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Publié le 06/03/2019 par PCF

Discours d’hommage à Roland Leroy – Fabien Roussel

Roland Leroy, dirigeant du PCF, directeur de l'Humanité pendant vingt ans, nous a quittés.

Un hommage lui a été rendu devant le mur des fédérés, au Père Lachaise.

Retrouvez ici le discours que Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a prononcé pour saluer la mémoire de Roland Leroy.

Roland nous rassemble aujourd’hui une dernière fois, ici, devant ce mur des fédérés qui fait écho à sa propre vie de combattant.

Il nous a quittés voici maintenant dix jours, au terme d’immenses souffrances qu’il a affrontées avec un courage extraordinaire, épaulé par sa famille et par ses proches. 

Et plus encore qu’épaulé, il a été soutenu minute après minute par Danièle, sa femme.

Quarante ans de vie commune, de complicité, de découvertes, de tout ce qui fait l’amour, lui ont permis d’affronter ces derniers mois de douleur et d’aller vers l’apaisement. 

Jusqu’au bout, avec Danièle, ceux qui l’aimaient ont voulu offrir à Roland de grands moments de joie. Comme ce voyage à Séville il y a plus d’un an, ces quelques jours de repos passés récemment à Canet-en-Roussillon, près de la Méditerranée catalane, ou encore ces huîtres dégustées à Sète, la patrie de Paul Valéry et de Georges Brassens.

Deux poètes parmi tant d’autres créateurs qui ont nourri sa vie, celle d’un homme épris de culture et de beauté, intime d’Aragon, ami de Picasso et frère de Roger Vaillant.

Toute sa vie, Roland est resté un homme debout, dressé face à l’injustice sous toutes ses formes. Auprès de sa mère, ouvrière du textile et de son père, cheminot, il a forgé son caractère dans cette boucle de la Seine, à Saint-Aubin-les-Elboeuf, où l’on connaît si bien le prix des luttes.

Son horizon, c’est celui de la révolte, celle qui gronde régulièrement sur le port du Havre ou dans les usines de Seine-Maritime, quand l’arrogance du patronat dépasse toutes les limites.

Son père, qui vote communiste « parce qu’il faut toujours voter pour le plus rouge », apprend à Roland à se tenir droit. Il l’éveille ainsi à l’action syndicale et politique.

Tout comme son oncle maternel, Edouard-Charles, secrétaire de l’Union locale CGT sous le Front populaire, puis résistant avant d’être arrêté le 21 octobre 1941, jour de la grande rafle anticommuniste. Il sera déporté à Buchenwald, d’où il ne reviendra hélas jamais. 

En 1940, Roland n’a pas 15 ans quand s’abat sur la France le joug de l’occupation et du régime de Vichy. Deux ans plus tard, à peine embauché à la SCNF, après avoir brillamment réussi le concours, il adhère alors aux Jeunesses communistes clandestines. Et s’engage très tôt dans la Résistance. Pour lui, se battre contre l’oppresseur nazi sonne comme une évidence. Il commence par distribuer les numéros clandestins de L’Humanité, nouant ainsi sans le savoir le lien charnel qui l’unira toute sa vie au journal. Il sabote aussi régulièrement les trains allemands. C’est le temps où l’on change d’identité pour échapper aux arrestations. Bob, Rémi, Alain, Bastien, Paillard… Peu importe le nom, Roland ne perdra jamais de vue l’essentiel : le combat pour la liberté et la démocratie.

Cet engagement, ce fut celui des communistes dans leur ensemble, et ils en payèrent un lourd tribut. Leur histoire, aujourd’hui souillée par des croix gammées sur certains de leurs locaux, comme le sont les tombes de défunts juifs ou le portrait de Simone Veil, est marquée par ce combat constant contre l’oppression, pour l’émancipation humaine et pour la liberté.

Cet idéal, né du Front populaire, fortifié à l’école communale par le contact avec des enfants de républicains espagnols, Roland ne l’a jamais abandonné, tout au long d’une vie exemplaire. Une vie pleine de mouvements, de passions, de convictions. 

Dans son métier d’homme de presse, comme dans sa tâche d’élu, jamais il ne cédait à l’à peu-près. A l’Huma, il arrivait le premier à 6 heures  du matin, repartait  à minuit, parfois après avoir fait un aller-retour dans sa circonscription de Seine-Maritime. François, son chauffeur, se souvient même des micro-siestes effectuées dans l’ascenseur du journal. Roland lui disait alors, à peine entré dans la cabine : « Réveille-moi quand on sera arrivé au cinquième ! »

Infatigable, il l’était aussi pour les fameux grands entretiens de l’Huma. Celui avec Fidel Castro s’est étendu de 21h30 à cinq heures du matin. José Fort, responsable de la rubrique internationale du journal, revoit encore Roland débarquer dans sa chambre à trois heures du matin pour refaire toutes les questions de l’entretien prévu le lendemain avec Mikhaïl Gorbatchev ! 

Son tempérament, tout le monde le connaît ! Les murs ont parfois tremblé dans l’immeuble de la rue du Faubourg-Poissonnière. Mais de ses emportements, de ces « moments d’affrontements fraternels », comme  le dit encore José, il ne restait jamais nulle rancune. « Et si nous dînions ensemble ? » était la phrase qui souvent mettait un terme aux brouilles passagères. 

Roland, qui n’était pas journaliste à la base, avait une très haute idée de la liberté de la presse. Sans cesse, il s’est battu pour la faire reconnaître, pour obtenir aussi le soutien de l’État. Il avait conscience de la nécessité d’évoluer avec son temps. En 1985, quand l’Humanité passe au format tabloïd, il justifie le changement au journal télévisé  d’Antenne 2 : « Un journal est un organisme vivant, or tout être vivant craint la sclérose. Un journal, plus que tout autre être vivant, a donc besoin de mouvement. » « Vivre avec la réalité vivante », telle était la voie tracée par Roland pour l’Huma, même lorsque le journal était l'organe central du PCF. Elle est bien-sûr toujours d’actualité.

On le sait, Roland n’était pas qu’un homme de presse, aussi talentueux fût-il. Il était un homme d’action, une des plus grandes figures de notre parti, dont il a été adhérent pendant plus de soixante-dix ans. Membre du comité central de 1956 à 1994, Roland a aussi siégé au bureau politique de 1964 à 1994 et au Secrétariat du Comité central, de 1960 à 1979. Durant toutes ces années,  il a accepté d’endosser des responsabilités nouvelles, au plan départemental et au plan national. Et il est resté lui-même, c’est-à-dire fondamentalement, profondément communiste. « Le parti n’est pas fait pour diriger le peuple, il est fait pour le servir », aimait-il rappeler.

La politique pour lui n’était pas un métier, mais un moyen d’agir pour la transformation de la société. Jamais il n’a regretté ce long engagement au sein du Parti communiste, au service de l’humanité, des gens, de la société… et au service de la France car il était profondément patriote.

Ce furent des années utiles, enrichissantes, pleines de leçons. Il confessait que certaines choses auraient dû être faites autrement, parfois « profondément autrement », mais rien qui puisse lui faire regretter sa soif d’engagement initial, fruit de l’exemple familial, nourri par les espérances du Front populaire et affermi dans la Résistance. Sa vie a nourri son communisme.

Trois fois élu député de Seine-Maritime, mais aussi élu municipal à Saint-Etienne-du-Rouvray, il a pris part à toutes les luttes, petites et grandes, de sa région, dont l’emblématique bataille pour le paquebot France. A Saint-Etienne-du-Rouvray comme dans l’ensemble de la Seine-Maritime, l’émotion a été vive à l’annonce de sa disparition, à l’image de celle qui étreint mes amis et camarades parlementaires de Seine-Maritime aujourd’hui parmi nous et que je tiens à saluer, Céline Brulin, Sénatrice, Hubert Wulfranc, Jean-Paul Lecoq et Sébastien Jumel.

Au plan national, il portait une voix forte, à la tribune comme dans les médias audiovisuels. Au début des années soixante-dix, il conduit la délégation de notre parti dans l’élaboration du programme commun, dont il avait une vision, disons réaliste. Roland, malgré les inévitables revers, les doutes, les atteintes mêmes à la belle idée du communisme, est resté jusqu’au bout tel qu’en lui-même : fidèle à son idéal.

Un idéal qu’il décrivait ainsi voici quelques années : « Je ne parle pas d’illusions, je parle d’aspirations, qui sont toujours les miennes, pour lesquelles j’agis toujours, même quand la réalité les contredit, même quand j’ai du mal à les faire triompher ». 

A Danièle, à François, son fils, à ses beaux-enfants Laure et René, à ses petits-enfants Lénny, Jean-Baptiste, Adrien et Julien, je veux dire que vous pouvez compter sur nous pour défendre avec ferveur ces aspirations-là, celles qui nous portent vers une société plus juste, plus solidaire, plus généreuse, dans laquelle l’être humain, et non la finance, est au cœur de toutes les préoccupations.

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