par le racisme banalisé du Front national et d'une partie grandissante de l'UMP.

Les mots ne suffisent plus.

La République n'est pas un drapeau dans lequel il fait bon se blottir si c'est pour, aussitôt après, s'essuyer les pieds sur ses valeurs comme sur un paillasson.

La République a toujours été un combat. La France a progressé et rayonné dans le monde chaque fois qu'elle s'est hissée au devant de ses valeurs fondatrices. Elle s'est déshonorée chaque fois qu'en son nom, ces valeurs ont été trahies.

La République n'est elle-même que quand elle fait vivre au quotidien, concrètement, ses principes de liberté, d'égalité et de fraternité.

Et aujourd'hui, en 2012, nous le disons, le combat doit reprendre, vite et fort, avant que la République ne s'abîme un peu plus encore.

Une nouvelle page doit s'écrire, que nous baptisons VIe République.

 

*

 

C'est aux volontaires marseillais, partis en juillet 1792 de la rue Thubaneau à Marseille pour marcher sur Paris, que fut distribué un tiré-à-part avec les paroles de l'hymne écrit par Rouget de l'Isle.

Cela faisait deux ans déjà que les révolutionnaires diffusaient la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » depuis que Robespierre en avait fait la proposition dans son Discours sur l'organisation des gardes nationales.

« Liberté, égalité, fraternité », la devise nationale mettrait encore du temps à s'imposer officiellement définitivement mais depuis lors, elle n'a jamais plus quitté l'imaginaire républicain de notre nation.

On n'a rien fait de plus révolutionnaire depuis.

Qu'un peuple, qu'une nation décrète l'abolition des privilèges, proclame que « tous les hommes naissent libres et égaux en droits », et en fasse sa loi suprême, on n'a rien fait de plus révolutionnaire depuis.

Ces trois mots, inscrits au fronton de nos mairies, de nos écoles, ces trois mots sont les piliers de la France, du pays qui nous unit, de chaque femme, de chaque homme, né ici, et de chaque femme, de chaque homme qui choisit notre pays pour y vivre, qui le choisit pour nation.

On n'a rien fait de plus révolutionnaire depuis.

Il n'est pas donc étonnant qu'il ait toujours fallu se battre pour que ces mots passent de nos frontons à la réalité. Les privilégiés, hier ceux de l'Ancien régime, aujourd'hui les nouveaux aristocrates de la finance, ne s'y sont jamais résolus. Ils n'ont jamais cessé, pour entraver ces principes, d'en limiter la portée, de diviser, d'opposer, de discriminer, de séparer, de hiérarchiser, de mettre en concurrence les individus entre eux.

Nous voulons une société d'individus librement associés, solidaires et égaux en droits. Eux défendent une société d'exploitation de l'homme par l'homme.

Jean Jaurès ne s'était pas trompé sur la portée historique de l'invention républicaine, lui qui qualifiait la République proclamée en 1792 de « sublime nouveauté du monde ».

« Que ce peuple, écrit le fondateur de l'Humanité, où il n'y avait pas d'esclaves, où il n'y avait pas de serfs et où, depuis le 10 août, tous les citoyens étaient égaux, s'élevât à la République, et qu'il devînt, vraiment, tout entier, dans tous ses éléments, un peuple de rois, voilà [...] la grande nouveauté et la grande audace ».

Aujourd'hui à nouveau, mes amis, mes camarades, il faut pousser les privilégiés vers la porte. Notre République souffre trop. L'heure de l'audace, celle de l'égalité, a de nouveau sonné.

Car à toutes celles et à tous ceux qui s'interrogent, et qui devant ce spectacle d'injustices qui n'en finit pas, se demandent : « Sommes nous impuissants ?

Je réponds avec conviction : « Non, nous ne sommes pas impuissants mais divisés ». Ce n'est pas du tout la même chose.

Et tant que nous sommes divisés, les privilégiés règnent. Ils nous isolent, ils nous opposent. Et la division des exploités, des dominés c'est leur force.

*

Comment s'y prennent-ils pour entretenir et développer ce climat de division ? Tout est fait pour que chaque être humain se sente plongé dans un climat permanent d'insécurité sociale, culturelle, existentielle.

Chacun de nous se sent menacé.

Désormais, un Français sur deux se déclare pauvre ou pense qu'il peut le devenir.

Il y a des milliards qui vont et viennent d'un bout de la planète à l'autre par de simples clics informatiques comme si le monde se réduisait à une gigantesque caisse enregistreuse. C'est nous, par notre travail, qui mettons cet argent en caisse, mais nous n'en tirons aucun bénéfice.

Des millions d'entre nous, de plus en plus nombreux, ont le sentiment de vivre en sursis.

Qui n'a ressenti au moins une fois qu'à tout moment, qu'au moindre coup dur, tout est compromis, qu'on peut tout perdre, que l'avenir est bouché, que la situation nous échappe. Certains en viennent à se dire qu'ils s'en tireraient bien mieux tout seuls en la « jouant perso » puisque, maintenant, dans la vie comme dans le commerce, on dirait qu'il faut éliminer les concurrents pour s'en tirer, car il n'y a pas de place pour tous.

Le matraquage sur l'austérité, sur la compétitivité, qui ignorent toutes ces fortunes capitalistes qui se gavent sur notre travail, est leur arme de division massive. Chacun est renvoyé à lui-même.

Eduquer ses enfants, se soigner, se loger, si vous n'en avez pas les moyens, c'est tant pis pour vous, c'est chacun pour soi. Chaque jour, chacun pense devoir, pour s'en sortir, affronter l'humanité entière et croit que personne ne sait qu'il existe, que personne ne se soucie de lui.

Divisés, nous sommes dominés. Dominés parce qu'empêchés de décider par nous-mêmes, dominés parce que soumis au chantage, réduits au silence le jour un plan « social » s'abat. Dominés parce qu'entravés en permanence de choisir sa vie, ses études, son lieu d'habitation, le sens de son travail. Dominés parce que sous-payés parce qu'on est une femme, un jeune, un immigré, et qu'en 2012, cela suffit encore pour nous traiter en salarié ou en citoyen de seconde zone.

Oui, tant que nous sommes divisés, ils règnent.

La violence de cette société est partout. Celles et ceux eux qui souffrent le plus, ont honte, se taisent, rasent les murs.

Quand on n'est pas encore tombé, on préfère prendre ses distances pour se protéger, dès que possible aller vivre ailleurs, un peu plus loin, pour échapper au malheur, quitter la grande ville et ses solitudes, quitter la banlieue et la stigmatisation. On en vient à avoir peur de ses semblables en croyant se protéger des difficultés qui nous frappent tous.

En vérité, la République est malade de la violence du fric, malade de la loi du plus fort, malade de la précarité généralisée et du chacun pour soi.

Tous les jours, on assigne les gens à leurs difficultés quotidiennes comme si la violence du monde leur tombait dessus sans que personne ne puisse lui faire face.

Mais c'est le système du fric, et ses valeurs de compétition et de concurrence qui opposent et tuent nos solidarités.

Au royaume du capitalisme, l'égoïsme des intérêts est roi.

Quand Mittal, le financier de l'acier, dispose à lui seul du pouvoir de vie ou de mort sur la sidérurgie nationale, à Fos, à Florange ou ailleurs, et qu'il continue sans vergogne d'empocher crédits d'impôts et aides publiques, qu'il impose sa loi au nouveau gouvernement, c'est que quelque chose ne tourne plus rond dans la République.

Quand les actionnaires et les marchés financiers nous font la leçon tous les jours sur les dépenses publiques, et qu'en réalité le taux de perception réel de l'impôt sur les sociétés est constaté à 28 % pour la moyenne des entreprises, mais à seulement à 13 % pour les grandes entreprises et à 8 % pour celles du CAC 40, la République n'est plus tout à fait la République.

Car en République, ce n'est pas à celui qui a le moins de contribuer le plus au pot commun, ce n'est pas au travail de payer pour le capital, c'est à l'économie et aux finances d'être au service de l'intérêt général.

Quand les dividendes s'envolent, et que les files des Resto du cœur s'allongent, quand la Commission européenne veut mettre fin à l'aide européenne versée aux associations de lutte contre la pauvreté et la précarité qui aident au quotidien des millions de Français et d'Européens et que notre gouvernement ne résiste pas, la République n'est plus tout à fait la République.

Car en République, ce n'est pas au précaire de se débrouiller tout seul, c'est à la société d'éradiquer la pauvreté en développant la solidarité et en garantissant le droit à l'emploi pour tous..

Quand les meurtres se multiplient en Corse et à Marseille, que les causes (le fric, la spéculation immobilière, les trafics mafieux) sont parfaitement identifiées, et que l'Etat ne trouve jamais aucun coupable, oui la République est malade et n'est plus tout à fait la République.

Car en République, ce n'est pas en privatisant les services publics, ce n'est pas en abdiquant devant la violence qu'on s'en débarrasse, mais c'est en faisant jouer son vrai rôle à l'État, garant des lois, garant des droits, qu'on fait reculer l'impunité.

Quand à la tête de l'UMP, on se déchire sur fond de fraudes électorales, que seules comptent les ambitions personnelles des belligérants alors qu'on prétend vouloir gouverner la France, la République n'est plus tout à fait la République.

Car en République, ce ne sont pas les calculs égoïstes et égocentriques qui font l'homme d'État, c'est le sens de l'intérêt de la France, c'est l'attention constante portée au débat et à la décision démocratique, c'est le respect des engagements pris qui font la femme ou l'homme de gouvernement.

Quand des millions de Français sont montrés du doigt en raison de leur religion, qu'un président pour rester au pouvoir se lance dans une compétition raciste et xénophobe, ou qu'un député pour prendre la tête de son parti attise la haine dans les cours d'école avec des provocations imbéciles et humiliantes, la République n'est plus tout à fait la République.

Quand on multiplie les contrôles de police « à la gueule du client », et que des centaines de jeunes Français sont harcelés, non pas parce que leurs comportements sont suspects ou leurs agissements criminels mais parce qu'ils sont considérés a priori, à cause de leur apparence, comme suspects, la République n'est plus tout à fait la République.

Voilà la société dont nous ne voulons plus. Les puissants attisent la méfiance et les peurs. Nous y perdons tous et eux seuls y gagnent.

Nous, notre force, c'est notre unité. Unité dans l'égalité des droits. Unité dans le refus de toutes les discriminations sociales, ethniques, religieuses, sexuelles ou territoriales. Nous concevons toutes nos diversités comme le patrimoine commun de toute l'humanité, de chacune et chacun d'entre nous. Nous combattons toutes les aliénations. Nous ne voulons pas nous enfermer dans des identités étriquées et figées. Nous sommes des humains uniques et complexes, d'influences et d'appartenances multiples. Nous voulons construire ensemble un nouveau monde de partage et d'humanité.

Face à toutes les divisions, nous avons donc la solution. Rien n'est plus urgent pour sortir ensemble de la crise que de reconquérir notre liberté, de reconstruire l'égalité des droits pour tous, de refonder la fraternité.

 

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Oui, la République que nous voulons vivre pleinement aujourd'hui, c'est la République de l'égalité sociale.

« La liberté n'est qu'un vain fantôme quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément », déclamait Jacques l'Enragé à la tribune de la Convention en juin 1793. Face aux féodalités financières, cela demeure d'actualité.

On nous dit : « l'égalité sociale, ce n'est pas possible ». Je réponds que ce n'est pas l'égalité sociale qui est impossible, c'est de laisser les inégalités et les injustices se creuser qui rend la vie en société impossible.

La République de l'égalité sociale dans notre France du XXIe siècle n'adviendra pas sans une nouvelle abolition des privilèges de l'argent.

Si nous voulons l'abolition des privilèges, si nous voulons l'interdiction des licenciements boursiers, la fin des mises en concurrence systématiques, l'éradication des emplois précaires, des temps partiels imposés, c'est pour construire un nouvel âge du partage, un nouvel âge social, celui de la sécurisation sociale et professionnelle de tous, celui de la sécurisation du droit à la santé, au logement, à l'éducation.

Voilà ce qui à nos yeux devrait être le coeur des priorités gouvernementales, et non la course à la compétitivité.

*

La République que nous voulons vivre, c'est celle de la reconquête d'une véritable souveraineté populaire. À l'heure de la mondialisation, de l'Europe austéritaire, des actionnaires financiers, de la présidentialisation qui concentre et confisque les pouvoirs, tout doit être reconstruit.

Nous voulons le pouvoir partagé des citoyens, et non le présidentialisme qui concentre tous les pouvoirs ; nous voulons la démocratie sociale, les droits des travailleurs et l'appropriation sociale de nos métiers, de notre travail, des richesses créées ; nous voulons la mondialisation de la coopération, l'Europe de la solidarité et de la mise en commun, et non plus de la concurrence.

Le respect de la parole donnée devient une grande question politique – qu'il s'agisse de la renégociation du traité européen promise par le candidat du Parti socialiste, et abandonnée par le président élu ; qu'il s'agisse de l'annonce à l'Assemblée nationale d'un repreneur pour Florange et de sa nationalisation, abandonnée en moins de deux jours sans qu'aucune explication ne soit donnée aux salariés, ni au pays, ni à la représentation nationale.

La République que nous voulons vivre, c'est celle d'une citoyenneté pleine et entière.

C'est celle qui accorde le droit de vote des étrangers. On nous dit : « Les Français n'en veulent pas. » Je récuse cette affirmation.

De quoi parle-t-on ? Les étrangers votent aux élections locales en France quand ils sont issus de pays de l'Union européenne et cela ne choque aucun Français. Dans de très nombreux pays européens, étrangers communautaires et non-communautaires votent sans problème. Alors, quel est donc le problème ? Notre système institue une discrimination entre étrangers. Et ceux qui sont discriminés sont « les plus Français » de tous, si l'on peut dire, car ils sont issus de pays colonisés par la France, travaillant depuis des années pour notre pays, des parents d'enfants et de petits-enfants français.

Autrement dit, l'absence de droit de vote des étrangers non-communautaires organise une insupportable discrimination à l'égard de citoyens actifs et résidents de notre pays. Et cela n'est plus supportable. De quelle égalité parle-t-on quand des étrangers contribuant à produire les richesses de notre pays se voient refuser ce droit mais qu'un citoyen français comme Gérard Depardieu garde la jouissance de ses droits civiques alors qu'il déménage pour ne pas avoir à payer d'impôts en France ? La République, ce n'est pas cela. Alors oui, il faut adopter cette loi, maintenant.

La République que nous voulons vivre, c'est celle qui bannit le contrôle au faciès. Ces contrôles sont injustes et discriminatoires, et ne sont d'aucune efficacité dans la lutte contre l'insécurité ou la criminalité qui sont présentés comme leur raison d'être.

Rien ne rend acceptable de telles pratiques en République.

Voilà pourquoi le PCF mettra toutes ses forces dans la campagne pour le droit de vote des étrangers que viennent de lancer plus de 50 associations et organisations avant les élections municipales de 2014, et dans la campagne pour la mise en place de récépissés lors des contrôles d'identité.

La République que nous voulons vivre, c'est celle qui refuse le discours : « La France ne peut plus être unie, parce qu'elle est devenue trop multiculturelle ».

L'identité de chacun est une alchimie toujours en mouvement. L'autre est toujours en nous. Le métissage est en chacun de nous. Nous refusons l'assignation des identités figées. La culture est une construction partagée que nous voulons en toutes circonstances mettre au coeur de notre combat émancipateur. Montaigne le disait déjà dans cette France du XVIe siècle où l'Église catholique cherchait à exclure les protestants : « Un honnête homme est un homme mêlé. »

Quand on nous dit aujourd'hui : « L'islam en France, ce n'est pas notre histoire », nous récusons cette réécriture de notre histoire nationale, européenne, méditerranéenne qui est l'histoire d'un brassage ininterrompu.

Nous combattons l'islamophobie du FN et de l'UMP qui cache mal les mentalités coloniales et néo-coloniales revendiquées par ces droites revanchardes et nostalgiques.

Et c'est parce que la République dans laquelle nous voulons vivre, c'est plus que jamais la République laïque.

La laïcité, redisons-le, haut et fort, ce n'est pas l'uniforme d'une pensée quelle qu'elle soit. C'est au contraire la liberté de conscience pour tous, et donc la liberté de culte et de le pratiquer, c'est en même temps et indissociablement, le refus de la domination sur l'État et ses lois d'une religion quelle qu'elle soit.

Finissons-en avec l'instrumentalisation de la laïcité pour mieux en trahir l'esprit. Sachons au contraire faire vivre la laïcité dans la France telle qu'elle est réellement aujourd'hui.

La République dans laquelle nous voulons vivre, c'est au fond celle qui place par-dessus tout le respect de la dignité, de la dignité de chaque femme, de chaque homme, de chaque membre de notre société.

Aucun argument, aucune situation, aucune contrainte, aucune crise ne justifiera jamais à mes yeux l'acceptation que certains doivent se voir déclassés, niés dans leur dignité d'homme, comme les familles roms rencontrées ce matin dans le quartier de la Belle de Mai et les habitants de Maison-Blanche qui sont en butte aux marchands de sommeil depuis tant d'années.

La République s'élèvera et nous nous élèverons tous en cherchant à répondre toujours par le haut à cette ambition d'égalité et de dignité.

Alors, sommes nous impuissants ? Je le répète, nous sommes en réalité divisés.

En reconstruisant une société solidaire, nous serons plus forts tous ensemble.

Nous pouvons mettre fin aux divisions et, si nous y arrivons, il n'y aura ni maîtres, ni esclaves mais une société d'hommes et de femmes libres et égaux.

La République est notre bien commun, c'est pour la refonder que nous voulons refonder l'égalité, sans laquelle il ne peut y avoir ni liberté, ni fraternité.

Ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous différencie.

Il est temps de décréter à nouveau le salut commun.

Oui, le temps est venu de mettre l'égalité au pouvoir, le temps est venu de proclamer à nouveau la Conjuration des Égaux en marche.

 

Vive la Liberté, vive l'Égalité, vive la Fraternité ! Vive la République, vive la France !

Et vive le Parti communiste français !

Pourquoi nous refusons l'austérité ! Lettre ouverte des sénateurs CRC

le 29 November 2012

Pourquoi nous refusons l'austérité ! Lettre ouverte des sénateurs CRC

Lettre ouverte des sénatrices et sénateurs du groupe communiste républicain et citoyen (CRC) - Débat au Sénat : pourquoi nous refusons l'austérité !

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Depuis plusieurs semaines, les sénatrices et sénateurs du groupe communiste républicain et citoyen ont travaillé sur des textes fondamentaux et structurants pour l’avenir de notre pays.

Parmi ces textes, le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), la règle d’or, le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) et le projet loi de Finances (PLF) pour 2013, sont sans doute les plus emblématiques.

Nos votes sur ces textes ne relèvent pas d’une posture circonstancielle. Ce sont des votes responsables qui prennent appui sur la volonté de changement qui s’est majoritairement exprimée dans notre pays en mai et juin derniers.

Ils portent les combats du Front de gauche contre la droite et l’extrême droite, mais sont aussi exigeants pour que cette volonté de changement se concrétise par des décisions et des actes forts du gouvernement, attendus par nos concitoyens pour répondre à leurs besoins.

En n’approuvant pas ces textes, notre groupe a provoqué leur rejet par le Sénat.

Faut-il le rappeler ? Il n’y a pas de majorité de gauche au Sénat sans les 20 membres du groupe CRC.

Dès les premiers jours de la session extraordinaire de juillet, notre groupe qui souhaite la réussite de la gauche, c’est-à-dire du changement, a manifesté sa disponibilité pour travailler à la préparation de textes législatifs.

Le gouvernement n’a pas vu ou plutôt, n’a pas voulu voir le rôle charnière de notre groupe.

 

Nos propositions n’ont été examinées, et encore moins prises en compte, ni en amont de la présentation des projets de loi, ni durant leur examen en commission, comme en séance publique.

Les textes étaient à prendre ou à laisser. Nous n’avons pu à aucun moment, véritablement discuter, ni de l’orientation ni de leur contenu.

Nous l’affirmons avec force: nous sommes acteurs du changement. Notre seule ambition est de répondre aux attentes et exigences de notre peuple.

Avec le Front de gauche, nous avons soutenu au second tour de l’élection présidentielle le candidat François Hollande. Nous avons ainsi permis la défaite de la droite à laquelle nous nous sommes opposés hier comme aujourd’hui, et comme nous le ferons demain.

Fort de ses 4 millions de voix, soit 11% des votes, le Front de gauche est une composante essentielle de la majorité politique actuelle.

Le Front de gauche, comme le Parti communiste en son sein, a fait le choix de ne pas participer au gouvernement qui a, d’entrée, annoncé des orientations trop éloignées d’une politique de progrès et de justice sociale.

L’absence de rupture avec les politiques libérales qui ont prévalu depuis tant d’années, a justifié l’abstention de nos camarades du groupe GDR à l’Assemblée nationale lors de la déclaration de politique générale du Premier Ministre le 3 juillet dernier, position que nous avons soutenue et fait nôtre au Sénat où ce débat se déroulait sans vote.

Notre désaccord avec un certain nombre d’orientations de la majorité gouvernementale, celle qui a voté la confiance au Premier Ministre, est connu et nos votes d’aujourd’hui ne peuvent constituer une surprise.

Avec le Front de gauche, nous avons rejeté le traité Sarkozy- Merkel qui devait être réorienté, comme le nouveau Président de la République s’y était engagé quand il était candidat, et qui fut finalement soumis à la ratification des parlementaires tel quel, sans qu’aucune virgule ne soit modifiée.

Ce recul face aux libéraux européens et les marchés est malheureusement un acte fondateur du quinquennat.

De cet acte découlent les insuffisances, les contre-sens, la fausse route actuelle.

Alors que le peuple a voté pour « un changement maintenant », ce sont les dogmes libéraux qui, au-delà de quelques mesures positives, perdurent. Ils ont pour nom : compétitivité, réduction des dépenses publiques et coût du travail.

L’annonce du pacte de compétitivité, avec la hausse d’une TVA, pourtant dénoncée hier, a confirmé et renforcé nos craintes d’un refus d’affronter le monde de la finance, qualifié d’ennemi sans visage par le candidat François Hollande.

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2013 n’a pas rompu avec la terrible logique de la maîtrise des dépenses de santé qui signifie toujours moins de soins pour une part croissante de la population et toujours plus d’inégalités face à la vieillesse.

Nous avons décidé, comme les député(e)s du groupe GDR à l’Assemblée nationale, de voter contre un texte sans ambition, ne se donnant pas les moyens de revenir sur les mesures les plus régressives des « années » Sarkozy. Nous avons maintenu ce vote quitte à provoquer le rejet par le Sénat. C’est une question de cohérence, c’est une question de respect.

Nous ne pouvons accepter - car c’est une mesure importante et symbolique - le renforcement de la taxation des retraites pour le financement de la protection sociale.

Le gouvernement connaissait notre hostilité de principe à cette mesure comme à l’absence de remise en cause des exonérations de cotisations sociales patronales.

Il n’a pas bougé d’un iota sur ces points. Plus généralement, un seul de nos 50 amendements a été accepté par la majorité gouvernementale et un autre a été repris par le Rapporteur général. Nous avons donc maintenu le vote contre.

Concernant le projet de loi de Finances dont le débat a commencé le 23 novembre, nous préconisons pour l’instant, tant sur les recettes que sur les dépenses, une abstention, car même si sur le plan des recettes un effort de rééquilibrage a été effectué, l’amendement « pigeons » a réduit la portée de cette avancée en retirant 750 millions de recettes sur la taxation des plus-values en

matière de cession d’entreprise. Par ailleurs, nous constatons que les dépenses sont toujours marquées par le dogme libéral de réduction coûte que coûte des dépenses publiques.

Pierre Laurent, Secrétaire national du Parti communiste français, André Chassaigne, président du groupe GDR à l’Assemblée nationale et Eliane Assassi, présidente de notre groupe au Sénat, ont été reçus par le Premier Ministre.

Une liste d’amendements adoptés l’an dernier par la majorité de gauche du Sénat lui a été remise. Ces amendements ne relèvent pas de la surenchère.

Ils marquent une inflexion significative vers plus de justice sociale et fiscale.

Jusqu’à ce jour, le gouvernement maintient l’affirmation du Premier Ministre sur l’absence de marge de manœuvre et le refus de nos propositions.

De toute évidence, le carcan européen, les premières conséquences du pacte budgétaire et de sa règle d’or se font sentir.

Le changement est-il encore à l’ordre du jour ? La question mérite d’être posée.

Notre abstention sur le budget entraînera sans doute le rejet du projet de budget par le Sénat.

Nous avons toujours dit que nous voterions les mesures qui vont dans le bon sens : ainsi, nous avons voté et voteront le projet de loi relatif au logement.

Nous avons voté en juillet le collectif budgétaire qui, alors, marquait un infléchissement net par rapport à la politique de Nicolas Sarkozy.

Nous avons pleinement participé à l’élaboration de la loi contre le harcèlement sexuel et l’avons bien entendu votée.

Nous nous engageons pleinement pour le vote dans les meilleurs délais du projet de loi instaurant le mariage pour tous.

Nous ne votons pas pour ce qui nous paraît contraire à nos engagements et aux chances de réussite de la gauche.

Outre les projets clefs de ratification du traité budgétaire européen, de l’instauration de la règle d’or, ou de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale, nous n’avons pas voté le texte

relatif au statut des étrangers qui prolonge la stigmatisation d’hier.

Nous avons vivement rejeté un texte relatif à l’énergie qui engageait le démantèlement du service public, mettait en danger le principe d’égalité et aurait abouti à faire payer, à terme, plus cher l’énergie aux plus démunis.

Nous exigeons par contre dans l’urgence, l’adoption de mesures sociales dans ce domaine. Nous avons déposé une proposition de loi en ce sens qui peut être adoptée par toute la gauche dès demain.

En décembre, si rien ne bouge, nous nous opposerons au projet de loi de finances rectificative. En effet, il doit, pour l’essentiel, intégrer les dispositions du pacte de compétitivité, qui prennent à contre-pied la gauche, en allant à l’encontre des intérêts populaires.

On nous dit : « attention ! Vous vous alliez avec la droite. C’est une alliance contre nature, vous trahissez la gauche ».

C’est oublier bien vite que tant sur la ratification du traité, la loi organique portant règle d’or, le texte relatif aux étrangers (instaurant une garde à vue spécifique) que sur la reconduction des mesures sarkozistes relatives au terrorisme, seuls les renforts des voix de l’UMP et de l’UDI, ont permis au gouvernement de faire adopter ces textes par le Sénat.

Les sénatrices et sénateurs du groupe communiste républicain et citoyen ne sont pas figés dans une attitude de refus systématique et stérile. Nous avons des propositions, en particulier pour la justice sociale, pour une lutte déterminée contre le chômage avec la mesure emblématique d’interdiction des licenciements boursiers pour une nouvelle répartition des richesses dans notre pays. Nous agissons avec détermination pour que ces propositions soient entendues et prises en compte.

Nous ne sommes pas dans l’opposition, fût-elle de gauche, car nous revendiquons haut et fort notre appartenance à cette majorité politique qui le 6 mai a permis de chasser la droite du pouvoir.

Mais ne pas nous entendre est sans nul doute prendre le risque de renoncer à cette majorité du changement, et de décevoir cruellement les aspirations populaires.

Paris, le 28 novembre 2012

 

Membres du groupe CRC du Sénat :

Mme ASSASSI Eliane
Mme BEAUFILS Marie-France
M. BILLOUT Michel
M. BOCQUET Eric
Mme COHEN Laurence
Mme CUKIERMAN Cécile
Mme DAVID Annie
Mme DEMESSINE Michelle
Mme DIDIER Evelyne
M. FAVIER Christian
M. FISCHER Guy
M. FOUCAUD Thierry
Mme GONTHIER-MAURIN Brigitte M. LAURENT Pierre
M. LE CAM Gérard
M. LE SCOUARNEC Michel
Mme PASQUET Isabelle
Mme SCHURCH Mireille
M. VERGES Paul
M. WATRIN Dominique

 

Journal CommunisteS n°498 - 28 novembre 2012 - Conseil national du 21 nov. 2012

Par CommunisteS, le 28 November 2012

Journal CommunisteS n°498 - 28 novembre 2012 - Conseil national du 21 nov. 2012

Spécial Conseil National du 21 novembre 2012.

Rapport d'Olivier Dartigolles : Engager la contre-offensive face aux forces de l'argent et mettre le cap à gauche

La Discussion

Intervention de Fabienne Haloui sur la validation des textes alternatifs

Et enfin Statuts, un texte plus clair, des débats vifs.

 

 

Partages - Les textes et l'information aux adhérents en vue du 36e congrès

le 26 November 2012

Partages - Les textes et l'information aux adhérents en vue du 36e congrès

Partages - Comment être utile à la France, à l'Europe et au monde ? Document préparatoire envoyé à tous les adhérents en vue du 36e congrès du PCF.

Au sommaire :

  • L'appel de Pierre Laurent aux militants
  • Le mode d'emploi du congrès
  • Les textes soumis au vote des communistes pour le choix de la base commune
  • Le projet de statut

 

 

Engager la contre-offensive face aux forces de l'argent et mettre le cap à gauche - Rapport d'Olivier Dartigolles au CN du 21 nov. 2012

Par Olivier Dartigolles, le 22 November 2012

Engager la contre-offensive face aux forces de l'argent et mettre le cap à gauche - Rapport d'Olivier Dartigolles au CN du 21 nov. 2012

Conseil national du 21 novembre 2012 - Rapport présenté par Olivier Dartigolles.

Engager la contre-offensive face aux forces de l'argent et mettre le cap à gauche

Avant de vous présenter ce rapport, je salue en votre nom le nouveau secrétaire général du mouvement jeunes communistes, Nordine Idir, qui vient d'être élu en lui souhaitant bonne route dans sa nouvelle responsabilité et la mise en œuvre des initiatives décidées par le MJCF.

***

L'agression israélienne contre le peuple palestinien à Gaza suscite une profonde colère et beaucoup d'indignation. Les dirigeants israéliens mobilisent leur armée et bombardent de façon intensive une ville et des quartiers populaires, des civils, des enfants qui payent un si lourd tribut. Ce matin, un immeuble abritant des journalistes a été la cible de tirs. L'offensive semblable menée en 2009 par les forces israéliennes, avec les crimes de guerre qui l'ont accompagnée, montre aux dirigeants

israéliens que leurs guerres ne sont que des impasses meurtrières.
La crise d'aujourd'hui ne peut se résumer à la question : qui a tiré le premier. On échappe pas à la réalité politique : en Palestine, il y a un Etat qui bafoue le droit – Israël -et un droit à l'Etat -le droit des Palestiniens- qui, depuis des dizaines d'années, reste bafoué.
Cette humiliation permanente, cette injustice fondamentale créent les crises récurrentes et les violences.

Le doublement du budget national pour la colonisation et l'annonce de 1200 logements nouveaux dans les colonies de Jérusalem-Est sont des actes inacceptables. Ils résonnent comme des provocations pour les Palestiniens qui ne supportent plus l'occupation militaire, la destruction des maisons, la répression, le blocus inhumain de Gaza. C'est d'abord à cette politique qu'il faut mettre un terme. C'est une responsabilité politique majeure pour la France, qui doit prendre l'initiative, pour les pays de l'Union européenne et ceux du Conseil de Sécurité de l'ONU.

Il y a aussi l'urgence de la solidarité pour le peuple palestinien

Nous avons décidé d'organiser un meeting le 28 novembre prochain à la Bourse du Travail de Saint- Denis. Ce doit être un grand moment de mobilisation, d'expression de la solidarité. Un moment où l'on dira tous ensemble : la France doit reconnaître l'Etat de Palestine et soutenir les démarches palestiniennes à l'ONU.

Il nous faut décliner cette initiative dans toute la France, les villes, les quartiers, avec le Mouvement des Jeunes Communistes, avec toutes les forces politique et sociales qui le souhaitent, et sous toutes les formes possibles : rassemblements, meetings, débats, intervention auprès des préfectures... Il faut se faire entendre pour qu'à l'occasion du vote de l'Assemblée générale de l'ONU le 29 novembre, la France montre enfin l'exemple et appuie fermement la demande palestinienne d'un statut observateur pour la Palestine aux Nations Unies. Ce sera un premier pas positif vers l'Etat palestinien et vers une paix juste et durable.

***

Ce conseil national propose de faire un point d'étape sur la situation politique, six mois après l'élection de F. Hollande, et de décider des actions à engager. Le fil conducteur de ce rapport sera de savoir si, par rapport à la situation politique présente, il est possible de redresser la barre et de mettre le cap résolument à gauche.

Sans passer par le Parlement et sans consultation des syndicats, le pacte de compétitivité a été présenté dès le lendemain de la remise du rapport Gallois. Après des semaines marquées par une intense préparation des esprits « aux efforts » que ne manquerait pas de proposer le commissaire à l'investissement, saupoudrée dans la dernière ligne droite par un vrai faux suspens pour savoir si l'exécutif allait suivre le rapporteur dans ses préconisations, les principaux commentaires se sont concentrés sur une question : six mois après son investiture, François Hollande a-t-il opéré un virage, un tournant, dans son quinquennat à l'image du choix de la rigueur en 1983 ?

Patronat : 1 / Le changement : 0

Le président de la République a contesté cette analyse préférant parler « d'inflexion ». Ne nous laissons pas détourner par cette querelle sémantique qui, au final, masque une seule et unique idée : consolider et enraciner dans la têtes des gens que décidément, on ne peut plus rien faire pour changer de trajectoire, qu'il n'existe pas d'autre politique possible.

Que propose ce « pacte » à la France ? Très clairement un nouveau plan d'austérité qui vient s'ajouter à un budget 2013, toujours en cours de discussion, déjà présenté par le premier ministre comme un effort sans précédent pour réduire les déficits publics et atteindre, à marche forcée, les 3% du PIB dès 2013. Ce budget 2013, avec une prévision de croissance très optimiste, sera très certainement complété par de nouvelles mesures de rigueur. Sous la pression des forces de l'argent, hostiles au changement voulu par une majorité d'électrices et d'électeurs au printemps dernier, ce pacte avec les diables de la finance est à la fois une accélération et une aggravation de l'orientation prise par la politique gouvernementale au cours des six premiers mois.

Et pour des millions de personnes, qui ont cru au changement, il est apparu comme l'annonce d'un basculement, assumé par le président de la République dans un exercice pédagogique de plus de deux heures lors la première grande conférence de presse du quinquennat.

Dès la campagne des primaires au PS, le candidat Hollande avait fait du désendettement public un marqueur prioritaire de son programme. Sa victoire le 6 mai dernier, plus annoncée que célébrée, a mis fin à 10 ans de droite. C'était indispensable pour se débarrasser du sarkozysme et ouvrir une nouvelle période. Avec le Front de gauche, les communistes sont pleinement de cette majorité populaire qui a permis un rapport de force politique majoritaire pour battre une droite dont le projet était la destruction totale et définitive de notre modèle social. Mais si le peuple de gauche, de toutes les sensibilités de la gauche, a pu ressentir un soulagement bien légitime le soir du 6 mai, il n'y avait pas pour autant de folles espérances et des rêves plein les têtes. Nous savions bien qu'il n'y avait pas devant nous des « soleils d'or » et que « lundi ne serait pas dimanche ».

On connait la suite : un traité budgétaire européen non renégocié, la loi organique, le budget 2013, la loi de programmation budgétaire 2012/2017. Dans son allocution en ouverture de la grande conférence sociale, le 9 juillet dernier, le président de la République avait proposé 3 grands défis : le « redressement des comptes publics », « faire face à la détérioration de notre compétitivité », combattre le « chômage et la précarité ». Les deux premiers se sont imposés dans l'agenda gouvernemental alors que le chômage enregistre des niveaux records et que 3 français sur 4 disent aujourd'hui leur crainte de ne plus y arriver.

Depuis le printemps dernier, l' offensive patronale, d'un très haut niveau, tant sur le terrain politique qu'idéologique, orchestrée, médiatisée et menée d'une manière totalement inédite tout juste après le retour d'une majorité de gauche, a plus que marqué des points. Elle a emporté une victoire qui trouve sa traduction dans ce choc de compétitivité. En décidant un cadeau de 20 milliards d'euros supplémentaires aux entreprises, sans aucune garantie réelle en terme d'emploi, d'investissements utiles, de recherche et d'innovation, financé par une nouvelle saignée de 10 milliards d'euros dans la dépense publique, qui s'ajoute aux 50 milliards déjà inscrits dans la loi de finances, soit une moyenne annuelle de 12 milliards en moins pour les missions de l'Etat, ses agences et les collectivités locales, et une hausse de la TVA, le gouvernement refuse de mettre le cap à gauche et s'aligne sur les exigences du patronat.

Le pouvoir d'achat et la question centrale du financement de la protection sociale sont attaqués. Les 7 milliards d'euros prélevés dans la poche des ménages avec l'augmentation de la TVA, qui seront complétés par un prélèvement de 3 millions dans le cadre d'une fiscalité écologique qui, là encore, risque d'être profondément injuste, sont une faute politique.

D'abord sur le terrain des engagements pris, des promesses, celles du candidat Hollande puis du Président et de son Premier ministre de ne pas toucher à la TVA sur la durée du quinquennat. Puis, politiquement, Sarkozy chassé par la grande porte du suffrage universel, revient par la fenêtre avec le traité budgétaire européen et une TVA sociale, certes maquillée, mais tout aussi injuste et inefficace alors que notre pays aurait tant besoin d'une relance sociale.

Pression, chantage et provocation

Arrêtons-nous un instant sur les conditions du renoncement élyséen et gouvernemental face à l'offensive patronale. Faire le récit de cette énorme pression exercée par les forces de l'argent n'est en rien une explication pour dédouaner le gouvernement PS/EELV de ses responsabilités, le faire passer pour une pauvre victime. Bien au contraire, le nouveau pouvoir a fait ses choix et rendu ses arbitrages sans s'appuyer sur la volonté de changement exprimée dans les urnes, sans faire appel à cette mobilisation pour s'opposer aux exigences de la droite.

Depuis le premier jour de sa présidence, François Hollande s’est trouvé sous la pression du Medef, de la droite, des porte-parole des marchés financiers. Toutes les décisions quelque peu marquées du sceau de la justice sociale ont été dénoncées par la droite et les milieux d’affaires comme des coups dévastateurs contre la « compétitivité des entreprises ». Toute dépense publique annoncée a été vilipendée au nom de « l’exigence de la réduction des déficits ». Toutes les mesures de restriction de dépenses publiques, de baisse du coût du travail, ont été saluées par Laurence Parisot comme positives mais insuffisantes à ses yeux. Fin octobre, après l'épisode des pigeons, l’AFEP, représentant les dirigeants des 98 plus grandes entreprises privées françaises, publiait un appel demandant à l’Etat «60 milliards d’euros d’économie au cours des prochaines années». Remarquons combien ces exigences patronales trouvent leur écho dans les décisions du gouvernement après la publication du rapport Gallois.

La pression ne vient pas que de l'hexagone. Les dirigeants libéraux européens ont, eux aussi, occupé le devant de la scène. Soufflant le chaud et le froid, la chancelière allemande, qui vient d'effectuer une tournée des capitales européennes à la manière dont une maison mère pourrait faire le tour ses succursales, a occupé une place de premier rang dans cette opération visant à peser sur les choix budgétaires d'un pays souverain. Quand elle ne se déplace pas, c'est le Premier ministre de la France qui vient à Berlin remettre sa copie ! Fait inédit, des économistes qui conseillent le gouvernement allemand ont été sollicités pour plancher sur des propositions de réformes pour la France. Les dirigeants allemands ne s'interdisent rien, même pas la menace et le chantage en précisant que « les marchés financiers pourraient attaquer notre pays si des efforts supplémentaires n'étaient pas réalisés », notamment sur le marché du travail, tout en souhaitant le succès des réformes engagées pour « améliorer la compétitivité du pays ». Moscovici a réagi : « On y travaille ». La semaine dernière, le magazine britannique « The Economist » présentait, à sa une, la France comme « le plus grand danger pour la monnaie unique européenne ». Quant à la Commission européenne, elle pourra vérifier que le pacte de compétitivité répond parfaitement – quelle coïncidence - aux « recommandations annuelles », taillées sur mesure pour chaque Etat, adressées par Barroso le 30 mai, sitôt après l'élection de F. Hollande. N'en jetez plus, la coupe est pleine.

Après tant de reculades, le nouveau pouvoir attendait-il en retour un geste du patronat, une sorte de donnant/donnant permettant un premier pas vers le compromis historique souhaité par F. Hollande ? La réponse du MEDEF ne s'est pas faite attendre avec la remise des préconisations patronales dans les négociations avec les syndicats sur la sécurisation du travail. Véritable provocation, le texte patronal ne propose ni plus ni moins qu'un mode d’emploi pour transformer le CDI en contrat précaire et licencier en toute liberté. Sans grande surprise, on y retrouve les vieilles lunes patronales : laisser le salarié seul face à l’employeur, s’en débarrasser en toute impunité et à moindre coût, écarter le juge, empêcher toute résistance des représentants du personnel. Bercy exprimait il y a quelques jours que le plan de compétitivité allait être apprécié par les agences de notation, Moody's vient de dégrader la note de la France. Plus on leur en donne, plus ils en veulent.

Au final, tout ceci montre combien nous avons a réfléchir et à travailler la question qui fait l'objet d'une « fenêtre » dans la proposition de base commune : « La gauche et le changement en question »...Quel sens recouvre aujourd’hui l’idée de gauche ? Comment se positionner face à l’impasse social-libérale en France et en Europe ? Comment redonner force à la gauche ? Ce sont des questions dont discutent les communistes, qui font débat au sein du Front de gauche et qu'il y a besoin d'approfondir.

Cela ne marchera pas

Lors de sa conférence de presse à l'Elysée, F. Hollande a dit comprendre « les inquiétudes et les doutes » des Français mais il n'y répond pas. Après six mois d'exercice du pouvoir, la confiance accordée au président et à son Premier ministre est l'une des plus faibles enregistrée sous la cinquième République. Le discrédit touchant le pouvoir est d'abord imputé à la crise et aux réponses qui lui sont apportées. Cet exécutif est jugé en mal de solutions efficaces et contraint par des promesses de campagne estimées trop faibles.

Par millions, les gens s'interrogent. Que peut-on raisonnablement espérer ? Les efforts qui nous sont demandés, les sacrifices consentis auront-ils comme résultat une amélioration concrète pour nos conditions de vie ? Va-ton voir le bout du tunnel ? Est-il possible de retrouver un peu d'espoir ? D'autres ont définitivement cessé de croire à quoi que ce soit. Les ravages de la crise, le sentiment de fatalité, sans parler de la perte de confiance de nos concitoyens en la politique, qui ne date pas d'aujourd'hui et qui se creuse, distille chaque jour son venin.

Une telle orientation est en échec partout en Europe. Elle conduit à la récession et au chômage de masse. Les mauvais chiffres s'accumulent chaque jour un peu plus. En pleine journée européenne de mobilisation contre l'austérité, mercredi 14 novembre, la Grèce et le Portugal ont publié les chiffres de leur produit intérieur brut au troisième trimestre 2012. Celui de la Grèce a chuté de 7,2% sur un an, quand celui du Portugal diminue de 3,4%.

Chaque semaine apporte son lot de déclarations venant d'acteurs de ce système qui, de l'intérieur, commencent à redouter l'issue du processus. C'est le cas du président de l’Institut de la finance internationale, organisation regroupant 400 des plus grandes banques du monde, déclarant qu’il était « temps de reconnaître que l’austérité seule condamnait non seulement la Grèce mais aussi l’ensemble de l’Europe à la probabilité d’une ère douloureuse (...) si la récession s’accélère, il s’agira d’une tragédie » prévient-il. Le chroniqueur François Lenglet a même sorti un graphique montrant que plus les dépenses publiques baissent, plus la dette augmente. Emporté par son élan, le chroniqueur parle de véritable « mâchoire ». En effet, en Grèce, début 2011, la dette publique s'élevait à 142% du PIB. Elle était de 158% fin 2011 et de 170% aujourd'hui !

C'est à partir de tout cela, des contradictions à l'œuvre, qu'il nous faut engager une contre-offensive, en ouvrant des brèches, en avançant des propositions pour une sortie de crise, en invitant à une dynamique de débat à gauche, à des initiatives pour construire et rassembler. Nous proposons de porter les exigences et la contre-offensive des forces populaires au niveau de celui des forces de l'argent qui bloquent le changement. Même si le plan compétitivité rend les choses plus difficiles pour notre peuple, l’affaire n’est pas pliée. Il n'y a aucune fatalité à un nouvel échec de la gauche et au retour d'une droite revancharde dans un climat de tension, de divisions et de régressions de la société à l'image des manifestations contre le mariage pour tous.

Bien se faire comprendre

A chaque fois que nous nous opposons à un projet de loi, nous avançons des contre-propositions, des solutions pour mettre le cap à gauche. A chaque fois, nous adoptons une attitude de responsabilité pour toute la gauche, on parle pour toutes celles et ceux qui ont voulu le changement. Nous ne sommes pas dans une posture comme voudrait le faire croire les médias.

André Chassaigne à l'Assemblée et Eliane Assassi au Sénat ont, avec nos parlementaires, expliqué en quoi nos votes n'étaient en rien une alliance avec la droite mais un ancrage pour obtenir le changement de gauche et le faire réussir. Jusqu'à ce jour, le Parti socialiste adopte un comportement d'une très grande étroitesse. Refusant tout débat, alors que ce débat existe dans à gauche et dans la société - c'est d'ailleurs cette diversité qui a fait gagner la gauche au printemps dernier-, le PS reste sur un message qui tourne en boucle depuis le début de la nouvelle mandature : il n'y a rien à discuter, rien. Plus, il entend donner des leçons sur ce que signifie être de gauche après avoir voté avec la droite le traité Merkozy.

Dans un travail de proximité, au plus près des populations de nos territoires, veillons à bien expliquer notre positionnement, à bien faire connaître le contenu de nos propositions, car le traitement médiatique des dernières semaines sur nos votes, notamment au Sénat, a pu faire naître de l'incompréhension chez des électrices et des électeurs de gauche qui, tout en regrettant le manque de combativité du gouvernement, veulent aussi que les choses puissent aller dans la bonne direction. Ils ne veulent pas la division, ils veulent la construction pour que les choses avancent dans la bonne direction. C'est ce que nous voulons aussi. C'est la même démarche qui nous amène à voter contre le projet de loi de financement de la sécurité sociale et à nous abstenir sur le projet de budget pour 2013. Revenons sur des questions où le vote de nos parlementaires a été repéré, commenté et interprété.

Le projet de loi sur le financement de la protection sociale comprend des choses positives, comme la prise en charge à 100% des IVG, mais nous ne pouvons pas accepter le maintien de la loi Bachelot, la poursuite des fermetures de services hospitaliers, de blocs opératoires, de maternités, de centres IVG. Comment prétendre lutter contre le renoncement au soin sans prendre la moindre mesure contre les franchises médicales, la fiscalisation des indemnités journalières, le jour de carence décidés par la droite. Comment expliquer que sur la question des recettes à mobiliser pour le financement de la protection sociale, la majorité de gauche au Sénat ne se soit pas rassemblée en 2012 sur des propositions portées ensemble il y a tout juste un an dans la riposte à Sarkozy et Fillon?

Sur le projet de loi de programmation des finances publiques, là encore, nous avons remis sur la table les propositions communes dont la mise en œuvre permettraient de dégager 30 milliards d'euros par le rétablissement complet de l'ISF, la progressivité de l'impôt sur le revenu ou encore la majoration de l'impôt sur les sociétés pétrolières.

Face au massacre industriel, nous demandons le dépôt et le vote dans les plus bref délais de la proposition de loi de suppression des licenciements boursiers, adoptée l'année dernière par les sénateurs PS, verts et le groupe communiste, républicain et citoyen. Il en va de même pour l'amnistie des syndicalistes et des militants associatifs, la limitation du travail du dimanche déjà adopté par le Sénat l'automne dernier, ou encore pour étendre l'interdiction des expulsions locatives. Voilà qui permettrait, sans tarder, de mettre le cap à gauche. Rappelons enfin, que cette nouvelle majorité de gauche avait adopté le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales.

Dans le même temps, le ministre de l'Intérieur, personnage clé de ce début de quinquennat, souffle sur des braises dont on connait les dangers car elle sont là pour écarter la question sociale, pour diviser quand il faudrait au contraire rassembler. Le récépissé policier, n'en parlons plus. Une rupture dans la politique d'immigration menée par la droite ? N'y comptez pas. Une amélioration des conditions d'accueil et d'hébergement des Roms ? Pas davantage. Et quant à l'arrestation et l'extradition d'Aurore Martin pour sa participation à des réunions publiques d'un parti interdit en Espagne mais légal en France, c'est un gouvernement de gauche qui vient de commettre cet acte indigne de nos valeurs républicaines, ce que la droite n'avait pas osé faire. Manuel Valls ferait bien mieux de consacrer son énergie à ce que les lois de la République s'appliquent à la Corse. Le président de l’Assemblée de Corse, notre camarade Dominique Bucchini, l’a dit avec beaucoup de force : c’est l’appât du fric qui tue et gangrène la Corse en l’étouffant dans ces dérives affairistes et mafieuse avec en toile de fond la spéculation immobilière, la rapine de fonds publics, les trafics criminels liés aux jeux et à la drogue. Le 14 décembre, Pierre Laurent et Marie-George Buffet seront sur l'île pour rappeler à l'Etat ses devoirs et ses missions. Il faut à la fois l’action résolue contre la criminalité organisée et tout autant de détermination pour enrayer le chômage, la vie chère et la pauvreté. C’est essentiel pour ouvrir une perspective et produire le sursaut démocratique et citoyen attendu.

Bref, tout cela n'est pas bon. Tout cela prend une mauvaise pente et peut très mal se terminer. Une droite dite décomplexée, incarnée par Jean-François Copé, se tient en embuscade. Depuis l'entre- deux-tours de la présidentielle, cette droite dérive vers une radicalisation se présentant comme « populaire » alors qu'il s'agit d'un cocktail réactionnaire et populiste. Flanqué d'une Marine Le Pen qui profite à plein régime des effets d'une crise qui s'installe sans que les équipes gouvernementales successives n'y changent rien, et d'un centre allié à l'UMP avec l'UDI de Jean-Louis Borloo, le dispositif se recompose, certes dans la douleur, mais avec une sérieuse volonté de reconquête. On souhaite à la gauche un autre horizon que celui, comme cela fut le cas ce week-end, qui voit François Bayrou devenir le porte-parole de François Hollande, et qui voit le président de la République, hier devant le congrès des maires, dire très clairement à certains d'entre eux, vous pourrez de pas appliquer la loi sur le mariage pour tous, vous pourrez faire prévaloir une «liberté de conscience », vous avez le droit, en fait, d'assumer une discrimination homophobe car c'est bien de cela dont il s'agit. Christine Boutin s'est aussitôt félicitée des propos du chef de l'État. Quand la France, par la voix de son président de la République, recule face aux milieux les plus réactionnaires, en ne défendant pas la liberté, l'égalité et la fraternité, alors elle se manque à elle même.

Reconquérir les consciences dans la bataille des idées

Dès lors, le moment est venu de se mobiliser de nouveau à gauche comme y invitait Pierre Laurent dans un entretien récent au journal l'Humanité. Puisque la politique du gouvernement se fait sous pression patronale, nous proposons aux citoyens de gauche qui ont voulu le changement de réinvestir massivement le débat public et d'agir ensemble.

Il faut déjà s'expliquer sur le moment choisi pour engager résolument cette contre-offensive. Pour de très nombreuses personnes, nous sommes dans les tout premiers mois après le vote du printemps dernier. Oh, certes, il sont tout aussi nombreux à douter de la capacité, de la volonté y compris, du nouveau pouvoir à changer les choses. « Attendons encore un peu... » peuvent se dire celles et ceux qui n'ont pas encore basculé dans une résignation. Si nous voulons nous adresser au plus grand nombre, très largement, sans regarder qui a voté quoi à gauche au premier tour de la présidentielle, et y compris aux électrices et électeurs dont la colère a pu être dévoyée, sans oublier les abstentionnistes, il nous faut convaincre sur le fait que les choses se jouent aujourd'hui. Pas dans un an. 2013, comme on peut parfois l'entendre, n'est pas une année sur laquelle il faudrait mettre une croix, une année offerte à l'austérité en attendant les rendez-vous électoraux de 2014. Nous le refusons car on a besoin d'engager des batailles et de rassembler des forces dès 2013. Cela pèsera pour la suite.

Dans les échanges des dernières semaines, nous pouvons rencontrer des personnes qui doutent et s'interrogent, d'autres qui sont impatientes, qui attendent une amélioration. Il y a aussi celles et ceux qui sont totalement désarçonnés face à la tournure des évènements, d'autres encore qui expriment un ras le bol et de la colère. Ont-ils pleinement conscience de l'ampleur de ce qui se joue pour leur vie, pour l'avenir des nouvelles générations ? Et ont-il pleinement la perception de l'énorme dispositif idéologique et médiatique mobilisé pour leur faire, au final, accepter une chose : une seule politique est possible et il se trouve que c'est celle qui ne va pas permettre un changement ? Il y a beaucoup de travail devant nous et du terrain à regagner pour faire reculer la pensée dominante au service des puissants.

Mercredi dernier, dans les capitales européennes, les peuples s'étaient donnés rendez-vous pour exprimer leur opposition à l'austérité. Voilà le chemin à suivre : celui de la mobilisation populaire. La recherche de ripostes communes face aux forces de l'argent à l'échelle européenne vient, à Florence, de se doter d'un nouveau Forum social européen avec un « service public des économistes qui veulent servir l'économie et désarmer la finance ». Alors que le président du Conseil européen vient de présenter un budget en réduction de 75 milliards, notamment pour les politiques de cohésion et pour la PAC, en préparation du prochain sommet européen des 22 et 23 novembre, le bras de fer entre les peuples et les marchés va se durcir.

Engager la contre-offensive

En France, des salariés, les organisations syndicales ne baissent pas les bras. Des citoyens, des économistes, des pans entiers de notre société n'acceptent pas l'idée que la gauche va de nouveau se fracasser contre ce mur de la finance. C'est aussi vrai en Europe. C'est en pensant à ces forces disponible que nous proposons que notre conseil national décide d'une grande campagne nationale sur le thème « l'alternative à l'austérité, c'est possible ». Le Parti communiste a fait la proposition au aux organisations du Front de gauche que cette campagne devienne une grande campagne du Front de gauche , d'en faire notre feuille de route des six prochains mois, et d'y associer toutes celles et ceux qui veulent en être. Nous proposons une implication citoyenne très large : grand meeting national de lancement avec une série de réunions publiques en régions, organisation de votations citoyennes, de marches contre l'austérité, assemblées, ateliers législatifs, journées de mobilisation sur des questions précises permettant de faire la démonstration que des solutions existent. Nous allons proposer des mesures plus justes socialement et bien plus efficaces économiquement.

Il nous faudra très rapidement identifier les questions essentielles, celles qui doivent faire l'objet d'une campagne de haut niveau, dans la durée. Nous avons besoin de points d'entrée dans cette campagne qui deviennent des repères visibles pour les gens.

Nous devons faire très fort sur l'emploi et les salaires et le faire en articulant les deux car toute la stratégie de l'adversaire vise justement à les dissocier et à les opposer. Le chantage du groupe Renault (emploi contre baisse du salaire) n'est que la version la plus brutale de la «flexicurité ». Voilà la réalité du compromis historique proposé aux syndicats. Prenons appui sur cette actualité pour avancer nos propositions avec le souci de dégager de véritables solutions, de faire la démonstration qu'il est possible de faire autrement. C'est ce que vient de faire Pierre Laurent dans sa lettre à F. Hollande sur Florange et la sidérurgie.

L'emploi industriel est en effet un sujet brûlant. De ce point de vue, le constat fait par le rapport Gallois est alarmant. Notre pays, vieille puissance industrielle, est aujourd'hui relégué au 16 ème rang sur 19 – juste avant la Grèce, Chypre et Malte). Notre industrie manufacturière n'entre plus que pour 10,1% dans la valeur ajoutée totale contre 25,9% en Allemagne. La réalité est que notre industrie est affaiblie, l'appareil productif est touché. L'indépendance économique est largement entamée, sa base industrielle étant complètement anémiée. Le 24 novembre, à Lille, le secrétaire national du PCF dira l'ambition d'une grande politique industrielle pour la France. Une politique fondée d'abord sur la reconnaissance et la valorisation du travail des ouvriers, des techniciens, des ingénieurs, des cadres et chercheurs, sur l'obtention de droits nouveaux pour qu'ils participent aux décisions stratégiques des groupes industriels. Une politique fondée sur l'appui à l'investissement productif et qui vise à décourager la spéculation et la rente financière. Une politique de crédits s'appuyant sur un pôle public financier. Une politique qui se donne les moyens d'un développement industriel durable, pourquoi pas par une nationalisation démocratique de certains groupes industriels stratégiques.

Nous devons faire la démonstration qu'un des éléments essentiels de la relance sociale est constitué par un développement des services publics afin de répondre aux besoins accrus des populations. Or, il faut le dire, avec les diminutions de postes dans les fonctions publiques, c'est désormais l'os qui est attaqué : l'Etat sous les coups de la RGPP, les hôpitaux et les collectivités sous le coup des restrictions budgétaires ne sont plus à même d'assurer correctement leurs missions de service public. La dépense publique pour des missions d'intérêt général n'est pas une charge mais le principal pilier pour l'activité, les investissements utiles.

Sur ce point, un mot sur les collectivités locales qui sont dans le cœur de cible des politiques d'austérité budgétaire alors qu'elles assument à elles seules plus de 70 % de l'investissement public. Elles ne pourraient plus tenir bien longtemps sans effectuer des coupes claires, cela est déjà le cas dans des communes, sur des projets qui, pourtant, sont une nécessité pour le développement de nos territoires, pour des politiques sociales de solidarité en direction des plus fragiles, pour les jeunes, pour le vivre ensemble, des politiques culturelles dont nous avons tant besoin, et plus fortement aujourd'hui en temps de crise, pour redonner du sens et de l'imaginaire alors que le budget culture de l'Etat n'avait pas connu une telle baisse depuis 30 ans.

C'est dans cet esprit que nous préparons les prochaines élections municipales de 2014. A quoi seront-elles utiles ? Dans l'esprit de la contre-offensive que nous proposons, elles seront un rendez- vous déterminant pour ouvrir des perspectives contre l'austérité. Avec la volonté de faire échec aux ambitions de la droite et de l'extrême droite, travaillons à des rassemblements les plus larges possible à gauche, en commençant, sans tarder, à construire des contenus progressistes élaborés avec les habitantes et les habitants de nos communes.

Cette grande campagne nationale pourra se décliner sur toutes les questions qui relèvent de l'urgence sociale. Je ne développe pas. Nous proposons enfin une très forte mobilisation pour le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales. Ça suffit. Pour la troisième fois en trente ans, le Parti socialiste, après l'avoir inscrit dans son programme, renonce. Aujourd'hui face à la mobilisation des droites. Les propos du résident de la République lors de sa conférence de presse ont profondément heurté. Ils ont blessé et meurtri ces familles, ceux qui sont privés du droit de vote mais leurs enfants aussi qui ne supportent plus cette injustice.

L'objectif politique de cette grande campagne contre l'austérité pourrait se résumer à une idée : dans six mois, nos concitoyens qui se retrouvent dans des valeurs de gauche seront-il résignés, abattus, où au contraire dans un esprit de combativité contre l'austérité, mobilisés pour obtenir un changement de cap au nom de ceux qui ont fait le choix du changement.

La préparation du 36e Congrès

Un dernier mot sur la préparation de notre prochain Congrès.

Notre ambition pour ce congrès, et c'est ce que veut exprimer la base commune proposée par le Conseil national, est le résultat de tout ce que nous avons entrepris ces dernières années. Offensif, ce 36 eme congrès peut nous permettre de nous projeter vers l’avant en donnant mieux cohérence à nos combats d'aujourd'hui . Le parti pris de notre proposition de base commune est d’afficher notre projet, de le mettre en débat, et de mettre notre action en perspective. Elle pointe les contradictions auxquelles nous devons faire face, ce qui est en germe et sur quoi nous pouvons nous appuyer. Elle donne corps à « l’humain d’abord ». Elle nous invite à franchir une nouvelle étape du Front de gauche et à mieux préciser les chemins de la révolution citoyenne que nous voulons voir grandir partout. Des chantiers exaltants pour notre parti, un Parti communiste que nous voulons renforcer et déployer au plus près dans la société, avec le souci de donner une dimension européenne et internationale plus forte encore à notre combat, une dimension féministe aussi car, pour reprendre le titre de la contribution collective, on vous l'assure, «il ne tue pas».

A ce stade, beaucoup d'adhérentes et d'adhérents nous demandent un mode d’emploi pour les discussions, certains se demandent comment se déroulera concrètement le travail du congrès. Après nos échanges de ce matin sur les statuts, le 72 pages va être imprimé et expédié dès la semaine prochaine. Il contiendra le calendrier du congrès, un texte du secrétaire national, des contributions sur les cinq fenêtres, la base commune proposée par le Conseil national et trois textes alternatifs, un résumé de ces 4 textes, complétés par nos statuts et le bulletin de vote.

Les cinq fenêtres proposées permettent d’entrer plus facilement dans le débat. Elles invitent aux questionnement et à l’approfondissement. Les communistes ont commencé a s'en saisir comme d’un outil de leur réflexion collective. Elles contribuent à élargir le nombre de celles et ceux qui parti- cipent. Mais nous devons aussi être attentifs à ce que les fenêtres nous permettent bien d’entrer dans le propos du texte pour le discuter. La proposition du Conseil national est à la fois d'utiliser les « fe- nêtres » tout en entrant dans la lecture et la discussion du texte lui-même. Il faut donc que nos as- semblées, lorsqu’elles débattent à partir du questionnement des « fenêtres », puissent déboucher sur des contributions, et le cas échéant sur des propositions d’enrichissement ou d’aménagement du texte. Après le vote des communistes qui décidera du choix de la base commune, et au bout d’un processus de discussion, notre texte de Congrès décidera de l'orientation de notre Parti.

Je ne voudrais pas terminer ce rapport sans faire un rapprochement. Nous avons accueilli dans cette même salle, samedi 10 novembre, plusieurs centaines de nouveaux adhérents. En ce moment même, l'Espace Oscar Niemeyer est le lieu d'une programmation de très grande qualité consacrée au trentième anniversaire de la disparition de Louis Aragon. Notre parti, c'est tout cela. La belle énergie de la rencontre avec les nouveaux adhérents et tout ce que veulent dire « ces cartes blanches » autour de l'œuvre d'Aragon.

 

 

Le Parti communiste français achève sa mue : nous sommes passés en dynamique offensive. Notre ambition s'inscrit dans une visée d’avenir

Par Pierre Laurent, le 10 November 2012

Le Parti communiste français achève sa mue : nous sommes passés en dynamique offensive. Notre ambition s'inscrit dans une visée d’avenir

Discours de Pierre Laurent lors de la rencontre des nouveaux adhérents, le 10 novembre 2012 au siège du PCF.

 

"Cher-e-s ami-e-s, chers camarades,

 

J’ai lu dans la presse que nous voulions mettre en avant nos nouvelles adhérentes et nouveaux adhérents.

C’est vrai. Car vous êtes de plus en plus nombreux et, oui, nous en sommes fiers. Il existe une nouvelle génération de communistes. Vous êtes cette nouvelle génération de communistes.

 

Mais il y a une raison plus profonde à l'évènement qui nous rassemble aujourd'hui : la naissance et l'affirmation d'un communisme de nouvelle génération.

 

***

 

Oui, un communisme de nouvelle génération. Car le grand défi de notre temps, le grand enjeu d’avenir est celui du partage.

 

L’humanité affronte deux grandes dynamiques contradictoires.

 

La première est celle d'une révolution informationnelle qui bouleverse tout, la production, le travail, les rapports sociaux, les relations humaines, les représentations, les consciences. On la résume souvent à Internet. C’est une réduction simpliste.

 

La révolution informationnelle est ce mouvement dont la tendance majeure est la diffusion et la mise en commun des connaissances, des compétences, des idées, des créations. Elle met à l'ordre du jour de façon inédite l'ambition du partage, le partage de tout par toutes et tous.

 

Toutes nos frontières physiques et intellectuelles en sont bousculées, redéfinies, redessinées.

 

C’est une révolution de l’ordre économique, industriel et scientifique. C’est une révolution également de l’ordre des consciences.

 

Pour la première fois dans l’histoire de l'humanité, nous avons la possibilité de hisser notre niveau de coopération et d'échange à l’échelle de l'espèce tout entière. Mais le défi du siècle est celui de la maîtrise démocratique, consciente et commune de ce potentiel inédit. 

 

Nous vivons le temps où s’accélère la possibilité d’un partage à l'échelle de la planète. Ce possible peut aussi être confisqué pour le pire parce qu'une deuxième dynamique à l'oeuvre l'entrave systématiquement.

 

C'est la dynamique qui a dominé ces dernières décennies : la volonté farouche des forces du capital d’emprisonner la révolution informationnelle et tous les progrès de l'humanité dans la seule logique du profit immédiat, sa volonté farouche d'asservir son utilisation aux seules valeurs du marché et de la concurrence.

 

A mesure que les progrès humains ont accru la population mondiale et ses besoins sociaux, le capital, déjà entré en crise à l'aube de cette révolution dans le dernier quart du XXe siècle n'y a vu qu'« opportunités », que « marchés », que « conquêtes » et dominations nouvelles pour étendre son hégémonie et accroître ses profits.

 

Le temps était venu du partage, de la coopération et du service public. Le capital a choisi une nouvelle guerre économique mondialisée.

 

Le capital a choisi le culte de la rentabilité, de la profitabilité, le culte de l'urgence, le culte du chef, le culte de l'individualisme, de la compétition à mort et l'apologie du cynisme. Alors que le monde est pluriel, il le réduit à un uniforme, et les femmes et les hommes à des automates avec de faibles « temps de cerveau disponibles ».

 

Maintenant que son système de domination et d'exploitation est désormais entré dans une crise historique, il est bien incapable de faire face aux besoins inédits d'un développement humain durable.

 

Il fait même peser un risque mortel à l’espèce humaine, à sa niche écologique, aux générations futures.

 

La contradiction que nous affrontons est donc simplissime : le capital empêche l’avènement d’un nouvel ordre économique et civilisationnel basé sur le partage et la coopération qui frappent à notre porte.

 

Cette entrave du capital est potentiellement destructrice tandis que résoudre les grands défis énergétique, alimentaire ou scientifique par et pour un développement humain durable nécessite des ruptures avec l'ordre établi en appelant à tirer parti du meilleur de nous-mêmes.

 

Résoudre cette contradiction est le défi de notre génération et de celles qui suivront.

 

La question de notre époque est de lever le mouvement d'action qui permettra de libérer les potentiels et les forces d'émancipation qui grandissent dans nos sociétés et que le système emprisonne, bride et maintient sous domination. 

 

En vous engageant au Parti communiste français, vous avez décidé d'entrer dans ce mouvement de libération. Vous êtes entrés dans ce parti de l'action et de l'émancipation. Action, imagination et créativité, libération de tous par l'émancipation de chacun, mouvement pour le partage et pour le développement humain durable, voilà les axes cardinaux de notre combat.

 

Nous ne sommes pas des observateurs ou commentateurs critiques du capitalisme, nous sommes les combattants de son dépassement. Nous sommes de ces combattants du monde nouveau en devenir.

 

Le capitalisme libéral n'est évidemment pas la solution. Il prétend sans cesse se réinventer. Aujourd'hui, mondialisé, il consiste à donner toujours plus de pouvoir à des shootés de stock-options et de dividendes. Nous n'en voulons plus. Mais pour le remplacer, aucune des solutions passées ne nous apporte les réponses. Ni le communisme autoritaire qui annihile les forces créatrices, ni le compromis social-démocrate qui n'est rien d'autre qu'un pistolet à bouchons face une meute de loups.

 

Nous sommes fidèles à l'anticipation communiste qui, au cœur du développement du capitalisme, a compris et mis au jour, dès le départ, la nécessité de son dépassement.

 

Le XXe siècle nous a enseigné l'impasse dramatique du déni démocratique. Et surtout, nous avons conscience de la nouveauté radicale du monde qui est le nôtre et qui nous oblige à penser, dans l'action, les développements nouveaux indispensables de cette pensée. Nous voulons inventer, imaginer, rêver, oser, expérimenter. 

 

Nous vivons dans le monde où seul un effort de renaissance philosophique, intellectuelle, économique et politique sauvera l'humanité. Oui, un effort de renaissance. Et nous voulons être l’une des forces de la renaissance, d’un nouvel âge de la pensée et de l'action politique.

 

Aux sceptiques que j'entends déjà nous dire « ce n'est pas  possible », je veux répondre par avance.

 

Regardons l’Union européenne. Nous vivons actuellement une dérive autoritaire. Les fondamentaux de notre politique commune n’ont fait l’objet d’aucune décision démocratique, d’aucune délibération parlementaire, des gouvernements nationaux sont tombés par la volonté des marchés et des puissances de la finance, et d'institutions non élues comme la BCE. Cette Union européenne n'a pas d'avenir. L'Europe du partage et de la solidarité, si nécessaire, est à refonder.

 

Regardons le monde. C'est l'Amérique latine et centrale, la Chine, le monde arabe, l'Afrique. Le monde sous domination occidentale se meurt, l'Europe atlantique, adossée à l'OTAN et au dollar, c'est l'Europe qui retarde sur son temps. Nous ne voulons pas décliner avec ce monde vieillissant mais inventer les nouvelles frontières du partage. La France que nous aimons sait parler au monde. Et le monde aime la France qui parle le langage de la solidarité, notre langage.

 

Regardons le travail, dans lequel nous voulons créer, partager, coopérer, être utiles, échanger, respirer. Parce que travailler mieux, autrement, plus intelligemment, nous savons le faire. Et la révolution informationnelle nous le permet. Le débat actuel sur la compétitivité, qui est le nouveau consensus à la mode, nous rabâche   que la réduction des salaires et des droits sociaux est la seule voie de sortie de crise. Ils nous veulent à la tâche quand le monde qui frappe à la porte est celui du travail libéré.

 

Regardons la démocratie. Ils en ont plein la bouche mais ils la confisquent, ils la défigurent tous les jours. Ils votent des traités pour l'encadrer. Ils préfèrent le pouvoir concentré dans quelques cercles fermés, les consciences manipulées par des conglomérats mondiaux de l'information et des réseaux.

 

Mais le monde qui grandit, ce sont les réseaux citoyens acteurs du débat et de l'action politique. Le pouvoir renouvelé des citoyens à tous les niveaux est la clé de l'avenir. Notre nation, la France, peut comme elle le fit en concevant et adoptant une déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen il y a deux cent vingt trois ans, inventer, entreprendre les prémices de ce nouvel âge démocratique. Pour cela, il faut compter sur l'intelligence que recèlent le peuple et la société, il faut compter sur l'imagination et la force du partage.

 

Permettez-moi un clin d'œil historique. La découverte de l’ampoule électrique illustre assez bien le problème posé. Et le gouvernement, et la gauche plus largement, gagneraient à méditer cette petite histoire que je vous livre en trois phrases.

Longtemps, la recherche d’une meilleure production de lumière a consisté en la recherche du meilleur combustible et de la meilleure mèche possibles. Pendant des centaines d’années, les hommes se sont ainsi acharnés à créer la meilleure lampe à huile... Jusqu’au jour où l’un d’eux imagina de porter à incandescence un filament de tungstène. L’ampoule moderne était née.

 

L’ordre économique et politique est aux prises avec ce même problème. Le vieux monde cherche à sauver son empire par des solutions épuisées. Notre problème est de pousser en avant un nouvel âge économique, écologique, démocratique.

 

Les âges anciens sont ceux de la dynamique de concurrence. Efficace à bien des égards. Le capitalisme est une force de création destructrice. L’âge nouveau qui cherche son chemin est celui du partage comme source nouvelle d’efficacité sociale et économique.

 

Cela vaut mille fois pour la question démocratique. La République, elle aussi, doit entrer dans une nouvelle époque. Les pratiques politiques actuelles ne correspondent pas à la nécessaire démocratisation de la société. Le gouvernement gouverne avec les habits de la Ve République, point barre.

 

La démocratie est l’un des grands enjeux d’un nouveau siècle humaniste. Aujourd'hui, les institutions congèlent les forces citoyennes. Or, c’est dans leur mobilisation, dans des pratiques politiques nouvelles, que se trouvent les ferments d’une civilisation plus pacifique, moins violente, plus harmonieuse.

 

Quand, par exemple, plus de 309 milliards d'euros sont prélevés sur les richesses créées dans les entreprises pour payer les dividendes et les intérêts aux banques contre à peine 145 milliards versés aux cotisations de protection sociale, qui peut encore soutenir avec sérieux que le verrouillage de l’économie vient du travail, et pas des actionnaires et de la finance ?

 

Nous appelons à un nouvel âge de la démocratie économique permettant aux citoyens-travailleurs-usagers de décider de l’orientation des produits de l’activité économique.

 

De la même manière, quand aujourd’hui une chercheuse en cancérologie quitte la recherche publique, puis la recherche privée car les laboratoires sont devenus, selon elle, des lieux de concurrence entre chercheurs et de course aux financements, qu’en conclure ? Qu’en conclure sinon que la guerre pour la propriété des découvertes est devenue un obstacle à la découverte elle-même ?

 

Lorsque des professionnels du bâtiment affirment que les projets de rénovation thermique, alors que le bâtiment est le principal poste de gâchis énergétique, ne sont pas financés car, disent-ils, personne ne sait financer la réduction des coûts, c’est-à-dire personne ne sait financer la gratuité, comment agir si l’on reste engoncé dans le système actuel ?

 

Lorsque, années après années, on fabrique en masse du matériel informatique, ultra-polluant, irréparable, obsolète à très court terme, comment ne pas voir que la maîtrise des conditions de fabrication, de réparation et de recyclage n’est pas un problème sectoriel mais bien le problème de la société tout entière ?

 

Avec ces exemples, je veux souligner combien notre ambition communiste s'inscrit dans une visée d’avenir.

 

Si la démocratie a longtemps été vécue comme un frein à l’activité économique, elle est aujourd’hui le moteur qui permettra de reconnecter le système économique avec une ambition de civilisation.

 

Nous vivons dans la civilisation du marché. Nous vivons dans la civilisation du gâchis permanent.

 

Nous proposons un nouveau paradigme, une nouvelle base solide : le partage.

 

Il faut que l’esprit collaboratif le plus avancé de la sphère informationnelle envahisse la sphère publique et la sphère économique.

 

Les services publics, la grande production privée, la politique industrielle, la politique agricole, les politiques d’échanges doivent s’ouvrir à une maîtrise sociale étendue pour être plus efficaces, plus écologiques, plus civilisés.

 

La démocratie a longtemps été, du point de vue du mouvement ouvrier, un moyen de modifier les rapports de forces des hiérarchies sociales et économiques installées. Dans les luttes de classes d'aujourd'hui, le problème de l’avenir sera aussi de dépasser les structures hiérarchiques, d’en finir avec le temps des hiérarchies pour penser l’âge de la collaboration ouverte.

 

***

 

Amis journalistes,

 

Vous l'avez compris, nous avions envie de vous parler d'avenir. Nous vous avons invités, de manière un peu potache, à enterrer l’enterrement du Parti communiste français.

Je persiste et je signe.

 

Je m’adresse particulièrement à vous qui m'interrogez souvent sur la santé, la mort clinique ou l'état de survie de notre parti.

 

Oubliez tout ce que vous pensez savoir. Vos grilles de lectures sont périmées. Nous ne sommes pas un parti défensif, qui cherche à sauver son pré carré. Ne vous attendez pas à nous voir pleurnicher sur le passé. Notre seule préoccupation est l’avenir.

 

Le Parti communiste français achève sa mue : nous sommes passés en dynamique offensive. Notre problème n’est pas de tenir, de sauver ou de conserver, notre ambition est de bâtir, inventer, créer une nouvelle gauche, un communisme de nouvelle génération.

 

La social-démocratie est à court d'idées, essoufflée par le souffle toujours plus chaud du capital sur sa nuque...

 

Pas nous. Nous débordons d'idées, d'envie d'agir.

 

Nous n’avons pas peur de notre passé. Nous l’assumons. Nous assumons les grandeurs des combats menés par nos aînés. Nous analysons, sans détourner le regard car c'est indispensable pour comprendre et réinventer ce qui doit l'être, les graves erreurs commises. Nous les assumons car l’avenir s’écrit sur la lucidité et l’honnêteté.

 

Nous n’avons pas peur du passé, nous qui sortons de vingt années de travail critique sur nous-mêmes. Et qui, faisant le choix de poursuivre la route, conscients de l'immense travail de refondation qui nous attendait et qui est encore devant nous, avons mis le cap sur notre propre transformation.

 

Le passé est à présent à sa place et il est temps pour vous, chers amis journalistes, de prêter attention à ce que nous sommes réellement aujourd'hui et à ce que nous disons pour l’avenir.

 

Ce que je vous dis, je le dis aussi à l'adresse de toutes celles et de tous ceux qui, à gauche, enfourchent parfois les mêmes poncifs à notre égard.

 

Je leur dis, attention à ne pas retarder sur l'histoire. Le temps est venu d'une réinvention profonde des chemins de la transformation du monde. Ne vous endormez pas sur des certitudes dépassées. Travaillez avec nous à ce nouveau monde. 

 

Nous engageons donc, avec le 36e Congrès du PCF, d'un même mouvement, et le processus d’unification dans un communisme de nouvelle génération de la pensée écologique, économique et démocratique autour du principe d’une société du partage ; et le processus d'amplification du rassemblement engagé avec le Front de gauche, et qui vise désormais à rassembler toutes les forces sociales, citoyennes, communistes, socialistes, écologistes disponibles pour refonder les chemins de la transformation de notre société.

 

Notre passion du rassemblement, vous l'avez compris, demeure entière. Car l'intelligence est dans la société.

 

Nous voulons être utiles, toujours, à l'encourager, à la mettre en mouvement, à la rassembler, à la dynamiser.

 

Alors oui, chers invités, nous ne vous avons pas conviés à un numéro de claquettes bien rôdé où l’on fait applaudir les « djeun's »... Les premiers rangs des meetings politiques où ça applaudit sur commande vous ennuient ? Nous aussi.

 

Nous vous avons invités car, du dialogue avec les nouveaux adhérents communistes, est apparu un fait frappant : ils sont nés à la fois dans le monde de l’explosion des capacités de partage et dans le monde du chaos social et écologique. Cette nouvelle génération est née dans le monde d’une promesse contredite immédiatement par le rouleau-compresseur du marché.

 

Et c’est ainsi, dans cette contradiction, que chemine un communisme de nouvelle génération.

L'utopie communiste est de retour, elle est en marche – ce n'est pas de la nostalgie passéiste mais un tout autre mouvement : celui de l'envie d'agir, ensemble, pour bâtir, pour ouvrir le chemin de l'avenir. Une utopie forte de l'expérience que le rêve pour devenir réalité doit renforcer son humanité, et non la brider.

 

***

 

Je veux conclure en vous présentant notre nouvelle campagne d’adhésions.

 

C’est une campagne d’affirmation positive. Oui, je suis communiste et ça fait du bien. Ça fait du bien de partager. Ça fait du bien d’échapper à l’assignation d'être des vainqueurs, des agressifs, des égoïstes. Nous ne voulons pas être des gagneurs, nous voulons partager, nous ne voulons pas des profiteurs, nous voulons travailler, nous voulons le pouvoir... pour le rendre.

 

Oui, c’est une campagne d’affirmation positive. Nous combattons pour le droit à la tendresse, à l'amour, au secours, au travail libre, à l’éducation, à l’empathie...

 

On nous présente l’homme comme un loup... Cela contredit toute l’histoire de l’humanité... On ne retient que la guerre mais le principal n’est pas là : le principal est que le développement de l’humanité, c’est le développement de la capacité de millions d’êtres humains de travailler ensemble, de protéger les faibles, de secourir les plus âgés, d’éduquer leurs enfants.

 

Toute l’histoire de l’humanité est en réalité un développement des capacités empathiques de notre espèce, des capacités de coopérer. Alors, pourquoi s’arrêter à l’âge du capital ? Pourquoi s’arrêter à l’âge du capital, qui est un nouvel âge de bronze ?

 

Nous sommes le parti de l’âge du partage, l'âge à venir. Et oui, ça fait du bien de ne pas être une brute.

Je suis communiste, nous sommes communistes, et ça fait du bien.

 

Du bien à la France, à notre société, du bien dans ce monde brutal, du bien à l’avenir.

 

Merci."

 

Paris, le 10 novembre 2012.

LA GAUCHE EN RESPONSABILITÉ

le 18 octobre 2012

LA GAUCHE EN RESPONSABILITÉ

Sans trêve estivale ni état de grâce de changement de majorité, les mauvais coups pleuvent comme des cordes pour ce qui touche au quotidien alimentaire. De grands groupes volaillers agro-industriels sont dépecés aussi rapidement qu’ils ont bénéficié très largement d’aides publiques européennes et nationales sans conditions de relocalisations et d’emplois. L’équation pouvoir d’achat, ticket de caisse en courbe négative sur les produits laitiers place ce secteur en surcapacité industrielle… ou sous consommation ? Une sécheresse dans le Middle West américain et les pays de la Mer noire voit les affameurs hanter les places boursières.
Après avoir tourné la page du sarkozysme...

"Il est grand temps de rallumer les étoiles" - Humanifeste du Parti communiste français à l'aube du siècle qui vient

le 16 octobre 2012

Ci-joint, le projet de base de commune pour le 36e congrès proposé par le Conseil National réuni les 13 et 14 octobre 2012.

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« Il est grand temps de rallumer les étoiles... »
Guillaume Apollinaire

Humanifeste du Parti communiste français à l'aube
du siècle qui vient

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Nous voulons changer le monde ! Et la chose ne peut plus attendre. Les apprentis sorciers du capitalisme ne parviennent plus à faire face à leur propre crise et les prétendues solutions qu’ils mettent en oeuvre revêtent un caractère de plus en plus brutal et autoritaire. Nous voulons vivre à pleins poumons, quand la violence de la société nous poursuit un peu partout jusqu’à l’asphyxie.

Un choix radical est devenu inévitable : suivre la pente de la compétition sauvage et de la barbarie ; ou bifurquer sur le chemin du partage, de la démocratie et de l’humain. Quelle humanité voulons-nous être ?

Notre parti pris est celui de l’émancipation humaine, celui de l’épanouissement de chacune et de chacun, celui du droit au bonheur. Cela nous conduit à promouvoir l’égale dignité de chaque être humain, quelle que soit l’étoile sous laquelle il est né, quel que soit son genre, quelle que soit la couleur de sa peau, quelle que soit sa religion s’il en a une, quelle que soit son orientation sexuelle...

C’est ce qui donne sens à notre projet de société et à la manière dont nous voulons le faire avancer : avec toutes et tous. Cela n’est pas compatible avec l’austérité dévastatrice qui est la cause et la conséquence de la crise profonde du système lui-même. Cela n’est pas compatible avec les plans du capitalisme, qui bâtit une société de la concurrence de tous contre tous, où se déchaînent les pulsions de domination et de haine.

Le capitalisme a atteint un stade sans précédent historique de sa crise. Le XXIème siècle peut être celui de son dépassement. C’est un immense défi. Nous pensons possible de le relever.

Nous, communistes de France, lançons un appel au peuple de notre pays, aux peuples d’Europe et du monde. Allons-nous laisser écrire la suite de l’histoire par la main de celles et ceux qui nous ont mené au désastre ? Aucun des obstacles qu’ils dressent n’est insurmontable. Face aux urgences comme face aux grands enjeux, ne laissons pas notre destin se décider sans nous, au gré des humeurs du marché. Ensemble, soyons actrices et acteurs, décideurs et décideuses de l’avenir de l’humanité.

 

• Face à la crise, le choix radical de l’humain

 

1- Nous voulons un nouveau monde

 

Il y a un nouveau monde à gagner. Un nouveau monde pour l’humanité. C’est cette conviction renouvelée qui nous rassemble. En quelques décennies, nous avons changé d’époque. Certains s’entêteront à vouloir classer notre rêve au chapitre des illusions. Ils ne veulent pas voir qu’une puissante aspiration au changement travaille l’humanité en son coeur.

 

Prendre confiance

En proie à la crise majeure qu’il a provoquée, le capitalisme n’en finit pas de convulser, épuisant la planète et étouffant l’humanité. C’est pourquoi ses promoteurs sont à son chevet pour essayer de le sauver, en même temps que leurs immenses privilèges acquis contre l’intérêt de l’immense majorité.

D’un côté, beaucoup a déjà changé, par la mise en cause de la domination occidentale et l’émergence d’un monde beaucoup plus contradictoire, par les bouleversements des modes de vie et de production liés à la révolution numérique et informationnelle, ou par l’essor de la prise de conscience écologique... D’un autre côté, rien ne change vraiment ; tout est capté, puis digéré, pour alimenter la même fuite éperdue vers nulle part.

Dans leurs vies quotidiennes, des millions de femmes et d’hommes n’en peuvent plus. Dans notre pays, le chômage de masse continue de gagner du terrain, la précarité devient la norme particulièrement pour les femmes et les jeunes salarié-es, de plus en plus de retraité-es sont en butte à la pauvreté, trop d’étudiant-es s’endettent et cherchent des petits boulots pour financer leur formation, la santé devient un produit de luxe, les quartiers populaires concentrent tous les effets de la crise, le travail est de plus en plus vécu comme un traumatisme, la vie est de plus en plus chère, les minima sociaux ne suffisent pas à boucler les fins de mois, la violence monte dans toute la société... Tout cela alimente le sentiment d’impuissance savamment distillé dans les consciences.

Mais rien n’est écrit d’avance : le destin de l’humanité est entre ses propres mains. Il est temps, de par le monde, que les citoyennes et les citoyens reprennent confiance en leur pouvoir.

 

L’issue : rompre avec le capitalisme

Rompre avec le capitalisme en le dépassant est une urgente nécessité. La brutalité avec laquelle la crise est en train de précipiter l’humanité vers des abîmes exige la mise en oeuvre de solutions nouvelles qui s’attaquent aux causes réelles. La domination insensée des forces de l’argent doit être renversée pour laisser place à un mode de développement humain durable.

A celles et ceux qui parlent de moraliser le capitalisme pour mieux le conserver, nous disons que l’entreprise est vaine et que la manoeuvre ne prend pas. L’argent n’a pas de conscience. Le capitalisme est incapable d’offrir une autre perspective que l’asservissement de l’immense majorité des êtres humains.

A celles et ceux qui en appellent à la mesure et proposent de réguler le capitalisme, nous disons que c’est un objectif illusoire. Sans la volonté de prendre le pouvoir aux marchés financiers et aux grands possédants, l’expérience a montré qu’il n’y a aucun résultat signifiant. Il y a une contradiction de plus en plus insoutenable entre le capitalisme et le progrès social, entre le capitalisme et la démocratie, entre le capitalisme et le développement culturel, entre le capitalisme et l’écologie.

C’est pourquoi nous parlons de révolution. Une révolution citoyenne, pacifique, démocratique, et non pas la prise de pouvoir d’une minorité. Un processus de changement crédible et ambitieux, visant à transformer les logiques du système.

 

2- De la crise du capitalisme à la crise de civilisation

 

La crise, avec ses accalmies et ses soubresauts, les peuples du monde la subissent depuis plus de trente ans. Chaque jour s’approfondissent ses dégâts, jusqu’à remettre en cause les fondements de la civilisation.

 

La crise financière provoque l’explosion sociale et économique

En 2007, s’est déclenchée la plus grave crise financière depuis l'entre-deux guerres, suivie deux ans plus tard, de la première récession mondiale depuis 1945.

Les véritables causes de cette crise majeure se trouvent dans la domination des forces de la finance. Les exigences de rentabilité des capitaux écrasent l’économie réelle et imposent au monde du travail de multiples et insupportables saignées.

Au cœur des emballements actuels, se trouve un antagonisme fondamental : le capital utilise les immenses possibilités de la révolution numérique et informationnelle pour nourrir son obsession de faire de l’argent pour l’argent. Cela entraîne un chômage de plus en plus massif, ainsi que l’accroissement des revenus du capital au détriment des revenus du travail. Résultat : la productivité augmente mais pas les débouchés. Cette situation conduit inexorablement au développement d’une concurrence de plus en plus déchaînée, d’une exploitation des salarié-es de plus en plus forcenée

Ce développement spasmodique s’est construit pendant plusieurs décennies sur le surendettement généralisé …qui a fini par exploser avec la crise des subprimes aux Etats-Unis. Les forces de la finance se sont alors plus que jamais comportées comme une nuée de criquets. Pour éviter l’embrasement, de gigantesques liquidités ont été déversées par les pouvoirs publics et englouties dans la même logique. Ce sont les peuples qui en ont payé le prix par le recul continuel des droits sociaux, des services publics et du pouvoir d’achat : de quoi accentuer encore l’endettement, la faiblesse de la croissance et la relance de la spéculation ravageuse. Une spirale infernale.

Ces enchaînements font particulièrement sentir leurs conséquences en Europe, au point de menacer la reprise mondiale. En Grèce, il a été imposé au peuple une injustifiable cure d’austérité, plongeant dans la misère et l’incertitude une large part de la population. Partout, la réduction drastique des dépenses publiques a été mise à l’ordre du jour pour nourrir plus encore le monstre insatiable de la finance.

La fameuse « crise de la dette » provient surtout de l’insuffisante des recettes publiques et sociales, du coût des intérêts versés aux banques sur les marchés financiers, de leur sauvetage et plus encore de l’appauvrissement généralisé de nos sociétés, vampirisées par les forces de la finance. Et le comble, c’est que cette spirale du déclin est utilisée par celles et ceux qui la causent pour culpabiliser les salarié-es et les populations, justifier les privatisations.

Avec l’appui d’une pensée technocratique autoritaire, les peuples européens ont été sommés de se soumettre et d’abandonner toujours plus de leur souveraineté. Les forces financières et leurs relais ont défendu bec et ongles l’interdiction faite à la Banque Centrale Européenne de créer de la monnaie, afin de se servir de l’Euro pour sécuriser leurs créances. Ainsi, au lieu d’alléger le poids des dettes des Etats et d’engager des réponses publiques face à la situation, ce sont donc les banques, sans cesse renflouées, qui sont encouragées à poursuivre leur œuvre sans rien changer. Et la crise se poursuit…

 

Ailleurs, le Fonds Monétaire International et la Banque mondiale se font les instruments de la domination absolue des marchés financiers et s’attachent à leur faire place nette en conditionnant chacune de leurs interventions à des régressions sociales.

Dans les pays émergents, où l’industrialisation demeure toujours dominée par les multinationales, la croissance s’est réalisée à marche forcée. Provoquant un exode rural massif, elle s’est souvent construite sur la base de conditions de travail dignes de celles qu’avaient pu connaître les ouvriers européens du XIXème siècle. Dans de nombreuses régions du globe, la misère a continué d’être le lot commun tandis que s’implantaient des paradis touristiques réservés à une minorité. D’immenses vagues d’expropriation des peuples de leurs terres et de leurs droits se sont produites.

L’ensemble de ces profonds bouleversements s’est opéré sur la base d’une mise en concurrence exacerbée, d’un gaspillage d’outils et de savoir-faire incroyable, et d’inégalités insupportables.

 

Une crise écologique croissante

La crise économique et sociale se mêle à une crise écologique croissante. Car la course effrénée au profit se nourrit également sans vergogne de la spoliation permanente des ressources naturelles. La pollution des océans, des rivières et fleuves provoque une disparition de la flore et de la faune aquatique ; l’exploitation sans retenue des forêts conduit à leur disparition ; l’agriculture intensive entraîne l’appauvrissement des terres et des sous-sols tandis que la biodiversité s’effondre et que des espèces comme les insectes pollinisateurs disparaissent… Même habillé de vert le capitalisme se moque de la planète : les lobbies de la climato-économie libérale se repaissent allègrement des catastrophes écologiques, en faisant du profit sur les exigences de développement durable.

Le réchauffement climatique tient une place de premier rang dans l’ordre des défis à surmonter : les tempêtes et les inondations sont le pendant de la sécheresse et de la désertification. Quant à la fonte de la banquise et des glaciers, elle engendre l’élévation du niveau des mers créant par millions une nouvelle catégorie d’êtres humains : les réfugiés climatiques… La réduction des énergies carbonées à l’origine des gaz à effets de serre est donc une absolue nécessité planétaire. Comment accepter, de Copenhague au sommet de la terre de Rio, que des décisions de cette importance aient pu être remises en cause pour satisfaire des intérêts financiers ?

Enfin, le respect des ressources en eau et leur partage nécessitent une prise de conscience plus vigoureuse encore, tant les besoins sont criants. Et l’heure est à un autre modèle d’agriculture, protégé de la spéculation, soucieux de la santé publique et de la lutte contre la faim. Or, malgré les alertes de la FAO, on a continué à développer des cultures qui privent une partie de la population mondiale de denrées de première nécessité. Les images insupportables d’enfants se nourrissant de galettes de boue, tandis que les spéculateurs continuaient impunément leurs basses oeuvres sont restées gravées dans nos mémoires. Pouvons-nous accepter d’être réduits à l’impuissance ?

 

La démocratie réduite à un théâtre d’ombres

Devant la pression du pouvoir considérable acquis par les marchés financiers, nous sommes entrés dans un cycle de régression démocratique. La capacité d’intervention des peuples a été rognée en permanence jusqu’à être cantonnée à la marge des grandes orientations qui régissent les sociétés, tandis que la puissance publique a été de plus en plus accaparée au service des marchés financiers. A tous les niveaux a été organisé le dessaisissement progressif des citoyennes et des citoyens de leur pouvoir. On est passé de l’Etat-Providence à l’Etat de marché. Pour donner le change, on a ainsi inventé le concept particulièrement pervers de gouvernance, véhiculant l’idée que la conduite politique pouvait se contenter de compétences. Par une série de coups d’Etat déguisés, une petite oligarchie, relayée par ses innombrables lobbies, a pris le pouvoir de façon insidieuse, maintenant les apparences de la démocratie. Ainsi, plus les changements nécessaires paraissent immenses, moins l’action politique paraît être porteuse de solutions.

 

Des crises internationales à répétition

Depuis le bouleversement géopolitique lié à la chute du mur et à la mondialisation capitaliste, des crises internationales majeures s’enchaînent dans un monde présenté comme irrémédiablement instable et dangereux. Les réponses militaires et les stratégies de puissance seraient, nous dit-on, les seules possibles. Les dépenses liées à la guerre pèsent lourd dans les budgets publics.

En Irak, en Afghanistan, en Libye, en Afrique… des logiques de guerre, au nom de prétendues valeurs occidentales, n’ont cessé d’exacerber les tensions, d’étendre les instabilités, d’aggraver les crises. Cette escalade sans issue, dans le mépris des droits des peuples et l’instrumentalisation de l’ONU, est le fruit d’un néo-impérialisme dont la volonté de prédation est à l’œuvre partout où des intérêts stratégiques sont en jeu.

Les tensions et les violences qui caractérisent le monde d’aujourd’hui, dans sa complexité, s’enracinent en particulier là où le sentiment existe que la politique des Etats-Unis, des pays de l’Union européenne, de l’OTAN... bafoue la dignité, la souveraineté des peuples.

Le non respect des droits de la Palestine, la succession de guerres, le soutien à des dictatures, les politiques néolibérales imposées par le FMI et l’Union européenne… Tout cela n’a cessé d’alimenter un rejet profond de la domination occidentale et de fournir des motifs de révolte et de mobilisation populaires puissantes.

 

L’humanité en panne de sens

La conjugaison de ces crises finit par plonger l’humanité dans une véritable crise de civilisation. Une crise du sens et de l’imaginaire. Une crise existentielle qui interroge les rapports entre les êtres humains et leurs rapports à la nature.

Le capitalisme est venu exacerber toutes les dominations existantes, à commencer par le patriarcat. Prospérant sur la concurrence et la peur de l’autre, il a sapé les fondements du vivre ensemble. Les savoirs et leur diffusion ont été placés au service de la rentabilité financière, et les êtres humains empêchés d’acquérir une maîtrise critique des connaissances et une culture commune. La marchandisation de tout jusqu’au corps humain, la guerre de tous contre tous et l’explosion des inégalités, la domestication de la culture et de l’éducation se sont abattues sur les peuples. Les grandes puissances se sont attelées à fournir des motifs de justification à leurs guerres néo-coloniales.

Dans une humanité déboussolée, les résistances à cet ordre mondial insupportable se sont exprimées de façon contradictoire. La théorie du choc des civilisations, mise en pratique par des responsables politiques peu scrupuleux, pour servir les intérêts de leur cause, a fait grandir des affrontements dangereux et sans issue à l’échelle planétaire. Le terrorisme, qui pousse sur le terreau de la domination des peuples, est devenu le nouvel ennemi public.

Dans ce contexte, le peu de prix accordé aux vies humaines constitue un traumatisme sérieux. L’humanité se cherche. Elle ne trouvera réponse à ses questions que dans la quête commune de sens, que dans la mise en œuvre d’un projet commun, que dans la fin des logiques de puissance et de prédation.

 

Fenêtre 1 : La crise et son issue en question

La crise, dans toutes ses dimensions, est dans toutes les têtes. Comment l’analyser et cerner ses contours ? Quelles contradictions provoque-t-elle au sein du système ? Quelles luttes se développent et quelles luttes développer ? Quelles sont les issues ? Quelles brèches ouvrir dans l’austérité ? Plus elle est comprise et interprétée, plus les solutions se dessinent et plus l’espoir pourra gagner du terrain.

 

3- Un nouvel âge de la lutte des classes dans une humanité fragmentée

 

Au coeur de ces difficultés les résistances et la créativité des hommes et des femmes peuvent ouvrir de nouveaux horizons. C’est ainsi que pourra se reconstruire une civilisation nouvelle de femmes et d’hommes, riches d’influences culturelles différentes, mais fondamentalement libres, égaux et associés.

 

Pour une nouvelle conscience de classe

La lutte des classes avait disparu. C’était une vue de l’esprit, un fantôme du passé que quelques individus inadaptés aux exigences de la modernité cherchaient à réveiller. Chacun était seul responsable de la situation dans laquelle il se trouvait. Voilà le discours hypnotisant qui nous a été servi des années durant. Et pourtant, jamais il n’y a eu de pause dans cet affrontement.

La crise a commencé à faire tomber le masque, de par la violence de la tentative d’écrasement que mène la classe dominante. Nous avons vu défiler les marchés financiers et leur course à la compétitivité, les actionnaires et leurs dividendes, les banquiers et leurs escroqueries, les grands patrons et leur héroïsme... Nous avons entendu que « la guerre des classes existe » et que c’est leur classe, « celle des riches » qui est en train de la gagner.

Pour que l’immense majorité, les « 99% », puisse faire valoir ses droits au changement, nous voulons qu’émerge une nouvelle conscience de classe, qui rassemblerait le monde du travail et de la création. Il est grand temps que se retrouvent tous ceux et celles, épris de justice, de paix et d’humanité, dont l’intérêt est d’unir leurs énergies pour ne plus laisser quelques profiteurs décider à leur place. Il faut pour cela faire grandir une alternative commune. Nous bataillerons pour faire échec à la division du salariat, et à la division sexuée du travail qui se fait au détriment des femmes. Ainsi, nous combattrons le fameux concept de « classe moyenne », modelé pour faire croire à toute une partie de la population qu’elle pourra s’en sortir mieux que les autres parce qu’elle le vaut bien. De même nous ne laisserons pas s’installer plus avant le terme pernicieux d’assistanat pour décrire le devoir qu’a la société de relever celles et ceux qui sont dans la difficulté et de les accompagner.

 

Des femmes et des hommes décidés à gagner

Profiteurs contre producteurs. Finance contre travail. Comment peut-on dans ce contexte, appeler à partager les efforts et proposer le match nul ? Les appels du gouvernement français à rechercher un « compromis historique » entre le patronat et les syndicats pour un « choc de compétitivité » sont inacceptables. Il s’agit d’une nouvelle tentative de « baisser le coût du travail », d’accentuer l’individualisation de la relation de travail,  et d’imposer la flexibilité. Cette offensive n’a d’autre but que d’asservir plus encore les salarié-es, comme si les régressions de ces dernières années n’avaient pas suffi. Le patronat a fait le choix de la désindustrialisation, de la spéculation, de l’abandon de la recherche-développement et de la formation, de la mise en concurrence des salarié-es entre eux par le chômage et la précarité… Il voudrait encore doubler la facture. S’il faut un choc, c’est pour baisser le coût du capital et non la rémunération du travail ; c’est pour baisser les charges financières et non pas les cotisations sociales ; c’est pour en finir avec la précarisation et non pas pour l’augmenter ! Voilà les issues à la crise !

 

Face aux offensives brutales d’actionnaires insatiables, les salarié-es, avec leurs organisations, ont cherché à établir des résistances solides. Dénonçant le mépris et l’incohérence, ils ont mis sur la table des projets alternatifs crédibles. Malgré les atteintes au droit de grève, malgré la criminalisation de l’action syndicale, malgré les chantages, malgré l’abandon des pouvoirs publics, des luttes ont grandi, dont certaines ont pu ouvrir des brèches. Ces hommes et ces femmes, atteints dans leur dignité, défenseurs d’eux-mêmes autant que de l’intérêt général bafoué, tiennent tête aux puissants. Parmi eux, il y a ces ouvrières et ces ouvriers que les médias ont longtemps ignoré, caricaturé et dont ils ont même décrété la disparition. C’est de leur côté que se trouvent les solutions.

 

Dans ces batailles, les femmes prennent très largement leur place, affrontant au passage un double mépris, tandis que chaque mesure de régression adoptée les frappe plus durement en raison de leur genre. Mais si le capitalisme se nourrit de cette oppression, nous savons qu’elle n’a pas besoin de lui pour exister. Pourquoi faut-il encore aujourd’hui mener la bataille pour le droit à disposer de son corps et contre les violences faites aux femmes ? Combien, de par le monde, sont traitées comme des mineures, contraintes d’obéir, de se cacher, de se soumettre ? De la même manière, pourtant, aux femmes, on avait expliqué que le féminisme était un combat dépassé, balayant d’un revers de main les inégalités persistantes, le patriarcat encore vivace. Ce combat contre la domination et pour l’égalité doit se faire plus encore le combat de toute l’humanité.

 

Le grand piège de « l’affrontement identitaire »

Racisme, xénophobie, antisémitisme, islamophobie, sexisme, homophobie, lesbophobie, transphobie et autres avatars du rejet de l’autre n’ont pas attendu la naissance des marchés financiers pour sévir. Nous les combattons toutes avec vigueur, en tant que telles. Nous savons aussi que les forces dominantes ont bien compris le parti qu’elles pouvaient en tirer : afin de détourner la colère sur d’autres têtes, elles s’attachent à diviser leurs victimes dans des affrontements qui laissent à l’abri leurs intérêts.

Pour déclarer l’ouverture de la chasse aux boucs-émissaires, tous les prétextes sont bons. La stigmatisation tous azimuts des jeunes des quartiers populaires, des agents de la fonction publique, des grévistes, ou encore des chômeurs et des pauvres établit une liste de prétendus profiteurs du système, en même temps que le portrait robot du prétendu méritant vertueux qui serait lésé par leur seule existence. Dès lors, lutter contre toutes les dominations, travailler à gagner l’unité et la solidarité contre les divisions, c’est façonner cette nouvelle conscience de classe que nous recherchons. C’est plus que jamais une urgence.

En effet, à partir de l’insécurité sociale latente, tout est fait pour que l’être humain se sente plongé dans un climat d’insécurité existentielle, au point de se vivre comme un individu assiégé de toutes parts. Assiégé dans son être même, dans son identité... Le pas suivant est vite franchi. Ainsi donc, le tranquille autochtone, serait seul face aux barbaresques menaçants. Il s’agirait donc pour lui de s’unir avec ses semblables face à l’ennemi désigné, accusé de « racisme anti-blancs ». Les mêmes qui critiquent le communautarisme l’installent de fait, dans une dimension profondément conflictuelle, allant jusqu’à usurper et dévoyer le principe républicain de laïcité.

Le déplacement du conflit social sur le terrain identitaire et communautariste est lié à l’héritage complexe et encore pesant d’une histoire nationale marquée par le fait colonial et relève d’une stratégie visant à fractionner les couches populaires et à masquer l’aggravation des inégalités sociales. C’est ce que l’on appelle l’ethnicisation des rapports sociaux, et c’est, dans le monde d’aujourd’hui, une arme de division massive.

S’appuyant sur la théorie du choc des civilisations, la diabolisation insupportable de l’islam et des musulmans, amalgamés en permanence à des étrangers intégristes et à des terroristes en puissance, a une fonction particulière dans ce dispositif. Voilà ainsi campé le personnage de l’étranger par excellence, celui qu’on incrimine et contre qui l’on veut fédérer. A partir de là peuvent se déployer toutes les peurs, toutes les haines et toutes les jalousies, comme on le voit aussi particulièrement à l’endroit des Rroms ou des sans-papiers. Comme on le voit également à travers l’islamophobie et la résurgence de l’antisémitisme. Le développement d’un nouveau type de racisme, de plus en plus décomplexé, ne saurait être compris sans mesurer la portée de cette offensive menée par la droite et l’extrême droite. Elle est susceptible d’alimenter bien des tensions au sein des peuples comme au plan international. En mettant cet affrontement identitaire à l’ordre du jour, elle porte un grand danger de notre temps.

 

Communistes, nous affirmons l’inexistence des races, prônons l’universalisme et l’égalité de tous les êtres humains. Nous concevons la diversité des cultures, des héritages comme un patrimoine de toute l’humanité. Combattants contre toutes les aliénations, nous refusons les assignations identitaires imposées aux individus. Comme beaucoup d’hommes et de femmes, nous ne reconnaissons pas la richesse de l’humanité dans ces identités étriquées, fantasmées, artificielles. La question est bonne : homme, femme, qui es-tu ? Mais la réponse ne peut consister à s’enfermer dans des cases pour se rassurer et se protéger. L’être humain est un être social, un être de relations, un être de culture. L’être humain est un producteur. Un être en chemin et en devenir. Chacune, chacun, nous sommes des humains uniques et complexes, d’influences et d’appartenances multiples. Ensemble, nous sommes l’humanité.

 

Que dire, alors, de la nation ? Nous en portons une conception qui se situe aux antipodes de la vision identitaire et ethno-culturelle qui teinte les discours de la droite, sous l’influence de son extrême. La nation est pour nous un lieu essentiel du faire peuple et de l’exercice de la démocratie. Un lieu essentiel de l’internationalisme. La nation française elle-même s’est forgée dans la Révolution. Elle peut être fière de sa diversité régionale, en particulier linguistique. Elle est habitée d’une culture ouverte et en mouvement dont le monde a besoin. Au même titre qu’il a besoin de l’apport des autres nations de l’Europe et du monde. Depuis l’aube de notre histoire, les échanges entre les peuples nourrissent les représentations qu’ils se font d’eux-mêmes, leurs cultures communes et leurs façons de vivre. Partout, au coeur de la vie quotidienne dans les villes du monde, c’est cela qui se poursuit.

C’est pourquoi, l’idéologie xénophobe du nationalisme est une dangereuse fumisterie. Convaincus qu’il est vain d’enfermer toute tentative de changement dans la seule nation, nous proposons d’en refonder le principe pour reconstruire de l’unité sur les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Dans le même mouvement, il sera possible d’inscrire cette refondation dans une quête de mondialité. C’est-à-dire un processus permanent d’humanisation de l’humanité capable de bousculer la mondialisation capitaliste et d’opposer aux affrontements identitaires la force d’un monde interculturel. De tous les pays, unissons-nous.

 

Fenêtre : La fragmentation de la société en question

Vivre ensemble, lutter ensemble. Nous voulons lutter contre toutes les dominations tandis que le capitalisme les utilise pour diviser les peuples. Comment faire face à la fragmentation de la société, lutter contre les divisions, combattre les visions ethnicisées du monde, affronter l’individualisation des rapports sociaux… ? Comment construire une conscience de classe de notre temps ? Comment lutter contre la montée de l’extrême droite et de ses idées ? Qui et comment rassembler pour un changement politique ?

 

4- L’ouverture de nouveaux champs du possible

 

Quand les peuples se mettent en mouvement

Partout dans le monde, des mouvements populaires se développent qui en attestent : l’humanité cherche des issues. En effet, comment ne pas trouver dans le mouvement d’occupation de Wall Street, le temple du capitalisme mondialisé, le signe éloquent d’un système en perte de légitimité ?

Dans les pays d’Europe, les peuples résistent et manifestent leur profond rejet de l’austérité. Des forces politiques comme Syriza, en Grèce, opposées aux orientations européennes, commencent à gagner une place politique nouvelle. Sans oublier les « Indignés », qui portent une forte contestation du système, et bien souvent de la politique en tant que telle.

En Amérique Latine, dans la diversité des histoires nationales, des forces politiques, ont été portées au pouvoir pour s’opposer au pillage impérialiste de leurs richesses et de leur travail, pour fonder de nouvelles coopérations et solidarités, y compris avec Cuba, victime d’un blocus inacceptable. Il s’y mène des politiques nouvelles où l’on cherche des façons de rendre au peuple les droits qui sont les siens. Ces expériences nous intéressent, elles nourrissent nos espoirs, elles participent à rendre partout le changement possible. Nous en sommes pleinement solidaires.

Le Printemps arabe, s’il a débouché sur des situations contrastées, ne saurait être interprété autrement que comme une éruption trop longtemps contenue, d’aspirations profondes à des bouleversements dans la vie quotidienne et dans la vie démocratique des peuples. Le monde arabe n’en pouvait plus de cette domination néo-coloniale dont la misère, la famine et la privation de libertés étaient le prix. Au coeur de ces mouvements, les aspirations démocratiques et progressistes doivent prendre le dessus.

Dans notre pays, enfin, se lèvent dans de nombreux champs de la société des mouvements de lutte qui portent des revendications et des propositions concrètes. C’est de là que naîtra le changement.

Nous souhaitons que se libèrent toutes ces forces qui veulent transformer nos sociétés, et celles qui ne trouvent pas encore à se manifester. Si elles sont encore éparses, s’il leur manque un projet commun, elles sont porteuses d’un souffle nouveau dont le monde a besoin.

 

Quand le progrès sert l’humanité

La révolution numérique et informationnelle bouleverse déjà les modes de production et d’échanges, comme les modes de vie. Elle prolonge l’intelligence humaine et change son rapport au monde, alors que jusqu’ici les outils, puis les machines de la révolution industrielle, avaient permis simplement de «prolonger la main», en instituant une séparation multi-séculaire entre celles et ceux qui décident et celles et ceux qui exécutent,. Les systèmes automatiques de traitement, de stockage et de transmission de l’information sont autant d’avancées ouvrant des possibilités inédites que le capital s’efforce de confisquer, avec les gains de productivité qu’elles génèrent. Pourtant, elles portent en elles la possibilité d’une autre civilisation, fondée sur la mise en commun et la coopération plutôt que sur la marchandisation du monde.

En tous domaines, les progrès considérables de la connaissance et des savoirs, accompagnés de progrès techniques et technologiques incessants, couplés à cette révolution sont une chance pour l’humanité. L’organisation du travail, sa conception et sa place dans la vie des êtres humains pourrait en être complètement changée.

Contrairement au projet d’une « économie de la connaissance » qui capte la recherche au service de la rentabilité et vise la refondation de la formation au service de la division du salariat, nous voulons nous appuyer sur la place croissante des savoirs dans la société pour construire une culture commune émancipatrice. Déjà, la place croissante des savoirs dans le travail, dans le débat démocratique et dans la vie quotidienne est à l’origine d’aspirations nouvelles.

Sous la crise du capitalisme émergent déjà les prémisses d’une troisième révolution industrielle avec l’impression 3D, les machines auto-réplicatives libres, l’open source hardware, les mouvements hackers et maker. Ainsi se créent et se développent des lieux de conception et de proximité en réseau, ouverts et gratuits, où l’on partage savoir et savoir-faire, où l’on crée plutôt qu’on ne consomme, où l’on expérimente et apprend collectivement, où le producteur n’est plus dépossédé de sa création, tels les Fab Lab, qui sont les moteurs de ce mouvement.

Toutes ces avancées portent en elles des possibilités de mise en commun, de partage et de coopération inédites.

 

5 • Un projet de société fondé sur l’humain

 

Alors, quel projet ? Cette question, nous ne souhaitons pas y répondre seuls. Nous voulons la poser en grand à la société. Nous voulons interroger les hommes et les femmes, pour donner de l’espace et de l’écho à leurs aspirations. Ouvrons grand les vannes : « et vous, quels changements de société voulez-vous ? » Voilà la grande campagne d’échanges citoyens que nous souhaitons lancer dans tout le pays et au-delà.

Nous ne saurions nous engager dans une telle initiative sans décrire nous-mêmes le projet de société que nous portons. Nous ne le concevons pas comme un modèle prêt-à-porter, mais une contribution forte dans la quête de l’humanité.

Rien de tout cela ne tombe du ciel. A la suite des Lumières et de la Révolution Française, il y a les anticipations fondamentales issues de Marx, et des penseurs du socialisme, avec une mention particulière dans notre pays pour la contribution de Jean Jaurès, qui fonda ce journal au nom si emblématique : L’Humanité. Il y a ensuite les enseignements que nous avons tirés des échecs et de l’effondrement des premières tentatives de rupture avec le capitalisme du XXème siècle : sans démocratie, respect des libertés et des droits de l’homme particulièrement, il ne saurait y avoir d’émancipation humaine. Il y a encore les avancées produites par les communistes depuis un certain nombre d’années pour définir d’autres logiques à mettre en oeuvre. Il y a enfin tout ce qui se cherche et s’invente dans les luttes et le mouvement des idées pour faire grandir l’alternative.

Notre projet se nourrit de tout cela. Il est en construction permanente. Un projet alternatif au capitalisme et à toutes les formes de domination doit permettre la convergence des pensées qui leur résistent : celles qui prennent le contre-pied des politiques libérales sur le plan social et économique, celles qui renouvellent l’exigence écologique, celles qui vont puiser dans les aspirations libertaires et l’humanisme, celles du féminisme, celles de la République face à sa décrépitude avancée, celle de l’altermondialisme... Il doit également se forger dans la vie, comme une réponse aux contradictions dans lesquelles les femmes et les hommes se débattent. C’est ce que nous nommons communisme : l’incessant mouvement démocratique d’appropriation citoyenne du monde et de partage des avoirs, des savoirs et des pouvoirs qui enverra peu à peu aux oubliettes l’ancien régime du capitalisme et fera grandir l’humain dans l’humanité.

 

La démocratie comme mode de vie

La démocratie doit être au coeur du vivre ensemble, par la reconnaissance d’une souveraineté populaire pleine et entière comme étant seule légitime. Aucun pouvoir, fut-il éclairé ou savant, ne saurait s’affranchir du peuple et gouverner sans lui. Nous proposons de démocratiser tous les espaces de la société, en recherchant partout à pousser les feux de l’intervention citoyenne et de la co-élaboration.

 

Nous voulons une nouvelle République, où l’exercice de la démocratie ne consistera pas à abdiquer son pouvoir de citoyenne ou de citoyen. Dans toutes les institutions, nous voulons rompre avec le présidentialisme, en finir avec le cumul des mandats en nombre et en durée, favoriser la délibération et l’exercice collectif des responsabilités, promouvoir la proportionnelle comme mode de scrutin à toutes les élections locales et nationales, trouver les voies d’une parité effective, ouvrir un droit d’initiative législative populaire et un droit de saisine des institutions. Nous proposons également pour faire vivre la démocratie et lutter contre la professionnalisation de la politique, la création d’un statut de l’élu-e.

Au sein de cette République, nous voulons une vraie démocratie locale, dont les communes doivent être le coeur battant. Elles devront y développer l’esprit coopératif à chaque fois que nécessaire en faisant respecter l’esprit décentralisateur et la souveraineté populaire. Nous sommes pour une citoyenneté de résidence et nous défendons le droit de vote des étrangers vivant dans notre pays.

Pour prendre le pouvoir, il faut comprendre le monde. Notre exigence de démocratie rend nécessaire l’accès de toutes et tous aux savoirs.

Nous proposons une véritable démocratie économique et sociale, qui instaurera l’exercice de nouveaux pouvoirs pour les salarié-es dans les entreprises et transformera les structures juridiques qui fondent aujourd’hui la propriété du capital et son pouvoir absolu, en s’appuyant sur des formes diverses de propriété publique et sociale. La citoyenneté ne doit pas s’arrêter à la porte des lieux de travail. Sans attendre, nous voulons que les salarié-es et leurs représentant-es disposent de droits et pouvoirs d’intervention sur les choix qui président à l’organisation du travail, aux investissements, aux stratégies des entreprises et à leur financement. Nous voulons permettre aux organisations syndicales de tenir la place essentielle qui leur revient dans la démocratie sociale. Il en est de même pour les élus locaux et les élues locales, de par leur rôle décisif dans l’aménagement du territoire.

Nous proposons une administration démocratisée des services publics et leur expansion coopérative jusqu’à la gestion des biens communs de l’humanité. Nous voulons libérer des griffes du marché l’eau, l’énergie, et plus largement des secteurs essentiels à la vie de l’humanité, y compris la monnaie... Nous voulons ouvrir des droits garantis par des services publics dans les domaines du logement, de l’information, de la communication, des transports, de la santé, ou du crédit. Nous voulons développer la gratuité de ceux qui sont essentiels à la vie de chacune et chacun.

 

La fuite en avant libérale opérée par lUnion européenne na cessé de sexacerber, au point de la plonger dans une crise existentielle qui appelle des transformations fondamentales. Ainsi, la finalité même de la construction européenne doit être redéfinie. L’Europe doit devenir un grand projet humain, capable de peser pour un monde de coopération. A l’opposé des forces nationalistes qui opposent entre eux des peuples qui souffrent du même mal, nous voulons refonder la construction européenne pour bâtir une Europe des peuples, dont le but sera le progrès humain, social et écologique, et non plus la concurrence acharnée et la grande compétition des humains. Aussi, sa première ambition devra être de s’émanciper des marchés financiers. Par la coopération, elle devra permettre de mobiliser démocratiquement tous les atouts disponibles au service de la promotion des capacités humaines et d’assurer la gestion solidaire des biens communs.

Parmi les changements majeurs, il est urgent de mettre fin à l’indépendance de la Banque Centrale Européenne, qui doit être placée sous contrôle démocratique et citoyen. Elle devra être enfin autorisée à battre monnaie pour financer les dépenses publiques et les investissements s'inscrivant dans les nouvelles priorités, aux conditions les plus favorables et dans une logique de long terme et contribuer à un essor concerté des services publics. Elle devra également favoriser la réduction des inégalités de développement entre pays membres. Parallèlement, un audit citoyen de la dette, devra permettre aux Etats de se libérer des charges illégitimes que les financiers veulent leur extorquer.

Nous voulons repenser la démocratie européenne. La gestion commune des biens, intérêts et projets communs doit résulter de choix souverains, faits en pleine connaissance de cause après information et consultation des citoyennes et des citoyens. Il faut donc créer les conditions -politiques, institutionnelles, culturelles- favorisant leur implication dans l'élaboration des politiques européennes, le contrôle de leur mise en oeuvre et l'évaluation de leurs effets. L’Europe refondée ne saurait altérer la souveraineté populaire ou nier les nations qui la composent, mais doit s’imposer le devoir de pousser les feux de la démocratie représentative, participative et citoyenne.

Enfin, ses principes doivent respecter ceux de la Charte des Nations Unies. Elle devra se montrer exemplaire dans l'engagement solidaire et responsable face aux enjeux vitaux de notre temps : environnement, paix, développement... Il lui faudra ainsi rechercher tous azimuts des partenaires pour coopérer à la transformation du monde.

 

Nous voulons un monde de paix, de partage et de solidarités. La paix ne saurait être garantie que par la justice, le respect du droit et de la souveraineté des peuples. C’est ce qui fonde notre soutien à la lutte légitime des peuples de Palestine, du Kurdistan, du Sahara occidental en particulier. Nous nous opposons à l’impérialisme et à ses guerres. Partout, les relations entre les peuples doivent se bâtir sur les coopérations et la sécurité, dans la quête d’un nouvel ordre mondial. Face aux nouveaux enjeux de la sécurité internationale, comme face à la gravité de la situation, en particulier au Moyen-Orient, il est urgent de mettre à l’ordre du jour, avec l’exigence du règlement politique des conflits, le désarmement multilatéral, en matière nucléaire et bien au-delà.

C’est sur cette base, de solidarité et de responsabilité collective, que nous proposons de refonder les institutions internationales, d’agir pour sortir de l’OTAN et la dissoudre. Nous sommes également convaincus qu’il faut en finir avec les orientations des institutions financières internationales telles le FMI et la Banque mondiale, qui conditionnent toute forme d'aide à nombre de pays du Sud, et même aujourd'hui d'Europe, aux politiques néo-libérales d'austérité et de régression sociale. Une véritable révolution monétaire doit voir le jour pour mettre fin à la domination du dollar, pour mettre en oeuvre progressivement une monnaie commune mondiale visant à répondre aux besoins de coopération et de co-développement en mobilisant les moyens existants et nécessaires et en favorisant le développement des services publics. C'est l'ensemble des organisations internationales, y compris l'ONU, qui doivent être transformées et démocratisées afin de pouvoir répondre aux exigences du multilatéralisme, de la coopération et du développement humain durable. Il y a urgence à mettre en discussion un manifeste pour un développement humain durable à l’échelle mondiale, afin d’engager une discussion sur la satisfaction des besoins essentiels de tous les êtres humains et sur la gestion des ressources communes de l’humanité.

 

Produire, consommer et partager autrement les richesses

Le capitalisme abime les liens des êtres humains avec la nature et des êtres humains entre eux. Avec lui, tout est devenu marchandise, tout est devenu source potentielle de profit pour quelques uns. Nous voulons faire grandir la conscience que l’humanité a d’elle-même et lui permettre d’organiser la façon dont elle subvient à ses besoins et crée les moyens de son épanouissement.

 

La question du travail et des rapports d’exploitation est centrale. Les vagues de suicides qui ont frappé de grandes entreprises ont dramatiquement mis le projecteur sur l’augmentation de la souffrance au travail, due à la pression permanente et à la perte de sens. La course insensée à la compétitivité ne saurait qu’aggraver cette situation. Le travail doit être garanti comme le droit de chacune et chacun à se réaliser, à participer à l’effort commun au service de la collectivité en fonction de ses moyens, en contrepartie d’un revenu lui permettant de se nourrir, se vêtir, se loger, se cultiver, se détendre, voyager...

Pris dans toute sa dimension, le travail doit être un lieu de créativité, d’épanouissement et de vie sociale. Il faut donc le réorganiser et le repenser en mettant au placard les techniques de management inhumaines et le recours à la précarité. La place des femmes à tous les niveaux de responsabilité dans l’entreprise, le refus du temps partiel imposé et la rémunération de leur travail à égalité avec les hommes doivent être des normes respectées.

Les potentialités actuelles doivent permettre de réduire le temps de travail dans une vie, mais aussi de construire un système de sécurisation de l’emploi et de la formation pour éradiquer le chômage, démarchandiser le travail, et répondre aux besoins de formation, pour la société dans son ensemble et pour chacun de ses membres.

Les attaques violentes contre le droit à la retraite, à la santé, à l’assurance chômage, aux prestations sociales ont rencontré de grandes résistances. Nous réaffirmons notre choix fondamental en faveur d’une protection sociale solidaire de haut niveau.

Pour répondre aux aspirations de la société, nous voulons sortir de la défensive en portant, à partir des luttes sur l’hôpital, l’école ou encore la recherche, une expansion des services publics à l’échelle européenne. Leur développement est à la fois une nécessité économique de relance et une question de justice.

 

Nous ne cèderons pas au MEDEF qui entend passer commande de la main d’oeuvre dont il a besoin en enfermant les étudiant-es dans l’acquisition de compétences restreintes et en en dédouanant les entreprises de leur propre rôle de formation. L’éducation et la formation doivent permettre l’élévation générale du niveau des connaissances et des capacités dont la société a besoin, et fournir aux êtres humains de quoi se construire comme individus libres et responsables. Ces périodes doivent être reconnues comme partie intégrante du travail que chacune et chacun fournit dans une vie au service de la collectivité. Il convient également de libérer le développement de la recherche, avec une forte impulsion publique et dans un esprit de mise en commun des découvertes pour faire avancer l’humanité et lui permettre de résoudre sans attendre les grands problèmes qui lui sont posés. Une nouvelle culture de partage et d’intercréativité de tous les êtres humains, en germe dans la révolution numérique et informationnelle devra être promue.

 

La crise a accéléré la destruction de sites de production entiers et l’abandon de savoir-faire industriels laissant des centaines de milliers d’ouvrières et d’ouvriers sur le carreau. C’est insupportable ! Nous voulons continuer à produire, dans le respect de l’environnement. Nous n’acceptons pas ce gâchis humain, social, écologique et économique que veulent imposer les grandes multinationales dans leur course à la concurrence. Vivre et travailler au pays, le slogan n’est pas d’aujourd’hui. Nous voulons mettre en oeuvre d’autres modèles de gestion que ceux du capitalisme financiarisé. Nous voulons gagner une politique industrielle et de services, reposant sur des pouvoirs d’intervention des salarié-es, un nouveau crédit sélectif et des filières stratégiques cohérentes,. Nous voulons organiser la coopération entre les sites de production comme le proposent souvent les organisations syndicales, et favoriser les circuits courts qui économisent la planète. Nous voulons instaurer un droit de préemption pour les salarié-es sur leur outil de travail, développer l’économie sociale et solidaire. Des nationalisations doivent être opérées dans plusieurs secteurs stratégiques et pour reconquérir la gestion de biens communs. Nous voulons, sous de multiples formes, engager un grand mouvement d’appropriation sociale.

 

La planification écologique doit devenir loutil du débat démocratique, afin de maîtriser les enjeux de production, d’éviter les gaspillages de ressources, les atteintes à la biodiversité et d’organiser la véritable réponse aux besoins. Ainsi, dans un contexte d’expansion des besoins énergétiques mondiaux, il faudra juguler le réchauffement climatique à l’échelle de la planète par une réduction progressivement massive du recours aux énergies carbonées qui sont responsables des émissions de gaz à effet de serre. De ce fait, la transition énergétique française, pour rendre effectif le droit à une énergie pour tous devra passer par un important effort de sobriété et d’économie d’énergie dans l’habitat et les transports, ainsi que par un mix énergétique entièrement public, portant des exigences accrues de sûreté sur le nucléaire et de plus en plus marqué par les énergies renouvelables. La recherche devra être déployée dans tous ces domaines.

Il est grand temps de sortir du cycle infernal productivisme-consumérisme, qui n’a d’autre finalité que les profits de quelques uns. Il faut donner un tout autre contenu à la croissance, imposer des exigences qui ne peuvent être que celles d’un développement humain durable. Il faudra traquer, par exemple, l’un des choix stratégiques les plus symboliques de l’absurdité du système : l’obsolescence programmée, qui voit des entreprises produire des biens à durée de vie volontairement déterminée pour fidéliser, en quelque sorte, leur clientèle…

L’eau devra être reconnue comme un bien commun de l’humanité, garantie comme un droit pour les populations et partagée jusque dans la gestion publique et coopérative des ressources. Il faut également anticiper les moyens de relever le défi alimentaire, en quantité comme en qualité, en refusant la mainmise des multinationales sur la production agricole avec ses organismes génétiquement modifiées et son modèle autant intensif qu’extensif qui constitue la négation de la souveraineté alimentaire et de l’agriculture paysanne comme de la pêche artisanale. En refusant également de laisser la grande distribution venir spéculer, ponctionner et orienter à sa guise, privant les producteurs d’une juste rémunération. Il faut changer de logique en imposant les exigences d’un développement humain durable. Notre croissance est celle du développement social et écologique, pas celle de l’accumulation du capital.

 

Le but du travail ne saurait être de produire toujours plus d’objets de consommation rentables et jetables, mais de permettre à l’humanité de vivre bien. Les inégalités de revenus exorbitantes sont une insulte à la dignité humaine, elles méritent qu’on s’y attaque en définissant des revenus minimum et maximum. Nous voulons repenser l’impôt, taxer l’argent du capital augmenter sa puissance redistributive et sa capacité à orienter les grands choix des entreprises. Les richesses produites, aujourd’hui usurpées et gaspillées, devront échapper à la mainmise de la finance et des spéculateurs. Nous voulons réorienter fondamentalement l’argent des profits, l’argent des banques et l’argent public vers les salaires, la garantie de droits sociaux, l’investissement productif écologique, la recherche, l’expansion des services publics. Les nouveaux pouvoirs des salarié-es devront les placer au service des objectifs sociaux qui expriment notre ambition : l’humain d’abord ! Dans cet esprit, la réorientation du crédit bancaire est une priorité stratégique pour mettre en cause le pouvoir des marchés financiers. Déjà, des luttes sociales et politiques se mènent pour traduire cette exigence dans des dispositifs institutionnels concrets comme la constitution d’un pôle financier public et le déploiement de fonds régionaux pour l’emploi et la formation.

 

Le choix résolu de la dignité humaine

Chaque vie humaine est essentielle à l’humanité. Pour nous, le libre développement de chacune et chacun est la condition du libre développement de toutes et tous. Naître, c’est accéder à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. Ces valeurs toujours révolutionnaires ne peuvent vivre que si elles avancent du même pas. Il faut pour les garantir, que la souveraineté populaire s’exerce pleinement, dans un esprit de laïcité. Nul ne peut imposer aux autres ses convictions, qu’elles soient religieuses, politiques ou philosophiques. De même, nul ne peut être discriminé en raison de ses origines, de son sexe, de son handicap, de tout prétexte que l’on pourrait utiliser pour abaisser celui qui est différent de soi, ou celle que l’on ne comprend pas. L’égalité entre femmes et hommes doit maintenant devenir une réalité et les violences faites aux femmes être éradiquées. Réformer le mariage, comme l’adoption,en en faisant un droit pour toutes et pour tous, serait au passage une belle manière de reléguer dans le passé l’esprit de domination dans lequel il a été bien souvent utilisé dans l’histoire de nos sociétés.

 

Lexercice concret de la démocratie, dans un quartier populaire, dans une commune, est un geste essentiel au service de la rencontre. La République doit mettre en dialogue toutes les représentations du monde, dans la mesure où elles ne contestent pas son principe. Ainsi, nous refusons la conception qui ferait de la laïcité un principe de stigmatisation et d’exclusion. Nous refusons aussi cette conception qui ferait de l’espace public un lieu aseptisé, où l’on s’efforcerait de n’être que semblable aux autres, les convictions des individus étant refoulées dans une «sphère privée». C’est là qu’elle doit tisser la toile des valeurs communes qu’il faut sans cesse continuer. Nous voulons porter une vision restaurée de la laïcité, qui garantisse la liberté de conscience et l’égalité de droits et l’indépendance de l’Etat à l’égard de toute religion et de toute autorité hormis la souveraineté populaire. Aussi, nous nous opposons à tous les intégrismes qui instrumentalisent les religions à des fins politiques, en portant atteinte aux libertés et à la dignité des femmes.

 

Nous voulons développer laccès à la culture, à l’information et aux connaissances, mais aussi leur appropriation sociale, en élargissant ce que les êtres humains ont en commun ou peuvent partager et qui construit leur humanité. Il s’agit de dépasser les querelles identitaires dépourvues de sens et de permettre à chacune et chacun d’être maître de son destin individuel en participant au destin collectif. Nous imaginons une information subtilisée aux mains des financiers et démocratisée. Nous voulons en finir avec une éducation mise au service de la rentabilité et des intérêts du capitalisme. Construire une culture commune exige un grand service public de l’éducation pour toutes et pour tous. Nous voulons sortir de la marchandisation des oeuvres de l’esprit, de l’avilissement de la culture, réduite au rang de passe-temps chargée de produire du temps de cerveau disponible. La culture peut donner dans la gravité ou dans la légèreté, mobiliser l’intelligence ou les émotions, prétendre à de grands bouleversements ou n’avoir aucune prétention, mais elle ne saurait être le résultat d’une production industrielle passée au tamis du marketing pour abaisser le peuple et le rendre docile. L’art, la culture, l’imaginaire sont des vecteurs essentiels des créations humaines, des moteurs de transformation sociale, des révélateurs de citoyenneté et d’humanité. Vecteur d’accomplissement de soi et de relations humaines, le sport doit être libéré de la domination de l’argent : la libre association et le bénévolat sont des facteurs essentiels pour y porter l’exigence de partage et de démocratie.

 

La République ne se fige pas dans une image d’Epinal surannée en brandissant le drapeau français. Ce que porte le drapeau français, ce sont les valeurs généreuses de la Révolution, celle de « Ma  France » de Jean Ferrat et nulle haine recuite. Nous ne nous sentons pas menacés par l’immigration. Elle est un drame pour celles et ceux qui en viennent à quitter leur pays pour fuir la misère, dont bien souvent le pillage colonial est l’origine. Nous voulons résorber les inégalités planétaires. Mais il faut également lutter contre les marchands d’illusions, les passeurs et trafiquants qui rançonnent les migrants. Pour celles et ceux qui n’ont d’autre choix que de partir, le départ est une déchirure. L’arrivée ne doit pas en être une seconde. Nous voulons accueillir celles et ceux qui sont là, qui travaillent, leur donner des papiers et les mêmes droits. Notre patrie, c’est celle des droits de l’homme et de la femme.

 

Nous combattons la misère qui détruit les vies humaines, et nous entendons faire admettre le droit essentiel de tout être humain à vivre pleinement et le droit d’être secouru par la solidarité nationale en cas de difficulté. Contre les politiques de seuil qui concentrent de faibles deniers publics sur la population la plus paupérisée, nous voulons retrouver le chemin d’une vraie protection sociale. Nous voulons permettre au travail social de renouer profondément avec sa raison d’être. Nous défendons un véritable droit au logement, soutenu par des politiques publiques volontaires.

 

La dignité humaine est un droit qui doit être garanti jusqu’au bout de la vie. C’est pourquoi nous voulons refonder la protection sociale mise à mal par les directives européennes, les réformes régressives et les attaques des assurances privées. La protection sociale doit prendre en charge toutes les situations de handicap. Elle doit également prendre en charge la perte d’autonomie. Nous défendons l’obligation de combattre la douleur, cela demande de véritables moyens. Le développement des soins palliatifs est une exigence d’humanité, qui n’est pas compatible avec l’acharnement thérapeutique en fin de vie. Nous combattons enfin la marchandisation des corps sous toutes ses formes.

 

Le respect de la dignité humaine s’impose même pour ceux qui enfreignent les lois. Opposants résolus à la peine de mort et à toute logique de vengeance, nous voulons sortir du tout carcéral, nous voulons des peines qui protègent mais aussi des peines qui permettent la réinsertion. Nous refusons de voir des hommes et des femmes enfermés dans leurs crimes ou leurs délits sans jamais pouvoir retrouver leur place dans la société. Nous savons que cela demande de la part de la société un accompagnement exigeant, mais nous savons aussi que cette attitude peut transformer des individus.

 

• • La révolution citoyenne pour gagner le changement

 

1- Prenez le pouvoir

La politique est notre chemin. Nous la savons décriée et discréditée, parce que l’on s’est tellement appliqué à la rendre impuissante. Pour nous, elle est un outil d’émancipation ; pour les puissants, elle est l’art de domestiquer le peuple. La démocratie est notre but ; elle est aussi notre chemin.

En convainquant les hommes et les femmes que leur voix et leurs actes comptent, nous voulons donner à chacune et chacun un vrai pouvoir sur sa vie, leur donner confiance en nos ressources communes pour faire face aux grands enjeux. Nous voulons redonner sens à la souveraineté populaire bafouée à grande échelle comme ce fut le cas à la suite du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen. Nous voulons permettre aux femmes et aux hommes d’investir à tout moment tous les lieux possibles et imaginables, dans un vaste mouvement d’appropriation citoyenne capable de formuler et de rendre incontournables les aspirations populaires.

Chaque attaque menée contre l’intérêt général, doit nous amener à faire avancer la bataille des idées, à mettre en mouvement le plus grand nombre, à faire grandir la force de l’intervention citoyenne.

Si le pouvoir a en partie été transféré en dehors de la sphère républicaine par les démissions et les abandons successifs, les institutions continuent d’être mises sous pression pour répondre aux exigences de compétition des marchés financiers et de leurs fameuses agences de notation. Pour qu’elles regagnent une véritable capacité d’intervention au service de l’intérêt général, cela passera par une légitimité populaire retrouvée dans la pratique comme dans les objectifs. C’est pourquoi la participation et la mise en mouvement citoyennes sont au coeur de l’action farouche des élu-es communistes dans toutes les institutions où ils sont présents. Cet état d’esprit est le nôtre du local au mondial.

Au-delà, nous voulons démocratiser tous les espaces de la société. Dans les entreprises, privées et publiques, qui fonctionnent sur un modèle monarchique, l’action des organisations syndicales participe de cette dynamique que nous souhaitons. Les salarié-es doivent gagner du pouvoir sur l’organisation du travail comme sur les grandes orientations de l’entreprise et son financement. Tout comme dans les lieux d’éducation et de formation, où il y a également un pouvoir d’intervention à gagner sur l’organisation de la vie sociale, sur les apprentissages et leur but.

 

2- Une stratégie à dimension internationaliste

Nous voulons agir dans le même temps aux plans local, national, européen et international pour gagner des changements à tous les niveaux qui se nourriront mutuellement.

Pour cela, nous devons travailler à faire converger les mobilisations et à leur permettre d’apparaître dans toute leur dimension. C’est d’autant plus nécessaire que lorsque les femmes et les hommes et se rendent compte que les combats d’ici rejoignent ceux qui se mènent ailleurs, l’espoir grandit.

Cette conscience est en train de s’affirmer parmi les communistes et progressistes du monde entier. La situation actuelle appelle donc la constitution d’un réseau international progressiste très ouvert pour agir sur des objectifs immédiats, mais aussi pour faire grandir la contestation de l’impérialisme et l’alternative au capitalisme. C’est l’esprit dans lequel nous sommes également partie prenante des Forums sociaux mondiaux et de tous les espaces de coopération politique comme celui noué entre le Parti de la Gauche Européenne et le forum de Sao Paulo. Nous contribuons aussi à initier et à développer de tels espaces avec les forces africaines, avec celles de la Méditerranée ou d'Asie.

 

Faire sauter le verrou de l’Europe austéritaire

Il est désormais de plus en plus acquis dans notre quotidien que les questions européennes sont des questions de politique intérieure. Loin des peuples qu’ils gouvernent, les chefs d’Etats du continent peaufinent ensemble patiemment à Bruxelles des politiques standardisées. Pour beaucoup, le fonctionnement même de l’Union européenne semble rendre impossible les changements progressistes et constitue un élément important de leur sentiment d’impuissance. Nous voulons faire sauter le verrou de l’Europe libérale.

Pour cela, nous décidons de donner une place majeure dans nos analyses et dans notre action à cette dimension européenne par laquelle passent aujourd’hui de nombreux choix dont les citoyennes et citoyens sont dessaisis.

Là où des forces actent l'impuissance à changer l'Europe, prônant une dissolution de la zone euro qui renverrait d'une autre manière chaque peuple à la même guerre économique, nous pensons indispensable de lutter contre les divisions et les nationalistes, et de construire des rapports de force solidaires entre peuples à l'échelle de l'Europe pour émanciper le continent de l'emprise des marchés. Il est nécessaire d’approfondir une stratégie politique européenne.

Nous voulons augmenter encore la dynamique du Parti de la gauche européenne et favoriser avec lui tous les espaces de coopération où pourront se rassembler les forces politiques, sociales et citoyennes qui remettent en cause les orientations européennes actuelles, et sont disponibles pour travailler à des alternatives à l'échelle européenne.

En juin 2014, les élections du prochain Parlement européen seront un moment clef pour faire le bilan de la politique austéritaire européenne et faire grandir le rapport de force en faveur d'un changement profond. Nous devrons y porter l’ambition de refonder l’Union européenne. Nous devrons mener une campagne de dimension européenne cherchant à faire converger le maximum de forces de gauche des différents pays, avec l'objectif de renforcer dans le parlement européen le groupe GUE-NGL le plus fort possible. En France, pour atteindre cet objectif, nous devrons constituer les listes d'un Front de gauche européen élargi pour rassembler toutes les forces transformatrices. Dans cette optique, nous proposons au PGE d’organiser des forums progressistes pour la refondation de l’Europe.

 

3- La gauche au pouvoir en France, pour quoi faire ?

 

La victoire contre Nicolas Sarkozy

Pendant une décennie, après cinq années d’un gouvernement de gauche plurielle auquel nous avions choisi de participer, la droite a exercé le pouvoir en France sous la domination de plus en plus marquée de Nicolas Sarkozy.

Si nous avions su être utiles, notre présence et notre action n’avaient pourtant pas permis de répondre suffisamment aux besoins et aux attentes. La droite et l’extrême droite en embuscade en avaient profité pour administrer à la gauche sa plus douloureuse défaite.

La droite y a puisé la force d’engager une politique de régression radicale, cherchant à en finir avec les acquis des grands mouvements populaires, à commencer par ceux de la Libération. Pour garder le pouvoir, sous l’impulsion d’un Nicolas Sarkozy avide de provoquer de graves mutations idéologiques, elle s’est engagée dans une course-poursuite nauséabonde et dangereuse avec les forces d’extrême droite.

Sa politique du traumatisme permanent a pu provoquer en même temps que de vives résistances, un profond découragement dans la société.

Mais cela n’a pas suffi à éradiquer l’espoir en un monde meilleur. Ainsi, les échéances de 2012 ont vu notre peuple chasser, in extremis, le « Président des riches ». Dans cette victoire, avec le Front de gauche, nous avons joué un rôle majeur en dévoilant les enjeux, en faisant grandir l’espoir et en donnant du contenu au changement.

 

L’irruption du Front de gauche

Dans la dynamique du Front de gauche, notre parti a opéré un retour remarqué sur la scène politique, et une transformation de sa propre représentation dans l’opinion publique. Toute une partie du peuple de gauche s’est peu à peu reconnue dans notre démarche commune et l’a investie de son espoir. Ainsi, progressivement, au fil des élections, nous avons réussi ensemble à faire grandir cette dynamique, jusqu’à bousculer les plans préétablis de l’élection présidentielle, avec notre candidat, Jean-Luc Mélenchon, en réalisant une large unité de forces antilibérales et anticapitalistes jusqu’ici très divisées. Cependant, le présidentialisme et la bipolarisation des institutions ont continué de s’approfondir. Si nous avons pu affronter cette réalité avec un réel succès lors de l’élection présidentielle, nous ne sommes pas parvenus à confirmer cet élan, aux élections législatives, dont notre parti avait pourtant fait un enjeu majeur. A la suite de l’élection de François Hollande, nous n’avons manifestement pas su convaincre de notre utilité au sein d’une majorité qui ne serait pas dirigée par nous. Malgré les progressions de nos candidat-es, nous n’avons pas réussi à capter l’envie de changement qui s’est cristallisée plus fort encore dans un soutien massif aux candidat-es du Président de la République élu, nous faisant perdre des député-es. Aussi, le Parti socialiste et les Verts croient pouvoir se passer du Front de gauche, pour gouverner comme ils l’entendent. Nous ne pouvons d’autant moins nous en satisfaire que nous avons su donner force ensemble à l’alternative. Cette réalité montre le chemin qui reste à parcourir pour démonter le sentiment d’impuissance et convaincre qu’il existe une voie pour rendre possible ce qui, à beaucoup, semble souhaitable.

 

Et maintenant, le changement ?

Plus que « le changement c’est maintenant », François Hollande a promis un changement de Président. Cependant, les deux musiques, celle du changement, un peu floue, et celle de la rigueur se sont superposées. D’une certaine façon, par cette volonté d’assurer « un mieux », même petit, ce résultat porte la marque du sentiment d’impuissance qui a élu domicile dans les esprits. Mais derrière cette victoire se cache également un espoir réel pour toute une partie de la population. Nous ne voulons pas qu’il soit déçu, mais qu’il continue de s’exprimer aujourd’hui et demain.

Or depuis sa prise de fonctions, le gouvernement roule à contresens. Tout se passe comme si l’actuelle majorité s’appliquait à gérer les suites du quinquennat précédent.

Il est d’abord demeuré sans réponses satisfaisantes aux urgences, sans gestes forts annonçant une réparation des blessures de la droite et sans ambition de transformation. S’il y eut quelques mesures positives, comme la suppression du bouclier fiscal et l’annonce d’une loi autorisant le mariage et l’adoption par les couples de même sexe, les actrices et les acteurs du grand mouvement pour le droit à la retraite qui a préparé la défaite de la droite en sont pour leurs frais. En réalité, obnubilé par les exigences des marchés financiers, parmi lesquelles la réduction de la dette -et en fait celle des dépenses publiques-, le gouvernement est bien en peine d’apporter de véritables réponses aux besoins. Si les engagements pris étaient frappés au sceau de véritables contradictions, ceux qui commencent à être reniés sont justement ceux qui nous paraissaient aller dans le bon sens. Ainsi, la décision de ratifier en l’état le traité européen écrit à quatre mains par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, alors qu’il n’a pas été renégocié, manifeste le choix de promouvoir les orientations austéritaires de l’Union européenne. C’est un acte grave, qui sera définitivement entaché d’irrégularité démocratique. Avec son refus de contester le pouvoir de la finance, le gouvernement n’est pas en capacité de combattre la crise. Il l’aggrave même avec son plan d’économies budgétaires sans précédent. Au fond, la question est posée : où est passé le changement ? Cette situation est symptomatique : il n’y a plus de marges hors l’impulsion de vraies ruptures avec les logiques du système. C’est pourquoi rien n’est immuable. De plus en plus, le gouvernement devra faire face à d’importantes contradictions auxquelles il doit trouver des solutions. Le débat est en train de prendre de l’ampleur, y compris au sein de la majorité gouvernementale. Nous ne restons pas en dehors et nous faisons tout pour que notre peuple s’y invite, dans un large front contre l’austérité.

 

4- Sans attendre, gagner le changement

 

Faire reculer la droite et l’extrême droite

Déjà, l’extrême droite est aux aguets pour exploiter chaque déception populaire et pour prospérer sur la peur du déclassement. Partout en Europe, on mesure avec effroi les percées qu’opèrent les mouvements qui s’en revendiquent. Dans des sociétés dévastées par la crise, l’extrême droite s’applique à pratiquer exacerbation identitaire dont la droite a aidé à créer les conditions. Se présentant abusivement comme des forces anti-système, elles développent un discours d’incitation à la haine, jouant sur la peur des individus pour les fragiliser et les conduire à abdiquer de leur humanité et leur liberté.

La droite, sonnée par la défaite, est elle aussi déjà sur le chemin du retour. En son sein, ils sont nombreux à imaginer que sur la base des thèses nauséabondes de l’extrême droite, pourra se dessiner une nouvelle alliance à même de changer radicalement les rapports de force politiques.

C’est pourquoi nous devons continuer de mener un combat offensif face à ces idées, qui ne peut se contenter d’une diabolisation. Son projet représente pour nous le plus grand des dangers, et nous ne devons avoir de cesse que de nous expliquer sur les raisons qui fondent notre rejet catégorique de l’extrême droite.

Pour nous, il s’agit bien d’un combat de classe, qui a pour ambition de faire reculer la division et de renouer les liens de la solidarité. Pour cela, nous devons trouver les moyens de toujours mieux donner à comprendre le monde et la politique ; nous devons rendre crédible la perspective de changements concrets.

Nous refusons de nous laisser enfermer dans un jeu en miroir avec le Front National, dont certains se servent pour nous marginaliser. Nous combattons les forces de la finance, qui ont diverses manières de se faire représenter en politique, dont celle-là, qui est la plus terrible.

 

Mener la bataille des idées et de la culture

Nous voulons renverser la domination idéologique et culturelle que l’on nous impose. Une domination marquée par un grand mépris du peuple dont il s’agit de faire un troupeau d’animaux dociles, uniformes et rongés par le désir d’acheter.

Dans cet esprit, nous voulons nous attaquer à l’emprise des forces d’argent sur les médias et l’information. Le formatage et la marchandisation de celle-ci, la fabrication et le matraquage d’un imaginaire conforme aux besoins du capital constituent des moyens essentiels de sa domination, et de véritables obstacles à l’expression des aspirations qui travaillent la société. Libérer les médias est une exigence majeure. Dans chacun des espaces possibles, notamment dans l’audiovisuel public, nous voulons livrer notre regard sur l’actualité et la manière dont elle est présentée. L’Humanité comme l’ensemble des organes de presse dont nous animons le développement sont des outils essentiels dans cette bataille. Nous devons également produire un nouvel effort pour investir les nouveaux moyens de communication et d’information, jusque dans leur dimension participative, avec le souci d’approfondir la réflexion et d’affronter les contradictions. Le moindre sujet est désormais prétexte à développer des visions du monde simplistes et bâties sur la réaction de l’instant. Nous devons nous en saisir pour pousser la réflexion et ouvrir d’autres perspectives. Nous devons également combattre la dictature des experts du système, dont les savants développements estampillés du sceau de l’objectivité sont destinés à clore les débats et les cheminements de pensée.

Enfin, nous voulons donner toute sa place au développement de la création et permettre une réelle appropriation des oeuvres de l’esprit en donnant un nouvel élan à l’éducation populaire. Notre expression doit y puiser les moyens de parler au coeur des femmes et des hommes, de les toucher dans ce qui fait leur vie et leur être.

Ce n’est pas en professant quelque morale que l’on luttera contre celles et ceux qui veulent étiqueter les êtres humains mais en ouvrant les pistes dont on voudrait leur interdire l’accès.

 

Faire grandir les fronts du changement

A chaque fois que nous le pouvons, nous voulons oeuvrer à rassembler toutes les forces disponibles afin d’ouvrir des brèches au changement. Sur chaque sujet, il s’agit de constituer le front le plus large pour gagner, comme nous avons voulu le faire face au Traité européen.

Le développement en cette rentrée d’un mouvement syndical et social à haut niveau revendicatif, avec l’existence de convergences nouvelles pour faire reculer les politiques d’austérité, le travail poursuivi par le mouvement associatif et culturel, doivent nous amener à approfondir encore cette rencontre avec eux et ce lien, dans le respect et l’indépendance de chacun.

Nous voulons être utiles, tout de suite, à gagner des avancées immédiates. C’est à partir des luttes qui se développent, des propositions qui grandissent et des aspirations populaires que nous pourrons dépasser les mécontentements et les déceptions pour faire mouvement.

C’est une dimension essentielle de notre combat, à travers laquelle des hommes et des femmes pourront faire l’expérience du poids de leur engagement et de leur capacité à transformer les choses. Depuis le quartier jusqu’aux questions internationales, nous voulons continuer à nous rassembler avec d’autres pour faire de l’espace aux aspirations et à créer les rapports de force qui peuvent les imposer.

 

Fenêtre 3 : La gauche et le changement en question

Des forces de gauche, le Parti socialiste avec Europe Ecologie - Les Verts, sont au pouvoir en France, et le changement n’est pas à l’ordre du jour. On nous pose la question : opposition ou majorité ? Alors que le clivage droite-gauche continue de structurer l’électorat, comment nous y situons-nous ? Quel sens recouvre aujourd’hui l’idée de gauche ? Comment se positionner face à l’impasse social-libérale en France et en Europe ? Comment redonner force à la gauche ? Comment faire grandir la révolution citoyenne ? Nous devons mieux caractériser notre démarche offensive.

 

Engager une nouvelle étape du Front de gauche

Le Front de gauche porte un immense espoir. Son irruption est un phénomène politique majeur. Il est la manifestation politique et électorale à laquelle nous sommes parvenus, avec nos partenaires, en appliquant de cette stratégie de fronts de rassemblement. Pour nous, il s’agit d’une dynamique durable qui n’est pas achevée. Depuis que nous l’avons initié, le Front de gauche a grandi, il s’est installé comme une forme politique nouvelle dans laquelle chaque organisation, chacune et chacun a sa place et se trouve respecté. C’est là que réside sa force.

Avec toutes les forces disponibles, nous voulons écrire la saison deux. Nous voulons donner un nouveau souffle à la dynamique citoyenne qu’il suscite, en permettant à un très grand nombre de femmes et d’hommes de toujours mieux s’y retrouver, notamment par le développement des assemblées citoyennes, qui prennent parfois la forme d’ateliers législatifs. Notre conviction est que ces espaces doivent fortement se développer au plus près des territoires dans les formes adaptées que décident celles et ceux qui y participent. Les fronts de lutte et les fronts thématiques sont des réseaux d'action dont nous pensons qu’il faut pousser plus loin encore l’expérimentation.

Nous voulons élargir fortement le spectre des femmes et des hommes qui se reconnaissent dans le Front de gauche, notamment parmi celles et ceux qui ont contribué à l’avènement de la nouvelle majorité gouvernementale et veulent agir pour le changement. Au-delà des campagnes électorales, nous voulons continuer à cheminer avec un nombre toujours plus important de femmes et d’hommes, inventant les conditions d’un travail en commun. C’est pourquoi nous nous proposons qu’une « coopérative » initiée par le Front de gauche puisse être le lieu où les apports et les expériences d’actrices et d’acteurs du mouvement social, associatif, intellectuel et culturel pourraient se croiser, chercher ensemble à produire du sens, et alimenter la recherche d’une nouvelle perspective politique.

Ensemble, nous sommes porteurs d’une grande ambition. En poursuivant sur le chemin où nous sommes engagés, nous voulons en faire le lieu où la politique devient, de façon de plus en plus irrésistible, l’affaire de toutes et de tous, l’affaire du peuple, contribuant à l’émergence d’un nouveau Front populaire.

Du Front de gauche, nous portons l’ambition d’en faire un grand mouvement capable de bousculer le rapport de force à gauche jusqu’à rendre majoritaires les options de transformation sociale en son sein. Une réorientation politique est la seule hypothèse pour laquelle notre parti serait prêt à participer à l’exercice du pouvoir afin d’apporter son concours à la construction du changement. Nous refusons les orientations social-libérales actuelles du gouvernement, qui conduiraient inévitablement à l'échec si elles étaient poursuivies. Ce serait une catastrophe pour notre peuple, qui remettrait en selle la droite et ferait encore grandir l’extrême droite. Nous voulons donc tout faire pour rassembler la gauche, et gagner un changement de cap pour réussir. Rien ne nous empêchera d’être ensemble la force agissante de la gauche. Il va falloir faire avec nous, il va falloir faire avec le peuple !

Afin de donner force aux exigences populaires, nous proposons au Front de gauche d’initier ensemble la grande campagne « et vous, quels changements de société voulez-vous ? » Elle pourrait par exemple connaître un moment fort à l’automne prochain avec des Assises du changement.

 

Fenêtre : L’avenir du Front de gauche en question

Nous voulons renforcer le Front de gauche. Des débats le traversent sur sa façon de grandir. Nous n’avons pas toujours la même appréciation des résultats de la séquence électorale passée, de notre stratégie, de notre vie commune, des propositions à porter, des conditions de l’élargissement de cette dynamique. C’est naturel. C’est même une richesse pour donner de la force au mouvement. C’est pourquoi nous voulons engager un débat sans tabou, toutes et tous ensemble, sur l’ensemble des dimensions concernant l’avenir du Front de Gauche.

 

Préparer les prochaines échéances électorales

Nous allons affronter en 2014 deux échéances électorales majeures : avant les européennes viendront les municipales. Et plus tard, en 2015, les élections cantonales et régionales.

Face aux ambitions affichées de la droite et de l’extrême droite, pour chacune de ces échéances, nous voulons rassembler le plus largement possible sur des projets ambitieux qui placent chaque institution en position de répondre aux besoins.

Les communes sont un pilier essentiel de notre République. Une bataille est engagée pour refuser la casse de la démocratie locale : tout en poussant les feux de coopérations choisies, les communes doivent gagner en liberté d’action et en responsabilité. Elles sont de formidables espaces de citoyenneté, de services publics, de culture, de vivre ensemble.

Les communistes sont engagés dans l’action municipale, souvent au sein de majorités de gauche constituées sur des projets. Partie prenantes d’aventures humaines et de l’histoire locale, ils veulent continuer à être utiles au plus près des femmes et des hommes et continuer à leur rendre le pouvoir. C’est pourquoi nous décidons de lancer partout des appels à de larges rassemblements en commençant dès aujourd’hui à construire les contenus qui guideront notre action avec les habitantes et les habitants. C’est avec elles et avec eux que nous voulons créer les conditions de nouvelles conquêtes politiques. Partout, nous entendons ainsi renforcer et augmenter notre influence, en faisant la démonstration sur le terrain qu’une autre pratique et une autre ambition politique sont possibles. La présence d’élu-es communistes au sein des assemblées municipales est un point d’appui essentiel dans les batailles politiques de notre parti. Nous abordons ces élections dans un esprit de conquête, pour mettre en responsabilité plus d’élu-es communistes encore.

La force du Front de gauche sera un atout important, pour aller vers les rassemblements les plus larges possibles à gauche, avec la volonté de faire échec aux appétits de la droite et de l’extrême droite. Ces échéances pourront être l’occasion d’ouvrir des perspectives de sortie de l’austérité et de changement. En ce sens, nous envisageons de tenir un forum national de la démocratie locale, des services publics et des territoires.

 

• • • Un nouvel élan pour le Parti communiste français

 

 

Pour mener à bien ces combats, il y a besoin d’un parti communiste déchaîné. Fiers des grandes aventures auxquelles nous avons contribué ces dernières années avec le Front de gauche, nous abordons la période qui s’ouvre avec un appétit d’ogre. Avec les nouvelles énergies qui se rassemblent dans notre maison, nous n’avons pas peur de déclarer notre gourmandise. Non pas celle qui rend malade et qui exige l’excès, mais celle des corps et des esprits qui veulent manger à leur faim, celle du plaisir que l’on partage. C’est sous ce jour nouveau, loin des caricatures, puisant force dans les épreuves qui ont affecté notre combat, que nous nous dévoilons désormais aux yeux de notre peuple. Offensifs, rassembleurs, inventifs, populaires... voilà qui nous sommes. Le parti de l’humain d’abord.

1- Le nouveau parti pris communiste

Nous avons affronté le XXème siècle. Au nom du communisme se sont développés des grands espoirs et des combats essentiels mais se sont aussi en certains endroits construites des sociétés d’oppression qui ont échoué à produire l’émancipation humaine que nous portons. Menant ici notre combat et provoquant des avancées sociales et démocratiques majeures, nous avons cependant peiné à nous dégager de l’affrontement qui se jouait dans la guerre froide. Nous avons souffert de voir ainsi notre idéal s’abîmer, de voir les forces capitalistes avoir beau jeu de jeter sur lui le discrédit et de voir l’espoir en un monde meilleur tellement se rétrécir. Mais nous avons choisi de ne pas fermer les yeux et d’en tirer, parfois péniblement, toutes les leçons.

A l’aube du XXIème siècle naissant, nous nous sentons aujourd’hui plus libres et plus forts pour nous tourner vers l’avenir. Nous savons qu’il ne peut y avoir de communisme sans démocratie, sans que le coeur en soit la démocratie. Pour être émancipateur, un projet politique ne peut être qu’une oeuvre collective à laquelle chacune et chacun peut participer.

Le parti communiste change, sans se renier. Il change parce qu’il cherche encore et toujours les meilleures voies pour cette révolution citoyenne. Il change parce qu’il est le bien commun des hommes, des femmes et des jeunes qui le rejoignent de plus en plus nombreux avec leurs révoltes, leurs colères, leurs espoirs, leurs idées, leurs désirs... Il change parce qu’il n’a de cesse que d’être en dialogue avec celles et ceux qu’il rencontre. Il change parce que l’état du monde fait grandir l’urgence et le besoin de changement. Il change et il doit encore changer. Nous portons en nous l’exigence d’une démocratisation toujours plus poussée de notre pratique et de notre organisation. Elle doit continuer de s’expérimenter dans la vie et de se partager au sein de notre Parti. Mais nous savons aussi que l’essentiel de nos transformations est liée à la construction de notre projet, à la façon dont nous saurons en faire un moteur qui nous entraînera où nous n’aurions peut-être pas imaginé aller.

 

2- Un parti d’émancipation, d’action et de rassemblement

Militer est une dimension de nos vies. Militer, c’est chercher la rencontre, c’est refuser l’injustice et l’arbitraire, c’est faire grandir la solidarité au travail, c’est nouer des liens de fraternité dans une cité. Militer, c’est avoir toujours le coeur à portée de main, à portée d’humain.

Nous voulons être un parti différent, qui porte une autre conception de la politique que celle qui consiste à vouloir se réaliser personnellement dans la quête d’un destin politique personnel : celle de faire participer réellement le plus grand nombre au combat commun.

Nous voulons être toujours mieux un parti d’émancipation, où l’on trouve à grandir et à s’épanouir, où le sens de l’engagement de chacune et chacun se partage et s’enrichit de celui des autres. Par l’accès aux savoirs, à la culture, au débat démocratique, nous voulons en faire un outil pour que chacune et chacun puisse se construire comme femme ou comme homme, comme militante ou militant, comme citoyenne ou citoyen. Ainsi, le Parti communiste pourra devenir un intellectuel collectif, un collectif d’intelligences et d’expériences capable de mobiliser le monde du travail, du savoir, de la création, pour nourrir la reconquête idéologique et culturelle. La nécessité de la conceptualisation et théorisation ne s’est jamais faite autant sentir que dans un monde où chacun, chacun, est confronté en permanence au bruit et à la fureur, ainsi qu’à de profondes mutations. C’est dans cette envie de savoir, de recherche, d’éducation populaire, seule capable d’élever notre niveau de compréhension de ce qui est à l’oeuvre dans la société, que nous devons mieux ressourcer notre Parti.

 

Le champ de notre intervention ne se limite pas aux échéances électorales. Nous sommes un parti d’action, qui cherche en permanence à faire vivre le débat et à gagner de vraies réponses aux besoins. Les pratiques clientélistes qui se développent, dont l’objet est d’asservir des hommes et des femmes par un jeu de pouvoir et de promesses sont un poison pour la politique. A chaque fois qu’un être humain est dans le besoin, quel que soit son option politique, notre devoir est d’agir avec lui sans attendre de retour pour répondre à l’urgence comme au problème de fond que sa situation soulève. Notre projet est à usage immédiat : nous voulons être le parti d’un peuple qui se bat.

 

Notre parti a vocation à s’exprimer dans la société à gorge déployée, à mettre en scène son projet, à faire grandir ses valeurs. Pour cela, il doit être un espace culturel où se croisent la politique, le débat d’idées et les pratiques artistiques.

Son existence et son apport original sont des atouts pour tous ceux et celles qui cherchent à se rassembler pour changer les choses. Car à chaque fois que nécessaire, nous voulons participer aux rassemblements les plus efficaces pour gagner des avancées. Le Front de gauche en est l’une des dimensions majeures. C’est ce qu’ont compris celles et ceux qui nous rejoignent chaque jour.

 

3- Une ambition démocratique de tous les instants

Notre organisation est au service de ces choix. Ainsi, au coeur de notre fonctionnement, nous plaçons la délibération collective. C’est dans ce cadre, en rupture avec toute idée de hiérarchie, que s’exercent les responsabilités.

Au sein de nos instances, nous voulons progresser encore pour faire vivre la parité, la mixité, le renouvellement, et la diversité qui sont essentiels pour la démocratie.

Ensuite, nous voulons créer les meilleures conditions d’une mise en mouvement des militantes et des militants dans leurs lieux de vie et d’engagement. Dans une société où l’on nous présente tous les choix comme des évidences techniques, nous voulons qu’ils puissent partout être porteurs de réflexion politique et de dynamiques citoyennes. Nous voulons qu’ils puissent partout faire naître cette solidarité et cette confiance qui permettent de pousser les portes que l’on croyait fermées. Nous voulons qu’ils puissent partout agir au nom du Parti communiste, en libérant l’initiative, la spontanéité et l’intervention militante.

Enfin, cela suppose de vivre un parti non étanche, tourné vers le monde en permanence et recherchant à se mettre en dialogue avec la société. Nous devons ainsi poursuivre les efforts entrepris pour mieux communiquer notre projet, nos propositions, nos initiatives, nos espoirs. Mais nous devons également développer et ouvrir nos réseaux et nos échanges à tous ceux et celles qui veulent travailler avec nous, à tous ceux et celles dont la réflexion nous intéresse.

 

4- Un parti populaire, pleinement déployé dans la société

Pour s’adresser au peuple de notre pays, les partis dominants ont découpé la population en couches, catégories et communautés. En s’adressant à elles, il s’agit pour eux de les faire exister dans les représentations mentales, de les opposer entre elles plus ou moins artificiellement, puis d’opérer des choix et des alliances. Ce n’est pas notre conception des choses.

Nous voulons parler à toutes et tous, en faisant émerger l’intérêt général, le bien commun, et la promotion des valeurs essentielles pour la dignité humaine. Mais pour cela, nous sommes conscients qu’il faut pouvoir s’adresser à chacune et chacun dans sa vie, sans réduire personne au statut social dans lequel la société le maintient enfermé.

Le rejet de la politique s’exprime massivement parmi celles et ceux qui subissent le plus les effets du système capitaliste et de sa crise. Et les pièges politiques se referment sur les hommes et les femmes qui sont hantés par la peur de perdre ce qu’ils ont durement gagné.

Nous devons donc reconquérir la mobilisation des habitantes et des habitants des quartiers populaires, où les conditions de vie sont particulièrement dures, pour changer avec eux leur quotidien. Pour beaucoup, ils se sentent discriminés, abandonnés, relégués en dehors. Souvent, les lieux d’échanges, de rencontre, d’action sont justement ce qui fait défaut au vivre ensemble. C’est avec elles et avec eux que nous devons construire la politique dont ils ont besoin, en commençant notre chemin au plus près des besoins immédiats. C’est d’elles, c’est d’eux, que viendra le changement. C’est par elles, c’est par eux, que nous serons nous-mêmes révolutionnés.

Nous devons également fournir un effort singulier en direction des jeunes générations, fortement marquées par les prémices d’un nouveau monde à naître, mais que l’on a essayé d’élever plus que jamais dans l’esprit de compétition et le culte du mérite. Elles peuvent bousculer l’ordre établi si leurs aspirations à vivre ne sont pas étouffées. Le Parti communiste est pour elles et pour eux, un formidable espace de vie et d’émancipation. Avec le MJCF et l’UEC, nous voulons mieux encore nous adresser à la jeunesse pour lui permettre de construire l’avenir.

Nous devons nous adresser plus et mieux à celles et ceux qui produisent au quotidien les richesses. S’organiser pour l’action politique dans les entreprises, les grands groupes, les branches, les services publics, là où l’affrontement avec les forces du capital est le plus direct, est indispensable. Le travail, qui tend à occuper une place de plus en plus grande et de plus en plus pesante dans les vies, pour celles et ceux qui n’en sont pas privés, semble pourtant de plus en plus déconnecté du reste des existences et des enjeux politiques. C’est l’une des prouesses de la pensée dominante. Nous voulons en faire un sujet politique majeur.

Nous voulons produire un effort en direction de tous ceux et toutes celles dont les peurs et les souffrances sont instrumentalisées contre leurs propres intérêts. Partout, nous voulons approfondir notre lien avec les femmes et les hommes, et faire de notre parti un parti qui rassemble largement les hommes et les femmes épris de justice, de paix et de liberté.

 

Fenêtre : Les transformations du PCF en questions

Nous voulons construire un parti communiste toujours plus en phase avec la société comme avec son projet. Quels changements sont nécessaires dans notre organisation ? Comment approfondir notre relation aux jeunes, au monde du travail et de la création, aux hommes et aux femmes des quartiers populaires, dans leurs diversités ? Comment renouveler nos pratiques et nos raisonnements dans notre activité avec le monde du travail ? Quelles nouvelles conceptions pour libérer l’initiative ? Comment susciter et mieux faire circuler les élaborations de tous les communistes pour nourrir et renforcer notre projet commun ?

 

Conclusion

 

Qu’elles furent longues, ces années, à tâtonner, reprendre notre souffle, à résister au déferlement sauvage du capitalisme. Nous avons traversé ces épreuves, sans chercher à les fuir. Mais nous sommes là, en ce moment où le monde peut basculer vers l’humanité plutôt que vers la barbarie. Nous sommes là, debout, humbles et fiers. Disponibles pour rallumer les étoiles. Il est grand temps, ne croyez-vous pas, de préférer poursuivre nos rêves plutôt que fuir un cauchemar. Pour faire grandir l’humain d’abord, prenez la main, prenez les rênes, prenez le pouvoir !