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Publié le 19/02/2019 par PCF

Complotisme, « fakenews » ou quand Macron et la fondation Jean Jaurès jouent au pompier pyromane

Le pouvoir macronien et la fondation Jean Jaurès sous prétexte de dénoncer le problème réel des fake news – en français infox – et du complotisme, se rejoignent pour discréditer la révolte sociale des gilets jaunes et les classes populaires. Loin de s’attaquer aux causes profondes des infox et des théories du complot, Macron préfère mettre en cause les libertés d’expression et de la presse. Pire il génère eux-mêmes des infox et du complotisme afin de fuir et de dévoyer le débat politique de fond

 

Macron dénonce de manière récurrente des tentatives de déstabilisation de la République par un mouvement des Gilets jaunes instrumentalisé par des « fake news » (infox en français) diffusées par des organisations extrémistes de droite et de gauche, et par des puissances étrangères comme la Russie ou l’Italie. Le même Macron vient de faire déjà voter au Parlement une loi liberticide sous prétexte de lutte contre les infox, tandis que dans le même temps le Parlement européen s’apprête à discuter d’une directive de censure de masse d’Internet pilotée par les grandes plateformes états-uniennes. Le chef de l’État entend aller plus loin en mettant en place un organe officiel chargé de valider l’information, sorte de ministère de la Vérité orwellien : « Le bien public, c'est l'information sur BFM, sur LCI, sur TF1, et partout. Il faut s'assurer qu'elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité. »

Dans le même temps la Fondation Jean Jaurès, avec l’officine de guerre idéologique « conspiracy-watch », publie une étude prétendant démontrer que les gilets jaunes sont plus sensibles aux théories complotistes que les autres citoyens. Cette même fondation, avec la même officine, publie annuellement une étude très contestée méthodologiquement prétendant démontrer que les catégories populaires sont fortement perméables au complotisme. Cette étude sur les gilets jaunes comporte aussi d’importants biais méthodologiques. Si on appliquait à l’électorat LREM et aux CSP+ les même biais, on ferait le constat qu’une majorité de ceux-ci pensent que les cheminots partent à la retraite à 55 ans avec des pensions de 3 000 €/mois, qu’un chômeur a plus intérêt à vivre de ses indemnités qu’à travailler, que les migrants viennent en France pour la CMU, et que la CGT sabote l’économie française. On en déduirait que les électeurs de LREM et les CSP+ sont particulièrement touchés par les infox et le complotisme.

En fait, chaque humain est affecté par des biais cognitifs qui peuvent l’amener en certaines circonstances à croire à des infox ou des théories complotistes. Celles-ci sont effectivement différentes en fonction de la catégorie sociale, de la culture, du niveau scolaire, des circonstances historiques... Seuls l’éducation, la culture, le débat argumenté, l’expérience sociale, la politisation des enjeux permettent de combattre cela.

Cette vision « nouveau monde » de la société, partagée par Macron et la Fondation Jean Jaurès, postule que le peuple est incapable de savoir ce qu’il veut et ce qui est bon pour lui, et que la politique consiste à faire de la pédagogie pour lui montrer qu’il n’existe qu’une seule politique possible : celle pratiquée depuis trente-cinq ans. Mais ce peuple peut devenir mauvais aux contacts d’agitateurs français et étrangers qui le manipulent avec des infox et des théories du complot. Macron et la Fondation Jean Jaurès font semblant d’ignorer que la crédulité en ces infox et l'adhésion à ce complotisme ont avant tout pour cause le gouffre qui existe entre les « vérités » officielles des classes dominantes relayées par les médias et la réalité que vivent tous les jours les classes populaires.

Macron et la Fondation Jean Jaurès veulent faire croire que la crédulité envers les infox, l'adhésion aux thèses complotistes, la « bêtise des peuples » sont la cause première du Brexit, des élections de Trump et de Bolsonaro, de la montée des populismes en Europe, plutôt que d’admettre le rôle de la crise du capitalisme financiarisé, de l’explosion des inégalités, de la mise en concurrence mondiale tous contre tous, de trahison de la social-démocratie. Mettre en avant les infox revient à dépolitiser le débat et à faire du complotisme.

On pointe du doigt Internet et les réseaux sociaux. Certes les réseaux et les médias sociaux permettent une diffusion plus rapide et peut-être plus virale des infox, mais ils permettent aussi de les déconstruire et de les dénoncer tout aussi rapidement et viralement. Au soir du 10 décembre, ils ont permis, en temps réel, de déconstruire le discours de Macron et d’en dévoiler les infox.

La fabrication et la diffusion d’infox et le complotisme ne sont pas nés avec les réseaux sociaux. Quel que soit le vecteur, du bouche à oreille au numérique en passant par l’imprimé, ces pratiques existent depuis que les êtres humains communiquent entre eux. Ainsi la Révolution française, dès 1815, fut présentée comme un complot judéo-maçonnique.

Les infox acquièrent d’autant plus de vraisemblance lorsque les médias de références ou officielles, les institutions se décrédibilisent eux-mêmes en pratiquant la désinformation ou en se faisant les relais d’informations non vérifiées et de rumeurs diffamatoires. On se rappellera de Timisoara, des bébés massacrés au Koweït, des armes de destruction massive en Irak, de la fausse agression antisémite du RER D, de l’affaire d’Outreau et de la sordide affaire Alègre-Baudis-Karl Zéro. On peut aussi citer les infox sur le statut des cheminots relayées par les chaînes « info » (sic).

Plus la liberté d’expression, la liberté de la presse sont limitées ou muselées, plus les infox prospèrent. Rien de mieux qu’une dictature pour susciter infox et complotisme. Rien ne serait pire que les États délèguent le pouvoir de censurer des Facebook et des Google. Il faut au contraire encourager, comme le propose la Quadrature du Net, un Internet décentralisé, et se donner les moyens d’une presse libre et indépendante comme l’Humanité. Plus une personne est informée sur une question, plus elle est imperméable aux infox et aux théories complotistes.

Yann Le Pollotec

 

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