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publié le 26/02/2019

Commission des relations internationales: introduction sur le Venezuela de Laurent Péréa

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Je ne reviendrai pas ici sur de nombreux éléments que nous a donnés tout à l’heure Lydia dans son introduction afin de tenter de ne pas faire de redites.

Je pense en effet important de prendre le paysage et le contexte latino-américain régional notamment avec tout ce qui se structure au niveau des forces réactionnaires, d’ultra droite, et ce, jusqu’en Europe. L’élection de Bolsonaro est un des éléments d’accélération de cette situation.

Certes il y a des stratégies de l’impérialisme américain bien présentes, qui arrivent à agglomérer des alliés à partir d’enjeux géopolitiques régionaux. En même temps, il ne nous échappera pas que cette offensive vis-à-vis du Venezuela a démarré depuis déjà plusieurs mois, voire quelques années, du fait même de la symbolique que porte la révolution bolivarienne depuis Chavez, qui a été un des éléments de la dynamique progressiste qu’a connu le continent.

Cette offensive, sans nul doute, est une des pièces du puzzle pour tenter de porter le coup final à la révolution bolivarienne. Comment a-t-on pu en arriver là ? La situation du Venezuela interroge.

Comme dans de nombreux pays latino-américains où les forces progressistes sont arrivées au pouvoir, le Venezuela a été confronté à résoudre les nombreux problèmes liés à la pauvreté, aux inégalités. Mais aussi, les enjeux forts auront été la reconquête et la préservation des souverainetés nationales mettant en œuvre des types de coopération nouveaux, notamment sur le continent latino face aux États-Unis.

Dans le même temps, il aura fallu mettre en œuvre de nouvelles manières de gouverner, inventer de nouveaux modèles de démocratie, d’intervention citoyenne. Le modèle vénézuélien connaîtra en ce sens ces dernières années, une multiplication des consultations populaires.

Une réalité de la situation vénézuélienne, c’est la détérioration économique et sociale que nous ne pouvons ignorer. Le pays vit une crise sans précédent avec des conséquences financières, alimentaires, sanitaires et humanitaires ouvrant la voie à de nombreuses mobilisations.

Il est une réalité aussi, que cette crise, même si elle est alimentée aujourd’hui par les forces néolibérales en soif de revanche, provient d’erreurs stratégiques du pouvoir en place, qui n’a pas su créer les conditions de sortir le pouvoir économique des mains d’une bourgeoisie oligarque, en privilégiant la seule richesse que représentait le pétrole.

Il est à noter que par rapport à 1998, moment de la prise de pouvoir par Chavez, la production de pétrole a chuté de plus de moitié. Sans pour autant avoir été très brillante sous Chavez, la situation économique s'est considérablement détériorée sous Maduro. Selon le FMI, en 2018, l'inflation a été d'un million de pourcents, et le PIB a reculé de 18%.

Aubaine pour les spéculateurs de tout genre en quête de renverser un pouvoir bolivarien qui s’est fragilisé en ne résolvant pas la question cruciale de la finance, qui a affaibli ses capacités productives amenant le pays à être de plus en plus dépendant sur des produits de première nécessité, notamment sur les questions alimentaires et de médicaments. Un point faible sur lequel les néolibéraux ont eu de la prise pour organiser la pénurie, dans un but de tenter de retourner le peuple contre le pouvoir chaviste.

Dans cette crise, se sont développés les problèmes de marchés parallèles, marché noir, corruption, insécurité urbaine. Comme nous le disait Michel Mujica, ambassadeur du Venezuela à Paris que nous avons rencontré lundi dernier, il ne faut pas nier la situation intérieure du pays, la crise qu’il traverse. Les coupures d’eau et d’électricité à certains endroits du pays, certes pour certaines dues à des sabotages mais pas seulement, manquent de réponses concrètes.

Le mécontentement de la population est bien présent. Les questions de violence également, qui émergent de certains cafés populaires comme cela a été le cas le 23 janvier. Une question, des doutes subsistent sur cette organisation de la violence : délinquance, paramilitaires ?

Une crise qui a fait émerger de la contestation d’abord dans une classe bourgeoise, puis moyenne, mais aujourd’hui qui touche aussi les classes populaires, voir chaviste, qui ne sont pas favorables à la politique actuelle du gouvernement. S’en sont suivies des vagues d’immigrations que les pays voisins agitent comme un épouvantail pour tenter de déstabiliser Maduro.

C’est tout un climat de tension qui existe aujourd’hui au Venezuela, qui fait face à une offensive néolibérale, pour laquelle nous ne sommes pas du tout dupes. Offensive qui va de pair avec d’autres stratégies dans la région comme l’a rappelé Lydia. Attaques sur la démocratie, coups d'États institutionnels, multiplication des fake-news qui sont un des éléments de l’ingérence et de la bataille idéologique en cours, venues de l’extérieur, alimentées par des moyens financiers énormes, qui se couplent avec les attaques actuelles de la souveraineté populaire.

Attaques qui mettent en exergue un danger : celui de la menace de la paix intérieure du Venezuela, mais également extérieure dans la région au regard du contexte actuel avec les voisins que sont le Brésil et la Colombie.

Impact sur la souveraineté populaire comme l’organise le président américain et ses alliés, notamment de l’OEA, avec la mise en œuvre du blocus économique qui a pour conséquence une accélération de la mal-vie, de la pénurie, de la pauvreté, du blocage économique. Comment ne pas s’étonner que lorsqu’un peuple a faim, a peur de l’avenir, est confronté à ce sentiment de dé-classification, de laissés-pour-compte, d’injustices ; que naisse de la colère, voire de la révolte ? Comment ne pas s’étonner que cela vienne bousculer les schémas mêmes de pensée, les comportements politiques ? Comment ne pas s’étonner que cela crée de la défiance politique, que cela puisse se retourner contre le pouvoir en place à partir du moment où pénètre dans les consciences ce sentiment qu’il n’y a plus de réponse aux aspirations ?

Tout cela donne de la prise pour les manœuvres politiques de l’opposition qui aujourd’hui se sent forte des appuis extérieurs qu’elle a, permettant de mener une bataille idéologique sans précédent. Bataille qui ébranle la société, le peuple vénézuélien; qui oppose dangereusement une partie de celui-ci contre l’autre, qui laisse planer le risque d’évolution en guerre civile, voire en guerre tout court, du fait du soutien par Trump du président autoproclamé de l'opposition et un régime de Maduro qui a aussi des alliés, la Russie, la Turquie, la Chine, l'Iran ou Cuba.

On voit aujourd’hui comment, dans le rapport de force qui s’installe, l’opposition grandissante entre ceux qui parlent de légalité et ceux qui prônent la légitimité, le climat peut dégénérer. En même temps, un facteur unit encore une grande partie de la population, y compris, dans une partie de l’opposition : c’est la question du respect de la souveraineté nationale. Est encore bien perçu l’objectif que fixent les États-Unis, celui de rayer tout ce qui est l’idée de nation et la remise en cause de l’unité territoriale du Venezuela.

C’est sur ce point essentiel qu’est intervenu le ministre des Affaires étrangères vénézuélien lors du Conseil de sécurité de samedi dernier convoqué suite à la demande de l’Administration Trump qui cherchait une condamnation de l’ONU, une reconnaissance de Guaido comme président légitime, et une intervention ferme de l’ONU demandant le retrait de Maduro. Initiative mise en échec, notamment par le soutien entre autres de l’Afrique du Sud, de la Russie, de la Chine.

Conseil de sécurité qui arrive après toute une série d’interventions tous azimuts pour tenter de déstabiliser le pouvoir vénézuélien. Après l’investiture de Maduro le 10 janvier dernier comme président de la République, c’est l’auto-proclamation de Guaido, comme président légitime, qui met le pays dans une situation complètement inédite, d’un État avec deux présidents. Avec les soutiens extérieurs à cette démarche, Guaido tente de se mettre dans une situation intouchable.

Pour autant Nicolas Maduro bénéficie encore du soutien d’une partie de la population pour certains par fidélité à Hugo Chavez. Il bénéficie également de celui de l’armée pour laquelle Guaido appelle à l’insurrection en leur promettant l’amnistie. Il est actuellement difficile de savoir si l'armée, acteur majeur de la vie du pays, cèdera aux appels de Guaido et de Trump à lâcher Maduro ; mais ce qui est certain c’est qu’il y a de fortes chances pour qu'elle joue un rôle déterminant dans la crise actuelle où des affrontements massifs sont à craindre.

Dans ce contexte mouvant, le soutien de certains membres de la communauté internationale, dont les États-Unis, contribuent à mettre de l'huile sur le feu, en reconnaissant immédiatement Juan Guaidó.
L'Europe est plus prudente en récusant les deux personnages, -Guaido n’ayant pas plus de légitimité que celui qu'il conteste, puisqu'il s'est autoproclamé- et en appelant à la restauration de la démocratie avec des élections libres, tout en mettant un ultimatum de 8 jours avant de reconnaitre la légitimité de Guaido.
Quant à Macron, s'il rejoint la position européenne, il salue le courage des milliers de manifestants qui ont défié Maduro pour contester son élection.

Conjurer toute escalade de guerre civile, éviter toute intervention militaire extérieure sont des enjeux auxquels la diplomatie internationale est confrontée depuis une semaine au milieu de réalités économiques et géopolitiques complexes.

Russie et Chine fidèles alliés du régime Maduro ne le lâcheront pas facilement. Derrière la question idéologique, ce sont surtout les réalités économiques et géopolitiques qui priment. La Russie est le premier fournisseur de Caracas en matière d'armements, la Chine est son premier créancier, en échange de pétrole. Autant dire qu'un départ de Maduro serait un choc pour Pékin, déjà aux prises avec un ralentissement de son activité économique inédit depuis quarante ans.

De l'autre côté, rompant avec sa logique du repli, Trump soutient Guaido en imposant de très lourdes sanctions contre la compagnie pétrolière de Caracas et laisse planer la possibilité de l'intervention militaire.
L’Administration Trump, qui cherche à renverser le Président vénézuélien, aurait tout un plan d’action visant à empêcher la Russie et la Chine d’augmenter leur influence en Amérique latine, d’après The Wall Street Journal.

Les tentatives des États-Unis de faire quitter son poste au président vénézuélien Maduro marqueraient le lancement d’une nouvelle stratégie visant à accroître l’influence américaine en Amérique latine et à «freiner l’avancée de la Chine, de la Russie et de l’Iran» dans cette région, affirme The Wall Street Journal se référant à des responsables de l’Administration Trump.

La récente déclaration du conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, révèle que le pétrole est la motivation principale des actions américaines, lorsqu’il a déclaré : « cela ferait une grande différence pour les États-Unis sur le plan économique si nous pouvions amener les sociétés pétrolières américaines à investir et à produire les capacités pétrolières au Venezuela ».

Face à ces interventions, Nicolas Maduro, estimant que les États-Unis essayaient d'organiser un coup d'État au Venezuela, a rompu les relations diplomatiques avec ce pays.

On voit bien comment ces pressions américaines très puissantes augmentent les risques de dérapages violents alors que la grande majorité des Vénézuéliens ne veut ni d'une intervention étrangère, ni d'une guerre civile.

Face à cette situation, de la voix encore de l’ambassadeur, une question centrale reste celle d’affronter la question économique, contre des États-Unis qui œuvrent à détruire cette économie pour tenter de pousser à l’anti-chavisme.

Pour autant, la situation est-elle bloquée ? Des voix montent pour la paix, pour un règlement politique.
A contrario des idées émises, sur le sol latino, sur 33 pays, seulement 14 reconnaissent Guaido comme président légitime.

Le Mexique et l’Uruguay ont proposé leur médiation pour aider à aller vers un accord politique de sortie de crise ; une main tendue à laquelle Maduro a répondu positivement.

Même s’il se refuse à l’injonction de démissionner et à organiser de nouvelles élections présidentielles, il se dit prêt à organiser de nouvelles élections législatives, bases pour lui d’une possibilité d’un réel débat politique.

C’est en même temps 120 universitaires et intellectuels latino-américains et européens qui viennent de signer un appel international pour arrêter l’escalade du conflit politique au Venezuela en rejetant à la fois «l’autoritarisme du gouvernement de Maduro», l’auto-proclamation de Juan Guaido comme président par intérim et «l’interventionnisme américain».

Appel qui propose d’aller vers une solution négociée, soit par la médiation offerte par les gouvernements de l'Uruguay et du Mexique, soit par la tenue d'un référendum consultatif contraignant afin que ce soit la population vénézuélienne qui décide de la convocation d'élections générales.

Réunir les protagonistes de ce conflit autour d'une table pour une négociation serait une issue pacifique, préférable pour les Vénézuéliens qui souffrent considérablement. C’est ce que nous préconisons au niveau du PCF comme l’a dit tout à l’heure Lydia dans son propos liminaire.

Cela a été le sens de nos derniers communiqués qui s’appuient sur cette question prégnante qui est notre ADN politique, celle de la Paix, de la souveraineté, du dialogue pour ouvrir la voie d’une sortie politique.
Ce dialogue qui avait été ouvert en 2017 sous l’égide du chef du gouvernement espagnol Zapatero entre l’opposition incarnée à l’époque par le leader de droite Jorge Borges, aujourd’hui exilé en Colombie, qui avait débouché sur un accord pour l’organisation de la présidentielle anticipée, qui, au dernier moment, n’a pas été signé par le même Borges et où une partie de l’opposition participera quand même à l’élection.

Plus que jamais la question de la sortie politique est posée, et l’escalade ne peut être la solution.
Voilà pourquoi notre positionnement condamne à la fois la tentative de coup d'État, l’ingérence, le non-respect du droit international par la violation de la souveraineté. Positionnement qui se veut au service du dialogue, en soutien au peuple vénézuélien et aux forces sociales pour la paix, comme en appelle d’ailleurs Antonio Gutteres, au nom de l’ONU.

Nous en appelons également à l’ONU, notamment parce que cette question est dans les veines de sa charte, à un moment où certains pays comme les États-Unis, le Brésil, voire d’autres, seraient tentés d’en changer ses missions et ses fondements.

On voit bien les débats chez les communistes, qui ne sont pas toujours simples, mais l’on voit bien comment la question n’est pas de se situer de manière binaire, de se laisser enfermer sur la seule question de la personnalisation sur Maduro, ce que nous n’avons jamais fait d’ailleurs.

Ce qui est sûr, c’est que les jours à venir seront déterminants, en sachant qu’aujourd’hui encore, l’opposition a appelé à descendre dans la rue pour demander à l’armée de lâcher Maduro.

Rapport de Laurent Péréa sur le Venezuela lors de la CRI du 2 février 2018

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