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CN du 23 janvier 2014 - Discussion

le 28 janvier 2014

CN du 23 janvier 2014 - Discussion

Yann Le Pollotec – Seine-Saint-Denis

La stratégie de tension à l’intérieur de la société menée par Hollande, Valls et Bartolone, est la mise en pratique de la feuille de route du rapport Terra Nova « quelle majorité de gauche pour le quinquennat ». Diviser le peuple et les salariés. Face à cela, il nous faut reconstruire des repères de classe fondés sur des valeurs émancipatrices.

Sur les européennes, nous avons un espace important supérieur à 15%, mais pour le valoriser et éviter un éparpillement qui serait funeste, il faut nous donner l’ambition de rassembler sur nos listes Front de gauche tout l’arc des opposants de gauche aux actuelles politiques européennes, et qui peuvent aussi bien se reconnaître en Emmanuel Todd que dans la Nouvelle Donne.

 

Véronique Sandoval – Paris

Face au discrédit croissant des partis politiques, en France comme partout en Europe, avec l’enlisement dans une crise sociale et écologique durable, il est important de s’opposer avec force à la poursuite de la politique gouvernementale d’austérité et de casse des acquis sociaux et, dans le même temps, de tendre la main à l’électorat progressiste pour se rassembler sur un projet de société alternatif (ce à quoi travaille le comité du projet) et sur une politique crédible et efficace pour sortir le pays de la crise, objet des états généraux sur la fiscalité.

 

Jean-Jacques Karman – Seine-Saint-Denis

Sur la controverse Mélenchon, autonomie totale de décision du PCF. Dénoncer en tout cas et totalement la politique d’austérité du capital et de ses serviteurs socialistes. Préserver et gagner le maximum de positions électives pour le PCF. A Aubervilliers nous avons réalisé l’unité des communistes et promu une liste de large union à majorité PCF comprenant sept organisations. La situation est très bonne pour les municipales. Sur les européennes, je suis contre la refondation de l’UE. C’est un organisme du capital qu’il faut détruire. Bien l’article dans l’Huma sur Lénine, il n’a pas ouvert la porte à Staline.

 

Françoise Fiter – Pyrénées-Orientales

Les décisions de Hollande font des ravages idéologiques et pèsent sur les capacités de rassemblement. Dans les PO, la délocalisation d’établissements de santé de la Côte Vermeille ne suscite pas encore une mobilisation à la hauteur. Colère, dégoût de la politique prédominent. Difficulté du débat sur les municipales à Perpignan malgré le risque du FN. La situation du Front de gauche perturbe beaucoup de monde. Déception des adhérents après l’espoir de 2012. Décisif de redonner vigueur et lisibilité au Front de gauche pour contrer la désespérance ambiante. Réunion PC/PG positive.

 

Jean-Marc Durand – Drôme

A la dérive du pacte de responsabilité opposons un pacte de solidarité prenant appui sur la construction de contenus alternatifs, le débat citoyen, les luttes et leur développement. Notre projet d’états généraux de la fiscalité est une bonne porte d’entrée à notre campagne contre le coût du capital. La question fiscale concerne chaque citoyen qui paie de l’impôt direct et/ou indirect. Elle touche aussi à des questions centrales comme la dépense publique et une autre répartition de la richesse pour la produire différemment. Ces questions sont au cœur des campagnes municipales et européennes avec les enjeux de financement des services publics et d’une autre utilisation de l’argent.

 

Isabelle Mathurin – Paris

Lier bataille idéologique et notre bataille pour les services publics. Initiative de convergences services publics pour rassembler autour de contenus. Une campagne à mener sur le thème : le service public n'est pas l'ennemi de l'économie, mais au contraire l'outil indispensable de solidarité et de développement du pays, notamment sur le plan industriel et dans l'intérêt général de nos concitoyens. Rassemblements locaux à mener et importance primordiale Front de gauche.

 

Pierre Dharréville – Bouches-du-Rhône

La manifestation du 18 janvier à Marseille est un événement original qui a rassemblé quatorze organisations ensemble et dans leur diversité face à l’austérité et pour le progrès social. Nous voulons relancer le débat public sur d’autres bases avec un autre rapport de forces. C’est un climat de mobilisation qui ne sera sans doute pas sans effets sur les municipales. Les offensives contre la démocratie se font de plus en plus brutales. Il y a une grande bataille à mener, non pas sur la défense de l’existant, mais pour un renouveau démocratique : participation, coopération, répondre aux besoins, égalité territoriale, taille humaine… Lançons un large appel pour cela.

 

 

Paul Barbazange – Hérault

Je réagis à l’intervention de Dharréville, après samedi à Marseille sur les nouveautés de cette action de masse. Conception, construction forme et fond. La CGT a permis à tous ceux qui s’opposent à l’austérité et à la fonte des services publics, associatifs, syndicaux politiques à récupérer la rue. Contre la lassitude c’est bon pour le moral. Il n’y a pas de modèle transportable. Que faisons-nous à ce CN, que décidons-nous pour que le 6 février l’appel national de la CGT prenne son ampleur de classe. Ce sera la seule occasion que nous avons de faire agir ensemble des membres du PS, des sympathisants de ce parti contre l’austérité du PS. Le CN doit trancher sur la concurrence mortifère entre la journée du 6 et le Front de gauche le 9.

 

Yves Dimicoli – Paris

Le pacte de Hollande veut intégrer les salariés par un « donnant-donnant » pro-Medef, sous-prétexte de redresser emploi et production. Il dit concilier compétitivité par baisse du « coût du travail » et emploi, baisse des dépenses publiques et modèle social. Face à cette recherche d'union sacrée, soyons audacieux avec nos propositions pour aider les luttes et tendre la main à l'électorat socialiste en déshérence. Face au « pacte de responsabilité » exigeons un « pacte de solidarité » avec un autre donnant-donnant : baisse des charges financières, pas des « charges sociales », avec un crédit sélectif pour l' investissement et un pôle financier public favorables à l'emploi ; modulation du taux de cotisation patronale incitative à l’emploi ; essor des services publics ; réforme fiscale de justice sociale pro-emplois, anti-profits financiers.

 

Pascal Savoldelli – Val-de-Marne

Hollande, avec le pacte de responsabilité, veut réduire le repérage gauche/droite sur les questions économiques et sociales autour de l'acceptation du capitalisme. Ce choix libéral sera-t-il durable au PS ? Ce n'est pas un parti homogène (valeurs sociétales, histoire, courants...). Le PS n'a pas la propriété de l'électorat qui a chassé Sarkozy. Le peuple de gauche aurait-il plus besoin d'idées, d'utopies mobilisatrices ? Le PCF et le FG ne peuvent pas être sur une stratégie de slogan « d'une opposition de gauche à gauche », d'une « opposition de gauche à la gauche du PS » considéré comme « à droite »... mais être offensifs dans les luttes et les idées sur le plus large rassemblement de l'ensemble des forces de gauche, du NPA aux socialistes, dans une riposte de gauche et sur un projet de société.

 

Michèle Leflon – Ardennes

L'ANI et le projet de loi sur la formation professionnelle font partie du compromis historique entre le gouvernement et le Medef : plus de 2 milliards de moins pour l'investissement dans la formation, 2 milliards de plus pour le capital. C'est l'occasion de développer nos propositions sur la sécurité d'emploi de formation. Il faut aussi faire le lien avec notre campagne sur le coût du capital et sur la protection sociale.

 

Nicolas Marchand – Val-de-Marne

L'importance de la campagne sur le coût du capital grandit avec la fuite en avant libérale de Hollande sur le coût du travail. Il s'agit de crédibiliser l'alternative : s'attaquer au coût du capital, des moyens financiers nouveaux, des pouvoirs des salariés ; avec nos propositions sur les moyens de dissuader les dépenses parasitaires et d'inciter au développement des dépenses socialement efficaces : sélectivité du crédit, modulation des cotisations patronales, fiscalité des entreprises incitative. Besoin d'une bataille durable, visant non seulement l’État, mais banques et entreprises. Il s'agit de creuser notre sillon politique, en voyant loin, avec autant de ténacité et d'esprit de suite qu'a su en mettre le Medef. Une 2eme réunion nationale a lieu le 31 janvier. Une brochure est en préparation.

 

Viviane Baudry – Ariège

Dégoût du politique entraîne augmentation abstention ; le pouvoir y est favorable : élections, où le système peut être contesté, le gêne. (Donc veut supprimer élections aux prud'hommes). Rejet UE ne doit pas se traduire par plus d'abstentions (appel du M'PEP à l'abstention très dangereux) mais nécessite de clarifier l'enjeu politique de ces élections européennes comme l'a fait F. Wurtz dans sa tribune de l'Huma Dimanche.

 

Alain Pagano – Maine-et-Loire

153 emplois menacés dans la dernière mine de France : les ardoisières de Trélazé. Bataille emblématique pour le Parti car il s'agit d'un cas d'école de licenciement boursier. Nous voulons en faire une bataille nationale de sauvegarde des emplois en remettant en débat la proposition de loi anti-licenciements boursiers. Municipales : dans les villes à risque de bascule à droite (comme Angers) le PCF a un rôle de conviction auprès de l'électorat: il faut garder des lieux de résistance à l'austérité. La droite n'apporterait rien de bon.

 

Laurence Zaderatzky – Pas-de-Calais

Salut des camarades du Pas-de-Calais et des salariés victorieux de la Foir'Fouille. Les politiques d'austérité exercent une violence quotidienne, favorisent la politique des boucs émissaires et attisent les racismes et la peur. L'école et la culture devraient être des axes permanents de rassemblement. Au niveau municipal, ce sont les rythmes scolaires qui occupent le terrain et iront accroître les inégalités. Dans les villes, nationalement et à l'échelle européenne, il faut développer des espaces permettant la création pour tous et pas seulement pour les élites ou la marchandisation. Oui aux initiatives proposées, au sujet de l'IVG, la relance de la dynamique du Front de gauche est porteuse d'espérance.

 

Pascal Joly – Val-de-Marne

Pacte de responsabilité : il ne peut pas y avoir de contreparties à la suppression des cotisations patronales de la branche famille, véritable cheval de Troie contre la sécurité sociale ! Ne pas sous-estimer ce qui se passe dans et contre le syndicalisme. Ces tentatives d'intégration et la pression sur le syndicalisme n'ont jamais été aussi fortes. Hollande cherche par tous les moyens à instaurer un consensus social permanent et constitutionnalisé ! Besoin de relancer notre lutte pour une loi d'amnistie sociale, contre la répression syndicale qui se renforce. Territoire et aménagement : enjeu aussi démocratique. Plus ils ne trouvent pas d'issue à la crise, plus ils sont tentés par les dérives autoritaires!

 

Pierre Lacaze – Haute-Garonne

Le PCF doit répondre de deux manières aux annonces de Hollande : un combat national contre la casse de la protection sociale et pointer le débat sur cotisations patronales et emploi. Et localement, suite aux municipales, développer les services publics avec la mise en réseau dans les grandes villes. Notre stratégie est cohérente et comprise des populations. Mélenchon est en échec et a décrédibilisé le Front de gauche, à nous PCF de relancer pour les européennes un front contre l'austérité. Soutien aux sortants du Front de gauche oui, mais ouvrons largement la liste au monde du travail et de la création.

 

Elisabeth Gauthier – Essonne

Bâtir une stratégie de gauche face à la crise du politique nécessite beaucoup d’innovation. La politique est de moins en moins considérée comme un recours ou un levier pour changer. L'État apparaît aujourd’hui comme celui « des autres ». Selon le sondage IPSOS-Steria, seulement 27% font confiance au Sénat, 28% à l’AN et 31% à l’UE ce qui indique que les institutions nationales sont autant touchées que l’UE. Pour les municipales, nous constatons qu’il y a en même temps un fort potentiel d’engagement de citoyens non-encartés, à condition de considérer chacun à égalité, sans prépondérance de partis. Créer les conditions permettant l’irruption citoyenne demande de l’audace ! Relancer le FdG pour les européennes nécessite revitalisation des assemblées locales.

 

Daniel Cirera – Seine-Saint-Denis

Le « pacte de responsabilité » participe d'une stratégie cohérente de F. Hollande pour un « nouveau compromis », une « social-démocratie à la française » dont l'ANI a été un jalon. Les contradictions : rapport au syndicalisme, clivage droite/gauche, difficulté de « grande coalition »... (En Allemagne, la grande coalition n'est pas celle de 2005 : débat dans le SPD, questions sociales, Die Linke). Faire obstacle à la recomposition au centre dépend des initiatives du PCF pour articuler la critique de la politique du gouvernement (avec une stratégie de rassemblement de toute la gauche engagée dans un nombre important de municipalités) et, sur une autre échéance, notre conception de luttes pour réorienter l'UE pour sa refondation.

 

 

 

Jean-François Téaldi – Alpes-Maritimes

Les derniers sondages le démontrent tous : le vote ouvrier dans les entreprises est pour l'instant majoritairement acquis au FN, tant la politique de Hollande les désespère. Nous avons deux mois pour démontrer que la gauche, celle qui sert aux salariés, ce n'est ni le gouvernement Ayrault, ni encore moins le FN et son programme antisocial qui ne dérange pas le patronat. La bataille du PCF envers les salariés n'est pas au niveau nécessaire. Nous avons deux mois pour redonner espoir aux salariés et à la classe ouvrière. Deux mois pour convaincre que la gauche ce n'est le plus le PS et que le FN n'est pas la solution.

 

Alain Janvier – Seine-et-Marne

Nos campagnes électorales municipale et européenne doivent dénoncer la casse de l’emploi productif. Il faut croiser les 2 approches « bassin d’emploi » et « filière ». Les suppressions d’emploi ne sont pas de simples conséquences de la crise, mais sont au cœur de la stratégie des grands groupes. EADS/Airbus projette de supprimer 5000 emplois. Dans le même temps, l'État Français se désengage et l'État Allemand se renforce. Dans la filière « verre plat », la CGT note : en France : marché intérieur : + 20%, production : - 19%. Allemagne : marché intérieur : -40%, production : + 47%. En Seine-et-Marne, l’emploi de production du verre est sacrifié. Dans nos campagnes, il faut dénoncer tout cela.

 

Remerciements pour leur aide précieuse à Jacqueline Lamothe, Marianne Parmigiani, Marie-Noëlle Postel, Monique Renault et Jean Youdom

CN du 23 janvier 2014 - Rapport introductif de Pierre Laurent

Par Pierre Laurent, le 28 janvier 2014

CN du 23 janvier 2014 - Rapport introductif de Pierre Laurent

Chers camarades,

 

Je dois d'emblée souligner l'importance de notre réunion d'aujourd'hui. Après les dernières annonces présidentielles, chacun le sent bien, l'année 2014 qui débute sera une année charnière dans le quinquennat.

 

Deux élections majeures vont se tenir dans les prochains mois : les élections municipales, celles dont les français se sentent le plus proches, dans deux mois, et les élections européennes, après quatre années d'une crise dramatique dans toute l'Union européenne, dans 4 mois.

 

Le climat politique et économique de ces deux élections est très lourd et rend l'avenir politique très instable.

 

Vingt mois après l'élection de François Hollande et la nomination du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, la côte de popularité de l'exécutif reste au plus bas. Le pays est déprimé socialement et politiquement. La France de 2013 a été celle des 1 000 plans de licenciements, de la non inversion de la courbe du chômage avec plus de 5 millions de chômeurs, de la loi sur l'ANI qui facilite aujourd'hui la tâche des licencieurs, d'un nouveau recul du droit à la retraite, des 20 milliards de cadeaux nouveaux du patronat avec le CICE, de l'augmentation injuste de l'impôt sur le revenu et de la TVA .

 

Et pour quel résultat ? Aucune amélioration tangible. Pour l'essentiel des salariés du pays, les quelques avancées enregistrées dans telle ou telle loi ne pèsent pas lourd face au maintient du cap de l'austérité et de la pression contre les revenus salariaux.

 

Devant tant de renoncements gouvernementaux, 2013 a été pour beaucoup l'année de la déception et de l'amertume.

 

Et que nous annonce le Président de la République depuis ses vœux du 31 décembre ? Qu'il veut avancer « plus vite et plus fort » dans la même direction. Le Medef et les milieux patronaux applaudissent. Le monde du travail, lui, s'enfonce dans l'inquiétude.

 

Le pacte de responsabilité, s'il était mis en œuvre, constituerait un très grave recul pour notre modèle social et républicain, pour le monde du travail, pour toute la gauche française.

 

Il est clair et net que nous n'avons pas l'intention de l'accepter. Nous avons donc un formidable défi à relever : empêcher ce recul et maintenir ouverte la voie dans notre pays vers une politique alternative de gauche, seule à même de sortir notre pays de la crise.

 

Que prévoit en effet le pacte ?

 

  • Une baisse massive des revenus salariaux, baptisés on le sait par le patronat « coût du travail », avec la suppression du financement par le patronat de la branche famille de la protection sociale. Le coût se monte à 35 milliards d'euros comprenant les 20 milliards déjà accordés au titre du CICE.

 

  • Une nouvelle diminution du taux de l'impôt sur les sociétés, qui devrait être confirmée lors des Assises de la fiscalité des entreprises, qui se tiendront fin janvier. Elle vise à exonérer d'impôt la hausse des marges, qui va provoquer la baisse des cotisations patronales.

 

  • Une baisse drastique de 53 milliards d'euros des dépenses publiques pour 2015, 2016 et 2017. Cela concerne toutes les dépenses publiques : budgets publics de l’État, dotations aux collectivités locales qui seraient désormais allouées avec un système de malus pour celles qui ne réduisent pas assez vite leurs dépenses, freinage accentué des dépenses d'assurance maladie.

 

Les réformes institutionnelles annoncées avec regroupement de régions et suppression de départements participent doublement de cet objectif : en accélérant là où c'est possible la suppression des emplois et des services publics en concentrant les pouvoirs et en les éloignant encore des citoyens pour mieux piloter la restructuration à la baisse des dépenses publiques.

 

Nous devons être très clairs avec les Français. L'ensemble de ces sommes, soit près de 100 milliards d'euros seront prélevées d'une manière ou d'une autre sur les revenus des ménages. Nous sommes exactement dans l'ordre de grandeur exigé par Pierre Gattaz au nom du Medef. Les conséquences en matière de creusement des inégalités vont être terribles, car outre les allocations familiales dont le devenir est aujourd'hui suspendu, les remboursements d'assurance maladie qui vont encore diminuer, ce sont tous les moyens de services publics nationaux, régionaux, départementaux et locaux qui vont être amputés.

 

Il s'agit bel et bien d'un compromis historique passé entre le Médef et le gouvernement, dont l'objectif déclaré est d'augmenter les marges, autrement dit les profits, au détriment des salaires, de la protection sociale et des dépenses de services publics.

 

Voilà ce qu'ils appellent dans leur jargon, « la politique de l'offre», et que François Hollande a habillée de toutes les vertus, en déclarant « il est temps de régler le principal problème de la France, sa production ». Le problème c'est que cette politique ne réglera pas le problème de l'offre productive nationale, qui est ici volontairement confondue par François Hollande et le Médef avec la compétitivité uniquement entendue comme la course aux plus bas coûts salariaux.

 

Or, si les bases productives nationales se dégradent, si le taux d'investissements des sociétés non financières a baissé de 31,5% en 2008, à 28,4% en 2012, il sera difficile de nous expliquer que les salaires et les cotisations sociales qui n'ont cessé de baisser dans la même période en soient la cause.

 

En vérité, le raisonnement patronal et présidentiel fait l'impasse sur deux causes majeures de dégradation de l'activité productive nationale : l’extrême faiblesse de la demande en France et en Europe, liée aux politiques d'austérité et de chômage, et le niveau asphyxiant des prélèvements financiers (dividendes, intérêts financiers, coût du crédit bancaire).

 

Non seulement, le pacte Hollande-Medef ne traite pas ces causes, mais il va dégrader encore la demande et encourager les entreprises à redresser leurs marges contre les salaires en continuant à accentuer les gâchis du capital.

 

Le Président de la République a beau d'ailleurs fait ronfler les mots sur les contreparties, il n'y a rien que du vent. Le Medef le répète à qui veut l'entendre qu'il ne s'engage sur rien.

 

Il faut même craindre que les négociations de branche soient l'occasion de nouveaux chantages patronaux pour monnayer davantage de flexibilité et de précarité.

 

François Hollande fait également totalement l'impasse sur l'échec avéré de telles politiques. Nous avons 20 ans de politiques de réduction des cotisations patronales élevées avec plus de 250 milliards d'euros de cadeaux.

 

Ainsi, les allègements Fillon de 2013 sur les salaires inférieurs ou égaux à 1,6 du SMIC coûtent chaque année 22 milliards d'euros. Selon l'hypothèse similaire, une étude de l'OFCE, ils n'auraient créé que 300 000 emplois. Le coût unitaire de ces emplois est aussi de 75 000 euros, pour des emplois généralement peu qualifiés et précaires, pour des salaries qui coûtent en moyenne à l'entreprise 25 000 euros bruts chargés.

 

Tous ces allègements servent donc des rentes indues au capital en tirant vers le bas la condition de milliers de salariés. Une étude économique récente estime que le « surcoût du capital », c'est à dire la part des dividendes et intérêts versés qui, selon les auteurs, ne rémunèrent ni un service économique rendu, ni un risque pris par le prêteur, se chiffre entre 94 et 140 milliards d'euros. Or, la part des dividendes dans la valeur ajoutée a explosé et est maintenant supérieure à celle des investissements.

 

Voilà pourquoi, le « pacte de responsabilité » n'en est pas un et qu'il va au contraire encourager la déresponsabilisation sociale et publique des entreprises. Il sera un coup d'épée dans l'eau face à la marée du chômage et de la précarité, mais il coûtera très cher au monde du travail et aux finances publiques.

 

François Hollande aura beaucoup de mal à nous vendre ce pacte pour une politique de gauche. La vérité, c'est que le Président de la République a renoncé à faire reculer le pouvoir des actionnaires et de la finance, qu' il désignait au Bourget comme l'adversaire, et qu'il cherche aujourd'hui à nous vendre un impossible compromis entre ces logiques financières et le redressement national.

 

Les profiteurs du système sont arc-boutés pour empêcher qu'on les dessaisisse de leurs pouvoirs et de leurs privilèges. La seule manière de lever les entraves qui empêchent la France et ses travailleurs de retrouver le sens du progrès humain, c'est pourtant de s'y attaquer. C'est plus que jamais l'urgence. C'est à cela que tourne le dos le pacte de responsabilité.

 

On a beaucoup glosé sur la nature politique des annonces de François Hollande « tournant », « outing », autrement dit, aveu public d'un choix déjà ancien, « social démocrate », « social libéralisme », « libéralisation. Rappelons tout de même qu'il est dans la nature même de la sociale démocratie de céder quand la pression du capital est trop forte et celles des forces sociales trop faibles. Et que François Hollande a toujours été du côté de ceux qui ont cherché la « normalisation » d'une gauche française à ses yeux trop éloignée des canons de la sociale démocratie européenne.

 

Nous assistons donc à une nouvelle offensive d'ampleur pour imposer au Parti socialiste tout entier, à la gauche française, syndicale et politique, aux forces du monde du travail qui se reconnaissent dans les combats historiques de la gauche française, une «aggiornamento» politique et idéologique qui les feraient renoncer durablement à toute ambition sérieuse de transformation sociale. François Hollande va utiliser à fond pour cela sa posture hyper-présidentielle, celle qu'il avait critiquée dans la campagne ou il parlait de « Président normal », pour imposer à ses propres partisans ou électeurs ce tournant. Il usera aussi à fond de l'exemple de la grande coalition allemande pour vendre l'Union sacrée autour de son pacte.

 

Son objectif est de jeter les bases pour 2017 d'une nouvelle majorité politique qui n'existe pas aujourd'hui, en tout cas pas à gauche, pour soutenir son projet politique.

 

Nous entendons relever ce défi. Notre objectif doit être de convaincre notre peuple qu'un autre chemin est possible pour la France, pour la gauche, comme nous avons su le faire en 2005 sur le TCE ou en 2010 sur les retraites.

 

Pas question pour nous d'abandonner le terrain. Le pacte de responsabilité de François Hollande, ce n'est pas la gauche française, ce n'est pas la gauche que souhaite notre pays.

 

François Hollande engage la bataille, mais il ne l'a pas gagnée, loin s'en faut. À nous de la mener, avec l'ambition nécessaire.

 

Notre ambition est plus que jamais d'ouvrir une autre voie, pour sortir de cette impasse et redresser le pays. Et nous en savons la France capable. Capable, parce qu'elle a les moyens et que les forces de gauche existent. Ceux qui continuent de faire miroiter des illusions sur les résultats de cette politique font perdre un temps précieux aux Français et à la gauche. Le temps viendra irrévocablement du rassemblement national pour une autre voie, plus juste, plus solidaire, plus efficace.

 

C'est à cette nouvelle voie, à cette alternative de gauche à la politique actuelle d'austérité et de compétitivité, que nous consacrons tous nos efforts.

 

A tous ceux qui refusent la voie sans issue de l'austérité, à tous ceux qui prennent conscience du fiasco dans lequel elle nous engage, à tous ceux dont les doutes grandissent chaque jour, aux socialistes et aux écologistes qui ne se reconnaissent plus dans ces choix ouvertement socio-libéraux, aux salariés qui comprennent que plus aucun progrès social ne sera possible si on s'enferme dans ces choix, nous devons tendre la main et proposer un pacte de solidarité, un pacte pour travailler sans tarder à la reconstruction d'une politique de gauche qui alliera justice fiscale et sociale, nouveau modèle productif, transition écologique et nouvelle vie démocratique.

 

A toutes et tous, nous disons que nous sommes une majorité suffisante dans ce pays, pour ouvrir une autre voie et que le temps est venu de faire de nos espoirs isolés une force unie et rassemblée.

 

Alors comment avancer ?

 

En nous unissant d'un même mouvement pour refuser la politique qui nous est proposée et porter en avant des autres solutions, des solutions de gauche.

 

En ce sens, oui, nous sommes bien plus qu'une opposition de gauche à cette politique. Oui, nous nous opposons à la voie choisie, et nous voterons contre ce pacte sans hésiter. Mais nous sommes indissociablement une solution de gauche, la solution pour une alternative de toute la gauche à la voie sans issue de l'austérité.

 

Dans les mois à venir, nous serons donc sur tous les fronts avec la volonté de construire en toutes circonstances les rassemblements les plus larges possible, sans jamais opposer le travail pour une perspective alternative de gauche et tous les rassemblements partiels qui nous permettront d'avancer. Le périmètre de ces rassemblements ne sera peut-être pas toujours identique, l'essentiel est qu'ils permettent d'encourager la mise en mouvement du plus grand nombre.

 

Face à la dérive libérale de François Hollande, notre devoir est d'amplifier notre travail de rassemblement. Nous disons à tous nos collègues, voisins, amis de gauche, rassemblons nous au-delà de nos différences autour de l'essentiel : sauver la France, sauver la gauche, de la déroute annoncée.

 

Oui, c'est le moment. L'heure n'est plus à attendre ce qui ne viendra pas. L'heure n'est pas non plus à se contenter de dénoncer la catastrophe programmée. « Au-delà de nos différences, de nos débats, nous qui voyons venir le pire sans nous y résoudre, travaillons ensemble à un pacte de solidarité pour un autre avenir » , voilà l'appel que nous lançons.

 

Cet appel, nous l'adressons à toutes celles et ceux, qui déserpèrent de n'être jamais entendus, lassés et écœurés de tous ces mouvements, de toutes ces belles paroles trahies, ne se retrouvant plus dans l'action politique, ne font plus confiance aux partis.

 

Et nous disons à tous ceux qui voient dans le Front national le recours à cette faillite généralisée, n'attendez rien de bon de Marine Le Pen qui n'endosse le costume de la contestation populaire que pour mieux diviser, semer la haine et, demain, faciliter la tâche de tous ceux qui veulent perpétuer la loi libérale du plus fort.

 

Comment avancer et dans quelles directions prioritaires ? Je veux souligner celles qui devraient nous occuper au premier chef dans le semestre à venir.

 

Engager sans tarder la bataille contre le pacte de responsabilité, l'austérité et les licenciements et pour les salaires, l'emploi et les services publics

 

Je viens de dire les raisons de notre opposition au pacte Hollande. Cela appelle une très grande campagne d'explication dans tout le pays.

 

Nous devons la mener en toutes occasions, sur tous les terrains.

 

Dans tout le pays, nous sommes aux côtés de salariés en lutte pour leurs emplois, de populations frappées par la précarité, et d'usagers en lutte pour les services publics.

 

Chaque terrain de lutte doit être utilisé pour démontrer l'injustice et inefficacité du pacte Hollande et rassembler pour un autre pacte de social.

 

Notre campagne contre le coût du capital, lancée à la Fête de l'Humanité, est d'une brûlante actualité. Elle est la réponse aux arguments du Medef relayé aujourd'hui par l’Élysée. Elle trouve aujourd'hui de l'écho dans le monde syndical avec la campagne lancée par la CGT sur le même thème, et chez de nombreux acteurs de la gauche sociale et politique quand ils en ont connaissance.

 

Elle doit nous permettre de rassembler sur des contre-propositions. Je pense notamment à la remise à plat de toutes les exonérations fiscales et de cotisations sociales des entreprises avant tout nouveau cadeau ; à notre projet de loi d'interdiction des licenciements boursiers. À nos propositions de modulations des cotisations sociales pour l'emploi en lieu et place des cadeaux sans contre partie, à la mobilisation du crédit bancaire à taux réduit voire nul pour financer la relance d'activités utiles et matieres d'emploi.

 

Nous pouvons chaque jour, argumenter logique contre logique, et montrer une piste de solution alternative possible.

 

Je pense évidemment à notre bataille sur la fiscalité avec la signature de la carte pétition contre la hausse de la TVA, liée cela à l'initiative du Front de gauche et notre campagne pour des Etats généraux de la justice fiscale. Le gouvernement accélère son calendrier pour mettre en œuvre son pacte dans la loi de finances 2015.

 

Nous voulons réunir, avec le Front de gauche, avec toutes les forces politiques, syndicales, associatives qui veulent être partie prenante de notre démarche, construire en juin 2014 des Etats généraux de la justice fiscale porteurs d'une autre logique : la justice fiscale contre les gachis du capital.

 

Un groupe de travail a été mis en place par la direction nationale, animé par Marc Brynhole associant nos deux groupes parlementaires, est déjà très actif à rassembler nos propositions et multiplie les auditions de syndicalistes.

 

Courant février, en élargissant encore les sollicitations, nous voulons construire un comité de préparation large et pluraliste de ces États généraux ouverts à toutes les sensibilités de la gauche. Il s'agit d'une initiative majeure dont la portée peut se révéler considérable dans la durée, si nous ne renonçons pas à son ambition initiale.

 

Je pense encore à la bataille pour la protection sociale et son financement qui devient désormais centrale après les annonces présidentielles. Allocations familiales, hôpitaux, remboursements, retraites, indemnisation chômage... tout est sur la table.

La bataille du financement, le principe même de la cotisation patronale et de l'universalité des droits, des acquis fondamentaux du Conseil national de la Résistance sont maintenant au centre du combat. Nous avons des propositions fortes en la matière qui doivent porter haut dans le débat public, en refusant la culpabilisation des salariés. Ce sont en vérité des choix de société qui sont en cause. Oui, nous considérons qu'il est utile et juste de consacrer une part importante de la richesse créée par les travailleurs à leur vie en bonne santé, à leur bien-être. Non, les richesses ne sont pas créées pour alimenter la pompe à finances des dividendes.

 

Je pense enfin à la bataille pour les services publics qui sont gravement menacés par l'annonce des 53 milliards de réduction de dépenses publiques et les réformes institutionnelles envisagées.

 

Les services publics sont la condition indispensable du droit à l'émancipation pour tous, de la liberté de choix pour tous. C'est l'antidote contre toutes les inégalités qui ravagent la société.

Culture, éducation, enseignement supérieur et recherche, sport pour tous sont dramatiquement en danger quand ils deviennent au contraire chaque jour les conditions du libre épanouissement de chacun. Nos batailles doivent s'amplifier là aussi.

 

Sur tous ces enjeux centraux, nous devons favoriser la convergence et les rassemblements les plus larges, c'est pourquoi, nous avons proposé que le Front de gauche se consacre finalement début février à appuyer de toutes ses forces la réussite des mobilisations syndicales engagées, notamment dans la journée du 6 février. C'est le sens de ma présence avec Jean-Luc Mélenchon à Marseille, le 18 janvier dernier.

 

Deuxième axe de campagne : contre l'attaque en règle contre les collectivités locales, pour un nouvel essor de la démocratie pour la VIe République

 

Le pacte Hollande s'accompagne d'une double offensive : contre les collectivités locales, leurs repères de services publics et le tissu démocratique qu'elles représentent ; et pour une nouvelle accentuation de la présidentialisation du régime.

 

En 2010, Nicolas Sarkozy identifiait déjà dans les collectivités locales un double verrou à faire sauter : celui du maintien d'un haut niveau de dépenses de services publics et d'investissements publics ; celui d'une proximité démocratique qui rendait difficile de s'y attaquer.

 

Ce fut le fameux thème du « mille-feuilles » aujourd'hui repris mot pour mot par François Hollande et Jean Marc-Ayrault.

 

L'offensive va désormais être maximum dans la foulée de l'adoption de la loi sur les métropoles. Réduction de budget et concentrations autoritaires de collectivités vont devenir la règle avec un seul objectif : réduire le volume de l'investissement public, avec des conséquences désastreuses pour les populations. C'est l'égalité dans la République qui est directement mise en cause par ces projets.

 

Ce n'est pas un hasard si pour mener à marche forcée ces réformes autoritaires, François Hollande retrouve les vertus d'un présidentialisme forcené qui pourrait tout diriger et tout arbitrer.

 

Nous devons nous opposer fermement à ces idées. Nous n'accepterons pas le gouvernement par ordonnances. Nous n'accepterons pas les regroupements autoritaires de collectivités.

 

Nous ne sommes pas des partisans du statu-quo. Nous voulons des collectivités coopératives libres, de plein exercice, et non des relais sous tutelle des administrations centrales. Nous voulons des collectivités où les citoyens décident, où les élus sont respectés parce qu'ils construisent des choix avec les citoyens.

 

Aussi, nous exigeons la consultation par référendum des populations sur toute suppression de collectivité régionale ou départementale. C'est évidemment vrai pour les 4 départements de la métropole parisienne aujourd'hui directement dans le collimateur, après celui du Rhône arbitrairement charcuté sans consultation.

 

Ces questions seront évidemment au centre des batailles électorales locales sur lesquelles je reviendrai.

 

Troisième axe de bataille : pour les droits des femmes, pour le droit à l'avortement

 

Je veux maintenant insister sur la riposte d'ampleur qu'il convient d'initier en faveur des droits des femmes.

 

Les politiques annoncées vont directement impacter les femmes qui sont déjà les premières victimes de la précarité, du chômage, et des bas salaries.

 

Les quelques améliorations enregistrées dans la loi sur l'égalité, votée au Parlement, sont loin de faire contrepoids aux dégâts provoqués quotidiennement dans la vie des femmes par l'austérité.

 

A cette situation s'ajoute désormais une offensive réactionnaire de très grande ampleur à l'échelle européenne contre les droits des femmes, singulièrement le droit à l'avortement.

 

Nous avons perçu les prémices de cette offensive dans les mobilisation réactionnaires et les arguments sexistes contre le mariage pour tous.

 

Aujourd'hui, il faut riposter vite, fort et le plus largement possible.

 

Nous nous impliquerons donc totalement dans les manifestations du 1er février et devons préparer de nouvelles mobilisations pour le 8 mars.

 

Quatrième axe de bataille : une mobilisation européenne est envisagée pour début mai

 

Les ravages de la crise, l'instrumentalisation politicienne des divisions dans la société créent une menace sérieuse pour de nouvelles flambées racistes. L'Europe nous en offre des témoignages quotidiens.

 

Les attaques contre Christiane Taubira, la dédiabolisation orchestrée du Front national, la banalisation dans le discours politique de thèses racistes ou discriminatoires à l'égard de l'Islam et des ROMS ont déjà constitué de sérieuses alertes. Le terreau des frustrations, des déchirures, fécondé par la crise politique où toutes les promesses semblent inexorablement être vouées à la trahison nourrit ce danger. La défiance à l'égard de la politique qui grandit est du pain béni pour les discours populistes.

 

L'affaire Dieudonné a agi comme un double révélateur. Premièrement concernant la banalisation inquiétante et renouvelée de l'antisémitisme. Notre vigilance doit être intacte et notre mobilisation totale. Jamais le Parti communiste français n'a failli face à l'antisémitisme. Deuxièmement concernant l'ampleur des frustrations, dans une partie grandissante de la jeunesse française, face à l'impunité dont jouissent bien trop de discriminations. Le sentiment d'un « deux poids, deux mesures» de plus en plus insupportable qui peut devenir le prétexte à une autre division, la compétition des racismes, des victimes.

 

Là aussi, nous devons nous dresser avec force, contre toutes les discriminations en récusant toute hiérarchie ou compétition des racismes.

 

Si nous voulons être entendus, nous devons clairement faire entendre à tous les jeunes de notre pays, notre disponibilité et notre engagement dans la lutte, contre tous les racismes, toutes les vexations, les humiliations et les discriminations du quotidien.

 

Cinquième axe, les élections municipales

 

Elles sont un front majeur et primordial de la lutte que nous engageons contre l'austérité et pour des alternatives de progrès à la crise actuelle.

C'est à cette bataille que nous allons consacrer toutes nos forces dans les deux mois à venir, en y concentrant tous les combats que je viens d'évoquer.

Car les élections municipales sont toujours un formidable creuset de politique et de citoyenneté.

 

Je l'ai dit, des politiques publiques locales vont être au cœur de l'affrontement politique dans les mois et les années à venir.

 

Les choix seront simples

- ou des choix de réduction drastique des dépenses des services publics, et les populations trinqueront lourdement.

- ou la poursuite de politiques publiques innovantes, faisant le choix du service public, de la solidarité, de l'égalité et du développement pour tous.

 

C'est évidemment ce choix qui est le sens de notre engagement partout en France, dans chaque commune où nous présentons des candidats.

 

Nous combattons pour cette raison avec détermination toute tentative de la droite ou de l’extrême droite de conquérir car le service public, l'égalité sans discrimination seraient les premières cibles.

 

Notre choix est tout autre. Il est celui de majorités municipales de gauche dans lesquelles et avec lesquelles il faudra résister aux injonctions d'austérité du gouvernement.

 

Le gouvernement prétend imposer la programmation de 50 milliards de recul des dépenses publiques et fait des collectivités locales une de ses cibles prioritaires. Nous savons pour notre part le prix qu'il en coûterait aux populations si on le suivait dans cette voie. Nous l'acceptons d'autant moins que, comme je l'ai dit lors de mes vœux : « depuis toujours, nous avons mis notre énergie transformatrice au service des conquêtes ouvrières dans les municipalités populaires. Nous avons inventé socialement, culturellement, écologiquement, urbanistiquement, démocratiquement. Ce « communisme municipal » marque, non seulement les villes que nous gérons, mais l'ensemble du paysage communal national qui est le lieu d'un investissement public massif et souvent audacieux. Nous ne laisserons pas détruire ce tissu d'innovation communale ».

 

Et ceux qui veulent réserver aux communes le sort qu'ils réservent au budget de l'Etat nous trouveront sur leur route. Car ce qui se joue, ce sont des transports publics, des crêches, des renouvellement urbains, du logement social de qualité, de l'innovation écologique....

 

Nos maîtres-mot sont clairs et partout les mêmes. Service public de proximité, justice et solidarité, innovation et développement, ville pour tous, démocratie avec tous. La bataille va être rude dans les mois et les années à venir. Nous entendons la mener avec le maximum de forces. Déserter ces positions serait une grave erreur. L'heure est au contraire à leur renforcement.

 

C'est donc en toute transparence et en toute conscience des enjeux, en considérant nos responsabilités pour les populations, pour l'avenir du Front de gauche et notre ambition de refondation de la gauche, que nous avons fait nos choix de listes pour le premier tour. Au deuxième tour, notre règle sera partout le rassemblement pour assurer une victoire de gauche.

 

La note que vous a fourni le secteur élections détaille la diversité des situations locales. Mais je le constate tous les jours, dans mes déplacements sur le terrain, diversité ne signifie pas divergence entre communistes dans le sens de nos engagements. Le même esprit nous anime partout. Et tous les communistes que je rencontre ont à cœur la même ambition pour la gauche, l'avenir du Front de gauche et le renforcement de ses positions.

Nous vous proposons de valider des chefs de file de plus de 20 000 habitants qui nous restaient à avaliser. Partout, nous vous proposons de valider le choix effectué statutairement par les communistes.

 

Nous abordons d'ailleurs cette échéance avec beaucoup d'ambition, dans les villes que nous gérons, dans celles que nous espérons conquérir, et dans toutes les autres où nous entendons renforcer et la place des élus communistes et du Front de gauche.

La partie n'est pas gagnée. Il y a devant nous un énorme travail de conviction et de mobilisation.

 

Alors maintenant, concentrons toutes nos forces dans la campagne. Nous avons devant nous 9 semaines de mobilisation, de tractage, de réunions publiques, de présence sur les marchés, de porte à porte, bref, 9 semaines de campagne militante, politique au plus près des citoyens. Celle-ci sera à la fois un grand moment de démocratie et de bataille politique. Nous pouvons à l'occasion de ces municipales et à la faveur d'une belle mobilisation aller à la rencontre de centaines de milliers de nos concitoyens pour débattre avec eux, de leur vie et de la situation politique. Ces municipales peuvent aussi être un moment important de renforcement de notre organisation. Cette année encore, nous avons enregistré 5 000 adhésions nouvelles, nous devons continuer dans cette dynamique et les municipales peuvent être une belle opportunité.

 

Je le répète, il y a un énorme travail. Mais j'ai la conviction que mené jusqu'au bout avec détermination, il peut déboucher sur une renforcement de nos positions. Ceux qui, au PS, entendent nous tailler des croupières peuvent tous mordre la poussière. Pourquoi en effet, dans des villes populaires qui ont tant besoin de solidarité, choisir la gauche gouvernementale, celle de l'échec et du renoncement, plutôt que la gauche de la solidarité et du développement pour tous que nous respectons ?

 

Si nous tenons nos objectifs, ce sera au soir des élections une belle leçon politique et un bel atout pour la suite des combats qui attendent le Front de gauche et la gauche.

 

Pour l'heure, le temps des choix, c'est le temps de la bataille. Viendra plus tard le temps des leçons à en tirer.

 

Lors de la rencontre du 17 janvier, nos camarades du PG nous ont interrogés sur nos choix pour les élections à venir. Vous avez vu notre compte-rendu de la rencontre. Il fait état de notre réponse. Elle tient en deux points.

 

Dans les 2 types d'élections à venir en 2015, régionales et cantonales, nous avons des listes Front de gauche dans 16 régions sur 21 en 2010. Quant aux cantonales, il y a belle lurette que le PCF y présente des candidats au premier tour. Nous souhaitons toutefois faire nos choix avec les communistes après les deux échéances à venir. Il nous paraît, en effet, responsable d'apprécier la situation politique alors créée, et par ailleurs, de disposer d'une appréciation plus fine des conséquences de changement de mode de scrutin cantonal et du redécoupage qui vise à nous marginaliser. Nous sommes favorables à un échange national avec les forces du Front de gauche sur ces points après les élections de 2014.

 

Permettez-moi d'ajouter une remarque. Les élections municipales ont suscité un débat d'alliances dans le Front de gauche et le Parti, puis des choix dont nous aurons à tirer toutes les leçons après les résultats.

 

J'estime que l'un de ces points de débat devra être poussé et éclairci, car il y a des conséquences, non seulement sur nos choix de listes, mais sur notre comportement à l'égard des institution locales ou nationales dans lesquelles nous siégeons.

 

La stratégie du Front de gauche dans laquelle nous sommes engagés pour construire une majorité alternative au pouvoir actuel de François Hollande est-elle incompatible avec des alliances locales ou la participation des exécutifs où nous sommes minoritaires ? Personnellement, je ne le crois aucunement, nous devons poursuivre ce débat.

 

Sixième question, les élections européennes suivront de très près l'échéance municipale

 

Mais en vérité, c'est le même combat contre les politiques d'austérité et de dumping social que sera prolongé. Nous pensons, pour notre part, que l'engagement de cette campagne est urgent et devrait se mener en concomitance avec les élections municipales.

 

Nous avons insisté sur cette urgence auprès de nos camarades du PG, le 17 janvier. Je crois pouvoir dire qu'elle est largement partagée dans les composantes du Front de gauche.

La décision du PGE à Madrid de la désignation d'Alexis Tsipras est un atout supplémentaire qui nous encourage à accélérer notre entrée en campagne.

 

Le candidat des socialistes, l'allemand Martin Schulz, Président du Parlement européen, tentera certes de parler à gauche, mais il sera difficile pour lui de faire oublier qu'il est un soutien de la gauche coalition allemande.

 

Le sondage CEVIPOF, publié par le Monde, a confirmé qu'à l'égard des promesses politiques trahies, la défiance des Français à l'égard de l'UE était croissante. Le FN spéculera sur ce rejet pour prôner une sortie de l'euro sans aucune perspective de sortie de crise et de recul du chômage.

 

Notre message doit être entendu fort et clairement.

 

Non à l'austérité, aux diktats antisociaux de l'UE, à la tutelle des marchés financiers, au mépris des souverainetés populaires.

Oui, à une parole forte de la France qui fasse respecter ce message des Français, qui refusent le chantage de l'UE, et se battent pour la refondation d'une Union Européenne où les peuples soient souverains et associés pour le meilleur de la coopération et de la solidarité.

 

Nous serons, le 4 avril, partie prenante de la grande manifestation organisée par la CES pour interpeller les candidats aux élections européennes sur les exigences sociales et la rupture avec l'austérité.

 

Nus serons co-organisateurs du sommet sur la dette organisée par le PGE avec Transform le 10 avril à Bruxelles.

 

D'ores et déjà, le calendrier européen d'Alexis Tsipras nous permet d'envisager une très grande initiative de mobilisation populaire en France, avec sa participation dans la semaine du 7 au 12 avril pour lancer la campagne du Front de gauche.

Alexis Tsipras sera d'ailleurs à Paris, les 3 et 4 février prochains pour une réunion européenne. Nous examinons la possibilité d'une première initiative publique qui lui permettrait de présenter le sens de cette candidature.

 

Nous travaillons à accélérer la discussion sur les listes avec le Front de gauche. Nos principes de discussion sont doubles : reconduire les sortants et répartir, entre composantes du Front de gauche, les nouveaux postes gagnables.

 

Nous vous proposons que le Parti désigne, pour sa part, d'ici là, le 8 février au minimum, ses chefs de file dans chaque circonscription, homme et femme. Pour le moment, ce pourrait être l'objet de discussions des directions fédérales par grandes circonscriptions. Viendra plus tard la validation par les communistes, quand la proposition de listes sera plus complète après nos discussions avec les partenaires.

 

Vous savez que le PG, pour passer à cette étape de discussion sur les européennes, demande des règles d'utilisation du logo, notamment à Paris. Nous travaillons aux gestes d'apaisement nécessaire, dans l'esprit d'ailleurs auquel je me suis tenu depuis des mois.

 

Je veux terminer en souhaitant aux communistes beaucoup de bonheur dans leurs engagements.

Le Parti est à l'action. Il n'a jamais cessé de l'être . Il est déjà mobilisé sur le scrutin pour les municipales mais, il faut amplifier cet engagement. Il doit aussi prendre du temps pour discuter et analyser la situation et, j'espère que les comptes-rendu de cette session lui en fourniront l'occasion.

 

La direction nationale, avec ses secteurs thématiques et le comité du projet, intensifient son travail. Après la convention Europe, nous préparons une convention industrie. Hier, un séminaire national sur l'Economie Sociale et Solidaire s'est tenu ici même, demain plus de 350 acteurs de la ville, architectes, urbanistes, élus, plancheront, ici même, pour les premières rencontres Niemeyer sur la ville et l'Urbanisme.

 

Oui, nous sommes au travail et il faudra décidément compter avec le PCF pour écrire l'avenir de la gauche dans ce pays.

 

Rapport introductif de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF au Conseil national du 23 janvier 2014

Gazette de campagne du Quartier Nord - 23 janvier 2014

le 25 janvier 2014

Gazette de campagne du Quartier Nord - 23 janvier 2014

Pourquoi les rencontres Niemeyer ?

le 21 janvier 2014

Pourquoi les rencontres Niemeyer ?

Quand le bâtiment va tout va, dit l’adage. Or, force est de le constater : le bâtiment, et plus largement les projets architecturaux, urbains, l’amélioration des conditions de logement et du cadre de vie, aujourd’hui se portent mal. Une entreprise de BTP sur trois serait sous la menace d’une faillite d’ici fin 2014 –  essentiellement des PME, selon les projections.  L’année 2013 fut une année noire en terme de construction de logements, avec des chiffres équivalents à ceux de l’immédiat après-guerre. Voici le terrible paradoxe d’une époque où 3,6 millions de nos concitoyens sont sans-abri ou sans-logis, où 10 millions d’entre eux souffrent du mal-logement, contraints de vivre dans des espaces indignes, impropres, comme le rappelle le dernier rapport de la fondation Abbé-Pierre. Ces chiffres font frémir.

Le bâtiment, c’est la construction de logements neufs – tout particulièrement de logements sociaux – mais aussi les réhabilitations du bâti existant, de l’espace public et des rues, les constructions de routes, d’équipements comme les écoles ou les stades. L’asphyxie des collectivités territoriales, dont les marchés publics représentent 60% du chiffre d’affaire du BTP, va mécaniquement aggraver la spirale vicieuse de la crise.

Cette crise, pourtant, n’est pas une fatalité

Elle est l’aboutissement d’une logique et d’un raisonnement. Elle la conséquence d’un choix fondamental, celui de la finance au détriment de l’humain et la qualité de vie, celui des actionnaires au détriment des intérêts économiques et sociaux de la France et des intérêts écologiques de notre planète. L’humanité a franchi cette considérable mutation anthropologique, elle est aujourd’hui plus urbaine que rurale. Ainsi, en France, 95 % de la population vit sous influence urbaine. Qu’est-ce que le phénomène urbain sinon un formidable potentiel de mise en commun des aménités : transports, santé, école, culture. Près de cinquante ans après l’appel d’Henri Lefebvre pour le Droit à la ville, cette mise en commun des aménités reste une utopie.

Depuis deux décennies, sous injonction de la stratégie de Lisbonne, les territoires ne sont plus seulement des lieux de vie. Ils sont devenus des opérateurs économiques, que l’on place en compétition les uns les autres, et dans lesquels les services publics et les institutions sont tenus de se soumettre. Dans les métropoles, les pôles de compétitivité, fabriqués à grand renfort de subventions, côtoient les territoires littéralement abandonnés. Entre les métropoles, c’est la fuite en avant du toujours plus fort, quitte à développer des infrastructures inopportunes aux coûts exorbitants et qui renforcent les déséquilibres. Dans cette course folle, les petites villes et la ruralité font figures de dégâts collatéraux. Elles entraînent dans leur chute des savoir-faire, de l’artisanat, des sites industriels. De cette exclusion territoriale naît une exclusion sociale : chômage, mal de vivre, suicides d’agriculteurs.

La main si visible du marché heurte violemment le potentiel d’un développement harmonieux et coopératif des territoires. Garantir le droit à la ville dans les métropoles comme dans les communes moyennes et petites est pour le Parti communiste une ambition que la gauche se doit de porter comme une priorité politique. Rompre avec la soumission aux oukases de la compétitivité et de l’attractivité pour ouvrir le paradigme d’immeubles, de quartiers, de rue où il fait bon vivre. De la ville accueillante. Tel est le fil conducteur qui préside à l’écriture du dessein communiste pour la ville.

Ce projet nous voulons l’écrire en dialogue avec la société

Fort de notre histoire, fort de l’expérience irremplaçable des milliers d’élu-e-s communistes, nous avons des convictions et un parti pris. Nous savons que notre projet doit être en permanence remis sur le métier parce que la société est en mouvement, parce que nous sommes également convaincus que l’échange, la confrontation et même la dispute doivent être réhabilitées dans le débat public. C’est ainsi que nous comptons écrire avec les professionnels et les habitants ce projet pour la ville.  C’est dans cet esprit que nous faisons naître les Rencontres Niemeyer, premières du nom, avec la volonté de les inscrire dans la durée.

Sept débats inaugureront cette première édition. Chacun d’eux sera ouvert en amont par des contributions publiées sur le site rencontres-niemeyer.pcf.fr. Au moment des Rencontres, l’introduction des débats précisera les objectifs qui nous ont amenés à en choisir le thème. Chaque conversation sera filmée et retransmise en direct sur le site pcf.fr. Le public et les citoyens auront la possibilité d’intervenir par SMS ou tweet. A l’issue des rencontres, des textes seront soumis au débat public sur le site pcf.fr jusqu’à la fin juin 2014. Des débats décentralisés auront lieu aux plus près des habitants avec un accent en direction des quartiers populaires. Pour finalement aboutir à une publication lors de la fête de l’Humanité 2014.

 

Le territoire est politique

Plus que jamais, le devenir du territoire est au cœur des enjeux stratégiques. Autant dire que construire appelle des choix politiques. Malheureusement trop souvent la maitrise d’ouvrage se dédouane derrière les experts, s’exonérant ainsi de mettre, sur la scène publique, les choix qu’elle opère. Et du même coup de la responsabilité des effets produits.

Au contraire, la puissance publique, appuyée sur le débat démocratique devrait - au-delà des PLU - définir les enjeux des territoires autant que les attendus des programmes de constructions et de rénovations, allant même jusqu’à préciser les attentes des bâtiments et des logements. Complexe, la ville est une question d’équilibre qui se cherche, et qui, pour se faire, a besoin de la confrontation-coopération entre tous les acteurs : élu-e-s, professionnels, forces sociales, et citoyens. Face à la dérive technocratique, les professionnels endossent finalement l’organisation du débat politique. Allant jusqu’à animer les réunions avec les habitants.

C’est cette pente dommageable que le Parti communiste souhaite contrecarrer. Et c’est le sens des Rencontres Niemeyer, carrefour des acteurs, qui chaque année, permettra d’engager le débat et la construction d’un projet. Le thème générique de cette année « Le territoire est politique » se veut de jouer cartes sur table. Le choix des débats, s’il peut apparaître comme éclectique au mieux, touche à tout, au pire, est un parti pris qui vise à dessiner, au fils des temps, un horizon par touches, tel un tableau impressionniste.

En espérant, que vous aurez plaisir à vous prendre au jeu…

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Contact

Pôle Egalité des territoires
PCF
2 place du Colonel Fabien
75019 Paris

Marie-Pierre Boursier
01 40 40 13 74 - mpboursier[at]pcf.fr

 

TVA ! MEDEF ! Impôts ! Ça suffit ! Réunion publique du FDG - Jeudi 30 Janvier

Par Martine Billard, le 19 janvier 2014

TVA ! MEDEF ! Impôts ! Ça suffit ! Réunion publique du FDG - Jeudi 30 Janvier

Bonjour Camarade

Retenez cette date

TVA ! MEDEF ! Impôts ! Ça suffit !
Réunion publique
jeudi 30 Janvier 2013 à 19h
Bourse du travail : 3 rue Lamartine Metro : Les Agnettes ligne 13

Avec Martine BILLARD Co-Presidente du Parti de Gauche

Aurélien

Grande difficulté scolaire : le rapport de deux inspecteurs

le 18 janvier 2014

Grande difficulté scolaire : le rapport de deux inspecteurs

EUROMED. Mettre au jour artifices et finalités

le 17 janvier 2014

EUROMED. Mettre au jour artifices et finalités

Conttribution de Noël Luzi au projet pour Marseille

En inscrivant leurs politiques dans les mécanismes du néolibéralisme, les gouvernements qui se sont succédés depuis des années ont mis en place des montages juridiques qui ont conduit peu ou prou au démantèlement et à la privatisation de nombre d’activités et de services relevant du secteur public.

- Artifices et véritables finalités :

Pour n’évoquer que les plus usités de ces dispositifs, on citera notamment les établissements publics administratifs, et plus particulièrement les établissements publics industriels et commerciaux, les agences, les sociétés d’économie mixte, les concessions ou encore les délégations de service public. On ne versera pas dans le simplisme ou le manichéisme en niant l’utilité que peut revêtir le recours à tel ou tel de ces dispositifs pour répondre à un problème ponctuel ou spécifique rencontré par l’Etat ou les collectivités. En revanche, ce qui doit être dénoncé et combattu, c’est l’utilisation systématique et le déploiement à grande échelle de ce type de structure, en même temps qu’il faut déconstruire le discours mystifiant qui accompagne leur mise en place. Car la stratégie déroulée consiste à procéder au coup par coup, en utilisant chaque fois ce type d’artifice, adapté au contexte, pour mieux faire exploser les cohérences et les solidarités qui caractérisent le secteur public. Le discours et l’acte se conjuguent pour mieux déguiser les véritables finalités. Cette logique institutionnelle n’est que la transposition à tous les échelons territoriaux de l’ordonnancement libéral dans toutes ses dimensions. Effectivement, à travers elle, il s’agit tout à la fois : de généraliser les modes de gestion du secteur marchand en leur attribuant des vertus supérieures ; de porter atteinte aux droits et garanties des agents publics pour les placer dans un état de dépendance hiérarchique et idéologique et, plus particulièrement en ce qui concerne l’encadrement supérieur ; d’ouvrir les organes délibérants aux représentants des grands groupes aux fins de renforcer l’influence de ces derniers et, du même coup, de diminuer les prérogatives des élus ; de célébrer les avantages d’une prétendue autonomie de gestion pour transférer la responsabilité du financement sur l’usager ; de renforcer les pouvoirs de directions technocratiques au détriment des conseils d’administration et de la fréquence de leurs réunions ; de restreindre l’information des citoyens et d’entretenir l’opacité autour des enjeux, car, à la différence des séances des assemblées territoriales, les réunions des conseils d’administration ne sont pas publiques et ne font donc pas l’objet d’une publicité des débats. Autant de dispositions qui se conjuguent pour faciliter la dépossession du pouvoir de décision des citoyens et de leurs représentants et le transfert des richesses du public vers le secteur marchand.

- La mer ? Au plus offrant !

A cet égard, force est de constater que dans le cadre de l’aménagement urbain, l’établissement public d’aménagement Euroméditerranée (EPAEM), est un exemple accompli en la matière. Le pouvoir de décision a été mis hors de portée des citoyens et les prérogatives de l’organe délibérant sont le plus souvent réduites à l’entérinement de « prédécisions », préparées et négociées en amont par un appareil de direction technocratique, dépendant directement du gouvernement (voir contribution en date du 20 août 2013).

C’est dans ce cadre institutionnel, inspiré d’une conception libérale et centralisatrice de l’exercice du pouvoir, que le discours officiel de légitimation d’Euromed a trouvé son assise. Il a consisté à masquer un processus de gentrification d’importance, avec notamment la captation de fonds publics pour aménager le front de mer au bénéfice des grands groupes de l’immobilier et de particuliers fortunés. On relèvera que cette opération, comportant la construction de quatre tours géantes (1), dont les prix du m² atteignent 12000 euros, avec des normes contraignantes et des coûts d’infrastructures considérables pour les finances publiques, n’a jamais servi de référence au moment de l’annonce officielle du projet et n’a donc pas pu donner lieu à débat. Mais il est manifeste que ce type d’aménagement n’est pas sorti des cartons du jour au lendemain. Compte tenu de son ampleur, il ne pouvait pas ne pas figurer dans l’équilibre global du projet initial.

De par son mode d’organisation et de fonctionnement Euromed porte en germe d’autres phénomènes tout aussi préoccupants.

- La ville ? Comme une entreprise !

Par exemple, à quel type de demande sont destinés les 35000 m² de bureaux de la tour « La Marseillaise » (1) ?

Le prix du m², estimé à 2 fois le prix du marché, va-t-il trouver preneur ? Et pour faire quoi ?

L’exemple de la location par la communauté urbaine de 12 étages sur 31 de cette tour pour loger 1200 agents, pour un loyer annuel de 6,4 millions d’euros, n’est-il pas de nature à nous interpeller ? Au nom d’une supposée revalorisation de l’image de Marseille, on offre de biens coûteuses béquilles à un gros investisseur. En même temps, on a l’illustration même de ce que recouvre cette conception du partenariat public-privé (PPP).

Selon l’INSEE, Marseille est l’une des villes qui a, durant ces dernières années, enregistré les hausses les plus importantes tant en ce qui concerne le prix du foncier qu’en ce qui concerne la construction neuve de logement ou de bureaux. Ce sont les politiques conduites par Euromed, en phase avec la stratégie de la ville dans les domaines de la promotion immobilière et de la rénovation, qui ont entrainé ces changements importants.

Ce modèle néolibéral de gestion de l’entreprise appliqué à la ville ne peut que générer déséquilibres et ségrégation urbaine.

- L’exemple d’une gestion « A bout de souffle »…

Il faut bien évidemment éviter de se livrer à des généralisations hâtives, mais on ne peut s’empêcher de faire des rapprochements avec la situation calamiteuse que connaît l’établissement public d’aménagement de la défense Seine-Arche, (EPADESA), en région parisienne ; sa gestion est dite « A bout de souffle ».

Depuis son origine, l’EPADESA finance ses dépenses d’aménagement de l’espace public (accès routiers, transports, aménagements et entretien des espaces publics, notamment autour des nouvelles opérations immobilières) par la vente de terrains à bâtir. Or, aujourd’hui, les ventes de terrains à bâtir se sont considérablement ralenties.

La direction de l’établissement avait envisagé d’en vendre pour 302 millions d’euros au titre de l’année 2012. En définitive, elle n’en a vendu que pour 7.5 millions. Autant dire que la vente des droits à construire ne couvre pas les coûts engagés pour aménager et entretenir les espaces publics. Par ailleurs, plus de 2 millions de m² de bureaux sont vacants et le marché est en train de s’effondrer.

Les socialistes s’étaient engagés à dissoudre cet établissement, à l’organisation et au fonctionnement singulièrement opaques. Ils s’en tiennent aujourd’hui à des modifications à la marge. Pour résoudre le problème dit des « surcapacités », le Ministère de l’égalité des territoires et du logement envisage la conversion des bureaux vacants en logements. Dans le même temps, pour relancer l’activité de l’EPADESA, Cécile Duflot table, d’une part, sur les ventes de nouveaux terrains dans une zone allant de la Défense à la Seine et, d’autre part, sur la vente de charges foncières liées à la conversion des bureaux en logements. Le tout, aux dires de la ministre, « dans la conception d’une ville durable ». En d’autres termes, faire dans la continuité sans le dire expressément…

- Réparer un abandon, combler des retards

Sur nombre d’aspects, Euromed présente des similitudes avec l’EPADESA. Au regard de l’impérieuse nécessité de construire un vivre ensemble démocratique, Euromed est une opération des plus critiquables. Elle constitue cependant une réalité incontournable, qui concentre des moyens considérable pour des enjeux majeurs. La nécessité d’aménager l’espace urbain, d’éradiquer l’habitat insalubre, de développer les services publics et l’emploi traduit l’importance des retards à combler dans une ville qui, depuis des années, a été quasiment abandonnée par l’Etat. L’articulation entre les secteurs public et privé doit par conséquent s’opérer autrement, afin de mettre les moyens dont dispose aujourd’hui Euromed au service de finalités d’intérêt général et de satisfaction des besoins des marseillais. Dans ces conditions, ce qui doit prévaloir, c’est moins la nature de l’institution que les modalités visant à impliquer les citoyens. Une opération de l’ampleur d’Euromed doit effectivement s’inscrire dans un processus de planification et de décision démocratiques, inséparable d’une libre coopération entre les collectivités territoriales. Et entre ces dernières et un Etat qui assume son rôle de garant des principes d’égalité et de solidarité.

XXXXXX

Cette contribution vient après celle du 20 août 2013. Les enjeux seront peut-être abordés lors de la campagne des municipales… et au-delà sans aucun doute… ce sera dont d’abord l’affaire des sections les plus directement concernées. Pour avancer et agir très concrètement, pour un travail collectif l’auteur de ces quelques lignes est à disposition des camarades.

(1) Les 4 tours en questions :

- Le Balthazar (Hauteur 31 m) :

  • 8 niveaux, avec 8900 m² de bureaux
  • 2 grands commerces.
  • 150 places de stationnement.
  • Locataires annoncés : VINCI (25%) et Constructas (25 %)

- « La Marseillaise » (Hauteur 135 m) :

  • 31 étages pour 35.000 m² de bureaux
  • 2800 m² de restaurants d’entreprises
  • 3 commerces en pied d’immeuble
  • 350 places de stationnement.)

- Tour « Horizon » (Hauteur 113 m) :

  • 35 étages
  • Destinée à l’hôtellerie : (200 chambres d’hôtel et 150 chambres résidences tourisme)

- H 99 (Hauteur 99 m) :

  • 27 étages
  • 147 appartements conçus sur mesure.
  • 3 Types de commercialisation : (600 € le m², 9.500 € et 11.000 € le m²)

Selon les mots d’un promoteur : « il n’y a rien de tel que de contempler la mer en travaillant. »

HENRI BARBUSSE UN COMBAT POUR LA PAIX

le 11 janvier 2014

HENRI BARBUSSE UN COMBAT POUR LA PAIX

CENTENAIRE DE LA GRANDE GUERRE :

Découvrez un des témoignages les plus vrais les plus pathétiques, d’un réalisme poignant, reconnu dans le monde entier comme un des chefs d’œuvre de la littérature de guerre.

Lors de sa parution il se trouva bien éloigné du consensus militariste d’alors.

LISEZ RELISEZ "LE FEU" D’HENRI BARBUSSE.

Journaliste, homme de lettres, écrivain combattant dressé contre les guerres, Henri Barbusse a été un personnage très important sur la scène littéraire et politique durant le premier tiers du XX° siècle

En 1914, âgé de 41 ans et malgré des problèmes pulmonaires, il s'engage volontairement dans l'infanterie (malgré ses positions pacifiques d'avant-guerre) et réussit à rejoindre les troupes combattantes en décembre 1914. il participe aux combats en premières lignes jusqu'en1916. La postérité se souviendra surtout du roman qu'il écrivit sur cette expérience Le Feu, prix Goncourt 1916, récit sur la Première Mondiale, dont le réalisme souleva les protestations du public de l'arrière autant que l'enthousiasme de ses camarades de combat.

 En 1917, il sera cofondateur et premier président de l'association républicaine des anciens combattants (ARAC). Il adhère au parti communiste français  en 1923 et se lie d'amitié avec Lénine et Gorki. En 1928 il fonde la revue Monde (publié jusqu'en 1935) avec des collaborations mondiales prestigieuses. 

Il déploya des efforts inlassables, jusqu’à son décès en 1935, pour dénoncer les crimes du fascisme naissant, et pour tenter d'éviter le nouvel affrontement qui allait bientôt embraser le monde.

Refonder l'Europe - Introduction de la convention nationale du 16 novembre par Patrick Le Hyaric

Par Patrick Le Hyaric, le 06 janvier 2014

Refonder l'Europe - Introduction de la convention nationale du 16 novembre par Patrick Le Hyaric

Notre convention nationale pour un « nouveau projet européen », marque une étape dans nos réflexions, nos travaux d’élaboration, commencés à la fin du mois de mai dernier.

Étape, car le chantier est immense et les conditions de préparation n’ont pas permis d’associer largement les adhérentes et les adhérents comme nous l’aurions souhaité.

Je veux remercier toutes celles et tous ceux qui y ont participé.

Le Comité du projet. Le petit collectif de camarades qui y ont travaillé tout l’été et cet automne. Les personnalités qui ont bien voulu nous donner leur opinion sur notre projet de texte. Celles et ceux qui nous ont fait parvenir des contributions écrites. Toutes nous ont été très utiles et beaucoup trouvent leur place dans le texte tel qu'il vous est présenté aujourd'hui.

Étape aussi, parce que la réflexion doit bien sûr se poursuivre après cette journée.

Il s'agit, vous le savez, de définir une conception nouvelle, un cadre politique, une démarche qui doivent nous permettre d’être mieux partie prenante, plus utiles et plus rassembleurs dans l’affrontement aigu qui porte désormais sur le devenir même de l’Union européenne.

Voilà pourquoi notre projet ne se veut pas un prêt à penser et qu'il n'a de sens que s'il favorise le débat, la confrontation dans la société. Débat avec les forces sociales, associatives, les forces progressistes, la majorité des citoyennes et citoyens qui s’interrogent et qui cherchent des solutions, des issues de progrès solidaires aux impasses actuelles, pour un changement en France et en Europe.

 

L'affrontement sur les enjeux européens est rude. Les choix alternatifs sont étouffés. Les politiques menées sont présentées comme les seules possibles. Mais elles provoquent un tel mécontentement parmi les populations, sur l'ensemble du continent, que l'idée même de construction européenne est remise en question. Au point que l’idée même de sa nécessaire réorientation se trouve aujourd'hui plus fréquemment qu'hier dévoyée par la montée des replis et des nationalismes. Une fois de plus, nous voyons que lorsque les populations, les salariés, les paysans, les retraités, les jeunes, souffrent terriblement des choix politiques européens, cela ne les conduit pas spontanément à se rassembler pour en imposer d'autres, plus conformes à leurs attentes et espoirs. Pour beaucoup, et singulièrement parmi ceux qui souffrent le plus, la tentation est forte de tourner le dos à tout projet commun.

Pour d'autres, sans enthousiasme, avec de nombreuses interrogations et même parfois oppositions, c'est l'existant ou la fuite en avant institutionnelle du fédéralisme qui incarnent le moindre mal.

Vingt ans seulement après la mise en œuvre du traité de Maastricht, les dégâts sont immenses, les souffrances sociales terribles.

Quel mensonge de la part des dirigeants politiques de l’époque, de droite et du parti socialiste, qui faisaient des meetings communs pour faire croire que ce traité allait, je les cite : « Ouvrir une nouvelle ère de prospérité en Europe ». On connait malheureusement aujourd’hui les terribles résultats, faits de souffrance humaine, de chômage, de précarité, de privations, de destructions des services publics, d’avenir bouché pour la jeunesse.

L’échec est si grand, si profond qu’on entend désormais certains promoteurs de cette Europe s’interroger à haute voix sur la pertinence des choix faits.

La Commission européenne elle-même se demande si finalement, elle ne devrait pas ajouter un « pilier social » à l’Union économique et monétaire. Autrement dit, elle cherche à délivrer des cachets d’aspirine pour traiter un cancer.

 

Nous sommes donc à un tournant. C’est ce qui nous conduit dans notre document à montrer que : « les enjeux européens se posent aujourd’hui d’une manière radicalement nouvelle par rapport aux périodes passées ». Ceci pour plusieurs raisons fondamentales.

► La première tient à la profondeur et à la violence de la crise qui frappe les populations de tous les pays membres de l’Union européenne.

En Grèce, on est aujourd’hui au-delà de la destruction de la cohésion sociale et très proche de la crise humanitaire.

Des jeunes espagnols sont contraints d'aller travailler en Allemagne.

Des jeunes portugais s’expatrient au Mozambique et en Angola, non pas cette fois comme des colons, mais comme des migrants économiques.

En France, nous venons de subir mille plans de suppressions d’emploi et d’autres sont en cours. Au nom des critères de gestion européens on augmente les impôts dont les impôts indirects et on réduit les services publics, on recule, année après année, l’âge ouvrant droit à la retraite.

Les chiffres ne rendent qu’imparfaitement compte de la réalité humaine, mais cette Europe de l’argent roi, c’est 27 millions de chômeurs.

Le quart de la population, soit 120 millions d’européens est considérée comme pauvre.

18 millions d’européens bénéficient du programme d’aide alimentaire aux plus démunis.

Près de deux millions d’exploitations agricoles ont disparu depuis 2002.

Le programme commun à la Commission, au Conseil, à la BCE et au FMI, met à mal, l’une après l'autre, les avancées obtenues après la guerre dans la partie occidentale de l'Europe qui en constituaient ce qu'on a appelé le "Contrat social". Quant à la partie orientale, elle est loin de bénéficier d'un rattrapage puisqu'elle est un des maillons de la concurrence "libre et non faussée" si chère à la finance et aux grands groupes internationaux.

Pour tenter de répondre à la crise des débouchés qu’ils ont eux-mêmes créée, ainsi qu’une certaine perte d’hégémonie face aux pays émergeants, les marchés financiers et les multinationales, agissent pour faire aboutir le projet d’un « marché transatlantique » en faveur duquel la Commission de Bruxelles et l’Allemagne jouent un rôle d'impulsion au service du capitalisme globalisé.

► Paradoxalement et c’est un second élément qui doit nous conduire à traiter de ces enjeux de manière nouvelle, notre époque appelle un formidable besoin de partage, de mise en commun, de coopération, de solidarité.

L’interpénétration des économies, la constitution de grands blocs économiques, le développement des pays qu’on dit « émergents », Brésil, Chine, Indonésie, Inde, la révolution informationnelle et numérique qui ouvre de nouvelles perspectives de relations entre les individus, de mise en commun pour affronter les grands défis du climat, de l'environnement, de la santé, de la nutrition, de l'eau, de l'illettrisme, bref, tout ce qui permettrait de mieux vivre sur une terre dont la population va atteindre demain 9 milliards d’êtres humains. Tout cela appelle un processus démocratique de passage de la mondialisation capitaliste à une mondialisation pour les êtres humains, le désarmement, la paix, la solidarité.

Au cœur de ce processus, nous inscrivons le projet d'un nouveau type de construction coopérative de l’Europe en capacité de jouer un rôle inédit dans un monde en pleine transformation.

Rappelons que l’Union Européenne représente 7% de la population du monde, quelle en est la première puissance économique avec 25% du PIB mondial qu'elle concentre toujours la moitié des dépenses sociales de la planète.

►Au titre de ce qui bouge dans la bonne direction, nous ne manquerons pas de relever un mouvement de résistances et de luttes, jusqu'ici jamais connu, contre les politiques d’austérité.

C’est une dimension essentielle de la période. Ces luttes et ces résistances populaires, syndicales et citoyennes, mettent en cause les logiques libérales, la soumission aux marchés et aux banques. Sans pour autant toujours exprimer une contestation globale du système, elles mettent en cause la dépossession démocratique, pilotée par les institutions communautaires et le Fonds monétaire international, avec la complicité active des gouvernements.

Dans les pays du sud de l’Europe, elles prennent aussi une dimension anti-domination allemande, voir anticoloniale qui découle d’ailleurs d’une sorte de fracture Nord-Sud. Ces résistances et ces luttes, ces instabilités gouvernementales et ces crises politiques dans la plupart des pays d’Europe désormais, peuvent nourrir soit le besoin d’un changement radical, soit celui d'un repli national ou encore d'une fuite vers l'Europe fédérale.

Nous ne voulons, nous ne devons pas laisser le champ libre à un affrontement réduit aux tenants des deux dernières options, pain béni pour les sirènes populistes et les pires aventures. De ce point de vue, on n’alertera jamais assez sur l’extrême-droite qui s’organise activement, on le voit depuis quelques jours, en créant des alliances en Europe pour disposer d’un groupe au Parlement européen.

Ces luttes, ces mouvements citoyens peuvent être un point d’appui et contribuent à la dynamique qui peut rendre possible une Refondation de l’Europe, à condition que soit proposé aux peuples une alternative, une perspective progressiste et les chemins inédits à emprunter pour qu'elle triomphe.

► La nouveauté c’est aussi ce que désormais beaucoup désignent par « la crise de légitimité démocratique ». La vérité c’est que l’actuelle construction européenne est de plus en plus « a-démocratique », anti-démocratique, voire autoritaire.

Dans le terrible bras de fer engagé entre les forces dominantes, même si elles sont parfois sur la défensive, et les peuples, nous avons une grande responsabilité : celle de mettre en débat une issue neuve, originale, démocratique, sociale, environnementale, féministe, antiraciste, écologiste.

 

C’est d’autant plus indispensable qu’une nouvelle étape de régression sociale et démocratique est en préparation. Au Conseil européen, on parle désormais d’imposer aux pays en difficulté des critères dits de « macro-conditionnalité ». C’est-à-dire qu’un pays ne bénéficierait des fonds européens que s’il applique l’austérité renforcée. Dans le même ordre d’idée, les institutions européennes veulent mettre en place ce qu’ils appellent des « contrats de compétitivité ». Chaque Etat serait ainsi géré comme une entreprise, selon sa capacité à réduire les crédits publics et à diminuer la rémunération du travail.

Au lendemain des élections allemandes, Mme Merkel a ressorti son projet d'intégration plus poussée de la zone euro, donnant plus de pouvoir à la Commission pour contrôler et sanctionner les Etats. Il y a quelques jours, le journal « Der Spiegel », indiquait que « Angela Merkel veut modifier le traité européen dans son protocole n° 14 pour obtenir « un vaste contrôle communautaire des budgets nationaux, de l’endettement public dans les vingt-huit capitales de l’Union et des réformes nationales, visant à accroître la compétitivité et la mise en œuvre des réformes sociales ».

Au nom d’une absence de« gouvernance », qui serait la cause de la crise de l’Euro, la marche est engagée vers un « fédéralisme budgétaire centralisateur », avec à la clé, une révision des traités qu’on voudrait nous proposer dans les mois à venir, comme nouvel élan d’une Union en « panne de légitimité ».

Autant de motifs supplémentaires pour, comme le dit notre document, «contester et rompre avec le fondement de classe de l’actuelle construction européenne ».

Parfois cette formulation est interrogée, voir discutée.

Dès ses fondements, le capital multinational a piloté le projet d’Union européenne. Dés 1949, l’américain Paul Hoffman, responsable de l’administration de coopération économique et répartiteur des fonds du plan Marshall, exige l’engagement dans l’intégration capitaliste. Je le cite : « La substance d’une telle intégration devrait être la formation d’un marché unique dans lequel les restrictions quantitatives aux mouvements des biens, les barrières monétaires aux flux de paiements et, finalement, tous les droits de douane, devraient être éliminés de manière permanente ».

Les arguments économiques en faveur de l’intégration capitaliste européenne sont, dés cette époque, présents.

Ils seront utilisés en permanence par le grand patronat européen de « la table ronde des industriels européens » et par les droites européennes.

 

Notre document insiste sur l’idée que pour nourrir une dynamique populaire de contestation des choix actuels, il convient donc de désigner clairement les orientations et les structures avec lesquelles il faut rompre.

D’abord la mise en concurrence généralisée qui pousse au dumping social et fiscal, à l’obligation d’ouvrir les entreprises et les services publics à la concurrence, l’obsession de la compétitivité par des diminutions constantes et partout des droits sociaux et des rémunérations du travail, le libre échange intégral.

Rompre ensuite avec la financiarisation de l’économie.

C’est de cette financiarisation galopante de l’économie d’où découlent tant de plaies, l’austérité, la précarité, le chômage, l’asphyxie des services publics… Refuser cette logique de soumission aux exigences de la haute finance sur le marché financier, permet d’aborder la question décisive des nouvelles missions à confier à la Banque centrale européenne (BCE) et d’un rôle radicalement nouveau pour l’Euro, avec un autre crédit des banques ; de demander la suppression du pacte de stabilité et la remise en cause du traité budgétaire, comme des directives ou règlements qui s’y apparentent ; d’exiger une véritable chasse aux paradis fiscaux, l’instauration d’une taxe effective sur les transactions financières et le vote d’une réforme fiscale fondée sur la justice sociale et l’efficacité économique. Bref, de demander que tous les moyens soient mobilisés pour créer de la monnaie et utiliser l’argent en faveur de l’emploi, de l’éducation et de la formation, de la culture, des services publics, de la transition écologique, d’un développement nouveau humain.

► Enfin, s’attaquer à la verticalité des pouvoirs dans l’actuelle construction européenne : aux traités qui ont l’objectif de constitutionnaliser un modèle libéral capitaliste ; la BCE indépendante ; la Commission et son arrogante « gouvernance économique » ; la Cour de justice européenne, aux pouvoirs exorbitants et sans recours ; la concentration de leviers de commande de fait au niveau des Etats dominants, à commencer par l’Allemagne de Mme Merkel. Refuser cette logique veut dire agir pour impliquer les citoyens dans l’élaboration des grands choix politiques européens, le contrôle des décisions et l’évaluation de leurs effets ; obtenir des droits d’intervention pour les salariés sur la gestion des entreprises ; faire respecter les prérogatives des assemblées élues, à commencer par les parlements. En un mot, faire vivre la démocratie et la souveraineté populaire.

Nous tentons de répondre dans le projet à des questions que se posent de nombreux citoyens : « Construire l’Europe a-t-il encore un sens » ? Ou : « Est-il possible de rompre avec ce type « d’Europe », sans aboutir, paradoxalement, dans le monde tel qu’il est actuellement à une exacerbation de la guerre économique et financière, constituée de dévaluation compétitive, de plus de dumping fiscal et social ou de renchérissement d’importations, au nom d’intérêts nationaux, de spéculation sur les dettes, avec tous les risques politiques qui en découlent » ?

 

Notre choix n’est pas entre le statu quo actuel ou le retour en arrière. Nous proposons de chercher une voie originale.

Celle du rassemblement dans l’action, dans des luttes unies, graduelles afin de réorienter la construction européenne en vue de sa refondation.

C’est là désormais un grand combat de classe de notre temps.

Aucun changement substantiel n’aura lieu sans chercher des rassemblements nouveaux, nationaux et européens, sans s’affronter aux institutions européennes et aux marchés financiers.

Peut-être ceci ouvrira-t-il des périodes de tensions et de crises, mais la France, sans qui il n’y a pas d’Europe devrait prendre des initiatives qui rompent avec l’actuelle construction européenne.

Une telle attitude constituerait une bouffée d’oxygène pour les mouvements syndicaux et sociaux en Europe, qui cherchent des solidarités, des convergences d’actions et de solutions. Ils savent qu’aucun pays ne peut tracer seul une voie pour sortir de la crise.

L’une des priorités pour nous est donc bien de travailler à la solidarité des peuples et des destins en Europe.

Nous proposons un positionnement offensif et responsable pour répondre aux attentes du « peuple de gauche » en France comme à d’importantes forces progressistes en Europe. Pour cela, nous énonçons la finalité d’un projet de refondation. D’un même mouvement, nous esquissons le type d’Europe qui en découle et le chemin réaliste permettant de réussir une ambition politique de ce niveau.

 

Ce sont les trois éléments que je veux énoncer maintenant. Quelles finalités ? Quel nouveau type de construction européenne ? Quel chemin pour y parvenir ?

 

A/ Quelles finalités 

Une Europe refondée est celle qui permettrait aux pays qui en sont membres d’avoir les moyens, notamment financiers, de porter ensemble un modèle social et écologique progressiste. Une autre Union européenne se donnerait les moyens de se dégager de l’emprise et de la domination des marchés financiers pour orienter l’argent vers la promotion des capacités humaines et la transition écologique.

Une Europe refondée s’attacherait, comme le dit le document à : « centrer d’urgence le projet européen sur les priorités sociales qui permettent d’ouvrir la voie de manière durable à un véritable co-développement entre peuples européens et impulser un nouveau modèle social avancé, commun à tous les européens » .

Cela en tenant compte des réalités de chaque pays et de chaque peuple, de l’histoire et de la culture de chaque nation. Elle porterait le projet d’un « nouveau pacte social européen » et la création d’une clause de non régression sociale et une harmonisation sociale vers le haut.

Un salaire minimum dans chaque pays, au moins au dessus de 20% du seuil de pauvreté. L’idée progresse, y compris dans des pays comme l’Allemagne.

C’est bien un nouveau modèle de développement humain durable, réellement solidaire et coopératif que nous proposons, non pas comme un idéal mais comme réponse à la crise, à partir du constat de plus en plus partagé des impasses où conduisent les choix néolibéraux actuels.

C’est dans ce cadre que nous proposons la constitution sans attendre, d’un fonds européen de développement humain, social et écologique, pour impulser de nouveaux financements pour le développement des services publics, en lien avec un changement des missions et du rôle de la Banque centrale européenne qui impulserait une politique monétaire et de crédit favorable à l’emploi et au développement des capacités humaines et à la transition écologique.

Une Europe refondée n’aurait plus pour stratégie l’adaptation à la mondialisation, autrement dit la course à la compétitivité, mais l’action pour sa transformation et la protection des citoyens des pays membres avec la promotion des capacités humaines et la préservation de l’environnement.

Une Europe refondée c’est une « Union de coopération et solidaire » qui permettrait l’entraide pour promouvoir la sécurité de l’emploi qualifié et bien rémunéré, de développer la recherche et la formation pour toutes et tous, d’impulser l’Europe de la connaissance, de la culture comme le montre le document, de stimuler un essor des services publics pour l’accès aux biens communs humains, d’organiser des coproductions industrielles équitables, une autre politique énergétique, une autre politique agricole et de la mer ; s’inscrivant dans la transition écologique, la lutte contre le réchauffement climatique et un développement humain durable. C’est aussi s’employer à réduire les inégalités de développement entre nations associées, donc à bannir les rapports de domination.

Une Europe refondée ferait franchir une étape décisive en matière de droits et de pouvoirs des citoyens et des salariés dans la gestion des entreprises et des territoires pour la sécurisation de l’emploi et la formation, l’investissement utile, l’utilisation de l’argent, tenant compte des enjeux environnementaux, .

Une Europe refondée permettrait à ses pays membres d’avoir collectivement prise sur la marche du monde, alors que, pris isolément, chaque Etat est de plus en plus entravé. Ainsi, dans les grandes institutions internationales, l’Union européenne peut, si elle le décide, peser plus lourd que les Etats-Unis. Elle peut tirer son influence, non pas de ses capacités militaires supposées, mais des alliances à construire avec des partenaires dans toutes les régions du monde, en particulier avec les pays du Sud et les nations émergentes, souvent intéressées à des changements notables dans l’ordre mondial.

Une Europe refondée portera de nouvelles orientations de politique extérieure commerciale, environnementale. Face à l’ouverture à une concurrence sans frontières, l’Europe doit mettre en place à ses frontières un système de visas sociaux et environnementaux permettant une maîtrise, une régulation des échanges, associant protection et coopération, notamment avec les pays émergents. Un système permettant de développer les échanges sans mettre en cause les pactes sociaux démocratiquement décidés dans les Etats membres.

Une Europe refondée reposerait sur une authentique « communauté de valeurs » ; cessant de galvauder, comme c’est le cas aujourd’hui, les principes « d’humanisme » et de « droits de l’homme » pour tendre réellement à incarner, dans l’esprit de la Charte des Nations-Unies et des autres textes de référence en matière de droits fondamentaux, une éthique qui puisse inspirer aux citoyens la confiance qui fait aujourd’hui si cruellement défaut.

 

C’est pour impulser un débat citoyen, pour permettre à celles et ceux qui se reconnaissent dans l’exigence d’un changement d’Europe de s'approprier leur nouveau projet européen, pour favoriser l’élaboration commune avec les forces politiques progressistes, organisations syndicales, associations et organisations non gouvernementales, associations d’élus, réseaux citoyens, agissant pour transformer l’Europe, que nous avons proposé avec le Front de gauche, de lancer une grande initiative politique pour dégager des convergences sur ce qui ne peut plus durer et sur quelques grands changements à promouvoir.

C’est ce que nous avons appelé la convocation « d’Etats généraux pour la refondation de l’Union européenne ».

 

B/ Quel nouveau type de construction ?

Dès lors que nous posons la question des choix politiques, se pose simultanément celle de savoir qui décide.

Et, je l’ai dit, les forces capitalistes cherchent à passer à une nouvelle forme, combinant union bancaire - union monétaire - union sociale et union politique pour une Europe fédérale, dirigiste, centralisés, sous domination plus grande encore du capital international, immergée dans un grand marché unique transatlantique.

A propos du fédéralisme, un camarade de Malakoff, sans adhérer évidemment aux choix que je viens de décrire, nous reproche, dans une contribution intéressante et documentée, de ne pas être « assez fédéralistes ».

D’abord il faut s’entendre sur les mots, le concept. L’idée du fédéralisme, d’un Etat fédéral, fait partie du quotidien de pays comme l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique, la Suisse ou les Etats-Unis, pour des raisons qui tiennent à leur histoire. Mais le mot recouvre des réalités très différentes. A la différence d’autres pays, la nation française est le fruit de plusieurs siècles de luttes et de conquêtes sociales et démocratiques.

Notre critique du fédéralisme, porté par les dirigeants européens, tient d’une part à une conception de fond et d’autre part au contenu de la perspective fédérale, présentée comme la solution à la crise démocratique.

Derrière le vocale de « gouvernance de l’Euro » ou de « nouvelle étape de l’intégration européenne », se cache en fait l’idée de placer la politique monétaire hors d’atteinte du champ de la délibération démocratique et vise une construction supranationale pour empêcher toute délibération démocratique, afin de livrer toujours plus l'Union européenne au processus d’accumulation du capital.

La Révolution française s’est faite sur les valeurs progressistes et émancipatrices des Droits de l’homme et du citoyen, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité avec pour socle la souveraineté des peuples.

Cette conception a été un enjeu permanent de luttes idéologiques et politiques face à ceux qui défendaient à droite, une conception nationaliste agressive et autoritaire, voir ethnique, à l’extrême-droite au XIXe siècle.

A travers le débat sur l’identité nationale et le droit du sang, opposé au droit du sol, ce sont des conceptions opposées de la Nation qui se font front.

Cette réalité historique reste, pour les Françaises et les Français, une référence et un espace d’expression démocratique essentiel. C’est un point de clivage fondamental avec les fédéralistes européens qui considèrent que la nation française est une réalité dépassée à laquelle il faut substituer l’idée d’un peuple européen et d’un Etat européen.

La négation de la réalité nationale dans le cadre européen conduit inévitablement à des replis nationalistes, alimentés par les forces politiques réactionnaires racistes et xénophobes.

Le débat n’est pas clivé entre des souverainistes anti-européens et des fédéralistes, porteurs d’un projet moderne.

Respect de la souveraineté des peuples ne signifie pas repli nationaliste et fédéralisme n’est pas synonyme de démocratie. C’est même le contraire dans la pratique européenne actuelle.

Nous récusons les institutions de type fédéral qui existent déjà comme la BCE ou la Cour de justice, parce qu’elles sont explicitement déconnectées des choix des peuples. Et, -je le répète-, ce que nous proposent les forces dominantes du Parlement européen et des gouvernements en Europe, comme « gouvernance » de la zone Euro ne vise pas à donner plus de prise des citoyens d’Europe sur les choix politiques, mais au contraire de mettre les institutions et les lieux de décision pour la politique économique à l’abri des changements politiques dans les pays.

Face à la faillite des politiques néolibérales, mises en œuvre ces dernières décennies, et amplifiées par la crise, on nous présente un faux choix : soit la sortie de l’Union, soit la fuite en avant fédéralo-libérale.

Dans les deux cas, les marchés, la puissance du capitalisme en sortent gagnants.

A cette croisée des chemins, nous proposons un nouveau cadre politique et institutionnel qui rapproche les citoyens des lieux de décision. Qui redonne le pouvoir aux citoyens, à la délibération démocratique et politique.

Le débat sur l’Euro a pris légitimement une dimension dramatique jusqu’aux prises de position pour une sortie de la monnaie unique, ou comme le préconisent les milieux allemands les plus conservateurs, l’exclusion de la zone Euro des « mauvais élèves » du Sud.

Je parle d’exaspération légitime parce que cette crise de confiance dans la monnaie est le résultat des politiques imposées au nom du sauvetage de l’Euro.

En vérité, il s’agit du sauvetage des puissances industrielles et financières dans le cadre d’une guerre économique exacerbée.

Le débat doit avoir lieu sans a priori.

Nous proposons de récuser cette idée de sortir de l’Euro et d’un retour au franc et au mark.

Pas pour sauver le statu quo. Je rappelle ici ce que fut notre position lors du traité de Maastricht et le débat mené pour une monnaie commune et non pas unique.

Mais nous sommes dans une autre période. La sortie de l’Euro non seulement ne règlerait rien mais exacerberait la guerre monétaire et la mise en concurrence des peuples.

Le problème n’est pas seulement celui de la monnaie comme institution unificatrice et contraignante.

Le nœud du problème réside dans le choix de politique monétaire.

Cette politique est le résultat de choix réfléchis des puissances dominantes.

C’est contre ces choix, contre la finance et prioritairement la finance anglo-saxonne et pour une autre utilisation de l’Euro, du crédit et des banques, pour une autre politique de la BCE qu’il faut contribuer à construire les rassemblements.

Avec l’existence de l’Euro, l’absence de réponses politiques communes pour de grandes priorités sociales laisse le champ libre aux actuels dirigeants européens et aux forces capitalistes dominantes.

Pour contrer la concurrence exacerbée, pour redonner à la politique son primat contre la liberté de la finance ou pour changer cette Europe forteresse, pourchassant les immigrés, il faudra de nouvelles politiques communes progressistes ou de nouveaux cadres coopératifs communs, voir des lois communes au service des peuples.

Oui, il y a un besoin de faire plus de politique en Europe.

 

Nous militons donc pour sortir des traités actuels et pour en élaborer un autre qui, comme l’énonce le texte : « ne contiendrait aucune modèle économique ou politique prédéterminé et serait exclusivement consacré à affirmer les principes et objectifs essentiels de la démocratie européenne et à définir ses institutions ».

Il faut donc un nouveau contrat européen, un nouveau traité.

Un traité et des institutions qui fassent qu’on ne puisse opposer à un peuple un choix fondamentalement différent de celui que par le suffrage universel ou les luttes il se sera donné.

Qui fassent que ce même peuple puisse tout aussi bien accepter les partages de souveraineté qu'il aura en connaissance de cause consentis.

Un traité et des institutions qui ne fassent pas du néolibéralisme l’horizon indépassable de l’Europe, mais qui permette et favorise de nouveaux progrès sociaux et démocratiques, écologiques et pour le co-développement.

C’est à la lumière de l’expérience que nous jugeons indispensable, des garde-fous et des verrous, comme une clause de non recul social. Mais, évidemment, notre ambition va bien au-delà de cela. Par de nouveaux rapports de force, par les luttes politiques, nous voulons imposer, dans un même mouvement, une transformation des institutions pour une vraie démocratie et un changement radical des politiques communes.

C’est en ce sens que nous proposons donc des innovations démocratiques majeures et un cadre spécifique commun à créer par les citoyens des différents pays européens. Celui d’une « Union des nations de peuples souverains et associés ».

 

Elle fonctionnerait selon trois grands principes :

- Souveraineté populaire : aucun peuple ne pourrait se voir imposer un modèle de société violant ses choix fondamentaux. Tout pays membre doit pouvoir librement choisir de participer ou non à tel ou tel champ de la politique européenne qui mettrait en jeu un aspect essentiel de ses choix de société. Ce parti pris en faveur d’une conception souple et diversifiée de la construction européenne vise, non pas à réduire le degré de coopération de ses membres, mais à l’inverse, à renforcer d’autant plus l’engagement solidaire des nations et des peuples, dans cette « Union » dont ils auront souverainement choisi le cadre et la finalité.

- Respect des principes fondamentaux d’une démocratie moderne. Cela signifie l’égalité des droits de chaque citoyenne et citoyen, quelque soit le poids démocratique, économique ou politique de son pays ; un mode de scrutin réellement proportionnel dans chaque Etat membres ; l’implication effective des parlements nationaux dans le processus d’élaboration des lois et des règles européennes ; un parlement européen disposant du droit de discuter des projets de loi de son choix avec le droit d’initiative législative, aujourd’hui détenu quasi exclusivement par la Commission ; une vraie codécision Parlement européen - Conseil (gouvernements) laissant, en cas de blocage, le dernier mot au parlement européen, après consultation des parlements nationaux.

- Association permanente des citoyennes et citoyens. Implication des citoyennes et citoyens dans la vie de cette « Union », notamment par une co-élaboration législative et ce à tous les stades ; l’élaboration des politiques en amont du travail parlementaire et durant celui-ci ; le suivi des décisions, à l’issue du processus parlementaire ; l’évaluation des effets des politiques adoptées dans la durée.

- Nous proposons que tous les grands axes des politiques européennes, depuis leur état de projet jusqu’à leur mise en œuvre, fassent l’objet de campagne d’information, de consultations et de débats avec les élus, les acteurs sociaux et les citoyens en général. Les concertations entre citoyens des différents pays membres devraient être puissamment favorisées et des pouvoirs d’intervention accordés aux comités de groupes européens.

 

C/ Quels chemins ?

Le chemin que nous proposons est simple ! Ce sont les peuples qui font l’histoire. Notre but et le chemin pour y parvenir se résume en un mot : démocratie !

Il s’agira forcément d’un processus de luttes intenses entre les tenants des choix et des structures antidémocratiques actuelles et les partisans d’une nécessaire rupture.

Nous apportons des réponses dans notre projet à dix-huit grandes questions, mais il ne s’agit pas d’un projet détaillé, ficelé et déconnecté de la vie quotidienne de nos concitoyens et ceux d’autres pays, comme des contradictions de la vie réelle.

Notre projet vise à mettre en débat dans la société et dans nos relations avec nos interlocuteurs en Europe, des bases de réponse aux grandes interrogations qui s’expriment partout.

Qui ne lit pas les doubles pages hebdomadaires de l’Humanité, consacrées à l’Europe ne peut pas se rendre compte de la multiplicité des aspirations, des actions, des luttes tenaces, dures parfois, qui se déroulent dans la plupart des pays européens.

En Allemagne, pour un salaire minima. En Hongrie face à un pouvoir autoritaire, les salariés refusent la casse du droit syndical. En Roumanie comme en Slovénie nouveau pays sur la liste de la Troïka contre les politiques d’austérité et de privatisations. En république Tchèque s’exprime le refus de l’austérité et de la hausse de la TVA. En Pologne contre une réforme régressive des retraites. En Italie, en Espagne, au Portugal, en Grèce, contre les choix de la Troïka, contre l’austérité, contre les réductions du nombre de fonctionnaires en particulier dans l’Education. De multiples journées nationales de mobilisation contre la Troïka et ses mesures antisociales ou encore pour la défense de la télévision publique se poursuivent en Grèce. Au Royaume Uni, les étudiants refusent les augmentations de frais d’étude et les salariés se dressent contre les suppressions d’emploi. En Belgique, les citoyens exigent une fiscalité juste et progressive.

La question sociale et de la justice sociale est devenue centrale. L’idée que « l’austérité ça ne marche pas » devient une force qui ébranle les dogmes et contraint les gouvernements les plus menacés à demander des marges de manœuvre. La finance est de plus en plus mise en accusation. Qui aurait pu imaginer, il y a une dizaine d’années que l’idée d’une taxe sur les transactions financières soit votée au Parlement européen, discutée au Conseil européen et deviennent un enjeu populaire ? Qui aurait pu imaginer le débat sur les paradis fiscaux et l’évasion fiscale ?

La question des services publics revient, avec la mise en cause de la financiarisation, des conséquences des déréglementations, à travers le progrès de l’idée de biens communs universels. Mesurons à leur juste valeur les prises de position des syndicats européens et de la confédération européenne des syndicats.

Ce qui était présenté comme gravé dans le marbre, comme les missions de la BCE est ébranlé. Ce qui était présenté comme une mécanique inexorable est mis en danger sous le poids des réalités. Des voix et non des moindres, comme celle du Président du Parlement européen, s’élèvent pour demander une suspension de la négociation sur le traité transatlantique, sous le coup du scandale des écoutes de la NSA.

Dire cela ce n’est pas se bercer d’illusions ou enjoliver la situation. Les adversaires d’une refondation en profondeur progressistes, de gauche, de la construction européenne, sont puissants et actifs. Mais dire cela, c’est montrer qu’il existe des leviers, puissants eux-aussi, qui permettent de répondre à la question : « Comment va-t-on faire » ?

Voilà pourquoi, sans attendre, nous proposons de favoriser l’expression des convergences les plus larges possibles en France, au-delà de la sphère d’influence du Front de gauche et en Europe.

- Stop à l’austérité. Priorité au développement social et humain, à la solidarité et à la transition écologique.

- Libérons les Etats de la dictature des marchés financiers, par un nouveau contrôle public démocratique des banques, en changeant les missions de la Banque centrale européenne, son pouvoir de créer de la monnaie doit servir à financer l’emploi, les services publics et le développement économique et social, la transition écologique.

- Restaurons et impulsons une démocratie nouvelle, avec des droits et des pouvoirs nouveaux aux salariés et aux citoyens.

- Mettons en échec le projet de marché unique transatlantique pour une mondialisation solidaire des peuples.

- Renforçons le combat pour le désarmement et la paix.

 

 

Le second axe de notre action porte sur notre détermination à obtenir un autre rôle de la France, pour réorienter la construction européenne.

La France est, avec l’Allemagne, le pilier de l’Union européenne. Rien ne peut se faire sans elle. Voilà qui rend doublement coupable la décision de F. Hollande de faire adopter sans débat, dés septembre 2012, ce que l’on appelait le traité « Merkozy », qui vise à placer les budgets nationaux sous contrôle.

De même, le Président de la République avait une occasion de peser fortement en faveur d’un autre budget européen en mettant en conformité son discours devant le Parlement européen et ses actes au Conseil européen, en opposant, comme il en a le droit, son veto sur le mauvais cadre budgétaire pluriannuel 2014-2020.

Il peut agir aussi pour un autre contenu du contrat « génération jeunesse » en posant fortement la question de la contradiction entre la réduction imposée des dépenses publiques et l'emploi des jeunes ou sur les enjeux des migrations ou la reconnaissance de l’Etat palestinien, ou encore sur le quatrième paquet ferroviaire.

S’il en avait la volonté, un gouvernement de gauche devrait en appeler au peuple, se faire l’écho de la voix des citoyennes et citoyens de notre pays comme de ceux des autres pays européens et agir en conséquence sur les grands enjeux du budget, de l’emploi, du crédit.

Ouvrir des débats publics à chaque fois que nécessaire.

En appeler au Parlement.

Refuser, quand c’est nécessaire, d’appliquer certaines orientations négatives et créer les conditions de les mettre en échec et surtout, prendre des initiatives s’inscrivant dans une vision alternative de la construction européenne.

Enumérer ceci c’est du même coup nous interroger nous-mêmes sur nos propres actions contre des choix nationaux pour réorienter l’Europe.

Développer l’action contre l’encadrement de la politique budgétaire par la Commission européenne, agir pour la justice fiscale comme nous le ferons dans la marche du 1er décembre, c’est aussi contribuer à peser en faveur des changements en Europe.

Agir contre la concurrence et le système actuel des travailleurs détachés, contribuerait à aider à changer la directive.

Quelle démarche ?

Notre projet, c’est un objectif et c’est aussi un chemin pour y parvenir. Réorienter la construction européenne pour la refonder. Ce n’est pas une illusoire et dangereuse table rase. C’est un changement radical, à partir d’un processus de luttes sociales, citoyennes et politiques, en associant patiemment nos concitoyens, en ayant la passion du rassemblement, bien au-delà de nos sphères d’influence, pour construire des majorités afin d’atteindre ces objectifs.

C’est en ce sens que nous participons déjà à des forums européens et que nous considérons comme une avancée l’organisation de l’Altersummit à Athènes en juin 2013, qui a regroupé plus d’une centaine d’organisations autour d’un « Manifeste des peuples ».

C’est en ce sens que notre parti s’inscrit activement dans le travail du groupe parlementaire européen, Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (GUE/NGL) et très actif dans le travail du Parti de la gauche européenne que Pierre Laurent préside à la satisfaction de toutes les forces qui sont parties prenantes et avec le soutien de celles-ci.

A son congrès, le PGE a discuté du projet d’organiser annuellement un « Forum européen des alternatives ». C’est-à-dire un espace de dialogue et de travail politique commun à toutes les forces politiques, sociales, syndicales, qui rejettent l’austérité et cherchent une issue de progrès à la crise.

La douloureuse expérience que font les peuples européens de diverses alternances, sans changement de politique ou de gouvernement dits « techniques ou même « d’union nationale », sous le commandement inflexible des institutions européennes et du Fonds monétaire international ne fait que renforcer la responsabilité historique des forces de transformation politique, économique et sociale. Cela nous conduit à mettre en débat, avec des forces sociales, syndicales, écologistes, intellectuelles et politiques le projet de faire émerger un front progressiste pour la refondation de l’Europe.

 

Cher-e-s camarades,

Aujourd’hui, nous proposons de lancer un processus.

C’est un appel au débat, à la confrontation d’idées, à la convergence de luttes et des peuples, sans a priori.

C’est notre contribution à un débat et une construction nécessairement ouverts aux autres forces sociales et politiques en Europe, avec leurs idées, leurs expériences, leur rapport à l’Europe, leurs conditions politiques originales.

C’est notre contribution au besoin urgent de redonner de l’espoir, en s’attelant au grand chantier, à la grande transformation, à la refondation de l’Europe.

Nous avons conscience de l'ampleur de la tâche, des difficultés à surmonter parmi lesquelles la crise politique n'est pas la moindre. Mais précisément, nous avons la conviction que la Construction européenne ne se refondera que si celles et ceux qui vivent, travaillent, créent, souffrent et espèrent sur notre continent s'en fixent le projet. D'où le caractère profondément ouvert et démocratique de notre démarche.

 

Convention nationale du projet sur les enjeux européens du 16 novembre 2013 – Siège du PCF. Introduction par Patrick Le Hyaric, secrétaire national.

Document politique du PGE - IVe Congrès, Madrid, 13 au 15 décembre 2013

le 04 janvier 2014

Document politique du PGE - IVe Congrès, Madrid, 13 au 15 décembre 2013